Conseils de champion : le choix de la canne réservoir

choix canne réservoir

La pêche en réservoir est une approche très technique et exigeante de la truite à la mouche. Les réflexions à mener pour optimiser ses résultats sont nombreuses et parmi elles, le choix du matériel compte beaucoup. Afin de guider vos réflexions, Truites & Cie a fait appel à Florian Caravéo, membre de l'équipe de France Europe de pêche à la mouche :

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Contexte d'utilisation

Parmi les nombreuses cannes de pêche à la mouche proposées sur le marché, il faut savoir choisir le ou les modèles les plus adaptés à nos besoins. Alors chacun peut se fixer des critères comme le prix, la marque, la cosmétique, le nombre de brins ou la forme des anneaux… Mais quelles sont les caractéristiques techniques les plus importantes à considérer ? Que peut-on attendre d’une canne de pêche en réservoir ?  Voilà quelques questions que se posent de nombreux pêcheurs, débutants ou non.

Partons du principe que la pêche en réservoir en France se pratique essentiellement de l’automne au printemps sur des plans d’eau de différentes dimensions mais dont le point commun est : la pêche de la truite arc-en-ciel en eau close. Bien entendu il y a les autres espèces de salmonidés qui peuvent accompagner ce poisson. Pour autant, la plupart des techniques et mouches utilisées en réservoir sont dédiées à l’arc-en-ciel. Cette espèce “grégaire”, “pélagique” et “sportive” se pêche à l’aide de soies flottantes, intermédiaires ou plongeantes. Il faut pouvoir prospecter différentes couches d’eau et parfois présenter des mouches à longue distance pour réussir à prendre ces poissons.

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pêche réservoir
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La puissance de la canne réservoir

Une canne pour lancer quoi ? La première question que l’on doit se poser est probablement celle-ci.

Une canne à mouche est par définition conçue pour lancer une mouche artificielle à l’aide d’une soie. La pêche en réservoir s’adressant à des poissons de différentes tailles postés parfois à plus de 25 m du bord, il est indiqué d’utiliser des soies à fuseau décentré (WF) dont le poids est généralement compris entre 6 et 8 pour atteindre assez aisément une distance de pêche supérieure à 15 m.

  • Les cannes pour soie n°6 sont plutôt destinées à la pêche avec des soies flottantes et intermédiaires avec de petites mouches (noyées, sèches, chiros, petits streamers).
  • Les cannes pour soie n°7 offrent généralement plus de polyvalence et permettent de lancer toutes sortes de soies avec différents styles de mouches.
  • Les cannes pour soie n°8 sont utilisées pour propulser à grande distance des soies intermédiaires et plongeantes avec des modèles de mouches plus lourds ou volumineux.
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canne pêche réservoir
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Que vais-je lancer ? Voilà la première question à se poser !
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L’importance de la densité de la soie

Pour faire suite à la question précédente, il est très important d’essayer différentes soies avec une même canne pour comprendre quel profil de soie est le plus adapté. Bien entendu, chaque lanceur a ses préférences et il est nécessaire de dissocier le numéro de soie, de son profil et surtout sa densité.

Chaque marque doit se référer au tableau de référence AFTMA pour définir le poids de ses soies mais même au sein de cette “norme” il existe une limite basse et une limite haute de grains pour un numéro de soie donné. En considérant 9,14 m de soie (en partant de la pointe), le poids standard d’une soie n°7 est de 11,99g (185 grains). La norme prévoit qu’une soie de 7 puisse peser entre 11,47g et 12,51g. La différence n’est pas énorme mais ajoutez à cela une différence de profil, de densité et l’effet ressenti dans la canne ne sera pas du tout le même entre une soie WF7 flottante et une soie WF7 extra-plongeante par exemple (voir astuce en fin de paragraphe).

Pour les adeptes de physique : l’énergie cinétique étant calculée en joules sur la base de la masse et de la vitesse de déplacement d’un objet, je vous laisse faire vos calculs !

