Nymphe au toc : reproduire ou s’adapter ?

Pêche nymphe au toc

Partant toujours du constat de départ que les nymphes s’imposent de plus en plus comme faisant partie intégrante de la panoplie du parfait petit pêcheur de truites aux appâts naturels, j’ai décidé d’effectuer en 2018 sur Truites & Cie un certain nombre de zooms sur des aspects bien précis de ce que l’on nommera encore une fois, par facilité, la nymphe au toc, bien que la notion de toc soit –une fois de plus- devenue un abus de langage. Pour démarrer, voilà donc quelques considérations d’ordre général, accompagnées de quelques mots sur la sacro-sainte plombée, objet de toutes les interrogations chez les débutants comme les pratiquants réguliers.

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La pêche en dérive naturelle, en nymphe comme aux appâts, est une pratique loin d’être instinctive. En réalité, comme dans d’autres domaines, bon nombre de pratiquants se contentent plus ou moins d’un minimum syndical permettant de capturer quelques poissons, pour les manger, les prendre en photo, ou même simplement les inscrire dans un coin de leur mémoire avant de les remettre à l’eau, sans pour autant faire preuve d’une quelconque envie de maîtriser l’ensemble des éléments factuels qui aboutissent à une capture, dans le but de les multiplier. La compréhension profonde n’est pas un moteur, et le cadre, l’air pur et quelques touches suffisent à leur bonheur. Cette approche, ô combien respectable, peut se contenter de quelques approximations, mais ça n’est pas celle qui nous intéresse ici. Mon intérêt est de formuler des pistes, qui pourront passer pour des points de détails aux yeux des moins curieux, mais qui n’en sont en réalité pas forcément.

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Pêche nymphe au toc
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Pour commencer par le commencement, mon intérêt pour la pêche en dérive a démarré dans la première moitié des années 2000, quelque part sur les berges du haut Adour, et il a été alimenté par une recherche permanente d’approfondissements sur les dimensions stratégiques et techniques de cette pêche, quasi-exclusivement à l’aide d’appâts naturels pendant plus de 10 ans. Epaulé par les débuts de la pêche sur internet, j’ai dévoré tout ce qui pouvait passer à ma portée concernant ces approches, m’engouffrant même souvent sur des pistes parfaitement stériles, avant de parvenir à y voir un peu plus clair et à faire le tri entre les nombreux charlatans ayant trouvé sur le net une tribune inespérée et les quelques théoriciens sérieux dans le domaine. C’est également à cette époque que j’ai fait la connaissance de Simon, notre rédac’ chef préféré. Nos soifs de compréhension ont trouvé dans cette rencontre un écho mutuel, et ses fréquentations de grands noms (non usurpés !) de la pêche de la truite aux appâts nous ont alors considérablement aidé à avancer.

Je digresse, pour mieux revenir sur le sujet… je suis un pur produit de la pêche aux appâts, qui a fait ses armes dans tous les cadres possibles, sur toutes les tailles de cours d’eau, à toutes les altitudes capables d’abriter des populations de truites sauvages, ce qui me permet d’en venir au cœur du questionnement qui nous intéresse ici : avec une canne anglaise typée truite aux appâts naturels, et de manière générale un équipement qui va dans ce sens, une nymphe constitue-t-elle un simple substitut ? Où l’ensemble de l’approche doit-il être reconsidéré afin d’en tirer le meilleur ? La réponse est, il me semble, dans la question.

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Un peu d’histoire

Il y a maintenant une dizaine d’années, je me suis retrouvé à la table d’Olivier Plasseraud par le plus grand des hasards, un samedi soir en marge des journées nationales d’échanges techniques à Périgueux, alors organisées par la FNPF, réunissant à peu de choses près l’intégralité des fédérations départementales de France.

Je me souviens avoir lancé quelque part dans la discussion le sujet de son fameux Larvor, alors déjà quasiment tombé dans l’oubli. La conclusion d’Olivier fût, à peu de choses près, la suivante : « Il y a des montagnes que l’on ne déplace pas ».

Ma faible connaissance du marché de l’époque ne me permet pas d’apporter un jugement trop péremptoire sur les raisons –probablement multiples- de cet échec. Elles sont sans doute en partie techniques, liées à une trop grande approximation dans la conception des larves elles-mêmes (lestages laiton qui impliquaient de trop gros volumes, volonté commerciale de trop faire dans l’imitatif, hameçons de mauvaise qualité, …), mais selon le concepteur lui-même, dans le contexte de l’époque où la communication était ce qu’elle était, il s’agit avant tout d’un manque d’adaptation des pêcheurs eux-mêmes. Les moucheurs ont cherché dans le Larvor une manière de pêcher en nymphe, alors que les pêcheurs aux appâts pensaient y trouver une copie conforme de la pêche au toc, sans la contrainte de la gestion des appâts. Personne n’y a vu à l’époque ce pour quoi le Larvor avait en réalité été conçu par Olivier : un mélange, dans l’approche, de pêche à la mouche, de pêche au toc, et probablement aussi un peu de pêche aux leurres, demandant à chacun une petite remise en question pour tirer le meilleur du principe qui était -à quelques approximations techniques près- excellent.

