Tasmanian wilderness experience - part 1

Pêche Tasmanie

Vendredi 7 décembre 2018. Le faisceau de lumière blanchâtre, intrus esseulé dans la carlingue sombre et endormie, projette son rayonnement sur la prose acerbe d'Edward Abbey dans son "Gang de la clé à molette", ouvrage conseillé par Joseph Teyssier, boss de la société Wevan, futur gros actionnaire de votre mag en ligne préféré : un périple de 4 âmes torturées qui se raccrochent à la réalité en inventant l'écosabotage, pour annihiler les premiers aménagements industriels du désert de l'Utah... Un délice de lecture, de quoi rendre un tantinet moins laborieux l'interminable trajet qui sépare Milan Italie de Melbourne Australie. 

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Evidemment, les classiques spéculations pré-séjour de pêche se bousculent également dans mon esprit. Mon pote Benji que je retrouve sur place, et dont vous avez déjà pu lire plusieurs récits dans Truites & Cie, m'a beaucoup parlé de la pêche en Tasmanie depuis son départ. Cela fait bientôt deux ans qu'il a quitté la vie occidentale pour une vie de bohème en Australie, partagée entre travaux manuels alimentaires et pêche. Il paraîtrait qu'une charmante troisième pièce, blonde aux yeux verts, soit venue s'ajouter à ce puzzle initial (qui se révèle être un peu morne dans la durée), mais je n'eus pas la chance de croiser son chemin.

Parmi tous les lieux évoqués, Central Plateau a directement atteint le rang de mythe dans mon subconscient. En effet, cette zone naturelle sauvage d'un milliers de kilomètres carrés de superficie, totalement vierge de la moindre atteinte anthropique, à la biodiversité incroyable, abrite un réseau lacustre composé de plusieurs centaines de pièces d'eau. Les tributaires qui les relient ont permis l'établissement d'une population de truites fario pérenne. A la faveur d'un écosystème relativement riche, elles atteignent la barre mythique des 20lbs dans certains plans d'eau communément appelés trophy lake par les locaux, mais leur taille moyenne se situe globalement autour de 50cm. De quoi largement faire frémir le pêcheur de "truites moyennes" que je demeure.

Le corollaire est la faible densité globale, qui conduit le moucheur à pratiquer essentiellement à vue (il y a pire comme contraintes me direz-vous). Cet ensemble s'élève à une altitude oscillant entre 1000 et 1300m et l'on y accède à la force du jarret. Les marches d'approche sont certes sans grande dénivelée (on monte sur le plateau en voiture) mais longues de plusieurs jours de marche, la plupart du temps hors sentier, lorsqu'on convoite les lacs les plus reculés. Les départs s'effectuent à partir de deux parkings principaux situés au niveau des points cardinaux nord et sud de la carte. 

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Evidemment, Homo sapiens qui s'illustre brillamment depuis des lustres dans la catégorie des espèces les plus abjectes que la terre ait jamais portées, a décidé de venir mettre son grain de sel dans cette belle harmonie originelle et un projet lucratif couplant création de lodges et héliportages est en cours à Central Plateau. De quoi éviter tout effort à un belle ribambelle de nantis hideux et octroyer un accès aisé à cette vérole, au mépris de toute forme d'éthique et d'esthétisme. Quoique l'envie de fouler ces terres avait jailli en moi dès les premières évocations de Benji, cette menace a sans doute quelque part précipité ma venue. Pour l'instant, la destination n'est pas vraiment à la mode dans le cercle des pêcheurs voyageurs modernes, ces derniers restant obnubilés par la Nouvelle Zélande voisine. Ca tombe bien, je ne me voyais pas vraiment traverser la planète pour me retrouver au bord de l'eau avec le gratin facebookien de la pêche à la mouche. 

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D'un commun accord, ce système lacustre constituera l'objectif principal de notre séjour, les rivières seront des replis en cas de mauvaises conditions climatiques (quand on part pêcher à vue en Océanie, définir ce genre de plan B prend tout son sens).

