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3 rivières des Pyrénées centrales pour bien débuter la saison

pêche truite Pyrénées

Pour notre traditionnel article "coin de pêche de début de saison", nous avons jeté notre dévolu sur 3 rivières moyennes des Pyrénées Centrales aux cadres champêtres et peuplées de poissons sauvages typiques. Nos auteurs Lionel Ainard et Christian Guimonnet se chargeront de vous donner quelques tuyaux pratiques sur la pêche, tandis que le descriptif scientifique sera assuré par les directeurs des fédérations de pêche des 3 départements concernés...rien que ça! bonne lecture!

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Garbet
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Le Garbet (09)

La rivière de coeur de Christian Guimonnet

Ahhhh...le Garbet!

Ecrire dans un média à propos d’une rivière sur laquelle l’on à appris à pêcher me place dans une position délicate.

Hormis la crainte d’expédier des hordes de confrères sur l’une de mes rivières de coeur, je suis aussi partagé à l’idée de survendre la chose et de finir par manquer de sens critique.

C’est donc sous la torture que l’Oberstrumphfürer Scodavolpe m’a convaincu d’écrire ces quelques lignes et, en ayant accepté l’augure, je ferais donc de mon mieux pour vous présenter ce célèbre cours d’eau Ariégeois, joyaux du Royaume de l’”Ariéghistan”...aussi appelé le Couserans!

Le Garbet est l’exemple type de la rivière moyenne selon mes critères, la taille idéale disons... Dans sa partie médiane, sa largeur varie de 6m à 15m à son débit moyen. Il prend sa source à l’Etang du Garbet aux alentours de 1700m d’altitude et se jette rive droite du Salat à Vic d’Oust (Alt. 490m) et son cours total fait 25km.

Le Garbet s’épanouit au travers d’une vallée dégagée et très facile d’accès surtout dans sa partie médiane.

Ses eaux sont d’une énigmatique limpidité et son remarquable lit de galet qui est un régal pour la vue optimise la reproduction des truites. Rajoutez à cela un cadre bucolique et verdoyant ainsi que des parcours très variés et vous comprendrez pourquoi le Garbet demeure sur le plan esthétique tout du moins, la plus belle rivière Ariégeoise et probablement aussi l’une des plus séduisantes de la chaîne Pyrénéenne.

Pour toutes ces raisons il est attribué au Garbet une statut de légende.

Or, comme vous  pouvez l’imaginer les légendes passent difficilement l’épreuve du temps...

Jadis cette cette rivière produisait des densités de truite record et ou dans quelques gouffres vivaient des truites énormes (on parle d’une truite de 5kgs 600 prise à la mouche naturelle fin des années 70 !!!) et ou les spécimens de 35 à 40 cm étaient monnaie courante les jours fastes… Je n’ai pas connu cette époque, mais c’est bel et bien ce que raconte la légende.

Hélas, vous vous en doutez, ce temps là est bel et bien révolu.

Je crains bien que le changement climatique (surtout les étés caniculaires) ait altéré son débit moyen de façon très significative. J’y ai vu décliner de façon drastique les populations d’insectes sur ces vingt dernières années, ce qui impacte aussi le cheptel piscicole.

Bien sur, on y prend encore quelques truites et le Garbet reste à ce jour relativement poissonneux mais il est délicat à pêcher, difficile et particulièrement capricieux (...et ceci dit il l’a toujours été).

Pour parler de la pêche en début de saison puisque c’est l’objet de cet article, le Garbet me semble intéressant en Mars et Avril pour la pêche en mouche sèche, il existe toujours un créneau judicieux avant la fonte des neiges qui, bon an, mal an, vient perturber le débit aux environ de la deuxième semaine d’Avril.

Vous pouvez y espérer de belles émergences de “March Brown” ainsi que des  “Baetis” de façon plutôt régulière et, si elles y sont disposées, les truites peuvent gober franchement, même en péchant l’eau, quoique cela ne dure jamais bien longtemps en cette saison. Comme partout, il faudra privilégier “le coup de midi”.

Essayez d’éviter les journées trop claires avec un fort vent du sud (d’Autan), vous y auriez sans doute l’impression qu’aucun être vivant ne se cache dans cette rivière. En revanche un temps stable, gris et humide est plutot de bonne augure, surtout s’il neige.

