Comment choisir sa canne de pêche en mouche sèche / nymphe à vue ?

canne pêche en sèche

Lorsqu'on pêche en sèche, la canne est très sollicitée dans la mesure où elle va transmettre l'énergie impulsée à la soie par l'intermédiaire du bras, dans le but de propulser une artificielle sans lest. Contrairement à la nymphe au fil moderne où la canne ne plie pas véritablement au lancer (seul le scion travaille lors du coup de poignet unique), en sèche, la canne "se charge" sur environ un tiers de sa longueur, sous la traction exercée par la soie en l'air. L'adéquation de la puissance de la canne avec la soie choisie est donc primordiale, tout comme ses caractéristiques techniques avec les conditions de pêche rencontrées. Voici les 4 caractéristiques fondamentales d'une canne sèche :

  • longueur
  • puissance
  • action 
  • réactivité (abordée dans le paragraphe sur la polyvalence)
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L'importance de l'adéquation canne/soie/bas de ligne

Beaucoup de choses ont été écrites sur la longueur optimale de la canne et du bas de ligne de pêche en sèche façon "eaux rapides" (rivières petites à moyennes). Afin de guider au mieux les choix à faire (y compris ceux du débutant), il faut d'abord comprendre le but à atteindre : faire dériver sa mouche sèche sans dragage quelle que soit la configuration du poste. Pour parvenir à réduire le dragage dans un contexte "rivière caillouteuse rapide", deux approches principales existent : 

L'école "canne courte/soie standard/bas de ligne long"

Elle consiste à utiliser une canne relativement courte, de 7'6 à 9', une soie standard adaptée à la puissance de l'outil et surtout un bas de ligne assez long (longueur supérieure ou égale à 2 longueurs de canne pointe comprise). Dans ce cas, on prévient le dragage par des posés techniques (détendus, courbes...etc). La distance de pêche est de l'ordre d'une dizaine de mètres. La pêche italienne TLT représente la version jusqu'au-boutiste de cette approche (voir l'article ici).

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pêche tlt
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Canne courte, bdl long et posés technique, voici le principe général de l'approche 1 (@Malik Mazbouri)
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L'école "canne longue/soie fine/bas de ligne court"

Dans ce cas, la canne est relativement longue (9'6 ou plus), la soie fine voire très fine (synthétique ou le plus souvent une naturelle parallèle de numéro inférieur ou égal à 3) et le bas de ligne plutôt court (1 à 1.5 fois la longueur de la canne pointe comprise). La prévention du dragage consiste alors à pêcher canne haute, de façon à soustraire au maximum la bannière de la surface de l'eau. La distance de pêche n'excède pas 5/6m. La soie fine étant légère, elle ne redescend pas dans les anneaux en action de pêche. Cette façon de procéder est très répandue dans le sud de la France et en particulier dans les Pyrénées.

Bien sûr, des approches intermédiaires sont possibles entre ces deux extrêmes, à vous de trouver votre propre style !

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pêche sèche
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Notre auteur Lionel dans le pur style pyrénéen : canne longue tenue haute, soie naturelle et bdl court !
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LA LONGUEUR de la canne

La longueur de la canne sèche dépend essentiellement du type de milieu pratiqué, car l'environnement conditionne la distance de pêche et l'encombrement des berges. Distinguons schématiquement :

La pêche en ruisseau et torrent

Dans ce type de milieu, les turbulences sont souvent importantes et les vitesses de courant des veines adjacentes très variables. Ainsi, le risque de dragage y est particulièrement important. Les approches 1 et 2 décrites au paragraphe précédent permettent toutes deux, chacune à leur manière, de limiter ce risque. Ainsi, on peut opter pour :

  • L'approche 1 : dans ce cas, selon votre degré de savoir faire technique (plus la canne est courte et plus il faudra maîtriser les posés courbe !), la canne mesurera de 7'6 à 9'. Le standard étant 8'6.
  • L'approche 2 : pour soustraire un maximum de longueur de bas de ligne à l'emprise du courant, une canne plus longue de 9'6 à 11' est mieux adaptée. Ce cas de figure est à privilégier lorsqu'on débute et lorsqu'il est possible de s'approcher assez près des postes pêchés : en effet, il est plus facile de pêcher en sèche "sous la canne" que de maîtriser des posés techniques lointains !

L'encombrement de la rivière est également à prendre en considération : dans les milieux très touffus, lorsqu'on dispose d'un tunnel de végétation pour lancer par exemple, il est logique de choisir une canne courte, de façon à ne pas toucher trop souvent la ripisylve lors des faux lancers. On optera alors pour un modèle 6' à 8' en suivant le principe général de l'approche 1.

