Pêche des grosses truites en France : où, quand et comment les prendre ?

Pêche des grosses truites

Comment prendre une grosse truite ? Voilà une question qui hante de nombreux pêcheurs ! C'est un fait, les grands salmonidés génèrent des fantasmes et certains pratiquants n'hésitent pas à s'expatrier pour assouvir leur rêve. Or, le réseau hydrographique français offre de bonnes possibilités de réussite, si l'on prend soin de respecter certaines règles. En effet, par définition, les représentants du haut de la pyramide des âges sont rares et souvent hors de portée de ceux qui ne les ciblent pas. Par contre, le pêcheur qui se creuse les méninges pour axer sa stratégie spécifiquement sur ces individus, possède toutes les cartes en main pour en capturer de manière régulière. 

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Une "grosse truite", c'est quoi ?

Avant de se lancer dans des considérations techniques et stratégiques, précisons d'emblée que cet article ne concerne que les truites farios sauvages, c'est-à-dire des poissons nés dans la rivière ou qui y ont effectué la majeure partie de leur croissance (après une introduction au stade d'alevin par exemple). Sont donc exclus du propos qui va suivre les truites portions et les géniteurs réformés parfois déversés dans le milieu naturel au stade adulte. Ces cas de figure étant assez rares, nul besoin d'y consacrer un article spécifique, d'autant que les considérations techniques qui vont suivre restent valables ; la stratégie de pêche se résume quant à elle à rechercher les secteurs où ces déversements surviennent. De même, les grosses truites lacustres fréquemment rencontrées dans certaines rivières françaises (la Durance, la Dranse ou les gorges du Verdon par exemple) feront l'objet d'un article spécifique ultérieur.

Par ailleurs, précisons que d'un point de vue naturaliste, il vaudrait mieux considérer l'âge d'un individu plutôt que sa taille pour définir son appartenance au haut de la pyramide des âges. En effet, selon le milieu qu'elle habite, une truite fario sauvage peut mesurer en fin de vie de 30 à 80 cm !!! L'âge est donc plus significatif que la taille. Toutefois, dans les conventions modernes de notre loisir, la notion de "grosse truite" évoque bien directement des poissons aux mensurations généreuses, dignes d'une photographie. C'est pourquoi nous nous intéresserons ici aux longs poissons, et donc aux milieux naturels français capables de les produire. Pour la majorité des pêcheurs de l'hexagone, une truite est considérée comme "grosse" à partir de 50 cm. Dans d'autres pays anglo-saxons, un trophée est plus fréquemment caractérisé par son poids (10 lbs en Nouvelle Zélande par exemple).

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    farios de l'Isère
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    Ce spécimen de 60 cm capturé dans l'Isère en aval de Grenoble (38)...
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    truite fario
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    .... doit avoir le même âge que cette fario de 23 cm prise dans la Têt au Plat des Avellans (66)
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    Lorsqu'on convoite le haut de la pyramide des âges, on s'attaque plus à des individus disparates qu'à une population à proprement parler. Cette constatation doit être au centre des considérations du pêcheur. Ainsi, plus que pour toute autre approche, la logique du bon endroit/bon moment/bonne technique prend tout son sens pour la pêche des grosses truites. Nos chances sont maigres, tentons de les décupler au maximum ! Voici quelques pistes pour y parvenir : 

     

    Le bon endroit

    Pour ce qui est du lieu de pêche, il convient de considérer deux échelles d'espace : le type de milieu puis le type de poste.

    Les bons milieux

    Pour qu'une truite puisse grandir rapidement et donc atteindre une taille respectable avant de mourir, le milieu qui l'abrite doit posséder trois caractéristiques essentielles, systématiquement retrouvées : 

    • être suffisamment vaste et bien pourvu en caches pour qu'un grand poisson puisse bénéficier à la fois de zones de repos et de zones d'alimentation compatibles avec sa taille tout en le mettant à l'abri de ses prédateurs. La sécurité est systématiquement recherchée par les vieux poissons. 
    • être suffisamment riche en ressources nutritives pour induire une croissance rapide.
    • avoir des densités faibles : nous avons déjà abordé dans ces colonnes le phénomène de densité-dépendance qui régit la dynamique des populations de salmo. Plus une population de truites est dense, plus la taille moyenne des individus qui la compose est faible. On recherchera donc tous les milieux situés en limite de répartition géographique des salmo ou les milieux dont le recrutement naturel est assez faible pour diverses raisonsChercher spécifiquement les grosses truites dans des rivières ou des lacs où l'on rencontre de nombreux individus standards (disons entre 20 et 30cm) est une perte de temps certaine !

