Ce papier, c'est l'histoire d'un Pyrénéen qui a fait d'une passion un métier. Celle d'un gamin des Vallées des Gaves dont la vie est dictée par la Nature, la pêche et les poissons. Mais c'est surtout le récit d'une rencontre avec l'Argentine et plus précisément la Patagonie.
Là où tout a commencé.
Tout a démarré en 2013. Du haut de mes 19 ans, sans jamais avoir pris l'avion auparavant, me voilà embarqué pour treize heures de vol direction Buenos Aires. Depuis des années, je souhaitais découvrir l'Argentine : sa culture, ses immensités, ses rivières et, bien sûr, cette Patagonie mythique.
Après plusieurs mois de voyage dans le nord du pays, j'arrive finalement à Junin de los Andes. Pourquoi Junin ? Ce n'était pas tout à fait un hasard. Quelques pêcheurs baroudeurs m'avaient parlé du Chimehuin et du Malleo, des rivières à connaître absolument. La carte hydrographique de la province de Neuquén n'avait fait que confirmer l'idée qu'il fallait voir ça de plus prés. Avec les années et différents voyages, j'ai pu constater que, côté argentin, peu de lieux bénéficient d'une position aussi centrale tout en offrant une telle richesse et une telle diversité d'expériences de pêche...
J'ai rapidement fait la rencontre de Gabriel, un guide local passionné (diplômé par la province), qui m'a ouvert les portes de son chez-lui, des rivières et des lacs du secteur.
Il m'a en quelque sorte pris sous son aile au début, on partageait de nombreux moments au bord de l'eau. Il est vrai que j'avais déjà, dans un coin de ma tête, l'idée de devenir un jour moniteur guide de pêche. Cette rencontre a été pour moi une opportunité, mais aussi une chance de découvrir ce métier dans ces environnements là.
Avec sa famille et lui, j'ai découvert bien plus que la richesse halieutique du secteur: une manière de vivre, un profond attachement à la nature et cette sensation unique d'immensité que la Patagonie peut offrir.
Au fil des nombreuses retrouvailles, une véritable amitié est née. Au-delà de la pêche, la convivialité et la « chaleur de vivre » argentine, autour d'un asado (barbecue traditionnel argentin) ou d'un maté partagé dans une simplicité sincère, comptent parmi ces souvenirs qui marquent autant que les paysages et les poissons.
Pendant des semaines, j'ai vécu au rythme des rivières patagoniennes : bivouacs au bord du Malleo, du Chimehuin, de l'Aluminé, l'exploration d'affluents aussi sauvages les uns que les autres.
Entre deux voyages, j'ai choisi de faire de cette passion mon métier. Après l'obtention de mon BPJEPS en 2018, j'ai commencé à guider en France, dans les Hautes-Pyrénées. Peu à peu, une évidence s'est imposée: partager cette expérience américaine avec d'autres pêcheurs. En 2020, nous avons lancé nos premiers séjours, encadrés avec une équipe de guides locaux et de confiance.
L'immensité du territoire et ses possibilités de pêche
Autour de Junin s'étend un territoire grandiose, pas moins de 400 kilomètres de rivières abritant des salmonidés. Ici, les distances changent d'échelle: tout paraît plus grand, plus intense.
Chaque grande rivière naît d'un lac glaciaire faisant office de « pépinière » générant des migrations de poissons au moment de la fraie et des recrutements dans les rivières. Les densités y sont parfois impressionnantes, tant en rivières qu'en lac, mais varient suivant les périodes. Par exemple, il n'est pas rare en début de saison de croiser de gros sujets proches des « bocas » comme disent les locaux (naissances des rivières), ces poissons étant en fin de migration pour la fraie et en chemin pour retourner dans les lacs.
Pêche dans les lacs glaciaires ou « mers intérieures »
Ces immenses lacs sont magnifiques et déroutants (10 400 hectares pour le Huechulafquen): certains peuvent avoisiner les 500 mètres de profondeur. Afin de se faire une idée, c'est comme si nos vallées pyrénéennes étaient immergées et que nos grandes rivières prenaient naissance là où débute le piémont.
