Nymphe au toc : La construction de la ligne

Pêche nymphe au toc

En matière de montage, la nymphe au toc propose une multitude d’options, plus ou moins pertinentes et plus ou moins pêchantes. Voici un tour d’horizon, pas forcément exhaustif, des possibilités qui s’offrent à nous et des pièges à éviter.

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Pêche nymphe au toc
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Le piège des plombs

Le sujet a déjà été évoqué dans un article précédent. L’observation, les tests et les échanges avec d’autres pêcheurs adeptes de l’utilisation des nymphes montrent de manière empirique que la volonté instinctive que nous avons en premier lieu de reproduire les schémas de pêche aux appâts naturels n’est pas forcément la plus judicieuse qui soit. Au risque de me répéter, je suis un pur produit de la pêche aux appâts naturels, et au moment de creuser la piste des nymphes il y a quelques années, la bonne démarche s’est présentée à moi comme une (trop grande ?) évidence : une nymphe légère, portée dans les règles de l’art comme un appât léger à l’aide d’une plombée adaptée était forcément supérieure à une nymphe en tungstène. Cette dernière, peu mobile et donnant peu l’illusion d’être quelque chose de vivant à cause de sa densité très élevée, ne me semblait pas pouvoir rivaliser. Ce fût la première -et peut-être la plus grande- erreur.

En pratique, pour encore alterner les deux manières de procéder par moments, il s’avère que la pêche à deux nymphes dont les lestages se suffisent à eux-même, sans plombs additionnels, est plus souvent supérieure à une approche qui couple une plombée traditionnelle à une nymphe légère. Ce sujet m’emmène à me poser des questions encore aujourd’hui, et les raisons de ces différences sont encore obscures à mes yeux. S’agit-il d’une différence de touches perçues plus qu’une différence de touches réelles ? La bille, pour son côté brillant, constitue-t-elle en elle-même un facteur qui modifie la qualité de la touche en la rendant plus appuyée, et donc plus décelable ? Les questions restent nombreuses et les tests visant à isoler les facteurs n’ont pas encore apporté toutes les réponses.

Plutôt que de jouer à l’illusionniste et d’inventer une explication tirée par les cheveux, je l’admets : je ne sais pas (encore ?). En revanche, ce que je sais, c’est que les milliers de touches provoquées sur mes nymphes et celles des gens qui m’entourent dans des tas de contextes différents depuis des années rendent le constat sans appel : la pêche sans plomb est plus régulière.

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pêche nymphe  au toc
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La pêche à deux nymphes

Vous l’aurez compris, c’est bien la pêche à l’aide de deux nymphes qui a ma préférence. Pour celui qui démarre, elle présente l’énorme avantage d'être facile à aborder : une nymphe en pointe, une seconde en potence plus haut sur le bas de ligne, et c’est tout. L’approche est relativement simple dans un premier temps, voire simpliste, et pourtant, les combinaisons sont infinies si l’on intègre l’ensemble des paramètres à considérer.

  • Les poids du couple de nymphes. Il conditionne les distances de lancer bien évidemment, mais avant tout le comportement de la ligne lors de la phase de dérive.
  • L’habillage des nymphes. Une imitation ébouriffée, à lestage égal, offre une portance plus grande qu’une nymphe lisse. La première est portée par le courant, plane plus, et peut trouver une relative stabilité dans la dérive, là où la seconde perce beaucoup plus vite la colonne d’eau. Ces caractéristiques sont extrêmement intéressantes à utiliser pour, par exemple, donner du volume aux nymphes en début de saison, ou à l’extrême inverse, percer des lames d’eau puissantes avec de toutes petites imitations au cœur de l’été.  
  • L’écartement entre les deux nymphes. De la même manière que deux plombées de même composition mais étalées de manières différentes n’induisent pas le même passage d'un appât dans une veine d’eau, deux nymphes avec des écartements différents ne se présentent pas de la même façon. En toute logique, plus les deux éléments sont rapprochés, plus le montage perce efficacement la colonne d’eau, alors qu’un écartement important induit mécaniquement un comportement plus planant. Ce sont les truites, les touches, les profils des veines d’eau et les connaissances sur le comportement en fonction des conditions et de la saison qui dictent les écartements les plus judicieux à adopter à l’instant t. Les veines puissantes et/ou rapides, ayant besoin d’être percées avec de petites imitations, sont plus facilement abordées avec des montages rapprochés, tout comme l’eau froide de début de saison où une ligne un peu raide, sans exagération, peut s’avérer plus pêchante. L’approche pourra par principe être opposée en cas d’eau chaude, de truites actives, et de grandes plages laminaires où les longues dérives sont de mise, par exemple. Pour être factuel, un écartement de 30 centimètres constitue un ensemble serré. Une cinquantaine de centimètres correspond à un écartement normal, et au-delà, on peut considérer que les nymphes sont fortement espacées.
  • L’ordre des deux nymphes sur le bas de ligne. En effet, il est possible d’utiliser deux nymphes lestées avec deux billes identiques, comme il est possible de jouer sur les différences entre les deux billes. En fonction de ces réglages (A+A, A+B ou B+A), le comportement de la ligne n’est pas le même et les résultats obtenus sont différents. Un futur article sera consacré à part entière à cet aspect.

