Grosses truites : comprenez les pour mieux les pêcher !

fario durance

On ne s’improvise pas traqueur de gros poissons, on le devient au fil des saisons et des heures passées à « chercher » ce graal difficilement accessible. Beaucoup de nos rivières hexagonales sont encore aptes à nous offrir ce bonheur mais pour cela, il faut faire preuve d’abnégation et d’une motivation sans faille. Inutile de compter les heures passées dans l’eau froide et les espoirs déçus, ceux-ci seront vite oubliés quand reposera au fond du filet de votre épuisette, le spécimen qui hantait vos rêves !  Pour en arriver là, il faut accepter de faire l’impasse sur les pêches productives, les gobages nombreux... l’aventure sera souvent ingrate et difficile !

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Chercher à prendre une grosse truite peut s’apparenter à  un voyage initiatique tant les épreuves auxquelles vous serez confronté seront difficiles mais toujours enrichissantes. La rareté des poissons convoités rend souvent cette pêche solitaire et seuls les plus initiés pourront partager ces moments forts avec un binôme de grande confiance.  Comme au sujet de toute chose rare et précieuse, je vous invite à peu parler des endroits que vous fréquentez ou alors seulement à des amis précieux et peu communicatifs. Les poissons trop sollicités deviennent vite imprenables, invisibles ! S’appuyer sur une excellente maîtrise technique et un bon mental seront des atouts indispensables lorsque vous serez confronté à une magnifique fario s’alimentant sous vos yeux !

 

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grosse truite
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Un mental d’acier avant tout

L’aspect psychologique représente une part importante que le traqueur de « big fish » doit absolument intégrer dans ses dextérités : passer de longues heures sans voir le moindre poisson demande une volonté et un optimisme forts !

La confrontation entre un poisson exceptionnel et le moucheur obligera ce dernier à transformer le stress découlant de cette situation en une énergie positive afin de proposer un geste sûr. Prendre du recul, dédramatiser la situation permet une pêche naturelle !

Cette gestion des émotions est semblable à celle qui fait la différence entre un sportif de bon niveau et un grand champion !  Sport de haut niveau et pêche à la mouche se retrouvent alors sur ce point.

Ne faites jamais abstraction du fait que plus les truites gagnent en taille, plus elles se font rares, les plus gros sujets régnant en maître au sommet de la pyramide des âges. Pour en arriver là, ces vieux salmonidés auront échappé à de multiples prédations et autres péripéties qui leur auront permis d’accumuler beaucoup d’expérience et de vécu afin de ne pas finir en papillote.

Tout au long de son parcours halieutique, le moucheur engrange lui aussi de nouvelles dextérités techniques  et se fixe des objectifs toujours plus hauts. Enfant, une truite de 30 centimètres prise sur un ruisseau « école »  nous faisait atteindre l’excellence. Saison après saison, la taille des truites qui hantent nos rêves devient plus grande et les paliers que l’on se fixe toujours plus complexes.

Les plus impatients et fortunés se tourneront vers des destinations lointaines, ces paradis où les grosses farios sont nombreuses.  Personnellement, je pense qu’il vaut mieux faire ses armes ici avant de partir, car je connais beaucoup de personnes qui ne trouvent plus d’envie et de passion quand ils reviennent de ces voyages. Quoi de plus gratifiant que de prendre un beau poisson sur un parcours public français quand vos amis ont dépensé des milliers d’euros pour parfois ne pas faire mieux !  A vous de choisir ce que vous considérez comme le plus gratifiant !

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grosse truite pyrénées
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Ne vous trompez pas de saison !

La croissance des truites est fonction de la richesse de l’écosystème dans lequel elles évoluent. Ainsi, un poisson de 25cm prospérant dans un minuscule ru passera pour un monstre au regard du biotope qui le nourrit.

Sur les rivières que je fréquente d’un bout à l’autre de la saison, nous qualifions de "gros poissons", les truites dépassant 55/60 centimètres. Il faut parfois plusieurs décennies pour battre son record. Je reste bloqué, pour ma part, à 71 cm (prise 3 fois). J’ai d’ailleurs pris depuis plusieurs truites entre 66 et 68 qui, au vu de leur embonpoint, étaient certainement  plus grosses que la fameuse 71 !

Les truites larges, celles qui ont la petite bosse après la tête, sont, à mes yeux les plus belles, celles que je ne me lasse jamais de contempler. Ces truites qui ont atteint des tailles respectables font fantasmer notre imaginaire. Elles sont à respecter et à relâcher avec d’infinies précautions. Les rendre à la rivière qui les a vues grandir, c’est se donner la chance de les reprendre.

