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Rando-pêche sur l’île du Nord en Nouvelle-Zélande

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Après une nuit sans sommeil et un vol agité, le 25 mars dernier, nous atterrissions à l’aéroport d’Auckland et foulions enfin le sol de la terre promise. Il était 5h du matin, je n’avais toujours pas eu droit à mon café et à peine arrivé, devais déjà faire face à un véritable parcours du combattant. Mon sac à dos arborait fièrement les trois tubes caractéristiques du pêcheur à la mouche en cavale. Et si au départ rien ne manquait à l’appel, l’inévitable contrôle sanitaire de la douane me coutera un cou de coq, un masque de lièvre et des plumes de vautour. Malgré la tentative de négociation, l’agent des services d’immigration, aimable comme une porte de prison, ne voulait rien entendre. Il semblait persuadé que j’avais ramassé en bord de route ce pauvre animal et lui avais moi-même enlevé la peau de son visage. J’ai fini par le prendre avec ironie. C’est donc avec le sourire d’Anthony Hopkins que je franchissais fièrement les portes de l’aéroport, en quête de nouvelles aventures.

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Pour les connaisseurs, ce n’est évidemment pas la période idéale pour arriver au pays du Long Nuage Blanc. La saison pour la pêche de la truite ferme fin avril sur la majorité des rivières. Mais quand on dispose d’un visa d’un an, cela ne représente pas vraiment un problème en soi. La grande majorité des pêcheurs qui viennent en Nouvelle-Zélande se cantonnent à l’île du Sud. Les rivières voient leur fréquentation augmenter d’année en année pour atteindre aujourd’hui un stade démesuré. Commencer par le nord était donc volontaire. Cela permettait de profiter d’un hiver plus doux et d’opportunités halieutiques moins courantes. À travers cet article, je vais vous faire découvrir Kaweka Forest Park où coule la Taruarau River. C’est là-bas que j’ai rencontré mes premières truites néo-zélandaises et il me tenait à cœur de partager cette expérience avec vous.

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Et si l’excitation était à son comble, la première semaine en terres maories fut dédiée aux démarches administratives habituelles : compte en banque, carte SIM, numéro de taxe… Le quotidien du voyageur au long cours n’est pas un long fleuve tranquille. Chaque changement de pays implique de longues heures d’attente à différents guichets pour obtenir papiers et autorisations. Il nous aura aussi fallu faire l’acquisition de notre van. Il est notre nouvelle maison pour un an et dispose de l’électricité grâce à un panneau solaire et même d’un frigo. À nous la vanlife au pays des kiwis, des paysages époustouflants et surtout, des grosses truites.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en matière de qualité de pêche sur l’île du Nord. Les ouvrages de John Kent me fournissaient mes premières pistes et les nombreux échanges de mail avec Greg French me permettaient d’y voir plus clair. Greg adore l’île du Nord. Son climat semi-tropical permet le développement de forêts humides luxuriantes et rend les températures agréables toute l’année. Mais ce qu’il préfère, ce sont les truites arc-en-ciel géantes qui peuplent ses rivières. J’avoue qu’au départ, elles ne m’enchantaient pas vraiment. Mais après avoir été confronté à leur robe chromée et aux reflets rose/orange vif à tomber par terre de leurs opercules, j’ai changé d’avis. La ténacité et hargne dont elles font preuve pendant les combats rendent l’expérience extrêmement sportive.  

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L'île du Nord, une destination pêche peu populaire

Comme je le mentionnais dans l’introduction, l’île du Nord est boudée par la majorité des touristes pêcheurs européens. Même si sa grande sœur regorge de trésors, comme nous l’a montré Jordan avec le récit de son voyage, sortir des sentiers battus est toujours payant. Cela confère bien souvent une très grande qualité de pêche. J’ai pu m’en rendre compte en approchant et capturant bon nombre de truites affichant une belle taille moyenne. La pêche en sèche y est très agréable, les gobages fréquents et même un poisson qui se nourrit sous l’eau se laisse souvent tenter par un insecte en surface. Tous ces signes sont les caractéristiques d’une faible pression de pêche.

Pour se démarquer et accéder à encore plus de truites, toujours plus voraces, rien de mieux qu’une expédition dans le backcountry sur plusieurs jours. Marcher plusieurs dizaines de kilomètres dans une végétation hostile est une de mes approches favorites. Si vous avez lu mes articles sur mes séjours en Tasmanie, vous le saviez déjà. Cela ne confère pas uniquement une qualité de pêche supérieure, c’est aussi une expérience unique qui permet de se retrouver isolé en pleine nature et de contempler sa beauté. Ces endroits reculés, vierges de tout impact anthropique vont se faire de plus en plus rares dans le futur. La culture du profit, l’agriculture intensive et l’augmentation exponentielle de la population sont entre autres les responsables principaux. Il faut donc en profiter un maximum tant qu’ils existent. La Nouvelle-Zélande, bien qu’à l’autre bout du monde, est prédisposée à ces expériences, ce qui en fait une destination de choix pour tous les amateurs.

