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Comment bien lire une rivière à truite ?

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Savoir où lancer sa ligne est la clé de la réussite lorsqu’on "pêche l’eau", par opposition au fait de pêcher à vue (situation où le repérage du poisson est préalable au coup de ligne). La capacité à lire la rivière, que certains considèrent comme "innée", s’acquiert en réalité avec de la pratique et de l’observation. Si ce pré-requis est essentiel quel que soit le milieu où l’on évolue, il revêt une importance capitale dans les vastes cours d’eau ou plus généralement en présence de faible densité de poisson, lorsque la probabilité de croiser une nageoire est bien faible si l’on promène son montage au petit bonheur la chance...

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Une affaire de contexte

Précisions d'emblée que bien lire une rivière nécessite toujours une contextualisation, à la fois d'ordre spatial et temporel. A quel type de biotope avons-nous à faire ? A quelle saison sommes-nous ?

D'un point de vue spatial, il est important de considérer le type de rivière au bord de laquelle on se trouve, et notamment une caractéristique essentielle : la "vitesse moyenne de courant". En effet, une rivière de plaine aux longues parties lisses ne s'aborde pas comme son homologue tumultueuse située en montagne. Se focaliser sur les contrastes est, comme souvent à la truite, un gage de réussite. La règle de base énoncée par le grand Michel Duborgel qui préconisait de "pêcher le lent du rapide, et le rapide du lent" fonctionne partout sur la planète entière lorsqu'on recherche la truite sauvage.

Il existe également des particularités difficilement identifiables sans connaître les poissons pêchés a priori, notamment une propension de certaines truites à privilégier les coups marqués, à déserter les veines centrales ou au contraire les bordures...etc etc. Votre sens de l'observation intervient alors pour détecter précocement ces comportements et adapter votre stratégie de pêche en conséquence.

D'un point de vue temporel, le choix des meilleurs postes dépend aussi étroitement de la température de l'eau et de son évolution durant les jours précédents la pêche. Ainsi, lire sa rivière favorite en mars de la même façon qu'en juillet a toutes les chances de vous conduire à l'échec, les postes plébiscités par les truites par eaux froides n'étant pas les même que ceux choisis à la belle saison. Nous y reviendrons dans un article spécifique traitant de la température.

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S'attaquer à une rivière alpine...
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... ne se fait pas avec les mêmes contraintes que la prospection d'une rivière à truite de plaine !
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Comprendre la notion de stratification

Les différentes places qu’occupe une truite possèdent toutes un point commun : qu’elle soit active ou pas, elle recherche systématiquement un endroit où le courant est suffisamment lent pour stationner, de façon à restreindre sa dépense énergétique. Dans la majorité des cas, le courant le moins violent se situe au niveau du fond, là où l'écoulement est perturbé par le substrat. Dans les veines d'eau assez lentes, les poissons peuvent quitter le courant de fond et se suspendre à mi-hauteur ou près de la surface, notamment durant leurs phases d'activité intense (alors que tout excédent de vitesse les confine dans les basses couches).

Comment repérer un bon poste à truite ?

Dans les cas les plus simples, c'est toute la colonne d'eau qui est ralentie. Dans d'autres cas, seul le courant de fond est concerné. Distinguons : 

Un obstacle émergé situé en amont du poisson

C’est le cas classique d’un poisson à l’abri derrière un caillou. La distance séparant le poisson de la pierre dépend du degré d’activité de la truite : blottie dessous, elle est au repos, alors que plus en aval, au niveau de la jonction des deux veines de courant produites par l’obstacle, vous la trouverez en chasse (elle descend un peu par rapport au bloc afin de dégager son champ visuel et ainsi mieux repérer ses proies dérivantes).

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Les ralentissements créés par des obstacles forment des calmes (rouge) et des jonctions de veines (bleu)
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Un obstacle émergé situé en aval du poisson

Lorsque le courant vient buter sur une pierre ou tout autre matière, cela produit un ralentissement et un effet « dossier » apprécié par les truites, elles se placent alors juste devant l'obstacle. Attention, dans ce type de coup, le bloc est parfois légèrement immergé et il devient alors invisible aux regards inattentifs, ce qui rend le poste encore plus intéressant !

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Des truites en poste peuvent se placer au niveau du cercle rouge, juste devant les pierres émergées
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Une granulométrie immergée de gros volume

Dans ce cas, le ralentissement concerne seulement le courant de fond. Il est produit par la présence de blocs volumineux à ce niveau. Savoir percer la surface et observer le fond de la rivière est absolument indispensable si l'on souhaite affûter sa lecture d'eau. En effet, la différence de vitesse entre le courant de fond et le courant de mi-hauteur ou de surface peut parfois être importante. Lorsque la colonne d'eau est très stratifiée, il est important de considérer la vitesse du courant de fond en faisant abstraction de ce qui se passe en surface. Il existe d'ailleurs de nombreux postes qui présentent un courant de surface violent alors qu'au ras du fond, la truite rencontre de bonnes conditions pour sa tenue. Ces poissons sont peu sollicités, d'une part parce que ces zones échappent aux yeux les moins aguerris, et également parce qu'une bonne dose de savoir faire technique est nécessaire pour y faire passer sa ligne correctement.

Une zone profonde

Le fait d'avoir une bonne épaisseur d'eau "au dessus de la tête" met les truites en confiance et peut les conduire à s'établir à cet endroit. C'est la lame d'eau qui fait alors office de cache. Cette situation est particulièrement fréquente dans les cours d'eau de montagne plutôt rapides et peu profonds. Dans les rares zones ralenties qui creusent, les truites au repos se placent près du fond. Leur distance de stimulation est alors faible, ce qui nécessite de pêcher creux et d'insister pour les décider.

