La pêche en Durance, rivière mythique des Alpes du Sud

Durance

Rivière provençale emblématique, la Durance est aussi connue pour ses aloses que ses grosses truites lacustres ! Les farios ne sont pas non plus en reste, comme en atteste la galerie photo de la fédération de pêche du 05, son département d'origine. Pour nous parler de la pêche en Durance, il était logique de faire intervenir un guide de pêche local (et membre de l’équipe rédactionnelle de Truites & Cie !) : Jean Michel Brunet. Cette description « au fil de l’eau » sera donc ponctuée des conseils de Jean-Michel, qui sont d’autant plus précieux qu’il fréquente cette rivière depuis sa plus tendre enfance.

Texte

SITUATION CLIMATO-GÉOGRAPHIQUE : 

La Durance née sur les pentes du Chenaillet, au dessus de la commune de Montgenèvre (Hautes-Alpes), à plus de 2500m d'altitude. Elle dévale en direction de la vallée de la Clarée, qu’elle rejoint au bucolique Pont des Amoureux à 1360m. Bien qu’à cet endroit, la Durance ne soit qu’un mince filet d’eau comparativement à la Clarée qui mesure plus de 5m de large, elle lui fait perdre son nom et poursuit sa route vers Briançon.

Avant d'être domptée par d'importants barrages, la Durance présente un régime nival typique des rivières de montagne alpines avec des étiages automnaux et hivernaux marqués, et une fonte des neiges souvent longue, s'étendant de mai à juillet. Le climat est sec, l'immense majorité des précipitations survient sous forme de neige en hiver. Plusieurs affluents de son court amont (dont la Guisane et la Gyronde notamment) sont sous influence glaciaire. Ainsi, durant les mois les plus chauds, la fonte des glaciers teinte la Durance en aval de leurs confluences. La pêche n'est pas forcément mauvaise dans ces conditions mais ceux qui préfèrent pratiquer leur loisir dans des eaux transparentes auront intérêt à cibler les périodes hors fonte des neiges et hors fonte des glaciers. Deux créneaux à retenir : de l'ouverture à mi-avril et de la fin août/début septembre à la fermeture début octobre, sous réserve d'un certain rafraîchissement nocturne à la fin de l'été (ce que le changement climatique tend à remettre en cause de plus en plus). Le régime de la Durance change en aval du lac de Serre Ponçon où elle perd sa liberté originelle.

Image
truite Durance
Légende
Une truite de la Vachette, premier village après la confluence avec la Clarée
Image
Durance
Légende
La Durance entre La Vachette et Briançon
Texte

La Haute Durance, de sa source à l’Argentière la Bessée

L'intérêt halieutique de la Durance débute véritablement lorsqu'elle reçoit les eaux de la Clarée. Jusqu’à la confluence avec la Guisane, la Durance présente une largeur de 5 à 8m avec un profil caillouteux assez rapide et pentu, typique des rivières moyennes de montagne. Plusieurs tronçons court-circuités sont à signaler, notamment en amont du Fontenil et dans les splendides gorges du Pont d'Asfeld, en amont du No-Kill de Briançon, juste sous la cité Vauban. Ces parties captées sont bien sur idéales à fréquenter en période d'eaux fortes, mais restent très intéressantes même à l'étiage. De belles pêches en sèche y sont possibles, même en l'absence d'éclosions massives, ce qui est plutôt rare sur la Durance. Juste en aval, le parcours No-Kill dans Briançon (plein débit) offre de très belles zébrées actives dès l'ouverture si la neige ne fond pas. La taille moyenne de la majorité des prises est comprise entre 20 et 35 cm. 

Le calibre de la Durance augmente considérablement lorsqu'elle reçoit les eaux glacières de la Guisane puis celles de la Cerveyrette juste en aval, qui viennent tripler son débit à la sortie de Briançon. Les eaux à l'aval immédiat de la ville sont ainsi souvent fortes et teintées et l’on privilégiera les périodes d’étiage (soit les extrémités de la saison) pour y trouver des conditions de pêche agréables.