De l’eau a coulé sous les ponts, la communication est désormais d’une fluidité sans commune mesure avec celle de l’époque, permettant à tout un chacun d’être exposé à la réalité de l’efficacité de la pêche en nymphe au toc. Il n’existe donc plus aucune barrière pour celui qui veut se lancer dans la pleine exploitation du concept et ajouter une corde à son arc.

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Pêche nymphe au toc
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Pêche nymphe au toc
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Le mythe de la plombée

En matière de pêche aux appâts naturels, il serait stupide de nier la relative science liée à la construction des plombées. Les poids, les écartements, les progressivités, et les distances à l’hameçon choisies impliquent mécaniquement un comportement précis de la ligne, et par voie de conséquence de l’appât naturel. Maîtriser ces paramètres, et les associer à une somme d’autres éléments dans l’acte de pêche, c’est assurément se donner les moyens d’obtenir la présentation voulue, et donc la quantité de touches qui en découle.

Partant de cet irréfutable principe, nos premiers tests de pêches en nymphe au toc furent naturellement orientés dans cette direction, notamment sur les pêches aériennes d’étiage : une nymphe légère, pas ou peu lestée, couplée à une plombée construite sur le principe de l’utilisation d’un appât léger. Très concrètement, l’approche fonctionne et permet de prendre des truites.

En revanche, il suffit de remplacer son couple plombs/nymphe légère par un couple de nymphes casquées pour se rendre compte que la justesse (dictée par les truites et les touches !) n’est pas toujours là où on l’imagine au premier abord. Ce type de montage à deux nymphes tungstène apporte des touches, souvent de manière plus régulière qu’un montage traditionnel plombs/nymphe, y compris sur des pêches reconnues pour être difficiles, en plein étiage sur des poissons fortement sollicités par exemple. De ce point de vue, la prise de distance avec ce que l’on sait ou que l’on croit savoir sur la pêche aux appâts s’avère nécessaire. Une nymphe n’est pas un appât, et les contraintes de présentations (toujours dans le but d’obtenir des touches) d’une nymphe n’est pas celle d’un appât vivant. Au cas où il faudrait le préciser, je parle bien là de pêche en dérive, où, de la même manière qu’aux appâts, il est nécessaire de chercher la justesse dans le passage, et d’écarter tout dragage.

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La puissance de la pêche en nymphe au fil

Pour se convaincre de l’immense efficacité des pêches où les nymphes se suffisent à elles-mêmes en matière de lestages, il faut se tourner vers la compétition mouche.

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Pêche nymphe au toc
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En France, sur les manches officielles (PN, D2 et D1), pas de faux semblants, puisque aucun apport de poisson n’est effectué. Si l’on ajoute à ça le fait que le compétiteur ne choisit pas sa journée de pêche (et les conditions potentiellement favorables qui vont avec) ni son parcours, qu’il est restreint sur une portion de rivière extrêmement courte, et qu’ils tournent sur les mêmes truites au fil des manches, on peut raisonnablement considérer qu’un maximum de bâtons leur sont mis dans les roues. Malgré tout, en dépit de ces contraintes immenses, les bons compétiteurs parviennent à prendre un nombre de poissons sauvages qui impose le respect, et que la très grande majorité d’entre nous ne pourra jamais approcher. Même en s’affranchissant de leurs obligations dans l’espace, même en choisissant ses conditions, et même les jours d’euphorie comme il s’en produit parfois un dans l’année, et où toutes les truites de la rivière semblent dehors, qui est capable d’atteindre ce niveau d’efficacité ? Eux y parviennent, sans pour autant disposer de la possibilité de construire des plombées élaborées.

En revanche, les poids des deux nymphes, leur(s) portance(s) propre(s), leur écartement, la portance du bas de ligne lui-même, ou encore les points et les modes d’impacts sur l’eau sont autant de paramètres qui mis bout à bout, constituent une infinité de possibilités et conditionnent la justesse des dérives et de l’acte de pêche. C’est à mon sens vers ces points là que nous devons nous tourner en priorité, même si c’est une démarche qui nécessite un renversement de nos schémas acquis.

