La saison 2026, marquée par des aléas météorologiques sans précédent qui ont dévasté de nombreux écosystèmes en France et dans toute l’Europe, mérite que l’on s’y attarde. Je vous propose de revenir sur ce qu'il s'est passé à travers le prisme pyrénéen, afin de tirer des enseignements qui nous seront peut-être utiles dans un futur proche...
2026, une confirmation plus qu'une surprise
Dans les lignes qui suivent, je ne souhaite pas développer les conséquences du chaos climatique sur les milieux que nous fréquentons, canne en main. En revanche, je tiens à souligner que cette catastrophe n’est pas survenue sans signes annonciateurs. Depuis plus de dix ans, été après été, le réchauffement s'accélère fortement. Même en altitude, les températures de l’air et de l’eau explosent, tandis que les précipitations diminuent.
Sur les rivières pyrénéennes que je fréquente depuis mon plus jeune âge, je constate une chute constante des débits et une hausse marquée de la température de l’eau lors de chaque vague de chaleur... Après cinquante ans de pratique, le ruisseau « alphabet » de ma jeunesse, où je prenais mes premières truites et écrevisses à pattes blanches, est régulièrement à sec. Et je redoute que la FNSEA ne le transforme en fossé! Ainsi nous prenons conscience de la vulnérabilité de nos rivières.
Certes, l’ampleur du cataclysme de cette saison était imprévisible. En revanche le risque lui, était documenté de longue date. Retrouver les conditions de pêche que nous avons connues lors des décennies précédentes paraît bien utopique. En tenant compte de ces nouvelles contraintes et de ces avertissements, essayons donc de préparer les saisons à venir...
Dans mon Comminges, comme sur l’ensemble de la chaîne pyrénéenne, la périodicité est totalement chamboulée, il n'est désormais plus vraiment possible d'attribuer une technique ou le choix d'un parcours à une époque de l'année... Les périodes favorables aux éclosions, les bons niveaux d’eau et les heures d’activité des salmonidés deviennent encore plus aléatoires qu’auparavant. Si l'expérience reste un précieux atout, la prudence est on ne peut plus d'actualité!
Plus qu’avant encore, il nous faut observer la réalité écologique du moment, plutôt que spéculer sur la base du vécu...
Des aléas printaniers encore plus marqués
Cette saison 2026 dans les Pyrénées m’a ouvert les yeux et j'ai mesuré la chance d'habiter près d'une chaîne de montagne culminant à plus de 2000m. Ma saison n'a finalement pas été si catastrophique car je me suis toujours adapté aux conditions rencontrées (j'avais cette possibilité!), et c'est sans doute cette capacité qui vous permettra de prendre encore du plaisir à l'avenir...
Au sortir de l'hiver, l’épais manteau neigeux laissait espérer une bonne année, avec de l’eau au moins jusqu’au milieu de l’été. En mars et en avril, nous ignorions tous que des vagues de chaleurs caniculaires allaient se succéder, faire disparaitre la neige en un clin d'oeil et que, dans le même temps, les débits de nos rivières allaient brusquement chuter.
La saison a donc commencé avec des débits globalement soutenus, après un hiver bien enneigé. Les premières sorties se sont déroulées sous une météo instable assez classique, alternant fraîcheur et douceur. La neige, elle, restait bien présente en moyenne montagne. Dans les Pyrénées, contrairement aux Alpes, les températures fluctuaient beaucoup, provoquant une fonte peu intense, mais continue. Résultat: pendant que les pêcheurs alpins se régalaient, nos salmonidés restaient peu actifs! Même sous la surface, l’activité des salmonidés était très discrète, voire nulle! Lorsqu’une éclosion printanière se produisait, très peu de poissons venaient saisir les insectes à la dérive. Le piège était bien là: confondre une rivière agréable à regarder avec une rivière favorable à la pêche! Pendant ces premières semaines, la météo agitée, et surtout le vent, n’ont rien arrangé. Il ne fallait pas rater les bonnes fenêtres.
Pour tirer mon épingle du jeu, j’ai rejoint des bassins versants moins élevés, où la neige avait totalement disparu. Ces rivières et ruisseaux fonctionnaient un peu mieux. Les premières sorties en sèche devenaient enfin possibles.
Ce contraste encore plus marqué qu'à l'accoutumée entre des têtes de bassin d’altitudes différentes m’a rappelé à quel point la rigueur est nécessaire à la réussite: avant de choisir un parcours au printemps, regardons ce qu'il se passe en amont... Reste-t-il de la neige ? Une période de douceur a-t-elle relancé la fonte? Le débit se stabilise-t-il? Comment évolue la température de l’eau?...etc.
Pendant cette période aux températures (déjà!) trop chaudes, quelques rares journées plus froides suffisaient à nous offrir de belles fenêtres de pêche sur les grandes rivières... Dès que la fonte s’interrompait, les poissons redevenaient actifs... Vers le 15 avril, j’ai toutefois quitté ces lieux car les rivières gonflaient, sous l’effet de températures en constante hausse. J’ai continué à adapter mes parcours aux conditions de pêche jusqu’au 20 mai, date d'arrivée de la première vague de canicule...