    En pratique si l'on transpose ces critères à notre réseau hydrographique, voici les milieux qui réunissent ces 3 qualités :   

    • les lacs de basse et moyenne montagne : la rigueur des conditions climatiques de la haute montagne limite la croissance des poissons. Ainsi, les plans d'eau qui nous intéressent sont situés à une altitude modérée (entre 700 et 2000m d'altitude environ) et possèdent une biomasse supérieure à celle de leurs homologues de l'étage supérieur. Ils sont plus riches en insectes aquatiques, terrestres (surtout s'ils sont bordés d'une végétation dense), voire en poissons fourrage (présence de vairons fréquente). Ces caractéristiques permettent un bon grossissement des truites. Certains lacs de montagne de l'étage supérieur offrent ponctuellement des gros poissons, notamment les grands barrages situés entre 2000 et 2200m (type Cap de Long dans le 65). Leur grande superficie et/ou profondeur assurent une capacité d'accueil intéressante pour les gros individus et limitent leur vulnérabilité. Quelques lacs de montagne connus pour leurs grosses truites : le barrage de Bissorte (73), le lac de Villefort (48), le lac des Bouillouses (66).
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    Lac Oo
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    Les grands lacs de barrage de nos montagnes (ici Oô dans le 31) contiennent de grosses farios
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    Pêche grosse truite Villefort
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    Thibaut Dupuy, guide de pêche en Lozère, avec une impressionnante 75 cm du lac de Villefort (48) !
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    • les portions aval des grandes rivières de montagne : ce sont les secteurs de grandes rivières de régime nival situés en fin de première catégorie ou en début de seconde, au niveau de la zone à ombre ou à barbeau de la classification de Huet. La largeur y est importante (souvent plus de 20m) et la truite partage son territoire avec de nouvelles espèces (cyprinidés d'eaux vives). Ces milieux sont riches car moins froids qu'en amont et souvent plus chargés en matière organique qui booste la chaîne alimentaire. Ils abritent des grosses truites à condition de conserver des températures acceptables en été (disons moins d'une vingtaine de degrés) et/ou un débit correct de façon à apporter suffisamment d'oxygène aux salmo durant les mois les plus critiques. Si la masse d'eau ne diminue pas trop, les températures peuvent ponctuellement monter jusqu'à 22/23°C. Les poissons doivent leur salut à des portions resserrées à fort débit et/ou des résurgences. Quelques grandes rivières de montagne des Pyrénées, des Alpes et du Massif Central dont les portions aval produisent des grosses truites chaque année : les gaves des Pyrénées Atlantiques, les grandes rivières des Pyrénées Centrales, l'Isère, l'Allier...etc.
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    pêche
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    Portion aval typique d'une grande rivière de montagne
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    Grosse fario du Béarn prise par Johan de la team Native
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    Grosse fario béarnaise du gave d'Ossau (64) prise par Johan de la team Native
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    • les résurgences : issus de sources dont la température et le débit sont relativement constants, ces aquifères souvent karstiques possèdent des températures assez stables tout au long de l'année. Ils sont ainsi globalement plus tempérés que les rivières de montagne en début de saison et conservent une relative fraîcheur en été. Cette stabilité des conditions hydrologiques est favorable au développement d'une biomasse conséquente, idéale pour une croissance rapide des truites. Les caractéristiques chimiques de ces eaux favorisent le développement de végétaux aquatiques (renoncules par exemple) qui offrent des caches intéressantes. Trois résurgences à grosses truites bien connues : la Sorgue du Vaucluse, la Touvre en Charente, la Loue en Franche Comté.