Avec les soies à “shooter” dont le fuseau est court, l’effet de chargement de la canne intervient très rapidement. Une WF “long belly”, dont le fuseau est plus long, chargera votre canne plus progressivement (phénomène comparable à une soie DT). En utilisant des soies bicolores, il est très facile de distinguer le belly du running line. Lorsque le belly sort de la canne, la soie devient de moins en moins facile à contrôler. Plus le belly est compact, plus ce ressenti est prononcé.

Prenez l’exemple du lanceur de poids et comparez le à celui du lanceur de javelot. La différence de forme de ces objets implique que les lanceurs utilisent une gestuelle différente pour lancer loin. L’effet “planant” qui porte le javelot le plus loin possible est quasi inexistant avec un poids dont la forme sphérique n’offre aucune portance.

Conseil utile pour prendre en compte la densité de la soie : pour une canne de type #7, prenez de préférence des soies n°7 flottante et intermédiaire et des n°6 pour les plongeantes (S3, S5 ou S7). En effet, une soie n°7 S7 risque de surcharger votre canne ce qui peut nuire aux performances de vos lancers.

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Astuce débutant :

Un lanceur débutant pourra tirer avantageusement profit d’une soie à shooter puisqu’il n’est pas nécessaire de sortir beaucoup de soie pour charger la canne et shooter. En revanche, ce type de soie n’est pas aussi stable et planant qu’une soie WF classique ou une long belly, qui conviendront mieux à un lanceur expérimenté.

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La longueur de la canne réservoir

Généralement, les cannes spécifiques à la pêche en réservoir sont longues de 9’6 à 10’. Cela n’interdit pas d’utiliser des cannes de 9’ ou de 11’ bien entendu. Ceci étant, plus une canne est longue et plus elle peut s’avérer fatiguante. Pour pratiquer la pêche en nymphe à vue à quelques mètres du bord, une 9’ pour soie de 5 ou 6 suffit. Une canne de 9’ reste très maniable et réactive. Un lanceur aguerri parvient à lancer à une vingtaine de mètres avec ce type de matériel à condition qu’il n’y ait pas un vent trop prononcé et que les abords du lac soit dégagés.

Si vous n’êtes pas encore très entrainé à pratiquer le lancer en double traction, une canne de 9’6 ou de 10’ pour soie 6 ou 7 sera idéale. Même en lançant sans double traction, il est tout à fait possible de lancer au delà de 15m. La longueur de ce type de canne permet de bien maintenir la soie en l’air lors des faux lancers notamment lorsqu’il faut pouvoir passer au dessus d’obstacles (talus ou buissons). Ces numéros de soie restent assez faciles à contrôler et offrent un bon rapport “confort/distance”. Autre avantage des cannes de 9’6 ou 10’, elles permettent de bien pêcher avec des trains de plusieurs mouches. En pratique, utiliser un train de trois mouches espacées de 0,80 m à 1,2 m nécessite d’avoir suffisamment d’amplitude pour ramener un poisson jusqu’à l’épuisette sans que la mouche “sauteuse” (1ère potence) n’entre dans l’anneau de pointe. Avec 2,40 m ou 3,60 m entre la mouche de pointe et la sauteuse, une 9’ serait trop courte. Une canne de 10’ est plus adaptée si vous souhaitez pêcher à deux ou trois mouches.

En barque et en float-tube, l’utilisation d’une canne de 9’6 ou plus est quasi indispensable pour améliorer les distances de lancer. En position assise sur une barque ou dans un float-tube, le pêcheur se trouve plus bas que debout sur la berge. Il devient vraiment intéressant de pouvoir compter sur une canne assez longue pour bien allonger la soie lors des faux lancers sans que celle-ci n’entre en contact avec l’eau.

