Entretien avec Julien Daguillanes, prodige de la mouche

daguillanes

En 1995, Julien Daguillanes remporte son premier titre : champion de France minime. Le début d'une ascension fulgurante (il participe à son premier championnat du monde à peine 10 ans plus tard !) et d'une carrière de compétiteur impressionnante, dont l'apothéose survient en 2016, avec une médaille d'or en individuel, au Colorado. En décembre dernier,  à 35 ans, il a annoncé son retrait des compétitions internationales mais sa passion pour la pêche reste intacte. Rencontre avec un champion, dont la gentillesse et l'accessibilité sont loués unanimement.

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Salut Julien, tu as annoncé cet hiver ton retrait des compétitions internationales après 20 ans de présence au plus haut niveau. Quelles ont été tes sources de motivation durant toutes ces années et qu'est ce qui t'a récemment poussé à faire ce choix ?

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julien daguillane
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J’ai eu plusieurs sources de motivations durant toutes ces années qui m’ont permis d’obtenir les résultats que j’ai eus. La première motivation est « le goût pour la compétition » qui m’a amené à me mesurer à d’autres personnes afin d’évoluer et d’apprendre en me remettant toujours en question. La compétition est un excellent moyen de progresser. Sans elle, les évolutions sur le matériel et les techniques n’en seraient pas au stade actuel. La deuxième est le plaisir de retrouver les copains lors des compétitions ou en dehors. Il ne faut pas oublier que ce n’est « que de la pêche ».

Ce choix d’arrêter les compétitions internationales a été très dur à faire mais mûrement réfléchi. Je ne l’ai pas fait sur un simple coup de tête. Je pense que ça a commencé après mon titre individuel au Colorado, qui m’a coupé pendant quelques temps l’envie de pêcher ! C’est surprenant, je ne m’attendais pas à cette réaction de ma part. Je pense que j’ai eu le sentiment d’être arrivé au bout de mon chemin, au bout des objectifs que je m’étais fixés. J’ai continué en 2017 en équipe de France avec un titre par équipe (et une place de 4ème plus qu’honorable en individuel). La motivation pendant la compétition était là mais différente. Je me suis alors dit qu’il fallait arrêter, profiter un peu plus des moments de pêche « plaisir », car il faut le dire, pour être au top pendant des années, on est obligés de sacrifier des heures au bord de l’eau à s’entraîner plutôt qu’à prendre du plaisir. Je passais mon temps de pêche à tester des bas de ligne, des fils, des hameçons,… Le plus dur est « d’abandonner » les amis de l’équipe, car au fil des années ils sont devenus bien plus que des « membres de l’équipe de France ».

Je me suis aussi dit qu’il valait mieux arrêter sur des résultats positifs plutôt que d’attendre une baisse de régime, car il faut bien être conscient qu’au fil des années, les résultats diminuent forcément, c’est normal. Ça faisait 13 ans que j’étais en Equipe de France, il était temps de laisser ma place aux « jeunes ».

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Avec le recul que tu as accumulé, quels sont selon toi les principaux critères de réussite dans les compétitions de pêche à la mouche aujourd'hui ?
 

Il y a plusieurs critères, le premier est la motivation, sans elle rien n’est possible. Ensuite, il faut beaucoup d’expérience pour s’adapter rapidement aux conditions de pêche. Enfin, un bon bagage technique et beaucoup d’heures au bord de l’eau pour avoir les automatismes au moment des compétitions. Il ne faut pas non plus oublier d’avoir un minimum de physique. Pour résumer, il faut être sportif !!!

 

Je sais que tu es très attaché à ta terre de Bigorre : toi qui as pas mal bourlingué au cours de ces années de compétition, qu'est ce qui fait que tu es toujours resté fidèle aux Pyrénées Centrales et peux-tu donner envie aux lecteurs de Truites & Cie de venir découvrir ce territoire ?

 

On est vraiment bien en Bigorre, pas loin de l’océan, au pied des montagnes, des rivières de 1ère catégorie partout, des lacs de montagne, des truites sauvages, de l’eau en quantité toute l’année, et on a même Lourdes toute proche pour brûler un cierge !!!

On a tous types de milieux, des petits ruisseaux, des grandes rivières, des résurgences, des rivières rapides, de l’eau claire, tout ce qu’il faut pour contenter les pêcheurs de truites.

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peche pyrenees
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La Bigorre, territoire très diversifié et paradis du pêcheur de truites
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Depuis quelques années, avec l'avènement des techniques à la nymphe modernes, certains moucheurs puristes se sont désolidarisés de  cette tendance et regrettent la convergence entre la pêche à la mouche et la pêche au toc. Certains poussant le bouchon jusqu'à dire que les compétiteurs "ne savent que balancer des enclumes"... Quel est ton point de vue personnel ?

