Le Chili fascine d’abord par sa forme longiligne : une étroite bande de terre de 4300 kilomètres de long sur 180 kilomètres de large, allant du désert d’Atacama au nord, au Cap Horn au sud, le long de la Cordillère des Andes.
Le Chili intrigue ensuite par ce mélange de populations, entre Amérindiens (Incas et Mapuches) et descendants d’européens (Italiens, Croates et Allemands).
Le Chili fait surtout rêver pour sa nature époustouflante et ses lieux mythiques : Atacama, Santiago du Chili, Valparaiso, Ile de Pâques….
Mais me concernant, c’est le réseau hydrographique si particulier de la partie méridionale du Chili, la Patagonie, qui focalisait mon attention depuis quelques temps.
Pendant de nombreuses années, traverser l’océan pour aller pêcher des truites « américaines » signifiait pour moi, se rendre dans le nord-ouest des USA (Montana, Idaho, Wyoming...). Mais les temps changent. Si les paysages de ces régions restent uniques, je trouve moins d’attractivité à cette destination. Régime politique peu fréquentable, coût de la vie en très forte hausse et pression de pêche parfois insupportable sur les rivières les plus connues m’ont fait délaisser cette destination.
Cependant, mon envie d’exotisme pour aller traquer la truite à la mouche est toujours présente.
Si le Chili ne coche pas toutes les cases de la vertu, il vient de nommer à la plus haute fonction de l’État le fils d’un ancien membre du parti nazi allemand, la Patagonie présente quand même une très forte attractivité pour la pêche.
J’ai donc décidé en Mars dernier de partir découvrir, canne à la main, cette région pendant 3 semaines.
L’ORGANISATION DU SÉJOUR DE PÊCHE
Lors de l’organisation d’un séjour de pêche on commence en général par choisir la destination. Je vous ai déjà expliqué les raisons de mon envie de découvrir la Patagonie mais il y avait alors encore 2 options majeures ; Patagonie Chilienne ou Patagonie argentine. La principale différence entre ces 2 destinations est essentiellement liée aux climats bien contrastés de ces régions pourtant proches. Côté chilien, les vents dominants d’ouest apportent un air humide venant du pacifique qui génère beaucoup de précipitations quand il rencontre la cordillère des Andes. La végétation y est généralement luxuriante. Côté Argentin, l’air est beaucoup plus sec, les précipitations sont faibles et les températures plus élevées. Cela donne un paysage plus aride, constitué de steppes et de végétations basses.
La Patagonie est connue comme une région très venteuse, des 2 côtés de la Cordillère, mais le vent peut être particulièrement violent en Argentine.
Il est à noter que côté argentin, de nombreuses rivières dépendent de glaciers qui fournissent une alimentation essentielle lors des périodes sèches. Paradoxalement, le recul des glaciers apporte actuellement plus d’eau par l’accélération de la fonte, mais arrivera un moment où ils auront trop diminué pour continuer d’alimenter ces rivières.
Après avoir choisi la partie occidentale de la Patagonie il fallait cibler une période dans l’année.
La pêche à la truite en Patagonie chilienne est ouverte de mi-octobre à mi-avril. Les saisons sont bien sûr inversées dans l’hémisphère sud. J’ai choisi le mois de mars qui correspond pour nous à septembre. C’est une période que j’affectionne particulièrement pour organiser un séjour. Le début de saison qui peut être excellente reste toujours aléatoire en fonction de la fonte des neiges dont on ne peut prévoir la période exacte. À l’approche de l’automne, avec le retour de la fraicheur, on trouve des poissons plus actifs et des insectes plus nombreux. Mais en Patagonie, l’été n’est pas chaud comme chez nous ou comme en Amérique du nord et les mois de janvier et février (qui correspondent à juillet et août dans l’hémisphère nord) sont également excellents pour traquer la truite à la mouche et ils sont moins pluvieux.
La grande ville de Puerto Montt est considérée comme la porte d’entrée de la Patagonie, mais elle est assez éloignée des pricipales zones de pêche. Il vaut mieux atterrir à l’aéroport de Balmaceda qui dessert la petite ville de Coyhaique pour être directement au centre de la région qui abrite les meilleures rivières à truite.
