Grosses truites : comprenez les pour mieux les pêcher !

fario durance

On ne s’improvise pas traqueur de gros poissons, on le devient au fil des saisons et des heures passées à « chercher » ce graal difficilement accessible. Beaucoup de nos rivières hexagonales sont encore aptes à nous offrir ce bonheur mais pour cela, il faut faire preuve d’abnégation et d’une motivation sans faille. Inutile de compter les heures passées dans l’eau froide et les espoirs déçus, ceux-ci seront vite oubliés quand reposera au fond du filet de votre épuisette, le spécimen qui hantait vos rêves !  Pour en arriver là, il faut accepter de faire l’impasse sur les pêches productives, les gobages nombreux... l’aventure sera souvent ingrate et difficile !

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Chercher à prendre une grosse truite peut s’apparenter à  un voyage initiatique tant les épreuves auxquelles vous serez confronté seront difficiles mais toujours enrichissantes. La rareté des poissons convoités rend souvent cette pêche solitaire et seuls les plus initiés pourront partager ces moments forts avec un binôme de grande confiance.  Comme au sujet de toute chose rare et précieuse, je vous invite à peu parler des endroits que vous fréquentez ou alors seulement à des amis précieux et peu communicatifs. Les poissons trop sollicités deviennent vite imprenables, invisibles ! S’appuyer sur une excellente maîtrise technique et un bon mental seront des atouts indispensables lorsque vous serez confronté à une magnifique fario s’alimentant sous vos yeux !

 

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grosse truite
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Un mental d’acier avant tout

L’aspect psychologique représente une part importante que le traqueur de « big fish » doit absolument intégrer dans ses dextérités : passer de longues heures sans voir le moindre poisson demande une volonté et un optimisme forts !

La confrontation entre un poisson exceptionnel et le moucheur obligera ce dernier à transformer le stress découlant de cette situation en une énergie positive afin de proposer un geste sûr. Prendre du recul, dédramatiser la situation permet une pêche naturelle !

Cette gestion des émotions est semblable à celle qui fait la différence entre un sportif de bon niveau et un grand champion !  Sport de haut niveau et pêche à la mouche se retrouvent alors sur ce point.

Ne faites jamais abstraction du fait que plus les truites gagnent en taille, plus elles se font rares, les plus gros sujets régnant en maître au sommet de la pyramide des âges. Pour en arriver là, ces vieux salmonidés auront échappé à de multiples prédations et autres péripéties qui leur auront permis d’accumuler beaucoup d’expérience et de vécu afin de ne pas finir en papillote.

Tout au long de son parcours halieutique, le moucheur engrange lui aussi de nouvelles dextérités techniques  et se fixe des objectifs toujours plus hauts. Enfant, une truite de 30 centimètres prise sur un ruisseau « école »  nous faisait atteindre l’excellence. Saison après saison, la taille des truites qui hantent nos rêves devient plus grande et les paliers que l’on se fixe toujours plus complexes.

Les plus impatients et fortunés se tourneront vers des destinations lointaines, ces paradis où les grosses farios sont nombreuses.  Personnellement, je pense qu’il vaut mieux faire ses armes ici avant de partir, car je connais beaucoup de personnes qui ne trouvent plus d’envie et de passion quand ils reviennent de ces voyages. Quoi de plus gratifiant que de prendre un beau poisson sur un parcours public français quand vos amis ont dépensé des milliers d’euros pour parfois ne pas faire mieux !  A vous de choisir ce que vous considérez comme le plus gratifiant !

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grosse truite pyrénées
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Ne vous trompez pas de saison !

La croissance des truites est fonction de la richesse de l’écosystème dans lequel elles évoluent. Ainsi, un poisson de 25cm prospérant dans un minuscule ru passera pour un monstre au regard du biotope qui le nourrit.

Sur les rivières que je fréquente d’un bout à l’autre de la saison, nous qualifions de "gros poissons", les truites dépassant 55/60 centimètres. Il faut parfois plusieurs décennies pour battre son record. Je reste bloqué, pour ma part, à 71 cm (prise 3 fois). J’ai d’ailleurs pris depuis plusieurs truites entre 66 et 68 qui, au vu de leur embonpoint, étaient certainement  plus grosses que la fameuse 71 !

Les truites larges, celles qui ont la petite bosse après la tête, sont, à mes yeux les plus belles, celles que je ne me lasse jamais de contempler. Ces truites qui ont atteint des tailles respectables font fantasmer notre imaginaire. Elles sont à respecter et à relâcher avec d’infinies précautions. Les rendre à la rivière qui les a vues grandir, c’est se donner la chance de les reprendre.

