Ce « râle » d’agonie de la Couze Pavin

maïs

A l’heure où le bassin versant de la Couze Pavin connait une période de sécheresse historique, où ce « râle » mécanique de la motopompe transperçant la nuit trahit celui d’une rivière à l’agonie qui donne, encore et toujours, ces dernières « forces » à notre soif collective, il nous semble important de rappeler quelques règles et de nous interroger sur nos pratiques collectives.

Qui décide de quoi ?

L’Eau en France est décrétée « ressource commune » par le contexte législatif. Elle n’appartient à personne ! ou à nous tous c’est selon ! Préalable indispensable pour bien comprendre avant toute autre chose.

Sa gestion en France repose sur un système de concertation et par grands bassins versants (six au total) où siègent à la fois des élus et des représentants de la société civile. Collectrices de taxes et « financeuses » de projets, ces instances orientent les grands choix de gestion dont nous dépendons tous afin de garantir l’avenir de chacun !

L’État, garant de l’intérêt général, s’assure lui de toutes mesures visant à assurer la protection de la ressource tant en quantité qu’en qualité. Par ce biais, il prend notamment toutes dispositions visant à garantir les usages.

Dans le cas qui nous occupe, la préfecture est bien l’une des autorités compétentes via ses services spécialisés pour prendre des arrêtés visant à organiser les usages. En cas de sécheresse notamment, elle organise les prélèvements et les éventuelles restrictions après avoir consulté les avis des différents représentants des collectifs d’usagers. L’arrêt le plus connu est l’arrêté de circonstance dit de « restriction » touchant tous les usages ou non…exceptionnel et limité à la période estivale il y a moins d’une décennie, il couvre à ce jour prés de 70 départements cette année, jusqu’ à devenir permanent pour quelques-uns et ce depuis 2018. Le signe annonciateur de grandes difficultés !

D’autres Arrêtés préfectoraux, moins connus, comme ceux organisant l’irrigation sont pris chaque année et sont actualisés. Ils obligent les irrigants à se déclarer, et surtout à fixer les seuils de débit minimal (réservé) vital pour la vie aquatique, interdisant de fait tout prélèvement dés ce seuil atteint.

Nos pratiques collectives en France

130 litres d’eau journalière sont consommés par chaque Français pour son usage dit « domestique »! soit un peu plus de 48 m3 par an. Au 19 ème siècle 15 à 20 litres étaient nécessaires. Il est à noter que 93% de cet usage est dédié à l’hygiène, dont la douche et le bain pour 39 % à eux seuls. Seulement 7 % de notre consommation du foyer est dédié à l’alimentation. Par ailleurs, une simple fuite « goutte à goutte », engendre 4 litres d’eau par heure consommés qui seront facturés, soit 35 m3 d’eau par an d’élixir gaspillé puisque sans usage !

Autre chiffre, en moyenne 48 % de l’eau consommée l’est pour l’usage agricole, premier pôle de notre consommation collective. Il est à noter que cette consommation monte à 80% du total en période estivale. Un arroseur, dit « canon agricole » a un débit moyen d’environ 30 m3 par heure. Chaque jour les 8 canons d’irrigation du « plateau des 4 routes » voisins irriguant quelques hectares de maïs consomment quotidiennement 5 760 000 litres d’eau, soit la consommation journalière de 44 000 habitants.

Et La Couze Pavin

600 litres / seconde ce 23 juillet ! Seuil historiquement bas puisque jamais le débit minimal réservé interdisant tout prélèvement n’a été « approché » ces 25 dernières années. Ce seuil limite réglementaire est porté à 458 litres secondes…un peu plus d’une centaine de litres d’eau par seconde, entre l’insouciance permanente de la gestion passée et le choc à venir que constituera la vision de la Couze Pavin « en sursis ». 100 litres d’eau au fond de la vallée, qui cristallisent toutes les tensions…quand des millions « martèlent », tel le pilon de l’outrance et de l’abondance, le sol du plateau exploité !

De quoi rester pensif pour tout à chacun sur notre société et ses choix ! Cette vision quotidienne et permanente des trombes d’eau extirpée des réserves souterraines et le bruit nocturne de la motopompe qui « suce » les dernières gouttes de l’élixir de vie, là tout près de chez moi, dans la Couze Pavin si proche, m’empêchent désormais de dormir ces dernières nuits…Un sentiment mêlé d’impuissance, de honte, de compassion, voir de fatalité m’envahit malgré mon acte de contrition quotidien (ne pas allumer la climatisation du véhicule par 40 °C !)…Le paillage du potager ne suffira pas non plus!

Plus que jamais il est impératif que chacun selon son usage soit vigilent au bon emploi de notre trésor commun ! il en va de la survie de tous…nous, de nos « bêtes », sauvages ou non, et plus largement de notre environnement ! Plus que quelques poissons déjà condamnés, il s’agit de nous tous…

PS : Face à cette situation nous avons adressé un courrier aux collectivités locales reprécisant les règles. Nous en avons profité pour alerter également la préfète et ses services. Nous en profitons également pour annoncer que nous demanderons l’arrêt de la pratique de la pêche sur le bassin versant dès le seuil des 460 Litres / seconde atteint ! Ce débit minimal visant à préserver les ressources aquatiques dont les poissons, il parait évident que ces circonstances nous obligent à agir en conséquence ! Nos adhérents comprendront !

Enfin l’immense majorité des prélèvements non consommés (avec restitution au milieu naturel) est le fait de la production énergétique, soit pour refroidir les centrales nucléaires ou pour produire de l’hydroélectricité…de l’énergie, loin d’être « verte », pour notre économie !

David Sibler, AAPPMA La Truite de la Vallée