Des vols directs desservent régulièrement cette destination depuis Santiago du Chili (attention à bien récupérer votre bagage à l’arrivée dans la capitale chilienne pour le redéposer ensuite, après avoir passé l’immigration).
UNE PREMIÉRE IMPRESSION DÉCONCERTANTE
Il est possible de récupérer un véhicule de location à l’aéroport de Balmaceda où plusieurs agences internationales sont présentes et se rendre ensuite à Coyhaique, distante d’une heure de route, pour organiser le début du séjour.
Je découvre lors de ce premier trajet, après les avoir longtemps imaginées, les premières images du cœur de la Patagonie et suis particulièrement surpris. La présence humaine est beaucoup plus importante que ce que j’avais espéré et il n’existe pas d’espaces vierges de clôtures et barbelés.
Un autre élément de surprise concerne la végétation et notamment les forêts qui ne sont jamais primaires et sont totalement démunies de grands arbres. Cependant, en lisière des massifs forestiers, dans le cours des rivières ou dans certaines plaines, on aperçoit parfois d’énormes troncs et souches qui semblent en partie fossilisés.
Après quelques recherches et traductions, je finis par trouver un article expliquant la raison de cette modélisation du paysage et vous livre donc un petit détail historique :
Entre 1903 et 1905, l’État chilien octroya les premières concessions foncières dans le bassin du fleuve Aysen (Coyhaique, Ñirihuao et Mañihuales). A cette période les régions intérieures étaient quasiment vides de présence humaine.
Par la suite, à partir de 1930, un processus de colonisation spontanée a débuté sur les terrains jouxtant ces concessions, qui appartenaient généralement à de grandes sociétés s’étant vues attribuer les meilleures terres pour l’élevage (qualifiées à tort de prairies naturelles alors qu’il s’agissait en réalité de steppes patagoniennes). Les colons occupant les terres restantes étaient contraints de « nettoyer » les forêts vierges occupant leurs sols par le brûlis. Ils devaient ainsi dégager des espaces suffisants pour mener à bien leur principale activité : l’élevage ovin.
Selon Mateo Martinic Beros (historien spécialiste de la Patagonie chilienne et de la région de Magallanes), les incendies allumés par les colons ne constituaient pas un moyen approprié d’exploitation forestière, car l’ampleur des sinistres a entrainé une perte immense de végétation.
Ces incendies, survenus durant la colonisation du territoire, ont provoqué la fragmentation du couvert végétal originel, entraînant des changements majeurs dans la répartition actuelle de la forêt indigène. Entre 1920 et 1940, ce sont au total 2 800 000 hectares (soit plus de 50% de la surface forestière initiale de 5 millions d’hectares) qui ont été brulés. Cette dévastation a transformé des bassins versants entiers - tels que ceux des rivières Baker, Cisnes, Simpson, Erasmo et Emperador Guillermo – en zones de désertification ; l’érosion a entraîné d’énormes quantités de terre et provoqué l’envasement des rivières et des lacs, donnant lieu à une activité agro-pastorale précaire et marginale, dite de subsistance.
Après la lecture de ces informations, je comprends maintenant cette étrange impression ressentie à la vue de cet environnement, encore une fois maltraité par les hommes à la recherche d’un profit maximal et dont l’action se retourne finalement contre eux. Un processus qui se répète partout et conduit à la situation environnementale si anxiogène que nous vivons aujourd’hui. (Dixit un habitant de Gironde dont la maison a échappé de peu aux terribles feux de juillet dernier ) .
Une fois arrivé sur place et pour commencer votre séjour, je vous conseille d’être basé à Coyhaique, une ville assez grande et extrêmement centrale pour rayonner vers de nombreuses excellentes rivières. La ville est agréable, les logements et restaurants y sont nombreux. On y trouve même un petit magasin de chasse et pêche, KAWELL (Calle Sîmpson 1846), tenu par le très affable Hector. Le rayon pêche à la mouche du magasin est particulièrement bien fourni. Vous pourrez y compléter votre équipement pour le séjour ou remplacer un élément en cas de casse et récupérer de précieux conseils.
