Leurre : présentation des épreuves

peche leurre

La compétition truite en France compte deux disciplines phares - la mouche et les appâts naturels - dans lesquelles on excelle depuis plusieurs dizaines d’années. Côté leurre, les compétitions carnassiers continuent de se développer grâce à la Fédération Française de Pêche des carnassiers agissant sous l'égide du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Voilà cinq ans qu'une équipe de France de pêche aux leurres du bord participe aux championnats du monde de pêche du bords des carnassiers.

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peche leurre competition
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Ce championnat du monde est principalement basé sur la pêche de la truite. La FFPSC a créé il y a deux un circuit truite aux leurres, pour former et sélectionner son équipe de France. Composé de cinq dates, ce dernier regroupait des dates réservoirs et des dates en rivières moyennes avec parfois des soutien de populations de truites.

Pour cette nouvelle année 2018, la FFPSC a intégrée dans les cinq week-end de compétition, de nouvelles dates rivières avec des truites exclusivement sauvages comme dans le Cantal, à Chambéry ou sur la Sioule !

Côté règlement, pour prétendre au classement général du championnat de France, un minimum de trois participations est requis, la pêche s’effectue avec des hameçons simples sans ardillon, les poissons sont épuisetés puis mesurés, un quota de six poissons (pouvant être amélioré) remplit les fiches de captures et sert à effectuer le classement. Sur les dates où les poissons sont surdensitaires, un point est accordé par capture et celui ayant le plus de points remporte l'épreuve.

Ce format de compétition est très intéressant, la bonne ambiance régnant sur ce championnat séduit même les plus réfractaires dès leur première participation. Les échanges techniques pendant la compétition et en fin de journée font progresser les compétiteurs rapidement. La France, qui présente le plus riche réseau hydraulique en salmonidés d’Europe, va bientôt pouvoir concurrencer les plus grandes nations de cette discipline telles que l’Italie, la Slovaquie et la Russie qui, ne l’oublions pas, participent au championnat du monde de pêche du bord depuis sa création il y a quinze ans ! 

La France participera le 25 mai 2018 au championnat du monde en Bosnie... Allez la France !!!

Un début de saison au poisson nageur

grosse truite

Les pêcheurs de truites n’apprécient que peu les conditions du début de saison. Il est vrai que les eaux froides des semaines suivant l’ouverture ne favorisent pas la mise en activité des poissons. Cette relative apathie peut paraître encore plus problématique lorsque l’on pratique la technique la plus dynamique de toutes : la pêche aux leurres. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui préfèrent attendre que le printemps soit bien installé pour sortir les poissons nageurs (PN) de leurs boites. Pourtant, il est tout à fait possible de réussir son début de saison au PN en respectant quelques principes.

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Au bon moment au bon endroit

Si les poissons s’économisent, ils continuent malgré tout de s’alimenter lors de courts instants d’éveil, essentiellement aux heures les plus chaudes. C’est donc à la mi-journée que le pêcheur doit pratiquer. Si le créneau 11h-16h est le meilleur, la fenêtre d’activité peut parfois se prolonger jusqu’au coup du soir, notamment lors de belles journées propices aux éclosions tardives. De petits coups d’eau peuvent aussi être bénéfiques, à conditions qu’ils restent raisonnables et que l’écoulement ne soit pas trop chargé.

Il est indispensable de prendre le temps de la réflexion pour bien choisir son parcours. La sélection s’effectue bien souvent par défaut. Il semble judicieux de commencer par rayer de la liste des prétendants les cours d’eau les plus froids, et particulièrement ceux soumis à la fonte des neiges. Aussi, mieux vaut éviter les profils les plus rapides qui ne sont que rarement productifs à cette période de l’année. Les secteurs les plus calmes et notamment ceux situés en fin de première catégorie piscicole sont à privilégier. Les truites y trouvent des températures un peu plus élevées qu’en amont et y sont donc en activité plus longtemps. Dans la même logique, la recherche de biefs aux eaux moins froides, de portions aval de retenue de barrage peut également constituer un bon choix… à conditions que les variations artificielles de débits ne viennent pas contrarier la pêche pour ces dernières.