Halieutiquement on peut le diviser en 3 parties distinctes :

  1. la Partie aval qui va du hameau de La Comanie jusqu’à sa confluence avec le Salat. Ici le Garbet est puissant et majestueux, gros cailloux, quelques lisses et chaussées, on est vraiment sur de la belle rivière, mais la densité de truite me semble vaciller depuis bon nombre d’années. Ceci dit on peut y prendre encore quelques truites (taille moyenne 22/28cm)... les bons jours!
  2. la partie médiane que je considère des abords immédiats du centre de vacances de Aulus-les-Bains jusqu’au No Kill de la Comanie. C’est la zone le plus technique à pêcher. Ici on est surtout sur de la belle plage rapide, en général peu profonde. Beaucoup de pêche de radiers et de bordures ou les truites sont particulièrement éduquées. Le linéaire est assez vaste et ce sont aussi les parcours les plus pêchés. Les truites sont pathologiquement fuyantes, il faut soigner son approche. Si les truites peuvent se montrer délicates sur le choix de la mouche en début de saison, ce n’est rien comparé à ce qui vous attend si vous y revenez l’été...vous voilà prévenus. (Taille moyenne : 18/26 cm)
  3. la partie amont commence dés Aulus-les-Bains et se termine halieutiquement sur le Plateau d’Agnesserre (Alt.1100m) qui est en No Kill. Ici le Garbet n’est qu’un torrent rapide, mais pour celui qui aime un cadre montagnard et qui n’a pas peur de se confronter à des poissons modestes, le NK du plateau d’Agnesserre est vraiment sympa à pêcher. Son seul défaut est que la zone à exploiter est très courte car assez rapidement le torrent se divise en plusieurs parties à mesure que l’on progresse vers l’amont et devient vite impêchable à la mouche. En compensation, malgré une toute petite micro-centrale plantée en plein milieu du parcours on pêche dans un site grandiose!!! ...mais les poissons sont petits (taille moyenne : 14/21cm)… il m’est arrivé d’y prendre une paire de truites autour de 25 cm mais c’est (...c’était??) vraiment très rare.

Le Garbet est en gestion patrimoniale et conserve une qualité de poisson typique de la vallée. Pour les pêcheurs de ma sensibilité ce dernier point allié à l’esthétique des lieux compense la difficulté de la pêche et les faibles “scores” en matière de nombre de prises.

Autrement dit... c’est dur, mais c’est beau!

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Le Garbet
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Le mot de la Fédé, par Laurent Garmendia (directeur de la FDAAPPMA09)

Le Garbet est l’archétype de LA rivière à truite fario des Pyrénées. Localisé dans une vallée très arrosée (1680mm / an à Aulus les Bains), ce torrent a longtemps bénéficié de conditions climatiques d’exception pour les truites : un confortable stock de neige, une stabilité hydrologique hivernale favorisant d’excellentes reproductions et surtout une hydrologie estivale conséquente offrant de nombreux m² d’habitat pour les adultes de truites. Tout cela fournissant un paradis thermique pour les fario avec des températures moyennes des 30 jours consécutifs les plus chaud autour de 15°c. Evidemment ces attributs ont permis le développement de l’hydroélectricité avec notamment 2 centrales aux linéaires en débit réservé conséquent.

Aujourd’hui, le Garbet n’échappe pas à la règle des évolutions climatiques : stock de neige à la baisse, fonte des neiges plus précoce et rapide, étiages moins soutenus voire critique comme en 2022, et surtout apparition de violents coups de tabacs comme en 2017 avec une lave torrentielle ayant détruit la haute vallée.

Sur le plan thermique, avec l’apparition d’étiages sévères, on note une évolution avec des valeurs moyennes des 30 jours consécutifs les plus chaud proches désormais de 16.5/17°c. Une marge est encore présente pour nos truites mais attention…

En dépit de ces changements parfois brutaux, le Garbet conserve encore de belles populations de poissons, d’abord sur sa haute vallée avec le plateau d’Agneserre qui présente la particularité de recenser avec les truites une rare (1100 m d’altitude) et sublime population de chabots.  Sur ce plateau apparait la première mirco-centrale ; ce qui nous importe ici c’est la valeur de son débit réservé non pas à 10% du module mais à 22% fruit d’un travail collectif pour l’adéquation entre la production d’énergie et les milieux.

Le Garbet est en gestion patrimoniale depuis les années 90 sous l’impulsion de l’AAPPMA d’Aulus les Bains rejointe ensuite par celle de Seix au milieu des années 2000, les études génétiques sur tout le bassin ont montré sur l’axe Garbet une souche sauvage conservée à hauteur de 98.5% (amont) et 93.5% (proche de la confluence Salat). Le morphotype classique du Garbet :

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truite garbet
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97% des truites ont des ocelles marquées, 100% ont des franches noires et blanches, 94% ont une adipeuse avec une frange rouge et 100% ont une tache operculaire.

