Country road, take me home

pêche Australie

C'est fait, la boucle est bouclée. Début octobre, nous achevions notre tour d'Australie après un peu plus de 4 mois sur la route. De la célèbre et prisée cote Est en passant par les terres aborigènes du Grand Nord et le Golf de Carpentria, puis l'Ouest magique et sauvage avant de finir par le Sud et son désert humain de plus de 2000km de long. Un total de 25 000km, 2500 de piste et de poussière, quelques problèmes mécaniques et énormément de souvenirs gravés à jamais. Nous avons passé l'hiver au chaud et il fallait redescendre avant le « build up » et la saison des pluies.

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Nous voilà de retour dans les hautes plaines du Victoria, dans le ranch où je passais le printemps dernier à pêcher et monter à cheval. Helen, la propriétaire, devenue comme une grand mère australienne pour moi, devait s'absenter pour une durée indéterminée et nous laissait en charge du business. Tache fort plaisante je dois l'avouer, avec l'aide de quelques locaux, nous étions aux commandes de la petite entreprise de tourisme (ballades à cheval et cottage rustique en bord de rivière).

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Les dernières couches de neige des hauteurs terminaient de fondre et la nature s'éveillait à mesure que les températures remontaient. La magie des insectes qui éclosent, les oiseaux qui reviennent après un hiver rigoureux, l'herbe qui pousse à vue d'oeil... Tous les indices que le pecheur de truite attend avec impatience chaque année. Ce petit trésor de vallée si chère à mon cœur m'avait manqué. 

J'aime l'appeler « ma maison loin de ma maison » et c'est bien le seul endroit que j'ai fréquenté ces 20 derniers mois dans lequel je me suis senti de la sorte. Il était inévitable de ne pas revenir ici avant de quitter le pays et faire découvrir cela à Ania était tout autant important. Nous jonglions donc entre l'entretien de la propriété ici et quelques créneaux au pub local où nous faisions cuisine, service et bar. De quoi nous tenir bien occupé mais sans pour autant délaisser les truites.

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Bundara
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La pêche fut relativement bonne et ces deux derniers mois m'auront offerts quelques bijoux de plus à la liste, déjà longue pour ma jeune carrière, des moments exceptionnels au bord de l'eau. L'occasion revée pour Ania d'améliorer son maniement de la canne à mouche, et pour moi de me remettre en confiance avant de retourner en Tasmanie. L'occasion aussi, de repêcher des parcours découvert l'an dernier que j'avais adoré et d'en explorer de nouveaux.

Ces rivières des Alpes australiennes n'ont vraiment rien à envier à nos cours d'eau européens. La quantité de vie aquatique y est vraiment incroyable et la présence des ornitorynques en bon nombre témoigne de la qualité de cette dernière. Parmi toutes ces semaines ici, s'il y a une qui devait vraiment être racontée, c'est bien la dernière.

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Dimanche 25 novembre donc, j'effectuais mes dernières heures pour le pub afin de consacrer les jours à venir à la pêche quasi exclusivement. Derrière le bar, par une après midi peu mouvementée, je me prenais à rêver de truites. Il ne restait qu'une dizaine de jours seulement avant que Simon me rejoigne en Tasmanie. Des mois que l'on prépare ce voyage et nous voilà si proche du but. Les souvenirs de l'été dernier m'envahissent, ces grosses truites nageant presque nonchalamment le long des berges creuses des lacs de l'Ouest. Ces museaux aux mâchoires d'acier qui se referment sur les éphémères erratiques en surface. Soudain, un client, il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits et je suis contraint de lui faire répéter sa requête. Il sourit et dans un anglais approximatif, couramment parlé dans le bush, grommela quelque chose du style « à quoi tu pensais p'tit gars ? ». S'il savait... Je lui servis sa pinte de bière et nous entamions la discussion habituelle, le pourquoi du comment je m'étais retrouvé derrière ce bar. C'est assez amusant, la même question revenait très régulièrement « comment est ce qu'un français a pu atterrir ici ? ». A la débauche, je me sentais libre comme jamais. Une dernière semaine de pêche ici, pour laquelle je serai accompagné d'un groupe d'amis australiens, avant un mois en Tasmanie.