Les cours d'eau australiens sont très différents de ceux de la NZ voisine. Les populations salmonicoles sont ici beaucoup plus denses et donc modestes en tailles moyennes que chez les Kiwis (pas de miracle ici non plus !) ; elles sont finalement assez proches que celles que nous connaissons encore dans les bonnes rivières françaises... si si, il en reste ! 

La recette que j'entrevois en eaux vives à mon départ comporte de belles sessions en sèche, d'autant que j'avais d'emblée chargé mon jeune hôte de nous dégoter des secteurs où nous aurions l'assurance de pêcher tel des gentlemen, à savoir en surface ou à vue. Traverser la planète pour se faire guider a du bon et permet d'exprimer ses exigences sans trop de gêne.

Durant ce trajet aller, ces divagations spirituelles vont bon train et ne sont en réalité perturbées que par une seule mais récurrente question, qui revient encore régulièrement dans mes pensées aujourd'hui : est-il vraiment raisonnable à notre époque, alors que tous nos voyants environnementaux sont au rouge, de cramer autant de kérosène pour partir pêcher ?

Je n'ai, durant ces 23h de vol, pas réussi à me positionner franchement sur le sujet, trouvant finalement la parade avec l'alibi (pas si honteux que ça) qui consiste à conférer à ce voyage une dimension plus noble encore qu'un simple voyage de pêche. Après tout, traverser la planète pour retrouver son binôme d'antan, c'est quand même différent d'un départ coup de tête aux Seychelles avec nuitées en lodge pour remuer des carangues, ou un autre truc du genre, vous voyez ?

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Ma première nuit en Océanie se déroule dans la sinistre banlieue du tarmac de Melbourne. Pas grand chose à signaler si ce n'est qu'elle me donne l'occasion d'en découdre pour la première fois avec l'une des spécialités culinaires australiennes : la viande de boeuf boosté aux hormones, le genre de met qui transformerait Gérard Depardieu en un militant vegan jusqu'au-boutiste. 

Nous finissons de planifier le début du séjour avec Benji, alors qu'il peine à trouver le sommeil sur le ferry qui le conduit en Tasmanie le lendemain matin : les prévisions météo des jours précédents semblent se confirmer et annoncent un créneau de trois jours de temps clair, événement pas si fréquent en ces lieux à cette période de l'année (début décembre en Australie est l'équivalent de début juin chez nous mais la météo y est beaucoup plus instable, proximité du cercle polaire oblige). On va donc démarrer par le bush âpre et les lacs mystérieux du Central Plateau Conservation Area. L'excitation monte. Une de ses connaissances locales (du genre plutôt associable et énervée de la poignée en liège) étant partie la veille pour un trip de plusieurs jours sur son secteur préféré, Benji propose donc d'explorer une autre série de plans d'eau. 6h de marche sont prévues avant l'arrivée au bivouac. 

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Benji me récupère à l'aéroport de Launceston le lendemain matin et une fois les formalités effectuées (achat des bonbonnes de gaz et victuailles pour 3 jours d'autonomie dans la taïga), nous entamons les 2h de route qui nous séparent de Central Plateau. La conduite de Benji est crispée, ce dernier étant visiblement plus à son aise dans l'habitacle rustique et poussiéreux de son vieux Patrol que dans le SUV moderne bourré d'électronique loué pour l'occasion (on le rendra un peu plus rustique après avoir écrasé 2 wallabies - au cas où Aymeric Caron et sa secte nous lisent, je précise que c'était évidemment involontaire -, passé une paire de nuits et effectué une bonne cinquantaine de trajets en wad' à l'intérieur). 

Nous débutons la marche en milieu de journée et les premiers pas plantent immédiatement le décor en termes de richesse faunistique : les premiers hectomètres longent les berges d'un plan d'eau qui grouillent de wallabies, et dont la surface est littéralement couverte de scarabées chatoyants. A ce moment là, je suis stupéfait de la désaffection incroyable que subit ce territoire de la part des locaux. En réalité, les terres de Central Plateau sont foulées uniquement par de valeureux disciples de Saint Pierre, plutôt du genre bourrus et taiseux (une espèce en voie de disparition en France). Les Australiens préférant, je cite Ben "se pavaner en famille dans le gros 4x4 à Sidney la semaine, et y accrocher une caravane le week-end". 