Au plan quantitatif, les étiages très sévères, comme 2022, impactent durement la population mais la truite fario a une telle capacité à reconstruire ses stocks que 2 ou 3 années à l’hydrologie favorable suffisent à la reconstituer.

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Garbet
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Station de la réserve du village d’Aulus- les-Bains
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Que ce soit sur un parcours en réserve depuis des dizaines d’année ou sur un parcours à prélèvement, le Garbet n’échappe pas au constat de la quasi-disparition des truites les plus âgées (dans la réserve, en 2025, taille max 28 cm vs 35 cm en 2001).

Si la biomasse diminue avec la disparition des plus gros sujets, le Garbet conserve encore une sacrée capacité à produire de la truite fario sauvage avec des scores récents de 600 truites / 100m et 8-10m de large:

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Garbet
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Station de suivi sur le Garbet médian (taille max 30 cm)
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Ici, pas de bidouillage de gestion avec des truites de 65cm à 1000m d’altitude, la rivière produit ce qu’elle peut : des truites en abondance selon les années, pas très grosses, entièrement sauvages, farouches à souhait, dans un environnement préservé.

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Ger
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Le Ger (31)

Déambulations sur les berges du Ger, par Lionel Ainard

À travers mon témoignage de pêcheur à la mouche, je souhaite vous faire découvrir cette petite rivière des Pyrénées, idéale pour débuter cette nouvelle saison de pêche en première catégorie. Généralement, les conditions y sont favorables pour tenter de capturer quelques poissons dès l’ouverture ; néanmoins, avec les caprices dus au réchauffement climatique, il nous faudra rester très attentifs aux conditions.

Le Ger a toujours occupé une place de choix parmi les rivières les plus prisées pour la pêche au toc. Cette renommée est étroitement liée à celle de Léon Foch, figure emblématique de cette technique. Depuis son petit affluent encombré, le Rossignol, il est facile, avec un peu d’imagination, de revoir le jeune Léon Foch réciter sur le bout des doigts son fameux “ruisseau alphabet” qu’il a si bien décrit dans son magnifique ouvrage “L’art de pêcher la truite”. La capacité à interpréter une partition de pêche à la mouche ou au toc constitue un indicateur clé de la maîtrise technique.

Les berges que je vous incite à découvrir ici ne sont pas seulement une description de parcours de pêche mais vous invitent, par leur vécu, à une méditation halieutique.

Soyons réalistes, le Ger d’aujourd’hui n’a certainement plus rien à voir avec celui que Léon Foch a décrit dans ses ouvrages, où la densité de truites semblait énorme et la pression de pêche bien faible. À l’époque, les tailles légales pour les salmonidés étaient absentes ou très basses. Beaucoup d’eau a coulé depuis, et la pression humaine ainsi que le bouleversement climatique n’ont pas favorisé ces milieux fragiles ; néanmoins, il est encore possible d’y toucher quelques belles truites.

Sur l’ensemble de son cours, le Ger reste une rivière relativement capricieuse où le choix du parcours en fonction des conditions détermine la réussite de la pêche. Si les populations de truites restent relativement correctes, il n’en demeure pas moins capital de bien choisir son parcours selon les niveaux et la météo. C’est surtout la pression de pêche en période d’ouverture qui limite les possibilités et la qualité de la pêche, car les salmonidés y sont constamment dérangés. Le Ger présente des profils très variés entre son aval et ses sources, toutes les techniques de pêche à la mouche y sont envisageables.

Par ailleurs, il est également préférable de s’éloigner des parcours bénéficiant de lâchers de truites d’élevage. Ces secteurs attirent de nombreux pêcheurs, ce qui accentue encore la pression et nuit à la quiétude des bords du Ger.

Partons donc découvrir cette belle rivière en débutant par l’aval, je procéderai par tronçons en essayant de vous décrire le profil et les techniques que nous privilégierons afin de prospecter le plus justement. Le Ger est classé sur tout son parcours en 1ère catégorie et compte plusieurs secteurs avec une taille réglementaire différente. Je ne rentrerai pas dans les détails de la réglementation, le guide de la fédération 31 est bien explicite.

En débutant notre découverte du Ger à son aval, lorsque ses eaux confluent avec la Garonne et jusqu’au village de Pointis-Inard, nous rencontrons une rivière large de 10/12 mètres alternant radiers et plats sous une voûte arborée ; cependant, la pêche à la mouche y est facilement praticable. La densité de truites est ici modeste et cohabite avec des barbeaux et des chevesnes, la pêche n’est pas très productive mais peut réserver quelques belles surprises. Les éclosions saisonnières peuvent mettre quelques truites en activité mais je préfère exploiter les entrées de radiers en nymphe à l’espagnole où les gros blocs rocheux pris dans la terre des berges abritent quelques très belles truites. La présence de barbeaux permet aussi de tordre du carbone!