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Grosse truite
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Elle était postée à la jonction courant-pool. Elle a dévalé en faisant de multiples chandelles… Un moment intense !
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Tous les postes habituels peuvent abriter des poissons susceptibles de réagir à un leurre. Mais ils ne sont que rarement occupés en même temps. Il faut donc trouver les zones de tenue du moment. Bien sur, les courants principaux sont les secteurs d’alimentation préférés des truites. Ils sont à prospecter en priorité. La zone où le flux s’amortit en rejoignant la fosse, est certainement le meilleur spot de début d’année. C’est là qu’il faut insister. Mais il arrive parfois, notamment lorsqu’il fait très froid, que les courants soient désertés et que les touches aient lieu sur les plats. Ne les laissez donc pas de côté, d’autant plus quand les postes habituels sont vacants. Aussi, les zones ensoleillées peuvent être les seules productives. Les truites aiment rechercher la chaleur des rayons de soleil en début de saison.

Il est 11 heure. Le soleil éclaire maintenant franchement un magnifique courant régulier décrivant un léger arc de cercle. L’atmosphère s’est adoucie depuis ce matin, nous rappelant que le printemps n’est plus très loin. De petites éclosions débutent. En face de nous, au pied de la berge concave plus profonde, nous distinguons de petites silhouettes qui commencent à se retourner furtivement aux passages de nos leurres. Peut-être même que les premières touches, encore timides, se font sentir dans la canne. Les truites ont fait l’effort de gagner les courants, mais elles ne gaspillent pas d’énergie inutilement et restent calées sur un poste leur permettant de s’alimenter en étant peu mobiles. Ce comportement est exacerbé pour les plus gros poissons qui, lorsqu’ils sont visibles, paraissent presque figés. D’ailleurs, seulement de petits sujets se sont manifestés jusqu’à présent. A nous de soigner nos dérives pour concrétiser ces tapes et essayer de décider la reine des lieux. Si une truite postée peut engloutir facilement toutes sortes de crustacés ou d’insectes poussés par le flux juste en ouvrant la bouche, il n’est pas du tout certain que ce même poisson soit prêt à chasser un PN passant plus vite, plus loin et beaucoup moins naturellement.

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La « strike zone » est particulièrement réduite en début de saison. La juste présentation du leurre aux poissons est primordiale. Il faut être précis, passer au plus près de leurs tenues. Pêcher amont, aval ou en travers n’est pas forcément déterminant si l’on parvient à placer le leurre à proximité de la bouche des mouchetées… sauf certains jours où ces capricieuses n’acceptent que les dérives avals et où le pêcheur doit développer des trésors de patience et de technicité pour faire glisser le leurre dans la bouche de la truite… Avez-vous déjà essayé de donner à manger à un bébé qui ne veut pas de votre purée de légumes bio faite maison ? Cette situation est assez similaire et toute aussi déconcertante.

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grosse truite
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Une truite aux teintes peu communes qui a succombé à un coulant rapide...
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Quels types de leurres ?

Les farios évoluant à proximité du fond de la rivière, il est souvent nécessaire, pour réussir son passage et déclencher l’attaque, d’employer un poisson nageur coulant rapidement (souvent commercialisé sous les appellations « Heavy Weight », « Heavy Sinking » ou dans le style). Ces leurres très denses sont développés spécialement pour la truite et permettent d’aller chercher les poissons calés sur le fond. Il ne faut pas les récupérer trop rapidement mais plutôt leur faire « racler » le substrat. Il est d’ailleurs possible de laisser son heavy sinking rouler sur le fond, porté par le flux, pour l’animer au niveau d’un poste supposé. Ce mode opératoire permet de jouer sur l’effet de surprise et d’avoir une présentation beaucoup plus naturelle. Les propriétés de ces leurres très spécifiques les rendent indispensables, particulièrement dans la prospection des courants.

Mais il serait dommage de se priver d’un autre type de poisson nageur qui vient compléter la boîte du pêcheur de truites du début de saison : le minnow suspending. Ce leurre, de forme effilée et à la bavette courte, a la faculté de rester suspendu dans la colonne d’eau lorsque la récupération est stoppée. Il représente alors une provocation pour des prédateurs territoriaux et agressifs de nature. Aussi, par rapport à des leurres coulants ou flottants, le fait de rester immobile peut être un plus face à des poissons ne voulant pas s’épuiser à courser des proies trop mouvantes. Cette proie tétanisée constitue une belle aubaine alimentaire. Ces PN sont redoutables sur les radiers peu profonds et les grands calmes. Sur les plats, des pauses entrecoupées de courtes animations plus ou moins énergiques peuvent être la seule solution pour déclencher des attaques. Et n’oublions pas que plus les pauses sont longues, plus les truites se convainquent de monter de loin pour se saisir de cet intrus, ce qui est très utile quand la hauteur d’eau est conséquente.