Pour le permis de pêche, il faut l’acheter en ligne sur le site de SERNAPESCA (pescarecreavita.sernapesca.cl). Pour un touriste étranger, il est possible de le prendre pour une semaine, un mois ou un an. Il coute environ 20, 40 ou 60€ selon la durée. Il est bon de savoir que parfois, le paiement en ligne est compliqué, voire impossible, avec une carte de crédit française. Dans ces cas-là, vous pouvez demander l’aide de votre logeur qui achètera pour vous le permis (moyennant remboursement). Autre possibilité, demander l’aide d’Hector, qui se fera un plaisir de vous aider si vous êtes clients (les magasins ne vendant pas les permis).
LES POISSONS
Les truites ne sont pas endémiques du Chili.
S’il y a eu des tentatives dès le XIX° siècle, c’est au début des années 1900 que commence le véritable programme d’introduction. Le gouvernement chilien voulait acclimater des salmonidés dans les rivières et les lacs du pays, notamment pour créer une pêche sportive comparable à celle qui existait en Europe et en Amérique du nord.
Les deux espèces qui vont particulièrement réussir sont :
- La truite arc-en-ciel (Oncorhyncus mykiss), originaire de la côte ouest de l’Amérique du nord.
- La truite fario (Salmo trutta), originaire d’Europe.
Les premiers œufs utilisés au Chili provenaient notamment de Hambourg, en Allemagne, et sont arrivés autour de 1905. Les truites furent élevées dans la première grande pisciculture chilienne, installée dans le bassin du Rio Blanco, près de Los Andes.
Une fois les œufs éclos, les alevins furent transportés et déversés dans de nombreux cours d’eau.
Le programme s’est progressivement déplacé vers les sud : Maule, Cautin, Toltén, Calle-Calle, Bueno, puis sur toutes les rivières de la région de Los Lagos. Une pisciculture fut notamment créée sur le rio Maullin vers 1910, permettant de produire localement des truites et poursuivre les introductions.
Les populations ont alors commencé à devenir autonomes : les truites ne dépendaient plus uniquement des lâchers humains puisqu’elles se reproduisaient naturellement dans les rivières.
La colonisation de la Patagonie est arrivée ensuite. Au fur et à mesure que les poissons se reproduisaient, ils colonisèrent de nombreux bassins versants. En parallèle, les repeuplements artificiels continuèrent durant des années.
Un dernier programme gouvernemental important de repeuplement de la Patagonie chilienne a eu lieu en 1981/1982, avec des œufs et des alevins de truites arc-en-ciel et fario.
L’aquaculture a aussi joué un rôle important ; à partir des années 1970/1980, il y a eu un développement extrêmement rapide de cette activité au Chili. Les élevages de truites se sont multipliés, en particulier autour du lac Llanquihue. Les poissons d’élevage, accidentellement échappés des installations sont venus renforcer les populations sauvages.
À l’époque des premières introductions, on ne connaissait quasiment pas les conséquences écologiques de l’introduction d’un prédateur comme la truite dans des écosystèmes qui n’abritaient pas de salmonidés.
Aujourd’hui, la truite Arc-en-ciel et la truite fario sont considérées comme des espèces introduites/naturalisées dans le sud du Chili. Elles se sont particulièrement bien adaptées aux eaux froides et oxygénées de la Patagonie.
C’est donc un vrai paradoxe : La Patagonie chilienne, aujourd’hui considérée comme une destination majeure pour traquer des truites sauvages, repose sur des espèces qui ont été importées d’Europe et d’Amérique du nord il y a à peine plus d’un siècle.
LES RIVIÈRES
Voici l’inventaire et les caractéristiques des différents cours d’eau que j’ai visités lors de mon séjour. Je les ai classés du nord au sud.
Pour vous rendre d’une rivière à l’autre, vous utiliserez la « Carretera Austral », qui est l’axe routier principal de la Patagonie et prolonge la Route Panaméricaine jusqu’à Villa O’higgings.
Cet axe principal (appelé aussi Ruta 7), orienté nord/sud, est long de 1200 km. Il est particulièrement bien entretenu et permet une progression rapide d’une vallée à l’autre. Pour accéder aux rivières, qui coulent essentiellement de l’est vers l’ouest, il faut emprunter des pistes qui peuvent nécessiter l’utilisation d’un véhicule de type SUV, notamment lors des journées pluvieuses.
Rio Picaflor
Je n’ai effectué qu’un très court passage sur cette rivière et n’ai pas vraiment pu évaluer son potentiel. Je sais cependant qu’elle abrite quelques très grosses truites fario.