Image
Durance
Légende
La Durance au niveau du Camping des Iscles de Prelles, à l'approche de la fermeture début octobre
Image
Durance
Légende
Spécimen de 53 cm capturé au niveau du Villaret
Image
Pêche Durance
Légende
La Durance en aval de Briançon, en période d'étiage : les meilleures conditions
Image
Durance
Légende
Truite fario de fin de saison
Texte

En descendant la vallée, à partir de la retenue hydroélectrique de Prelles débute un parcours sportif capté : les gorges de la Durance. En dehors des 2 kilomètres situés à l'aval immédiat de la retenue (accès par l'école Les Prés Verts de Saint Martin de Queyrières), l'accès à la rivière nécessite une marche d'approche assez ardue. Les principaux sentiers qui descendent la centaine de mètres de dénivelée se situent autour Villard Meyer (consulter une carte IGN au 1/25 000 pour les dénicher). Une autre option intéressante pour explorer ces gorges consiste à y accéder par l'aval, au niveau du pont de la D104a à l'Argentière la Bessée, point de départ d'une via ferrata très connue.

Dans les gorges, la rivière est captée mais le débit est stable. Toutefois, ce parcours à blocs présente un volume d'eau et un brassage relativement importants. La configuration alterne fosses et portions rapides. Il se révèle assez escarpé et nécessite donc une bonne condition physique. Toutes les techniques sont praticables mais le trio nymphe au fil/toc/leurre s'en tire le mieux. Dans les gorges, la taille des poissons ne change pas beaucoup par rapport à l'amont, les truites mesurent majoritairement entre 20 et 35cm, les poissons de 40cm étant relativement fréquents.

Image
Pêche Durance
Légende
La Durance dans le débit réservé, 1km en aval de la retenue de Prelles
Image
Durance
Légende
La Durance dans les gorges au mois d'août
Image
Pêche Durance
Légende
Jean-Michel avec une zébrée des gorges
Texte

Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche :

"En amont de Prelles, la rivière mesure environ une quinzaine de mètres de largeur, les plus gros poissons se concentrent dans les postes bien marqués et assez profonds. En nymphe au fil, ne pas hésiter à pêcher avec de grosses nymphes bien plombées. S'en suit une partie court-circuitée sur presque 10 kilomètres avec des gorges bien profondes. Ce secteur est assez escarpé et ne s'adresse qu'aux pêcheurs en bonne forme physique."

Image
Durance
Légende
Les gorges de la Durance dans une partie assagie, au lieu dit "les troglodytes"
Image
Truite Durance
Texte

La Durance moyenne, de l’Argentière la Bessée à Serre Ponçon

Cette portion longue d'une quarantaine de kilomètres est très prisée par les traqueurs de grosses truites. A la sortie des gorges, la Durance retrouve l'intégralité de son eau et s'enrichit même de nouveaux affluents (la Gyronde et le Biaisse notamment), également intéressants pour la pêche. Ainsi, elle devient une rivière de montagne large de 15 à 20m, toujours rapide, mais dont le profil devient plus homogène en raison du substrat caillouteux plus régulier. Quelques bancs de sable apparaissent même sur les bordures. On rencontre ici à la fois des farios méditerranéennes jusqu’à 60cm, et des lacustres qui dépassent parfois allègrement cette taille !  Cette portion peut être divisée en deux sous-sections :

Image
Baetis
Texte
  • De l'Argentière la Bessée à l'embouchure du Guil (Mont-Dauphin) :

Sur cette portion de Durance se produisent en début de saison d’importantes éclosions de March Brown et de Baetis Rhodani qui mettent les grosses truites en appétit. Si les gobages sont rares dans ces flots rapides, les poissons sont capturables en nymphe au fil et même à vue sur les bordures, lorsque l’étiage est vraiment important en début de saison (il est conditionné par le degré de froideur de la météo). A ce niveau, la densité de truites reste encore importante et le moment clé pour prendre une toute grosse (plus de 50 cm) se situe indiscutablement avant la fonte des neiges (de l'ouverture à la mi-avril). En fin d'été et jusqu'à la fermeture, l'ensemble de la pyramide des âges devient capturable et les individus de 25/35cm seront les mieux représentés au fond de votre épuisette. Toutes les techniques de pêche type "grande rivière" sont praticables et efficaces, sans aucune exception.

Image
Pêche Durance
Légende
La Durance à la Roche de Rame en mars
Texte

Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche : 

"Rivière très physique, le volume d'eau ainsi que le débit sont assez conséquents. Les truites y sont très puissantes et se trouvent généralement sur les postes marqués, ou à proximité immédiate de ceux-ci. On peut à de rares occasions y pêcher en sèche mais 90 % du temps un duo de deux nymphes assez lourdes en tungstène avec une pointe en 18/100 seront nécessaires pour réaliser une belle pêche."

