Choix du parcours : prenez la température !

grosse truite

A l’ouverture, plus qu’à n’importe quel autre moment de l’année, la question de l’activité des poissons et de la température de l’eau revient sur le tapis. Il est vrai qu’en début de saison, le choix de la destination de pêche conditionne la réussite de la journée. Comment s’y retrouver ?

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Pour replacer le sujet, la truite est comme tous les poissons, un animal à sang froid. Cela signifie que la température de son corps, et donc son métabolisme, est conditionnée par la température de l'eau. Il n'y a qu'un pas pour conclure que température et activité alimentaire sont liées, mais cela est finalement un petit peu plus subtil que ça. Voici quelques clés qui permettent de s'y retrouver.

Globalement la truite est un poisson qui supporte une large amplitude de température. Sa gamme thermique de préférence se situe entre 4 et 19 degrés. En dessous de 4°, son métabolisme est réduit et par conséquent son activité alimentaire aussi, et au-delà de 19°, les premiers signes de stress thermique se font sentir. Les cours d'eau qui abritent des populations intéressantes de truites fario présentent le plus souvent une température comprise entre 4 et 19°, aussi ce simple critère n'est pas très efficace pour prédire le niveau d'activité des poissons. Ce qui l'est plus, c'est le régime thermique global des cours d'eau dans lequel on pêche, ainsi que la saisonnalité. Synthétiquement j'ai tendance à distinguer trois types de cours d'eau :

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Quentin Dumoutier
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Les cours d'eau froids : Entrent dans cette catégorie la plupart des cours d'eau de montagne, et en tout cas toute leur partie amont. Sur ces cours d'eau, les poissons ne subissent jamais de stress thermique chaud et pour certains la température de l'eau peine même à atteindre les 15° au plus fort de l'été. La température de l'eau prend ici toute son importance, notamment en début de saison où elle peut rester de longs mois aux environs de 4° voir en dessous ! Sur ces cours d'eau, le début de saison est parfois compliqué et il faudra souvent profiter des premiers redoux pour assister à de vraies phases d’activité. Ces redoux peuvent survenir à l’occasion de journées ensoleillées, sur les secteurs bien exposés, ou d’une dépression « tiède » accompagnée de pluies. Si la période est froide, la pêche à l’ouverture peut être très compliquée. L’été est bien souvent la meilleure période de pêche sur ces secteurs.

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Pêche truite
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Les cours d'eau tempérés se rencontrent sur la partie médiane des zones à truites. L'hiver est froid, l'été est chaud mais globalement les périodes de stress, chaudes ou froides, sont marginales. Ce sont bien souvent les secteurs où les populations de truites se portent le mieux. L'échauffement de l'eau au printemps n'est pas nécessairement précoce mais dès que la température de l'eau dépasse 7/8 degrés, nous entrons dans ce qui est probablement la plus grosse période d'alimentation annuelle. L'activité s'estompe avec le début de l'été puis reprend à l'automne où le retour de températures optimales coïncide avec des besoins alimentaires accrus liés à l'approche de la période de reproduction. L'essentiel de cette seconde phase d'activité a lieu après la fermeture.

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grosse truite
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Les limites aval de répartition des truites sont souvent les secteurs à spécimens. Ils sont caractérisés par une concentration de l'activité alimentaire sur les périodes printanières et automnales. Le printemps est clairement la meilleure période pour la pêche d'autant qu'il est possible de trouver des poissons très actifs, précocement. En été en revanche une longue période de stress thermique oblige les poissons à trouver des refuges tels que des résurgences ou les pieds de seuils, dans l'écume. S'ils sont parfois faciles à trouver à cette période, les déloger temporairement de leur refuge peut être fatal. Aussi, il n'est pas souhaitable de les pêcher.

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pêche truite leurre
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Pour être complet il existe une dernière catégorie particulière de rivières à truites : les cours d'eau à température tamponnée. Ce sont le plus souvent des résurgences. L'eau qui sort de terre à une température constante toute l'année qui, si elle n'est pas trop froide, permet une activité alimentaire permanente de la truite. La température n'a ici plus d'influence et la saisonnalité est ici celle de la nourriture et de la reproduction.

Si le niveau d'activité dépend de la température, les tenues des poissons sont moins liées. Elles découlent surtout de la succession des ressources alimentaires disponibles pour la truite au cours d'une saison et en fonction du débit :  dérives de larves d'invertébrés arrachées par un coup d'eau, émergences de trichoptères, d'éphémères, reproductions de gammares, de vairons de vandoises, sont autant de points marquants qui vont rythmer les comportements des poissons.

Alors que faire à l’ouverture ? Tout dépend de la météo, et notamment de son évolution les jours qui la précèdent. Globalement, pêcher les secteurs avals, s’ils sont en état, est toujours une bonne idée car les conditions thermiques sont assurément bonnes à cette période. En revanche, si un redoux se profile, remonter sur le bassin versant, parfois jusqu’en montagne, permet de profiter des premiers pics d’activités de la saison. Ces poissons soumis à des hivers rudes peuvent se révéler particulièrement actifs dès que la température remonte au-dessus de 5°C. Alors pour l’ouverture, surveillez les débits, bien entendu, mais n’oubliez pas la météo, et mesurez la température au moindre doute !

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grosse truite

DES INSECTES ET DES PLUMES - March Brown, théorie et pratique

March brown

En voici une mouche qui génère bien des fantasmes ! Dès le début du mois de mars, nous souhaitons tous nous retrouver face à ce petit phénomène de la nature qui est l'éclosion de la "grande brune de mars", cette fameuse March Brown. L'étude de cette mouche, bien que capitale chez nous en France, a été relativement délaissée par la traditionnelle littérature anglo-saxonne, et pour cause: le substrat des chalks-streams n'est pas très favorable à leur épanouissement... il faut du cailloux ! Halford la cite toutefois et conseille son emploi pour imiter "Ecdyonurus Venosus"... La systématique naturaliste ayant considérablement avancé depuis les débuts du 20ème siècle, chaque pêcheur un peu féru de naturalisme et d'entomologie (même sommaire) sait, ou devrait savoir, que notre bel et brun insecte appartient au genre "Rhithrogena" et en est le représentant le plus célèbre. Ici au mois de mars, au moment même ou la saison démarre, le mot "March Brown" est dans toute les bouches, tous en parlent, en rêvent, l'espèrent ! A l'usage, peu la connaissent... Essayons donc d'y voir un peu plus clair à propos de LA bestiole !