C’est un cours d’eau de dimensions modestes qui se fraie un chemin au milieu de gros blocs de roches. Il en résulte une pêche d’eau rapide particulièrement ludique.
Coulant au fond d’une vallée assez encaissée, elle est souvent protégée du vent.
La piste qui permet d’y accéder longe souvent la rivière au plus près, permettant un accès très facile.
Rio Turbio
Le rio Turbio est une rivière de taille relativement modeste. Elle est très facilement accessible par quelques kilomètres de piste après avoir quitté la carretera Austral. Étant proche de sommets élevés, elle peut être abritée du vent en fonction de sa direction. Elle n’est pas réputée pour abriter une forte densité de truites mais est connue pour ses poissons trophées.
En l’absence d’activité, je l’ai pêché essentiellement au streamer et j’ai pris seulement quelques poissons modestes mais j’ai fait sortir de sous les frondaisons de la berge opposée une énorme truite fario que j’ai bien vue et qui confirme la réputation de ce cours d’eau.
Rio Norte
Pour accéder au Rio Norte, il faut faire de nombreux kilomètres de piste. Mais le trajet vous offre des paysages magnifiques où vous avez plus de chance de croiser un Huaso (gardien de troupeau à cheval, équivalent du Gaucho argentin) que d’autres véhicules.
La rivière, de taille modeste, méandre sur un plateau d’altitude où le vent peut souffler fort et où il peut faire froid. Les berges de terres creusées par le courant offrent de nombreux postes à prospecter.
La densité en truites fario est élevée mais je n’ai pris aucun gros poisson. En l’absence de gobages mais voulant prospecter en sèche, j’ai utilisé avec pas mal de réussite des imitations de sauterelles.
Rio Nireguao
Une rivière majeure comportant 3 secteurs bien différents.
Le secteur aval : Proche de sa confluence avec le rio Nireguao, elle est accessible après quelques minutes de piste en quittant la routa 7. Ce secteur est constitué d’une succession de courants rapides et peu profonds. Le lit de la rivière est fait de petits blocs de roches recouverts d’herbiers abritant une importante quantité d’insectes aquatiques. La rivière peut être abritée du vent en fonction de sa direction en raison d’un relief important sur sa rive gauche.
On y croise régulièrement des pêcheurs, mais il y a de la place pour tout le monde. La densité en truites Arc-en-ciel comme fario est exceptionnelle.
La pêche en sèche est particulièrement productive, même en dehors des éclosions, et elle permet de prendre de très nombreuses truites petites et moyennes. Mais attention, les truites de plus 50 cm ne sont pas rares. Souvent positionnées en bordure des veines un peu profondes et le long de la végétation, elles offrent des combats mémorables en eau rapide.
Le secteur intermédiaire : En quittant le secteur aval, la piste prend de la hauteur à flanc de montagne et s’éloigne de la rivière. Il faut compter environ 45mn pour parcourir 25kms avant de longer à nouveau le cours d’eau. La configuration y est complètement différente. C’est un secteur plus profond ne permettant pas toujours de progresser en wading, le courant est logiquement plus lent et seules les truites fario peuplent la rivière.
La façon la plus efficace de prospecter est de marcher sur la berge jusqu’à repérer un poisson actif que l’on attaquera en sèche ou en nymphe à vue.
C’est une pêche difficile, qui demande de la technique, de la précision et un peu d’exactitude dans le choix de vos imitations. Chaque poisson se mérite, mais les truites nombreuses et d’une taille moyenne élevée vous offriront de multiples occasions te tenter votre chance.
Le secteur amont : Il faut parcourir encore une dizaine de kilomètres de piste pour arriver sur le secteur le plus amont. Le paysage est maintenant d’une beauté à couper le souffle.
La rivière, qui ressemble à un « Chalk Stream » géant, méandre pendant des kilomètres au milieu d’un immense plateau herbeux d’altitude jusqu’à recevoir, en amont, les eaux du Rio Norte. Les truites fario y sont nombreuses et d’une taille moyenne très élevée. Elles sont faciles à repérer dans ces eaux cristallines d’autant plus qu’elles n’hésitent pas à venir percer la surface, même en dehors des éclosions, à la recherche de terrestres.