Image
pêche Durance
Légende
La Durance à Saint Crépin et sa configuration typique : longs radiers et méandres
Image
Pêche Durance
Texte
  • De l'embouchure du Guil à Serre Ponçon :

Après avoir reçu les eaux du Guil, le calibre de la rivière augmente encore considérablement. Le débit atteint environ 40m3/s lorsque les eaux sont en place. Les accès se raréfient (citons ceux au niveau de Saint Clément et à l'embouchure du Rabioux en aval), la rivière flirte avec d'importantes falaises et ses eaux tumultueuses font la joie des amateurs de sport d'eaux vives en période de fonte des neiges. La profondeur dépasse plusieurs mètres à certains endroits. Hors situation d'étiage extrême, le profil s'accommode mieux de techniques possédant une bonne amplitude de pêche et une capacité de ratissage importante, comme la pêche aux leurres, ou les pêches en dérives avec un moulinet spinning (toc aux appâts ou nymphe au toc). Un mode de pêche assez extensif favorisera le nombre de touches dans cette zone où les densités de truites diminuent par rapport à l'amont. A noter que la probabilité de toucher une grosse lacustre augmente à mesure qu’on se rapproche de Serre-Ponçon. Les truites farios elles, sont plus métissés qu'en amont et les robes se diversifient. 

Texte

Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche : 

"C'est certainement la portion la plus compliquée à pêcher à la mouche, les postes sont très vastes et il faut passer du temps à peigner toutes les veines et les différentes couches d'eau. C'est en revanche un parcours très sympa à faire en noyée en fin de saison."

Image
pêche Durance
Légende
Fario de morphotype atlantique capturée par Jean-Michel en aval de Saint-Clément
Texte

La Basse Durance salmonicole, de Serre Ponçon jusqu’à Curbans

Cette ultime portion de première catégorie présente une configuration très différente de celle de l'amont du lac. Les eaux présentent une teinte assez marquée et constante tout au long de l'année, notamment en raison de la charge sédimentaire à l'aval de cet ouvrage. Les fonds sont ici constitués de galets et surtout de sédiments. La situation est identique en aval du barrage suivant (le lac de Curbans) qui marque la limite 1ère/2nde catégorie. Le débit et la température sont relativement constants en raison de l'effet tampon du barrage, le marnage reste discret. La ripisylve est également plus dense qu'en amont. Les premières espèces réophiles apparaissent et la pyramide des âges des salmo est logiquement différente : en effet, la taille moyenne augmente considérablement par rapport à l'amont, tout comme la proportion d'individus de plus de 50 cm. Le caractère assez monotone de la configuration et la faible granulométrie compliquent la lecture d'eau. Il sera judicieux de rechercher les portions les moins linéaires, c'est à dire les zones de méandres et les nombreuses îles qui jalonnent son cours (le repérage préalable sur carte IGN est important). Toutes les techniques sont ici praticables. A noter que les truites sont plus régulièrement gobeuses sur cette portion qu'en amont de Serre Ponçon.

Image
Durance pêche
Légende
La Durance en début de saison vers Remollon
Texte

Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche :

"Rivière au profil totalement différent, la configuration est bien plus lente avec des bordures de joncs. Elle est idéale pour tenter sa chance au coup du soir en sèche l'été, il y a également une bonne population de truites arcs-en-ciel qui font le bonheur des pratiquants occasionnels".

Image
pêche Durance
Légende
Jean-Michel avec une fario prise à vue en début d'été, un bon moment sur cette portion
Texte

… Et pour prolonger la saison : la Durance en seconde catégorie !

A l'aval du barrage de Curban la Durance passe en deuxième catégorie piscicole en même temps que son débit diminue avec la prise d'eau du canal usinier. Si les eaux se réchauffent considérablement en continuant leur route vers le sud et le département du 04, quelques truites subsistent, comme nous l'explique Vincent Duru, chargé de mission de la FAAPPMA des Alpes-de-Haute-Provence (04) :

"La Moyenne Durance dans les Alpes de Haute Provence est naturellement un cours d’eau atypique car il s’agit de la plus grosse rivière de piémont en tresse de la région PACA et forcément la plus grosse rivière de piémont en milieu méditerranéen où beaucoup d’espèces se côtoient. Son module (ou débit moyen interannuel), de l’ordre de 80 m³/s à son entrée dans le 04 et 180 m³/s à sa sortie, n‘est plus qu’un lointain souvenir puisque la très grande majorité du débit transite dans les canaux EDF à partir de la retenue de Serre-Ponçon qui est à cheval sur les départements 04 et 05. Seul le 1/20ème du débit transite encore dans le lit de la Durance, ce qui occasionne quelques désagréments (perte progressive du style fluvial en tresse au profit d’un lit unichenalisé, réchauffement plus important de la masse d’eau en été, transit sédimentaire altéré par l’ensemble des barrages EDF).