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peche en sèche
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March Brown ou Olive sombre ?

De la fin de l'hiver aux premiers jours d'avril, la March Brown forme, avec la "grande olive" (Baetis Rodhani et consorts...), le duo gagnant des éclosions d'éphémères qui incitent les truites à se mettre en position sur les zones appropriées et bien souvent à gober... et c'est bien cela qui nous intéresse n'est-ce pas !?

J'ai bien souvent remarqué que beaucoup de pêcheurs (et pas que des jeunes ! et pas que des débutants !) confondent fréquemment ces deux éclosions, ce qui est dommageable car leurs caractéristiques propres ne sont en rien comparables si on tient compte de la stratégie de pêche. En effet, les baetis et nos rhithrogenas ont des moeurs bien distinctes et celui qui possède au coeur le désir d'établir un lien direct entre naturalisme et action de pêche, saura trouver dans ces arguments des éléments probants de réussite... intellectuellement tout du moins. Pour les autres, ceux pour qui ce genre de considération est soit trop détaillé, soit superflu, je ne peux hélas plus rien pour eux.

Avant d'aller donc plus loin dans le propos, il me paraît essentiel d'éliminer tout risque de confusion entre notre March Brown (Rhithrogena) et sa rivale la large dark olive - ou olive, spring olive, blue dun - (Baetis). Je ne me baserai ni sur la taille, ni sur la couleur qui sont des critères somme toute extrêmement relatifs. Encore moins en ayant recours à une leçon d'entomologie pure, science passionnante s'il en est, mais dont les détails ardus et imperceptibles dépassent de trop loin le cadre de la pêche. Et d'ailleurs, combien d'entre nous amènent avec eux au bord de l'eau une loupe binoculaire et tout l'attirail du parfait petit entomologiste? Je préfère faire appel à de l'“entomologie de pêche" : un empirisme de terrain qui intègre une marge d'erreur scientifique mais qui est suffisamment rigoureux pour donner des réponses éclairantes sur la vie, les habitudes et la détermination des insectes qui nous intéressent.

Une façon sure, absolue, sans aucune faille pour rassurer le profane dans son diagnostic passe par l'étude des ailes :

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ailes march brown
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Chez les Baetis, les ailes sont peu nervurées et surtout longitudinalement. Chez les Rhithrogenas, elles sont nervurées de façon très apparente et aussi bien longitudinalement que transversalement. Mais surtout, surtout, les ailes postérieures des baetis sont minuscules (difficiles à percevoir à l'oeil nu si l'on ne possède pas des yeux de lynx), de forme éliptique avec une saillie en forme d'épine sur le bord supérieur, très faiblement nervurées. Chez Rhithrogena, et comme pour toute la famille des Heptagénéidés, les ailes postérieures sont très apparentes et leur taille correspond à peu près à un tiers de la longueur de l'aile antérieure. On n'a plus d'excuse, on ne peut plus se tromper ! Ce seul critère permet de discriminer à coup sur une March Brown d'une olive... il est indubitable et à la portée de tous. Je connais néanmoins quelques pêcheurs qui n'ont jamais ouvert un livre mais qui ne se trompent jamais d'éclosion, distinguant l'une de l'autre comme ils distingueraient un labrador d'un caniche sans jamais avoir été juges lors d'un concours canin. Abstenez vous toutefois de leur demander le nom latin de la bête... Ces pêcheurs là deviennent rares et c'est bien dommage.

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march brown
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March Brown, présentation

La March Brown est un éphémère de la famille des Heptagéneidés et du genre Rhithrogena, ses larves sont de forme pétricole et vivent sous les galets dans des eaux courantes de bonnes qualité. Dans l'ensemble, il s'agit d'un éphémère plutôt de grande taille (11 à 13 de taille d'hameçon pour se servir de repère), d'un aspect robuste, possédant deux cerques brunes. Comme dans presque tous les cas chez les éphémères, les mâles sont sensiblement plus petits que les femelles. Une astuce aussi pour différencier le genre Rhithrogena des autres Heptagéneidés est d'observer un point ou une tache plus ou moins allongée au milieu du fémur des pattes moyennes et postérieures. La présence avérée de cette tache disqualifie de fait le genre Ecdyonurus et le genre Epéorus (avec qui beaucoup les confondent) et nous conforte dans notre diagnostic pour le genre Rhithrogena. Ce fait est observable à l'oeil nu.

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Les subimagos ont l'abdomen de couleur brun-caramel à brun-tabac cerclé de beige clair, le thorax brun foncé et les ailes gris sépia nettement nervurées de gris foncé.

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march brown
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march brown
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RHITHROGENA GRATIANOPOLITANA - Imago femelle
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Les imagos sont bruns/rouges aux ailes irisées et transparentes. Ils ressemblent par leur aspect et leur vols aux imagos des Ecdyonurus les plus communs. Les femelles portent des oeufs de couleur crème à l'extrémité de l'abdomen au moment de la ponte. 

Selon mes travaux de taxonomie, je pense pouvoir rapporter ici la présence de 2 espèces de March Brown : la "vraie" (Rhithrogena Germanica) et la "petite" (possiblement Rhithrogena Gratianopolitana). Je n'ai pas décelé de différences notables dans leur façon d'éclore ainsi que dans leurs moeurs.