Après 3h de marche, le sentier s'évanouit progressivement dans le bush et nous sommes plongés dans une jungle dense et austère. La végétation est coriace sous ses latitudes, les personnes qui ont tracé ces minces sentes n'étaient pas des fainéants. Pantalons longs, chaussures étanches et montantes obligatoires (voire des guêtres pour les plus chochottes de mon espèce).

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D'entrée, nous abordons les questions de sécurité basique et définissons une conduite à tenir en cas de morsures de serpent. En effet, les serpents tigres pullulent sur le plateau et quoique non agressifs et assez peureux, leur morsure vous laisse seulement environ 24h (délai non vérifié) avant d'entrevoir le trépas. Vous avez donc intérêt à être organisés lorsque la bagnole se trouve à 12h de marche.

Quelques raccourcis fumeux plus tard (qui me confirment que ces deux années d’éloignement n'ont pas réussi à changer mon compagnon de pêche), après avoir laissé 2 paires de tongues mal attachées au sac et déchiré une chemise dans le bush, nous parvenons enfin au lieu de bivouac.

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Les critères de réussite dans ces lacs sont assez similaires à ceux que connaissent les pêcheurs à vue en lac de montagne sous nos latitudes : il convient d'avoir une vision affûtée, d'être rapide et précis dans les lancers à courtes et moyennes distances. Comme évoqué précédemment, les densités étant relativement faibles, il n'est donc pas très rentable de pêcher l'eau en aveugle au streamer ou en noyée par exemple. Evidemment, l'option pêche aux leurres est envisageable de par sa capacité de ratissage inégalée, mais inutile de préciser qu'en bons puristes, il ne nous est même pas venu à l'esprit de proposer du plastique vibrant à ces salmonidés régulièrement gobeurs.

Les truites évoluent entre 0 et 3m du bord pour l'immense majorité d'entre elles. Il convient ainsi d'ouvrir les yeux, de sonder l'onde à la recherche d'une ombre passante tout en vérifiant (très) régulièrement la nature du terrain où vous mettez les pieds, histoire de ne pas réveiller un reptile affalé au soleil, qui vous sanctionnerait sans doute d'une petite morsure fatale, ou de stationner dans un nid de Jumpin' Jack (Myrmecia pilosula pour les intimes, une fourmi endémique qui n'a de sympathique que le nom évocateur du riff de ce bon vieux Keith Richards). Un programme assez complexe en somme.

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Pêche Tasmania
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Cette première excursion à Central Plateau pourrait se résumer assez simplement de la façon suivante : une météo très changeante (du gel matinal et des percées de soleil brûlantes l'après-midi), beaucoup de kilomètres parcourus, une vingtaine par jour et une bonne dizaine de lacs visités pour n'attaquer que très, très peu de poissons et n'en mettre qu'un seul au sec. Lors de chacune de ses excursions, Ben prend le parti de parcourir un grand linéaire de berge de lacs différents afin de couvrir un max de terrain et ainsi décupler ses chances de croiser une nageoire digne d'intérêt. Cette stratégie de pêche me laisse assez perplexe mais c'est celle que nous avons suivi lors de ce premier séjour. De là à dire qu'il y avait mieux à faire avec une pêche d'insistance, il n'y a qu'un pas que je ne franchirais pas.

Benji sauvera l'honneur la veille de notre départ, avec un poisson correct pris sur le dernier lac de la journée alors que ma tentative capotait sur un poisson similaire à quelques mètres de là. C'est finalement sur la route du retour que nous avons déniché, au hasard d'une brève halte restauration, une berge chaude où croisAIent deux gros poissons. Malheureusement la ripisylve dense ne nous donna qu'une chance à chacun soldée par un beau refus. Pas de jaloux. Attaquer un si faible nombre de poissons ne facilite pas la sélection des imitations idoines. 