La pêche du bord n'est possible que sur quelques secteurs et reste limitée sur la majorité des grands lacs de la province, voire totalement impossible sur certains. La pêche en embarcation permet d'apercevoir les poissons en maraude et de couvrir davantage de terrain. Les jours de vent soutenu, il est impossible ou plus difficile de repérer les poissons ; c'est alors qu'il faut pêcher les caches, bois morts, roches, avec de grosses mouches sèches ou streamers pour ceux qui aiment cette pêche.
Il arrive parfois que le vent ne permette pas la pêche sur ces milieux-là, pour des raisons évidentes de sécurité, suivant l'orientation et la force du vent. Les possibilités sont si nombreuses que chaque jour ne se limite pas à avoir un plan B, mais bel et bien deux, trois ou quatre...
Il est autorisé de lancer des leurres, ondulantes et métal jig qui y sont d'une efficacité redoutable, de quoi hérisser les plumes des « fly only ». La réglementation locale stipule seulement qu'il faut armer ces bouts de métal d'hameçon simple sans ardillon.
Voici une petite liste des lacs que l'on peut apercevoir et pêcher autour de Junín, du nord au sud :
- Huechulafquen, donne naissance au Chimehuin.
- Paimún, partie ouest du Huechulafquen.
- Epulafquen, partie sud ouest du Huechulafquen.
- Carilafquen, à l'ouest du précédent.
- Laguna verde, Curruhue grande et Currugue chico, donnent naissance au río Curruhue.
- Lolog.
- Lacar...
Cela représente quelques millions de mètre cubes d'eau, dans laquelle nagent des salmonidés. Cette liste ne mentionne pas les lacs de la fameuse route des 7 lacs (qui est un des grands circuits touristiques et splendides de la province).
Pêche en rivières
Revenons aux rivières qui serpentent au milieu de paysages encore profondément sauvages: elles sont bordées d'araucarias pour certaines sur les parties amont, de saules pour la majorité sur les parties aval (les pêcheurs connaisseurs du coin feront le lien avec la période du vers de saule, qui est intéressante à vivre.... les truites en raffolent!).
Le Malleo est la rivière qui se pêche exclusivement à pied, interdite à la navigation, c'est une réelle pépite, mon premier coup de cœur Patagonien. C'est au bord de celle-ci que j'ai passé deux semaines entières en itinérance avec ma tente et ma 9' #5 lors de mon tout premier voyage... des souvenirs qui restent intacts !
Les autres ríos peuvent se pêcher à certains endroits à pied mais les accès sont peu nombreux, de par la présence d'immenses estancias privées (exploitation agricole type ranch). L'utilisation de driftboat ou de cataraft prend donc tout son sens.
Selon la période, il peut uniquement servir de moyen de déplacement afin de sélectionner les profils de rivières adaptés au positionnement des poissons et pêcher à pied.
La pêche embarquée devient la manière idéale pour des pêches rapides, de caches, sous les frondaisons ; cela demande d'anticiper les trajectoires, d'optimiser la lecture du linéaire à venir : c'est une expérience à part entière! Tout en sachant que le guide gère la vitesse de dérive en fonction du niveau technique du pêcheur.
Le Chimehuin est particulièrement séduisant. Sa partie amont est torrentielle et encaissée aux eaux ultra claires ; il contient des arcs en ciel prenables en sèche en plein courant, des farios rangées sous les blocs ou la végétation qui viennent lentement aspirer votre mouche dérivante... La façon dont les poissons gobent, tout en confiance, change de nos habitudes européennes (ne serait-ce que par la taille des mouches utilisées là bas) ; c'est dur à croire en lisant un article, mais c'est réel.
Sur sa partie aval vers Junín (la rivière traverse la ville), le Chimehuin est beaucoup moins accessible (toujours du fait de ces estancias privées), mais également moins pentu donc moins rapide ; on y rencontre des longs plats à pêcher en sèche ou au streamer. Bien évidemment, suivant le débit et les conditions de la rivière, ces descriptions peuvent être un peu modifiées.
L'Aluminé amont est lui aussi très torrentiel et plaisant à pêcher, adapté aux pêches en dérives (nymphe au fil ou toc), par endroits accessible du bord ; d'autres fois, la navigation est nécessaire pour éviter les estancias privées. Son environnement offre un décor bien à lui, très minéral ; c'est là que j'ai pu apercevoir mes premiers condors des Andes!
J'y ai évidemment photographié un bon nombre de truites mais également mon premier martin-pêcheur géant (ou martin-pêcheur d'Amérique).
