Démystifions la pêche au toc !

pêche toc

Chaque mode de pêche véhicule des clichés et des légendes qui donnent une apparente complexité à la pratique. Ils égarent le débutant qui, s'attardant sur la résolution de ces problématiques souvent d'ordre technique, passe à côté de ce qui génère la réussite, à savoir essentiellement la logique du bon moment au bon endroit. Attaquons-nous à quelques croyances de grand-mère relatives à la pêche au toc.

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La construction de la plombée

Le sujet de la plombée passionne les pêcheurs au toc. On ne compte plus les pages dédiées à sa construction (même à Truites & Cie, nous lui avons consacré un long article).

Si l'on s'en réfère aux nombreux papiers qui traitent le sujet, on en viendrait presque à croire que construire une bonne plombée nécessite d'emporter un double décimètre au bord de l'eau... Et gare à celui qui produirait une cassure par l'ajout d'un plomb de 2 au dessus d'un plomb de 5 pour alourdir son montage ! Adieu la légendaire souplesse et progressivité de l'enfilade et... adieu les touches !!!

Un peu de sérieux, si la masse et la densité de la plombée ont une influence incontestable sur la dérive, devenir trop psycho-rigide sur la répartition de la masse au sein de l'enfilade de cendrées, tout comme sur les espaces entre elles, devient totalement contre-productif car d'autres paramètres prévalent sur la qualité de la dérive. En effet, pendant qu'on gamberge sur la distance du plomb de touche à l'hameçon, on oublie peut-être de veiller à la précision du point d'impact, à la tenue de la canne et à tout un tas de paramètres bien plus déterminants !

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pêche toc
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Une plombée "3 plombs identiques" simple et efficace pour les petits cours d'eau...
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L'adaptation de la plombée

A ce propos, la règle antédiluvienne dogmatiquement rabâchée pourrait se résumer de la façon suivante : « il faut faire évoluer sa plombée à chaque poste selon le courant et la profondeur ».

En pratique, cette théorie est quasiment inapplicable. La perte de temps engendrée par des modifications incessantes du bas de ligne n’est en rien compensée par le gain d’efficacité découlant d’une présentation censée être optimale de l’appât, d’autant qu’il est possible de l’obtenir par d’autres subterfuges. Par ailleurs, cette démarche aveugle va également à l’encontre de la stratégie de pêche génératrice de réussite qui consiste à définir sur quel type de postes se trouvent les truites tel jour à telle heure, afin de les cibler exclusivement. Dans l’idéal lorsque c'est possible, le pratiquant soucieux d'optimiser son temps ne prospecte donc qu'un couple vitesse/profondeur assez constant tout au long de sa sortie, correspondant à une plombée unique.

En pratique, il est plus raisonnable de confectionner une plombée d’ensemble en s’adaptant aux variations de profondeur et de courant des différents coups par une modification du point d'impact au lancer et de la tension de la bannière en cours de dérive :

  • Avec une plombée "un poil trop légère", le point d'impact de la ligne devra être légèrement décalé vers l'amont et la tension de bannière légèrement plus molle.
  • Inversement, en cas de plombée "un poil trop lourde", le point d'impact sera rapproché de la position théorique de la truite, et la bannière maintenue un peu plus tendue pour légèrement soutenir le montage.

Dans 80% des cas, ces ajustements sont suffisants pour présenter l’appât de façon optimale. Lorsque ce n'est pas le cas (prospection d’un poste aux caractéristiques très différentes des autres), il faut quand même perdre quelques secondes pour modifier sa plombée.

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pêche fario
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Opter pour une plombée d'ensemble est une solution rationnelle et efficace
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La représentation de la dérive

La dérive dans la pêche au toc peut se définir comme le laps de temps écoulé entre le moment où la ligne touche l’eau et le moment où le pêcheur la retire. De nombreux schémas nous la représentent par une belle courbe dans la colonne d’eau, générée par l'utilisation d'une plombée dégressive (cendrées les plus légères près de l'hameçon et plus lourdes sur le haut de l'enfilade), qui permettrait de faire passer appât avant les plombs... la truite postée face au courant, se saisirait de l'esche sans même les avoir aperçus !