Viscéralement attachés à leurs postes respectifs, ces gros poissons peuvent se reprendre plusieurs fois comme nous l’avons vécu avec mon ami Michel. Nous avons séduit à plus de 6 reprises, pendant  4 ans, la même fario sur son poste de prédilection… nos carnets de pêche respectifs attestant de la courbe de croissance de celle-ci.   

Beaucoup de récits halieutiques semblent démontrer que la fin de saison et le mois de septembre en particulier sont favorables pour déjouer la méfiance légendaire de ces grosses truites. Ils semblent pourtant oublier que le début de saison peut s’avérer excellent lorsque les conditions sont optimales.

La présence de niveaux d’eau et de conditions météorologiques favorables aux émergences de gros éphémères, ne sont pas les seuls facteurs qui influent sur les phases d’alimentation des salmonidés. Le métabolisme de ces gros géniteurs reste encore impacté par la fraie qui s’est terminée deux mois et demi plus tôt, ils se trouvent contraints de s’alimenter pour assurer leur survie. Leurs flans efflanqués attestent de la rudesse du moment et ces poissons souvent carnivores ne trouvent dans ces eaux froides que peu de poissons fourrages. Pour ces gros salmonidés, il est vital de reprendre des forces, le volume de la ration alimentaire journalière sera en rapport à la taille du sujet.

 Cette contrainte biologique printanière oblige les gros salmonidés à trouver une nourriture qui est relativement rare et donc à s’exposer plus que durant le reste de la saison.

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grosse fario pyrénées
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Sortez des sentiers battus !

De nombreuses grandes rivières sont réputées pour abriter de gros poissons, certaines revues en font écho régulièrement aux travers de leurs pages.

Ces cours d’eau aux  « trompettes de la renommée » trop bruyantes, ne sont à mon humble avis que poudre aux yeux, tant la pression de pêche y est forte.

Les vieux poissons qui les habitent ont l’expérience décuplée par les nombreux pièges auxquels ils ont réchappé, et ne se nourrissent sereinement que lorsque les berges bénéficient de calme. Les multiples perturbations et sollicitations contraignent ces salmonidés à modifier leur comportement alimentaire ; parfois, ceux-ci ne sortent leur museau que lorsque les moucheurs sont au lit !! 

Evitez les portions renommées, pêchées à outrance, même si la densité de gros sujets y est réelle, vos chances d’en découdre et de tordre du carbone seront bien plus maigres que sur des berges moins réputées. 

Les grosses truites fréquentent plutôt les secteurs aval de la 1 ère catégorie, là où la population piscicole s’agrandit avec l’apparition des premiers poissons blancs. Sur ces secteurs que l’on désigne par « zone à ombre », la pente plus faible assagit les rivières qui gagnent alors en largeur et profondeur. Cette configuration où alternent pools profonds et puissants radiers assure un habitat de qualité aux grosses farios.

 Les grandes rivières de type calcaire sont les plus productives. Riches d’une grande diversité d’insectes, elles permettent une croissance élevée aux spécimens qu’elles abritent.

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Sur quels postes ?

Les postes de ces poissons peuvent prendre la forme d’une multitude de configurations mais tous  possèdent  des similitudes que seul un œil bien exercé peut déceler.

Ces poissons au comportement sédentaire occupent souvent des postes qui peuvent passer inaperçus au premier regard. C’est souvent après la capture accidentelle d’un beau poisson que l’on réalise le potentiel d’un poste. Les éléments caractéristiques n’apparaissent que lorsque l’on détaille avec attention la topographie.

Loin des yeux, ces poissons peuvent vieillir et grandir tranquillement et il est vital pour eux de choisir des postes discrets.  Ces repaires à grosses truites ne sont jamais loin d’une zone profonde qui leur sert de repli lorsqu’un danger se présente ; ces poissons ont besoin d’espace. Certains s’alimentent devant un bloc ou une remontée de radier à proximité de leur cache, d’autres se déplacent un peu plus loin en amont pour trouver pitance.

Deux types de comportements alimentaires apparaissent en fonction des poissons rencontrés et de la configuration des postes :

  •  Certains poissons se contentent d’attendre que la nourriture vienne à eux, délicatement servie par une veine porteuse
  • D’autres effectuent avec rigueur un parcours bien défini en s’alimentant.

On peut s’interroger sur ce sujet, très souvent ce sont les poissons les plus beaux qui parcourent ces circuits gastronomiques : opportunisme ou besoin alimentaire plus importants ? la question reste entière.