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grosse truite
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Elle a craqué pour un suspending qui a croisé son chemin sur un grand calme
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Est-ce que la taille compte ? Bien sûr, mais ce critère n’est pas primordial. Toutes les dimensions de leurre peuvent fonctionner en début de saison. Les minnows de 6-8 cm sont un bon compromis pour sélectionner les sujets adultes sans trop embêter les juvéniles. Il est tout à fait possible et même recommandé, de pêcher plus gros si ce sont les spécimens des rivières les plus larges qui sont ciblés. Mais s’il est une saison où il ne sert à rien d’employer des PN de 5 cm ou moins, c’est bien durant les semaines post-ouverture, à moins que vous ne pêchiez de petits ruisseaux. Nous verrons plus tard, en cours d’année, s’il est nécessaire d’affiner.

Au niveau des coloris aussi, il faut faire simple. Un ou deux naturels, qui se rapprochent du milieu pour lesquels ils sont destinés et un qui contraste totalement avec celui-ci, suffisent. La couleur « excitative » peut être redoutable en début de saison, sur des poissons qui n’ont pas été stimulés de la sorte depuis six mois. C’est aussi cette référence qu’il faudra sortir en cas d’eau teintée.

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grosse truite
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Le poisson nageur est une alternative tout à fait judicieuse en début de saison. Parfois le pêcheur, surtout débutant (mais cela peut aussi arriver aux plus confirmés d’entre nous) peut se mettre à douter en se posant des questions sur des paramètres pas forcément déterminants : tresse ou nylon? agrafe ou anneau brisé ? Ce coloris correspond-il à la parure des goujons en fraie à cette période ? j’en passe et des meilleures… Il arrive à douter de tout et se met à mal pêcher. En respectant les principes énumérés dans cet article, vous devriez être dans le vrai. Il reste bien encore quelques truites dans les cours d’eau de la première catégorie française. Elles vous attendent dès le mois de mars !

Bon début de saison !

Entretien avec Julien Daguillanes, prodige de la mouche

daguillanes

En 1995, Julien Daguillanes remporte son premier titre : champion de France minime. Le début d'une ascension fulgurante (il participe à son premier championnat du monde à peine 10 ans plus tard !) et d'une carrière de compétiteur impressionnante, dont l'apothéose survient en 2016, avec une médaille d'or en individuel, au Colorado. En décembre dernier,  à 35 ans, il a annoncé son retrait des compétitions internationales mais sa passion pour la pêche reste intacte. Rencontre avec un champion, dont la gentillesse et l'accessibilité sont loués unanimement.

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Salut Julien, tu as annoncé cet hiver ton retrait des compétitions internationales après 20 ans de présence au plus haut niveau. Quelles ont été tes sources de motivation durant toutes ces années et qu'est ce qui t'a récemment poussé à faire ce choix ?

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julien daguillane
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J’ai eu plusieurs sources de motivations durant toutes ces années qui m’ont permis d’obtenir les résultats que j’ai eus. La première motivation est « le goût pour la compétition » qui m’a amené à me mesurer à d’autres personnes afin d’évoluer et d’apprendre en me remettant toujours en question. La compétition est un excellent moyen de progresser. Sans elle, les évolutions sur le matériel et les techniques n’en seraient pas au stade actuel. La deuxième est le plaisir de retrouver les copains lors des compétitions ou en dehors. Il ne faut pas oublier que ce n’est « que de la pêche ».

Ce choix d’arrêter les compétitions internationales a été très dur à faire mais mûrement réfléchi. Je ne l’ai pas fait sur un simple coup de tête. Je pense que ça a commencé après mon titre individuel au Colorado, qui m’a coupé pendant quelques temps l’envie de pêcher ! C’est surprenant, je ne m’attendais pas à cette réaction de ma part. Je pense que j’ai eu le sentiment d’être arrivé au bout de mon chemin, au bout des objectifs que je m’étais fixés. J’ai continué en 2017 en équipe de France avec un titre par équipe (et une place de 4ème plus qu’honorable en individuel). La motivation pendant la compétition était là mais différente. Je me suis alors dit qu’il fallait arrêter, profiter un peu plus des moments de pêche « plaisir », car il faut le dire, pour être au top pendant des années, on est obligés de sacrifier des heures au bord de l’eau à s’entraîner plutôt qu’à prendre du plaisir. Je passais mon temps de pêche à tester des bas de ligne, des fils, des hameçons,… Le plus dur est « d’abandonner » les amis de l’équipe, car au fil des années ils sont devenus bien plus que des « membres de l’équipe de France ».