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March brown
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march brown
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Les deux espèces semblent intéresser de la même manière les truites. Bien que j'ai pu observer l'éclosion simultanée des deux espèces, R. Germanica paraît désormais plus rare (certains entomologistes parlent de régression de l'espèce en France) et plus encline à coloniser les grandes rivières, voire leur partie aval si le milieu le permet. R. Gratianopolitana semble encore éclore massivement mais préfère je crois, le cours supérieur des rivières moyennes. Germanica est plus grande (hameçon de 11) et sa dominante de couleur est dans les "bruns chauds". Gratianopolitana est plus sombre, sa couleur brune tire sur l'olivâtre plutôt foncé, et pour l'imiter, un hameçon de 12 voire 13 me semble convenir. La nervuration des ailes diffère aussi, plus dentelée et marquée chez la "vraie", plus uniforme chez la "petite", mais ce sont des détails infimes...

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Une éclosion singulière

L'éclosion de March Brown est ce que je nomme une éclosion brutale. Tout paraît calme sur la rivière quand brusquement, les mouches apparaissent, de plus en plus nombreuses, pour parfois atteindre une effervescence sans pareille. Si les truites sont disposées, aux premiers gobages souvent discrets, s'enchaînent les suivants, plus rageurs, comme furieux... c'est l'apothéose ! Très vite, tout retombe et le calme semble se réinstaller. Cela se passe dans un temps éclair. Parfois, on se prend à se demander si l'on n'a pas rêvé. Par soucis d'efficacité, il est nécessaire d'être très pragmatique dans le choix de la mouche.

Je m'explique : la brièveté du phénomène impose une perte de temps minimum... D'après mon expérience, l'éclosion par elle même dure en moyenne 20 minutes, ce n'est donc pas le moment de changer dix fois de mouche. Il faut savoir où l'on va et traiter la situation avec peu de modèles... 2 ou 3 me suffisent, mais précis. Il faut bien comprendre que pour l'éclosion de cet insecte, c'est le subimago et la nymphe montante qui obnubilent les truites, le contenu stomacal des poissons pris au coeur de l'éclosion nous le confirme.

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eclosion march brown
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March brown
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Quelles imitations ?

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march brown
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Le terme d'"émergente" étant un fourre-tout impropre, notamment pour les heptagéneidés, j'éviterais par conséquent de l'employer ici. Deux modèles de subimago font mon bonheur, j'ai très rarement l'occasion de recourir à un troisième. En voici les détails : la mouche que j'utilise en priorité est un modèle inspiré par la collection de Jean-Louis Poirot, corps en quill brun et le reste en coq dans les tonalités de l'insecte. Outre le classicisme absolu de ce modèle, il a une qualité essentielle à mes yeux, c'est sa relative bonne flottabilité lorsque l'on enchaîne les prises, on ne perd donc pas un temps précieux à sécher la mouche ou à en changer, surtout lorsque le temps est maussade comme souvent en mars. C'est toujours ce modèle que j'utilise en premier lors de ce type d'éclosion.

Mon second modèle est un genre de parachute (paradun), plus subtil, flottant plus bas sur l'eau avec une aile opaque en CDC. Très prenante aussi, mais moins pratique, elle se sèche moins facilement.

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march brown parachute
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Stratégie de pêche 

La March Brown n'éclot pas n'importe où sur la rivière, certaines zones sont nettement plus favorables que d'autres. Elle peut éclore en nombre sur un poste et le pêcheur peut assister aux gobages que cela provoque sans que rien ne se passe sur des centaines de mètres en amont et en aval de ce même poste. Celui qui connaît sa rivière et les habitudes des créatures qui l'habitent peut ainsi anticiper et gérer efficacement sa séance de pêche.

Le poste type où éclot notre Rhithrogena est souvent une plage au courant vif dont l'amont du courant principal est bordé de gros rochers, de préférence anguleux. Et, paramètre très important il me semble : la profondeur d'eau de la zone concernée doit être supérieure à la moyenne haute de la rivière que l'on observe. Il est intéressant d'observer que les postes à march brown coïncident avec ceux où vivent les truites dont la taille est aussi dans la moyenne haute du même cours d'eau.

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eclosion
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Si l'on pêche avec des mouches crédibles, les truites montent assez facilement, les refus sont rares et la réussite passe par une bonne gestion du temps. Il faut surtout être au bon endroit au bon moment, autour de 13h. Toutefois, en de rares occasions, les truites peuvent se montrer compliquées et la résolution de l'équation peut tourner à l'énigme. J'avance à cela deux voies à explorer. Voici la première :

  • la "vraie"et la "petite" éclosent de façon simultanée, le modèle n'est alors pas en cause, mais les truites sont très regardantes sur la taille, il faut donc veiller à varier la taille de nos meilleures imitations.
  • L'autre hypothèse suppose que certains individus présentent des difficultés à éclore, ayant du mal à se débarrasser de l'enveloppe nymphale, qui bien souvent englue une aile et condamne l'insecte. Cela arrive régulièrement notamment avec la "petite". On peut facilement imaginer que cette proie plus facile soit prioritaire pour certaines truites rétives. Il faut donc posséder un modèle qui répond à ce type d'exigence et je me suis largement inspiré des travaux de Pierre Miramont afin de créer mon propre modèle de "march brown mal éclos".
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nymphe march brown
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Il peut exister d'autres situations complexes, mais on ne peut pas tout maîtriser... Pendant la période où les truites se nourrissent de march brown, je constate que dans 80% des cas, c'est le subimago qu'elles chassent et c'est sur ce stade que le monteur de mouche doit se focaliser.

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spinner march brown
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L'imago, un joker de choix

Il n'est quand même pas superflu d'avoir un bon modèle d'imago dans sa boîte. Pendant les éclosions, l'imago ne nous est pas utile. Mais comme je l'ai dit plus haut, l'éclosion de March Brown est brutale et aléatoire... Par contre, les jours sans mouche, il est intéressant, lorsque nous sommes contraints de pêcher l'eau, d'utiliser une bonne imitation d'imago.

Pour le spinner, il est nécessaire que le montage soit léger et dressé sur un hameçon fin de fer. Deux hackles de qualité (un roux, un gris acier) sont à mon avis un plus mais il ne faut surtout pas charger la collerette. Quatre tours au total sont largement suffisants. Le bon volume, la brillance des hackles sont des éléments importants. Une soie fine et brune combinée à des tonalités "vieux rose-pâle" pour l'abdomen me semble être le compromis le plus à même à séduire les truites.

