Enjeux économiques VS santé des rivières

Rivière Ardèche

Discussion vieille comme le monde sur un sujet qui divise plus que jamais : les barrages sont pour les pêcheurs des ouvrages qui emmènent un grand nombre de problèmes, plus spécialement sur la faune aquatique. Même si la relation de cause à effet parait évidente, est ce que ce ne sont pas plutôt l'amplitude et la fréquence des éclusés qui sont le véritable problème des barrages hydroélectriques. Tous ne seraient pas forcément problématiques (exemple : un grand barrage de stockage pour l’irrigation = gros impacts sur le milieu mais pas d’éclusés à l’aval). Un barrage est un obstacle à la migration, entre autres, de certaines espèces de poissons, des apports d'alluvions , des galets, et au sens large, une atteinte à la vie de la rivière . Mais je pense qu’un barrage ayant une fréquence de lâchers minime (pas plus d’une fois par jour voire moins), une hauteur de marnage limitée et surtout un temps de retrait et de descente du niveau de l'eau très long limiterait à bien des égards toutes les catastrophes auxquelles on assiste depuis bien trop longtemps .

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Je vais prendre un exemple que je connais bien et qui concerne la rivière Ardèche. J’ai pu pêcher cette rivière avant la construction du barrage de Pont de Veyrières en 1986 et bien sur, après. Cette rivière était un vrai bijou même si j’ai mis longtemps à m'en rendre compte. Et oui, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Rien à dire avant que le barrage ne soit construit même si des égouts sortaient un peu partout comme dans toute la France à cette époque. De gros efforts ont été faits dans ce domaine et beaucoup de communes sont maintenant équipées. Puis pendant les premières années, tout n’était pas aussi noir que j’aurais pu l’imaginer mis à part quelques lâchers qui arrivent souvent quand on veut aller pêcher évidemment. Les lâchers justement n’étaient pas extrêmement fréquents et la faune sauvage a eu durant les premières années le temps de s'adapter à cette nouvelle situation. Mais la pseudo-joie a été de courte durée. Pour faire bref, les années passant, la rivière est devenue d’une tristesse sans nom. Les populations ont chuté de façon dramatique et je ne parle pas que des truites. On ne trouve presque plus de barbeaux et autres gros chevesnes que l’on prenait plaisir à leurrer avant le coup du soir et sur lesquels j’ai fait mes premières armes.  Mais qu’est ce qui a changé ?

Et bien ce qui a changé, ce sont la fréquence et surtout les hauteurs d’eau de ces lâchers d'eau. Ces montées et descentes d'eau subites ne laissent aucune chance à toute la petite faune qui, une fois rassemblée au bord, reste coincée et devient une proie de choix pour divers prédateurs et ça ne concerne encore une fois pas seulement les poissons. Beaucoup de zones se trouvent déconnectées trop rapidement et deviennent mortelles pour un grand nombre de poissons et invertébrés. Heureusement que cette rivière a encore des crues assez fortes et puissantes (malheureusement de moins en moins fréquentes) mais malgré cela, on peut voir de grandes portions de rivière qui passent sur la roche mère. Circulation des matériaux bloquée .

On a besoin d’électricité et les barrages sont encore considérés comme une énergie « propre » par une grande majorité de gens mais je reste persuadé qu’une prise en compte de ces temps de montée et de retrait du niveau d’eau serait un gros pas en avant. C’est d’ailleurs le cas dans certaines rivières notamment sur la Dordogne (cf. Défi éclusés) – le plus gros danger étant avant tout la vitesse de retrait de l’eau après une éclusé. Ces temps rallongés laisseraient à un grand nombre d invertébrés et poissons une fenêtre suffisante pour ressentir les changements de niveaux et ainsi regagner des zones de rivière où ils seraient protégés d'une mort certaine.

Mais les intérêts économiques sont devenus tels que les demandes ne vont que dans un sens et il est très difficile d’être entendu, je devrais même dire impossible. Les producteurs d’hydroélectricité sont désormais « branchés à la bourse ». Ils adaptent donc leur production, heure par heure, pour optimiser la rentabilité. Cela a pour conséquence d’augmenter l’effet « yoyo » sur les rivières aménagées. Par exemple, depuis les années 2005, on assiste à des éclusés dites énergétiques sur le Rhône (qui est pourtant censé produire au fil de l’eau), alors que ça n’était jamais le cas avant, lorsque le prix de rachat de leur électricité était constant… Par ailleurs aucune réflexion n est menée localement avec EDF et c'est pourtant ce qui devrait être fait. C’est par ce biais que dans certains départements, les choses ont évolué .

Je finirai par une nouvelle qui selon moi, ne va pas aller dans le bon sens non plus. En effet, pressée par la Commission Européenne depuis deux mandats, la France est sommée d’ouvrir à la concurrence la gestion de ses barrages. Si des entreprises privées rentrent en possession de certains d'entre eux (c’est déjà le cas dans pas mal d’endroits mais pour l’instant, les gros ouvrages sont gérés très majoritairement par EDF, SHEM et CNR), il ne sera plus la peine de songer préserver l'aval de ces ouvrages... L’intêrét économique va régler la vie de la rivière à un niveau directement proportionnel à celui de la rentabilité. Même avec beaucoup d’optimisme, l’avenir des cours d'eau est arrivé à un point critique et je tiens par le biais de ce papier à féliciter toutes celles et ceux qui oeuvrent encore et toujours pour nos belles rivières....

Pas de grève pour les torpilles

truite fario

La traque des truites est souvent déroutante. Des tas de paramètres entrent en jeux. Certains me dépassent totalement. Mais il y a une chose dont je suis convaincu, c’est qu’il faut passer de longs moments au bord de l’eau. Ça tombe bien, c’est ce que j’aime!

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En ce jeudi 22 mars 2018 nous avons avec Nicolas un jour de relâche en commun. Il est en congés et moi je vais pouvoir profiter pleinement du mouvement de grève national. J’en profite pour remercier la CGT pour tous ces fabuleux moments passés au bord de l’eau. Le combat continue, ne lâchez rien. Il est tombé une bonne couche de neige dès 400 m en début de semaine. Celle-ci est entrain de fondre aux altitudes les plus basses. Les eaux sont glaciales et limpides sur tous les cours d’eau que nous avons l’habitude de fréquenter. Nous jetons notre dévolu sur un secteur abrité du vent. J’oubliais de mentionner au tableau des réjouissances que Éole souffle en plaine jusqu’à 110 km/h en rafales…

Nous insistons sur les secteurs ensoleillés et calmes. Mais comme nous le craignions, les mouchetées semblent absentes, la rivière vide... Nous enregistrons seulement deux attaques très timorées alors que le soleil est au zénith. L’après-midi est maintenant bien avancée. Il est 16 heures quand nous attaquons le dernier poste de la journée. Nos orteils sont cryogénisés, des gerçures apparaissent sur les doigts... Malgré la bonne humeur ambiante, il est temps de rentrer. Nous effectuons donc nos derniers lancés.

Mon poisson nageur coulant est déposé dans un secteur calme en bordure du courant principal. Le fond est propre alors je le fais doucement tressauter sur les graviers en le récupérant lentement. Un toc se fait sentir dans la canne. Le ferrage est instantané. Ce qui est au bout de la ligne est très lourd et ne bouge pas de la zone où a eu lieu l’attaque, c’est-à-dire à moins de 4 mètres de moi. Nicolas s’est rapidement porté à mes côtés. Il a vite compris qu’il s’agissait d’une très grosse truite. Nous voulons la voir alors je pompe un peu sur la canne pour essayer de la décoller du fond. Après quelques instants elle monte vers la surface pour nous laisser admirer sa robe et ses incroyables mensurations. Nous sommes sans voix. Puis la fario nous ramène rapidement à la réalité d’un énorme rush en regagnant le fond et en dévalant sur 40 mètres… Quelle puissance ! Notre adversaire est déterminé à se battre. Il se stabilise en aval de notre position, sous le flux principal. La lutte est acharnée. Les minutes s’écoulent et le poisson commence à se décaler durant les tractions. Lors d’une ultime tentative, il essaye de gagner un escarpement rocheux en berge opposée. La casse est évitée de justesse en le maintenant en surface. Il est difficile de ramener à nous une truite qui connaît chaque cache, chaque piège de la rivière et qui sait parfaitement s’aider du courant soutenu à cet endroit. Après un combat de tous les instants, Nicolas arrive finalement à saisir ce beau mâle.

S’en suivent une série de hurlements primaires ayant apeuré les hôtes de la vallée, y compris les créatures les plus sauvages. Nous retrouvons notre calme et prenons plaisir à contempler ce beau bécard. Ce redoutable guerrier regagne sa liberté après une rapide séance photos.