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Malgré ce premier échec en lac, le moral reste au beau fixe car nous n'avons pas grand chose à regretter au vu des conditions. Pas d'alignement de planètes, c'est la pêche. La météo se dégradant pour la semaine à venir, nous enchaînons avec l'eau vive. Le plan est d'explorer un maximum de rivières différentes (3 ou 4 sur la semaine) histoire de profiter de la diversité de l'île, en ne se privant pas d'un peu d'insistance le cas échéant.

La Tyenna River au sud est la première sur la liste. Rivière longue de près de 50km, elle présente une largeur moyenne d'une quinzaine de mètres et un profil caillouteux mais assez plat (seulement 700m de dénivelée entre sa source et son embouchure), ce qui décuple les profils rencontrés et donc les techniques envisageables. Nous débutons par 2 journées sur la moyenne Tyenna, histoire de prendre la température. 

J'ai alors le privilège de retrouver la pêche en binôme avec Benji, telle que nous la pratiquions quelques années en arrière, ainsi que les règles immuables qui la régissent : à savoir une pêche côte à côte d'alternance, "un poisson chacun", toute faute (décroche, accroc ou casse) donne la main à l'autre. Assurément pas la meilleure manière d'optimiser la prospection, mais sans égale pour décupler la délicieuse émulation de la pêche à deux.

Comme attendu, les techniques seront alternées au gré des faciès, partagés à parts égales entre têtes rapides et plats assagis. La pêche est plaisamment variée et fine. Durant notre séjour, nous avons très peu eu recours aux enclumes en tungstène. Les truites sont de taille moyenne (30/35cm) et de qualité. La Tasmanie est en patrimonial depuis des lustres et ça se voit à la trombine des poissons. Ne pas trouver ces piètres ersatz de salmonidés au nez rouge clignotant qui pullulent dans bon nombre de destinations à la mode, est la meilleure façon d'épargner ma santé mentale lors d'un séjour de pêche, où qu'il se passe (c'est la principale raison pour laquelle je fuis l'Italie ainsi que l'Europe de l'Est). 

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Durant ces 10 jours de pêche en rivière, nous avons beaucoup pêché en sèche bien que nous n'ayons pas réellement assisté à des éclosions massives et facilement identifiables comme peuvent l'être chez nous celles des March Brown ou des ignita. Nous avons plutôt constaté une présence continue et discrète d'insectes variés, plutôt de petites tailles, tout au long de la journée. Ce qui fut vraiment frappant par contre, c'est la capacité qu'ont ces truites australiennes à se mettre à gober à la moindre apparition vivante en surface. Une des conséquences de la faible pression de pêche sans doute. Le genre de comportement qui nous laisse rêveur et qui selon moi, justifie pleinement les expatriations ponctuelles loin de l'hexagone et de ses truites névrosées. 

Dans ces conditions, des modèles génériques d'olive et d'ORL en taille 16 et 18 ont bien fonctionné. Les australiens eux, utilisent pour la plupart des sèches énormes surchargées de fibres (des terrestres ou des modèles anglo-saxons type Red Tag ou Royal Wulff) qui prennent sans doute des truites en plein été, lorsque ces dernières se focalisent sur les terrestres, mais nous n'avons jamais vraiment exploré cette voie. Pour la pêche en sèche/nymphe, nous avons essentiellement utilisé en porteur des parachutes Adams, même si Benji a osé nouer en potence des Royal Wulff horribles sur H12, histoire de me prouver que certaines truites australiennes mangent vraiment ces oiseaux.  

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Pêche Tasmanie
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pêche Tasmanie
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Le lendemain, nous tombons d'accord sur l'idée d'explorer un autre secteur du cours moyen de la Tyenna.

La pêche est assez similaire à celle de la veille, si ce n'est que la météo plus fraîche et humide nous offre le privilège d'attaquer des poissons sur gobages tout au long de la journée.