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canne pêche réservoir
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En bateau, une longueur de 10' est préférable
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L'action de la canne réservoir

Les actions sont de trois types :

  • Moderate : la canne plie uniformément de la pointe au talon.
  • Moderate fast : la canne plie principalement à partir de son milieu jusqu’à sa pointe.
  • Fast : la canne plie principalement au niveau du scion.

Ceci est valable en action de lancer avec un chargement de canne normal (soit une dizaine de mètres de soie dont le poids correspond à la puissance de la canne).

Il est plutôt difficile d’établir une véritable règle au sujet du choix de l'action. Le “feeling” du pêcheur est propre à chaque individu. L’action d’une canne ne fait pas le lanceur mais il est primordial de se sentir à l’aise avec son matériel.

Avec les années d’expérience passées aux contact de pêcheurs de différents niveaux dans les clubs, au bord de l’eau et dans les salons, il me semble qu’il est très important de ne pas griller les étapes. Pour commencer, une canne d’action progressive (moderate), à la première moitié très flexible, est à la fois confortable et “tolérante”. Ces cannes accompagnent bien un débutant dans sa progression et permettent de bien travailler la gestuelle sans aller “trop vite”.

Comme on apprend à conduire avec une voiture citadine et pas avec une formule 1, on commence à lancer avec une canne “facile” à maîtriser avant de passer à des cannes plus rapides. Plus une canne est rapide moins elle tolère les erreurs de lancer. Si votre gestuelle est très régulière, très efficace et que vous savez accélérer correctement une soie en double traction, vous pouvez vous orienter sur des cannes d’action rapide à très rapide.

La rapidité d’une canne dépend à la fois de la conicité du blank et de sa teneur en carbone. A teneur de carbone égale, une canne à la conicité prononcée est plus rapide qu’une canne dont le diamètre du blank est très régulier. Si deux blanks de conicité équivalente sont conçus avec des résines différentes, le blank dont la teneur en carbone est la plus forte sera le plus rapide.

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Bilan choix de l'action de la canne réservoir selon la technique du lanceur
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Bilan de l'adéquation densité de la soie/action de la canne
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Et si vous deviez choisir une seule canne ?

Parmi toutes les déclinaisons de longueurs et puissances, si vous ne deviez en retenir qu’une, ce serait à mon sens une 10’ soie 6/7 avec une action moderate ou moderate fast. Ce type de canne convient pour pratiquer toutes les techniques spécifiques à la pêche en réservoir et permet de lancer tous les types de soies.

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La réserve de puissance

C’est le facteur qui détermine la capacité d’une canne à accompagner le lanceur lors de la propulsion de la soie à longue distance. En fléchissant, la canne emmagasine l’énergie et la restitue par effet ressort lors des blocages avant et arrière. Plus la canne fléchit vers le talon, plus elle se charge et pourra restituer d’énergie.

Une canne pourvue d’une grande réserve de puissance nécessite de pouvoir la solliciter sur la totalité de sa longueur pour atteindre des distances records. C’est au lanceur de charger au maximum la canne pour en exploiter un maximum de ses capacités. La force du lanceur importe peu si la canne travaille pour lui. “Un bon lanceur est un “fainéant”, il exploite la canne sans se fatiguer” (R. Viroulet). Plus vous êtes à l’aise avec une canne et plus vous pourrez solliciter sa réserve de puissance. Faites d’abord vos armes avec des cannes progressives dont la réserve de puissance est modérée, puis passer à des cannes plus rapides si vous le souhaitez. (NDLR : à numéro de soie égale, plus une canne est rapide, plus sa réserve de puissance est importante. Cependant, plus une canne est rapide, plus elle est exigeante sur la qualité de la gestuelle). En application, les cannes avec lesquelles les très bons lanceurs réalisent de longs lancers sont plutôt d’action moderate fast à fast.

La réserve de puissance intervient aussi dans le combat avec les poissons. En fonction des types de pêche pratiqués et des poissons (taille/puissance), il faut veiller à adapter la puissance de votre canne. Si votre objectif est de mettre à l’épuisette rapidement de grosses truites arc-en-ciel avec des bas de ligne en 0,20 mm, vous pouvez opter pour du matériel puissant (soie 7/8). Si vous cherchez les truites moyennes avec des bas de ligne fins, une canne pour soie 5/6 sera plus appropriée.