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    La Sorgue du Vaucluse
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    La Sorgue du Vaucluse, fameuse résurgence française
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    Touvre truite
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    Fario de la Touvre (16) prise par notre auteur Eric Bacon en sèche au printemps 2019
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    • les rivières calcaires : elles naissent généralement à moyenne altitude, et coulent sur un substrat calcaire, parfois uniquement au niveau de leur portion aval. Plus chargés en carbonate de calcium que les cours d'eau granitiques, ces biotopes sont caractérisés par une croissance rapide des truites. Le substrat caillouteux et les parties profondes assurent une capacité d'accueil intéressante pour y loger des farios records. Ces rivières sont majoritairement localisées dans l'est de la France. Quelques rivières calcaires bien connues pour leurs gros poissons : la Bienne en Franche Comté, le Chéran en Savoie, le Tarn en Aveyron.
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    truite Chéran
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    Sylvain Legendre avec une grosse du Chéran aval (74)
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    • les tailwaters : ce sont des rivières de plaine ou basse montagne alimentées en eaux froides par un barrage situé en amont. Ces biotopes très particuliers présentent donc des caractéristiques morphologiques et un peuplement piscicole d'une zone à barbeau, malgré qu'ils soient parfois situés bien loin des sources et du relief ! Selon les cas, le marnage est plus ou moins important. Le substrat est généralement de type galets ou sédiments fins et les caches sont produites par de la végétation aquatique ou rivulaire. Quelques tailwaters françaises à grosses truites : le Verdon en aval du lac de Castellane, la Durance en aval de Serre Ponçon, la Dordogne à Argentat, la Basse Rivière d'Ain.

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    Le Bas Verdon (13) : fameuse tailwater à grosses truites
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    Le Bas Verdon : fameuse tailwater à grosses truites...
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    pêche Bas Verdon
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    ... que notre lecteur Mathias Swoboda pêche assidûment en nymphe à vue !
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    Les meilleurs postes : 

    Une grosse truite est un poisson territorial et sédentaire qui habite une zone réunissant deux caractéristiques essentielles : 

    • une cache importante : une grosse truite ne se tient jamais très loin de son refuge. La nature d'une cache à grosse truite peut être très variée : il peut s'agir d'un obstacle caillouteux, de végétaux (algues, arbre immergé), d'une berge creuse mais également, et il convient de ne pas l'oublier, d'une masse d'eau importante, que ce soit en matière de profondeur ou de vitesse de courant. Tapie au fond d'une fosse, même en l'absence de blocs, une grosse truite se sent en sécurité, c'est la profondeur qui fait office de cache dans ce cas. La situation est comparable dans les veines d'eau très puissantes, à condition qu'un substrat hétérogène et/ou une pente prononcée ralentissent le courant de fond. Le gros débit lui passant au dessus de la tête assure alors sa tranquillité.
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    poste à grosse truite
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    Dans les gros couples vitesse/profondeur, c'est la masse d'eau qui fait office de cache
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    • une veine nourricière : suivant la rivière considérée, les gros individus acceptent de parcourir une distance plus ou moins longue entre leur zone de repos et leur zone alimentaire. Evidemment, dans certains cas idéaux, la nourriture leur parvient à domicile (cas des veines puissantes parsemées de gros blocs ou d'une berge creuse recevant une veine porteuse). D'autres fois, ils doivent quitter leur refuge pour trouver des zones confortables où ils peuvent s'alimenter à moindre effort. La fainéantise dans l'alimentation est une caractéristique assez propre aux grosses truites. Ce sont souvent les radiers et les bordures lentes en marge des "jolis courants" (là où de nombreux pêcheurs mettent les pieds) qui sont le théâtre des festins. La distance que ces poissons consentent à parcourir depuis leur cache peut aller jusqu'à quelques dizaines de mètres, rarement plus.
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    poste à grosses truites
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    Une veine porteuse + une cache : LE poste à grosse truite
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    La bonne façon :

    Evidemment, si vous êtes un adepte exclusif de la mouche, des leurres ou de la pêche en dérive, ce paragraphe n'a pas vraiment lieu d'être car le choix de la technique est alors dicté par votre sensibilité. Par contre, pour ceux qui se lancent sans a priori, et abordent la traque des grosses truites dans une logique d'optimisation absolue, le choix de la technique mérite réflexion. 2 paramètres principaux doivent être considérés :

