Le bilan de l'été en Lozère

Thibaut DUPUY

La fin du mois d’août nous emmène inéluctablement, nous autres pêcheurs de première catégorie piscicole, vers l’espoir de voir arriver des pluies suffisamment abondantes pour regonfler un peu les niveaux des cours d’eau, mais également redorer les écailles de nos ami(e)s les salmonidés, avant la fermeture de septembre qui arrive à grands pas. Malgré un été plutôt clément en termes de températures atmosphériques au « Pays des Sources », et un seul court épisode caniculaire à décompter, 2020 ne fait toutefois pas exception à la règle de ces « cinq » dernières années en ce qui concerne la pression climatique sur nos milieux aquatiques…

En effet, comme chaque année maintenant, à croire qu’il va falloir sérieusement s’y habituer, la fin de saison en 1ère catégorie s'annonce critique et compliquée. De souvenir, il faut remonter aux années 2014 / 2015 pour retrouver une "fermeture" avec des conditions vraiment satisfaisantes. L’espoir nous anime donc, même si les prévisions météo à 10 jours ne laissent pas transparaître cette aubaine, d’avoir un bon coup d'eau avant le 20 septembre.

Côté pêche, le son de cloche fût commun de la part de tous les guides de la compagnie, qui pratiquent sur l’ensemble du département : les niveaux d’eaux sont relativement bas, et rendent ou ont rendu la pêche en rivière très compliquée. Seuls quelques coups du matin, du soir ou encore changements de climat brusques auront su décider les poissons à se mettre réellement en activité.

Sur le Nord Lozère, les niveaux d'eaux en août ont constamment été très bas. Les baisses des températures journalières en altitude ont toutefois permis de revoir quelques jolies farios gober sur de tout petits trichoptères les soirs vers 20h. La pêche en nymphe a été très aléatoire, certains jours ont été payants alors que d'autres ont laissé place au néant. En somme, un jour avec pour beaucoup de jours sans.

Plus à l’Est, sur les rivières cévenoles, sous l’influence des lâchers de barrages estivaux, de nombreuses petites truites ont sauvé les sorties en sèche comme en nymphe, il était alors opportun de savoir alterner les deux. L'Altier a encore un niveau d'eau pêchable, grâce notamment à l’intense épisode cévenol de Juin, la pêche y reste malgré tout difficile.

L’Allier quant à lui avait de l'eau ce mois d’août, soit grâce aux orages, soit par les lâchers d'eau sous barrage. Mais même-ici, les résultats des parties de pêche sont restés et restent aléatoires et irréguliers, la faute à très peu d'insectes, et à une température d'eau élevée (jusqu’à 20°C mesurés, tout est dit…).

Sur le haut Tarn les niveaux sont également encore praticables, grâce également à la grosse crue de juin et aux quelques orages du mois d'août. L’été y rend toutefois, comme d’habitude, les truites assez « timides ». Il a fallu et faut toujours prendre de l'altitude si l’on veut espérer faire une pêche correcte. Plus en aval, au niveau des Gorges du Tarn, malgré une haute-saison touristique très fréquentée, cette année plus encore, les eaux sont ces derniers temps assez propres comparé aux années précédentes (moins de développement d'algues), et les pêche de chevesnes et vandoises en sèche ou en nymphe y sont toujours très ludiques et productives. Le peu de truites que l’on peut y croiser sont prenables aux appât naturels (vers de terreau), très tôt le matin et essentiellement dans les zones de courant.

