Canne NATIVE NII

Nymphe au toc : le choix de la nymphe

nymphe toc

En matière de pêche en nymphe au toc, les sources d’interrogations des pêcheurs habitués à pratiquer aux appâts naturels sont multiples. Outre les - nombreuses - questions relatives au montage de la ligne ou à l’acte de pêche lui-même, les problématiques sur les choix de nymphes reviennent en permanence sur la table. Les points clés ne sont à mon sens pas vraiment là où les pêcheurs ont instinctivement envie de les situer. Voici un petit tour d’horizon des aspects qui doivent à mon avis être considérés pour construire une boite de nymphes optimale.

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C’est un fait, en 2021, les pêcheurs en dérive n’ont plus peur de remplacer leurs appâts naturels fétiches par des nymphes artificielles, et les rangs de ceux qui doutent encore de l’efficacité régulièrement supérieure des nymphes sur les appâts se réduisent peu à peu. Pour autant, comme dans toute chose nouvelle, il est intéressant de noter que des pêcheurs adoptent des idées qui paraissent instinctives au premier abord, mais qui peuvent s’avérer contre-productives en pratique.

Parmi ces points, la dimension imitative, le sens de présentation de la nymphe dans l’eau (sic) ou encore la dimension mystique autour de l’efficacité de certains modèles de nymphes sont autant de points sur lesquels il convient à mon sens de revenir à un peu de lucidité. Voici donc un tour d’horizon pour bien démarrer la saison de pêche à venir !

Les hameçons

Bien qu’il ne s’agisse pas de la nymphe à proprement parler, l’hameçon constitue le premier choix à faire pour construire (ou choisir) un modèle. Son rôle sera de supporter le corps de l’imitation par une forme et une longueur de hampe donnée, mais également de favoriser la tenue du poisson et sa mise à l’épuisette en limitant au maximum les taux de décrochages en cours de combat.

Concernant la forme, nous pouvons dans les grandes lignes en isoler trois communément utilisées :

Les hameçons droits : ils permettent la plupart des montages standard, en offrant une place relativement limitée sur la hampe pour les modèles qui offrent un bon ratio taille/ouverture.

Les hameçons caddis : la hampe est ici recourbée. Ils permettent de donner à l’imitation une forme elle-même courbée, qui peut correspondre dans les grandes lignes à la forme de certains invertébrés aquatiques.

Les hameçons droits jig : avec les mêmes propriétés que les hameçons droits, ils permettent à taille identique d’utiliser une plus grande longueur de hampe pour les montages dans lesquels le revêtement du corps est important, pour des raisons de signal ou de texture.

Dans mon utilisation, je privilégie l’emploi d’hameçons droits classiques pour le dressage de perdigones, dont le volume du corps se doit d’être peu important. Il s’agit de nymphes à silhouettes fines, que j’utilise principalement en tailles 14 à 18 et qui se doivent de percer facilement les couches d’eau. Le fait de minimiser la part du corps m’aide ici à obtenir au maximum l’effet mécanique recherché. En revanche, pour tous les corps texturés (nymphes ébouriffées, pheasant tails, combinaisons corps/thorax/tag, etc…), l’utilisation d’hameçons jigs permet une plus grande longueur de corps, dans laquelle chaque matériau trouve sa place. En ce qui concerne les hameçons caddis, j’en utilise pour quelques modèles particuliers sur lesquels je veux maximiser la portance de corps en dubbing raides, mais c’est une forme qui reste à la marge dans mes boites.

Dans tous les cas, deux aspects devront avant toute autre chose retenir votre attention dans le choix d’un hameçon : l’ouverture doit être importante afin de pénétrer de manière profonde, et la pointe de forme très légèrement rentrante devra être longue pour assurer l’ancrage pendant le combat. Ces deux points permettent de déchirer le moins possible les chairs sous l’effet de la pression pendant le combat, pour mener celui-ci à terme de manière heureuse.

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Le « sens » de présentation

De nombreuses théories sont évoquées par les pêcheurs, indifféremment pratiquant au fil ou au toc, sur le sens de présentation de la nymphe, qui serait conditionné par la forme de l’hameçon et l’angle du point d’attache (droit Vs jig). Ainsi, les jigs favoriseraient une présentation pointe vers le haut, qui elle-même impliquerait une limitation significative du nombre d’accrochages.

En pratique, ce concept fonctionne parfaitement dans les livres, mais beaucoup moins dans la réalité subaquatique. Les nymphes sont véhiculées dans les turbulences du fond, au sein desquelles la rugosité implique des trajectoires de courants diverses, autant sur un plan vertical qu’horizontal. Il n’y a donc aucunement un sens de passage théorique de la nymphe, mais bien des angles variés en fonction des typologies de courants, de la portance du corps de la nymphe, de celle du bas de ligne, ou encore de l’angle de la ligne à un instant T au cours de la dérive.

