Mondial mouche 2019 : les mots du capitaine victorieux, Sébastien Delcor

Sébastien Delcor

Du 30 novembre au 8 décembre dernier s'est déroulé le 39ème championnat du monde de pêche à la mouche en Tasmanie. 22 équipes nationales de 5 compétiteurs chacune se sont affrontées durant 5 jours de compétition. Ce fut sans doute l'un des championnats les plus serrés de l'histoire, puisque la France médaillée d'or n'a compté qu'un point d'avance sur les Tchèques. Le capitaine de l'équipe de France, Sébastien Delcor, nous raconte ce périple haletant : 

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Bonjour Sébastien et merci d'avoir accepté notre invitation ! Entrons dans le vif du sujet, toi qui possèdes une sacré expérience en compétition internationale, qu'est-ce qui a rendu ce championnat du monde différent des autres que tu as déjà vécus ? 

Outre les 27 heures d'avion pour se rendre sur place, c'est le premier championnat où nous allions réaliser plus de manches en lac qu'en rivière. En effet, sur les 5 manches, 3 étaient consacrées à la pêche en barque dérivante sur des lacs dont la superficie varie de 250 hectares à 800 hectares. De plus, ces lacs sont peuplés uniquement de truites sauvages de belle taille (30 à 60 cm avec une moyenne entre 40 et 50 cm). Nous savions avant d'arriver que la réussite sur ce championnat dépendrait de notre capacité à performer sur les lacs. Aussi nous avons consacré la majorité de notre temps d'entraînement à la pêche en barque dérivante. L'objectif étant pour nous, non seulement de nous familiariser avec les bateaux locaux, mais surtout de comprendre le fonctionnement de ces lacs. Durant la semaine de compétition, la météo est venue ajouter un nouveau challenge à cette compétition puisque nous avons eu 50km/h de vent avec des rafales à 90km/h pendant 5 jours.

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pêche en lac
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Pour les lecteurs qui l'ignoreraient, peux-tu rappeler brièvement la façon dont se déroulent en pratique les manches rivière et lac ?

Justement c'est une bonne question puisqu'en France les compétitions et la pêche en barque dérivante ne sont pas coutume contrairement à ce qu'il se pratique dans les pays anglo-saxons. Chaque compétiteur est placé sur un bateau avec un boatman (pilote) qui lui est attribué et un compétiteur d'un autre pays. Les deux compétiteurs se partagent le capitanat durant la manche (2h chacun). Ce capitanat permet de choisir l'emplacement sur le bateau mais aussi de choisir les dérives, c'est à dire les zones à prospecter. Il n'y a donc pas de secteur pré-établi, chaque bateau est libre d'aller où il le souhaite sur le lac en sachant qu'il ne doit pas s'approcher à moins de 50m d'une autre embarcation. Le boatmant, en plus de diriger le bateau, se charge de comptabiliser les prises des deux compétiteurs qui l'accompagnent.

En rivière, le tirage au sort attribut un secteur qui fait environ 400m à chaque compétiteur et un arbitre, ce dernier suit le compétiteur pour vérifier le respect du règlement et comptabiliser toutes les truites qui dépassent 20cm.

A la fin de chaque manche un classement est établi entre chaque compétiteur. L'addition du classement des 5 manches donne classement individuel et l'addition des classements de chaque membre de l'équipe donne le classement par équipe.

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Meander River Tasmanie
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Est-ce que la stratégie de pêche peaufinée lors des sessions d'entraînement a été appliquée lors des manches officielles ? comment a-t-elle évolué au fil du temps ?

Pour la rivière, tout a été très simple, une journée  sur une rivière similaire à celles du championnat a permis de trouver les grandes lignes de la pêche que nous avons appliquée sur les 5 jours : les truites avaient la "tête en l'air". Même sans activité, "la pêche de l'eau" en sèche sur les coup propices (bordures ou fin de plat)  permettait de prendre pas mal de poissons. Il fallait utiliser un CDC/oreille de lièvre ou un parachute oreille de lièvre en taille 16. En nymphe, deux mouches bille cuivre sortaient du lot : la noire cul rouge et une faisan avec CDC et spot orange. Mais il fallait surtout penser à animer sur toutes les zones un peu lentes.

En lac, la totalité des sessions d'entraînements n'a pas été de trop pour comprendre comment les poissons réagissaient, avec quoi, où, et quand ! Par exemple, les poissons se mettaient en activité sur de petites zones à l'abri du vente à partir de 14h, il fallait alors utiliser une soie flottante avec des noyées et des nymphes non plombées et très neutres. Le reste du temps il fallait s'adapter à la direction du vent pour trouver les zones où les poissons pouvaient s'être regroupés pour s'alimenter. Dans ce cas, la pêche se faisait avec une soie n°6 type S3 ou S5 Sweep et 2 ou 3 streamers dans des profondeurs de dépassant jamais les 2.5m. L'objectifs était de déclencher l'agressivité des poissons en utilisant des soies qui se positionnent immédiatement à la hauteur des poissons. Les streamers de couleur neutre olive et noir, avec toujours un élément attractif (par exemple une bille orange et ou des fibres brillantes dans la queue) faisaient vraiment la différence. 

En pratique ces conclusions se sont avérés payantes lors de la compétition mais nous avons failli sur la première manche par notre manque de connaissance des lacs. Les débriefs et briefs d'après-manche ont permis de rectifier le tir et de s'adapter.

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Western Lake Tasmanie
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En quoi les conditions climatiques ont-elles influencé la pêche durant ces 15 jours ?