Forcément, c'est une autre pêche, moins prolifique sans doute, moins spectaculaire... mais plus subtile je pense, plus intuitive. J'en profite pour ouvrir une petite parenthèse : Amis moucheurs, avant d'attacher une enclume à votre bas de ligne lorsque "ça ne gobe pas", essayez donc avant un bon vrai spinner... au moins pendant 30min, pour voir, pour la beauté du geste... vous serez surpris parfois !

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spinner march brown
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Je parlerai peu de la nymphe, il me semble qu'elle est prise pendant la phase ascendante qui se fait dans la lame d'eau en plein courant. Cette étape se fait rapidement et je n'ai pas eu jusqu'à présent la nécessité de concevoir un modèle de nymphe très spécifique. Si toutefois la situation impose l'emploi d'une nymphe, une pheasant tail de la taille adéquate fait très bien l'affaire.

Ce petit recueil informatif est le fruit d'une expérience issue de rivières du sud de la France, en particulier des Pyrénées Centrales où pendant plus de 35 saisons, j'ai observé, recueilli et admiré ces magnifiques insectes. Nul doute que le propos y soit relatif et que des confrères habitués à d'autres régions pourraient nous amener des informations complémentaires... voire contradictoires ! Nul n'est omniscient.

La March Brown est un éphémère passionnant, aussi stimulant pour les pêcheurs que pour les truites... et les monteurs de mouches ! Sachez profiter des joies que procurent leurs éclosions, de leur vol empreint de charme au sortir de l'hiver... Le réchauffement climatique croissant et l'agro-industrie sont sur le point de sceller leur destin à jamais. Leur survie est peut être en suspends... Chérissez leur présence ! Les retrouver chaque année pendant ces quelques semaines où l'hiver passe le relais au printemps me permettent, bon an mal an, de croire et d'espérer encore un peu en ce monde !

 

LES FICHES DE MONTAGE MARCH BROWN : 

Il existe 1001 manières de monter les March Brown, voici mes 3 modèles favoris :

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Montage march brown
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1. MARCH BROWN  (classique)

  • Hameçon Kamasan B405 n°12
  • Soie de montage Veevus 14/0 brune B09
  • Cerques : fibres de pelles de coq limousin gris rouillé foncé
  • Corps en quill ginger ou brun Polishquills
  • Ailes en pointe de hackle chinchilla gris
  • Collerette : hackle corrézien gris-tabac
  • Tête en soie de montage brune, vernie
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Montage March Brown
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Montage march brown
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2. MARCH BROWN PARADUN

  • Hameçon Kamasan B405 n°12
  • Corps en soie de montage Uni-thread 6/0 camel
  • Cerclage en fil Gutermann Col 415 (couleur paille)
  • Cerques : 2 poils d'élan
  • Post : Fibres de CDC sépia naturel et juste quelques fibres de canard woodduck
  • Collerette : hackle "dark honey dun" aux reflets cuivre
  • Thorax: léger dubbing "life cycle brown"
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Montage march brown
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spinner march brown
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3. MARCH BROWN (spinner)

  • Hameçon TMC103 BL n°13
  • Soie de montage Veevus 14/0 brune B09
  • Corps : fil Metler couleur chair cercle par la soie de montage
  • Cerques : fibres de pelles de coq limousin gris rouillé foncé
  • Ailes : pointes de lancette pardo crudo fixées à 45°
  • Collerette : un excellent hackle roux moyen et un gris acier corrézien
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Spinner march brown
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J'ai détaillé chaque matériau, mais il va de soi que l'on peut substituer la plupart d'entre eux, l'essentiel étant de bien comprendre vers quoi l'on doit tendre !

Luchonnais : c'est l'embellie !

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truites piques

Les résultats des pêches électriques d’inventaires piscicoles effectuées à l’automne 2017 sur l’ensemble des cours d’eau du Luchonnais sont excellents.

En duo dans l'Ouest Américain

Idaho

Regards croisés, par Violaine Capet et Eric Bacon.

"Il en parlait comme d’un pèlerinage. A l’entendre, ce qui se jouait dans les rivières nord américaines tenait du sacré, d’un périple à la fois physique et spirituel, d’une expérience que l’on doit faire au moins une fois dans sa vie."

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Vio

Enfin, c’était là l’évocation d’un fou de pêche depuis la tendre enfance, moucheur depuis une bonne vingtaine d’années. Tout l’inverse de moi en quelque sorte. Mais la passion avec laquelle il se plaisait à raconter la richesse insondable de ce monde parallèle, la manière dont tout son corps s’éveillait à la seule idée de remonter les rivières généreuses du Montana verdoyant ou d’un Idaho plus steppique finirent  par piquer ma curiosité et susciter chez moi l’envie d’aller chercher là-bas un art de voyager dans les cours d’eau qui m’apprendrait à mieux converser avec la nature.

Eric

Elle me disait souvent qu’elle aimait bien la manière dont je parlais de la pêche et de la pêche aux USA en particulier. Mais un jour elle me fit part de son envie de m’accompagner canne à la main….. Pourquoi pas ? Oui. Mais oui bien sûr !

La pêche à la mouche outre atlantique c’est une partie de moi. J’y pense un peu tout au long de l’année et en général en septembre c’est le départ pour mon  pèlerinage. J’y suis d’abord et souvent allé avec Jacques Dauty, mon compagnon de pêche, mon ami, mon mentor. J’y suis retourné il y a quelques années pour y porter ses cendres. Je continue d’y aller tous les ans en solitaire ou avec mes compagnons de pêche. 

C’est maintenant à ma compagne de vie que je veux montrer cette partie de moi. Voir si comme moi elle arrive à se déconnecter de tout pour mieux se connecter à la nature environnante et y puiser une incroyable sérénité...