Le Collón Cura est l'union de l'Aluminé du Malleo et du Chimehuin, affluent du río Limay (rivière dont je vous parlerai au cours d'un autre récit, il mérite plus qu'un paragraphe). Le Collón Cura est grand, très grand par endroits, très riche de vie et peut être très généreux en terme de belles actions de pêche ; c'est peut-être celui qui peut offrir les plus grosses truites.
Le Caleufú est une rivière somptueuse, mais bordée d'estancias privées, et navigable uniquement par eau relativement haute ; en effet, il est jonché de grosses pierres qui rendent ses descentes techniques et dangereuses par étiage (souvent précoce). Peu nombreux sont ceux qui l'ont descendu au niveau idéal ; pour autant, cela reste un rêve de tomber sur le créneau parfait, tant sa population de beaux poissons est grande.
À mes yeux, la meilleure période pour venir vivre cette aventure s'étend de début décembre à fin février. Ceci étant, le mois de novembre rencontre les mêmes problématiques que celles de nos cours d'eaux pyrénéens et alpins au mois d'avril/mai: les débits de début de saison sont incertains à cause de la fonte des neiges, mais c'est la période des gros poissons par excellence.
Il ne faut pas le nier, les bouleversements climatiques que l'on constate chez nous sont également présents à l'autre bout du monde. Ceci étant, je donnerai une mention particulière pour janvier et février, souvent idéaux pour la pêche en sèche: il n'est pas rare de pêcher en surface durant une grande partie de la journée.
Un petit point sur les populations piscicoles: de manière générale, ce sont des milieux très fonctionnels, on y capture toutes tranches d'âge. Les densités sont particulièrement impressionnantes selon les secteurs et l'époque, que ce soit en matière de truites farios, arc-en-ciel et saumons de fontaine en lac. Les proportions arc/fario varient suivant les rivières et d'une année sur l'autre...
Globalement, la taille moyenne tourne aux alentours des 35cm. Les individus de 40 à 55cm ne sont pas rares et de belles surprises plus imposantes sont possibles à tout moment. D'un point de vue purement historique, il faut savoir que ces milieux parfaitement adaptés aux salmonidés n'en abritaient pas à la base ; l'introduction a eu lieu au début du XXème siècle.
Un matériel simple mais adapté
Côté matériel, il est conseillé de ne pas surcharger la valise, mais d'avoir le nécessaire pour apprécier la qualité de pêche qu'offre ce territoire.
Cannes
- Sèche, 9' #5 ou #6. Il peut être appréciable d'avoir une #4 pour les affluents ou le Malleo, mais partez léger, on vous en prêtera une.
- Nymphe au fil, 11' #2/3
- Streamer, 9'6 / 10' #7 ou #8.
- Nymphe au toc, longueur 3m55 à 3m80.
Moulinets
- prévoir un bon frein!
- Privilégier les soies WF afin d'être plus à l'aise dans le vent.
- Moulinets toc garnis en 16/100 ou 18/100.
Wading
- Semelles feutres interdites.
- ajouter une bonne veste Gore-tex.
Boites à mouches
- Les mouches sèches et nymphes (3,8 mm à 2,4 mm) que vous utilisez en France.
- Mais aussi... Stimulator, Tchernobyl ants, Pmx Attractor (mouches issues de la culture mouche américaine).
Nylons
- J'aurais tendance à dire d'oublier les 10 et 12/100 ; si vous êtes habitué à pêcher fin, c'est tout à fait possible mais rarement nécessaire! Ici, ils parlent à l'américaine, prévoyez des bobines de 6x (14/100), 5x (16/100), 4x (18/100), 3x (20/100), 2x (22/100). Et préparez-vous mentalement à réduire la taille globale de vos bas de lignes : par moments, il faut draguer !
Il est possible de réaliser des descentes en cataraft ou drift sur plusieurs jours avec campements (également possibles en lac). Cela réserve des saveurs et des ambiances bien particulières...
Les voyages en Patagonie procurent un sacré un goût de reviens-y, tant sur l'aspect humain qu'halieutique et Nature...
Merci de m'avoir lu, en espérant vous avoir fait passer un bon moment!
Informations utiles
Clément LATAPIE
• WHATSAPP : + 33 7 89 49 72 20
• STAGES HAUTES-PYRÉNÉES : www.pechehautespyrenees.com