Les veines porteuses jouent un grand rôle. Lors des éclosions sporadiques, certaines récoltent et ramènent plus d’insectes que d’autres ; les grosses farios affectionnent particulièrement ces « entonnoirs à mouches », surtout si les protéines ailées leur arrivent sur un poste où elles ne sont pas trop exposées. Les « retournes » de courant peuvent constituer d’excellents secteurs à gros poissons quand elles possèdent une cache susceptible d’accueillir un beau spécimen.

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poste truite
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une retourne, une veine porteuse et une cache : tous les éléments sont réunis !
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isère aval
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Le repérage : un préalable indispensable à la réussite

Une saison grosse truite commence bien avant l’ouverture et pas seulement lors du dressage d’imitations, mais déjà avec les pieds dans l’eau !

Chaque hiver, lorsque la pêche est fermée, j’aime aller roder sur les berges désertées par les pêcheurs afin d’observer le déroulement de la vie.

En Février, aux heures les plus chaudes, quand les premières Baetis apparaissent, certains gros poissons affamés par les conditions décrites plus haut peuvent entrer en activité. L’étiage hivernal dû au froid qui bloque la fonte, offre des conditions d’observation idéales.

A cette époque de l’année, les salmonidés se nourrissent sans stress, ils peuvent aussi être repérés grâce à l’absence de feuilles sur les arbres. Armé de vos lunettes polarisantes et de jumelles si vous en possédez, scrutez avec attention les berges successibles d’en héberger, c’est certainement le meilleur moment pour découvrir de nouveaux partenaires de jeu!

Une fois la cible identifiée, prenez en photo le poste. Quelques mois plus tard, quand la végétation aura repris ses droits, il sera toujours plus facile de retrouver l’endroit !

Il est complexe et certainement hasardeux d’avancer des théories sur les stratégies de pêche à mettre en œuvre pour défier ces grosses truites en début de saison, tant les situations offertes peuvent varier. Néanmoins, je vais tenter de décrire une sorte de feuille de route :

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La stratégie classique du moucheur en début de saison :

Les éphémères susceptibles de déclencher l’activité de ces gros poissons en Mars/Avril ne sont pas très diversifiées. Deux espèces se distinguent : Rhithrogena Haarupi la « March Brown » des anglophones, et Baetis rhodani, la plus fameuse des « olives ». Les abondantes émergences de subimago de ces deux espèces aux heures les plus chaudes de la journée provoquent souvent la mise en activité des beaux spécimens. Oubliez les têtes de courant et autres petits coups, territoires de poissons plus modestes, pour vous consacrer aux bordures calmes.

Les subimagos de « March Brown » apparaissent dans les secteurs rapides et prennent parfois leur envol avant d’avoir atteint les lisses où sont positionnés les plus beaux poissons. Leurs larves sont sensibles à la pollution, ce qui limite leur présence aux secteurs les moins dégradés qui se trouvent souvent plus amont. Les émergences de brune de Mars sont moins régulières que celles des Baetis et se produisent  par météo moins agitée.

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baetis
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De par la régularité de leurs éclosions et leur faible sensibilité à la pollution, j’affectionne les « Baetis ». Par temps pluvieux et frais, les secteurs avals voient leurs subimago émerger avec abondance et ils restent parfois jusqu’au soir sur la pellicule de l’eau. Les éclosions se déroulent sur un laps de temps plus important, facteur capital quant on sait que les gros salmonidés sont très lents à entrer en activité.

La taille plus petite des subimagos est un autre facteur qui me fait privilégier les olives : les grosses truites éduquées sont plus aptes à les saisir en surface. Leur taille modeste et leur abondance augmentent la proportion d’insectes morts nés (still born), ceux-ci prisonniers de la surface sont consommés plus facilement et discrètement.

En dehors des heures favorables aux éclosions, je pêche les parties profondes des courants en nymphe. Je prospecte canne haute avec deux nymphes assez lourdes. Cette technique permet de pêcher tout au long de la journée et parfois de toucher un gros poisson !

La recherche passionnante des grosses truites offre des émotions fortes quel que soit l'issue : prise, cassée ou décrochée. Il me semble me rappeler d’avantage de celles que j’ai perdues que de celles que j’ai prises, tant la frustration peut être grande !

Au final, même celles qui ont échappé à l’objectif de mon appareil photo m’ont apporté du bonheur !

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grosse truite

A propos de l'auteur

Originaire de Toulouse (l'accent ne trompe pas !), Lionel pêche exclusivement les salmonidés à la mouche (sèche et nymphe) dans tous les milieux qui en contiennent…