De Pointis-Inard à Lespiteau, là où la rivière accueille les eaux du Job, sa largeur reste similaire à celle de l’aval, bien que la végétation y soit moins dense. Entre le pont du village et la route Saint-Gaudens–Aspet, l’eau coule doucement, alternant entre de longs plats et quelques radiers. La profondeur varie généralement de 30 centimètres à plus d’un mètre dans certains "pools", permettant à truites, barbeaux et chevesnes de cohabiter. Plus on progresse en amont, moins on trouve de poissons blancs, tandis que le cours d'eau, un peu resserré, s’accélère. On observe une densité de truites légèrement supérieure à celle relevée sous le village, et il est possible de capturer de superbes spécimens en sèche sur les longues zones calmes. Ces truites, surtout présentes au début de la saison et au comportement souvent imprévisible, sont difficiles à anticiper. Lors des éclosions de March Brown ou de rhodani, leur observation devient particulièrement intéressante. Deux parcours de lâcher de truites se trouvent sur ce tronçon : l’un en amont du pont de Pointis-Inard et l’autre plus haut sur la section.

En poursuivant le cheminement depuis l’embouchure du Job à Lespiteau jusqu’au parcours privé de Soueich, le profil de la rivière se transforme. Le Ger voit sa pente augmenter, lui conférant un profil beaucoup plus rapide. Cette topographie favorise l’apparition de nombreux abris naturels, tant au sein des amas rocheux que le long des berges creuses. Ces refuges multiples constituent un habitat de choix pour les truites, dont la densité s’améliore sensiblement. Truites de toutes tailles prospèrent sans aucune concurrence avec les poissons blancs qui ont disparu. Cette grande diversité d’habitats permet de pratiquer efficacement en sèche ou en nymphe tant la multitude de postes praticables est grande. Hors période d’éclosion, la nymphe au fil donne ici d’excellents résultats, en particulier lors des légers coups d’eau de début de saison. Chaque approche, lorsqu’elle est en pertinence avec la réalité écologique du moment, est porteuse, à vous d’observer et de comprendre les cycles du Ger afin d’en saisir les périodes fastes. Comme chacun le sait, cela s’apprend et se ressent !

En amont du parcours privé de Soueich et jusqu’à Aspet, la rivière présente un profil similaire avec une alternance de coups relativement rapides. Le secteur reçoit un parcours touristique avec des lâchers de truites surdensitaires et un pôle animation de la fédération de pêche 31. Des animations sont proposées aux écoles, aux mineurs et aux personnes à mobilité réduite.

Depuis le village d’Aspet jusqu’au parcours privé de Sengouagnet, la pente du Ger s’accentue sensiblement. Dans cette zone, la pêche à la mouche en eau vive utilisant une soie naturelle présente un grand intérêt. Dans le bas du village d’Aspet, un petit parcours sans panier est très intéressant à prospecter, il alterne plats et secteurs rapides où nombre de techniques à la mouche peuvent être mises en place. J’y ai souvent posé mes mouches tôt le matin le jour de l’ouverture avant d’aller en la grande rivière. Dès le lever du jour, il est possible d’attraper quelques poissons grâce à la pêche en nymphe au fil. L’AAPPMA d’Aspet y lâche quelques truites d’élevage quelques jours avant l’ouverture, permettant ainsi quelques prises quand les autochtones boudent.

L’amont immédiat du parcours sans panier est moins porteur et manque de caches ; néanmoins, il y a toujours quelques poissons. Plus en amont, à partir de la station de lavage pour voitures jusqu’au parcours privé de Sengouagnet, la rivière est magnifique mais subit une pression de pêche importante. Pour l’exploiter, il vous faudra bien choisir les portions libres. Dans ce secteur, le Ger reçoit les eaux du Rossignol ; celui-ci n’est pas exploitable à la mouche à son aval mais un peu plus haut. Les truites y sont nombreuses mais de petite taille.

En amont du parcours de Sengouagnet et jusqu’au pont de Loule, le Ger rentre dans des gorges aux accès parfois compliqués. La rivière y est sauvage et rapide. Sur cette portion, le Ger est contraint entre des falaises et son exploration n’est possible et rentable que lorsque les débits sont bas. En début de saison, ciblez les périodes froides où les débits sont bas. À l’aval du lieu-dit de “La Henne-Morte", une excellente petite portion de rivière est plus facilement accessible.