Aussi, il est de mon point de vue strictement inutile de se torturer pour savoir, par exemple, de quel côté un sac alaire doit être posé, ou si un jig pêche la pointe en haut. A ce titre, les considérations relatives à l’hameçon jig évoquées plus haut représentent sans doute le summum de l’approximation chez des pêcheurs. L’idée de la pointe en haut qui limiterait les accrochages alors que ceux-ci sont dans leur écrasante majorité provoqués par un blocage des nymphes (ou des plombs en ce qui concerne la pêche aux appâts naturels) entre les galets est dénuée de tout sens. De la même manière, cette figuration mentale de la pointe en haut refrène l’utilisation de cette forme d’hameçon en potence. Là encore, les dizaines de milliers de poissons capturés chaque année sur des potences armées d’hameçons de forme jig ne laissent planer aucun doute : nul besoin d’introduire dans notre réflexion des considérations inutiles, alors qu’il existe tout un tas de réels sujets importants sur lesquels il est capital de recentrer nos réflexions pour gagner en efficacité canne en main.

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La diversité

Dès lors que l’on s’ouvre à l’infinité des possibilités qu’offrent le montage de nymphes, ou à la profusion de l’offre aujourd’hui disponible, l’envie peut être forte de partir dans tous les sens, et de se suréquiper pour palier tout manque potentiel. En pratique, il n’y a pas de nymphes miraculeuses, mais des imitations qui doivent être considérées comme des outils. Aussi, il est surtout pertinent de disposer des signaux dont on sait qu’ils pourront être efficaces, et de privilégier des séries, avec des déclinaisons de tailles et de poids qui offriront la possibilité de pêcher de manière juste dans toutes les veines de courant, et à toutes les saisons.

Lorsqu’on débute, en l’absence de pistes et de conseils, les trois principales couleurs de billes (or, argent et cuivre), déclinées avec et sans tags, constituent une base solide. Ensuite, les notions de revêtements entrent en jeu en fonction de saisons. C’est le premier pas vers une démarche d’affinage de ses sélections.

Ensuite, et uniquement dans un second temps, chaque modèle basique pourra être remplacé pour un modèle dont on s’apercevra qu’il apporte une plus-value notable. Par exemple, une simple pheasant tail sans tag et à bille argent se verra remplacée par un autre modèle, également sans tag et à bille argent, mais dont un matériau spécifique entrant dans la composition du corps apporte une touche qui fait mieux réagir les poissons.

C’est en procédant de cette manière, en partant d’une base simple et en faisant monter sa sélection en puissance par jeux de remplacements (et éventuellement quelques ajouts) qu’une boite à nymphe

fonctionnelle se construit. Ces ajustements peuvent bien évidement s’effectuer par de multiples manières : tests en pêche, échanges avec d’autres pêcheurs, prise de conseils auprès de pratiquants plus expérimentés, etc…

Plus la démarche sera rationnelle, et plus l’efficacité de la boîte à nymphes ainsi construite sera importante. La plus grande erreur est de multiplier les séries courtes et disparates, qui ouvrent la porte à trop de doutes et injectent trop d’inconnues dans la pêche pour parvenir à comprendre et isoler les signaux efficaces.

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Terne, mais…

En se concentrant sur les truites en particulier, les tonalités ternes (gris, beige, olive, marron, noir,…) constituent une base incontournable. A cette base viennent s’ajouter les signaux de la bille, des tags (les Globrite n°7 et UTC Fire Orange sont des classiques hyper efficaces) et des matériaux brillants, principalement constitués par des tinsels. Pour ces derniers, les tonalités or et peacock font elles aussi partie des grands classiques.

L’intensité de signaux peut être gérée lors du montage. Par exemple, pour une bille de couleur donnée, l’intensité de la brillance peut partiellement être cassée par un tag noir, très utilisé sur les perdigones, et bien plus utile dans la démarche d’atténuation du signal que dans une hypothétique représentation d’un sac alaire parfaitement abstrait. De la même manière, un tag d’une couleur donnée peut être réalisé en écharpe derrière la bille, auquel cas il sera massif, ou au contraire de manière minimaliste à l’arrière de la nymphe, voire encore plus furtivement sur l’œillet de l’hameçon. Dans les trois cas, l’intensité obtenue est différente et ne répond pas aux mêmes contextes d’utilisations. Enfin, un tinsel peut être intégralement vernis pour former une perdigone, ou au contraire servir à cercler une nymphe ébouriffée dans laquelle on verra le signal brillant se diluer. Le signal est le même, mais son intensité est très différente.