    • la rareté des poissons pêchés : qui dit poissons rares, dit efficacité moindre des techniques intensives, qui consistent à "pêcher l'eau" en peignant méticuleusement la moindre veine. Les approches en dérive naturelle (au toc ou en nymphe au fil) très chronophages, forcément limitées au niveau de l'amplitude de pêche et qui par définition, ne peuvent cibler véritablement les gros poissons, sont disons, les moins rentables. Evidemment, il est possible de prendre des grosses truites en dérive naturelle mais la réussite tient alors dans la parfaite connaissance de la rivière et dans la capacité du pêcheur à cibler les meilleurs postes... Globalement, s'il l'on souhaite pousser l'optimisation à son paroxysme, il vaudra mieux soit repérer préalablement le poisson (cas de la pêche à vue ou sur gobage), soit adopter une technique extensive, c'est-à-dire possédant une grande capacité de ratissage pour décupler ses chances de croiser un gros individu souvent dilué dans une masse d'eau importante : c'est le cas de la pêche aux leurres.  Nymphe à vue, mouche sèche et pêche aux leurres, voici les 3 techniques les plus porteuses pour la pêche des grosses truites. D'ailleurs, les chasseurs de tête les plus réputés en France sont statistiquement des adeptes de l'une de ces 3 techniques. 
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    pêche fario
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    En grands milieux, la recherche des trophées en dérive nécessite une parfaite connaissance des lieux...
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    Matthieu Vieilhescazes
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    ... c'est le cas de Matthieu Vieilhescazes guide de pêche sur les rivières Ariège (09) et Aude (11)
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    pêche grosses truites
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    Dans ces milieux vastes et homogènes, la capacité de ratissage de la pêche aux leurres est appréciable !
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    • l'adéquation de l'offre avec le régime alimentaire des truites : la nourriture consommée par les gros poissons est très variable selon le milieu qui les abrite. Dans le cas où ils cohabitent avec des cyprinidés d'eaux vives, il est fréquent de constater que les plus gros salmonidés deviennent presque exclusivement ichtyophages et le fait de présenter une imitation de poissonnet est alors très rentable, voire dans certains cas, l'unique chance de les leurrer. Le plus souvent, les truites conservent un régime alimentaire assez diversifié et profitent de manière plus ponctuelle et opportuniste des différentes mannes de nourriture qui s'offrent à elles au cours de la saison. Il est alors très important de considérer les éclosions majoritaires qui surviennent sur votre lieu de pêche, notamment celles du printemps, période de l'année où la croissance des truites est maximale : est-ce que des March Brown ou des Baetidés éclosent en mars/avril ? y-a-t-il d'autres types de nourriture qui apparaissent un plus tard, par exemple est-ce que des gammares colonisent les bordures au mois de mai ? dans la torpeur estivale, des sedges font-ils bouger les gros poissons au coup du soir ? Voici quelques exemples de questions qui s'imposent avant de choisir l'outil à nouer au bout de votre bas de ligne. Lancer des poissons nageurs sur des truites énormes qui picorent des gammares en bordure est aussi contre productif que ligner méthodiquement de grandes veines d'eau en nymphe au fil à la fermeture alors qu'un signal vibratoire serait beaucoup plus rentable. A vous de vous adapter !
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    Pierre Cast grosse truite pyrénées
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    Notre auteur Pierre avec une zébrée de la Catalogne française (66) prise aux leurres, sa technique fétiche
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    Le meilleur moment : 

    Quand les grosses truites se nourrissent-elles le plus ? A ce propos, les scientifiques sont unanimes : la part la plus important de la croissance annuelle d'une truite fario survient au printemps et les plus gros individus n'échappent pas à la règle ! On prendra soin de considérer d'abord le type de milieu et ne pas suivre le calendrier à la lettre : 