La sortie, qui s’annonçait comme être un capot retentissant, restera longtemps gravée dans nos mémoires. Pourquoi ce poisson là, si imposant, s’est-il attaqué à mon leurre alors que l’activité était jusqu’alors quasiment nulle ? Cela reste pour moi un mystère, comme il y en a de nombreux à la pêche…

 

Nous sommes, dans les médias spécialisés, submergés de photos de poissons magnifiques tous plus gros les uns que les autres. Mais, il faut garder à l’esprit que ces prises sont rares et qu’elles doivent être appréciées à leur juste valeur, comme des moments de réussite et de bonheur singuliers. Et si cette sortie a été sauvée in extremis, ce n’est malheureusement pas la règle. Savourons simplement cet instant en espérant qu’il se renouvelle.

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truite fario

Le paradis blanc des Hautes-Alpes

Pêche Alpes

"Où les manchots s’amusent dès le soleil levant…"

Chaque année l'ouverture de la truite, comme la fermeture, est pour bon nombre de passionnés un moment à ne pas rater. C'est enfin l'occasion de fouler à nouveau les berges des rivières de 1ère catégorie. Ce n’est pas forcément la meilleure période pour déjouer dame Fario mais elle permet de relancer une saison au bord de l’eau, d’entrevoir le début du printemps et le réveil de la nature après l’intermède hivernal. Toutes les stratégies peuvent être envisagées, que ce soit sur des secteurs finement étudiés voire définis au préalable pour optimiser au maximum les résultats, ou tout simplement pour le plaisir de partager cet évènement entre amis ou en famille.

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C’est ainsi que cette année, autour d’une discussion sur les différentes options envisageables pour lancer la saison, nous avions évoqué le fait de délaisser nos rivières de Haute Savoie pour découvrir les Alpes du Sud et plus particulièrement les Hautes Alpes - pays d’adoption de Simon le Réac’ Chef de Truites&Cie qui m’avait tant vanté le potentiel halieutique de cette vallée.
Les prévisions météorologiques catastrophiques annoncées en Haute-Savoie couplées à l’épais manteau neigeux de nos montagnes ne nous laissaient rien présager de bon hormis la perspective d’une eau de fonte, très froide et haute, annihilant tout espoir de croiser une écaille.
Il n’en fallait pas plus pour nous motiver à explorer de nouveaux horizons. Je vais essayer de vous relater plus ou moins fidèlement, sans prétention, ce petit séjour passé aux portes de la cité Vauban.

C’est en milieu d’après-midi en cette veille d’ouverture que, Sylvain, Jacky et moi quittons notre département du 74, pour trois jours, en direction de Briançon. Nous retrouvons là-bas, une bonne poignée d’heures plus tard, les expérimentés locaux Simon, Jean-Michel et Quentin ainsi que Guillaume, qui a délaissé le sud-est de l’Isère pour se joindre au groupe. Au cours d’un bon repas, les spécialistes du coin nous détaillent les différentes possibilités de parcours, le type de rivières, l’état des niveaux… bref tout à l’air en place, seule la météo est incertaine - les conditions clémentes annoncées plus tôt dans la semaine, ont été progressivement remplacées par de la pluie, beaucoup de pluie…vu le stock de neige présent ici sur les hauteurs, si la fonte démarre, alors rapidement plus rien ne sera pêchable - Nous terminons cette sympathique soirée, en composant les différentes équipes du lendemain, autour d’un assortiment de petites douceurs aux notes fruitées…

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Pêche Hautes Alpes
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Visiblement le réac’ chef a apprécié la touche sucrée de ce breuvage !
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Jour J – Découverte de la vallée de La Clarée & de la Durance.

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Pêche Clarée
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La jolie Clarée dans son écrin de neige
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5H – Le réveil sonne ! Nous sommes rapidement prêts – après une bonne nuit, enfin presque, bercée par un ‘léger ronflement’ alentour… l’impatience sans doute - pour découvrir la rivière Clarée. Jean-Michel et Guillaume nous récupèrent, un dernier point météo qui n’est pas rassurant – veste de pluie obligatoire -, c’est parti. Simon et Quentin, en bons locaux, nous ont laissé les meilleurs postes et ils sont partis explorer quelques zones, habituellement délicates en début de saison, afin d’y prendre la température pour les prochains jours. Sur le trajet, plus nous roulons, plus la neige est dense sur les reliefs. Notre guide du jour Jean-Mi nous largue, Jacky et Moi, sur une portion en nous briefant rapidement. Nous voilà au cœur de la vallée, le jour peine à se lever, encerclés par une épaisse couche de neige immaculée. On devine là où nous devons aller mais on ne voit pas encore la Clarée, qui coule ici à plus de 1500m d’altitude (elle prend sa source à Névache à plus de 2400m). Notre marche pour atteindre la rive, est émaillée de quelques glissades non contrôlées ! Quand on aperçoit enfin la rivière, on se retrouve juché un bon mètre au-dessus de l’eau…

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Pêche Clarée
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Eau extrêmement froide = truite peu encline à se déplacer
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Pendant notre mise en place, la neige commence son festival – à ce moment on trouve cela magique une ouverture sous la neige -, nous attendons l’heure légale, les cannes sont montées, la rivière est à son étiage hivernal, très basse et claire. Nous attaquerons aux appâts naturels, Jacky à la teigne, tandis que je choisirai des petits vers de terreau. Vu la faible largeur de la rivière et la clarté des eaux, nous choisissons de pêcher à tour de rôle. Certes ce n’est pas ce qui nous permettra d’avoir le meilleur rendement, mais c’est toujours plus convivial et instructif d’observer et d’échanger avec son partenaire. Jacky attaque les premiers coups pendant que je prends la température de l’eau : 3,5 degrés…

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Nous ne sommes plus du tout confiants avec une eau aussi froide, il va falloir pêcher très lentement les zones neutres en bordure de courant, les calmes des amortis et autres veines au couple lent et profond. Nous partons du principe que les poissons ne doivent pas être très actifs à cette température et que la vitesse et la hauteur de présentation seront importantes. C’est sur un poste marqué au courant ralenti, que Jacky prendra la première truite de la saison au bout d’une grosse demi-heure de pêche. Une superbe truite qui nous comble par sa beauté.

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Pêche Alpes
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Premier poisson de la saison, une saveur toujours particulière
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Nous continuons notre lente et méthodique prospection sous une neige qui tombe de plus en plus abondamment. Seulement, après un peu plus d’une heure et demie, quelques touches manquées ou décrochées, la pêche se complique nettement. A force d’insister, sur la veine molle d’un petit bras de rivière attenant, Jacky rajoutera un autre joli poisson. Sur une rivière d’altitude voir des poissons de ce calibre, c’est quand même génial. C’est mon tour quand nous tombons sur le poste idéal de début de saison, une grande veine laminaire, peu rapide et relativement profonde. J’ai beau m’appliquer à faire de belle dérive, changer d’approche, de tension de ligne, d’angle, de profondeur… rien n’y fait, pas une touche. Je cède ma place à Jacky pour qu’il essaye avec sa teigne. Son lancer est raté à cause de la neige dans les anneaux, malgré cela la touche est immédiate… un petit poisson, puis un autre joli décroché… au final plusieurs poissons sont pris sur cette zone alors que le ver ne déclenche aucune attaque.

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Fario Clarée
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Un coup de fil à l’autre groupe, situé plus bas sur la rivière, tout en constatant avec Jacky que la teigne s’avère aujourd’hui être la solution. Constat partagé avec Sylvain qui comme moi avait commencé au toc avec des vers, alors que son binôme Guillaume pêchait à la mouche avec une nymphe : résultat sur le premier poste qu’ils ont prospectés 7 poissons à la nymphe contre 0 pour le ver. Dès l’instant où Sylvain a monté une nymphe, il a quasi immédiatement touché un poisson derrière… il a donc fait le choix de poser sa canne au toc dans la voiture pour finir le parcours avec une canne à mouche pour deux, alternant avec Jean-Michel.

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Pêche Clarée
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Pêche Alpes
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La nymphe choix gagnant !
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Nous sommes déjà aux trois quarts de notre secteur, suite à cette conversation, changement de stratégie pour ma part - même si l’option ‘teigne’ était surement la plus simple et efficace à appliquer – je choisis d’essayer en nymphe au fil avec une canne toc. Les premières dérives et surtout les premiers lancers ne sont pas bons, les gros flocons qui tombent ne facilite pas mon affaire, mais au bout de quelques réglages notamment en termes de poids de nymphe, ça ne pêche pas si mal. Au bout de quelques adaptations, notamment dans les dérives – où la difficulté majeure est de ne pas brider la nymphe pour qu’elle passe le plus naturellement possible - je prends enfin quelques poissons. La plus belle action restera cette jolie truite postée que je toucherai à vue, dans une petite veine, qui se décrochera derrière mais le coup de ligne était sympa... Nous n’avons quasiment plus de postes à pêcher sur le haut de notre parcours et avançons rapidement afin de rallier le point de rendez-vous. C’est sur une petite portion de courant calme que cette belle zébrée, la dernière de notre tronçon, a capté ma nymphe.

