Ouverture : comment choisir sa rivière ?

Pêche truite

Le choix du parcours conditionne grandement la réussite d'une partie de pêche. En début de saison, le pêcheur de truites peut rencontrer des conditions hydrologiques très variables, directement dépendantes de la météo du jour J et surtout de celle des journées précédentes. Cette météo va influencer considérablement la température de l'eau et donc directement le comportement alimentaire de la truite fario sauvage (animal à sang froid dont les fonctions vitales dépendent étroitement des variations thermiques). Le but pour le pêcheur est de rencontrer une température d'eau la moins faible possible (pour rappel, l'optimal thermique de la truite se situe autour de 12°C). Voici quelques pistes pour choisir au mieux la rivière en fonction de la météo :

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Le régime hydrologique, critère principal de choix :

Les cours d'eau à truites peuvent être classés en deux catégories principales selon le régime hydrologique. Les conditions météo ne produisent pas les mêmes effets selon que l'on considère : 

Les cours d’eau de régime nival : ce sont les rivières de montagne influencées par la fonte des neiges. Leurs sources se trouvent à une altitude généralement supérieure ou égale à 1000/1500m d'altitude. Sous réserve d'un hiver normal, la neige est présente aux sources en tout début de saison, en quantité plus ou moins abondante selon l'altitude de ces sources et la météo de l'hiver écoulé. 

Les meilleures conditions que l'on puisse espérer sur ce type de cours d'eau surviennent lorsque le temps est sec, ensoleillé et suffisamment froid pour bloquer la fonte en altitude tout en étant suffisamment doux en journée pour réchauffer légèrement l'atmosphère sous l'eau (quelques degrés de plus suffisent à déclencher des éclosions et l'activité des poissons).

La température idéale de l'air est une affaire de compromis : la "bonne" température, celle qui chauffe un peu l'eau en journée sans pour autant déclencher la fonte, dépend de l'altitude à laquelle l'enneigement débute. Disons que 10/12 degrés à 1000m au plus chaud (faisant suite à un léger gel matinal qui durcit bien la neige et l'empêche de fondre en journée) est l'archétype de la bonne journée d'ouverture en montagne lorsque l'enneigement débute vers 1500m par exemple. 

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Un temps frais sans fonte = les conditions idéales pour l'ouverture en montagne
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Le pire scénario à redouter ici est un gros redoux (qu'il soit pluvieux ou ensoleillé) durant les jours qui précédent le jour J.  La fonte des neiges induite ferait subitement gonfler le niveau des rivières et baisser la température de l'eau par la même occasion. Dans ce cas là, si vous êtes condamnés à faire votre ouverture en montagne pour X raisons, il vaudra mieux monter en altitude, là où la teinte de l'eau devient vert bouteille (plutôt qu'encre de chine) et où les salmonidés s'accommodent mieux de ces conditions de fonte. Profiter de la hausse des niveaux pour tenter des endroits d'ordinaire très maigres et clairs (petits affluents) s'avère souvent rentable ! 

Au contraire, en cas de froid intense, recherchez les secteurs où la température monte un peu en journée : les portions avals dans les vallées, les débits réservés ou les portions bien exposées au soleil par exemple.

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En cas de pluie en vallée, montez là où la neige tient au sol pour retrouver de l'eau claire.
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De l'eau froide, ça veut dire quoi ?

Selon l'environnement où elles sont nées, les truites farios ne réagissent pas de la même façon à une température d'eau donnée : ainsi, l'interprétation de la température prise tel jour à tel endroit doit tenir compte de la "température moyenne à l'année" de ce même cours d'eau. Par exemple, une température de 6/7 degrés dans un cours d'eau de montagne peut être considérée comme relativement douce en début de saison, alors que cette même valeur peut couper l'appétit à des truites évoluant habituellement dans des eaux plutôt "chaudes" (comportement typique des poissons du pourtour méditerranéen par exemple). Attention donc à toujours contextualiser une prise de température. Certaines rivières ne donnent vraiment que quand l'eau approche les 10°C, alors que d'autres se réveillent dès la barre des 4/5°C franchie !

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Les cours d’eau de régime pluvial : ce sont les rivières non (ou peu) influencées par la fonte des neiges, c’est-à-dire celles provenant de sources ou de résurgences. Leur température est étroitement dépendante de celle de l’air ambiant, puisque l’effet tampon du manteau neigeux ne les touche pas (les amplitudes thermiques de l'eau sont ici plus importantes qu'en montagne).

Les meilleures conditions émanent d'un temps doux voire chaud, qu’il soit sec ou légèrement humide, dans les jours qui précèdent votre sortie.

Ce type de météo induit une hausse de la température de l’eau qui se rapproche alors de la barre des 10°C (voire plus en cas de coup de chaud précoce comme il est fréquent d'observer ces dernières années).

Au contraire, si un coup de froid survient les jours précédents et fait décroître la température de l’eau, la pêche s’annonce compliquée. La pire situation serait une chute brutale des températures qui viendrait mettre un terme à une météo douce établie depuis plusieurs semaines. La truite aimant la stabilité, un brusque changement météorologique couplé à une évolution thermique défavorable leur ferment fréquemment la gueule. Un temps froid et stable installé depuis longtemps, bien que loin d’être la panacée, est moins néfaste.

Au niveau de la conduite à tenir en plaine, il semble difficile de trouver un plan B en cas de coup de froid. Comme en montagne, préférez des portions bien exposées. Etre présent lors des heures les plus chaudes de la journée, chercher des secteurs tamponnés (aval de barrage par exemple) peut permettre de sauver les meubles lorsque la situation s'annonce mal engagée !

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En plaine, espérez la douceur !
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Température de l'eau : pensez à son évolution !

Si la valeur chiffrée au moment où l'on pêche est sans conteste indicatrice de l'activité des truites, son évolution durant les jours qui précèdent influence aussi grandement le nombre de touches que l'on peut espérer ! Prenons un exemple concret pour illustrer : vous arrivez au bord de l'eau, quelque soit le type de cours d'eau, votre thermomètre annonce 6°C. S'il en affichait 9 ou 3 la veille, les choses sont totalement différentes ! Evidemment, à ce moment de l'année, une température en hausse depuis plusieurs jours décuple vos chances de réussite ! 

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Cet article ne doit en aucun cas être érigé en règle absolue (existent-elles seulement à la pêche, les règles absolues ?). Des particularismes locaux ne manqueront pas de venir tordre le cou à certains principes généraux énoncés ici. L'intérêt du propos est plutôt d'initier une base de réflexion autour de cette considération stratégique, trop souvent occultée par les discours techniques. Pourtant, la logique du bon moment au bon endroit est d'une importance capitale pour réussir, surtout au mois de mars !

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