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Pascal Martin
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Les débuts avec Pascal Martin
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Vio

Demeurait toutefois une étape préliminaire ; celle de l’apprentissage accéléré de la pêche à la mouche. De ses codes, de ses techniques, de l’entomologie, de la lecture de l’eau, de la vie des poissons et des truites en particulier, j’étais une parfaite profane. L’idée d’entrer dans l’eau, de fusionner avec le courant, d’en sortir assourdie et malaxée me faisait plus envie que de renouer avec un instinct prédateur, qui m’a – cela dit en passant – toujours fait défaut. N’étant pas d’une nature contemplative non plus, il était hors de question que je ne fasse qu’accompagner mon héros en patientant sur les berges à mettre des élastiques sur des bouquets de fleurs.

C’est donc Pascal qui eut la lourde tâche de m’apprendre à lancer ma soie durant un WE mémorable qui  porta un nouvel élu à la présidence de la République et durant lequel un vent à décorner les bœufs nous permit de n’être que très peu importunés par d’autres promeneurs en waders. Sa patience infinie et j’espère aussi, pour une part au moins, l’application dont je fis preuve nous amenèrent à penser que tout espoir n’était pas vain, bien au contraire. 

Après avoir tenté quelques entraînements dans les cours d’eaux asséchées de la Vienne ou de la Charente, avoir dégusté quelques sardines près de l’eau, nous fîmes le constat de la nécessité pour moi de suivre un second stage.

A l’issue d’un séjour dans le pays basque, Glenn eut donc la tâche de me permettre d’affûter mon lancer et de travailler mon ferrage afin qu’il me soit symboliquement donné un blanc seing pour m’adonner à cette nouvelle discipline dans le décor du film mythique de Robert Redford.

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Glenn Delporte
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Violaine sous l'oeil attentif de Glenn
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Eric

Il fallait maintenant prévoir une phase d’apprentissage.

Nous avons tout d’abord beaucoup parlé de l’eau et de ses mouvements, des poissons et de leurs comportements, du matériel, des différentes techniques, des insectes. De pourquoi on pêche à la mouche et pourquoi on relâche la quasi-totalité des poissons que l’on attrape. Mais bon sang ! Quel magnifique projet que d’initier à la pêche une totale débutante avec une canne à mouche.

Pour la technique du lancer, place à ceux dont c’est le métier. J’ai la chance de compter parmi mes amis deux moniteurs guides de pêche : Pascal Martin et Glenn Delporte.

Un week-end organisé avec le premier sur les bords de l’Agout et de l’Orb puis une piqûre de rappel avec le second sur les Nives... des moniteurs compétents et patients mais aussi pleins de finesse et une apprentie qui ne lâche rien même dans les pires conditions auront permis à notre débutante après seulement trois jours de pratique d’être capable de poser à bonne distance et avec précision une mouche sèche.

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Vio

La feuille de route avait été entièrement définie par Eric comme telle dès le départ : notre voyage consistait en la découverte des plus beaux cours d’eau nord américains, à pêcher une truite (au moins) dans chacun d’entre eux et à découvrir (ensemble cette fois) le cadre géologiquement extraordinaire du parc de Yellowstone.

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yellowstone
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Rainbow Trout
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Eric

Définir un itinéraire pour notre périple fut assez simple, je connais plutôt bien le triangle d’or de la pêche à la mouche que forment l’Idaho, le Montana et le Wyoming, pour l’avoir sillonné depuis plus de 25 ans. Notre séjour devait  être un vrai voyage au fil de l’eau :

  • privilégier les plus belles rivières,
  • qu’elles soient faciles d’accès et pas trop techniques pour la pêche,
  • voir une grande diversité de paysages,
  • et enfin varier les plaisirs : Arcs en ciel, Farios, Cutthroats.

Tout d’abord une évidence pour moi : je voulais que la première rivière qu’elle découvre soit Kelly Creek dans le nord de l’Idaho. Si nous devions décrire la rivière parfaite pour la pratique de notre passion, la plupart d’entre nous décrirait un cours d’eau ressemblant à Kelly Creek.

Nous allions donc atterrir à Missoula pour visiter en premier le nord de l’Idaho. Puis, cap à l’est : direction les grandes plaines du Montana pour remonter la vallée de la Madison et rejoindre le parc de Yellowstone. Poursuivre vers le sud pour traverser le Grand Teton National Parc dans le Wyoming. Et pour finir, une grande virée vers l’Ouest à travers l’Idaho nous fera passer par les paysages lunaires de Craters of the Moon pour arriver à Boise chez mon ami Erik Moncada.

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Idaho
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Vio

Le premier jour de notre arrivée fut donc consacré à la rivière idoine pour le moucheur exigeant soucieux de faire coïncider la luxuriance de la nature environnante avec le caractère accidenté d’un cours d’eau propice à l’exercice d’une multiplicité de techniques de pêche. C’est, en tous cas, en ces termes que cette rivière m’avait été contée et de cette manière que je l’ai rencontrée. Grâce  aux conseils avisés d’Eric j’y ai attrapé ma première truite américaine.

Le lendemain fut consacré à une partie de pêche sur la St Joe. Les loups blancs, le risque de panne, l’impatience contenue mais si palpable d’Eric sur l’eau ? Est-ce pour l’une de ces raisons ou le savant mélange des trois que je garde aujourd’hui de cette rivière pittoresque et encaissée un excellent souvenir ? S’agissant de la pêche j’y ai rencontré des truites peu dociles, voire difficiles. Elles nous contraignirent en effet à nous procurer des imitations de papillons blancs dans un fly shop, n’en disposant pas dans ma panoplie de la parfaite pêcheuse US soigneusement confectionnée par notre ami entomologiste Christian.

De ces trois journées particulièrement accueillantes car ensoleillées, je repense avec émotion au vent chaud enveloppant et peux témoigner d’un sentiment de bien être absolu sur le chemin du retour qui nous ramenait à l’hôtel. A cet instant très précisément, la fumée des feux de forêt brouillait notre point du vue, le ciel rougeoyait sur fond de System of a down et je revoyais les  truites qui avaient bien voulu croire à notre habile stratagème (élaboré par Eric et parfois exécuté par mes soins), en éprouvais une sorte de gratitude et imaginais celle-ci réciproque dès lors qu’elles avaient recouvré leur liberté.