Viscéralement attachés à leurs postes respectifs, ces gros poissons peuvent se reprendre plusieurs fois comme nous l’avons vécu avec mon ami Michel. Nous avons séduit à plus de 6 reprises, pendant  4 ans, la même fario sur son poste de prédilection… nos carnets de pêche respectifs attestant de la courbe de croissance de celle-ci.   

Beaucoup de récits halieutiques semblent démontrer que la fin de saison et le mois de septembre en particulier sont favorables pour déjouer la méfiance légendaire de ces grosses truites. Ils semblent pourtant oublier que le début de saison peut s’avérer excellent lorsque les conditions sont optimales.

La présence de niveaux d’eau et de conditions météorologiques favorables aux émergences de gros éphémères, ne sont pas les seuls facteurs qui influent sur les phases d’alimentation des salmonidés. Le métabolisme de ces gros géniteurs reste encore impacté par la fraie qui s’est terminée deux mois et demi plus tôt, ils se trouvent contraints de s’alimenter pour assurer leur survie. Leurs flans efflanqués attestent de la rudesse du moment et ces poissons souvent carnivores ne trouvent dans ces eaux froides que peu de poissons fourrages. Pour ces gros salmonidés, il est vital de reprendre des forces, le volume de la ration alimentaire journalière sera en rapport à la taille du sujet.

 Cette contrainte biologique printanière oblige les gros salmonidés à trouver une nourriture qui est relativement rare et donc à s’exposer plus que durant le reste de la saison.

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grosse fario pyrénées
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Sortez des sentiers battus !

De nombreuses grandes rivières sont réputées pour abriter de gros poissons, certaines revues en font écho régulièrement aux travers de leurs pages.

Ces cours d’eau aux  « trompettes de la renommée » trop bruyantes, ne sont à mon humble avis que poudre aux yeux, tant la pression de pêche y est forte.

Les vieux poissons qui les habitent ont l’expérience décuplée par les nombreux pièges auxquels ils ont réchappé, et ne se nourrissent sereinement que lorsque les berges bénéficient de calme. Les multiples perturbations et sollicitations contraignent ces salmonidés à modifier leur comportement alimentaire ; parfois, ceux-ci ne sortent leur museau que lorsque les moucheurs sont au lit !! 

Evitez les portions renommées, pêchées à outrance, même si la densité de gros sujets y est réelle, vos chances d’en découdre et de tordre du carbone seront bien plus maigres que sur des berges moins réputées. 

Les grosses truites fréquentent plutôt les secteurs aval de la 1 ère catégorie, là où la population piscicole s’agrandit avec l’apparition des premiers poissons blancs. Sur ces secteurs que l’on désigne par « zone à ombre », la pente plus faible assagit les rivières qui gagnent alors en largeur et profondeur. Cette configuration où alternent pools profonds et puissants radiers assure un habitat de qualité aux grosses farios.

 Les grandes rivières de type calcaire sont les plus productives. Riches d’une grande diversité d’insectes, elles permettent une croissance élevée aux spécimens qu’elles abritent.

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poste truite
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une retourne, une veine porteuse et une cache : tous les éléments sont réunis !
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Sur quels postes ?

Les postes de ces poissons peuvent prendre la forme d’une multitude de configurations mais tous  possèdent  des similitudes que seul un œil bien exercé peut déceler.

Ces poissons au comportement sédentaire occupent souvent des postes qui peuvent passer inaperçus au premier regard. C’est souvent après la capture accidentelle d’un beau poisson que l’on réalise le potentiel d’un poste. Les éléments caractéristiques n’apparaissent que lorsque l’on détaille avec attention la topographie.

Loin des yeux, ces poissons peuvent vieillir et grandir tranquillement et il est vital pour eux de choisir des postes discrets.  Ces repaires à grosses truites ne sont jamais loin d’une zone profonde qui leur sert de repli lorsqu’un danger se présente ; ces poissons ont besoin d’espace. Certains s’alimentent devant un bloc ou une remontée de radier à proximité de leur cache, d’autres se déplacent un peu plus loin en amont pour trouver pitance.

Deux types de comportements alimentaires apparaissent en fonction des poissons rencontrés et de la configuration des postes :

  •  Certains poissons se contentent d’attendre que la nourriture vienne à eux, délicatement servie par une veine porteuse
  • D’autres effectuent avec rigueur un parcours bien défini en s’alimentant.

On peut s’interroger sur ce sujet, très souvent ce sont les poissons les plus beaux qui parcourent ces circuits gastronomiques : opportunisme ou besoin alimentaire plus importants ? la question reste entière.

Les veines porteuses jouent un grand rôle. Lors des éclosions sporadiques, certaines récoltent et ramènent plus d’insectes que d’autres ; les grosses farios affectionnent particulièrement ces « entonnoirs à mouches », surtout si les protéines ailées leur arrivent sur un poste où elles ne sont pas trop exposées. Les « retournes » de courant peuvent constituer d’excellents secteurs à gros poissons quand elles possèdent une cache susceptible d’accueillir un beau spécimen.