Un été apocalyptique
A partir du 20 mai et durant l'été, les épisodes de canicule ont rendu la pêche éprouvante. Avec une telle chaleur, difficile de trouver l'envie de se rendre au bord de l’eau!
En début de période, alors que nous n'étions pas au bout de nos surprises, l'étiage s'installait déjà sur les petits et moyens cours d'eau du piémont et j’ai commencé à éviter certains secteurs où le manque d’eau ne permettait plus une pêche de qualité ; je n'osais alors imaginer l'état des rivières des départements de moyenne montagne...
J’ai alors profité de quelques journées moins chaudes pour retrouver les grandes rivières... Ces sorties m’ont permis de constater un décalage: si la température de l’air s’envolait, celle de l’eau ne grimpait pas aussi brutalement, grâce aux derniers apports de fonte. Les poissons restaient actifs, surtout le matin. J’ai ainsi touché, en nymphe, quelques belles truites fario. Bien sûr, ces fortes chaleurs n’étaient absolument pas propices aux éclosions, ni donc à la pêche en sèche.
Les températures extrêmes perdurant, mon attrait pour la pêche en lacs d’altitude s'est vite fait sentir... autant vous dire que j’ai retrouvé les salmonidés de montagne dès le mois de mai. Les rando-pêche avec bivouac se sont ensuite enchaînées jusqu’à la fermeture. Mais en altitude aussi, les conséquences de la météo étaient bien visibles:
Dès le début du mois de juillet, même à plus de 2000m, la végétation était brûlée. Je n’avais jamais vu les feuilles des framboisiers se réduire en poussière entre mes mains! Certaines sources étaient déjà taries, et l’assèchement de plusieurs petits torrents laissait craindre de lourdes pertes piscicoles. Malgré ces conditions et des températures trop élevées, les salmonidés d’altitude m’ont offert de belles sorties, certes gâchées par le spectacle désolant de cette végétation assoiffée. Sur certaines estives pyrénéennes, les éleveurs ont même dû redescendre les brebis dès la fin du mois de juillet, tant l’herbe manquait.
Sous l’effet de la chaleur, la débâcle des lacs les plus hauts s’est produite plus tôt que les années précédentes. Cette fonte brutale et précoce n’a toutefois pas favorisé la pêche: il a parfois fallu patienter plusieurs semaines avant de voir apparaître les premiers signes d’activité en surface. Dans certains petits lacs peu profonds, des mortalités de salmonidés ont également été constatées. Une forte baisse de l’oxygène dissous, associée à un choc thermique, pourrait expliquer ces pertes.
De juin à septembre, lorsque je n’étais pas en montagne, j’ai également fait quelques belles sorties en rivière. Je privilégiais les cours d’eau bénéficiant d’un soutien d’étiage grâce aux lâchers des barrages (tout le paradoxe de notre statut de pêcheur!). Ils conservaient un débit propice à la pêche, et les poissons se montraient réceptifs, notamment lors des coups du soir...
L’été qui vient de s’achever met en évidence certaines incohérences dans la gestion des épisodes de sécheresse par plusieurs fédérations. Sous prétexte de protection des milieux aquatiques, certaines ont interdit totalement ou partiellement la pêche, tandis que d’autres activités se poursuivaient sans aucune restriction...
Écarter des rivières les pêcheurs, qui comptent parmi les premiers observateurs des écosystèmes aquatiques et cotisent à cet égard, me paraît peu pertinent. Leur présence permet de maintenir un regard attentif sur l’état des milieux. D’autant que, lorsqu’ils subissent un stress thermique important, les salmonidés cessent de s’alimenter et survivent dans des conditions qui rendent toute capture à la ligne quasiment impossible.
Dans le même temps, les pratiquants de canyoning, les baigneurs ou encore les kayakistes pouvaient continuer à fréquenter les rivières, piétiner leur lit... Cette différence de traitement interroge: elle donne le sentiment que l’effort est imposé de manière sélective, alors que la préservation des milieux aquatiques devrait concerner tous les usagers. Combien de pêcheurs en vacances se sont retrouvés face à ce type d'interdiction, alors que certains secteurs amont restaient praticables? Une énième contrainte réglementaire qui participe à la lente érosion de nos effectifs...
Voici le bilan d’une saison désastreuse sur le plan des conditions de pêche, que l’on aimerait oublier, mais dont il nous faut tirer des enseignements. Nos rivières vont malheureusement souffrir dans les années à venir, et le nombre de secteurs favorables à la pêche va se réduire. Il apparaît donc d'autant plus nécessaire de varier les approches et les types de parcours... l'avenir du pêcheur de truite tient à sa polyvalence.
En variant l’altitude et l’orientation des bassins versants, j’ai pu prendre quelques poissons à chaque sortie. Evidemment, ce fut compliqué à certains moments, tant les températures et les débits ne donnaient guère envie d’aller tremper la ligne. Mais même dans la difficulté, être au bord de l’eau reste vital pour bon nombre d'entre nous et l'on peut encore compter sur la résilience de la truite fario sauvage... quelques belles sorties sur des milieux fragilisés depuis longtemps en atteste...
C’est en ayant pris conscience de leur vulnérabilité, mais aussi avec l’envie intacte de retrouver mes rivières et mes lacs, que je choisirai d’aborder la prochaine saison... en espérant un petit répit sur le plan de la météo!