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kelly kreek
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Eric

Nous y voilà, sur la fameuse Kelly Creek. Elle y attrape assez vite ses premières Cutthoats en pêchant l’eau avec un sedge. Mon rôle est celui d’une sorte de conseiller technique : je choisis le parcours, la mouche qui me semble appropriée et reste à côté d’elle pour adapter en permanence la stratégie aux conditions.

Si Violaine se satisfait au début du plaisir de maîtriser ses lancers, elle se prend vite au jeu des captures et ressent même une certaine frustration lorsque les truites se décrochent avant d’arriver à l’épuisette.

Après trois jours de pratique relativement intensive, ses lancers sont de mieux en mieux maîtrisés et le ferrage un peu abandonné en route, ne pose maintenant plus aucun problème. Il est temps, pour augmenter les captures de commencer à pêcher avec une petite nymphe sous un porteur et très vite sur la St Joe, les prises s’enchaînent.

 

Vio

Nous avions eu raison de profiter de la clémence de la météo car ce qui s’annonçait n’avait que peu de choses à voir avec l’été indien américain que nous avions anticipé. Notre entrée dans le parc naturel de Yellowstone fut marquée par un orage retentissant.

A première vue, la Gibbon offrait des conditions idéales ; les gobages étaient nombreux… sous le ciel menaçant. Après la pluie, les truites étaient dans un tout autre état d’esprit, l’eau était devenue parfaitement lisse. Le vent soufflant encore bien fort, j’ai souvenir du plaisir qui fut le mien à l’idée de leurrer les truites - «  les narguer » traduirait mieux ma pensée - avec une imitation de sauterelle, à l’instar d’un géant qui tenterait d’attirer un homme avec une côte de bœuf géante. J’y parvins presque mais la truite s’échappa.

Puis la pluie revint de plus belle et la suite de la journée se passa en voiture, à admirer les bisons qui vivaient tranquillement leur vie, arrêtaient de temps à autre une foule de voitures de touristes venus du monde entier, avec une nonchalance et un naturel désarmants.

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yellowstone
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Les jours qui suivirent furent consacrés à la visite du parc, célèbre pour la multiplicité de ses phénomènes géothermiques (geysers, fumerolles et sources d’eau chaude dont le Grand Prismatic et le Old Faithful sont les emblèmes).

Sous un temps frais et couvert, nous avons pris le temps de comprendre cette région du monde singulière pour la finesse de son écorce terrestre, par endroits directement reliée au centre magmatique de la terre et néanmoins particulièrement appréciée par les truites.

Redoutant une tempête de neige annoncée, Eric modifia notre itinéraire afin de mieux profiter de notre présence dans le parc et des parties de pêche préprogrammées ; sur Flat Creek, sur la Snake où mes pieds gelés m’obligèrent à marcher un peu pour assister au spectacle touchant d’un ours brun traversant la rivière. Le paysage qui se déroula sous nos yeux en remontant vers Mammoth Hot Springs fut particulièrement authentique, je garde en mémoire des troupeaux de bisons au coucher de soleil puis sous la neige, des cerfs broutant aux ronds points des villes, des familles d’antilopes aux fesses blanches (pronghorn) détalant sur notre passage.

Pour finir en beauté notre séjour dans le parc, nous fîmes une randonnée bien particulière depuis Cook City. Particulière, dans la mesure où elle donnait tout son sens au caractère sacré qu’Eric avait pour habitude de mentionner lorsqu’il venait fouler la terre et les rivières de cette partie du monde car c’est dans cette vallée de la Lamar qu’il était venu déposer les cendres de son grand ami moucheur Jacques avec lequel il avait découvert cet endroit.

La magie de l’éclaircie qui nous permit de nous adonner à une partie de pêche fructueuse malgré le vent portait son nom. Elle fut si brève et si intense qu’il n’était pas possible de ne pas imaginer que c’était là l’hommage amical et bienveillant d’un ami dont le souvenir est encore aujourd’hui très vivant.

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Yellowstone National Park
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Eric

Nous avions prévu de consacrer une semaine pleine au parc de Yellowstone. De quoi pêcher les principales rivières, visiter tous les sites touristiques (une grande première pour moi, qui après une bonne dizaine de séjours au pays des geysers n’avais jamais pris le temps de quitter le lit des rivières) et de faire des randonnées. 

Il fallut changer notre programme en raison d’une météo très inhabituelle pour la saison. Vent, froid, pluie, chutes de neige souvent abondantes et certaines rivières parfois impraticables à cause des précipitations nous obligent à sortir de notre carnet de route et à improviser.

Malgré ces contretemps, Violaine prend ses premières Arcs en ciel et Farios nord américaines dans le bassin de la Madison. Les bassins de la Yellowstone et de la Snake lui permettent de ferrer de magnifiques Cutthroats. Son aisance, la canne à la main, a grandi terriblement vite et cela est bien utile car si les poissons sont nombreux, ils subissent ici une très forte pression de pêche qui les rend extrêmement méfiants.

Nous croisons de nombreux pêcheurs américains qui nous font part de leur incapacité à leurrer les truites locales et cela me fait réaliser à quel point notre débutante a su s’adapter.

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raimbow trout
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Vio

Le lendemain, nous quittions le parc pour nous rendre chez Erik, l’ami américain, un autre fou de pêche, rencontré quelques années auparavant dans un fly shop. Autre périple, autre rythme, autre paysages.

Si je devais dessiner notre road trip, il n’y aurait que peu de place pour les paysages gigantesques. Un ciel immense prendrait toute la place sur la feuille : Saturé par endroits, tourmenté toujours, il apparaîtrait plombé d’un bleu anthracite et par touches, serait traversé par des tubes de lumière. Le sol en cratère de lune apparaitrait en négatif, en noir lavé, semblable au carrelage que nous poserions un jour dans notre future cuisine (voir Craters of the Moon).

Tenez-le pour acquis : grâce aux conseils de mon coach émérite très personnel (et très peu objectif) et à la bienveillance touchante d’Erik, les truites volumineuses et vigoureuses qui ont élu domicile sous les barrages de l’Idaho ont fait de moi - en quelques jours seulement - une véritable star de la pêche à la mouche.