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isère aval
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Le repérage : un préalable indispensable à la réussite

Une saison grosse truite commence bien avant l’ouverture et pas seulement lors du dressage d’imitations, mais déjà avec les pieds dans l’eau !

Chaque hiver, lorsque la pêche est fermée, j’aime aller roder sur les berges désertées par les pêcheurs afin d’observer le déroulement de la vie.

En Février, aux heures les plus chaudes, quand les premières Baetis apparaissent, certains gros poissons affamés par les conditions décrites plus haut peuvent entrer en activité. L’étiage hivernal dû au froid qui bloque la fonte, offre des conditions d’observation idéales.

A cette époque de l’année, les salmonidés se nourrissent sans stress, ils peuvent aussi être repérés grâce à l’absence de feuilles sur les arbres. Armé de vos lunettes polarisantes et de jumelles si vous en possédez, scrutez avec attention les berges successibles d’en héberger, c’est certainement le meilleur moment pour découvrir de nouveaux partenaires de jeu!

Une fois la cible identifiée, prenez en photo le poste. Quelques mois plus tard, quand la végétation aura repris ses droits, il sera toujours plus facile de retrouver l’endroit !

Il est complexe et certainement hasardeux d’avancer des théories sur les stratégies de pêche à mettre en œuvre pour défier ces grosses truites en début de saison, tant les situations offertes peuvent varier. Néanmoins, je vais tenter de décrire une sorte de feuille de route :

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La stratégie classique du moucheur en début de saison :

Les éphémères susceptibles de déclencher l’activité de ces gros poissons en Mars/Avril ne sont pas très diversifiées. Deux espèces se distinguent : Rhithrogena Haarupi la « March Brown » des anglophones, et Baetis rhodani, la plus fameuse des « olives ». Les abondantes émergences de subimago de ces deux espèces aux heures les plus chaudes de la journée provoquent souvent la mise en activité des beaux spécimens. Oubliez les têtes de courant et autres petits coups, territoires de poissons plus modestes, pour vous consacrer aux bordures calmes.

Les subimagos de « March Brown » apparaissent dans les secteurs rapides et prennent parfois leur envol avant d’avoir atteint les lisses où sont positionnés les plus beaux poissons. Leurs larves sont sensibles à la pollution, ce qui limite leur présence aux secteurs les moins dégradés qui se trouvent souvent plus amont. Les émergences de brune de Mars sont moins régulières que celles des Baetis et se produisent  par météo moins agitée.

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baetis
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De par la régularité de leurs éclosions et leur faible sensibilité à la pollution, j’affectionne les « Baetis ». Par temps pluvieux et frais, les secteurs avals voient leurs subimago émerger avec abondance et ils restent parfois jusqu’au soir sur la pellicule de l’eau. Les éclosions se déroulent sur un laps de temps plus important, facteur capital quant on sait que les gros salmonidés sont très lents à entrer en activité.

La taille plus petite des subimagos est un autre facteur qui me fait privilégier les olives : les grosses truites éduquées sont plus aptes à les saisir en surface. Leur taille modeste et leur abondance augmentent la proportion d’insectes morts nés (still born), ceux-ci prisonniers de la surface sont consommés plus facilement et discrètement.

En dehors des heures favorables aux éclosions, je pêche les parties profondes des courants en nymphe. Je prospecte canne haute avec deux nymphes assez lourdes. Cette technique permet de pêcher tout au long de la journée et parfois de toucher un gros poisson !

La recherche passionnante des grosses truites offre des émotions fortes quel que soit l'issue : prise, cassée ou décrochée. Il me semble me rappeler d’avantage de celles que j’ai perdues que de celles que j’ai prises, tant la frustration peut être grande !

Au final, même celles qui ont échappé à l’objectif de mon appareil photo m’ont apporté du bonheur !

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grosse truite

Taille légale de capture : pourquoi faut-il changer de logique ?

Pêche électrique d'inventaire

« Fondamentalement, l'établissement de réglementations halieutiques restrictives est basé sur l'hypothèse que la population de truite va connaître un effet « d'accumulation » si les petites truites sont protégées et peuvent survivre jusqu’à atteindre des tailles supérieures. L'étude détaillée de population de truites en rivière a pourtant démontré que ces réglementations spéciales destinées à produire plus de truites par restriction du prélèvement ne fonctionnent pas. »

Robert Behnke, Université du Colorado USA, 1976

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Pionnier de la conservation et de la gestion durable des populations de salmonidés, le très respecté scientifique américain Robert Behnke (1929-2013) n'avait déjà plus beaucoup d'illusions, il y a 40 ans de cela (!), sur les effets bénéfiques de la réglementation halieutique en matière de protection des truites. Comment alors expliquer que, de ce coté-ci de l'Atlantique, la question des tailles légales de capture (TLC) soit encore un sujet aussi important et aussi clivant ?