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Fario Clarée
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Jolies zébrures de la Clarée
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Fario Clarée
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Il est autour de 11h30 quand nous retrouvons tout le monde – inutile de vous préciser que le soleil ne nous a toujours pas salué, à contrario de la neige ! - Chacun a touché son lot de poissons, tous pris à la nymphe, seul Jacky a réussi avec brio aux appâts naturels, uniquement à la teigne. Nous restons un peu tous ensemble et tel une bande de collégiens les vannes pleuvent autant que les flocons, c’est dire… une bonne partie de rigolade. Je me retrouve sur un petit bout de linéaire avec Guillaume qui me laisse sa canne à mouche. Même si j’ai déjà un peu "pêchouillé" en nymphe au fil, je suis vraiment un débutant et grâce à ses conseils notamment sur le choix important des nymphes, je ferre une charmante petite demoiselle.

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Sur les coups de midi, les chutes de neige cessent enfin. Simon et Quentin ont dû pas mal bouger pour faire des poissons, en nymphe également, et nous informent que la Durance sera certainement pêchable. Nous partons donc en direction de cette grande rivière, dans l’espoir de décider un gros poisson. Sur la route, arrêt au stand de ravitaillement obligatoire - pour certains dont je tairais les noms (la peur sans doute), un repas ne se saute pas… - C’est au bord de l’eau que nous partagerons un convivial casse-croute. Les autochtones ne sont malgré tout pas très rassurés, il ne neige plus mais le fait de pêcher ‘la Dudu’ avec ces conditions - c'est-à-dire une eau un peu teintée - n’annonce rien de bon halieutiquement parlant. On décide néanmoins de tenter le coup. Ce sera aux leurres, sur une pêche aval, pour Sylvain et moi, tandis que Guillaume s’occupera de l’amont, seul à la mouche. Jean-Michel emmènera Jacky sur une zone plus propice pour le toc, alors que Simon et son fidèle équipier Quentin prospecteront quelques bordures où pourrait avoir lieu une éclosion. Pas de suspense, personne n’aura LA touche espérée – à part Jacky qui, par respect pour le groupe, l’a consciencieusement manqué. Malgré la diversité et la beauté des postes visités, la capricieuse Durance ne nous a pas révélé ses trésors. La neige intermittente additionnée à un petit vent frais a eu raison de nous. C’est dans un petit café rustique du coin que nous terminons cette première journée, sirotant un verre, devant le fameux ‘crunch’ France/Angleterre – journée encore plus agréable quand le XV de France bat, non sans mal, nos voisins anglo-saxons – Jean-Michel doit bosser le lendemain nous laisser après avoir partagé cette journée et nous avoir gentiment guidé sur ces terres.

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J+1 – Découverte de la vallée de la Guisane & retour sur la Haute Durance.

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Pêche Alpes
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Le Réac’Chef en action…
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En ce deuxième jour, seul Jean-Michel manquera à l’appel, la météo annonce encore plus de pluie que prévue... Simon, Sylvain, Jacky et Guillaume retournent sur la Clarée, quant à Quentin et moi, on part sur la Guisane – affluent de la Durance, prenant sa source au col du Lautaret - où la veille, avec Simon ils ont touché quelques poissons en peu de temps.

Après avoir récupéré une canne à mouche – pour l’aspect plus pratique et rapide en action qu’une canne au toc sur des petites rivières -, nous voilà en chemin avec Quentin que je ne connaissais pas deux jours avant. Il m’explique rapidement le secteur que nous allons faire, me conseille sur le montage et le choix des mouches le plus efficace sur ce parcours. La pluie annoncée est en réalité de la neige, pour changer de la veille, ça tombe pas mal…

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Pêche Guisane
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La Guisane, sous la neige
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Ce garçon discret au premier abord, est un pur produit local, il connait sa région et les rivières comme sa poche. Doté d’une grande expérience de la pêche à la mouche, malgré son jeune âge c’est un compétiteur confirmé que je regarde pêcher avec plaisir. Les premiers postes de cette rivière au profil étroit et rapide ne livrent pas les poissons escomptés. La prise de température est ici à 3 degrés, mais ce qui gêne surtout mon acolyte, c’est que l’eau soit un peu teintée. Il faut se rendre à l’évidence, après pas mal de jolis postes peignés, les poissons ne sont pas actifs. Au bout d’une heure trente seule une petite nerveuse aura daigné se pendre sur ma nymphe.

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fario alpes
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Changement de plan, pendant notre déplacement la neige redouble, on appelle les copains pour savoir s’ils s’amusent de leur côté. Ce n’est pas fameux non plus, les poissons se sont montrés un peu plus actifs au lever du jour, permettant d’assurer quelques prises. La tendance est néanmoins largement à la baisse depuis la dernière demi-heure. Nous attaquons une autre zone sur la Guisane, la pêche n’est pas évidente avec cette météo complètement folle mais nous continuons inlassablement à faire danser nos nymphes. Nous sommes côte à côte sur une belle veine profonde, quand enfin une touche subtile, en milieu de dérive, vient rajouter un peu d’action. Une truite de belle taille finie, après un joli combat, dans mon épuisette.

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Fario Alpes
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Une belle demoiselle qui a cédée à la tentation de mon imitation
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fario alpes
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L’euphorie de cette prise, qui portait encore les stigmates de la fraie, est pourtant de courte durée quand nous apercevons un pêcheur un peu plus haut sur la zone convoitée par Quentin. Contraint de bouger à nouveau, l’accumulation maintenant importante de la neige sur la route ne nous permettra pas d’aller plus en amont. Nous essayerons un nouveau secteur sur le retour, en vain, après avoir tenu encore une bonne heure de plus sous la tempête. Nous trouvons refuge dans la voiture où le chauffage mettra un moment avant de nous redonner quelques couleurs. A l’extérieur ça se déchaine, posant en quelques minutes plusieurs centimètres supplémentaires de poudreuse ! Les collègues ont également jeté l’éponge et nous nous retrouvons tous, trempés comme des soupes, au restaurant. Quentin doit nous quitter, non pas par abandon mais étude oblige. La motivation revient à grand coup de plats chauds pour recharger les batteries, c’est repu que nous regagnons le blizzard briançonnais. Je m’attaque au No-Kill sur la Durance en plein centre-ville, à la mouche, avec Simon et Guillaume qui pêcheront plus en amont. Sylvain et Jacky essayeront l’aval immédiat, au toc. L’après-midi passera très vite, je ne suis pas le seul sur la zone et je n’aurai le droit de pêcher, au final, qu’une seule veine. Par chance une truite assez docile est venue se saisir de ma nymphe en bloquant nettement ma dérive, malgré tous mes efforts ce sera la seule touche.

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La suite ne sera qu’une tentative d’entrainement au poser précis de nymphes - c’est pas gagné -, vu le défilé de pêcheurs auquel j’ai assisté, ça ne servait à rien de courir. Simon lui aussi a peu pêché, je l’accompagne pour récupérer ‘les tocqueurs’ qui ont connu le même sort à cause de la Durance vraiment trop teintée par un de ses affluents. On essayera, sans réussite, plusieurs zones sur la Guisane et un hypothétique coup du soir sur la Clarée, où d’après notre spécialiste ça devait être le feu - pétard mouillé plutôt - seul l’excellent Jacky, encore à la teigne, arrivera à séduire une paire de truites.

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Pêche alpes
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Vous reprendrez bien un peu de neige ?
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Pêche alpes
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Le padawan sous les yeux avertis du maitre Scoda!
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Quant à Guillaume, il a arpenté les gorges de la Durance sur plusieurs kilomètres, seul à la mouche. C’est ravi de son périple que nous le retrouvons. Il s’est régalé, autant du lieu visité que de la beauté des truites qui y vivent.

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Pêche alpes
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L’art du camouflage d’un pêcheur de presque 2m…
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fario alpes
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Une beauté de la Haute Durance !
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Cette journée du dimanche se termine relativement tôt, malgré l’arrêt de chutes de neige. Direction notre cantine officielle le ‘Mamma Mia’ – ‘Here I go again ; My my, How can I resist you ?’ – où nous avons toujours été bien reçu, même en waders. Après un repas gargantuesque pour tous, le week-end touche à sa fin. Demain, nous ne serons plus que Jacky, Sylvain et moi. Simon, avec ses nouvelles – voire futures – responsabilités, doit reprendre le travail, tout comme Guillaume qui nous quittera après le repas.