Le vent y souffle presque toujours très fort et, généralement d’origine thermique, ne baisse que quand le soleil vient flirter avec l’horizon. La bonne nouvelle est que le vent fort pousse les insectes terrestres sur l’eau et voir une truite de plus de 45cm monter du fond pour engloutir au ralenti votre imitation de sauterelle est un spectacle dont on ne se lasse jamais.
Très facilement praticable en wader, ce secteur de la rivière est un vrai paradis de la pêche en sèche ou en nymphe à vue.
Rio Imperador Guillermo
C’est une des rivières les plus connues de Patagonie pour la pêche à la truite.
De taille moyenne, elle coule au milieu d’une vallée assez large et est dans l’ensemble, peu profonde. Elle est donc facilement praticable en wader.
Le linéaire est long et l’accès particulièrement simple avec une piste qui longe la rivière, souvent au plus près. Elle est généralement peu protégée du vent.
La densité en poissons y est extrêmement élevée, que ce soit en truites arc-en-ciel comme en truites fario. En pêchant l’eau, les touches sont généralement nombreuses. Avec un peu d’observation, on repère régulièrement des gobages.
Il faut alors essayer de trouver la bonne mouche pour attraper les plus beaux sujets qui aiment bien se tenir dans des postes un peu techniques (sous les frondaisons, dans des contre-courants…) probablement en raison d’une vraie pression de pêche qui reste cependant raisonnable au regard de nos habitudes.
Les prises de poissons de plus de 45cm sont régulières. Probablement la rivière la plus facile de mon séjour.
Rio Simpson
C’est surement la rivière la plus célèbre de Patagonie chilienne pour la truite. C’est la rivière des lodges de pêche et il est fréquent d’y croiser des pêcheurs en raft. Cela est probablement dû à sa situation géographique. Elle coule à proximité immédiate de Coyhaique et c’est un des rares cours d’eau de la région desservi par une route goudronnée. C’est une grande rivière mais facilement praticable en wader. Elle change régulièrement de direction dans une grande vallée ce qui permet de trouver des secteurs moins pénalisés par le vent lorsqu’il souffle fort. Attention, lorsqu’il pleut de manière soutenue, l’eau devient rapidement grise rendant la pratique de la pêche à la mouche moins évidente.
La densité en truites Arc et fario du rio Simpson est très importante et les gros sujets des deux espèces sont nombreux. La pêche au streamer y est particulièrement efficace.
C’est un cours d’eau à ne pas négliger même si sa situation et sa fréquentation le rendent moins « sexy » que les autres. Peut-être en tout début de séjour, depuis Coyhaique, pour se mettre en confiance avant de parcourir la région…
Rio la Paloma
Nous sommes maintenant au sud de Coihaique, et il faut à nouveau prendre une piste pendant une petite heure pour rejoindre la vallée du Rio la Paloma. Le trajet est spectaculaire, la piste se faufilant entre des montagnes majestueuses, longeant parfois de magnifiques grands lacs naturels.
Je suis accueilli sur place par Alexander, un chilien francophone. Né en France, où il a grandi jusqu’à l’âge de 16 ans, il parle un français parfait, sans accent. Après une carrière internationale dans l’hôtellerie et la restauration, il a décidé de s’installer au Chili pour assouvir ses 2 passions : la pêche et la chasse. Tombé amoureux de la vallée du Rio La Paloma, il a acheté un terrain de quelques hectares au bord de la rivière dans un secteur ne proposant pas d’hébergement. Malgré l’absence d’électricité et d’eau, il vient de finir la réalisation de logements de charmes particulièrement confortables pour accueillir les amoureux de nature. Je suis donc un des premiers à bénéficier de sa gentillesse, de sa connaissance de l’environnement et de ses talents de cuisinier, le tout dans une maison incroyable, au pied d’une falaise le long de laquelle plane les condors.
J’ai partagé avec Alexander 2 journées de pêche sur le Rio la Paloma. Je distinguerais 2 secteurs de la rivière aux caractéristiques bien différentes.
Devant les hébergements, la rivière large et rapide a tous les critères d’une rivière glacière. L’eau y est un peu grisâtre. Le milieu semble assez pauvre et l’utilisation de streamers s’impose pour essayer d’attraper quelques jolis poissons. Je n’aurai pas beaucoup de succès avec seulement quelques petites truites Arc-en-ciel capturées.