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pêche sèche
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Rivière branchue au profil assez plat : une 8'6 et des posés courbes sont bien indiqués !
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La pêche en rivière moyenne à grande

Dans les milieux plus vastes, la distance de pêche augmente et l'encombrement des berges n'est plus un problème car on évolue souvent dans le lit de la rivière. On sera régulièrement amenés à pêcher à une dizaine de mètres, voire plus. Ainsi, on choisira une canne de 8'6 à 10' et une soie adaptée à la puissance de la canne. A titre indicatif :

  • la longueur 8'6 est plébiscitée pour certains pratiquants pour sa maniabilité et sa rapidité d'exécution,
  • la 9' représente la longueur standard dans cette approche,
  • les longueurs supérieures sont parfois privilégiées par ceux qui pratiquent en très grands milieux, où le bras de levier important facilite la réalisation de longues dérives (meilleur replacement de la soie ou pêche aval par exemple).
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canne pêche sèche
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Dans les pêches en sèche en rivières moyennes à grandes, 9' est la longueur standard
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La place de la polyvalence :

Dès que le désir de pêcher en alternance (mouche sèche et nymphe au fil) se fait sentir, il faut considérer l'importance relative accordée à chaque approche. En effet, les caractéristiques des cannes spécifiques "sèche" et "nymphe au fil" sont assez antinomiques notamment au niveau de la longueur :

Pour la nymphe au fil, plus la canne est longue, meilleure sera la conduite de ligne. Par contre, augmenter la longueur de l'outil lui fait perdre en réactivité et donc en capacité de pêche en sèche (voir la mesure du CCF de notre protocole). Ainsi, il faudra encore une fois trouver un compromis à ce niveau et choisir une longueur "légèrement" supérieure si l'on envisage de pratiquer l'alternance sèche/nymphe au fil en lieu et place de la sèche pure.

Par exemple, une pêche classique en sèche en rivière moyenne avec des truites moyennes vous aurait sans doute fait opter pour une 9' #4. Dans ce même cadre, un désir d'alterner sèche et nymphe au fil fera plutôt choisir une 10' #3/4 ou #4.

Hors cas des pêches purement "sous la canne" en torrent, attention à ne pas dépasser 10'5 ou 10'6 si l'on veut conserver un bon agrément de pêche en sèche.

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LA PUISSANCE

Mesurée par l'Effective Rod Number (ERN) dans notre protocole de test, la puissance réelle d'une canne à mouche (parfois différente de la puissance annoncée par le constructeur) conditionne le numéro de soie à choisir pour lancer de façon optimale. Le choix de la puissance est une affaire de compromis. Il faudra prendre en considération :

La taille des poissons pêchés

Très logiquement, plus les poissons convoités sont gros, plus la canne doit être puissante pour les contenir lors des combats. Inversement, pour des truites de taille modeste, en montagne par exemple, une canne trop puissante ne présente pas d'intérêt et se révèle même handicapante car inconfortable et inadaptée à la propulsion de soies fines.

Pour illustrer le propos, disons que pour pêcher des truites de moins de 40cm en moyenne, des cannes de puissances inférieures au égales à #4 conviennent le mieux. Pour les truites des grandes rivières françaises par exemple (dans lesquelles les gros poissons de 50cm ne sont pas anecdotiques), une #5 convient parfaitement. Celui qui cible les spécimens du calibre supérieur pourra opter pour une #5/6 voire une #6.

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pêche mouche
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Pour des poissons de ce calibre, une canne de puissance supérieure ou égale à #4 est préférable
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Le degré de discrétion dans la présentation

Le degré de discrétion au poser et à l'arracher est imposé par les poissons et les conditions de pêche. Des pêches de plat et d'eaux plutôt lentes visant des poissons très sollicités conduisent à minimiser la masse de la soie utilisée et donc la puissance de la canne qui servira à la lancer (une soie de numéro inférieur est plus légère donc plus discrète quand elle atterrit à la surface). Pour des truites de tailles standard dans ces conditions extrêmes, une canne de puissance #3/4 ou #4 est adaptée. A défaut, par exemple si des gros poissons ou du vent imposent des puissances supérieures, il faudra augmenter la longueur du bas de ligne si l'on souhaite conserver une discrétion suffisante.