Benji, qui n'avait pas tenu une 10' digne de ce nom depuis belle lurette, prend sacrément goût à la pêche à la bille. Je le surprends à peigner avec insistance les belles têtes de courant qui se présentent et il s'adapte très très bien, gérant la tension de sa bannière à merveille... sans doute les vieux réflexes de son passé de tocqueur pyrénéen. La pêche au ver au Nistos, ça vous marque à vie. 

Ces deux premières journées sont en fait très représentatives de la pêche en Tasmanie, tant au niveau des techniques mises en oeuvre que des poissons capturés : en somme, une pêche de truites moyennes dans des rivières moyennes comme dirait l'autre. La pêche à vue, quoique régulièrement possible, est tout de même assez limitée par la couleur thé des eaux.

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Tyenna river
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Pêche Tasmanie
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En début de semaine, nous avons établi notre QG vespéral dans un petit bar miteux servant de revigorants burgers pour la modique somme de 10 dollars pièce. Sur le trajet, nous croisons depuis plusieurs jours la route de la Derwent river, une imposante tailwater monotone et profonde, pas forcément très sexy pour la pêche à la mouche. Toutefois, certaines courtes sections plus marquées nous faisant de l'oeil à chaque passage, nous succombons finalement et décidons d'y consacrer une journée de pêche. 

Pour optimiser notre tentative et ne pas perdre trop de temps dans ce vaste milieu chronophage, nous repérons sur photo aérienne une section plus maigre et resserrée. Comme par enchantement, l'accès est presque facile. Juste quelques centaines de mètres dans un paturage accueillant, 2 barbelés et 20m de végétation dense. Une bagatelle pour l'Australie. Je retrouve alors mon train-train briançonnais en ce début de journée, et noue une enclume d'1/2 gr en pointe couplée à une faisant tail des plus classiques en potence. Dès les premiers coups de ligne, nos doutes sur la nature des habitants de la Derwent sont vite envolés :

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Derwent River
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Derwent river
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Derwent River
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Derwent river
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3 beaux poissons en moins de cent mètres de berge, dans un cours d'eau qui ne respire pas les rangs serrés, ça donne envie de poursuivre et dans l'immédiat, de traverser pour voir si l'herbe est aussi verte en face. Toutefois, les cannelles du substrat et les traces de marnage sur les bordures nous en dissuadent rapidement et préférons chercher un secteur similaire en amont. Cette tentative se résumera à une recherche erratique et vaine d'un accès, la rypisilve dense et les nombreuses clotures de riverains anéantiront toutes nos tentatives : ici comme aux Etats Unis, on ne badine pas avec la propriété privée, inutile de risquer votre vie pour accéder à la rivière. Se faire plomber vous empêcherait de profiter des parcours syndicats d'initiatives dont la plupart sont excellents pour la pêche.

Le lendemain, nous prévoyons donc de tester la partie basse de la Tyenna.

Dans son cours aval, la Tyenna coule dans un vallon un peu plus resserré. Le goulet formé par le relief tourmenté accélère globalement le flot mais pour des pêcheurs montagnards que nous sommes, cela reste très raisonnable. L'avantage que procure cette portion encaissée et boisée est la possibilité de s'abriter efficacement du vent, ce qui est intéressant en Tasmanie. Nous débutons la pêche en début de matinée, l'ambiance est excellente : temps frais, humide, fine brise, le top pour cartonner en sèche. On démarre quand même à la bille, histoire de faire quelques photos pour le plus grand Nymph Shop du monde....

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Matt & Lenka
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...avant de voir apparaître les premiers gobages sur le premier (et dernier) joli plat du parcours.