Procédons tout d'abord à une rétrospective historique. Longtemps fixée d'une manière uniforme sur le territoire national à 18cm depuis le XIXe siècle, la TLC de la truite fario (Salmo trutta) n'a cessé d'évoluer à la hausse a partir du décret du 29 août 1939. Depuis cette date, pas moins de 7 décrets successifs ont participé à modifier la taille minimale de prélèvement de l'espèce ! Cette évolution a abouti à une situation très hétérogène à l'échelle du pays puisque la TLC s’échelonne à l'heure actuelle de 18cm à 30cm en fonction des politiques de gestion locale. Il est donc permis de s'interroger sur les fondements juridiques et halieutiques de cette instabilité, et également sur les tenants et aboutissants de cette politique de gestion visant à restreindre progressivement les possibilités de prélèvement.

 

La taille légale de capture est un arbitrage politique

Juridiquement, le code de l’environnement précise : "les textes de loi déterminent les conditions dans lesquelles sont fixées les dimensions au-dessous desquelles les poissons de certaines espèces ne peuvent être pêchés et doivent être rejetés à l'eau ; ces dimensions ne peuvent être inférieures à celles correspondant à l'âge de première reproduction”. L'apparente simplicité de la formule se heurte en réalité à deux sérieux obstacles : 

1) La taille atteinte lors de la première reproduction de la truite est remarquablement variable, dépendant principalement de la richesse biologique des eaux et de leurs profils thermiques. Alors que des truites vivant en haute altitude maturent parfois à moins de 14cm, leurs cousines des grandes rivières de plaine ne se sont pas toujours reproduites à 40cm.

2) L'âge de première maturité est en réalité aussi dépendant du taux de croissance lui même. Ainsi sur des rivières productives, il est fréquent de voir des femelles adultes à l'âge de 2 ans (1+) et de trouver des mâles spermiants âgés de moins d'1 an (0+). Et inversement, il est rare de trouver en montagne des truites adultes, matures, âgées de moins de 3 ou 4 ans.

La réalité biologique de l'espèce rend en réalité le principe légal difficilement applicable et l'établissement des TLC tient donc davantage d'un arbitrage politique. Ce télescopage entre réalité biologique et réalité juridique a débouché sur quantité de compromis et d'étrangetés, confinant parfois au ridicule avec des TLC différentes pour un même cours d'eau, suivant que la berge était dans tel département ou dans tel autre.

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Pêche d'inventaire
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Face à une raréfaction généralisée de la truite sauvage depuis l’après-guerre, une des réponses les plus fréquentes fut d'incriminer le prélèvement excessif par la pêche de loisir. Il sort du cadre de cet article de démontrer combien cette affirmation est erronée et combien la truite est apte à s'adapter à la pression de pêche et à perpétuer des populations en bonne santé malgré des niveaux de prélèvement très important. En effet, les causes de la raréfaction de la truite en France sont bien connues et ne font plus aucun débat dans les cercles scientifiques : la dégradation de la qualité des écosystèmes aquatiques et de la ressource en eaux. Examinons toutefois la logique qui prévaut encore dans certaines fédérations :

« Nous avons constaté un état de conservation catastrophique des truites fario au niveau du département », explique Marc Hannotin, responsable technique à la fédération de pêche [du Territoire de Belfort]. « Nous avons compté environ 3 000 truites de plus de 25 centimètres dans les lots de pêche, et seulement 930 de plus de 30 centimètres. Un chiffre très en dessous de la normale. Avec les 3 000 pêcheurs présents dans le département et les 190 jours de pêche, la pression de pêche était trop élevée. Une restriction était nécessaire pour permettre la conservation des truites fario dans nos cours d’eau. »

Article de l'Est Républicains daté du 07/01/2018

Il est pourtant évident que la sécheresse de l'été 2017 et les atteintes aux milieux aquatiques sont les principaux responsables de l'état préoccupant des populations de truites dans les secteurs granitiques du massif Vosgien. Pourtant la réponse est ici d'incriminer la pression de pêche. Et son corollaire: il faut punir les pêcheurs. 

 

Une logique de punition des pêcheurs complètement inopérante

Pour comprendre pourquoi l'augmentation des TLC est une punition collective, il faut revenir à la biologie et examiner une structure de population de truites dans une rivière en bonne santé. L'exemple choisi ici se trouve en Ariège, sur un cours d'eau de montagne préservé et qui présente la particularité d'être en réserve de pêche permanente depuis des décennies : l'Oriège dans la réserve de faune sauvage d'Orlu. Situé a 1500m d'altitude et ne subissant presque aucun impact anthropique, ce ruisseau est emblématique de ces nombreuses têtes de bassin sauvegardées que l'on retrouve encore un peu partout dans les régions salmonicoles (Alpes, Pyrénées, Vosges, Massif-central etc...). Ici, il n'y a aucune pression de pêche et la maison des gardes situés à quelques mètres des stations échantillonnées par pêche électrique garantit un certain niveau de surveillance…

Sur les deux stations échantillonnées, les densités de truites sont fortes, 1500 individus a l'hectare, proche du référentiel Pyrénéen. Que constate-t-on sur la structure en taille de la population ?

