Truite à la mouche : comment limiter les décroches ?

Pêche truite Lelouvier

Après avoir mis en oeuvre tout un tas de stratégies mûrement réfléchies, quoi de plus rageant que de perdre une truite à quelques centimètres de l’épuisette alors que tout présageait un heureux dénouement ?

Le décrochage qu’on impute trop souvent à un défaut du matériel (les hameçons en particulier reviennent systématiquement sur le tapis) peut en réalité être causé par de multiples erreurs du pêcheur. Voici un tour d’horizon des principaux paramètres à régler pour réduire le risque au maximum :

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Bien choisir l’hameçon 

3 caractéristiques de l’hameçon doivent retenir votre attention :

  • Le piquant :

L’hameçon choisi doit impérativement bénéficier d’un affûtage chimique de qualité qui lui confère un piquant important et durable. Dans tous les cas, si vous décrochez de façon inhabituelle avec votre matériel classique, vérifiez si la pointe de l’hameçon ne s’est pas émoussée à l’usage, cela arrive fréquemment lorsqu’on pêche en nymphe en raison des chocs/accrochages répétés sur les cailloux ou les branches immergées. Pour se faire, il suffit de faire glisser la pointe de l’hameçon sur son ongle : si la pointe raye l’ongle alors elle est émoussée et il faut changer de mouche.

  • L’ouverture :

C’est la distance qui sépare la pointe de l’hameçon de la hampe. Cette caractéristique doit particulièrement retenir votre attention pour les pêches en nymphe où l’encombrement de la bille a tendance à diminuer cette ouverture et donc à pénaliser la pénétration de la pointe dans la gueule de la truite. Afin de ne pas la réduire exagérément, veillez à utiliser des références d’hameçons modernes assez ouvertes, à privilégier les billes fendues de façon à les décaler vers le haut lors du montage (à l’opposé de la pointe de l’hameçon) et à ne pas monter une bille trop grosse par rapport à la taille de l’hameçon choisi. Les billes non fendues qui se positionnent obligatoirement dans l’axe de la hampe sont plus encombrantes qu’une bille fendue. Ainsi, à taille de bille égale, on choisira un hameçon plus gros avec une bille non fendue de façon à conserver une ouverture suffisante. Pour information, voici ce que j’utilise personnellement lorsque je monte des nymphes sur les hameçons Atsuko HNS ou SPN (hameçons droits spécial nymphe) que je commercialise :

fusion fly fishingfusion fly fishing
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pêche truite nymphe Atsuko
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La bille fendue doit être décalée à l'opposé de la pointe de l'hameçon lors du montage...
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pêche truite nymphe Atsuko
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... alors qu'une bille non fendue nécessite un hameçon plus gros pour conserver une bonne ouverture
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  • La force de fer :

Elle doit être choisie selon l’importance des contraintes que l’hameçon va subir lors des combats avec les truites. Ces contraintes dépendent essentiellement de la taille des poissons pêchés et du type de rivière (force du courant et encombrement). Plus un hameçon est fin de fer, plus il pénètre efficacement dans la gueule des truites mais plus il a tendance à s’ouvrir (et donc à décrocher !) lors des combats violents. Tout est affaire de compromis dans ce cas. Une pêche de truites de moins de 40cm dans des cours d’eau de montagne s’accommodent parfaitement d’hameçons fin de fer, alors qu’à l’extrême opposé, la pêche des grosses truites à vue en rivière puissante (comme en Nouvelle Zélande par exemple) ou en milieu encombré (comme sur la Basse rivière d’Ain par exemple), nécessite des références plus fort de fer qui ne s’ouvrent pas même en cas de tensions extrêmes.

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pêche truite Lelouvier
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Grosses truites en rivière encombrée : attention aux hameçons qui s'ouvrent !
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Bien choisir la canne à mouche

2 paramètres essentiels doivent être pris en considération :

  • La puissance de la canne
  • L’action de la canne

Evidemment pour faire vos choix parmi les nombreuses références actuelles du marché, je vous renvoie au protocole de test Truites & Cie qui permet de chiffrer ces deux caractéristiques essentielles de la canne à mouche et donc de comparer efficacement les différents modèles disponibles.