Ainsi, la Durance est un long tronçon court-circuité à partir de la retenue de Serre-Ponçon, elle a donc progressivement changé de gamme typologique. Autrefois à cheval sur la zone à truite et la zone à ombre dans la zonation de Huet, elle est désormais à cheval sur la zone à ombre et la zone à barbeau. Cela représente de grands changements sur le plan piscicole :

Dans les Alpes de Haute Provence, on distingue la Durance située à l’amont du barrage de l’Escale (confluence avec la Bléone) de la Durance à l’aval de ce même barrage puisque ces deux tronçons diffèrent légèrement de biotypologie : A la fin des années 2000, l’ONEMA (désormais OFB) a classé le tronçon de Durance à l’amont du barrage en B5+ (entre B5 et B6) de la typologie de Verneaux et le tronçon aval, en B6+ (entre B6 et B7). Cela fait de la Durance un cours d’eau techniquement à cheval entre la 1ère et la 2nde catégorie alors qu’elle est en 2nde catégorie piscicole d’un point de vue réglementaire sous le barrage de Curbans/la Saulce. 

En termes de population piscicole, les deux tronçons sont majoritairement peuplés de cyprinidés rhéophiles (amateurs de courant). Cependant, d’un point de vue salmonicole, la Durance a encore de beaux restes pour les amateurs de belles truites.

Dans ces nouvelles conditions imposées par les barrages, la Durance a vu sa population de truite commune diminuer globalement en nombre. Sur les 4 cohortes d’âge naturellement présentes (les 0+ ou truitelles de l’année, les 1+ ou truitelles de 1 an ou plus, les 2+ ou truites subadultes et enfin les 3+ ou truites adultes), seules les truites adultes subsistent. L’absence ou quasi-absence des autres cohortes indiquent que la truite ne se reproduit pas directement dans le cours d’eau principal mais bien dans les affluents.

En revanche, la Durance constitue une zone de grossissement importante, raison pour laquelle, la population de truite de grande taille y est très bien représentée. Elle a, par ailleurs, été boostée récemment par l’augmentation du débit réservé au début des années 2010 qui a été multiplié par deux.

L’installation des ouvrages hydroélectriques et les pollutions chroniques à l’aval du barrage de l’Escale ont provoqués une certaine désaffection pour la Durance à partir des années 80 et qui a été exacerbée par la mise en place d’un tronçon en no-kill allant dudit barrage jusqu’au barrage de Cadarache, 36 km plus en aval à la limite du département. Pour autant, depuis l’augmentation du débit réservé, de plus en plus de pêcheurs s’aventurent de nouveau dans le lit de la Moyenne Durance car elle s’avère abritée une belle population de grosses truites dont la taille moyenne se situent autour de 45 cm, les beaux chevesnes et barbeaux fluviatiles viennent compléter des opportunités de réaliser de belles pêches."

Image
Durance en seconde
Légende
La Durance en seconde catégorie, à l'automne
Texte

Informations utiles

Liens utiles :

Fédération de pêche des Hautes-Alpes : http://peche-hautes-alpes.com/

Fédération de pêche des Alpes de Haute Provence : http://www.peche04.fr/

Guides de pêche locaux :

Jean Michel Brunet : https://www.guidepeche05.net/

Sébastien Cartairade : https://www.guide-peche.com/

Cyril Espinasse : https://www.guidepechehautesalpeserrechevalier.com/

Détaillants locaux : 

Boutique Thib'eau Pêche à Briançon

http://harvey-fly.com/fr/

La Pêche Soleil à Embrun

http://www.peche-soleil.com/

Image
pêche Durance
Texte

Le bilan de Jean-Michel : 

"Pour résumer, la Durance est ma rivière fétiche, compliquée certains jours mais tellement généreuse d'autres. C'est une vraie belle rivière d'eau rapide avec des truites de 20 à 70 cm en super forme. Il n'est toutefois pas recommandé de s'y atteler tout de suite, il y a des paliers à franchir avant. Je vous conseille si vous venez découvrir les Hautes-Alpes de faire vos gammes sur des rivières plus petites type Clarée et Guisane, puis de passer sur le Guil et le Drac et une fois ces cap franchis alors vous serez prêt à venir vous frotter aux « Duranciennes »."

A propos de l'auteur