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En effet, chaque année, Noel, grâce à qui j'ai atterri ici l'an dernier, son fils Sam et ses amis d'enfance, ont pour coutume de venir passer quelques jours entre hommes et pêcher tous les cours d'eau du coin. Tous les ans depuis une quinzaine d'année maintenant, ils louent une cabane et se retrouvent à partager du bon temps en pleine nature. Il s'agit d'une délivrance pour certains d'entre eux, vivant en ville, aspirés par le cercle vicieux de la vie de famille et de la semaine de 60h. Une bouffée d'air frais sans laquelle je ne donne pas cher de leur peau.

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Noel devant arriver le mercredi en milieu de journée, il me fallait passer un peu de temps au bord de l'eau pour prendre la température. J'opte pour un secteur de la Bundara River que je ne connaissais pas encore. Je choisissais un parcours qui démarrait là où la dernière route longeant la rivière se sépare des berges et irais le plus loin possible. Les premiers hectomètres sont bien dégagés et accessibles, mais au fur et à mesure que je progresse, je m'enfonce dans une vallée qui rétrécit et une végétation qui s'intensifie. Les truites sont là, quelques-unes daignent regarder vers la surface et le tandem sèche/nymphe s'avère redoutable, surtout parce que le profil s'y prête très bien. Les efforts d'approche et de marche seront récompensés par un très beau poisson pour un cours d'eau de cette envergure. De quoi motiver les troupes qui attendent ce séjour depuis plusieurs mois pour certains.

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Le programme de ces quelques jours était simple, chaque journée se ferait sur une rivière différente en variant les équipes. La multitude de cours d'eau à disposition permettait de satisfaire tout le monde. Du ruisseau encombré aux gorges d'une grande rivière, en passant par la rivière moyenne de plaine, il y en a pour tous les goûts. J'étais vraiment impatient de revoir Noël, notre dernière rencontre datant de l'occasion de ce même week-end il y a pile poil un an. Mes cheveux ont pas mal poussés depuis. A peine avait-il franchit la porte de la propriété qu'il se mettait en quête de son matériel de pêche. Il n 'avait qu'une hâte, rejoindre les berges de la rivière, après 6h de route (trajet normal pour quelques jours hors de la maison familiale en Australie), c'était assez compréhensible. Un rapide coup du soir, peu d'insectes mais quelques truites nous feront quand même l'honneur de venir chercher nos mouches en surface. Un bon repas agrémenté d'un bon cru de vin rouge local et une bonne nuit de sommeil étaient de rigueur pour ouvrir les hostilités. Les trois journées suivantes ne furent pas brillantes en terme d'halieutisme. L'une sur la Cobungra River, de taille moyenne, affluent de la Mitta mitta River, elle n'a que peu d'accès faciles et serpente dans une foret dense. Une piste 4x4 très accidentée d'une vingtaine de kilomètres nous conduira sur un secteur délaissé et qui s'était avéré bon l'année dernière.

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Le profil de cette portion se prête une nouvelle fois parfaitement à l'utilisation du sèche/nymphe et Noel, en fervant partisan de cette technique, s'en sortira plutôt bien avec deux poissons très correct au compteur. Dure journée pour moi, alternant pêche au fil, sèche et sèche/nymphe sans jamais vraiment tomber dans le juste. Nous ne nous sommes pas éternisés. Je ferai paire avec Ed le jour suivant.Il est un ami d'enfance de Sam et un féru de surf, de nature et de voyage, moins passionné de peche que le reste du groupe, mais d'excellente compagnie. Ania nous suivra de loin avec l'appareil photo et son carnet de dessin. Nous prendrons une dizaine de petites arc en ciel chacun mais tout présageait que nous pêchions derrière quelqu'un qui s'était fait déposer par une voiture un peu avant notre arrivée. A la fin du parcours, quelques poissons qui gobent dans le pool en dessous de la voiture, parfait pour tester les progrès de ma chère et tendre. Trois lancés de chauffe dans le décors, le quatrième est le bon, dérive parfaite et son petit parachute adam's se fait aspirer. Le ferrage est un peu appuyé, trop pour la pauvre truitelle de 15cm qui termine son vol plané dans ses pieds. On la libère et on passe à la suivante, même scénario sans passer par la case accroche dans l'arbre. Un lancé sera suffisant ! La truite se décroche toute seule après quelques problèmes de gestion de la soie. Je me souviens être passé par cette étape et me revois conserver le contact avec le poisson en passant la soie dans ma bouche pour récupérer l'excès traînant dans mes pieds. Doux souvenirs des débuts de pêche à la mouche. Tous ces petits détails vont s'arranger rapidement, l'essentiel du lancer est plutôt bien maîtrisé et les progrès qui commencent à se voir lui font du bien au moral.