Enfin, sur le Lot aval et la Colagne, après de très beaux coups de mannes jusqu’à début août (avec des éclosions plus tardives et plus longues cette année), la pêche a peu à peu retrouvé son calme d’été et les sorties s’y sont enchaînées sans trop de relief. Malgré quelques belles retombées de fourmis, la pêche s’est également concentrée sous l’eau, laissant la possibilité de jolies parties de toc-nymphe ou de nymphe au fil. J’ai personnellement vécu de très bons coups du matin où chaque nymphe propulsée au bon endroit en tête de courant se voyait immédiatement stoppée à peine la dérive entamée. Bien souvent cette parenthèse alimentaire fut courte et s’arrêtait tout aussi nettement qu’elle avait commencé, laissant place à un calme plat, plat comme l’essentiel des faciès d’écoulement de nos cours d’eau durant ce mois d’août... Une fois encore les chevesnes, pourtant souvent décriés à ce niveau du Lot, ont sauvé les pêches d’après-midi, les rendant même parfois explosives, adjectif à corréler aux attaques de certains gros individus, alors à l’affût sous un parasol formé de façon éphémère par un saule sur une bordure, et qu’une imitation de coléoptère ou un leurre souple monté en weightless (pour les intimes) bien présentés, savent à chaque fois décider, déclenchant une attaque furieuse et un combat qui l’est souvent tout autant. Petite particularité cette année sur le Lot, en aval de Cultures, où les travaux d’arasement de la digue ont teinté et teintent toujours les 20km aval chaque jour entre 10h et 19h, constituant en pêche tantôt un avantage, tantôt un inconvénient.

Pour conclure, nous vivons donc une fin d’été difficile, pour et dans nos cours d’eau de première catégorie, auxquels nous ne pouvons, en amoureux, que souhaiter une pluviométrie suffisante pour les recharger rapidement. Mais, puisqu’il y a un mais, voire plusieurs, offert(s) par la diversité de nos milieux aquatiques lozériens, le passage de flambeau des truites et des cours d’eau de première catégorie aux lacs intérieurs où la pêche des grands carnassiers est reine, a l’air de se dérouler sous les meilleurs hospices.

Je voulais terminer ce BIP par un avis personnel, ils sont souvent tranchés et tranchants, aussi je me contenterai ici d’un petit paragraphe afin de réouvrir une petite piste de réflexion que beaucoup ont déjà emprunté. J’ai volontairement évité de parler de la pêche sur le Lac de Villefort pour plusieurs raisons que j’ai déjà évoquées ailleurs, ces lignes lui seront dédiées. 

C'était le 17 août pendant mes colos pêche, lors d’une animation avec 8 jeunes de 8 à 12 ans, lors d’une matinée où les 24,5°C du lac ne rendirent une fois de plus pas la pêche facile. Au vu des détritus en tous genres présents sur les berges, j’ai décidé d’arrêter la pêche au coup en place et de réaxer l’anim’ sur une sensibilisation à la protection des milieux aquatiques, via un schéma tout simple : « le cycle de l’eau, de l’Altier en passant par l’Ardèche jusqu’à la mer Méditerranée ». Cycle de l’eau, puis finalement « cycle du plastique », où les jeunes ont vite compris, après 10 minutes seulement de nettoyage des berges dans ce milieu pourtant dit préservé, d’où venait le problème, et où il terminerait sa course pour former un énième continent avec notre bêtise (c’est-à-dire d’un je m’en foutisme aigu dont souffre une grande partie de la population). Au programme bien sûr, les stars de cette année : les masques jetables (les mauvaises langues diront que c’était marqué dessus, de les jeter…), les gants, et toute la panoplie du pêcheur inconscient laissée là sans vergogne (pelotes de km de nylon usagé, boîtes de teignes, de vers, de pâte à truite, hameçons…). Je laisserai donc cette fois-ci le mot de la fin au cadet des jeunes présents ce jour-là, 8 ans, qui a su me remettre un peu de baume au cœur, allant jusqu’à aller dire aux pêcheurs alentours de ne rien laisser traîner avant de partir, et finalement jusqu’à réaliser un panneau en rentrant au centre de loisir, où siégeait fièrement ce slogan, évocateur et d’une innocence parfaite que nous oublions tous trop vite, en « adultes » aveuglés : « Mais quand allez-vous enfin arrêter de polluer ? Non mais !! ». Pas mieux…

Pour la Compagnie des Guides de Pêche de Lozère, Thibaut DUPUY

A propos de l'auteur

Débarqué en Lozère à l'âge de 8 ans, troquant la rue d'une banlieue parisienne pour le cours de la vallée du Lot, en Lozère (48), Thibaut s’y est finalement…