Choix du parcours : prenez la température !

grosse truite

A l’ouverture, plus qu’à n’importe quel autre moment de l’année, la question de l’activité des poissons et de la température de l’eau revient sur le tapis. Il est vrai qu’en début de saison, le choix de la destination de pêche conditionne la réussite de la journée. Comment s’y retrouver ?

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Pour replacer le sujet, la truite est comme tous les poissons, un animal à sang froid. Cela signifie que la température de son corps, et donc son métabolisme, est conditionnée par la température de l'eau. Il n'y a qu'un pas pour conclure que température et activité alimentaire sont liées, mais cela est finalement un petit peu plus subtil que ça. Voici quelques clés qui permettent de s'y retrouver.

Globalement la truite est un poisson qui supporte une large amplitude de température. Sa gamme thermique de préférence se situe entre 4 et 19 degrés. En dessous de 4°, son métabolisme est réduit et par conséquent son activité alimentaire aussi, et au-delà de 19°, les premiers signes de stress thermique se font sentir. Les cours d'eau qui abritent des populations intéressantes de truites fario présentent le plus souvent une température comprise entre 4 et 19°, aussi ce simple critère n'est pas très efficace pour prédire le niveau d'activité des poissons. Ce qui l'est plus, c'est le régime thermique global des cours d'eau dans lequel on pêche, ainsi que la saisonnalité. Synthétiquement j'ai tendance à distinguer trois types de cours d'eau :

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Quentin Dumoutier
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Les cours d'eau froids : Entrent dans cette catégorie la plupart des cours d'eau de montagne, et en tout cas toute leur partie amont. Sur ces cours d'eau, les poissons ne subissent jamais de stress thermique chaud et pour certains la température de l'eau peine même à atteindre les 15° au plus fort de l'été. La température de l'eau prend ici toute son importance, notamment en début de saison où elle peut rester de longs mois aux environs de 4° voir en dessous ! Sur ces cours d'eau, le début de saison est parfois compliqué et il faudra souvent profiter des premiers redoux pour assister à de vraies phases d’activité. Ces redoux peuvent survenir à l’occasion de journées ensoleillées, sur les secteurs bien exposés, ou d’une dépression « tiède » accompagnée de pluies. Si la période est froide, la pêche à l’ouverture peut être très compliquée. L’été est bien souvent la meilleure période de pêche sur ces secteurs.

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grosse truite
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Pêche truite
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Les cours d'eau tempérés se rencontrent sur la partie médiane des zones à truites. L'hiver est froid, l'été est chaud mais globalement les périodes de stress, chaudes ou froides, sont marginales. Ce sont bien souvent les secteurs où les populations de truites se portent le mieux. L'échauffement de l'eau au printemps n'est pas nécessairement précoce mais dès que la température de l'eau dépasse 7/8 degrés, nous entrons dans ce qui est probablement la plus grosse période d'alimentation annuelle. L'activité s'estompe avec le début de l'été puis reprend à l'automne où le retour de températures optimales coïncide avec des besoins alimentaires accrus liés à l'approche de la période de reproduction. L'essentiel de cette seconde phase d'activité a lieu après la fermeture.

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grosse truite
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Les limites avales de répartition des truites sont souvent les secteurs à spécimens. Ils sont caractérisés par une concentration de l'activité alimentaire sur les périodes printanières et automnales. Le printemps est clairement la meilleure période pour la pêche d'autant qu'il est possible de trouver des poissons très actifs, précocement. En été en revanche une longue période de stress thermique oblige les poissons à trouver des refuges tels que des résurgences ou les pieds de seuils, dans l'écume. S'ils sont parfois faciles à trouver à cette période, les déloger temporairement de leur refuge peut être fatal. Aussi, il n'est pas souhaitable de les pêcher.

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pêche truite leurre
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Pour être complet il existe une dernière catégorie particulière de rivières à truites : les cours d'eau à température tamponnée. Ce sont le plus souvent des résurgences. L'eau qui sort de terre à une température constante toute l'année qui, si elle n'est pas trop froide, permet une activité alimentaire permanente de la truite. La température n'a ici plus d'influence et la saisonnalité est ici celle de la nourriture et de la reproduction.

Si le niveau d'activité dépend de la température, les tenues des poissons sont moins liées. Elles découlent surtout de la succession des ressources alimentaires disponibles pour la truite au cours d'une saison et en fonction du débit :  dérives de larves d'invertébrés arrachées par un coup d'eau, émergences de trichoptères, d'éphémères, reproductions de gammares, de vairons de vandoises, sont autant de points marquants qui vont rythmer les comportements des poissons.

Alors que faire à l’ouverture ? Tout dépend de la météo, et notamment de son évolution les jours qui la précèdent. Globalement, pêcher les secteurs avals, s’ils sont en état, est toujours une bonne idée car les conditions thermiques sont assurément bonnes à cette période. En revanche, si un redoux se profile, remonter sur le bassin versant, parfois jusqu’en montagne, permet de profiter des premiers pics d’activités de la saison. Ces poissons soumis à des hivers rudes peuvent se révéler particulièrement actifs dès que la température remonte au-dessus de 5°C. Alors pour l’ouverture, surveillez les débits, bien entendu, mais n’oubliez pas la météo, et mesurez la température au moindre doute !

A propos de l'auteur

Installé en Haute-Savoie depuis près de 15 ans, Quentin Dumoutier est un pêcheur polyvalent, qui alterne sa saison entre truites, brochets, mais aussi sandres.…