De façon générale, il faut retenir que plus les poissons recherchés sont petits, plus la canne doit avoir une faible puissance. Pour les truites standard de nos eaux françaises (de 18 à 35 cm), des puissances inférieures ou égales à #3/4 ou #4 sont préférables. Pour les pêches plus spécifiques de gros salmonidés, en France ou à l’étranger, des puissances supérieures ou égales à #4/5 assurent une meilleure tenue de poisson et sont plus rassurantes lors des combats.

Au niveau de l’action, quelle que soit la puissance, plus une canne est modérée, moins elle va entraîner de décrochages (absence de points durs lors des tractions).

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pêche fario
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Les cannes d'action moderate fast limitent les décrochages
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Améliorer la qualité et la détection de la touche

A ce niveau là, nous ne sommes plus le seul acteur puisque le poisson entre en jeu. Il y a donc des éléments qui vont forcément nous échapper. Certains jours par exemple, l’humeur des poissons fait que les touches sont courtes et les décroches fréquentes. En pareilles circonstances, nous pouvons agir afin de favoriser la prise de la mouche, et notamment sur :

  • La présentation :

Quelle que soit la technique, une mouche qui dérive naturellement, sans dragage, conduira à une touche plus franche qu’une mouche bridée. Ainsi, limiter le dragage par un placement et un posé adaptés est primordial en sèche. En nymphe, le paramètre crucial à moduler pour éviter le dragage est la tension de la bannière : on doit être maître de la dérive sans la contrarier, c'est-à-dire être relativement tendu sans brider les nymphes. C’est un compromis très subtil à trouver. Si la bannière est trop détendue, la truite prend généralement plus franchement mais on détecte la touche trop tard et le ferrage est inefficace (poisson non piqué ou décroché durant le combat). Si la bannière est trop tendue, la truite vient buter sur le nerf de la canne au moment où elle se saisit de la nymphe et elle recrache instantanément. Même résultat : ferrage inefficace, poisson manqué ou décroché après quelques secondes. Toutefois, lorsque le poisson est difficile, pêcher plus léger et plus détendu peut favoriser la qualité de la touche et permet de prendre d'avantage.

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pêche truite Lelouvier
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Dans toutes les techniques, une bonne présentation favorise la qualité de la touche
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  • Le type de mouche :

Une mouche inadaptée aux conditions de pêche conduit à des touches courtes. En sèche, une artificielle non conforme aux attentes de la truite fait qu’elle s’en saisit du bout du nez et se pique mal, à l’extérieur de la gueule, ou même par une nageoire (lors de refus). Le décrochage est alors fréquent. En nymphe, même combat : il faut présenter une mouche en adéquation avec les conditions pour favoriser la qualité de la touche. En été par exemple, dans les eaux basses et réchauffées, attention à la taille de l’artificielle. Trop grosse, elle sera mal prise. Autre exemple, sur des parcours sur-pêchés en nymphe au fil, les modèles les plus clinquants n’incitent pas les poissons éduqués à prendre franchement et peuvent être source de décroches. A vous de vous adapter.

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pêche nymphe Lelouvier
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En été, privilégiez les nymphes sur hameçon de 16/18
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Améliorer la qualité du ferrage :

Le ferrage doit se réaliser :

  • Dans le bon timing :

En nymphe au fil, le laps de temps qui s’écoule entre le moment où la truite saisit la nymphe et le moment où l’on ferre doit être le plus court possible afin qu’elle ne perçoive pas la supercherie. Ici pas d’exception, plus on est réactif, plus le ferrage est efficace. une tenue de canne adéquate (à 45° environ) durant la dérive est indispensable pour être réactif.  

