Le Saumon Atlantique dans le Béarn : historique et perspectives

pêche saumon Béarn

S’il est un poisson qui suscite les passions au sein de la communauté halieutique béarnaise, c’est bien le saumon. Présent en abondance au début du 20ème siècle dans tout le bassin de l’Adour et sur la Nivelle, c’est surtout sur la Nive et le gave d’Oloron que sa pêche sportive à la ligne lui a donné ses lettres de noblesse.

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L'histoire du Saumon dans le Béarn

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"Au début du XXème siecle, l’Adour est le bassin versant le plus riche en saumons du territoire français, proportionnellement à son étendue." (Roule 1920) Je parle de "lettres de noblesse", rien de moins, car au début des années vingt, ce sont le Comte Nitot, le baron de Longueuil et Bastit en personne qui furent les premiers à montrer les qualités piscicoles insoupçonnées de cette rivière, aussi bien en termes de nombre de prises que de taille moyenne des saumons capturés.

Le Cercle anglais de Pau créé en 1856 par les Anglais et les Américains attirés par « les vertus du climat de Pau », après la bataille d’Orthez est un autre témoignage de la richesse des rivières du passé. Ce club très fermé (les nouveaux membres ne peuvent accéder à ce cénacle qu'après avoir été adoubés préalablement par deux parrains), était composé de riches bourgeois qui s’adonnaient aux courses hippiques, à la chasse a courre et... à la pêche du saumon. Ils avaient bien compris que le nombre et la taille des saumons du gave d’Oloron et du gave de Pau rivière étaient inestimables. Une tentative de privatisation du gave d’Oloron avait d’ailleurs été tentée sans succès à l’époque.

Au fil des années, bon nombre de pêcheurs des quatre coins de l’hexagone émettaient le souhait de vouloir se mesurer à ces poissons. A l’époque, les pêcheurs de saumons vivaient souvent à proximité de rivières (Allier, rivières bretonnes) alors en bonne santé, et ne voyaient pas l’intérêt d’aller voir ailleurs. La pêche à la mouche a été un élément important de la renommée du gave, les premiers essais furent initiés avec succès dans les années 1924-1925, il est vrai que nombreux sont les pools qui se prêtent à cette pratique.

La pêche à la ligne du saumon a véritablement connu un essor après guerre dans les années 50-60, avec un matériel de pêche qui devenait plus facilement accessible et aussi plus performant. Nombreux étaient les pêcheurs qui venaient se frotter aux locaux pour se disputer le titre aux championnats du monde de pêche au saumon à Navarrenx. L’hôtel du Commerce à Navarrenx, Chez Camdeborde était le repère de ces derniers.

De grandes figures de la pêche sont venues tenter leur chance sur les eaux du gave, de Michel Duborgel à Jean Paul Pequenot en passant par Georges Plée, Richard Vibert et Lucien Bonnenfant pour les plus célèbres. Ils ne s‘étaient pas trompés, peu de rivières en Europe et certainement aucune à l’époque ne pouvaient rivaliser avec le gave. Nulle part ailleurs il était possible de pêcher des saumons dépassant les dix kilos sur plus de 80 km de rivière publique, de lancer une soie sur les plus beaux pools à mouche que mère Nature ait pu façonner, de se restaurer dans des lieux réputés pour la qualité gastronomique de la région entre Pyrénées et Océan. Bon nombre de saumons de plus de 15 kg ont été capturés, certains atteignant voire dépassant les 20kg. Il est assez difficile d’avoir des traces de tels spécimens (tout était vendu à l’époque), mais des témoignages attestent des captures de tels monstres sur les zones de frayères, difficile d’imaginer ce que cela pouvait être au début de leur remontée...

 

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En Gaspésie, le saumon est une source de richesse considérable

 

A titre de comparaison succincte, la Cascapédia est une rivière à saumon de la province de Gaspésie (Canada) d’une centaine de kilomètres de long, réputée pour la taille de ses saumons, qui voit remonter aux alentours de 2100 saumons (2000 grands saumons et une centaine de madeleinaux), 1119 pour l'année plus faible et 3815 pour la plus prolifique entre 1984 et 2015 et seule la pêche à la mouche y est pratiquée sur des parcours privés ou contingentés (accès limité en nombre de cannes). [1]

« En utilisant les données du ministère fédéral des Pêches et Océans ainsi qu'un sondage auprès du public, Gardner Pinfold a conclu que le saumon atlantique sauvage au Québec représente un PIB de 50,9 millions de $ et donc un tiers du PIB de 150 000 000 $ pour le Québec et le Canada atlantique collectivement. Pour l'industrie de la pêche en particulier, la valeur du PIB du saumon sauvage au Québec est de près de 47 millions de $, une valeur plus importante que n'importe quelle des provinces de l'Atlantique. Prenons la rivière Cascapédia à titre d'exemple : la pêche au saumon sur cette rivière contribue à hauteur de 7,2 millions de $ au PIB du Québec et produit 172 emplois à temps plein. Localement, la pêche au saumon et le tourisme connexe créent environ un emploi sur 30. Plus spécifiquement, la pêche au saumon sur la Cascapédia et le tourisme associé génèrent un emploi sur trois dans le secteur des services de restauration et d'hébergement.» Bill Taylor (Fédération du saumon atlantique)

Plus près de nous, en Ecosse, la pêche sportive du saumon génère plus de 3000 emplois et plus de 135 millions de livres....