Benji attaque à l'extrême aval, à la limite de la rupture de pente et fait croquer un poisson de 30. Cartouche cramée. Je remonte très légèrement, passe une série de branches pendantes ; j'aperçois un poisson solide gobant berge opposée, qui engloutira mon olive dun avec la bravoure de celui qui n'en voit pas souvent :

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grosse truite Tasmanie
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Après avoir repris un autre poisson gobeur de 35cm (qui aurait du lui valoir un passage de main d'après notre règlement interne), Benji pêche la tête en nymphe, grâce à ma grande générosité. Il saute alors sur l'occasion pour me montrer un exemple authentique d'alignement net et sans bavure : ferrage sous la canne, reflet monstrueux au fond de l'eau, démarrage en trombe dans les racines d'en face, pétat'...terminé bonsoir. Un modèle du genre, j'en rigole encore.

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grosse truite Tasmanie
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On reprend donc la pêche à tour de rôle classique et alors que j'éclaircis les rangs de pin's à chaque tentative, Benji lui, trouve les belles et s'offre une petite série bien sympathique (agrémentée de quelques casses des familles sur les plus grosses, sans lesquelles Benji ne serait plus véritablement Benji) : 

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grosse truite Tasmanie
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grosse truite Tasmanie
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grosse truite Tasmanie
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grosse truite Tasmanie
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Je clôture le bal en sèche toujours à l'orl : 

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Au delà de ce très attendu pliage de carbone, ces quelques jours sur la Tyenna nous auront permis de recharger les batteries pour le reste du séjour, et nous donner l'envie d'explorer les rivières voisines, en commençant par la Florentine River, affluent de la Derwent qu'elle rejoint dans le Lake Catagunya.

Nous choisissons pour notre unique après midi de pêche sur cette rivière, une section isolée assez difficile d'accès (les vieux réflexes français dont on ne connait pas trop l'incidence dans ces contrées sauvages peu fréquentées, mais qu'on garde quand même, au cas où...) et nous remontons rapidement les premières centaines de mètres pour s'éloigner du point d'accès avant de démarrer : la pêche se fera au tandem, les poissons gobant d'ailleurs régulièrement les Adams parachute que nous utilisons en porteur. Quelques arcs en ciel viennent se mêler à la fête, nous montrant qu'en Océanie aussi, elles ont une frite démoniaque. Les poissons sont dehors en cette douce après midi et nous gratifient de nombreuses touches. La pêche est très ludique, et très similaire à celle que nous connaissons sur de nombreuses rivières moyennes des Pyrénées Centrales (avec une bonne dose de bonté supplémentaire des poissons ici).Nous pêcherons 3h sur ce secteur, jusqu'à ce que les blocs glissants comme des savonnettes nous tapent un peu trop sur le système :

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Pêche Tasmanie
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Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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rivière Tasmanie
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Après cette découverte intéressante, nous poursuivons notre route dans l'idée d'effectuer une boucle qui passerait par le cours moyen de la Styx river, autre affluent de la Derwent, avant de tester la haute Tyenna. Nous consacrerons une demi-journée à chacune d'elles.

La Styx, avec sa végétation rivulaire dense, chatoyante, ses immenses fougères, ses nombreux arbres immergés est sans aucun doute la rivière la plus originale du pays. Les forêts primaires de cette vallée sont uniques et possèdent les plus grands feuillus du monde (Eucalyptus regnans), que les exploitants du bois locaux s'emploient à massacrer (était-il besoin de le préciser ?).

La configuration de la rivière n'a rien à voir avec celle des autres cours d'eau. Le profil est très plat, maigre et l'eau beaucoup plus claire qu'ailleurs. Quoique certains locaux annoncent des truites de taille mirobolante, nous n'avons pris que des petits poissons, dont la morphologie n'était pas évocatrice d'une croissance très rapide. 

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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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La matinée se déroule paisiblement, au rythme d'une progression lente, inspirée par l'ambiance feutrée et vaporeuse du jour, plus propice à la contemplation qu'aux considérations techniques et aux stratégies de pêche. Le genre de moment qu'on ne vit réellement qu'en voyage de pêche et qui fait sacrément du bien de temps à autres (oui car on reste foncièrement des énervés au fond de nous même).

En début d'après-midi, nous coupons dans le bush par une gravel road pour retrouver la vallée de la Tyenna dans sa partie supérieure. Benji a déjà pêché cette section et prévoit une pêche en sèche façon eaux rapides, avec des poissons de taille moyenne.