D'une part que la croissance des truites est ici assez lente, avec une taille à 3 ans probablement située entre 16 et 18cm et que par conséquence le nombre de truites au-delà de 25cm est anecdotique. Même sans aucun prélèvement depuis des décennies, la densité de poisson âgé de 4 ans et plus (>20cm) est faible. Ce cas de figure illustre parfaitement la dynamique des populations de truites : un fort recrutement naturel mais aussi une forte mortalité naturelle garantissant un turn-over très important au sein de la population.

Revenons à nos histoires de TLC. Quelle peut être la conséquence d'établissement de TLC «haute » à 23 ou 25cm ou pire 30cm sur ce type de milieu ? Réponse, un arrêt quasi-total du prélèvement par les pêcheurs. Est ce que ceci aura un impact sur la densité de géniteurs ? Absolument pas, la mortalité naturelle élevée chez la truite fario écrêtera naturellement la population, à l'image de ce que l'on observe sur la réserve d'Orlu. Que chacun s'imagine ce que cela donnera pour les pêcheurs au bout d'une ou deux saisons de panier désespérément vide. Bel exercice d’auto-flagellation…

Il y a 3000 pêcheurs dans le Territoire de Belfort, combien en restera t'il dans quelques années dans les secteurs salmonicoles avec une TLC à 30cm sur des rivières granitiques a faible productivité ?

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Orlu : Répartition des individus par classes de taille
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Orlu : Répartition des individus par classes de taille
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Le No Kill est une solution bien plus efficace de valorisation d'une population de truite que l'augmentation de la taille légale de capture
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L'augmentation de la TLC ne permet pas de préserver les gros poissons

Naturellement, notre pays conserve encore un linéaire de rivières salmonicoles où la croissance des truites est plus rapide et où émerge au sein des pécheurs sportifs la volonté de pouvoir y pêcher des truites plus grosses. Il semble donc légitime que les gestionnaires piscicoles soient sensibles à l'idée d'augmenter la quantité de poissons de plus belles tailles. La tentation est ici de considérer l'augmentation des TLC non plus sous un angle de protection du cheptel mais dans une optique de valorisation d'un stock. Nous allons voir que l'augmentation des TLC est là encore une mauvaise réponse à un vrai enjeu.

Pour trouver des expérimentations riches d'enseignements ayant pour but de valoriser qualitativement un stock de truite, il faut hélas aller chercher du coté des USA ou de l'Europe du nord, faute de trouver en France des initiatives allant dans ce sens. L'exemple choisi ici se trouve dans les montagnes Rocheuses Canadiennes sur le bassin versant de la Old Man river. Deux rivières d'égale importance coulant parallèlement l'une a l'autre ont été soumises à deux régimes de gestion différents :

  • sur la rivière A, TLC a 30cm
  • sur la rivière B, no-kill total.

Le fait que tout le linéaire ait été englobé par la réglementation, de la tête de bassin jusqu’à l'embouchure en passant par les tributaires, permet de s'affranchir des biais liés aux mouvements des poissons. Examinons la population de truites sur ces deux rivières.  

Tout d'abord,  les densités de truites totales sont très comparables : 1400 ind./ha sur la rivière A (TLC 30) et 1350 ind./ha sur la rivière B (NK). Par contre la structure en taille présente une différence significative. En effet, la densité de truite de plus de 30cm est 3,5 fois plus importante sur la rivière B  (NK) que sur la rivière A (TLC 30).

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Old Man River : répartition par tailles
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Old Man River : répartition par tailles
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Sur le diagramme de la distribution de la taille des truites, on voit nettement que sur la rivière A (TLC à 30cm), survient une quasi-disparition des truites supérieures à 30cm, quand sur la rivière B (NK) on observe une structure plus harmonieuse avec davantage de belles truites d'une taille supérieure à 30cm.

La conclusion est ici limpide : une TLC élevée ne permet en aucun cas de valoriser d'un point de vue qualitatif un cheptel de truite. En effet, une TLC élevée concentre la pression de prélèvement sur les sujets de belles tailles, obligeant les pêcheurs à se focaliser sur les postes les plus profonds ou les plus aptes à abriter des belles truites, voire à choisir des modes de pêche davantage productifs en grosses truites (vairon manié chez nous par exemple). Cette focalisation de la pression de prélèvement sur les plus gros poissons aboutit à un fort effet d'élimination des truites de plus de 30cm. On voit très bien ici que le NK est une solution bien plus efficace de valorisation d'une population de truite que l'augmentation de la TLC !