Le deuxième secteur, un peu plus en amont nécessite quelques minutes de voiture depuis le camp de base puis une courte marche le long de la rivière. Cela permet de dépasser les deux affluents qui apportent de l’eau froide et trouble. En amont de ces ruisseaux et jusqu’au Lago El Dieserto qui donne naissance au Rio la Paloma, c’est une toute autre rivière.
L’eau à la sortie du lac n’est pas du tout froide en cette fin d’été et elle est d’une clarté absolue. Le lit de la rivière est quasiment entièrement recouvert de sortes de grandes algues qui abritent une énorme quantité d’invertébrés de toutes sortes. La densité en truites des 2 espèces est ici assez importante. En l’absence de gobages, je prends cependant de nombreux poissons en sèche en péchant l’eau avec un sedge.
Dans un tel environnement et en bonne compagnie, on ne voit pas le temps passer. Si les premiers kilomètres de rivière à la sortie du lac offrent une pêche de grande qualité, il est également possible de pêcher le lac lui-même depuis les berges. Les poissons qui maraudent le long des cassures proches des rives n’hésitent pas à monter sur une sèche ou à prendre une nymphe proche de la surface. C’est en péchant sèche/nymphe, en rivière comme en lac, que les captures sont les plus nombreuses.
Aucun gros poisson n’est venu s’échouer dans mon épuisette, pourtant Alexander me garantit qu’il est possible de prendre des poissons mesurant jusqu’à 60cm.
Il finira par me le prouver avec la prise, au leurre, dans une baie du lac d’une superbe truite fario qui dépassait largement les 50cm.
Rio Jeinemini
Aller pêcher le Rio Jeinemini, c’est faire un voyage dans le voyage !
Pour rejoindre la rivière depuis Coyhaique, il faut compter pas loin de 6h00 de trajet. Après avoir franchi plusieurs cols dans le Parque Nacional Cerro Castillo, l’itinéraire quitte la Carretera Austral pour emprunter la route X-65 jusqu’à Puerto Ingeniero Ibañez.
Il faut ensuite embarquer sur un ferry pour traverser le Lago General Carrera (appelé Lago Buenos Aires coté argentin). Le plan d’eau, 2ème plus grand lac d’Amérique du sud, s’étend sur les 2 pays qui se partagent la Patagonie. On débarque sur la rive sud, à Chile Chico qui est le dernier lieu sur l’itinéraire pour pouvoir dormir et se restaurer.
La rivière a une réputation internationale et certains pêcheurs, notamment des USA, font parfois le voyage uniquement pour ce cours d’eau. Il y a une bonne raison à cela. Au début des années 1970, un programme de coopération entre scientifiques chiliens et japonais a conduit à l’introduction du saumon Sakura (Oncorhynchus masou) dans le lac General Carrera. L’objectif initial était d’acclimater plusieurs espèces de saumons du Pacifique aux eaux de la région d’Aysen et de développer une nouvelle activité économique fondée sur leur élevage et leur reproduction naturelle. En 1989, les scientifiques reportent une remontée estimée à quelques 600 000 saumons Sakura venus se reproduire dans le système hydrographique du lac General Carrera, notamment dans le Rio Ibáñez et dans le Rio Jeinemini.
Les truites lacustres suivent les saumons qui remontent frayer dans les rivières pour se nourrir de leurs œufs. Cela donne l’opportunité aux pêcheurs sportifs d’attraper des poissons aux tailles exceptionnelles.
Encore une fois, il faut prendre une piste, à la sortie de Chile Chico, pour remonter la vallée du Rio Jeinemini et rouler une bonne heure pour trouver des secteurs favorables.
Les paysages sont sublimes. Ils correspondent ici à l’image que je me faisais de la Patagonie. Si les terres sont clôturées en raison d’une activité d’élevage pour le moins expansif, la présence humaine est insignifiante dans cette vallée.
Si comme moi, vous refusez d’utiliser des imitations d’œufs pour essayer de capturer ces poissons trophées, la meilleure option est de nouer un streamer au bout de votre ligne.
Il est totalement illusoire de vouloir faire de gros scores avec cette pêche. Il faut prospecter de nombreux postes avant d’arriver à piquer un poisson et les sorties sans capture sont nombreuses.
L’environnement exceptionnellement beau aide à garder la motivation et une seule de ces truites lacustres aux dimensions hors normes et à l’incroyable défense peut toujours venir vous récompenser de vos efforts.