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    dérive pêche toc
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    Représentation théorique de la dérive...
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    Or, cette représentation défie totalement les lois de la mécanique des fluides. Elle n’est jamais observée en réalité, même lorsqu’on pêche  « aval » en dérive naturelle, tout simplement car cette théorie simpliste néglige totalement les différences de vitesse de courant qui existent aux différents étages de la colonne d’eau. Le courant le plus puissant se situe généralement en milieu de colonne, alors que près du fond (là où se trouve normalement votre appât si la plombée est bien choisie), le substrat caillouteux hétérogène perturbe l’écoulement du flux. Il n’est plus laminaire et donc ralenti, tout comme votre appât… ce dernier passe donc après les plombs. Rassurez-vous, ce n’est pas ce qui empêche la truite de mordre !

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    dérive pêche toc
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    ... et ce qu'il se passe en pratique !
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    Ce qu’il est important de garder en mémoire, c’est qu’une dérive est réussie quand :

    • votre appât passe bien au ras du fond (le fait de sentir qu’on "pêche creux" s’acquiert avec l’expérience),
    • le dragage est limité au maximum (l’appât suit la veine de courant choisie sans la couper),
    • la bannière n’est pas trop tendue (un léger mou permet à la truite de bien aspirer l’esche et limite les vibrations indésirables de la ligne perçues par le poisson).
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    pêche truite toc
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    Malgré une plombée et une tenue de canne parfaites, faire passer l'appât "avant les plombs" est impossible !
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    Le choix du diamètre du nylon pour la pêche au toc

    « Aujourd’hui, la pêche était dure, aucune touche en 12/100, et dès que je suis passé au 10/100, je les ai enchaînées, elles voyaient le fil ! ».

    Vous avez sans doute déjà entendu ce genre de remarques farfelues. Pourtant, il est hautement probable que la truite ne perçoive aucune différence entre ces 2 diamètres de nylon. La finesse n’a pas pour vocation à soustraire le nylon à la vue des poissons, mais plutôt à présenter l’appât de la meilleure façon qui soit. En effet, au-delà de son adéquation avec la taille des truites pêchées, le diamètre du fil doit être choisi selon les postes, afin d'ajuster la portance du montage, c'est-à-dire la surface d'appui du courant sur la ligne.

    Prenons plusieurs cas concrets :

    Dans les faibles couples vitesse/profondeur par exemple, un gros diamètre de nylon apporte de la portance en augmentant l'appui du courant sur la bannière et favorise donc une dérive sans trop de dragage, alors qu'un montage plus dense couperait d'avantage les veines de courant molles...

    Au contraire, dans les radiers rapides des petites rivières où les poissons se postent souvent en été, un 10 ou 12/100 favorise une mise en place rapide du montage, allonge le temps de dérive efficace et limite le dragage en diminuant la prise au courant...

    Dernier exemple, dans les gros volumes du grand cours d'eau, où la ligne dispose de pas mal de temps pour se mettre en place et où il faut s'ancrer dans le courant de fond intéresser les poissons, la finasserie est totalement inutile et même contre-productive : les lests lourds utilisés (atteignant parfois plusieurs grammes) pour parvenir au fond ont tendance à se "planter" entre les blocs une fois ce niveau atteint, si le nylon n'apporte pas assez de portance... Dans ces conditions, un bon 16 ou 18/100 (en plus d'être nécessaire pour combattre efficacement les gros poissons qui hantent ces eaux) offrira un plus grand appui au courant et produira une dérive bien meilleure grâce à l'effet "densité compensée".

    Pour le corps de ligne, l’affinage ne sert qu'à faciliter le lancer : par exemple, le pêcheur qui utilise une canne fil intérieur en été a intérêt à diminuer le diamètre du corps de ligne pour garder une glisse optimale avec des plombées légères : un nylon en 12/100 peut alors être utilisé en corps de ligne.

    De même, certains pratiquants bannissent carrément le nylon fluo en corps de ligne pour des raisons de discrétion... Là encore, il est hautement probable que la truite perçoive le fil quelle que soit sa couleur, mais qu'elle se saisisse quand même de l'appât... Essayez donc d'attacher votre hameçon directement à un corps de ligne fluo, vous serez surpris du résultat !

    En dehors de quelques cas très particuliers, la course à l’affinage ne se justifie pas vraiment lorsqu'on pêche au toc. Elle ne sert à certains qu’à valoriser leurs belles prises d’une pseudo plus-value... Or, quelle gloire y-a-t-il à éterniser les combats et mettre en danger la santé des poissons ?

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    grosse truite
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    Fario sauvage prise à l'étiage, période à laquelle un bon 16/100 ajoute de la portance dans les veines molles...
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    pêche toc
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    Ce diamètre apporte aussi un intéressant effet "densité compensée" dans les pêches lourdes en eaux fortes
    Pêcheur.com

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