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Le cas de la pêche à une seule nymphe

Si la pêche à l’aide de deux imitations correspond à mon sens à ce qu’il se fait de plus propre en matière de pêche en grande dérive, les deux nymphes se portant mutuellement, la pêche à une seule nymphe peut s’avérer nécessaire dans certaines situations. L’obligation peut être liée à la présence massive de gros poissons pour lesquels le montage doit être solide et ne présenter aucun élément susceptible de se bloquer dans le fond pendant les combats. Elle peut également être liée à la présence d’obstacles ou d’herbiers, qui constituent des pièges presque inévitables pendant les combats pour une nymphe libre qui traîne. Enfin, la nécessité peut simplement être liée à la configuration des postes dans lesquels sont placées les truites, s’ils présentent des hauteurs d’eaux faibles, ou s’ils sont extrêmement étroits et demandent une précision chirurgicale.

Dans tous ces cas, les distances de lancer constituent alors un frein au bon déroulement de l’acte de pêche, et plus que dans n’importe quel autre contexte, la canne devra offrir une puissance et une progressivité adaptées à la propulsion de micro-lests. Pour le reste, les logiques restent les mêmes que pour l’utilisation de deux imitations en matière d’approche, de lestages, de revêtements des nymphes, et de temps dans la dérive

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Les trois temps de la dérive

Au-delà des conditions théoriques du moment (température et niveaux de l’eau, saison, etc…) qui peuvent dicter dans les grandes lignes la manière dont les nymphes doivent être présentées, il existe également des spécificités liées à des facteurs plus précis, et plus difficiles à cerner. Par exemple, toutes les sources de nourriture, qui sont vivantes, n’adoptent pas le même comportement dans l’eau, et en fonction de celles qui constituent la cible majoritaire du moment, les truites peuvent se placer et s’alimenter de manières différentes. Les touches peuvent alors se produire en majorité au même moment dans la dérive, et dans ce cas, il peut être pertinent de faire preuve d’adaptation et de décomposer le passage de la ligne en plusieurs temps, de manière à réduire les parties les moins productives et à éxagérer légèrement celle qui apporte le plus grand nombre de touches. Ce sont les trois temps de la dérive théorisés par Yannick Rivière.

Le premier temps correspond à la phase descendante des nymphes dans la colonne d’eau, entre l’impact sur la surface et la stabilisation dans la veine de courant. Le second temps correspond à la phase de dérive des nymphes, stabilisées dans la veine. Le troisième temps correspond à la phase ascendante, en fin de dérive, lorsque les nymphes perdent leur stabilisation et remontent vers la surface.

Des truites très actives et/ou installées entre deux eaux peuvent aller au devant des nymphes, juste après l’impact. Dès qu’une touche de cet ordre se produit, il peut être intéressant d’alléger un peu le poids des nymphes utilisées, de manière à ce qu’elles descendent moins vite, pour prolonger cette phase pêchante à la descente entre deux eaux, et voir si la démarche multiplie les touches. C’est régulièrement le cas.

Des truites installées de manière plus traditionnelle, celles principalement visées par la plupart des pêcheurs aux appâts en dérive naturelle, à proximité des perturbations et ralentissements du fond, répondent bien sur la seconde phase de la dérive. Il y a alors tout intérêt à trouver le bon compromis de poids pour que la ligne perce et se mette rapidement en place, sans pour autant être trop lestée et transformer la dérive en dragage.

Enfin, sur les truites qui se nourrissent de larves émergentes, notamment sur les périodes d’éclosions, la troisième phase de la dérive provoque des touches de manière régulière. Dans ce cas, il peut être intéressant d’alourdir très légèrement son montage, pour réduire au maximum –dans la limite du raisonnable- le premier temps de dérive, raccourcir l’amplitude des passages, les mutliplier, et ainsi multiplier les seconds et troisièmes temps.

Prêter attention à ce paramètre et adapter la construction de son montage, c’est assurément déclencher des touches supplémentaires. Il n’y a aucune bonne raison de s’en priver.

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Les nœuds et éléments annexes

Pour le bon suivi visuel de la ligne tout au long de la dérive, en plus d’un nylon fluo mat de bonne qualité dans le moulinet, il est souhaitable d’utiliser un témoin qui fournit des informations relatives à la profondeur. Par ailleurs, il constitue un repère visuel en cas de mauvaise luminosité. Les possibilités sont aujourd’hui très nombreuses, et chacun peut choisir en fonction de ses souhaits et habitudes. Dans tous les cas, sa taille devra être la plus petite possible, dans la limite de l’accuité visuelle du pêcheur, afin de ne pas peser sur la ligne, mais également dans le but d’offrir le moins de portance possible dans l’eau lors des phases de dérive où il est immergé.