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J+2 : Visite sur la Haute-Durance & la Clarée avant le retour

Le dernier jour, la météo devait enfin nous dévoiler un grand ciel bleu avec du soleil – il parait que ça arrive souvent ici, c’est d’ailleurs soi-disant une des villes les plus ensoleillée de France, on ne peut toutefois pas vous confirmer… -  Qu’elle ne fût pas notre surprise à l’ouverture des volets : une épaisse couche de neige a recouvert le paysage. Un petit déneigement de la voiture, de bon matin avec Jacky, ça réveille ! Nous partons sur les conseils de Guillaume faire le secteur où il a terminé la veille, sur la Haute Durance. Inutile de préciser que la neige nous accompagne, encore, pour ce début de matinée. Le secteur que nous pêchons est superbe mais peu productif et nous arrêtons assez vite. Je ferai le seul poisson de ce début de matinée, en nymphe au toc.

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Une jolie zébrée de la Durance qui regagne son poste
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farop alpes
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On terminera, sur le chemin du retour, par un dernier passage sur la Clarée. Les chasses neiges sont passés ici pendant la nuit, de véritables murs de neige nous empêchent de nous garer sur les secteurs souhaités. Nous laissons la voiture sur ce qui nous semble être un chemin, à moitié planté en bord de route pour une partie que nous ne connaissons pas. Je laisse Jacky et Sylvain et pars plus en amont. C’est parti pour plusieurs minutes de marche intense, en waders dans la neige fraîche afin d’approcher la rivière. Les nuages sont de plus en plus épars, sans dévoiler un grand soleil, le ciel se dégage petit à petit, au vu de la météo des premiers jours, ça fait du bien. J’arrive sur une veine profonde, idéale pour prendre la température : sans bouger de place plusieurs truites se laisseront séduire. Les poissons sont actifs et mordent plutôt bien à la nymphe au toc.

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La fin de matinée passe vite au gré des postes et de quelques truites supplémentaires. Je me permettrai même le luxe de perdre un splendide poisson (certainement le plus beau de ce séjour) en voulant l’extirper du tas de branches immergées dans lequel il était...

L’appel de Jacky stoppe mon avancée, Jacky et Sylvain ont terminé leur parcours. Ils ont vu quelques truites mais à part une belle touche manquée à la teigne, ils n’ont rien pris. Fin du bal, on décide de s’arrêter là et de quitter cette belle vallée. Nous partons aux alentours de 11H30 évitant, au sortir du chemin, de se faire couper la voiture en deux par un camion lancé. Après cette petite frayeur nous prenons – en toute sécurité - le chemin du retour sous un brouillard, de plus en plus dense, au fur et à mesure que nous arrivons sur Montgenèvre. Le temps de basculer en Italie et nous serons obligé de sortir les lunettes, grand soleil et ciel bleu…étrange sensation. Je vous rassure sitôt le tunnel de Fréjus traversé, une petite pluie nous accompagnera de la morne vallée de la Maurienne jusqu'à notre arrivée en Haute Savoie.

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fario alpes
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C’est sur ces quelques lignes, que se termine la découverte de cette charmante et quelque peu hostile vallée des Alpes du Sud. Hormis la météo aléatoire que nous avons subie – autant de neige reste cependant exceptionnel à cette saison d’après les locaux - nous sommes vraiment ravis d’avoir découvert cette belle destination des Hautes Alpes. Les poissons sont largement représentés sur la majorité des cours d’eaux que nous avons fréquentés et assez actifs malgré une eau glacée. C’est avec plaisir que nous reviendrons trainer dans les parages un peu plus tard dans la saison pour percevoir la vallée autrement, c'est-à-dire sous le soleil…enfin on espère…

Je vous dis à très bientôt au bord de l’eau,

Thierry

NOTA :  « Pour tous ceux qui seraient intéressés pour découvrir cette belle région et ses jolies truites méditerranéennes, n’hésitez pas à contacter Jean-Michel qui est guide de pêche et qui connait la vallée par coeur - https://www.guidepeche05.net/

Pour l’hébergement, nous avons été très bien accueillis à l’hôtel Cristol à Briançon- http://www.hotel-cristol-briancon.fr/ -  Le gérant des lieux est vraiment sympathique et a tout fait pour nous rendre le séjour agréable ! Le petit plus, c’est un pêcheur qui connait très bien la vallée… 

Pour la restauration, je vous conseille vivement un passage chez ‘MamaMia’ http://www.pizzeria-briancon.fr/. Sous ses airs de pizzeria à touristes, nous nous sommes régalés de la grande variété de plats avec un super rapport qualité/prix !»

Desindignez-vous !

Pêche truite

Dans toute édition de livres pour enfants de 3 à 6 ans, on trouve immanquablement de jolies historiettes ou interviennent de gentils animaux. Des ours avec des chemisettes à carreaux, des chiens fumant la pipe, des poissons en costumes et même des chats philosophes. Pour la plupart d'entre nous, bien avant l'age de 6 ans, nous savons bien que les animaux ne parlent pas et ne sont généralement pas affublés de tous ces artifices, ils sont compagnons de jeu pour les uns, sujets de passions pour d'autres. Il n'en reste pas moins que dans l'esprit de certains se calcifie à jamais une forme déplorable d'anthropomorphisme hystérique si j'en crois la toute nouvelle campagne anti-pêche de certains élus soit disant insoumis de la capitale. Ces hommes et femmes politique se faisant ici le relais d'obscurs lobbys progressistes "du bien être animal" viennent jeter l'opprobre sur nous...pauvres pêcheurs.

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La pêche est un plaisir simple et accessible à tout un chacun, une activité roturière, populaire qui peut par sa simple pratique révéler des passions inattendues chez l'enfant notamment. Un émerveillement permanent pour certains, une porte ouverte sur la nature environnante, un exutoire bien mérité pour bien des travailleurs (amis de gauche, bonjour!).

Alors oui, c'est vrai...on dérange un peu les poissons, on peut l'admettre. Nous les tuons de moins en moins d'ailleurs pour les faire frire et ceci semble être le pêché supplémentaire que nous devrions expier.

Dans nos rangs aussi nous avons nos intégristes, notamment parmi les pêcheurs à la mouche. Ceux pour qui tuer une paire de truites confine au pire des crimes... Ils portent en eux les mêmes gènes que les militants des associations qui nous menacent aujourd'hui, comme d'innocents chevaux de Troie. Comme quoi il vaut mieux s'accrocher à nos rêves plutôt que de les relâcher un peu trop systématiquement... car dans un effet boomerang, c'est le cauchemar qui nous revient en pleine face.

On oublie que la pêche est, à la base, une histoire de prédation... une histoire de mort! Si la pratique est devenue désormais culturelle en se fixant des contraintes et devenir "éthique", ne perdons surtout pas de vue que pêcher est une activité atavique qui nous vient du fond des âges et qui nous maintient en lien avec une nature de plus en plus lointaine et de plus en plus abstraite.

Pêcher est un ancrage, un acte de résistance.

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Dans nos rangs aussi nous avons nos intégristes, notamment parmi les pêcheurs à la mouche. Ceux pour qui tuer une paire de truites confine au pire des crimes... Ils portent en eux les mêmes gènes que les militants des associations qui nous menacent aujourd'hui, comme d'innocents chevaux de Troie.
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Mesdames et Messieurs les inquisiteurs, vous ne pourrez hélas pas comprendre notre logique, et pour cause... nous connaissons notre sujet !!! Quand de votre côté vous n'avez qu'une idéologie à brandir...une idéologie basée sur le vide de vos indignations, censeurs de joie que vous êtes!!!

Par ailleurs, pour un poisson malmené, combien de centaines de milliers d'insectes sont condamnés, saison après saison, par les éclusés des centrales hydrauliques et par l'agro-industrie... Des espèces polluo-sensibles qui contribuent à l'équilibre environnemental disparaissent dans un silence généralisé... vous auriez du boulot et de quoi vous indigner pendant des années si vous aviez la bonne idée d'orienter vos énergies dans ce sens... et pour le bénéfice des poissons en premier chef!!!

Le danger pour ces poissons que vous prétendez défendre est bien là, ne vous y trompez pas... Certainement pas chez les pêcheurs.

En allant à la pêche, je pensais fuir la veulerie de ce monde, cette fin des temps qui nous guette. Mais non, même à la rivière, la chose, ce monde, me rattrape encore, je ne peux pas lui échapper...quelle damnation.