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En eaux rapides, toute fosse peut abriter des poissons au repos collés au fond
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Une dépression au niveau du fond

En l’absence d’éléments tangibles capables de ralentir le courant de la rivière, la pente du fond est un paramètre important à considérer. Une pente importante soustrait les poissons au tumulte du milieu de la colonne. Ainsi, les fins de plats en grands cours d’eau, où le substrat est majoritairement constitué de galets homogènes par la taille, ne présentent un réel intérêt que si la pente de la remontée est suffisante. Pour les têtes de pool, le constat est le même. Une dépression assez marquée permet à la truite de se soustraire au courant de surface et facilite sa localisation pour le pêcheur.

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En l'absence d'obstacles immergés ou émergés, ce sont les variations de pente du fond qui fixent les poissons
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Poste de chasse ou de repos ?

Au-delà de la connaissance des principaux postes à truite, il est important de savoir corréler chaque type de poste au degré d’activité des poissons qui les occupent. En effet, au cours d’une journée, les truites alternent phases de prédation et phases de digestion/repos ; elles choisissent dans chaque cas des postes aux caractéristiques différentes, que l'on peut grossièrement classer en trois catégories :

Les postes de repos

Les postes de repos ou caches, permettent aux fario de se mettre à l’abri durant les phases d’inactivité ou en cas de danger, en se dissimulant à la vue des prédateurs. De l’avis unanime des scientifiques, l’abondance en caches est le critère qui influence le plus la densité de truites d’une portion de rivière. Selon la nature du biotope, ces refuges peuvent être constitués de végétation aquatique (cas de la Sorgue du Vaucluse par exemple), de bois immergé (tel que les racines de la ripisylve, les embâcles formés par les crues) ou plus classiquement de blocs rocheux. Ils sont préférentiellement situés sur les bordures.

Les meilleurs postes de repos

Qu'ils soient de chasse ou de repos, certains postes sont plus régulièrement occupés que d'autres. Pour ce qui est des caches, il n'est pas toujours très intuitif d'évaluer leur valeur. Evidemment, les plus volumineuses comme une berge creuse, des racines ou des gros blocs offrent une capacité d'accueil importante et sautent aux yeux ; elles présagent sur le papier du meilleur. En pratique, des caches plus discrètes, en marge des veines marquées, peuvent se révéler excellentes car moins fréquentées par les pêcheurs... attention aux jugements hâtifs !

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Les gros blocs dont la base est creuse abritent de nombreux poissons
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Les postes de chasse

Lors de leurs pérégrinations alimentaires, les farios recherchent des courants qui véhiculent leurs proies, aussi appelés veines porteuses. Pour cela, elles doivent fréquemment abandonner leurs zones de repos, ce qu’elles font avec plus ou moins d’entrain selon la saison (elles rechignent vraiment dans l’eau froide) et leur bravoure (les juvéniles intrépides s’en éloignent volontiers, contrairement aux poissons plus âgées et/ou plus pêchés, qui se montrent plus prudents). Elles colonisent alors d’avantage le milieu du cours d’eau, en particulier les têtes ou fins de plat (juste avant la déclivité suivante), les radiers, les jonctions de veines, les entonnoirs entre les blocs...etc. D’autre part, il faut savoir relier certains postes de chasse avec des comportements alimentaires particuliers des poissons : par exemple, en début d'été, il est fréquent de toucher les truites en pêchant sous l'eau dans les têtes de courant en début de journée, puis de les voir gober sur les fins de plat entre midi et deux.

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Les veines en entonnoir qui concentrent la nourriture sont d'excellents postes de chasse
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Les meilleurs postes de chasse

Parmi les différents postes de chasse que vous rencontrerez dans les rivières à truites, les meilleurs sont ceux situés à proximité immédiate d'une cache. En effet, plus la distance que parcourt la truite est faible lorsqu'elle se met en chasse, plus elle se sent en sécurité. Ceci nous conduit à évoquer le dernier type de poste :

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Le radier à gauche (en rouge) attirera des poissons actifs qui se réfugieront dans l'embâcle (en vert)
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Les postes mixtes

Certains postes possèdent une veine porteuse accolée à une cache. Ce sont tout simplement les meilleurs, ceux qui sont statistiquement le plus souvent occupés, car la truite a le loisir de s’alimenter à domicile et se retrouve tapi dans son refuge en un battement de nageoire. Lorsque le courant rentre dans la cache, elle peut même chasser tout en restant constamment invisible. Ces endroits sont généralement occupés par les plus gros individus, prioritaires dans le choix des meilleures places. On comprend ici l’importance de rechercher systématiquement les portions de méandres où le courant principal vient buter sur les berges... autant de chances de rencontrer un maximum de postes mixtes !

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Une veine d'intensité moyenne vient flirter avec un entrelacs de branches = un poste mixte typique !
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Etre exigent pour améliorer ses résultats

En matière de lecture d’eau, il est bon de couper les cheveux en quatre et d'être précis. Pour chaque poste abordé, il faut chercher à définir la surface la plus restreinte possible (quelques dizaines de cm2 dans l’idéal) susceptible d’abriter une truite, de façon à limiter et à valoriser au maximum les coups de ligne donnés. Sur des postes petits et en présence de truites méfiantes, le premier passage doit être le bon. De plus, cette approche permet de couvrir plus de terrain et d’optimiser la prospection avec cette technique relativement chronophage qu'est la pêche en dérive.

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