L'exemple choisi ici, même s’il est un cas de figure classique et représentatif d'une situation de nombreuses fois validée, comporte certaines limites. Tout d'abord les truites sont ici des Cutthroats (Oncorhynchus clarkii lewisi), un salmonidé plutôt naïf, et plus aisément capturable que nos farios, mais aussi à la longévité plus longue. Ensuite, les pêcheurs locaux sont culturellement plus portés sur la pêche sportive en NK, et d'une manière générale plus prompts à respecter la réglementation. Ces éléments militent pour qu'en France, nous puissions mener nos propres expériences et en tirer des conclusions pertinentes par rapport à nos propres contraintes sociologiques et écologiques.

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Cutthroat de la Old Man River
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Cutthroat de la Old Man River
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Conclusion : il faut innover et expérimenter des nouvelles mesures de gestion

Dans cet article, nous avons vu que l'augmentation progressive des TLC avait deux conséquences particulièrement négatives :

  1. Punir les pêcheurs en abolissant presque complètement les possibilités de prélèvement sur une grande partie des ruisseaux et petites rivières, autant de cours d'eau en bonne santé où les populations de truites ne sont nullement menacées,
  2. Empêcher toute valorisation d'un stock de truites de grandes tailles sur les rivières productives en concentrant la pression de prélèvement sur les gros sujets.

Ces deux éléments militent au contraire pour qu'enfin en France, nous puissions sortir de cette logique périmée pour essayer autre chose : des grands parcours NK (et pas sur des rivières à bout de souffle!), des systèmes de fenêtres de captures avec une taille minimum et une taille maximum, où plus simplement une taille maximum de capture avec remise à l'eau au-delà d'une certaine taille. Ces mesures, simples, compréhensibles, destinées à valoriser et non à punir, avec de vrais suivis scientifiques avant/après permettront sans aucun doute d'avancer vers une gestion plus rationnelle et plus qualitative de nos populations de truites.

Remerciements à Fréderic Santoul (Université Toulouse III) pour m'avoir permis de l'accompagner sur la réserve d'Orlu lors de campagnes d'inventaires.

Pour en savoir plus:

Ouverture en Plateau : le choix du cœur

Pêche leure

S’exposer aux frimas hivernaux et au vent froid parfois violent le jour de l’ouverture de la pêche de la truite n’est pas une démarche rationnelle ni logique au regard des conditions météorologiques qui sévissent parfois sur les plateaux du Massif Central à une période de l’année où le monde végétal et animal vit encore au ralenti. Cette conduite est davantage dictée par un besoin impérieux, voire irrépressible, de retrouver un univers familier dans lequel on aime évoluer, sans se poser la question de savoir si les conditions seront réunies pour piquer une ou deux truites de taille modeste ou si les intempéries nous conduiront à nous vêtir plus chaudement pour lutter tant bien que mal contre des températures si peu clémentes pour pratiquer notre discipline dans des conditions acceptables. Non, jeter son dévolu sur une rivière de plateau sinueuse et froide, dès le mois de mars, fait plutôt appel à notre mémoire et à ce tropisme qui nous conduit naturellement à rejoindre ces paysages quelquefois désolés et mystérieux qui nous attirent irrésistiblement, plutôt que de devoir rejoindre la cohorte des pêcheurs regroupés dans les vallées plus ensoleillées et par définition plus propices.

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Généralement, la première impression qui m’étreint quand je rejoints une rivière coulant paresseusement au milieu d’un plateau, est ce sentiment de solitude dans lequel on est rapidement enveloppé alors que l’on traverse des landes désolées avant de rejoindre les berges du cours d’eau dont on espère secrètement que les niveaux ne seront pas trop hauts ni l’eau trop froide. Ces deux paramètres demeurent de loin les plus importants, notamment pour la pêche de la truite aux leurres car ils conditionnent la réussite d’une session. La stratégie à mettre en œuvre (pattern) doit par conséquent tenir compte de notre capacité à faire évoluer un leurre lentement et profondément très près des repères des poissons ou du lit du cours d’eau où le courant est très fortement ralenti, voire nul, notamment quand ce dernier est jalonné de roches et autres obstacles immergés. 