Magnifique exemple de ce que la social-démocratie nous a amené : la démocratie d'opinion et par extension la démocratie des indignations. Ou comment des minorités agissantes mais bien relayées par les idiots utiles du système s'en prennent au peuple ! Soyez sans crainte, ceux qui ont les moyens de payer pêcheront toujours eux, à l'étranger à minima. Pour les enfants, les retraités, les petites gens...??? ...Terminé pour eux les plaisirs simples de la pêche si vous parvenez à vos fins!

Revenu donc le temps de la seigneurie et du servage, quand seule la noblesse détenait les droits de chasse et de pêche, ou le manant pouvait être battu à mort pour avoir braconné un lièvre ou enlevé un saumon de la rivière. Quand il me semble me souvenir que le droit de chasse et de pêche pour le peuple est un des acquis de la Révolution Française...cela me laisse songeur.

Et ce qui me paraît terrible, c'est que ce coup bas est porté par la gauche de la gauche ( la gôgoche?) et c'est là qu il faudrait s'interroger un petit peu...n'est ce pas là porter un dernier coup à une des dernières libertés qu'il nous reste?

Quand Céline écrivait "...les plaisirs du peuple ne sont décidément que des plaisirs coupables..." Il avait tout compris Bardamu...

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Magnifique exemple de ce que la social-démocratie nous a amené : la démocratie d'opinion et par extension la démocratie des indignations. Ou comment des minorités agissantes mais bien relayées par les idiots utiles du système s'en prennent au peuple !
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A l'attention des porteurs de ce funeste projet je dirais : Vous gens de gauche censés défendre les intérêts du peuple, si les forces du capital vous réduisent à mener ce genre de combat, posez vous de sérieuses questions quant à la qualité de vos engagements !!

Début de saison 2018

Truite fario

Les débuts de saison se suivent mais ne se ressemblent pas : ils dépendent d'une météo bien souvent capricieuse et instable à cette période de l'année. Fonte des neiges, précipitations abondantes, gelées matinales, des rivières hautes et froides avec une eau parfois teintée,... que de paramètres à prendre en compte au jour le jour, et qui nous compliquent la tâche quotidiennement.  Néanmoins, les truites sont bien là, présentes, juste devant nous. Et, par la force des choses, elles éprouvent le besoin de se nourrir. Ces périodes d'alimentations ou phases d’activité sont très courtes en ce mois de mars. Celles ci peuvent durer une paire d'heures, tout comme seulement quelques minutes et, à mon grand regret, parfois ne pas avoir lieu du tout au cours de la journée.

Evidemment en plus des conditions climatiques, il y a d'autres facteurs majeurs déterminant de la réussite de nos débuts de saison tels que le choix de la rivière selon la température de l'eau, le métabolisme des truites étant conditionné par celle-ci. Pour illustrer au mieux mes propos, je vous invite à lire l'article très intéressant sur les types de rivières et le choix du parcours suivant la saison, signé Quentin Dumoutier dans la rubrique Technique.

Bien que les conditions puissent êtres optimales, tous les postes ne sont pas forcément productifs au même moment. C'est pourquoi il est important de pêcher souvent les mêmes zones à des moments différents de la journée. Ce qui permettra de capter au mieux l'instant le plus actif du jour. A mon sens, l'après midi n'est pas à négliger, c'est la période la plus chaude de la journée. Il y a de forte chance pour que le choix de ce moment soit la clé de la réussite.

En conjuguant une météo favorable, un choix de rivière judicieux, un repérage de poste soigneusement élaboré et le moment de la journée le plus propice, vous avez tout pour réussir de belles sessions de début de saison.

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Maintenant, place à la mise en pratique de tous ces éléments. L'ouverture est passée depuis deux jours, malheureusement je n'ai pu y participer étant au travail mais je me réjouis à l'idée de savoir que l'affluence de pêcheurs n'en sera que moins forte aujourd'hui. Les prévisions météorologiques sont correctes pour l'époque, dans l'ensemble la journée s'annonce nuageuse avec des éclaircies dans l'après midi et une douzaine de degrés Celsius. C'est déjà un bon point.

Pour le secteur de pêche, je pense me diriger vers une petite rivière de plaine. A peine quelques mètres de large, des courants lents et plusieurs plats. La configuration me paraît assez bonne, celle ci devrait être l'une des plus précoces du coin compte tenu de la température de l'eau. 

Quant au mode de pêche, bien que le toc ou les leurres puissent être très efficaces, je préfère me faire plaisir en pêchant à la mouche pour ces premières sorties de l'année. J'utilise, ce jour, une canne JMC élite 9' pieds pour une soie de 4/5. Un modèle très polyvalent et surtout agréable en main.

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Pêche Jordan
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truite jordan
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Accompagné d'Arnaud, un ami également adepte de la truite à la mouche, je constate que les premières heures du jour sont difficiles. La fraîcheur de la matinée n'aura pas été favorable à la sortie des poissons, seulement deux touches pour une truite sortie en nymphe au fil. Autant dire qu'il ne fallait pas les rater ce matin ! Le début d'après midi s'annonce plus prometteur, le soleil est de sorti accompagné de quelques degrés de plus. Quelques truites commencent à s'activer sur les fins de courants, ce qui me permet de prendre celle-là en nymphe à vue. Prise au premier passage sur une valeur sûre : la cuivre de Nicolas Germain. 

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C'est dans un contre courant que je localise le premier gobage du jour. Sur l'eau, dérivent quelques march brown mais elles ne semblent pas intéresser les poissons, ce qui est assez curieux. En observant mieux, je me rend compte qu'ils gobent des insectes bien plus petits et que j'aurai du mal à identifier. Alors je tente de glisser une oreille de lièvre montée sur un hameçon de 20, cela fonctionne rapidement et la première fario en sèche finit dans l'épuisette.

Cette fois c'est Arnaud qui s'illustre en nymphe au fil dans une tête de courant. L'une de ses premières sorties en naf  ; très concentré et appliqué, il réussit à percevoir une touche des plus subtiles. Une belle truite à la robe sombre qui vient certainement tout juste de sortir de sa cache. Pour ses débuts, il est plutôt performant l'ami !

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truite jordan
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Maintenant que les poissons sont plus actifs, je décide de refaire les postes qui n'ont rien donné le matin. Un choix payant puisqu'en arrivant, j'aperçois plusieurs truites en train de gober en milieu de plat. Je répète, tout simplement, l'action qui m'a permis d'en prendre une en sèche précédemment et c'est gagné. 

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fario jordan
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Avec le soleil qui ne va pas tarder à se coucher et la température qui retombe progressivement, l'activité en fait de même. Je finis par prendre le dernier poisson de la journée en naf sur une nymphe montée par mes soins. Ce fut une belle journée au bord de l'eau où il ne fallait vraiment pas manquer le moment le plus chaud du jour, sans quoi nous aurions passé une journée bien moins productive. 

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fario jordan
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A bientôt, au bord de l'eau !

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fario jordan

De l'évolution, de la pêche et des extrémistes

Pêche Pierrot Théodore

Si vous fréquentez Facebook ou tout simplement que vous pratiquez certaines lignes du métro parisien, vous savez forcément qu’une campagne est actuellement en cours avec pour objectif d’interdire la pêche à Paris, et par extension dans l’ensemble des départements français dans lesquels le poisson a été déclaré impropre à la consommation. Au nom de la souffrance animale, l’association Paris Animaux Zoopolis a interpellé la Mairie de Paris, et la conseillère du 20ème arrondissement Danielle Simonnet en a fait son cheval de bataille. Loin du flot d’insultes et des réactions enragées que cela a pu susciter, je vous propose une petite réflexion personnelle, sous la forme d’une mise en perspective afin de prendre un peu de recul sur notre loisir préféré.

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D’où venons-nous ?

Vaste question si il en est. Tout est question d’échelle, mais il me plaît de commencer au commencement lorsque cette question me vient à l’esprit.

Création de l’Univers : -13,7 milliards d’années
Création de la Terre : -4,55 milliards d’années
Premières traces de vie : -3,85 milliards d’années
Premiers organismes pluricellulaires : -2,1 milliards d’années
Premiers “poissons” : -420 millions d’années
Premiers mammifères : -225 millions d’années
Premiers hominidés : -7 millions d’années
Homo Sapiens : -200 000 ans

J’aurai aimé vous proposer une frise pour avoir un aperçu visuel de cette Histoire, mais les écarts d’échelles sont tels que c’est impossible.
Nous sommes le fruit de près de 4 milliards d’années d’évolution, et l’Humanité n’est qu’un artefact dans l’épaisseur du trait.