En sèche et en nymphe à vue, la situation est différente : surtout lorsqu’on utilise des petites mouches en eaux lentes, les plus gros poissons ont tendance à monter nonchalamment pour s’en saisir. Le risque est alors de ferrer trop tôt et d’enlever la mouche de la gueule du poisson. L’émotivité lorsqu’on voit un gros bec percer la surface pour engloutir son artificielle induit un ferrage réflexe totalement inefficace car il ne pique même pas le poisson dans la plupart des cas. Ainsi, il faut attendre que le poisson ait replongé (c'est-à-dire que son museau soit de nouveau totalement immergé) pour ferrer. En nymphe, l’intuition rentre beaucoup en jeu : il faut bien attendre l’arrêt total de la truite qui s’est décalée, ou quand c'est possible, de voir le blanc de la gueule disparaître avant de ferrer.

Quelle que soit la technique, la récupération de l'excédent de bannière par la main gauche au cours de la dérive est primordial afin de ferrer efficacement.

  • Avec la bonne amplitude :

Le ferrage doit avoir une amplitude limitée (environ 50 à 70cm) pour éviter les casses notamment. L’amplitude sera adaptée à l’action de la canne : plus la canne sera fast, plus l’amplitude sera faible. De plus, pour obtenir cette amplitude, la canne ne doit pas être positionnée trop haute durant la dérive, l'angle idéal étant d'environ 45°.

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pêche truite Lelouvier
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Grosse truite en eaux lentes : attention à ne pas ferrer trop tôt !
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Bien gérer le combat

Une fois ferré, surtout si le poisson est de grande taille, il faut absolument chercher à diminuer les contraintes qui s’exercent sur l’ensemble bas de ligne/hameçon/poisson piqué. Une trop forte tension peut entraîner la perte du poisson de multiples manières : par exemple en déchirant ses chairs ou en entraînant une ouverture de l’hameçon. Voici la démarche à suivre pour y parvenir :

Après le ferrage, il faut immédiatement chercher à se placer (ou à rester, selon votre position au moment de la touche) en aval du poisson. Si le poisson piqué prend la descente à toute vitesse, il ne faudra pas hésiter à courir vers l’aval pour le dépasser. Ainsi au moment de la mise à l’épuisette, on tire le poisson vers l’épuisette avec l’aide du courant et non en le faisant remonter. Un gros poisson que l'on fait remonter à contre-courant ou qui patauge en surface doit rester une situation exceptionnelle, lorsque par exemple, l’encombrement de la berge ou la profondeur de la rivière vous empêchent de descendre.

Pour les truites de taille standard (moins de 30cm environ), il est toutefois possible de leur faire remonter le courant, à condition de coucher la canne à l’horizontale. Cette manœuvre évite que la truite ne vienne patauger en surface à contre-courant, ce qui augmenterait le risque de décroche. Mieux vaut la maintenir sous l’eau.

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La truite a pris la descente, il faut courir pour se positionner en aval de sa position
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Une fois positionné en aval du poisson, il faut penser à maintenir la canne haute de façon à ce qu’elle amortisse au mieux ses coups de tête. C’est particulièrement important lorsque le poisson est proche de l’épuisette car l’élasticité de la bannière est alors réduite au minimum et les contraintes sur l'ensemble bas de ligne/hameçon/poisson maximales.

A ce moment là, l'ajustement de la longueur de bannière est primordial pour assurer une bonne mise à l'épuisette. L'erreur la plus fréquente consiste à conserver une longueur de bannière trop importante ce qui oblige le pêcheur à lever exagérément la canne jusqu'à dépasser la position verticale. Non seulement la canne ne travaille plus dans cette position, ce qui favorise le décrochage, mais on peut également casser le scion à cause de la torsion qu'il subit.

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Pêche truite Lelouvier
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A l'approche de l'épuisette, maintenir la canne haute à 45° environ pour amortir les coups de tête
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Au moment de la mise à l'épuisette, l'angle de la canne ne doit pas dépasser 90°
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A propos de l'auteur

Eric a commencé la pêche à la mouche à l'age de 14 ans. Cette passion dévorante l'oriente vers la compétition où il excellera, en remportant notamment un titre…