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Alain Foulon
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La température de l'eau conditionne la stratégique

 

Avant même de sélectionner les secteurs à prospecter prioritairement, vous devez prendre la température de l’eau pour construite votre pattern. En effet, si le thermomètre indique une valeur inférieure à six ou sept degrés, il sera vraisemblablement nécessaire de débuter votre session au moyen d’un leurre à palette (cuiller tournante, ondulante ou leurre hybride) car la puissance des signaux vibratoires et l’éclat de leur surface sont de nature à déclencher une attaque réflexe des truites diminuées physiquement et peu enclines à effectuer des déplacements de grande amplitude à cette période de l’année. Les prospections doivent également être insistantes sur les zones susceptibles d’abriter quelques poissons, ces derniers rejoignant naturellement (thermotropisme) une zone de confort leur permettant de survivre aux conditions extrêmes généralement observées au sortir de l’hiver. Les secteurs les plus favorables sont les courants suffisamment profonds au courant modéré et régulier. Les abords immédiats des berges profondément creusées sont également des spots qu’il convient de peigner en premier lieu pour les raisons évoquées supra. Si les leurres métalliques conservent ma préférence, le choix d’un leurre souple monté sur une petite tête plombée est plus qu’un expédient, l’attrait des produits attractants auprès des truites étant depuis plusieurs années démontré.

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Truite fario
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Une fario de plateau : rustique et racée
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Si les températures de la rivière oscillent entre six et neuf degrés, l’emploi d’un poisson nageur peut se révéler pertinent. Il convient dès lors de sélectionner un modèle très dense pour lui permettre de rejoindre rapidement le fond de la rivière et de s’y maintenir assez longtemps pour avoir une chance de provoquer une attaque. Les minnows HW (Heavy Height) et S (Sinking) doivent être employés prioritairement. Les modèles Extra Flat trouveront, dès l’ouverture, des conditions idéales pour exploiter leur capacité à renvoyer des éclats lumineux intenses grâce notamment à la surface plus importante de leurs flancs qui oscillent à la moindre vibration au gré du courant ou de l’animation du pêcheur qui privilégiera les mouvements de faibles amplitudes en maintenant la canne haute pour accompagner son leurre lors des dérives (simple soutien de la bannière accompagné de petits coups de scion).

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Pêche fario
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Les grands plats profonds devront être exploités prioritairement afin de bénéficier d’un réchauffement plus rapide généralement observé en fin de matinée, à condition que le soleil daigne faire son apparition. L’exposition revêt par conséquent une importance capitale pour espérer pouvoir profiter de conditions favorables durant la période utile d’activité qui se situe entre 11 et 15 heures. Il peut ainsi être judicieux de ne pas déjeuner pour se trouver au bord de l’eau au bon moment ! Le profil des rivières de plateau ne se prête guère aux prospections en wadding en raison de leur profil (sol instable, quasi-absence d’obstacle, progression invasive et peu discrète, etc). C’est pourquoi, il est préférable de rester sur le bord en dissimulant sa silhouette, notamment en l’absence de couvert végétal et de nuages. Le port d’un wadder offre néanmoins une bonne isolation pour lutter contre le vent froid, permet de décrocher un leurre plus facilement ou de traverser un gué. Une courte période d’activité est parfois observée dès l’aube ; elle est souvent de très faible durée mais peut nous permettre de faire réagir quelques poissons.

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Alain Foulon
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Un matériel adapté

 

Paradoxalement, il est important de sélectionner un moulinet disposant d’un ratio important pour peigner les grandes et profondes fosses, notamment à la cuiller tournante et ondulante malgré l’apparence paresseuse des courants. L’impression est souvent trompeuse, notamment quand la surface semble parfaitement lisse. Ce choix est dicté par un besoin de maintenir un contact permanent avec le leurre afin d’être en mesure de ferrer à la moindre impression, les attaques pouvant être fugaces. S’agissant de la canne, je privilégie un modèle regular de 1,5 à 5 grammes qui offre plus de polyvalence pour les pêches fines et me permet tout ainsi bien d’animer une cuiller ondulante qu’un petit poisson nageur en twitching. Pour les pêches plus « lourdes », je sélectionne une canne fast à extra-fast, disposant d‘une puissante de 3-8 g, pour permettre l’emploi de poissons nageurs plus denses et offrir la possibilité de les animer en jerking si les beaux poissons sont dehors et réagissent activement à ce type de récupération. Le reste de mon équipement est composé d’une tresse en 0.6 PE (huit brins) prolongée d’une pointe en fluorocarbone de 2 à 5 livres (au moins une fois ½ la longueur de la canne) en fonction du poids et du volume de mon leurre que je relie au moyen d’une petite agrafe en huit.

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Pêche plateau
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A l’approche de l’ouverture, la simple évocation de ces sanctuaires renforce mon impatience malgré les difficultés qui ne manqueront de survenir. Je reste aussi convaincu que l’attirance pour ces paysages désolés, au milieu desquels s‘écoulent de maigres filets d’eau au creux des tourbières ou des rivières nonchalantes déroulant paresseusement leurs méandres, fait appel à des valeurs profondes d’authenticité qui nous poussent à rechercher des paysages et des rivières sauvages, mais aussi des grands espaces qui, seuls, permettent à nos regards de se perdre à l’horizon…

Au plaisir de vous rencontrer au bord de l’eau.