La donne était ici toute autre : le plaisir n’était pas tant dans le ferrage que dans la bataille qu’il fallait d’abord mériter puis engager avec ces jolies nageuses vertébrées à branchies d’eau douce.

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grosse truite
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erik moncada
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Pour avoir raison d’elles, il me fallait mobiliser biceps et triceps (enfin ceux qui m’en tiennent lieu) et l’instinct de vie qui était le mien dans ma courte vie utérine, afin d’anticiper les étapes du parcours sinueux qu’elles décidaient de suivre.

Ma seule expérience du combat se résume à celle-ci. Ma canne en garde les stigmates… irréversibles.

Le tableau ne serait pas complet si je ne faisais pas mention du caractère éminemment collectif, intensément partagé de ces parties de pêche. Si nous étions deux sur la photo (le pêcheur et sa prise), nous étions quatre à pouvoir raconter par le menu toutes les histoires de nos parties de pêche, exagérant la difficulté de la prise, l’habileté du pêcheur ou la taille du poisson dans le seul et unique objectif d’ajouter encore du plaisir au plaisir à nos récits pittoresques.

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brown
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Eric

Dernière partie de notre séjour sur les terres de mon ami Erik Moncada.

Il s’agit de pêcher maintenant des tailwaters (rivières sous barrages). La donne change un peu pour Violaine car ce sont des cours d’eau beaucoup plus larges et puissants que les précédents et surtout les poissons sont ici beaucoup plus gros.

Si lancers et ferrages sont maîtrisés après plus de 10 jours de pratique quotidienne, il reste à apprendre à contrôler des poissons qui mesurent plus de 50 cm. Encore une fois je suis impressionné par ses facultés d’adaptation. Elle comprend vite comment il faut se positionner face au poisson qui change vite de secteur une fois ferré, garde la canne haute pour amortir les coups et n’hésite pas à suivre le poisson sur plusieurs dizaines de mètres pour éviter les casses.

Ainsi, le premier jour sur une rivière peuplée essentiellement de grosses Farios c’est un sans-faute. Aucune casse ou décroche et les poissons trophées s’enchaînent arrivant à l’épuisette après parfois 15mn de combat. Un guide local positionné sur la berge opposée finira même par cesser toute activité pour profiter du spectacle.

Malgré une journée couverte propice aux éclosions, les gobages sont rares et la pêche se fait sous l’eau. La technique sèche/nymphe maintenant bien maîtrisée par Violaine fonctionne remarquablement bien.

Le lendemain nous pêchons la South Fork of the Boise River toujours en compagnie du régional de l’étape. La rivière est peuplée d’arcs sauvages et il y a de la casse !!! C’est tout d’abord la canne de Violaine qui ne résiste pas et dont le brin intermédiaire rend l’âme après un long combat. Il faut dire que le choix de continuer de la faire pêcher avec sa canne légère pour soie n° 3 - choix qui avait été le sujet d’un long débat avec Erik - est pour le moins discutable.

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boise
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BWO
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Ensuite, pêchant alternativement avec ma canne et celle d’Erik - toutes les deux pour soie n°4 - ce sont les casses de bas de ligne qui s’enchaînent. Ce n’est qu’après la perte de plusieurs mouches qu’elle trouve les bons gestes pour rendre la main quand ces poissons filent à grande vitesse tels certains de leurs congénères marins.

La journée se déroule avec une éclosion ininterrompue et parfois massive de BWO. Les truites sont très sélectives devant une telle abondance de nourriture et c’est souvent un montage émergent qui remporte la mise.

Tout cela se déroule dans la bonne humeur et les fous-rires sont nombreux.

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Brown Trout
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Vio

Il n’y aura pas deux voyages comme celui-ci.

Il est, en effet, à la fois celui d’une découverte d’un pays à travers ses truites, d’une discipline que je ne soupçonnais pas même d’exister quelques mois auparavant, et d’un « nous » qui apprend à se découvrir à l’autre bout de la planète.

Il y aura en revanche d’autres voyages autour de la pêche, pour laisser parler la nature d’un autre endroit du monde, pour parfaire une autonomie encore balbutiante, pour retrouver ces quelques rares et si plaisants moments de grâce, et pour laisser se dérouler l’histoire…

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big brown
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Eric

Ce voyage fut d’une beauté et d’une intensité rare. Partager sa passion avec celle que l’on aime ce n’est pas rien !

Les objectifs avant le départ étaient clairs : un voyage au fil de l’eau, le long des plus belles rivières nord-américaines que je connais bien et une initiation à ma passion. Mais aussi et surtout ne pas la dégoûter de la pêche. Mes compagnons habituels me décrivent souvent comme « increvable » au bord de l’eau et parfois seule la nuit peut m’arrêter. Pour notre voyage nous avions donc prévu de courtes sessions auxquelles Violaine pouvait mettre un terme dès qu’elle le désirait.

Au bord de l’eau, j’ai passé la plupart du temps à côté d’elle, ma canne plantée dans mon wader et je ne pêchais que de courtes mais intenses périodes quand elle reposait son bras fatigué par les efforts. Ce qui est remarquable c’est à quel point je n’ai ressenti aucune frustration de ne pas consacrer plus de temps à tenter de leurrer moi-même ces poissons qui me font pourtant rêver toute l’année. J’ai trouvé cela passionnant d’être à ses côtés à la conseiller, à la guider. Il m’est déjà arrivé de conseiller des pêcheurs au bord de l’eau et même si j’ai pris du plaisir à les aider à capturer des poissons je dois avouer pour être honnête que je préfère quand même les attraper moi-même.

Cette fois ci ce fut totalement différent. A chaque poisson capturé par Violaine j’ai ressenti une joie plus intense que lorsque je suis canne à la main et cela s’est répété tout au long de notre périple, prise après prise….        