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Qui sommes nous ?

La lignée humaine a vu se succéder de nombreuses espèces, qui parfois ont cohabité, pour finalement disparaître, à l’exception d’une espèce dite “dominante” : Homo Sapiens. Nous.
Si ce terme de “dominant” peut être appliqué à l’échelle de la lignée humaine, il est inexact dans un cadre plus large. En effet, nous ne sommes ni plus nombreux, ni plus grands, ni plus gros, ni plus vieux que nombre d’autres espèces.
Nous nous distinguons par la maîtrise du langage articulé, la conscience de nous-même, l’organisation sociale, la faculté d’adaptation rapide, et la prépondérance de l’intelligence sur l’instinct. C’est cet ensemble - non exhaustif - de facultés réunies qui constitue notre humanité.

Nous sommes donc une espèce animale qui a réussi parmi d’autres. Sommes nous les vainqueurs de la course à l’évolution ? Pas vraiment si l’on considère que notre Histoire a seulement 200 000 ans. Pour comparaison, les dinosaures ont dominé le monde pendant plus de 160 millions d’années. Ils ont malheureusement eu un petit soucis avec une météorite il y a 65 millions d’années… L’accident bête…

Pour comprendre comment nous, Homo Sapiens, sommes devenu l’espèce dominante de la lignée humaine, il nous faut zoomer un peu sur les 7 derniers millions d’années.

De Toumaï (nom donné à un crâne fossile actuellement considéré comme le plus ancien représentant de la lignée humaine connu) à nous, il y a eu plusieurs étapes majeures : la fabrication d’outils en silex, la construction d’abris, la maîtrise du feu, la pêche, la chasse et la cueillette, l’art, l’agriculture. Alors que nos anciens cousins les Australopithèques étaient des omnivores opportunistes, la consommation de viande augmente de façon importante avec Home Erectus (-1,9 million d’années) qui pratique la chasse et la pêche, maîtrise le feu et faisait peut-être cuire ses aliments. Certains scientifiques considèrent que c’est cette étape - un apport important de protéines carnées et la cuissons des aliments - qui a permis le développement du cerveau humain et l’émergence de notre espèce Homo Sapiens. La pêche et les poissons sont peu représentés dans l’art pariétal, mais il est établi que le poisson faisait partie de l’alimentation des hominidés chasseurs-cueilleurs.

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Abris du poisson
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Saumon becquart dans l’Abri du poisson. Eyzies-de-Tayac, Vallée de la Vézère, Dordogne. Paléolithique supérieur (-45 000 à -10 000 ans) - Datation à -25 000 ans. Photo: http://www.culture.gouv.fr/
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Suis-je en train de dire que nous devons nous identifier à Homo Erectus, et tous devenir des prédateurs, faire main basse sur les autres espèces d’animaux sous prétexte que nous sommes une espèce “dominante” ? Certainement pas. Mais il ne faut pas non plus oublier cette partie de notre Histoire.

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l’Humanité n’est qu’un artefact dans l’épaisseur du trait
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Les origines

Tous les enfants sont fascinés par les petites bestioles qui courent dans l’herbe, la flaque d’eau dans laquelle ils sautent irrémédiablement, le lac ou la rivière dans lesquels ils lancent des cailloux, le feu de camp dans lequel ils vont remuer un bâton et, bien entendu, pour la très grande majorité d’entre eux, par la pêche.

Vous rappelez-vous de la joie que vous éprouviez enfant à pêcher des vairons pieds nus dans un ruisseau ? Pourquoi diables les livres pour enfants sont-ils remplis d’animaux ? Pourquoi les enfants aiment-ils aller au zoo ? Prépondérance de l’intelligence sur l’instinct ai-je dit ? Pas si sûr.

Personnellement, j’associe cette fascination pour la pêche et la nature en général à nos origines préhistoriques : l’alimentation opportuniste de nos ancêtres majoritairement insectivores en ce qui concerne l’apport en protéines, la maîtrise du feu ensuite, la pratique de la chasse, de la cueillette et de la pêche. C’est probablement cette même fascination pour le gibier qui poussait nos ancêtres à décorer les parois des grottes. Ce qui est souvent décrit communément comme un “retour aux sources” ou une “communion avec la nature” n’est que l’écho de notre passé préhistorique. Tous ces éléments de notre histoire refont surface malgré nous, ce sont eux qui nous font vibrer lorsque le lien est rétabli. Nous vibrons lorsque nous repérons une truite qui se croyait à l’abris d’une berge. Nous vibrons lorsque, immobiles et aux aguets depuis de longues minutes, un gobage trouble enfin le calme de la surface. Et nous vibrons encore lorsque, les bons jours, une truite veut bien rentrer dans notre épuisette.

Comme l’a dit Henry David Thoreau, “beaucoup vont à la pêche toute leur vie sans savoir que ce ne sont pas des poissons qu'ils recherchent”. Nous ne faisons que reproduire le même schéma de prédation, comportement vital pour la survie de notre espèce depuis 200 000 ans.

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Et le respect des animaux dans tout ça ?

Bien entendu, nous nous devons de respecter les animaux. Mais il n’est pas nécessaire de se livrer à un anthropomorphisme forcené pour cela. Nous avons une histoire commune, nous avons été à la fois proies et prédateurs, nous sommes liés d’une Histoire commune. Mais, comme l’a dit le neurobiologiste Alain Prochiantz lors du forum France Culture "L'animal est-il un homme comme les autres ?" : "Le grand danger (...) c’est l'anthropomorphisme. Si on veut vraiment respecter les animaux, il faut les respecter pour ce qu'ils sont, c’est à dire des animaux".
Introduire de l’humanité dans les animaux revient à porter la consommation de viande au rang de cannibalisme. Il est possible de remettre en question la consommation de viande pour des raisons qualitatives, quantitatives ou encore économiques, mais certainement pas de la condamner par anthropomorphisme. Quoi de plus naturel que la prédation d’une espèce sur une autre ? A l’exception des espèces purement végétariennes, ce qui n’est pas notre cas, toutes s’alimentent au détriment d’autres ; c’est la fameuse chaîne alimentaire, et nous ne faisons pas exception à la règle. Le nier serait en totale contradiction avec notre histoire et nos origines !

De fait, j’exclue volontairement la chasse, que je n’affectionne pas, de ce débat. Non pas par anthropomorphisme évidemment, mais pour plusieurs autres raisons. Premièrement, je considère que le contexte environnemental actuel ne permet pas de pratiquer la chasse dans des conditions satisfaisantes. Notre territoire est fortement anthropisé, urbanisé, et je ne trouve personnellement aucun intérêt à aller faire une battue au sanglier au bord d’une autoroute sous prétexte de réguler l’espèce ou de tirer un faisan débarqué la veille d’un camion et qui se demande où a bien pu passer sa mangeoire.
Les spécialistes me diront sans doute que ce n’est pas le cas partout en France, qu’il reste encore quelques milieux préservés et que certaines espèces représentant un réel intérêt pour le chasseur passionné. Que ceux-là me pardonnent, je ne parle que de ce que j’ai pu constater dans ma campagne natale. Il ne fait aucun doute que si je vivais au fin fond de l’Alaska, je serai chasseur en plus d’être pêcheur. Mon rejet de la chasse est basé sur un contexte plus que sur des convictions.
Deuxièmement, la chasse est associées aux armes à feu avec ce que cela implique de dangers. Les statistiques des accidents de chasse me donnent malheureusement raison sur ce point : 143 accidents dont 18 mortels pour la saison 2016-2017.
Pour terminer, la chasse ne permet pas ce choix de graciation, il se termine irrémédiablement par la mise à mort du gibier recherché. Ce dernier point est incompatible avec mon mode de pensée environnemental .

La pêche, quant à elle, permet quelque chose d’extraordinaire : elle nous offre la possibilité de décider si nous voulons réaliser cet acte de prédation ou simplement nous limiter à sa mise en scène symbolique consistant à attraper un poisson et à le remettre à l’eau.
Certain animaux, y compris Homo Sapiens, peuvent tuer par jeu, mais nous avons également la capacité à gracier par conviction écologique.
Ainsi, je vais à la pêche avec la fascination de l’enfant qui veut observer et comprendre le monde naturel qui l’entoure, pas pour le détruire.

Mais revenons au sujet de départ de cet article : des associations, que je n’hésiterai pas à qualifier d’extrémistes, souhaitent interdire la pêche de loisir au nom de la souffrance animale. Vont-elle également demander l’interdiction de l’équitation, de l’aquariophilie, des animaux de compagnie, du dressage de chiens ? Evidemment non, puisque parmis les associations en question figurent les fondation Brigitte Bardot et 30 Millions d’Amis. Une totale hypocrisie si l’on fait l’effort de pousser la réflexion un peu plus loin.

