Europêche - TOC

Leurre : variations autour des dérives aval

pêche leurre

Quand il s’agit de présenter un leurre pour espérer tromper la vigilance d’une truite vivant dans une rivière suffisamment large, le premier réflexe est généralement de le lancer en travers avant de débuter une récupération plus ou moins linéaire. Le leurre va ainsi traverser plusieurs veines de courant qui exerceront une force plus ou moins importante et inégale dont la première conséquence est de modifier son intensité vibratoire. La seconde solution consiste à projeter le leurre vers l’amont en lui faisant suivre une dérive naturelle ou 3/4 amont quand il s’agit de s’aménager une ouverture d’angle afin de lui faire traverser plusieurs courants et frôler les obstacles immergés qui jalonnent le lit du cours d’eau sur sa trajectoire. Entre les présentations amont, trois-quart amont ou trois-quart aval, le choix des dérives est généralement suffisamment varié pour espérer faire réagir une truite, même en début de saison. Une quatrième possibilité permet de pêcher avec plus d’insistance certains secteurs soumis à une forte pression de pêche, par eau froide ou présentant un profil rendant inefficace les autres prospections habituelles : la pêche aval à remonter.

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Les intérêts des présentations "aval"

A dire vrai, la présentation d’un leurre vers l’aval remontant le courant ou maintenu dans une veine d’eau est assez peu répandue car elle demande des conditions bien particulières pour être véritablement efficace et intéressante à pratiquer. Face à des poissons éduqués que ce soit dans la durée (sur-pêche de certains parcours durant toute la saison) ou ponctuellement (ouverture de la pêche sur des truites surdensitaires), il peut effectivement être intéressant de sortir de son pattern afin de proposer des angles de présentation différents permettant de s'écarter des habituelles stratégies, mais surtout d’être en capacité de pêcher avec plus d’insistance.

En effet, notamment sur les poissons de "bassine", le passage répété d’un leurre, notamment d’une cuiller tournante, peut finir par les inhiber quand ce dernier est récupéré trop rapidement ; les signaux vibratoires ainsi générés s’en trouvent d’autant plus augmentés. En fonction de la température des eaux, ces truites peuvent monter dans la colonne d’eau pour intercepter un leurre ou au contraire ne pas sortir de leur zone de confort qui se situe généralement au ras du fond. Une présentation aval suivie d’une lente remontée de votre leurre dans une veine d’eau au débit régulier, voire stabilisé et maintenu à la bonne profondeur, doit être envisagé pour parvenir à provoquer une attaque, plus particulièrement quand les eaux sont froides. A contrario, un leurre ramené de l’amont vers l’aval à une vitesse supérieure à celui du courant peut remonter dans la colonne d’eau et sortir de la zone de « réactivité utile » (le fond).

Ce postulat doit nous conduire à modifier légèrement notre stratégie, quel que soit le leurre utilisé, pour déclencher l’agressivité des truites.

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Option 1 : la récupération lente

Pour parvenir à ce résultat, vous devez projeter votre leurre vers l’aval au niveau de la jonction formée par le courant le plus vif et celui fortement ralenti de bordure, voire dans la zone la plus calme. Si la force de la veine d’eau le permet, notamment près des obstacles immergés et de la rive où le courant est naturellement ralenti, vous pouvez faire remonter votre leurre lentement en tournant la manivelle de votre moulinet. Il est possible de faire plusieurs passages, plus particulièrement si les poissons sont à la « fenêtre » mais encore hésitants, sous les obstacles immergés ou la rive creusée. Cette insistance fonctionne quelquefois et peut même sauver une bredouille annoncée. J’utilise fréquemment un petit crankbait ou une cuiller tournante qui génèrent de très forts signaux vibratoires. Vous pouvez jouer sur le type de poisson nageur (shallow, médium ou deep) pour être certain de prospecter à la bonne profondeur.

Les petites et moyennes rivières se prêtent bien à ce type de prospection, notamment quand il est impossible ou inutile de prospecter dans le lit de rivière en début de saison et quand les eaux sont hautes.