Ceci, juste pour montrer ce qu’il est possible de pouvoir obtenir en terme de retombées économiques, en seulement trois mois de saison de pêche. Je ne fais en aucun cas l’apologie de la pêcherie privée, la liberté d’accès sur les parcours du gave est à mon sens une richesse à conserver. De nombreux endroits sont protégés par eux même de par la difficulté d’accès voire l’impossibilité de les pêcher correctement.

 

Les retombées de la pêche au saumon dans le Béarn

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Il est difficile de pouvoir quantifier les retombées économiques réelles de la pêche du saumon en Pyrénées Atlantiques, car il possible de prendre son timbre ailleurs tout en pratiquant sur le gave. C’est environ un millier de pêcheurs qui pratiquent, 926 en moyenne qui dépensent en moyenne 1590 euros/an, soit 1150 euros/an pour un résident et 2190 euros/an pour un non résident, qui va en outre débourser pour des postes type restauration, hébergement, guidage, matériel de pêche... A ce titre, le chiffre d’affaire généré par la pêche du saumon dans les Pyrénées-Atlantiques est d’environ 1,5M d'euros/an.

Une approche distincte peut être effectuée pour le chiffre d’affaire généré par le tourisme pêche saumon puisque là aussi les effectifs ont été estimés. A ce titre, le chiffre d’affaire touristique en ce qui concerne la pêche du saumon dans les Pyrénées-Atlantiques est d’environ 850 000€, ce qui représente un peu moins de 10% du chiffre d’affaire global lié au tourisme pêche dans le département. [2]

Dans les Pyrénées Atlantiques,  le nombre d’emplois concernés (à temps complet ou partiel), par la gestion et/ou la protection et/ou la valorisation de cette espèce peut se répartir comme suit : 24 dans les structures associatives de pêche de loisir (Fédération de Pêche, AAPPMA, Migradour), 8 en tant que revendeurs de matériel de pêche au saumon et 3 moniteurs guide de pêche spécialisés dans la pêche du saumon, soit 35 emplois au total.

À partir des données récoltées parmi les structures compétentes en matière de restauration du milieu (syndicats de rivière, associations d’insertion), du réseau des partenaires labellisés « Pêche 64 » (OT, hébergeurs), situés sur les territoires où la pêche du saumon est autorisée, l’estimation de nombre d’emplois indirects peut se chiffrer à près de 100.

 

La qualité de l'accueil et l'accessibilité de la pêche : les atouts du saumon dans le Béarn

 

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L'auteur en action sur le gave d'Oloron (crédit photo Jacques Jean)
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Le gave d’Oloron possède des atouts incomparables pour accueillir le pêcheur et sa famille : le réseau d’hébergement est vaste et varié (campings, hôtels, gîtes, chambres d’hôtes), la proximité de l’Océan, des Pyrénées, de l’Espagne sont des atouts pour accueillir la famille du pêcheur, sans compter la gastronomie locale. Il manque juste le principal...

Le gave a toujours suscité un attrait pour les pêcheurs de saumons de l’hexagone et même au delà de ses frontières. De plus en plus nombreux sont maintenant par exemple, les pêcheurs de saumons de la péninsule Ibérique à venir tenter leur chance. Non pas que leurs rivières soient moins belles, mais ce sont des personnes séduites par la grandeur, le charme et l’accessibilité de la rivière de ce côté-ci de la frontière, pour se faire plaisir avec une canne à deux mains sur un linéaire unique en Europe. Il pourrait en être de même avec des Anglais, Ecossais et autres qui dépensent leur argent ailleurs pour le moment. Une récente prise de conscience de la part des élus locaux va peut être redorer le blason de cette rivière saccagée par une pêche professionnelle et semi-professionnelle d’un autre temps, mais sommes-nous prêts, nous, pêcheurs à la ligne, à faire de même et à donner l’image d’une pêche sportive digne de ce nom ?

Marryat Tactical Pro

A propos de l'auteur

Fabrice Bergues est natif d'Oloron Sainte Marie dans le Béarn. Dès le plus jeune âge, il se passionne pour la pêche à la mouche et les migrateurs (saumons et aloses…