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Pêche nymphe au toc
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Les pistes d’adaptation de la pêche en dérive

Des points communs, qui constituent le socle de la réflexion, existent bel et bien. Tout ce qui concerne les stratégies de pêche, le placement des poissons, l’approche globale, peut être considéré comme relativement identique dans les deux manières de pêcher. La gestuelle de lancer, qui constitue souvent un détail négligé, est d’une importance capitale dans la pêche aux appâts en moyenne et grande rivière, où la nécessité d’atteindre des postes éloignés avec des lestages faibles peut se faire sentir. La précision et la reproductibilité dans les lancers occupent également une place de premier ordre. En nymphe, cette importance est encore plus grande, puisque la densité élevée des billes en tungstène, le plus souvent utilisées, demande à pêcher en moyenne encore plus léger qu’on ne le ferait avec du plomb. L’écartement des deux nymphes utilisés, parfois supérieur à 50 centimètres, déconcentre le poids du montage, ce qui réduit de nouveau mécaniquement les distances atteintes !

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Pêche nymphe au toc
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Il faut donc, dans l’idéal, des cannes disposant de capacités de lancer encore supérieures à ce qui existe actuellement, de manière à obtenir un confort de pêche maximal.

Il faut également apprendre à apprivoiser le tungstène, dont –une nouvelle fois- la grande densité implique des comportements de ligne différents. Les points d’impacts et les tensions de bannières lors de la mise en place de la ligne sont légèrement différents.

Il faut apprivoiser les comportements induits par les matériaux qui constituent le corps des imitations, puisqu’ils conditionnent leurs portances. Des nymphes classiques, ébouriffées ou complètement lisses ne permettent pas de pêcher les mêmes veines au même moment à lestage égal. Pour simplifier, une nymphe lisse perce la colonne d’eau là où une nymphe très ébouriffée est nettement plus portée par le courant. Cette notion de portance constitue un point essentiel : elle permet de jouer avec les tailles de nymphes et les vitesses de courants dans lesquelles elles doivent être présentées.

Il faut comprendre que la pêche en nymphe permet, à des moments de l’année où la source réelle de nourriture des truites est constituée de larves quasiment inutilisables en pêche en dérive, de rester tout de même dans le jeu de manière extrêmement efficace.

Enfin, il faut, et c’est une excellente école pour toutes les générations à venir, apprendre à lire les comportements de bannière pour détecter les touches au plus tôt. Cette nécessité de lecture, dont le degré d’exigence est décuplé par l’utilisation d’appâts artificiels, est une bénédiction pour le pêcheur : elle permet, en plus de détecter les touches, de se mettre à comprendre petit à petit le comportement de la ligne tout au long de la dérive. Au-delà de l’amélioration de l’acte de pêche, cette lecture rend la pêche bien plus active et stimulante.

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Pour conclure, nous n’en sommes, au moins collectivement, qu’aux balbutiements dans la découverte de cette pêche qu’est la pratique en dérive effectuée à l’aide d’une canne anglaise et de nymphes. Les cannes parfaitement adaptées à l’approche, au moins sous certaines de ses formes, n’existent pas encore à ce jour, et les excellents pêcheurs aux appâts naturels ont majoritairement tendance à reproduire les schémas payants de la pêche qu’ils maîtrisent sur le bout des doigts.

Une démarche se démarque à mes yeux, par son originalité et par la manière dont elle semble casser les codes : celle de Laurent Jauffret. Bien que je n’ai pas –encore- eu l’occasion d’en saisir les subtilités, et bien qu’elle soit extrêmement éloignée des pistes que le groupe de copains-pêcheurs que nous constituons ici dans les Pyrénées centrales suit, elle attise ma curiosité dans le sens où elle semble faire table rase des bases, pour reconstruire un ensemble globalement cohérent. La démarche me semble être la bonne, et je suis convaincu que les prochaines années seront le théâtre d’avancées profondes sur la compréhension de cette pêche, en se servant de bases existantes choisies dans la pêche aux appâts, mais également en ayant l’intelligence de piocher dans la pêche à la mouche, et peut-être même –dans une moindre mesure- dans la pêche aux leurres, pour construire un nouvel ensemble. Tout reste à faire, et le programme s’annonce passionnant.

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NOTRE DOSSIER NYMPHE AU TOC :

Les bases

LE MATÉRIEL

Le matériel (canne et moulinet)

La construction de la ligne

L'ACTION DE PÊCHE

La tenue de canne

A propos de l'auteur

Actuellement guide de pêche sur le territoire audois et ariégeois après un exil de son Gers natal, Matthieu est un pêcheur de truites avant tout, qu’il traque tout au…