Du pont de Loule à Lacus, puis en amont, le Ger prend l’aspect d’un torrent de montagne idéal pour pêcher les salmonidés entre les blocs. Les truites y sont nombreuses et plaisantes à capturer. Plus haut, un parcours privé de la société de pêche de Melles limite cette zone accessible.

Je vous invite à vous lancer dans une exploration minutieuse du Ger. C’est à travers votre propre expérience, vos observations pertinentes et votre persévérance que vous pourrez en saisir toutes les subtilités et les richesses halieutiques évoquées précédemment. Le parcours du Ger est jalonné de secteurs variés, offrant chacun des opportunités uniques pour les pêcheurs à la mouche, qu’ils soient débutants ou plus expérimentés. Prenez le temps de parcourir ses berges, d’adapter votre approche aux conditions du moment, et d’apprivoiser, à votre rythme, cette rivière pleine de surprises.

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Ger
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Le mot de la Fédé, par Gaël Durbe (directeur de la FDAAPPMA31)

Le Ger est un haut lieu de la pêche par son histoire car cette rivière vue émerger un pêcheur qui œuvra à promouvoir la pêche au Toc à travers son livre Dame Truite.  Son auteur Léon Foch fit ses armes sur l’affluent du Ger : le Rossignol, qu’il appela son ruisseau « école ». Il y apprit la pêche au toc avant de coucher sur le Papier les bases élémentaires de cette pêche en développant la conception de la Pêche en Dérive sur le Ger. On peut dire qu’une part de la démocratisation de cette pêche traditionnelle s’est écrite ici.

C’est un Cours d’eau préservé classé réservoir biologique par sa fonctionnalité écologique mais l’accumulation des seuils de moulins viennent altérer une partie de son potentiel sur les sections aval. Cela reste une rivière très productive, plutôt précoce du point de vue des conditions de pêche. Son bassin versant est dominé par le Cagire qui culmine à 2000m d’altitude et les 38 km de cours d’eau passe de secteurs en gorges de 5 m de large à  la zone de piémont avec des sections de 15 m de large.

La partie amont dans les gorges de la Henne Morte en amont de Sengouagnet jusqu’à Coulédoux est en gestion patrimoniale avec des peuplements de fortes densités de petites tailles entre 18 et 23 cm pour les truites adultes.

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Classes de tailles et effectifs rencontrés sur la station du Lacus dans les Gorges du Ger
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Sur la partie en aval de Sengouagnet, la vallée s’ouvre pour permettre une pêche  plus accessible avec des beaux peuplements de poissons sauvages pour une taille moyenne plus élevée avec des poissons adultes mesurant entre 20 et 30 cm. La rivière fait environ 10 mètres de largeur et il faudra bien entendu prospecter avec insistance les sections les plus profondes avec de fortes densités de caches sous berges.

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Classes de tailles et effectifs rencontrés sur la station du pont de Giret en amont Aspet
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Sans surprise et comme sur la plupart des bassins versants, la taille moyenne des Truites augmente nettement vers l’aval avec un densité inversement proportionnelle. Les tailles maximales dépassent les 30 cm en aval de Soueich pour atteindre 40 cm en aval de la confluence avec le Job où la rivière peut dépasser les 15m de largeur. Une particularité de cette rivière concerne sa population de chabot cantonnée sur sa partie moyenne et absent de la zone apicale. Probablement victime de pollutions des sites miniers au 19 -ème siècle et dans l’impossibilité de remonter les seuils de moulins aujourd’hui. Le peuplement de cyprinidés d’accompagnements apparait sur la partie médiane avec les vairons loches et goujons rejoints par les chevaines, barbeaux et lamproies de planer sur la partie aval. Pour les pêcheurs à la recherche de trophées ne pas oublier la section en aval du Ger entre Pointis Isnard et la confluence avec la Garonne les poissons de 50 cm + remonte depuis le fleuve.

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Classes de tailles et effectifs rencontrés sur le Ger en aval de la commune de Soueich
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Un élément particulier de ce cours d’eau  concerne les tailles légales de capture. Cette mesure réglementaire a depuis de nombreuses années montrées ses limites en termes de conservation mais parfois les codes régaliens sont faits d’un marbre bien difficile à travailler. Les insistances de certains groupements de pêcheurs extrémistes nous ont contraint à réaliser une étude de croissance qui montre l’instabilité interannuelle de ce paramètre qui sera d’autant plus difficile à suivre dans le contexte climatique actuel. Malgré l’évidence que cette modification de la réglementation n’a que peu d’influence sur le peuplement de truite, pour des raisons purement légales, nous avons été obligés de nous plier aux résultats de l’étude qui provoque un morcellement du cours d’eau par 4 tailles légales de captures.

