150 ONG signent un manifeste pour dire STOP à l’hydroélectricité en Europe

hydroélectricité

Le 24 octobre 2020, nous célébrions le « World Fish Migration Day », à l’heure où les espèces piscicoles amphihalines sont menacées à court ou moyen terme partout sur la planète. En 2017, nous apprenions dans le « LIVING PLANET INDEX » (Technical report) qu’en Europe, entre 1970 et 2016, l’abondance des populations de poissons migrateurs avait chuté de 93% (méta-analyse produite sur 49 espèces et 408 populations…). Et je vous le donne Emile, les barrages, en particulier ceux liés à la production hydroélectrique, sont ciblés comme un des facteurs majeurs expliquant cette chute abyssale des abondances.

Pas besoin de vous rappeler que la continuité écologique, et donc la libre circulation des poissons (et des sédiments), constitue un objectif prioritaire de la Directive Cadre Européenne sur l’Eau de 2000. Je n’ai pas besoin non plus de vous dire que continuité écologique et développement de l’hydroélectricité sont deux objectifs peu compatibles. Mais que nenni pour nos savants décideurs européens spécialisés dans les courses à deux lièvres et dans le pilotage des politiques fondamentalement contradictoires !

Si bien que les financements publics européens soutiennent d’un côté des programmes de sauvegarde de la biodiversité aquatique et d’un autre, le développement, tous azimuts il faut le dire, de nouvelles centrales hydroélectriques, histoire bien entendu d’embellir notre tableau des investissements dans le « bas carbone ». What the fuck !?!

Précisons que tous nos grands fleuves européens (à l’exception d’une large partie de la Loire) sont d’ores et déjà hyper-équipés, que rares sont les rivières de nos massifs montagneux à avoir été épargnées par Sainte houille blanche et que par conséquent, le potentiel pour de nouveaux équipements représente peanuts dans notre bouquet énergétique global, a fortiori avec le changement global (baisse des débits moyens, accentuation des étiages estivaux, augmentation de la fréquence et de l’amplitude des crues violentes... 3 tendances vachement compatibles avec une production hydroélectrique optimale !).

La mobilisation des ONG intervient pour demander à l’Europe de cesser de soutenir par des financements publics le développement hydroélectrique. Ce développement jouera un rôle très mineur dans les enjeux de la transition énergétique, servira majoritairement les intérêts privés et détruira surtout les dernières rivières fonctionnant librement. Nous parlons ici d’hydrosystèmes d’eau douce de plus en plus vulnérables dans un contexte de changement climatique, et pour lesquels les financements publics devraient avant tout se préoccuper d’assurer leur conservation pour les générations à venir, en soutenant leur capacité de résilience.

La transition énergétique reste un enjeu faramineux, soyons clair, mais l’Europe a déjà tant à faire pour moderniser le parc hydroélectrique existant (et arrêter de nous faire suer avec la mise en concurrence à vau l’eau des concessions françaises), soutenir les mesures d’efficacité énergétique ou investir dans des alternatives d’énergie renouvelable au plus faible impact écologique possible.

On peut voir d’un bon œil le fait que de grandes ONG internationales s’emparent enfin du sujet (WWF, Climate Action Network, BirdLife), cela permettra, peut-être, de mieux faire entendre les enjeux considérables qui sont devant nous pour sauver nos dernières rivières libres, et avec elles un patrimoine aquatique unique, et irremplaçable.

Liens utiles

  • Le manifeste ainsi que toutes les ONG signataires : ici
  • Le rapport technique du « Living Planet Index (LPI) for migratory freshwater fish : ici
  • Pour signer l'appel, voir les liens sur la page ERN France : ici
  • Bien entendu, on vous invite à regarder le film « Blue Heart of Europe » qui témoigne de la lutte en cours en Europe de l’Est pour sauver les dernières rivières sauvages d’Europe : https://blueheart.patagonia.com/intl/fr/
  • Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici un très bon résumé émanant de l'ONG WWF et datant de fin 2019 ; il dresse l'état de l'aménagement hydroélectrique en Europe avec des perspectives et menaces d'équipements par pays (sous forme de cartes et tableaux). Voir la version 14 pages ici et la version 2 pages ici

A propos de l'auteur

Yann est originaire de Lyon et vit à Morzine aujourd'hui. Il pêche depuis l’âge de 6-7 ans après avoir attrapé le virus grâce à ses stages de pêche estivaux à l’…