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Kaweka Forest Park et la Taruarau River

La Taruarau est un affluent de la très connue Ngaruroro River. Cette dernière prend sa source au nord-est de Kaimanawa Mountains. Elle coule sur 164 kilomètres dans la région de Hawkes Bay pour finir dans le Pacifique au niveau de Napier. La Ngaruroro est elle aussi un excellent terrain de jeu pour les férus de grosses truites, abritant farios et arc-en-ciel. Mais l’objet de cet article est porté sur la Taruarau qui est beaucoup moins fréquentée et m’a offert une expérience de rando-pêche inoubliable. En termes de population, ce sont majoritairement des arcs qui peuplent le cours d’eau. Le poids moyen se situe aux alentours des 4 Lbs (environ 1.6kg) et elle abrite des sujets « double figure » (passant la barre des 10Lbs).

 

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Des truites qui se méritent

Le départ de notre expédition se fait au bout de Comet Road. Une gravel road en piteux état d’une dizaine de kilomètres. Nous sommes tous les deux très surpris de trouver 3 autres voitures sur le parking. Greg m’avait affirmé que très peu de pêcheurs s’aventuraient de ce côté du parc en raison du fort dénivelé. Nous étions début avril et c’était la pleine période de brame du cerf. Les kiwis portent un grand intérêt à l’animal, autant pour sa chair que pour les trophées au-dessus de la cheminée, j’avais donc bon espoir pour que tout ce monde serait en quête de bois et non pas de nageoires.

Le trek commence par quelques kilomètres de montée raide. De quoi mettre jambes et appareil respiratoire à pied d’œuvre après plusieurs semaines sans trop d’efforts physiques. Le point haut du sentier atteint, nous poursuivions avec un petit plateau. Étrangement, c’est une forêt formée par un mélange de pins et d’arbres natifs qui compose ce versant. Le chant mélodieux des tuis nous accompagne pour le plus grand plaisir d’Anne. Et lorsque le soleil est au zénith, quelques cigales se mettent même à chanter. C’était plutôt prometteur.

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Une très longue descente nous attendait pour la dernière partie de la marche. Nous entamions donc cette portion interminable et n’avions toujours pas vu la rivière. Des pluies récentes avaient teinté la Ngaruroro que nous avions franchie sur la route, bien en aval de sa confluence avec la Taruarau. C’était une inquiétude, mais j’avais bon espoir, cette rivière-là est connue pour ne se teinter qu'en cas de très gros volume de précipitation.

Ce n’est qu’après deux heures de descente que nous entendions enfin le cours d’eau. Bientôt, nous pourrions l’apercevoir. Elle nous semblait cependant encore à mille lieues de notre position. La pente, très raide et parfois glissante, ne nous permettait pas d’avancer très vite. Nos sacs à dos étaient lourds, chargés de tout le nécessaire au camping et à la survie pour 3 jours. Les nuits sont fraîches et en Nouvelle-Zélande, il faut se préparer à des changements de météo radicaux. Négliger son équipement lorsque l’on s’aventure en pleine nature de la sorte relève de la folie.

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Première rencontre avec les truites néo-zélandaises

La descente vers la rivière enfin achevée, nous pouvons nous libérer de nos fardeaux et manger un morceau au bord de l’eau. Nous établirons le campement un peu en retrait, au seul emplacement plat et abrité des environs. Pendant le déjeuner, je ne pouvais pas m’empêcher de scruter la surface de l’eau et distinguais rapidement la première truite du séjour. Un sujet de belle taille en plein festin environ 1m50 sous la surface. Et dans cette situation, je parie que vous auriez tous fait comme moi. À savoir, posé votre sandwich sur un caillou et monté votre canne à la vitesse de l’éclair pour tenter de débloquer le compteur au plus vite.

Le pool était formé de courants forts et complexes. Ils rendaient les passages hasardeux et la position du poisson en profondeur ne facilitait pas la tâche. Il m’aura fallu plusieurs changements de grammages avant de voir la truite se décaler distinctement. Pas vraiment convaincu, j’ai quand même pris le risque de ferrer, à raison puisque je tenais la première truite du trip. Ce premier combat ne présentait pas vraiment de difficulté. Le pool était grand et la truite est restée dans le courant principal, perdant rapidement son énergie. Mais je n’étais pas moins enchanté pour autant lors de la mise à l’épuisette.