LA PÊCHE ET LE MATÉRIEL
Dans le choix de la Patagonie chilienne pour aller traquer la truite avec une canne à mouche, il y avait une grosse envie de trouver des conditions propices pour pêcher en sèche.
Pour cet aspect-là, ce voyage fut plutôt une réussite. Je trouvais dommage de traverser l’Atlantique pour aller balader des billes de tungstène au plus près du fond des rivières. De toute façon, le vent qui souffle souvent fort n’offre pas des conditions favorables à cette pratique. Vous pouvez donc laisser les cannes de 11’ à la maison.
Pour le matériel, j’ai utilisé 3 cannes de puissances différentes ;
- Une 9’ #6. Avec une soie à pointe plongeant pour l’utilisation de streamers. Avec une soie WF6F pour les pêches de surface par vent fort.
- Une 9’ #5. Avec une soie WF5F pour pêcher en sèche les grandes rivières.
- Une 10’ #4. Avec une soie WF4F. Cette canne, extrêmement polyvalente, est de loin celle que j’ai le plus utilisée. D’une puissance suffisante pour pêcher en sèche à peu près partout quand le vent n’était pas trop fort, sa longueur permet dans les milieux plus rapides et pour la pêche « devant les cailloux » à courte distance de maintenir la soie hors de l’eau pour contrôler les dérives, que ce soit en sèche comme en sèche/nymphe.
Les boites à mouches
- Une sélection de streamers pour les rivières où cette technique s’impose. Une petite boite sera suffisante avec des modèles classiques car il y a en général très peu de perte. Si vous envisagez d’aller jusqu’au Rio Jeinemini, je vous conseille fortement de suivre les conseils d’Hector pour quelques modèles de son magasin qui seront bien adaptés à cette pêche particulière.
- Vos boîtes à sèche habituelles, couvriront toutes les éclosions que vous rencontrerez. Je n’ai pas croisé d’insectes aquatiques spécifiques à la région (comme les tricos aux USA par exemple). Je vous conseille de prévoir une bonne quantité d’imitations de terrestres, de toutes tailles. La mouche emblématique de la pêche en sèche au Chili est la « Fat Albert », une grosse imitation en mousse à haute flottabilité qu’il est conseillé de faire draguer. Je lui préfère des imitations plus exactes de sauterelles ou de scarabées, mais là c’est juste une question de gout plus que d’efficacité.
- Une sélection classique de nymphes, sans billes (éventuellement avec billes légères), pour la nymphe à vue ou pour les nouer sous une sèche. Une très classique faisant tail, ou Orange body faisant tail, aura souvent suffit, bien présentée, à leurrer les truites.
Habillement
La météo change très vite en Patagonie chilienne. Il peut faire froid, le vent peut souvent souffler fort et la pluie tomber dru toute une journée. Il vaut mieux être bien équipé pour affronter ces conditions.
Un bon wader multicouches, une excellente veste de pluie, des sous-vêtements et vêtements thermiques sont indispensables.
CONCLUSION
Ce séjour chilien aura finalement comblé la majorité de mes attentes.
Passée ma surprise d’un environnement autant impacté par la présence humaine, j’ai découvert de grands espaces et des paysages sublimes.
La pêche est probablement un bon vecteur pour découvrir cette région australe, vous obligeant à emprunter les pistes qui s’éloignent des axes principaux et des concentrations d’activités humaines.
La pêche y est vraiment qualitative. Il y a des rivières partout et des truites dans tous les cours d’eau. La pression de pêche se concentre sur les quelques secteurs les plus connus qui sont fréquentés par les guides mais elle reste vraiment supportable. Je n’ai croisé aucun pêcheur le long de la plupart des cours d’eau visités.
La concentration de poissons est en général forte dans ces eaux froides et riches et les truites ont souvent le regard tourné vers la surface. La grande majorité de mes sessions s’est déroulée avec une mouche sèche nouée à mon bas de ligne.
Le bonus du séjour fut pour moi la gentillesse des locaux. Réputés moins chaleureux que les argentins (plus italiens dans l’âme), je les ai trouvés gentils, serviables et même attachants pour peu qu’on croise quelques fois leur route lors du séjour.
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Alexander Banfield:
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