    • En rivière de montagne de régime nival, le printemps correspond à la période qui s'étend de l'ouverture au début de la fonte des neiges (soit généralement de mars à mi-avril). C'est incontestablement, le meilleur moment pour prendre une grosse truite dans ce type de milieu. En effet, en pré-fonte des neiges, survient quasiment chaque année un phénomène très intéressant : les représentants du haut de la pyramide des âges usent de leur stature pour s'accaparer les meilleures veines nourricières On ne touche alors que peu de "petits" poissons ; le nombre de touches est assez faible mais ceux qui les produisent valent sacrément le détours !  En post-fonte des neiges, la situation change : l'ensemble de la population passe à table et il est alors plus hasardeux de toucher la toute grosse. Ce phénomène est moins marqué sur les portions aval à très faible densité (on ne peut pas parler de "population" à cet endroit) : vos chances sont bonnes tant que la température de l'eau reste compatible avec les exigences des salmo. Ainsi, on prendra soin de laisser tomber ces secteurs quand elle dépasse la vingtaine de degrés avant d'y revenir en fin de saison...
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    pêche grosse truite
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    La pré-fonte des neiges : le moment clé pour le traqueur de grosses truites en rivière de montagne
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    • En lac de montagne, la situation est contrastée et dépend étroitement de l'altitude qui conditionne la capacité de l'eau à "chauffer" plus ou moins en été : dans les lacs de plus faible altitude, disons moins de 1200m (type lac de Villefort), le bon moment correspond à l'inflation thermique qui survient de mars à avril/mai. Plus tard, l'eau est généralement trop chaude pour que les salmonidés y soient régulièrement actifs. A l'étage supérieur, disons au-delà de 1500m d'altitude, le gel hivernal concerne souvent les pièces d'eau. La bonne période est alors plus étalée (les amplitudes thermiques sont moindres que celles des lacs de basse montagne) et le critère technique (voir point suivant) rentre en jeu : dans le mois qui suit le dégel (mai, juin ou juillet selon l'altitude et l'exposition), les poissons sont agressifs et donc réceptifs aux leurres. Plus tard, les grosses truites restent actives mais deviennent plus sélectives et discrètes. La pêche à la mouche à vue est une excellente arme pour les capturer alors que les leurres perdent de leur efficacité.
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    pêche grosse fario
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    Grosse truite d'altitude prise aux leurres 3 semaines après la débacle
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    • Dans les rivières de régime pluvial ou pluvio-nival, la situation est assez simple : la période faste se situe lorsque la température de l'eau se rapproche progressivement de l'optimal thermique de la truite, à savoir 12°C (soit d'avril à juin environ). Plus tard, les conditions sont étroitement dépendantes des évolutions de la météo. Un été frais peut par exemple prolonger les bonnes conditions du printemps alors qu'une canicule va décupler la difficulté de la pêche et la rendre bien plus aléatoire.
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    NM
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    Grosse zébrée de la haute rivière Ain (39) prise aux leurres en mai par Nicolas Meynard
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    La bonne période dépend aussi des spécificités de la technique de pêche choisie :

    • Cas de mouche sèche et de la nymphe à vue : les meilleures périodes pour le moucheur dépendent étroitement du type de rivière considérée ainsi que des éclosions qui rythment la saison de pêche. Quelques exemples fréquemment rencontrés en France : dans les grandes rivières de montagne des Alpes ou des Pyrénées, les éclosions de March Brown et Baetis en début de saison font vraiment bouger les gros poissons. En mai/juin, ce sont les mouches de mai qui les rendent vulnérables en plaine. Au même moment dans les rivières à gammares type rivière d'Ain, les pêcheurs en nymphe à vue sont à pied d'oeuvre pour attendre les mémères qui viennent se goinfrer de cette crevette sur les bordures. Pour vous rendre compte de l'impact du gammare sur les grosses truites, voici une splendide vidéo réalisée en Franche Comté par Nathan Schlumberger, lecteur de Truites & Cie : 
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    • Cas de la pêche aux leurres : en stimulant le réflexe d'agressivité de la truite, cette pêche trouve son apogée aux extrémités de la saisons. En effet, les truites sauvages de nos cours d'eau sont plus réceptives en tout début de saison (lorsqu'elles sont encore relativement naïves) et à l'approche de la fermeture, lorsqu'elles commencent à être travaillées par les hormones. De plus dans les milieux aval où l'eau chauffe considérablement en été (milieux à très faible densité de truite où la pêche aux leurres est particulièrement efficace), la fin de saison voit la température de l'eau repartir à la baisse, ce qui décuple la capturabilité des gros poissons.
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    pêche grosse truite
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    Le début de l'automne : excellente période pour le leurre en portion aval de rivière de montagne
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    Ephéméride du pêcheur polyvalent de grosses truites françaises :  

    Ceci étant dit, voici à quoi pourrait ressembler la saison de pêche du "parfait pêcheur de grosses truites" :

    Mars/avril : de nombreuses options sont possibles mais c'est incontestablement LE moment pour prendre une grosse truite sur un portion aval d'une grande rivière de montagne de régime nival, sous réserve que la neige ne fonde pas. Toutes les techniques sont possibles.