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L’imitation : le piégeur piégé…

Voilà un point délicat. Il y a quelques années, la lecture d’une interview de Jean-Benoît Angely a suscité chez moi un agacement certain. Il y dénigrait (le mot est peut-être un peu fort, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti à l’époque, le ton était toutefois courtois) la corporation des pêcheurs au toc en décrivant une démarche qui consiste à chercher à se procurer ou à réaliser des imitations réalistes, ou à minima censées représenter des invertébrés réellement présents dans la rivière. C’était selon lui (et ça l’est également selon moi !) une erreur monumentale. Je trouvais l’idée de mettre la majorité des pêcheurs en dérive dans le même panier un peu trop caricaturale. Aujourd’hui, avec une démocratisation encore plus grande de l’utilisation des nymphes par les pêcheurs au toc, je réalise que Jean-Benoît avait plutôt raison. Je ne sais pas s’il s’agit d’une majorité, mais je constate que la course aux imitations de porte-bois ou de patraques est belle et bien réelle chez un grand nombre de pêcheurs, sans qu’ils ne semblent se soucier du fait que ces imitations ne sont pas loin d’être les moins efficaces qui soient.

Une bonne nymphe, c’est une combinaison de signaux visuels (couleur, niveau de brillance, tags UV, taille et silhouette) et/ou vibratoires qui déclenchent des touches pour des raisons qui dépassent très amplement une simple duperie du poisson par ressemblance avec une proie connue. Toute recherche de réalisme entraîne automatiquement des choix de matériaux et de signaux qui répondent à la volonté d’imitation, en mettant de côté les vraies combinaisons de signaux déclencheurs qui constituent une bonne nymphe.

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Les tailles et silhouettes : match the hatch !

Pour ce qui concerne les tailles et les silhouettes, beaucoup de pêcheurs aux appâts ont du mal à accorder le crédit qu’elles méritent aux petites imitations et aux silhouettes fines.

L’utilisation d’hameçons de 10 et de silhouettes ébouriffées en début de saison ne pose de problème à personne, et tout le monde intègre parfaitement l’idée que le volume des nymphes doit être réduit au fur et à mesure que la saison avance, que les eaux se réchauffent et que les débits s’amoindrissent. En revanche, un cap psychologique qui se situerait autour des hameçons de 16 semble compliqué à franchir pour encore un bon nombre de pratiquants, et peu nombreux sont ceux qui utilisent des hameçons de 18 coiffés de billes de 2mm pour les pêches en dérive. Or à mon sens, il s’agit d’une des clés des pêches d’étiage sur des poissons un peu pénibles à prendre, y compris (et peut être surtout !) en grande rivière, et y compris dans des lames puissantes. Dans ce cas, le couple de nymphes utilisé sera dépareillé, la plus lourde assumant quasi dans son intégralité le rôle du lestage, en faisant pêcher la micro-imitation qui lui est associée. Il est acquis que les micro proies font partie intégrante du régime alimentaire des poissons, et s’il est un unique point sur lequel il est d’une importance capitale de faire correspondre les nymphes aux proies du moment, c’est bien le volume ! Aussi, il ne faut en aucun cas hésiter à descendre en taille, et bien garder à l’esprit qu’aussi petite que puisse être votre imitation, elle sera détectée (et peut-être prise !) sans la moindre la difficulté par les truites.

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En résumé

Pour démarrer cette nouvelle saison pleine de promesses, mes conseils se résument donc aux points suivants : soignez vos choix d’hameçons, c’est eux qui permettent l’aboutissement de vos captures, et perdre une part significative des prises -voire un gros poisson – en cours de route n’est agréable pour personne. Effectuez ces choix en fonction de caractéristiques mécaniques précises plutôt qu’en fonction de propriétés supposées qui relèvent du fantasme, et construisez vos boites sur des bases simples, avec des billes de couleurs classiques, des bases de corps ternes, et l’ajout de signaux efficaces. C’est sur ces bases là que l’on peut raisonner pour construire les logiques qui au fil du temps nous deviennent propres. De la même manière, évitez les imitations trop attrayantes visuellement pour préférer des vraies combinaisons de signaux efficaces. Enfin, n’hésitez pas à vous projeter dans la suite de la saison en prévoyant de petites imitations. Pour peu que vous ayez la foi de bien vouloir leur donner une chance en les nouant à votre bas de ligne, les truites vous le rendront au centuple !

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Matthieu

 

Ses articles nymphe au toc :

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LE MATÉRIEL

Le matériel (canne et moulinet)

La construction de la ligne

L'ACTION DE PÊCHE

La tenue de canne

La nymphe au toc en début de saison

A propos de l'auteur

Actuellement guide de pêche sur le territoire audois et ariégeois après un exil de son Gers natal, Matthieu est un pêcheur de truites avant tout, qu’il traque tout au…