Un guide-fil traditionnel, auto-bloquant ou muni d’une tige, constitue la solution la plus facile à mettre en œuvre. Il faudra le choisir le plus petit possible afin qu’il influence au minimum le comportement de la ligne par son poids et/ou son volume. Certaines références, comme les Pafex en silicone auto-bloquants, offrent une bonne visibilité, tiennent correctement sur le nylon, et ne dépassent pas la taille d’un gros grain de riz. Pour ne rien gâcher, en plus d’offrir une résistance minimale dans l’eau, ils passent dans les anneaux de la canne et permettent de démonter le moulinet sans sacrifier le guide.

La graisse fluorescente permet, lorsque c’est nécessaire, de pêcher extrêment détendu avec une longueur de fil posée sur l’eau sur les approches très légères. Elle présente l’avantage d’être très visible dans ce contexte, mais nécessite d’être réaplliquée régulièrement en cours de pêche, ce qui est plutôt fastidieux à la longue. Cette option est à réserver à des contextes bien précis au cause de cette contrainte.

Un morceau de nylon, d’un diamètre proche de celui du corps de ligne, noué sur ce dernier avant d’être froissé et roulé en boule, constitue une solution qui frôle la perfection. Le poids est négligeable, tout comme le coût. Il passe dans les anneaux si le moulinet doit être démonté de la canne. Il est impossible de tomber en rupture de stock, et il présente des qualités auto-blocantes qui permettent de le déplacer à loisir sur la ligne. Cette option est excellente par eaux basses et claires. Outre son poids imbattable, ce type de témoin permet de s’affranchir de l’aspect parfaitement sphérique d’un guide traditionnel, dans le cas où la présence de cette petite boule susciterait des rappels de mauvaises expériences à certains poissons visés…

D’autres systèmes existent, plus ou moins chers et plus ou moins sophistiqués, mais dans l’ensemble ceux évoqués ci-dessus suffisent à affronter toutes les situations.

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La question de l’utilisation d’un émerillon peut se poser. Pour être clair, en dehors de cas très à la marge, les nymphes classiques ne vrillent pas le bas de ligne. L’accessoire n’est donc pas indispensable d’un point de vue mécanique pour éviter le vrillage. En revanche, en fonction des nylons utilisés, la solidité des nœuds peut s’avérer plus grande sur un émerillon qu’en raccordant le corps et le bas de ligne en direct. Seuls des tests de résistance avec votre propre matériel peuvent faire foi.

Côté nœuds, l’obtention d’une potence se fait par la jonction de deux éléments de nylon (ou fluorocarbone) neutre. Pour joindre ces deux éléments, les noeuds qui font ressortir la potence par le haut sont à proscrire. Ils présentent l’intérêt d’écarter au maximum la nymphe de potence du bas de ligne, mais offrent une résistance vraiment trop faible à la traction pour être intéressants en dehors des pêches de petits poissons.

Les nœuds qui font ressortir le brin de potence perpendiculairement à l'axe de la ligne écartent aussi correctement la nymphe du bas de ligne. Dans cette famille, c’est principalement le baril qui est utilisé. Il offre dans la plupart des cas une résistance correcte sans pour autant être optimale.

Depuis quelques temps, nous avons délaissé ce dernier pour le remplacer par un double uni-knot, en réalisant la potence sur l’excédent de nylon qui descend vers la nymphe de pointe. La potence est alors collée au bas de ligne, mais ce point ne semble aucunement gêner les poissons, et la résistance à la rupture est imbattable avec la plupart des nylons.

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Attention à la réglementation !

Bien que des informations erronées circulent encore fréquemment à ce sujet, la pêche avec un lest en bout de ligne, type bikini ou drop-shot, n’est plus interdite en première catégorie piscicole depuis… plus de 20 ans ! En revanche, des spécificités locales peuvent être inscrites dans les règlements intérieurs ou dans les arrêtés préfectoraux. Vous pouvez, par exemple, lire l’élément de réglementation suivant dans l’arrêté préfectoral relatif à l’exercice de la pêche dans le département de la Corrèze pour l’année 2018 : « [est interdite] l’utilisation d’un train de mouches artificielles projeté pas un lest immergé en bout de ligne ».

Dans ce cas précis, il semble que les entités en charge de faire appliquer la réglementation considèrent une nymphe de pointe comme un lest terminal déguisé à partir du moment où elle est plus lourde que sa consœur en potence. L’utilisation d’un montage avec une nymphe de 3.2mm en pointe et une seconde de 2.8mm en potence constituerait par conséquent une infraction. Veillez à bien vous renseigner sur les pratiques autorisées sur vos lieux de pêche, et au besoin, n’hésitez pas à contacter la fédération départementale concernée.

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Pêcheur.com

A propos de l'auteur

Actuellement guide de pêche sur le territoire audois et ariégeois après un exil de son Gers natal, Matthieu est un pêcheur de truites avant tout, qu’il traque tout au…