Aux sources de la Romanche

Pêche Alpes

Toute histoire a un commencement… L’instant où tout bascule : la découverte d’un lieu, d’un paysage. Je m’en souviens encore : j’y montais avec mes parents pour me balader. Pleins de beaux souvenirs sont gravés dans ma mémoire : ma première pêche, essayer d’attraper ces têtards dans les flaques. Puis les années se sont écoulées sans pouvoir y retourner, ou surtout sans prendre le temps d’y aller.

En titillant bien mon cousin, nous décidons de remonter là-bas en haut, dans les Hautes Alpes.  A la sortie du village de Villar d’Arène, tournez à droite, continuez sur 500m en gardant votre droite. Ne pas quittez la route, continuez tout droit. En arrivant devant le Pas de l’Ane (bar restaurant), traversez le torrent du Lautaret et prenez le chemin à droite jusqu’au bout.

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Nous voilà enfin arrivés au parking. Nous descendons de la voiture et admirons les montagnes qui nous surplombent. La lumière est diffuse, le soleil est bas. Sacs à dos réglés, chaussures lacées, c’est parti pour l’ascension. Au départ, le chemin est un peu raide. Nos jambes un peu engourdies nous brûlent.

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Pêche Alpes
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Enfin, la vallée s’offre à nous…
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Pêche Alpes
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Notre refuge, le dortoir d’une nuit.
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Après une bonne demie heure de montée, nous arrivons sur le plateau. La vallée s’ouvre à nous. La lumière éclaire enfin les montagnes. L’herbe est roussie par le gel. Les premières neiges sont arrivées.  Ici, l’automne semble bien avancé; le temps s’écoute…

Une heure et quart plus tard, le refuge d’hiver apparaît.  Nous posons nos sacs où bon nombre d’alpinistes sont passés. Le plancher est marqué par les crampons et les piolets, et les murs par les signatures de ces voyageurs. Nous sommes à 2076m d’altitude au centre de la vallée, en plein cœur du parc des Ecrins. Nous prenons le temps de respirer en trinquant avec un bon vin blanc et en dégustant une rondelle de sauc’.

 

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Pêche Alpes
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Un air d’Altiplano!
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Pêche saumon de fontaine
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Pris au leurre
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Nous quittons notre refuge et partons avec les cannes. Nous cherchons quelques sauterelles, mais pas une seule à l’horizon. Le froid en a fait son affaire! Heureusement, nous avions tout prévu : quelques vers ramassés dans un tas de fumier. Nous commençons à pêcher au toc. Après un linéaire de 150m, nous n’avons aucune touche. Pourtant, il y avait bien des jolis pools et courants. Un changement stratégique s’impose : pêcher les résurgences.

Nos pas un peu indiscrets font fuir les premiers saumons. Il est vrai qu’on les voit de loin dans cette eau limpide. Généralement par groupe de 2 ou 3, la pêche à vue s’est imposée à nous. Mais notre approche devait être plus que soignée car les gaillards connaissent la musique! On ne va pas dire que la pêche a été fructueuse, mais qu’importe… Ici, c’est comme si on était parti en terres inconnues, on est ailleurs, et ce poisson contribue au voyage…

 

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Pêche Alpes
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Au toc, le plus joli!
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Il ne nous manque qu’une chose : une canne à mouche! Elle aurait été idéale pour commencer à pratiquer dans ces jolis plats. Cette brise qui descend de la montagne nous avertit qu’il faut rentrer au refuge. Sur le chemin du retour, quelques marmottes finissent de remplir leur terrier d’herbe. Notre journée se finira par un coucher de soleil grandiose… Ces moments où l’astre disparaît puis renaît à la vie forment un spectacle prodigieux pendant lequel la lumière s’évanouit dans des teintes rosées ou dans un camaïeu de bleus…

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Ces moments où l’astre disparaît puis renaît à la vie forment un spectacle prodigieux pendant lequel la lumière s’évanouit dans des teintes rosées ou dans un camaïeu de bleus…
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Après un bon repas à la bougie et de bonnes boutades, nous nous endormons profondément, bercés par le seul bruit du vent.  Cette destination est faite pour tous pêcheurs. Ça vaut le coup de monter pour profiter d’un moment simple. Ce petit refuge vous offrira tout le confort nécessaire, il y a même un jeu de cartes en cas de mauvais temps. N’hésitez pas à laisser le fond de vos paquets de pâtes pour les randonneurs égarés. N’oubliez pas votre paire de jumelles, vous êtes dans le parc des Ecrins !

 

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Pêche Alpes
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Un dernier regard sur la montagne…
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