 

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canne jmc
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Heureusement qu’on n’a pas fait que « balancer des enclumes » en équipe de France lors des compétitions internationales, sinon la France n’aurait pas eu tous ces titres !!! La pêche en sèche, en sèche/nymphe a une grosse importance lors des compétitions, mais il est certain que la plupart du temps la pêche en nymphe est la plus utilisée, et quoi de plus normal, quand on sait qu’un poisson se nourrit essentiellement sous l’eau.

D’une pêche à une autre, il y a toujours des ressemblances et l’on peut toujours comparer la pêche à la mouche, à la pêche au toc, aux leurres, au coup, ...ect.

Un pêcheur qui pêche en sèche/nymphe n’est-il pas un pêcheur au bouchon ; un pêcheur au toc à la nymphe n’est-il pas un pêcheur à la mouche refoulé ??? On peut trouver des ressemblances entre toutes les pêches, et l’essentiel est de se faire plaisir au bord de l’eau.

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J'ai entendu dire que tu te tournais de plus en plus vers la pêche des carnassiers et notamment le sandre en verticale : qu'est ce qui t'attire dans cette pêche, à première vue assez éloignée de tes premiers amours ?

 

Cela fait quelques hivers que je pêche les carnassiers (en particulier le sandre) et j’y prends vraiment du plaisir, c’est complètement nouveau pour moi (même si j’ai déjà « pêchouillé » il y a quelques années au mort manié ou au posé). Je trouve cette pêche très captivante et très technique dans l’approche, même si ce n’est bien sûr pas aussi « fin » que la pêche à la mouche. Le sandre est un poisson passionnant dans sa recherche. Il faut toujours se remettre en question, trouver le meilleur leurre du moment, la bonne animation, des approches qui me rappellent la pêche en réservoir. Le fait de venir de la pêche à la mouche est, je pense, un avantage pour progresser et comprendre plus rapidement le comportement des carnassiers. Malheureusement le « budget » de cette pêche est énorme si on veut se lancer dans les compétitions, les dépenses n’ont plus rien à voir avec celles de la mouche… D’ailleurs j’en profite pour faire un appel aux lecteurs, si quelqu’un a un Bass boat dans un coin dont il ne se sert pas !!!

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peche carnassier
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Ton meilleur souvenir en compétition ?

 

Je pense que je vais dissocier le meilleurs souvenir sur une compétition nationale et internationale.

En compétition nationale, mon meilleur souvenir est surement une manche en sèche sur la Basse Rivière d’Ain. Je me rappelle des ombres qui gobaient de temps en temps sur un plat, je les pêchais aval et je les voyais monter pour prendre mon cul de canard quand tout d’un coup, c’est une truite de 50 cm qui est venue gober ma sèche, un vrai régal.

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PECHE COLORADO
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Le parcours de Julien lors de la dernière manche au Colorado (2016)
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En compétition internationale, je pense que mon meilleur souvenir était lors de la dernière manche sur la rivière Colorado. Le parcours n’était pas simple, la rivière large et linéaire, j’en étais à 6 poissons à 40 minutes de la fin et je savais que ça ne suffirait pas pour gagner en individuel. Alors que j’aurais pu faire le milieu de la rivière au Streamer ou en noyée, je me suis dit que j’allais retourner au début de mon parcours car la berge opposée venait juste de passer dans l’ombre. A peine arrivé, il y avait 2 poissons qui gobaient ! J’ai réussi à finir ma manche avec 11 poissons dans les 35 dernières minutes. Mon intuition a fonctionné cette fois ci ! J’ai plein d’autres souvenirs lors des compétitions internationales, notamment en dehors des manches : par exemple, la traversé de la Blue River par Jean Benoît lors de l’entrainement (belle baignade !!!), le tournoi de Ping Pong en Slovaquie, les grosses truites et les paysages de Nouvelle Zélande, les parties de pêche en sèche avec Jean Guillaume en République Tchèque, les moustiques de Finlande,…ect.

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championnat monde peche
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Toi qui as la réputation d'être un gars vraiment cool et accessible (j'ai rarement lu autant de louanges de gentillesse au sujet d'une personnalité du monde de la pêche), tentons de salir un peu cette réputation : peux-tu nous balancer une petite saloperie sur l'un des membres de l'équipe de France (autant en stigmatiser qu'un seul) que je te laisse le soin de choisir ?

 

Ça c’est une question « dégueulasse », j’hésite à poser un joker !!

Mais, je vais quand même faire une exception !! Désolé Jean Gui, mais cette fois ci, ça va tomber sur toi, car sur les autres, ça serait largement pire ! Vous voulez faire plaisir à Jean guillaume Mathieu : mettez-le dans une cuisine ou avec un aspirateur à la main, il adore ça !!!! En fait, je ne suis pas sûr que ça soit réellement une « saloperie »... car je suis certain que de nombreuses dames adoreraient avoir un homme aux fourneaux et fanatique du ménage !

 

Merci beaucoup Julien et bonne saison 2018 !

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championnat monde colorado

A propos de l'auteur

Simon est né dans le département du Gers et a découvert la pêche à l'âge de 10 ans. Bien qu'initialement éloigné des rivières pyrénéennes qui lui sont chères…