Tailles légales de captures 2026:

  • 25 cm en aval de la confluence avec le Job jusqu’à la confluence Garonne
  • 23 cm entre le pont de la D26 à Soueich et la confluence avec le Job
  • 20 cm du pont de la D5A à Sengouagnet jusqu’au pont de la D26 à Soueich.
  • 18 cm en amont du pont de la D5A à Sengouagnet.
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Ourse Pyrénées
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L'Ourse (65)

Rencontre avec les truites de la Barousse, par Lionel Ainard

Déambuler sur les berges de la rivière Ourse au début de la saison, canne à mouche en main, s’avère une démarche qui peut se révéler productive. Le profil de la rivière, alternant entre des zones calmes et des radiers, favorise les éclosions printanières. Il n'est pas rare d'observer des gobages sur les fins de plats, surtout lors des heures les plus chaudes de la journée, lorsque le débit de l'eau demeure dans la normale.

Dans sa partie aval et jusqu’à Mauléon-Barousse, les émergences de Baetis Rhodani et autres March Brown animent souvent la pellicule de surface des plats qui se succèdent. J’apprécie particulièrement les éclosions de Rhithrogena, qui ne sont pas si communes dans les rivières de cette taille et qui peuvent mettre la rivière en ébullition. Les truites présentes dans l’Ourse atteignent généralement une taille comprise entre 20 cm et 24 à 30 cm. Bien que leur gabarit soit modeste, elles s’alimentent volontiers en surface lorsque la réalité écologique du moment le permet.

À quelques jours de l’ouverture, il est impossible de prévoir les conditions à venir tant le chaos climatique rend toute anticipation irréaliste ; néanmoins, l’Ourse demeure une rivière assez régulière dès les premiers jours de la saison. Une ouverture se décide la veille et certainement pas des jours ou des mois avant, mais il est humain de vouloir anticiper ce jour particulier avec des amis.

L’Ourse, comme nombre de rivières de piémont, a subi des périodes de sécheresse et des crues hivernales qui ont impacté les densités de truites et certaines tranches de la pyramide des âges. Ces dernières années, les populations semblent plus homogènes et la rivière, à mes yeux, retrouve un intérêt halieutique évident. Sur l’ensemble du linéaire, les densités sont variables mais de belles pêches sont réalisables de son embouchure dans la Garonne jusqu’à sa séparation en deux dans le beau village de Mauléon-Barousse.

Les eaux cristallines qui descendent du Port de Balès et de l’amont du village de Sost offrent à la rivière Ourse une limpidité remarquable, caractéristique de cette vallée préservée. Toutefois, ce cours d’eau n’est pas exempt de perturbations. En effet, la présence de deux ou trois petites microcentrales le long de son cours induit de légères variations des niveaux d’eau, appelées marnages. Ces fluctuations deviennent particulièrement sensibles lors des périodes de fonte des neiges, où les débits sont déjà naturellement élevés. Ainsi, même si la rivière conserve la plupart du temps son aspect limpide et naturel, ces interventions humaines peuvent ponctuellement modifier son régime, influençant la dynamique de la rivière durant ces moments spécifiques.

Après cette petite présentation des caractéristiques de la rivière, débutons notre petite visite approfondie des berges de l’Ourse de l’aval vers l’amont.

Tout au long de son tracé entre son embouchure dans la Garonne et Mauléon-Barousse, l’Ourse demeure à proximité immédiate de la route. Cette configuration facilite grandement l’accès aux berges pour les pêcheurs, qui peuvent ainsi rejoindre aisément différents points du parcours. Sur certaines portions, il est impossible de passer incognito et d’échapper aux nuisances sonores des véhicules ; heureusement, la circulation n’est pas importante ! Par ailleurs, cette accessibilité permet de repérer rapidement la présence éventuelle d’un collègue prospectant un pool de la rivière, ce qui s’avère utile pour organiser sa session de pêche et éviter tout parasitage involontaire de parcours. En poursuivant la remontée de l’Ourse jusqu’à Mauléon, on remarque que la pente du cours d’eau est régulière, offrant ainsi à la rivière un profil homogène. Cette configuration nous permettra une prospection de secteurs rapides où, entre les blocs, naissent d’intéressantes veines variées. Les berges, bordées de frênes et de noisetiers, forment une ripisylve dense et boisée qui modèle le paysage et procure aux truites de multiples refuges naturels. Ces multiples caches, formées par les racines, les branches tombées et la végétation surplombante, sont particulièrement prisées par les poissons qui y trouvent protection et zones favorables pour attendre vos mouches.