En lac, nous nous étions préparés à pratiquer des pêches fines avec des soies flottantes mais les rafales à 90km/h de vent ont rendu la mise en oeuvre de ces techniques très aléatoire. La pêche au streamer a donc représenté 90% de notre temps de pêche, mais encore fallait-il réussir à maîtriser sa ligne et ses lancés pour ne pas emmêler et détecter toutes les touches... En rivière, le vent a aussi rendu la pêche plus difficile mais toutes les techniques ont quand même pu être pratiquées avec simplement un peu d'adaptation.

J'imagine que la polyvalence est de mise sur ces épreuves, avez-vous pratiqué d'autres techniques que la nymphe au fil en rivière ? Si oui, parle-nous précisément du matériel que tu as personnellement utilisé !

Effectivement, c'est même le premier critère de sélection en équipe de France. Si chez nous, la pêche en nymphe au fil prend une grande place dans nos compétitions, il en est autrement dans bon nombre de pays que j'ai pu visiter lors des championnats. Pour ma part, j'ai pratiqué la pêche en sèche sur l'ensemble de ma dernière manche et cela m'a permis de tirer mon épingle du jeu. En effet, d'importantes rafales de vent empêchaient de pratiquer correctement la nymphe et même la sèche/nymphe... De plus, après 4 manches, les truites sont beaucoup plus coopératives sur des sèches que sur des nymphes. Pour cette technique, j'ai utilisé une JMC Pure 9'6 #3 avec soie Cortland TROUT n°3 et un bas de ligne de 2 fois la canne qui se termine en 9 ou 10/100 Trout Hunter. Certains d'entre nous ont eu des parcours où la sèche/nymphe permettait d'avoir un rendement supérieur notamment sur des zones avec de faibles profondeurs et de petits postes ou bordures. Le streamer a même permis à Pierre de terminer à la deuxième place d'une cession.

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Sébastien Delcor
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Et les truites de Tasmanie dans tout ça ? qu'ont-elles de spécial ?

Les truites de Tasmanie !!! Pour tout te dire, elles me manquent déjà ! Elles sont très souvent de belle taille avec des nageoires disproportionnées. Il s'agit de truites totalement sauvages possédant une vraie logique dans le comportement alimentaire. Elles se nourrissent d'insectes précis et nos imitations devaient être parfaitement choisies. Enfin, certains lacs offrent des éclosions massives et une abondance de nourriture qui rendent ces truites particulièrement puissantes. 

Au vu de la concurrence rude et des résultats intermédiaires changeant tout au long de la semaine, décris-nous un peu les variations émotionnelles que vous avez vécues !

Il est certain que nous nous souviendrons longtemps de l'émotion que nous a procuré ce championnat. La déception après la première manche et notre 9ème place, l'espoir après la deuxième manche où nous avons vu tous les écarts se resserrer avec les premiers au général qui ont marqué autant de points à la deuxième manche que nous lors de la première... De la confiance ensuite, quand nous comprenions de mieux en mieux les stratégies à avoir sur les lacs. Enfin, le stress en attendant les résultats finaux puisque nous savions que cela allait se jouer dans un mouchoir de poche.

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Pêche Tasmanie
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En tant que capitaine, comment gères-tu cela avec l'équipe ?

Le plus important est d'apporter de la confiance pour rester le plus serin possible. Pour cela, il faut trouver des solutions à nos difficultés et rendre la stratégie la plus simple et claire possible.

Que retiendras-tu de la Tasmanie, au delà de la pêche ?

Je me souviendrai d'un plateau immense où l'homme n'a encore rien touché. Tout est préservé, du coup, la nature y est florissante. Pour exemple, je n'imaginais pas possible de voir autant d'animaux sauvages. Quand la nuit tombe, il faut rouler au pas sous peine d'écraser wallabies, cerfs et autres wombats ! C'est aussi le royaume de l’eucalyptus et des grandes étendues...

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pêche Tasmanie
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Gagner un championnat du monde est sans nul doute le fruit d'un vrai travail d'équipe. Pour conclure, peux-tu rendre un petit hommage à chacun de tes compagnons en nous racontant comment chacun d'eux a apporté sa pierre à l'édifice ?

Thierry notre manager  : c'est en bonne parti grâce à lui et à son dynamisme que nous avons pu trouver les fonds pour partir. D'ailleurs, j'en profite pour remercier tous ceux qui nous sont venus en aide. C'est un homme qui ne laisse rien au hasard et qui a su faire en sorte que nous soyons toujours dans les meilleures conditions pour que nous ne pensions qu'à la pêche.

Pierre : malgré son jeune âge, il ne panique jamais, il sait tout faire et c'est un régal de l'avoir parmi nous. C'est aussi Mr Technologie : avec son téléphone, il trouve toujours une solution à tout !

Greg : c'est Mr Original, il a une approche différente et trouve toujours quelque chose qui peut faire la différence.

Seb V : il a un mental de fer, il se pose les questions qu'il faut, sans trop !

JB : il n'est pas comme nous, mais heureusement qu'il est là... toujours le mot pour rire où la connerie à laquelle personne n'aurait pensé ! c'est un redoutable pêcheur en rivière et ce championnat a été l'occasion pour lui de faire d'énormes progrès en lac.

Olivier : si vous voulez de l'expérience en lac, il en a et c'est un vrai plus pour nous.

Merci Sébastien et encore félicitations à toute l'équipe, peut-être à l'année prochaine en Finlande !

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Grégoire Juglaret
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Les coéquipiers de Sébastien : Grégoire Juglaret
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Jean-Benoît Angely
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Jean-Benoît Angely
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Pierre Kuntz
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Pierre Kuntz
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Sébastien Vidal
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Sébastien Vidal
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Championnat du monde Tasmanie
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L'équipe au grand complet avec en deuxième plan Olivier Jarreton (expert lac) et Thierry Lelièvre (manager)