La présence de vent

Plus le vent perturbe les lancers, plus une soie lourde est nécessaire. Une soie lourde possédant une inertie supérieure durant son trajet aérien, elle permet de meilleurs lancers quand Eole souffle fort. On choisira donc un numéro de soie relativement important pour tous les parcours notoirement ventés, par exemple en lacs de montagne, dans certaines vallées...etc. Une astuce consiste à rajouter 1 numéro de soie par rapport à ce que les autres paramètres préconiseraient en théorie. Ex : pour des pêches standard en sèche en ruisseau de plateau, le milieu et la taille des poissons préconiseraient en théorie une #3 mais si le vent balaye souvent la zone, une puissance #4 voire une #5 se justifient !

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pêche sèche
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Pour les présentations discrètes en eau lente, une canne de puissance inférieure ou égale à #4 est préférable
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L'ACTION

Le type d'action des cannes à mouche est mesurée grâce à l'Action Angle de notre protocole de test. On rencontre généralement 3 types d’action pour les cannes mouche :

  • Si la flexion s’exerce sur toute la longueur, l’action est considérée lente (Slow en anglais).

  • Si la flexion s’exerce principalement sur la moitié supérieure de la canne, l’action est considérée comme modérée (Moderate en anglais).

  • Si la flexion s’exerce principalement dans le tiers supérieur, l’action est considérée comme rapide (Fast en anglais).

Globalement, plus une canne est rapide, plus elle sera directionnelle et en mesure de serrer la boucle de soie pour, par exemple, poser la mouche sous des frondaisons ou la faire atterrir en premier sur l'eau (principe du lancer linéaire). Ces cannes possèdent également une bonne aptitude à se charger avec peu de faux lancers (lorsque la soie utilisée est en adéquation avec la puissance réelle de la canne évidemment) et sont les plus utiles en présence de vent violent.

Inversement, plus une canne est modérée, plus elle sera lente à mettre en oeuvre mais plus ses présentations seront délicates et discrètes. Elle se montrera également plus efficace pour certains lancers, roulés en particulier. De plus, à la faveur d'un point dur très bas dans la courbure du blank, ces modèles présentent une tenue de poisson excellente, et sont particulièrement nécessaires lorsqu'il faut pêcher de beaux poissons avec des pointes relativement fines (ex : pêche des truites de plus de 40cm en nymphe à vue à l'étiage avec une pointe en 10/100).

De leurs côtés, les actions fast se révèlent beaucoup plus autoritaires (meilleure aptitude à brider les poissons) et plutôt destinées aux pêches avec des pointes de diamètres standard à importants (plus de 12/100).

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Eric Lelouvier est un adepte des actions moderate fast pour leur capacité à combattre de gros poissons sur des fils fins !
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Quid de la nymphe à vue ?

Les préconisations dans le choix des cannes de pêche en sèche et en nymphe à vue sont quasiment identiques, le principe de ces deux déclinaisons de la mouche étant le même : propulser grâce à l'inertie de la soie une artificielle sans lest ou très faiblement lestée. Quelques différences surviennent lorsqu'on utilise des nymphes assez lestées qui possèdent une inertie importante durant leur trajet aérien, et nécessitent des soies plutôt lourdes. Ainsi, il faudra adapter la puissance de la canne choisie, de façon à obtenir un ensemble puissance de canne / masse de nymphe homogène. Pour illustrer le propos, disons qu'une canne de puissance supérieure ou égale à #4 permettra de lancer des nymphes "lourdes" de pêche à vue, de masse supérieure à 0.10 gr environ.

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canne pêche en sèche
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En résumé et à titre indicatif, voici l'avis de la rédaction (les puissances mentionnées sont les puissances réelles calculées par notre protocole) pour les principales situations rencontrées en France :

Celui qui veut une canne sèche à tout faire : 9' #4

Celui qui veut une canne "eaux rapides" école 1 : 8' ou 8'6 #4

Celui qui veut une canne "eaux rapides" école 2 : 9'6 ou 10' #3 

Celui qui veut une canne polyvalente sèche/nymphe au fil : 10' #3/4 ou #4

Celui qui veut une canne sèche "ruisseaux branchus" : 6' à 7'6 soie 3 ou 4

Celui qui veut une canne "grosse truite en grande rivière française" : 9' #5

Celui qui veut une canne "grosse truite à l'étranger" : 9' #6

Celui qui veut une canne de voyage polyvalente sèche/nymphe au fil : 10' #5

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Dans les milieux ventés, attention à ne pas choisir une puissance trop faible !
Pêcheur.com

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