Pêche en dérive et tenue de canne

Pêche en dérive et tenue de canne

En matière de pêche en dérive naturelle, la trajectoire suivie par la canne, et plus précisément par l’anneau de tête, conditionne grandement la qualité du passage de la ligne. Cette trajectoire est induite par la tenue de canne du pêcheur pendant l’acte de pêche.

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Bien entendu, il ne s’agit pas du seul point essentiel à la réalisation de dérives propres. La bonne construction d’une plombée ou le choix d’un couple de nymphes parfaitement adapté à la veine d’eau pêchée est un prérequis essentiel, tout comme le point d’impact de la ligne et le bon placement du pêcheur. En revanche, à toutes choses égales par ailleurs, nous avons tous connus cette situation où, à plombée ou couples de nymphes identiques, un pêcheur capture des poissons là où son confrère se contente d’admirer le paysage (activité fort plaisante au demeurant !), et ce de manière assez répétée pour mettre en évidence un point crucial : c’est la manière précise dont le pêcheur assiste très légèrement sa ligne qui la rend vivante, pêchante et/ou attractive.

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Les angles : nerfs de la guerre

Parmi les éléments qui sont essentiels à une bonne conduite de ligne, l’angle que forme le nylon avec la surface de l’eau est visuellement le plus facile à appréhender. Plus cet angle est ouvert et se rapproche de 90°, plus la longueur de bannière immergée est faible, moins l’effet voile de cette dernière est important. Cet angle ouvert permet également au pêcheur de minimiser facilement le dragage : le soutien qu’il apporte à sa ligne se fait vers le haut, et non pas en tirant (même très légèrement) la ligne vers lui.

Jusqu’à une dizaine de mètres de distance, tout va plutôt bien dans le meilleur des mondes.

En revanche, dès lors que le point d’entrée de la ligne dans l’eau s’éloigne du pêcheur, cet angle de la ligne avec la surface se ferme, et induit mécaniquement un plus grand effet voile de la bannière dans l’eau. Cet effet fragilise la qualité de la dérive, tout comme le pêcheur qui se met à « tirer » légèrement la ligne vers lui plus qu’il ne la soutient.

Les équilibres deviennent alors instables et les subtilités grandissent. C’est dans ces contextes de pêches un peu plus éloignées que le timing adopté par le pêcheur, ses trajectoires de bras et de canne et ses points d’impacts deviennent des clés pour capturer des truites. Tout cet ensemble, qui peut s’apparenter à un feeling global à première vue, répond avant tout à des règles très rationnelles, dont une semble parfois peu instinctive pour les pratiquants : l’angle optimal de la canne.

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Une jolie truite prise en dérive naturelle
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Défaut majeur et angle parfait

Une grande partie des pratiquants semblent partir du principe que plus ils tiennent leur canne proche de la verticale, plus leur anneau de tête se situe haut, et meilleur est le contrôle de la ligne, puisque l’angle d’entrée du fil dans l’eau est ouvert au maximum. C’est tout simplement une erreur.
 
L’angle parfait entre la canne et la bannière est tout simplement de 90°. Plus on s’éloigne de cet angle, plus on ferme celui entre le nylon et l’eau.
 

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Pêche en dérive : Tenue de canne
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Le schéma ci-dessus illustre parfaitement l’idée que contrairement à des idées reçues, une tenue de canne trop haute est de loin la pire de toute. Non seulement, elle n’offre pas d’ouverture d’angle et force le pêcheur à tirer sa ligne vers lui par le soutien qu’il lui apporte, mais elle demande également une plus grande longueur de bannière. Cet allongement ne comporte quasiment que des inconvénients, en diluant les informations tactiles que nous offre le faible contact avec notre ligne immergée, et en offrant une plus grande prise au vent, lorsqu'il y en a.

Enfin, en plus des désagréments qui empêchent une bonne gestion de la dérive, une tenue de canne trop haute implique - et c’est peut-être là la chose la plus pénalisante - un ferrage qui porte peu et mal, avec une canne qui se retrouve à l’arrière du pêcheur, suivi d’un temps de flottement pendant lequel la canne est ramenée en avant avec une tension mal maîtrisée. Ce cocktail est tout simplement idéal pour multiplier les décrochages intempestifs.

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Les exceptions...

Le vent, précédemment évoqué, peut être un frein au respect de cet angle optimal de 90°. Les contextes où il souffle à plus de 10 ou 15km/h peuvent demander une adaptation de la tenue de canne, qui sera plus basse, de manière à réduire au maximum la longueur de bannière entre l’anneau de tête et le point d’entrée dans l’eau. Cette réduction de longueur réduit mécaniquement la prise au vent totale.
On peut également, en cas de volonté de procéder à des dérives très longues vers l’aval, sacrifier les premiers mètres qui seront effectués avec une canne à la verticale. La démarche permet de retarder le moment où la position de la canne sera parfaite, pour par exemple pêcher une section de veine identifiée comme étant la plus porteuse, mais inaccessible autrement.

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En pratique

Inutile d’encombrer les gilets déjà bien - trop - remplis d’un rapporteur. Plus que l’idée de faire de la théorie pure, cet article vise à faire prendre conscience aux pêcheurs du fait que nous tenons par moments notre canne en position trop verticale lorsque nous voulons pêcher loin, et que cette tenue est concrètement contre-productive, autant en matière de dérive pure que du côté de l’efficacité au ferrage.

Essayer de créer, entre la canne et le nylon fluo, un angle légèrement obtus en début de dérive pour le fermer jusqu'à se rapprocher des 90°, puis le rouvrir au fur et à mesure que la ligne s’éloigne de nous vers l’aval constitue la manière de procéder la plus productive qui soit sur tous les plans dans l’écrasante majorité des contextes.

Les angles aigus sont à proscrire, et si nous prenons la peine de lever le nez, nous nous rendons compte que nous sommes tous concernés à un moment où un autre par ce petit défaut plutôt facile à corriger avec un peu d’attention.

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Pêche de la truite en dérive

A propos de l'auteur

Actuellement dans l’Aude après un exil de son Gers natal, Matthieu est un pêcheur de truites avant tout, qu’il traque tout au long de la saison en compagnie de Lenka,…