L’Ourse se distingue par la présence de chaussées tout au long de son cours, conçues à l’origine pour alimenter d’anciens moulins. En amont de ces structures, la rivière offre de magnifiques plats particulièrement favorables à une prospection en mouche sèche. Ces secteurs où les truites s’alimentent volontiers en surface dès les premières émergences constituent des secteurs à observer attentivement en début de saison. Comme ailleurs, aux moments les plus chauds de la journée, c’est là que vous observerez les premiers gobages. Cette alternance constitue une véritable richesse écologique qu’il ne reste qu’à vous d’exploiter judicieusement.

Sur toute la partie en aval de Mauléon-Barousse, le comportement des truites varie selon le moment de la journée et surtout en fonction de la configuration des différents secteurs. Les secteurs plats sont soumis à une forte pression de pêche, notamment de la part des pêcheurs à la mouche. Cette fréquentation accrue rend parfois les truites plus suspicieuses et difficiles à capturer en surface. Quelques petites émergentes de type orl peuvent s’avérer utiles, même en début de saison, pour tromper leur vigilance. En dehors de ces secteurs plats, là où la rivière s’anime de veines d’eau rapides, les truites sont beaucoup moins regardantes en début de saison. Les prospections en tandem, en peignant soigneusement chaque veine, s’avèrent souvent payantes ici.

Au cœur du village de Mauléon-Barousse, la rivière Ourse se scinde en deux bras distincts, qui tirent chacun leur nom du village principal qu’ils traversent : l’Ourse de Sost et l’Ourse de Ferrère. Cette séparation marque une transition dans le profil de la rivière, offrant ainsi des caractéristiques de pêche différentes. Les deux branches constituent ainsi des terrains de jeu différents, permettant d’explorer des environnements contrastés tout en restant dans la même vallée.

En début de saison, il est important de souligner que les deux bras de la rivière, l’Ourse de Sost et l’Ourse de Ferrère, ne présentent pas le même régime nival. Selon la situation écologique du moment, il se peut qu’un bras offre des conditions de pêche idéales, tandis que l’autre se révèle beaucoup moins propice à la pêche à la mouche. Cette variabilité impose au pêcheur d’observer attentivement l’état de chaque bras avant de choisir son parcours.

Chaque bras possède deux microcentrales situées en aval des villages. L’eau est captée dans ces zones où le débit reste stable hors fonte des neiges. Les secteurs sont composés de blocs et de quelques piscines agréables pour pêcher en sèche ou en nymphe. Bien que la population de truites soit plus modeste qu’ailleurs, la pêche y reste plaisante lors des bonnes journées.

L’Ourse de Sost propose un parcours de pêche qui s’étend de son aval, au niveau du village, jusqu’à ses sources. En débutant sa prospection au village, on rencontre un secteur aval dont l’eau est captée jusqu’à la microcentrale. Cette portion de rivière, encaissée, se distingue notamment par le passage sous le superbe pont d’Esbareich, conférant au site un charme particulier. L’accès à cette section reste néanmoins difficile, ce qui en fait un secteur réservé aux moucheurs les plus motivés. C’est aussi un gage de tranquillité en période d’ouverture où certains pêcheurs se marchent sur les pieds.

En remontant au-dessus de la microcentrale, la rivière retrouve la route, ce qui facilite immédiatement l’accès. À mesure qu’on s’éloigne de la zone encaissée, la rivière devient moins abrupte, et les berges, désormais semi-boisées, offrent des possibilités de pêche à la mouche encore très intéressantes. En début de saison, sur des eaux agitées, un palmer bicolore ou un sedge en chevreuil avec une nymphe sont efficaces.

Plus en amont du village de Sost, la pratique de la pêche à la mouche devient plus complexe. Les conditions se corsent, rendant la prospection plus technique.

L’Ourse de Ferrère se distingue par un caractère plus sauvage et un parcours nettement plus compliqué à aborder que son homologue de Sost. Elle traverse en effet des parties de gorges où l’accès s’avère souvent difficile, voire dangereux pour les pêcheurs dont les appuis ne sont pas assurés. Ce secteur impose donc une vigilance accrue et s’adresse prioritairement à ceux qui recherchent le défi et l’isolement au cœur d’un environnement naturel préservé.

À l’instar de l’Ourse de Sost, l’aval de l’Ourse de Ferrère est capté depuis le village jusqu’à la microcentrale. Cette configuration influence le régime de la rivière sur toute cette portion, modifiant le débit et la physionomie du cours d’eau. Le parcours de pêche conduit inévitablement à prospecter le gouffre de la Saoule, un site emblématique du secteur. L’ensemble de la zone présente le profil typique d’un parcours à blocs, parsemé de nombreux obstacles naturels qui compliquent la progression et la prospection des postes à truites. L’accès y reste donc relativement moyen, réservant ce secteur aux pêcheurs avertis, curieux d’explorer une rivière authentique et moins fréquentée. Les truites réagissent bien à la pêche en tandem ou à un palmer bien présenté. En amont de la microcentrale, la pêche est autorisée jusqu’au pont suivant, après quoi commence un parcours privé réservé aux riverains, qui se termine au pont des granges de Grouhens.