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Quelle canne pour quelle technique ?

Je récapitule dans le tableau suivant les différentes longueurs/puissances de canne à utiliser en fonction des techniques que vous souhaitez pratiquer. Ce tableau est le fruit de mes différentes expériences de pêche avec plusieurs types de cannes. Cela reste indicatif, chacun a ses préférences et d’un spécialiste à un autre, les affinités avec le matériel peuvent différer.

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Bilan choix de la canne selon la technique pratiquée
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Faut-il y mettre le prix ?

A chaque pêcheur ses préférences et son budget. L’offre pléthorique de cannes sur le marché vous permet de trouver de bonnes cannes même à des budgets modestes (dès 40 €). Le prix est souvent proportionnel à la technicité d’une canne, les nouvelles générations de blanks permettent de trouver de très bonnes cannes entre 80 € et 200 €. La cosmétique, le nombre d’éléments, le type d’anneaux, vont plus ou moins correspondre à vos goûts. Les garanties sont souvent liées à la durée de vie des séries.

De 200 à 500 €, vous trouverez des cannes de marques plus “prestigieuses” avec des qualités techniques supérieures qui correspondent aux attentes de spécialistes. Généralement ces cannes sont plus rapides que les modèles entrée de gamme en raison de la teneur en carbone plus importante dans les blanks. Côté cosmétique, il y a plus de choix et les marques proposent des garanties souvent plus longues que pour les entrées de gamme. Pêcheur intermédiaire ou spécialiste, c’est souvent dans ce créneaux de prix que l’on trouve son bonheur.

A plus de 500 €, vous accédez aux cannes les plus techniques dont les blanks sont généralement composés de nappe de carbone de haute qualité et de “nano-résine”. Les cannes sont plus légères, plus réactives et ne produisent quasiment pas de vibrations parasites lors des lancers. Les pêcheurs les plus aguerris peuvent s’orienter vers ces gammes pour gagner en confort de pêche, en sensibilité et en tenue de poisson.

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Conclusion

Bien choisir une canne de pêche en réservoir fait appel à 4 notions essentielles : la longueur, la puissance, l’action et le prix. Apportez de l’importance aux types de soies que vous souhaitez utiliser (profil et densité) et faites des essais pour faire les bonnes associations. En fonction de votre niveau de pratique et de vos habitudes de lancer, vous pouvez ne posséder qu’une ou deux cannes pour pratiquer l’ensemble des techniques de pêche en réservoir. Si vous souhaitez pêcher en compétition et posséder plusieurs ensembles, vous pourrez trouver de bonnes cannes à différents budgets pour constituer votre arsenal !

 

Texte et photos Florian Caravéo

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Florian Caravéo
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Adepte de la pêche à la mouche depuis l’âge de 10 ans, Florian recherche la polyvalence en traquant différentes espèces. Il s’est engagé dans la compétition dès ses 12 ans et gravit les échelons jusqu’à la 1ère division en rivière et en réservoir. Il a oeuvré pour les compétitions pour les jeunes et organisé le championnat du Monde des jeunes en France en 2012. Aussi passionné par la vie des milieux aquatiques que par la pêche, il a travaillé en temps que chargé d’étude à la FDAAPPMA de la Lozère. Aujourd’hui, il est chef de produit pour une enseigne spécialisée.

Son palmarès international de compétiteur : 2004 au championnat du Monde junior Norvège avec une médaille d’or en équipe. 2005 Championnat du Monde des jeunes médaille d’argent par équipe en République Tchèque. 4 ème au championnat des 5 Nations en Ecosse 2014. Sélection en équipe de France pour les championnats d’Europe 2021.

Vous pouvez visiter son site : www.somouch.fr

A propos de l'auteur