Mais le débat est biaisé par le fait que ces associations présentent la pêche de loisirs moderne comme une activité ayant pour objectif premier de faire souffrir et de mutiler des poissons par plaisir. Ils s’appuient sur le concept de catch and release pour justifier cette théorie et demander purement et simplement l’interdiction de la pêche de loisir dans les départements dans lesquels le poisson est déclaré impropre à la consommation. Étrangement, le fait de prendre un poisson et de le tuer ne semble pas leur poser de problème particulier.
C’est déjà le cas par exemple en Suisse, où il est interdit de “pêcher des poissons à la ligne dans l’intention de les remettre à l’eau”, mais il n’est pour autant pas interdit de remettre un poisson à l’eau “lorsqu’il y a une raison écologique”. Déstabilisant n’est-ce pas ?
Il y a donc une opposition entre une vision purement anthropomorphique, qui attribue des notions de souffrance et d’émotions aux poissons, et une vision écologique - j’entends ici le sens premier du terme, en aucun cas son usage politique galvaudé.
Le problème est que l’objectif même de la graciation est le strict opposé de ce que nous reprochent ces associations. Nous n’allons pas à la pêche pour pratiquer le catch and release, mais nous pratiquons le catch and release parce que nous allons à la pêche et que, en tant qu’êtres conscients et intelligents, nous souhaitons limiter notre impact sur certaines espèces. Ce que ces associations nous demandent donc de faire, c’est d’augmenter notre impact sur le milieu en exerçant une prédation sur des espèces qui sont déjà victimes de nombreux maux. Sous prétexte de défendre la condition animale, elles condamnent la vie. Un exemple symptomatique de l’incohérence des extrêmes.

Dans ce débat, les notions de biodiversité et de protection des espèces sont tout simplement bannis. Les termes d’écologie, de conservation, de qualité de l’eau et de lutte anti-pollution sont également relégués au second plan.
Leur méconnaissance du milieu aquatique est telle qu’ils sont même incapables de présenter une espèce autochtone dans leur campagne d’affichage “Interdisons la pêche à Paris” : après une première affiche montrant une espèce marine, ils tentent de rattraper le coup avec une… truite ! Cela en dit long sur leur incompétence à traiter d’un sujet environnemental.

Au delà des idées, il y a des faits qui s’imposent. La pêche de loisirs en France représente un poids économique de plus de 2 milliards d’euros, mais je ne saurai opposer un intérêt financier, ni à la cause animale, ni à la protection du milieu et des espèces. Par contre, les pêcheurs de loisir en eau douce représentent plus de 1,56 millions d’individus, regroupés en plus de 3700 AAPPMA qui sont elles même chapeautées par 94 Fédérations Départementales. La disparition de notre loisir aurait un effet désastreux sur les milieux aquatiques car plus de pêcheurs signifie plus d’AAPPMA et plus de Fédérations. C’est toute une structure associative, qui je le rappelle a pour mission la Protection de Milieux Aquatiques en plus de l’organisation de la pêche de loisir, qui s'effondrerait et qui ne remplirait plus son rôle de surveillance, de réhabilitation et de protection. Les associations de pêche sont majoritairement financées par leurs propres cotisations et investissent massivement dans des grands travaux environnementaux.

Même si cette organisation associative est très critiquée actuellement, jugée vieillissante et inefficace par certains, on ne peut nier leur présence sur le terrain sur l’ensemble du territoire. Nous, pêcheurs de loisirs, par notre organisation et le financement de nos cartes de pêche, sommes les sentinelles des eaux intérieures françaises.
Pour cette raison, et d’un point de vue strictement environnemental, nous ne pouvons tolérer que la pêche de loisir soit interdite dans un seul département français.

Je terminerai avec un petit proverbe applicable dans bien des situations : Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.

Bonne saison de pêche à tous.

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Truite dans son élément
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Note de l’auteur :

Les éléments historiques qui figurent dans cet article sont basés sur l’état des connaissances actuelles. Ils sont pour la plupart soumis à débat et peuvent être remis en question au grès des nouvelles découvertes. Les références ci-dessous sont des sources reconnues qui permettent d’approfondir les différents points et il est tout à fait possible de trouver d’autres références proposant d’autres hypothèses. La science avance !

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Références :

Poutès, la grande illusion…

Barrage Poutès

La France dispose d’un réseau hydrographique remarquable par son abondance et sa diversité, et parce qu’il abrite encore aujourd’hui un patrimoine aquatique exceptionnel. Nous avons effectivement la chance de connaître un grand nombre d’espèces pisciaires et au premier plan, les espèces dites grandes migratrices, celles qui durant leur cycle de vie, vont passer du milieu marin au milieu continental. Si nous pouvons nous vanter de cette diversité, il nous faut malheureusement être beaucoup moins enthousiastes quant à l’état de santé de la majorité de ces espèces.

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Le Saumon atlantique, un patrimoine aquatique national

 

S’il en est un qui symbolise tous « ces migrateurs », c’est sans nul doute le Saumon atlantique (Salmo salar). Il est un des plus grands salmonidés et colonise, tant bien que mal, les fleuves français depuis les gaves du pays Basque jusqu’aux petits côtiers de la Picardie. Ce poisson nous fascine depuis des siècles et il hante profondément l’âme de milliers de pêcheurs aux quatre coins du Monde.

Pourtant, nos activités n’ont cessé de lui nuire, de réduire drastiquement son aire de répartition, de dégrader la qualité de ses habitats, de multiplier les obstacles sur sa migration. Si bien qu’aujourd’hui, le Saumon Atlantique est une espèce vulnérable, a fortiori sur nos grands fleuves (Rhin, Seine, Garonne-Dordogne, Loire) où nous prenons conscience, je l’espère de plus en plus (?), de la nécessité de lui redonner une place.

 

La population du bassin Loire-Allier et l’enjeu « Poutès »

 

S’il est un autre symbole, celui de notre incapacité à se donner les moyens et l’ambition de restaurer une population de saumon sauvage sur un grand bassin hydrographique, c’est sans nul doute le barrage de Poutès, sur la rivière Allier (bassin de la Loire).

Le bassin de la Loire est le plus grand bassin hydrographique français. Pour accéder aux frayères, les saumons réalisent une migration anadrome de plus de 800 km, ce qui constitue une vraie particularité à l’échelle de son aire de répartition. Cet état de fait est en partie à l’origine de la singularité génétique des saumons du bassin ligérien, singularité issue d’une adaptation pluri-centenaire. On est proche de l’endémisme, et dans tous les cas face à une biodiversité irremplaçable.

Aujourd’hui, la pérennité à long terme du saumon ligérien est pourtant loin d’être acquise, alors même que le premier « Plan Saumon » date de 1972. Bien évidemment, les causes sont multifactorielles, en permanente évolution, et il est donc délicat de cibler précisément ce sur quoi il faut agir en priorité. Mais on peut être certain d’une chose, c’est que la grande majorité de ses frayères historiques reste inaccessible. Prenons quelques rapides exemples : sur l’axe Loire, toutes les frayères amont sont inaccessibles depuis la construction du barrage de Villerest en 1989 (59 mètres de hauteur…) ; sur l’axe Vienne, le complexe de l’île Jourdain condamne l’accès aux frayères historique et la restauration s’est concentrée sur un affluent de la Vienne, la Gartempe, où malgré des progrès significatifs récents, il existe encore de très nombreux obstacles, (avec des problèmes pour la dévalaison des smolts du fait de l’activité hydroélectrique soutenue), sur l’axe Sioule, les frayères amont sont également inaccessibles depuis la construction du barrage de Queuille (1905). Ainsi, la construction des ouvrages infranchissables en aval des frayères ont condamnés les axes Creuse, Vienne, Cher amont, Loire amont, Sioule amont engendrant une perte de production d’environ 300 000 smolts.

Il ne reste aujourd’hui que la Gartempe, la Sioule aval, l’Arroux, l’Alagnon et l’Allier produisant environ 100 000 smolts et en sous capacité productive (historiquement ces zones produisaient 325 000 smolts). 

Sur l’axe Allier, la situation est un peu différente et les conditions migratoires sont plus favorables que sur les autres axes précités. La principale difficulté pour accéder aux frayères de qualité est le barrage de Poutès (18 mètres de haut), mis en service en 1941. Pendant 45 années, plus aucun saumon n’a pu accéder aux frayères du Haut-Allier. Une passe à poissons (ascenseur) a en effet été construite en 1986 mais il faut bien avouer que cet ouvrage dispose d’une efficacité très relative.