Au niveau du pont des granges de Grouhens, la rivière Ourse serpente sous la route du col de Balès, célèbre pour son ascension lors du Tour de France. Ce secteur marque l’entrée dans des gorges isolées, où le relief devient plus accidenté et la nature plus sauvage.

La progression y requiert une vigilance accrue : le sol y est souvent glissant et le risque de chute de pierres est réel. Il est donc essentiel d’aborder cette portion avec prudence, en prenant le temps d’évaluer chaque passage et d’adapter son rythme à la configuration du terrain.

Malgré ces difficultés, ce secteur offre de belles opportunités pour la pêche à la mouche. Les postes sont variés et la tranquillité des lieux favorise une approche discrète, propice à la rencontre de truites joueuses.

Il est fortement déconseillé de tenter de rejoindre la route qui surplombe le parcours, en raison du danger que cela représente. Le chemin le plus sûr consiste à redescendre prudemment le secteur que vous venez de prospecter.

Ainsi se termine cette présentation d’une rivière chère à mon cœur. Si vous pêchez dans ses eaux, profitez-en pour acheter un délicieux fromage de Barousse à Sost.

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Ourse
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Le mot de la Fédé, par Marc Delacoste (directeur de la FDAAPPMA65)

Située à l’Est des Hautes-Pyrénées, l’Ourse est un affluent de la Garonne avec laquelle elle conflue en rive gauche en amont de Loures-Barousse. Longue d’un peu plus de 10 km, elle est formée par la confluence des Ourses de Sost et de Ferrère en aval de Mauléon-Barousse, qui naissent d’un massif culminant aux environs de 2000 m.

Large de 8 à 12 m en moyenne, l’Ourse présente un profil typique de rivière du piémont Pyrénéen, alternant radiers et plats courants, avec la présence régulière de faciès plus profonds. Elle abrite un peuplement piscicole dominé par la truite fario, accompagnée par le chabot, le vairon et la lamproie de planer. Ce bassin encore relativement préservé abrite également des populations d’écrevisses à pattes blanches. La densité de truites  y reste très correcte, variant selon les secteurs de 180 à 300 individus (de toutes tailles) pour 100 m. Les truites de l’Ourse sont majoritairement de taille moyenne (20 à 30 cm) mais quelques beaux sujets sont régulièrement présents. D’un point de vue génétique, une analyse récente a montré que cette population était de « souche sauvage » et très peu introgressée (< 10 %) par les lignées de pisciculture, ce qui démontre le peu d’impact des alevinages réalisés par le passé et une bonne fonctionnalité d’ensemble de la rivière.

Dans le haut du bassin, les Ourses de Sost et de Ferrère présentent un profil plus torrentueux et une largeur moyenne plus modeste (4 à 6 m en moyenne). On y trouve de belles densités de truites, avec une taille moyenne plus modeste que dans l’Ourse (18 à 23 cm en majorité).

Comme toutes les rivières de piémont issues de massifs de moyenne altitude, l’Ourse présente une hydrologie caractérisée par une fonte de neige précoce et des étiages marqués. Ces derniers tendent en outre à s’aggraver ces dernières années, sous l’effet du changement climatique, et constituent un enjeu majeur pour ce bassin. Les captages d’eau réalisés en amont, pour l’eau potable, n’arrangent pas la situation. Dans ce cadre, la préservation de sa ripisylve est évidemment un enjeu très important pour éviter un réchauffement excessif (la température moyenne journalière a déjà culminé à 19,1°C en 2022, mais reste encore heureusement dans des valeurs tout à fait conformes pour la truite) mais aussi pour préserver les abris et caches de bordure, essentiels pour les populations de truites de ce type de rivières.

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truite ourse
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Comme dans bon nombre de rivières des Hautes-Pyrénées, les truites de l’Ourse sont de « souche sauvage » et très peu introgressées par les truites de pisciculture.
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Les auteurs de cet article ainsi que le restant de l'équipe rédactionnelle vous souhaite un excellent début de saison à tous!

pêche mouche espagne

A propos de l'auteur

Originaire de Toulouse (l'accent ne trompe pas !), Lionel pêche exclusivement les salmonidés à la mouche (sèche et nymphe) dans tous les milieux qui en contiennent…
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