PLC Pêche

Exception de mars

pêche grosse truite

Le mois de mars n'est pas très réputé parmi les pêcheurs à la mouche. Nous en parlions encore la semaine dernière avec mon ami Jérome sur les berges de la Moselle, il n'est pas rare d'entendre certains pêcheurs annoncer qu'avant que les arbres ne soient en feuilles, la mouche n'a pas d'intérêt. Tout n'est pas faux dans cette idée car évidemment, l'eau froide et les niveaux souvent élevés n'ont pas tendance à activer les poissons. Les insectes sont encore peu nombreux dans les veines de courant et encore plus à la surface. Pourtant...

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Les poissons, forcément, sont aussi peu nombreux à s'activer mais c'est justement là qu'est l'intérêt de ce début de saison. Après l'ébullition de l'ouverture qui a vu s'accumuler des centaines de pêcheurs sur les rives, le calme est revenu au bord de l'eau. Beaucoup auront conclu qu'avec le froid les truites ne mordent de toute façon pas et ne reviendront à la pêche que bien plus tard.
Ils n'ont pas tort, la majorité des truites, la plupart des poissons de tailles moyennes, ne s'activent que très peu en ce moment. Impossible de scorer dans nos froides régions de l'est à cette période. Toutefois, quelques rares truites profitent de ce moment, le seul de l'année durant lequel le débit de la rivière reste élevé pendant une période suffisante pour qu'elles se sentent en sécurité et puissent regagner quelques forces... les très grosses sont dans ce cas ! Et ce n'est pas Pierre Cast qui me contredira vu l'incroyable torpille qu'il a capturée ce mois-ci !

Les rechercher est un vrai travail de masochiste, frustrant, très long mais tellement gratifiant lorsqu'enfin ça paye.

Jeudi 22, ma motivation n'était pas exceptionnelle pour aller pêcher. Il avait encore gelé durant la nuit et surtout, je n'avais presque pas vu de truites lors de ma sortie neigeuse de l'avant veille. Le ciel était bien couvert, la plaine d'Alsace sous le brouillard. J'y vais, j'y vais pas? Après une matinée à travailler sur l'ordinateur, l'appel de l'extérieur était trop fort.

Je passe une bonne heure à prospecter quelques postes aux leurres mais comme prévu, il n'y a pas la moindre truite active. Les doigts glissés dans l'eau confirment qu'elle est vraiment froide. Je décide d'arrêter de pêcher dans le vide et de commencer à me promener de poste en poste, plutôt dans l'idée d'observer la nature que de lancer. Je range la canne spinning dans la voiture et je prends ma JMC Tentation 10' soie 4 sans trop d'arrières pensées. Il se passe bien deux heures durant lesquelles je rejoins un poste et m'y attarde quelques dizaines de minutes sans pêcher, puis un suivant.
Sur ce virage que je connais bien car j'y ai pris la plus grosse truite sauvage de ma vie l'an dernier, le long d'une berge empierrée, je n'ai pas attendu trop longtemps pour apercevoir une masse grise énorme postée à la limite du courant, dans le seul endroit calme à des centaines de mètres à la ronde. Le plus dur a été de m'approcher suffisamment du poisson pour lui poser une nymphe à proximité. A peine posée d'ailleurs, elle la prend mais je la rate. Fini de rêver. C'est drôle comme après des heures d'attente pour ce moment ultime, l'échec n'est ressenti que comme une évidence. Je suis reparti silencieux et bizarrement calme jusqu'à ma voiture puis je suis rentré.

 

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Le lendemain matin par contre, je n'ai pas attendu longtemps avant de retourner pêcher. Le calme avait disparu et je me sentais vraiment excité tout en sachant que, peut être, je ne la reverrai plus.
Evidemment, elle n'était pas là et après une bonne demi-heure d'attente sur le poste je suis reparti essayer d'autres secteurs en nymphe, sans trop de résultats jusqu'en début d'après midi. Quelques truites se sont activées, très sporadiquement mais suffisamment pour me décider à retourner voir "le" spot. Le sentiment est indescriptible lorsqu'en arrivant, je la revois postée de la même manière qu'hier. Après m'être positionné et avoir essayé quelques passages avec des nymphes différentes, je dois me faire une raison... Elle n'est pas active du tout. Elle est pourtant là, accessible mais refuse mes imitations. C'est vraiment très frustrant mais il n'y a malheureusement pas grand chose à espérer dans ces cas là. La seule chance est qu'elle ne m'a pas repéré du tout, sinon il y a bien longtemps qu'elle aurait disparu. Je n'ai pas vu d'autre solution que d'attendre sans bouger, une minute, quelques unes en plus, vingt peut être. Une éternité à l'observer immobile à quelques mètres de moi. Puis elle a bougé, s'est postée 50 cm en aval, sous un mètre d'eau et en plein courant. Elle était presque sous ma canne à ce moment là et j'ai lancé sans réfléchir. Sa tête a basculé de quelques centimètres sur la droite et j'ai ferré. Le reste est un florilège de rushs et d'éclaboussures, de doutes et d'espoirs, puis le bonheur de l'avoir et de la voir dans l'épuisette.

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Je suis en extase à cet instant, de pouvoir admirer cette truite mais surtout de constater qu'il s'agit bien de la même que j'avais capturé l'an dernier à la même époque ! Elle est facilement reconnaissable, déjà par sa taille mais aussi par ses nageoires caudales et anales abîmées par l'âge et sans doute les reproductions répétées au fil des années. De l'avoir prise une première fois en 2017 avait futilement flatté mon égo  mais cette fois-ci je suis heureux de voir qu'elle s'était parfaitement remise de la capture précédente, qu'elle a continué de vivre sa vie de truite géante.

Je n'avais pas revu cette truite de toute la saison estivale 2017 et je doutais de sa survie. Finalement, elle confirme peut être simplement qu'elle ne se laisse apercevoir qu'en début de saison. La libérer une seconde fois faisait aussi partie du plaisir.

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A propos de l'auteur

Depuis le massif vosgien et son Alsace natale, en passant par les mythiques rivières de Franche Comté, Mathieu ROMAIN s'est spécialisé depuis très jeune dans la…