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Enfin, une journée en grande rivière avec Sam et son ami Hugh. Une grosse demi heure de marche en descendant par un chemin de kangourous à travers des buissons plus hauts que nous. De quoi nous occuper une bonne partie de la journée. La nymphe au fil étant le plus adapté pour ces grands pools profonds, je passerai la majeure partie de mon temps à lancer des enclumes. La 9'#5 n'est pas du tout adapté mais on fait avec les moyens du bord. Les prises sont assez régulières mais la taille moyenne est en dessous de nos espérances. Les efforts du groupe sont cependant récompensés par un superbe poisson en sèche pour Hugh. Il pêchait en sèche/nymphe avec une sauterelle mutante sur hameçon de 8 et la truite est montée des profondeurs pour venir engloutir son indicateur... 

Je compatis avec ceux qui sont en train de s'arracher les cheveux en ce moment même. J'étais a deux doigts de crier au scandale et lui dire « tu sais que ça ne compte pas comme ça ? » mais le bonhomme était tellement heureux... Impossible de lui gâcher ce moment et c'était même plutôt chouette à voir. Qu'importe la boisson, pourvu qu'il y ait l'ivresse comme dirait l'autre.

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Dernière soirée avec le groupe entier, soldée par un bon festin et les boissons qui vont avec. La guitare sur la terrasse du chalet sous un ciel étoilé, on n'était pas mal quand même ! Ils reprirent tous la route le lendemain matin sauf Noel a qui il restait un jour de permission. Nous le passerons sur la partie amont de la Mitta mitta, loin au dessus des gorges. Une vallée plutôt ouverte, verdoyante, où le cours d'eau serpente paisiblement. J'aime beaucoup la configuration et cela semble prometteur. Et pour cause, après seulement quelques dérives, mon petit sedge indicateur s'arrête net. Je ferre et hésite entre l'accroc et la grosse truite. J'aurais ma réponse dans les secondes qui suivirent quand les premiers coups de tête lourds, caractéristiques, vinrent cintrer le blank de ma canne. Très rapidement, le poisson prend l'aval et je suis forcé de suivre. Les berges escarpées et la profondeur ne me rendent pas la tache facile mais je m'en sors tant bien que mal. Je n'ai toujours pas vu le poisson alors que je me trouve déjà plus de 50m en aval. La lutte est longue mais je suis serein, ma pointe est en 16/100 et l'ère des nœuds en mousse est révolue. Je tache juste d'essayer de fatiguer la truite en maintenant ma canne en opposition, cintrée. La voilà enfin qui perce la surface et après deux tentatives, elle termine dans l'épuisette. Je m'attendais à plus gros vu la violence du combat, mais il s'agit d'un poisson splendide, et qui plus est, vraiment solide pour un cours d'eau à presque 1000m d'altitude. L'église est sur la plage du village. Les déroutes des jours précédents sont oubliées. Le reste de la journée fut calme, quelques truites par ci par là, mais, à l'image de la semaine, aucune activité alimentaire régulière

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Le temps est maintenant aux derniers préparatifs pour la Tasmanie. Ania rentre passer les fêtes en France. J'ai donc 25 jours de pêche sur l'île magique au programme, dont 15 en compagnie de mon binôme favori que je n'ai pas vu depuis des lustres. Je trépigne d'impatience de le récupérer à l'aéroport et de partager mes découvertes de cette contrée féerique avec lui. Je vous donne rendez vous en 2019 pour vous raconter ces aventures.

A+ Ben

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A propos de l'auteur


La pêche a toujours fait partie intégrante de la vie de Benjamin : pêche de la truite en famille dès la plus tendre enfance puis au carnassier en région…