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Les truites arc-en-ciel de la Taruarau River en Nouvelle-Zélande

L’après-midi qui suivit et le lendemain furent à l’image de cette première approche. Chaque pool abritait un ou plusieurs poissons. Beaucoup se sont allègrement laissés tenter par mes nymphes. Enfin, plutôt les nymphes de Matt & Lenka. Ils m’ont gentiment fait passer une boîte pleine de leurs modèles phares via Simon en décembre dernier. Je l’avais précieusement conservée pour cette occasion et je dois dire qu’elles se sont montrées extrêmement utiles. Sans nymphes à billes, je n’aurais probablement pas atteint la moitié des poissons capturés durant ce séjour. Elles étaient toutes confortablement installées près du fond, loin du courant tumultueux de la surface.

Quelques-unes ont daigné monter prendre une sèche, mais j’ai très vite compris que ce serait inutile d’insister sur cette rivière.

Au départ, j’étais monté plutôt fin (le 16/100 en NZ, c’est de la finesse). Mais les combats duraient une éternité. Mon avant-bras en venait à être tétanisé. La perte d’un poisson-trophée dans les premières heures m’a décidément convaincu à changer de stratégie. J’ai remplacé ma pointe fine par un Stroft 22/100. Cela me permettait de raccourcir la durée des combats et de moins me fatiguer. Mais ces truites arrivaient quand même à me donner du fil à retordre. C’était vraiment impressionnant.

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J’ai exploré les quelques kilomètres en amont et en aval de notre camp de base. C’était un vrai régal. Les poissons se succédaient, tous de belle taille. Une première expérience néo-zélandaise qui donne le sourire. En cette période automnale, les journées étaient courtes, mais j’étais largement conquis et n’avais définitivement pas besoin de plus.

Retour à la civilisation

Outre la remontée pénible pour retrouver notre véhicule, quitter cette forêt était une sorte de déchirement. Retrouver les villes et leur chaos permanent ne nous réjouissait pas. Nous avions encore deux bonnes semaines à en profiter devant nous. Mais l’idée de nous remettre au travail pour remplir à nouveau et inlassablement nos comptes en banque était difficile à oublier. Étrangement, lorsque nous étions seuls dans ces bois, ce genre de pensées négatives semblait s’évaporer. Je suis concentré sur les truites et la nature qui nous entoure. Anne, quand elle ne me suit pas au bord de l’eau, remplit son carnet de dessin.

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Un nouveau mode de vie

Les cinq mois qui ont suivi cette escapade en ont vu d’autres. Mais la première a toujours une saveur bien particulière. Ils ont aussi vu des changements radicaux dans notre mode de vie. Nous avons délaissé les jobs « alimentaires ». Après avoir travaillé dans des vergers et vignobles, nous nous sommes remué les méninges pour trouver une solution plus durable dans le temps. Nous voulions continuer à voyager sans forcément repasser par la case départ et étions un peu las de ces boulots pénibles.

Du coup, Anne fait ce pour quoi elle était destinée et exerce en tant qu’architecte/dessinateur freelance. Son diplôme et son expérience lui ont permis de trouver des clients très rapidement.

Pour ma part, je fais de la rédaction web. Ça se rapproche pas mal d’un concentré de ce qui me plait le plus et me permet de très bien gagner ma vie. Je ne détaillerai pas le principe ici et vous invite à visiter notre blog de voyage qui parle de tout cela plus amplement. Les plus curieux pas uniquement intéressés par les écailles devraient trouver je l’espère, de quoi inspirer leurs prochains voyages.

L’hiver se termine dans l’hémisphère sud et nous ne sommes plus qu’à quelques jours de l’ouverture tant attendue. Je meurs d’impatience et ai vraiment hâte de quitter l’écran de mon ordinateur et retrouver les rivières et leurs truites géantes. C’est depuis la côte ouest de l’île du Sud que je termine la rédaction de cet article, depuis l’arrière de notre van, avec vue plongeante sur une rivière immaculée. Il y a pire me direz-vous… Je vous l’accorde.

Je vous donne donc rendez-vous au prochain épisode pour vous parler du printemps et des débuts de cette nouvelle saison de pêche à la mouche en Nouvelle-Zélande !

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A propos de l'auteur

La pêche a toujours fait partie intégrante de la vie de Benjamin : pêche de la truite en famille dès la plus tendre enfance puis au carnassier en région toulousaine…