Sur la période 1986-2017, seuls 55 saumons (+/-35) franchissent en moyenne chaque année le barrage de Poutès (chiffres issus des suivis de l’association LOGRAMI) ; ce qui représente moins de 13% (+/-5) des saumons comptabilisés au barrage de Vichy (environ 230 km en aval) et 44% (+/-16) des saumons comptabilisés à Langeac (localisé seulement 30 km en aval de Poutès). Malgré différents efforts pour améliorer son efficacité, l’ascenseur de Poutès reste encore aujourd’hui faiblement utilisé par le saumon (sur 4 saumons se présentant au pied du dispositif, seul 1 parviendrait à le franchir) et ce dispositif est très sélectif tant sur l’espèce capable de l’utiliser que sur les tailles de saumons

A la dévalaison, le modèle d’estimation des mortalités  donne une mortalité nette pour la dévalaison des smolts de 32,2% pour Poutès.

Poutès revêt un enjeu tout particulier dans la volonté de sauvegarder le saumon sauvage de l’axe Loire-Allier. On considère que les migrations sur l’axe Allier représentent en effet plus de 75% de la population migrante à l’échelle globale du bassin de la Loire. Près de 50% des zones de production de smolts du bassin Allier se situent en amont du barrage de Poutès. Les survies et le grossissement des juvéniles sur l’Allier en amont de Poutès sont les plus fortes estimées sur l’ensemble du bassin Loire.

Cet enjeu a très clairement été identifié par la communauté scientifique, que ce soit lors du rapport Phillipart, en 2009 (commande par le Ministère de l’écologie de l’époque) ou plus récemment par le comité d’experts Saumon du PLAGEPOMI Loire (Plan de Gestion des Poissons Migrateurs).

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Saumon Atlantique
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De la fin de la concession au « Nouveau Poutès »

 

La concession de la chute de l’Allier a pris fin en 2007, il y a donc déjà plus de 10 ans. Déjà plusieurs années avant la fin de la concession, différents acteurs locaux (SOS Loire Vivante en tête) se mobilisaient pour faire valoir les enjeux écologiques autour du Saumon, dénoncer les conditions de gestion et d’exploitation du site et demander un effacement du barrage.

Après plusieurs années de mobilisation, EDF propose en 2010 un premier projet d’aménagement du barrage prévoyant un abaissement sensible, la construction d’un seuil amovible pour un turbinage au fil de l’eau. Cette solution permettrait le maintien de 80 à 90% de la production annuelle d’électricité et une nette amélioration potentielle des conditions de montaison/dévalaison pour le Saumon. La majorité des ONG locales et nationales accepte l’idée de cette alternative à l’exception de l’association LOGRAMI qui milite pour un effacement total depuis le début du dossier.

Il faut attendre le 6 octobre 2011 pour que Mme. Kosciusko-Morizet, alors Ministre de l’Ecologie, présente officiellement le projet de Poutès avec la construction d’un seuil effaçable présentant une hauteur de chute maximale de 4 mètres. Ce projet contente finalement à peu près tout le monde, tant les défenseurs du Saumon (qui obtiennent la garantie de meilleures conditions de migration et le doublement du débit réservé), EDF (renouvellement de la concession) que les élus locaux (maintien de 90 % de la production d’électricité donc des taxes locales…). Chacun y va de son communiqué de presse et on évoque une « belle victoire pour le saumon sauvage, fruit de l’intelligence collective » menés par WWF signataire de la convention hydro électricité et EDF !

Evidemment l’histoire ne s’arrête pas là… Pendant 4 années, on n’entend plus parler de Poutès dans les journaux. Un comité de suivi est mis en place, deux enquêtes publiques sont réalisées sur le phasage des travaux, EDF développe sa communication autour du « Nouveau Poutès »… Et le 3 avril 2015, EDF obtient un avis favorable au renouvellement de la concession pour une durée de 50 ans Au lieu des 40 ans prévus initialement.

Le « Nouveau Poutès » poursuit son bonhomme de chemin, les travaux démarreront à l’été 2016 pour s’achever en 2019…

 

Reporté sine die, les saumons attendront…

 

Quelques jours seulement avant le démarrage du chantier, M. Levy, PDG EDF, annonce que le début des travaux est reporté et que les travaux s’étaleront non pas sur 3 mais sur 6 ans. Explication : la situation financière d’EDF, la chute du prix de l’hydroélectricité sur le marché et le coût global des travaux (environ 24 millions d’euros).

Jusque-là, il ne s ’agit que de calendrier. Les ONG font les gros yeux, menacent de quitter le projet mais EDF s’engage à démarrer les travaux dès 2017. Les ONG acceptent le compromis.

2017, les travaux commencent, ils visent à descendre la cote de la retenue pour évacuer une partie des sédiments stockés et préparer le reprofilage du futur lit de l’Allier. Durant cet abaissement partiel, un suivi de la dévalaison des smolts (par télémétrie) est réalisé. Les résultats sont très positifs puisqu’ils révèlent que le temps de transit des smolts dans la retenue a été divisé par 132 (retenue actuelle = 3 500 m de long ; temps de transit actuel = 20 jours / retenue projet = 300 mètres ; temps de transit projet = 3.6 heures). Mais il faut souligner que ces résultats ont été obtenus sur moins de 10 poissons, on peut alors s’interroger sur leur représentativité…

Parallèlement, la situation économique globale d’EDF est toujours très instable et le marché de l’hydroélectricité reste bas.

Fin 2017, sans aucune annonce officielle, on apprend par les ONG parties prenantes du « Nouveau Poutès » que le projet serait à nouveau modifié. On parle désormais d’une hauteur de chute de plus de 7 mètres et du maintien de l’ascenseur à poissons… On manque de s’étrangler.

Nous apprenons alors que la modification du projet est soumise à un seul avenant formalisant ces modifications majeures. Personne n’en parle, la presse  (Charlie Hebdo, Le monde, la Montagne etc…) se mobilise sur la Desge, petit affluent de l’Allier, au pied de la pisciculture de Chanteuges (cf. Conservatoire National du Saumon Sauvage), où une petite centrale devrait être construite mais rien sur POUTES.

 

L’occasion manquée

 

Nous voilà plus de 10 ans après la fin de la concession. L’Etat, EDF, ont embarqué tout le monde autour du « Nouveau Poutès », à grands coups de compromis car nul doute que les ONG et autres défenseurs du saumon auraient préféré s’engager pour un effacement complet et définitif de cet ouvrage. 10 ans après, personne ne sait où on va et combien d’années durera encore cette gabegie. Les saumons attendront.

Lorsqu’on se fait le film en arrière, on se dit qu’on a gâché beaucoup de temps et d’argent. J’ai le sentiment que Poutès est l’illustre exemple de notre incapacité à prendre des décisions courageuses sous prétexte de vouloir absolument gagner sur tous les tableaux. Poutès aurait dû être une évidence face à l’importance majeure des enjeux écologiques en comparaison à l’importance mineure de l’enjeu énergétique (moins 0.2% de la production hydroélectrique nationale). Ce n’est pas la vision d’un ayatollah du retour à une nature sauvage, simplement une lecture non-politisée de ce qui aurait pu être un geste fort envers notre patrimoine écologique. Les saumons attendront, suffisamment longtemps ?

Texte

Copyright photo LOGRAMI

Sites Internet consultés :

http://www.logrami.fr/

http://www.nouveau-poutes.fr/fr

http://www.rivernet.org/

http://www.sosloirevivante.org/

http://www.ern.org/fr/

http://www.apsaumon.com/

Principales références :

Cohendet F 1993. Le saumon de l'Allier. Son histoire, sa vie, son devenir. Thèse de doctorat, école nationale vétérinaire de Toulouse. 795 p.

DREAL bassin Centre-Val de Loire. PLAGEPOMI du bassin de la Loire, de la Sèvre niortaise et des côtiers Vendéen 2014 – 2019.

EDF, 2016. Résumé non-technique pour la demande de renouvellement de la concession hydroélectrique de Monistrol d’Allier et l’Ance du Sud (Barrage de Poutès -Saint Préjet et Pouzas). 30 p.

LOGRAMI, 2009. Suivi de la migration du saumon sur l’Allier par radiopistage entre Vichy et les zones de frayères. 156 p.

LOGRAMI, 2017. Rapport d’activité année 2016 du programme de recherches appliquées en faveur des poissons migrateurs. 365 p. + annexes

Perardel G., 2013. Aménagement hydroélectrique de Monistrol d’Allier – reconfiguration du barrage de Poutès. 39-51 pp.

Phillipart, 2009. Rapport Expertise Saumon – barrage de Poutès, pour MEEDDAT. FNRS, Université de Liège. 103 p.

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