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yellowstone

Pensées d'ouverture

grosse fario

J’aurais pu faire un article technique, sur le toc ou le leurre, vous expliquer pourquoi tel ou tel profil de rivière est meilleur qu’un autre en début de saison, mais j’aurais trouvé mon entrée dans Truites & Cie un peu banale. Et puis d’autres auteurs vont le faire, certainement mieux que moi qui plus est. J’ai plus envie de parler en vrac de tout ce qui entoure la pêche en général et l’ouverture en particulier, la réussite ou l’échec, les potes, les sensations retrouvées et plein d’autres choses, à travers des bouts de réflexion.

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Echec et réussite

 

Bien que ce soit plaisant de croire que notre réussite est intimement liée à notre talent, il est plus sage d’admettre qu’elle est souvent due à un alignement des planètes (le bon endroit au bon moment en ne faisant pas trop n’importe quoi). C’est, et c’est plutôt heureux je trouve, comme cela que je traduis mes réussites. Car même si pour réussir il faut réunir soi-même le maximum de pièces du puzzle (choisir le bon parcours en fonction des conditions, sélectionner la technique adaptée, la maîtriser, passer au bon moment, etc…), ce n’est pas suffisant. En bref, et c’est déjà compliqué, il y a, en plus d'un important côté empirique (l’expérience et la connaissance des lieux), un côté cérébral qui rentre fortement en compte. J’entends par là l’état d’esprit du moment, la concentration… l’envie quoi ! Combien de fois a-t ’on la solution dans les mains sans être capable de transformer l’essai…La tête ailleurs, le stress du moment, la flemme de changer, d’essayer, de s’adapter….Autant de raisons qui peuvent facilement, à partir de conditions données, gâcher une belle opportunité. On a tous vécu ça, pêcher à 2 avec la même technique, le même leurre ou la même plombée au toc, et avoir des résultats aux antipodes. La différence dans ces cas là est ténue, elle tient la majeure partie du temps à l’envie/la concentration. Pour le reste, qui est de loin la plus grosse partie, ce sont les truites qui décident ! Je ne compte plus les sorties où les conditions sont réunies sur le papier et où les résultats ne sont pas à la hauteur…

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peche toc
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En un mot, je vous encourage à prendre les choses avec philosophie, il y a du bon à retirer de chaque sortie. Chaque partie de pêche nouvelle va venir s'ajouter aux variables « expérience » et « connaissance du milieu », donc augmenter progressivement les chances de réussite. Je suis le premier à être frustré par une sortie ratée, je m’en veux souvent car il y a toujours moyen de faire un peu mieux, mais je garde à l’esprit le côté aléatoire de la pêche. C’est lui qui ajoute cette touche insaisissable qui me plaît tant, qui me stimule au bord de l’eau comme à la maison. Parce que la pêche ne répond pas qu’à des lois physiques…Pêchez, appliquez-vous, avec un peu de chance quelques beaux poissons viendront vous honorer !

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peche conviviale
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Les potes

 

Je vis de manière très différente les sorties en solitaire et celles entre potes. En fait, j’ai besoin des deux. Tandis que pêcher seul a tendance à combler mes besoins en termes d’observation et de réflexion, voir même en termes de recherche de la performance, les sorties en groupe (un groupe commence à 2, car à 3, à la truite, il y en a un de trop !), m’apportent des choses bien différentes, très complémentaires, mais que j’aime tout autant. En général en groupe, je pêche mal, trop vite, car je place moins le curseur sur la performance que sur la convivialité. Prendre une truite de plus ou de moins que mon compagnon devient bien secondaire, le voir se vautrer lamentablement en sautant d’un caillou à l’autre par contre…

L’ouverture fait suite à une longue période de frustration, on a besoin de renouer avec tous les aspects qui nous entraînent au bord de l’eau. Je passe donc en général le week-end avec mes potes, on prend quelques truites, on se marre, bref on se retrouve autant que l’on retrouve les truites. Puis dans la semaine qui suit, j’essaie de me dégager une heure par ci, deux heures par-là, car ce plaisir solitaire vient compléter tout ce que j’ai vécu le week-end précédent. Dans ce domaine comme dans d’autres, c’est l’équilibre qui compte. Profitez des potes, offrez leur des opportunités, partagez des poissons, un souvenir de capture partagé n’en est que plus beau.

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peche torrent
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Les sensations retrouvées

 

J’ai l’impression de n’avoir pas passé le fil dans les anneaux depuis 10 ans….ça ne fait pourtant que 6 mois…Les lancers trop courts ou trop longs, le fil qui colle, les accrocs dans le fond comme dans les arbres, le mauvais armement…chaque début de saison a ses aléas. Puis, petit à petit la gestuelle revient, la précision est au rendez-vous et on a l’impression de n’avoir jamais arrêté. C’est un peu comme un démarrage en côte, ça patine un peu. La fébrilité laisse le champ libre à la détermination et au plaisir, parce que finalement, tout n’est question que de sensations. Et on se prend même à aimer retrouver celles qui ne sont pas si agréables, le froid qui engourdit les doigts comme la sensation désagréable de l’humidité qui traverse ces p….de chaussons de waders qui ne seront décidément jamais vraiment étanches. Mais c’est aussi, si l’on prend le temps de s’ouvrir à son environnement, des petits détails tout bêtes qui vous émerveillent sans que l’on y prête attention : un tableau composé de mille choses insignifiantes mais dont l’ensemble merveilleusement agencé par la nature vous touche profondément. C’est très lié à la sensibilité de chacun mais perso, l’entame de saison combine un éveil de la nature avec des circonstances particulières de retrouvailles avec la rivière. Le soleil encore bas et timide, les premières pousses, l’eau fraîche, bref, c’est mon cocktail à moi, en espérant que vous saurez profiter du vôtre, prenez le temps…

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sylvain legendre
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Ces 3 aspects de la pêche, parmi tant d’autres, sont à mes yeux très importants. L’humilité face au milieu, le partage et la capacité à profiter des situations, ne rendent que plus belles nos sorties. On entend fréquemment que la pêche permet de se vider la tête. Essayez donc de la vider juste avant, et laissez-la se remplir de tout ce que la nature a à vous offrir. L’adage « se changer les idées » n’aura jamais eu autant de sens !

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