    Mai/juin : durant ces mois, les températures et conditions hydrologiques sont souvent très favorables dans les rivières calcaires de régime puvial ou pluvio-nival. Toutes les techniques sont possibles.

    Juillet/août : durant les mois les plus chauds, il est toujours possible de prendre une grosse truite dans les milieux précédemment cités mais leur recherche devient plus technique et aléatoire. Pour les plus téméraires, il reste alors les lacs d'altitude décrits en début d'article. Programme optimisé : pêche aux leurres dans le mois qui suit le dégel puis pêche en sèche ou en nymphe à vue lorsque les insectes abondants rendent les truites sélectives.

    Septembre/octobre : les conditions de pêche en fin de saison peuvent être extrêmement variables selon la météo de l'été passé, et notamment la survenue d'éventuels orages au mois d'août. La pêche peut alors être excellente comme plutôt mauvaise suivant le milieu considéré, c'est là que vos capacité d'adaptation et de réflexion doivent rentrer en jeu !

    Suivre cette logique... ça fonctionne, comme nous le prouve le tableau de truites suivant, réalisé en 2019 par notre auteur et guide de pêche Jean-Michel Brunet sur des milieux très différents, à des périodes différentes et avec des techniques différentes. Jean-Michel est l'archétype du chasseur de tête qui fait preuve d'une capacité d'adaptation sans faille pour optimiser sa saison et prendre des grosses truites très régulièrement en France.

    Sa série débute par une 61cm en Durance (rivière de montagne classique du massif alpin) prise en nymphe au fil lors d'une éclosion de March Brown en l'absence de gobages, peu de temps après l'ouverture.

    Puis au mois de mai suivant, sur une fameuse rivière à gammares de l'est de la France, il a enchaîné avec une 69cm prise en nymphe à vue avec une imitation de ces petites crevettes.

    Enfin en plein mois d'août, alors que la Durance était gonflée d'eau glaciaire et que la Basse Rivière d'Ain était trop chaude, il a récidivé en lac de montagne. Ayant remarqué que les grosses truites ne réagissaient plus aux signaux vibratoires des leurres, il s'est adapté en présentant un appât naturel quasiment en statique, pour miser sur le stimulus alimentaire... résultat... 71 cm !

    En image, ça donne ça : 

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    Jean Michel Brunet
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    Jean-Michel Brunet avec une 61cm prise en mars en Durance (05)
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    Jean-Michel Brunet
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    Une 69cm de la Basse Rivière d'Ain (01) prise lors d'un festin de gammare
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    Jean Michel Brunet
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    Enorme fario d'altitude de 71cm prise en lac de montagne alpin (05)
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    Pourquoi pêcher les grosses truites en France ?

    Incontestablement, la France n'est pas le pays au monde qui contient le plus de grosses truites. Toutefois, est-ce une raison pour s'expatrier afin d'assouvir son rêve ? Rechercher ce graal dans notre pays est d'autant plus valorisant que l'entreprise est difficile. Les photos de cet article parlent d'elle même : si la France ne possède assurément pas les plus grosses truites au monde, ni les plus nombreuses, pour ce qui est de leur caractère, de leur diversité génétique, marque de nos souches à valeur patrimoniale, difficile de rivaliser ailleurs sur la planète. Les grosses truites françaises sont le reflet de la variété de nos milieux salmonicoles français et leur valeur ne se limite pas au chiffre affiché sur la toise.

    De même, à une époque où tout pêcheur voyageur devrait considérer l'impact environnemental de ses expatriations, surtout si elles sont fréquentes, il est particulièrement gratifiant de se mettre en quête de ces individus... à domicile !

    Certes, il faudra leur consacrer du temps, faire preuve de volonté et d'audace, car on le voit à la lecture de ces quelques lignes, la réussite tient dans des paramètres ténus, tous très variables et relatifs... le succès ou l'échec se joue parfois à quelques jours, quelques détails matériel près... mais lorsque l'épuisette pèse lourd, le sentiment de fierté n'en est que plus légitime !

    Bonne traque des grosses truites françaises !

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    grosse truite
    Pêcheur.com

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