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Option 2 : la présentation "arrêtée"

La seconde technique consiste à stabiliser votre leurre à un endroit précis (périphérie d’une cache identifiée ou supposée, veine d’eau dans laquelle se tiennent des poissons en phase d’alimentation, regroupement de truites surdensitaires,…) en le maintenant à la bonne profondeur.

Pour y parvenir vous pouvez tour à tour jouer sur l’inclinaison de votre canne qui permettra à votre leurre de s’enfoncer suffisamment en abaissant légèrement le scion ou au contraire de le faire remonter en relevant la pointe de la canne pour qu’il retrouve un courant offrant assez de résistance pour qu’il puisse travailler, mais aussi sur la rotation de la manivelle de votre moulinet, et enfin grâce à l’amplitude du bras tenant la canne à la manière d’un pêcheur au toc qui accompagne la dérive en fin de coulée. La force du courant est le paramètre le plus dur à maîtriser. Si la force des flots exercée sur la palette de la cuiller tournante ou la bavette du poissons nageur est insuffisante, le leurre cessera de tourner ou de vibrer suffisamment avant de s’enfoncer. Dans le cas contraire, une force trop importante accélérera le phénomène de rotation ou de vibration qui conduira à la remontée du leurre et, au-delà d’un certain seuil, à son décrochage. On peut facilement observer ce phénomène quand la palette d’une cuiller tournante, arrivant en fin de trajectoire aval lors du fameux « arc-de-cercle », s’accélère subitement. Le leurre remonte alors progressivement quand la pression devient trop forte. Au-delà d’un certain seuil, la palette peut même se plaquer contre le corps de la cuiller et cesser de tourner.

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Option 3 : l'arc-de-cercle

La pêche vers l’aval offre d’autres possibilités quand il s’agit de prospecter une zone impraticable par une prospection amont ou quand les poissons réagissent aux stimuli provoqués par un leurre durant la formation de « l’arc-de-cercle ». Contrairement aux cas exposés supra, ce mode de prospection peut aussi s’adresser à des poissons agressifs dont il convient de provoquer l’attaque durant les périodes de frénésie.

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Option 4 : la dérive naturelle

Enfin, il existe une variante de la pêche aval en débrayant l’anti-retour de votre moulinet afin de faire suivre à votre leurre (généralement une cuiller tournante, un longbill coulant ou un minnow suspending) une dérive naturelle, que cette dernière se situe en bordure ou en pleine eau. Les attaques peuvent être très violentes, aussi est-il conseillé de maintenir fermement la manivelle de votre moulinet dont le tambour est totalement débrayé et libre de tourner facilement dans un sens ou dans un autre si votre maintien n’est pas assez ferme. Cette méthode est très subtile car elle permet de connaître les limites exactes de vos leurres, en matière de vibration et de rotation, qui réagiront immédiatement à la moindre sollicitation et inclination de votre scion et de la force exercée par les flots. Il faut savoir que le courant s’accélère subitement juste sous la surface, décroît progressivement avant de devenir presque nul près du fond. Il faudra donc jouer sur l’angle de votre canne, tout en démoulinant à une vitesse permettant au leurre de se maintenir dans la bonne veine d’eau et de continuer à transmettre suffisamment de signaux vibratoires. S’agissant de l’emploi de la cuiller tournante dans ces conditions particulières, je dois à cette technique l’un de mes plus beaux poissons pour lequel j’avais du fortement insister en réalisant plusieurs dérives aval au cours desquelles mon leurre continuait à émettre assez de vibrations en suivant le courant. Il m’est également arrivé de piquer des ombres communs en présentant une cuiller tournante ultra-light dans les mêmes conditions.

Au plaisir de vous retrouver au bord de l’eau !

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A propos de l'auteur

Alain Foulon a collaboré à plusieurs revues halieutiques, plus particulièrement dans le domaine de la pêche de la truite aux leurres dont il est un spécialiste. Il s’est…