A notre arrivée sur les lieux, les gros bourgeonnements nuageux produit par la chaleur lourde matinale font baisser la luminosité et l'on s'active avant l'orage :

Après une première truite trompée par une Adams à ailes des plus classiques, nous galérons rapidement en sèche, enchaînant les refus, jusqu'au moment où l'idée me vient de nouer une panorpe qui débloquera totalement la situation. Après plus amples renseignements pris auprès de Monsieur Christian Guimonnet - oui car je monte souvent des mouches en écoutant naïvement (bêtement ?) les conseils de ceux en qui j'ai confiance - il s'agit d'un petit mécoptère, que l'on peut aisément rencontrer dans les orties au bord des rivières à truites (il ne m'en voudra pas si je précise que le ton employé au moment de la petite explication suggérait que nous étions d'authentiques branleurs si nous n'en avions jamais observés auparavant, fin de la parenthèse).  Bref, toujours est-il que c'est la mouche à avoir aujourd'hui, Dieu sait pour quelle raison, serait-ce parce qu'elle passerait presque pour une imitation générique de terrestre dont raffolent les truites locales ?

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Tyenna river
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truite tyenna
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Benji le néo-nympheur en action. Le mec qui se la jouait puriste avant son départ, rechignant toujours de pêcher sous l'eau, ne supporte désormais plus tellement de passer devant une veine marquée sans balancer un coup d'enclumes, un véritable scandale :

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Tyenna river
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Après une nouvelle nuitée dans notre désormais fétiche campement en bord de Tyenna, nous planifions une traversée de l'île en vue d'explorer les rivières du Nord, théâtre des futurs championnats du monde de pêche à la mouche. Je parviens tout de même à négocier un dernier petit coup du matin rapide, juste histoire de vérifier que le relatif succès obtenu sur les gros poissons n'était pas qu'un heureux hasard.

Nous nous retrouvons donc sur les berges de la Tyenna aval et nous concentrons sur la recherche de beaux poissons sans peigner les courants au fil. On scrute les plats marqués en quête de nageoires ou de gobages.

Finalement, une retourne se présente et une grosse truite y effectue des gobages réguliers selon un circuit précis. La berge étant encombrée de bois morts, on choisit l'option arbalète en surplomb et après plusieurs refus en surface, le poisson succombera finalement sous l'eau à une Somaré sur h16 :

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Tyenna river
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Tyenna river
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La deuxième semaine du voyage étant déjà bien entamée, cap vers de nouveaux horizons au nord. Evidemment, j'ai oublié de préciser que nous consultions quotidiennement la météo à Central Plateau mais les prévisions restant désespérément maussades, nous avons préféré assurer le coup en rivière, et nous avons plutôt bien fait :)

A bientôt pour la suite du périple....

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Petite description du matériel utilisé :

Pour les lacs : la canne doit être capable de se charger rapidement et de lancer dans le vent. Nous avions donc des modèles rapides pour #6 (Sage TCX 9' #5 sous-évaluée niveau puissance et une JMC PURE 9' #6) couplés à des moulinets manuels.

Pour la rivière : nous sommes restés fidèles à des ensembles polyvalents 10' #4 (Marryat Tactical LX 10' #4 et Silerstone Blackbone 10' #3/4) permettant de passer de la nymphe à la sèche sans changer de canne. Pour se faire, Benji à utilisé un seul moulinet manuel (un Peux Speedline testé pour l'occasion) une soie Long Belly n°4 un bas de ligne à noeud dégressif standard auquel il rajoutait 10m de 18/100 fluo pour la pêche à l'espagnole. De mon côté, j'ai utilisé un vivarelli avec un kit Peux revival et deux bobines : la première garnie d'une soie 4 et l'autre d'une soie fine pour la pêche au fil.

A propos de l'auteur

Simon est né dans le département du Gers et a découvert la pêche à l'âge de 10 ans. Bien qu'initialement éloigné des rivières pyrénéennes qui lui sont chères…