Je me suis aussi dit qu’il valait mieux arrêter sur des résultats positifs plutôt que d’attendre une baisse de régime, car il faut bien être conscient qu’au fil des années, les résultats diminuent forcément, c’est normal. Ça faisait 13 ans que j’étais en Equipe de France, il était temps de laisser ma place aux « jeunes ».

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Avec le recul que tu as accumulé, quels sont selon toi les principaux critères de réussite dans les compétitions de pêche à la mouche aujourd'hui ?
 

Il y a plusieurs critères, le premier est la motivation, sans elle rien n’est possible. Ensuite, il faut beaucoup d’expérience pour s’adapter rapidement aux conditions de pêche. Enfin, un bon bagage technique et beaucoup d’heures au bord de l’eau pour avoir les automatismes au moment des compétitions. Il ne faut pas non plus oublier d’avoir un minimum de physique. Pour résumer, il faut être sportif !!!

 

Je sais que tu es très attaché à ta terre de Bigorre : toi qui as pas mal bourlingué au cours de ces années de compétition, qu'est ce qui fait que tu es toujours resté fidèle aux Pyrénées Centrales et peux-tu donner envie aux lecteurs de Truites & Cie de venir découvrir ce territoire ?

 

On est vraiment bien en Bigorre, pas loin de l’océan, au pied des montagnes, des rivières de 1ère catégorie partout, des lacs de montagne, des truites sauvages, de l’eau en quantité toute l’année, et on a même Lourdes toute proche pour brûler un cierge !!!

On a tous types de milieux, des petits ruisseaux, des grandes rivières, des résurgences, des rivières rapides, de l’eau claire, tout ce qu’il faut pour contenter les pêcheurs de truites.

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peche pyrenees
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La Bigorre, territoire très diversifié et paradis du pêcheur de truites
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Depuis quelques années, avec l'avènement des techniques à la nymphe modernes, certains moucheurs puristes se sont désolidarisés de  cette tendance et regrettent la convergence entre la pêche à la mouche et la pêche au toc. Certains poussant le bouchon jusqu'à dire que les compétiteurs "ne savent que balancer des enclumes"... Quel est ton point de vue personnel ?

 

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canne jmc
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Heureusement qu’on n’a pas fait que « balancer des enclumes » en équipe de France lors des compétitions internationales, sinon la France n’aurait pas eu tous ces titres !!! La pêche en sèche, en sèche/nymphe a une grosse importance lors des compétitions, mais il est certain que la plupart du temps la pêche en nymphe est la plus utilisée, et quoi de plus normal, quand on sait qu’un poisson se nourrit essentiellement sous l’eau.

D’une pêche à une autre, il y a toujours des ressemblances et l’on peut toujours comparer la pêche à la mouche, à la pêche au toc, aux leurres, au coup, ...ect.

Un pêcheur qui pêche en sèche/nymphe n’est-il pas un pêcheur au bouchon ; un pêcheur au toc à la nymphe n’est-il pas un pêcheur à la mouche refoulé ??? On peut trouver des ressemblances entre toutes les pêches, et l’essentiel est de se faire plaisir au bord de l’eau.

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J'ai entendu dire que tu te tournais de plus en plus vers la pêche des carnassiers et notamment le sandre en verticale : qu'est ce qui t'attire dans cette pêche, à première vue assez éloignée de tes premiers amours ?

 

Cela fait quelques hivers que je pêche les carnassiers (en particulier le sandre) et j’y prends vraiment du plaisir, c’est complètement nouveau pour moi (même si j’ai déjà « pêchouillé » il y a quelques années au mort manié ou au posé). Je trouve cette pêche très captivante et très technique dans l’approche, même si ce n’est bien sûr pas aussi « fin » que la pêche à la mouche. Le sandre est un poisson passionnant dans sa recherche. Il faut toujours se remettre en question, trouver le meilleur leurre du moment, la bonne animation, des approches qui me rappellent la pêche en réservoir. Le fait de venir de la pêche à la mouche est, je pense, un avantage pour progresser et comprendre plus rapidement le comportement des carnassiers. Malheureusement le « budget » de cette pêche est énorme si on veut se lancer dans les compétitions, les dépenses n’ont plus rien à voir avec celles de la mouche… D’ailleurs j’en profite pour faire un appel aux lecteurs, si quelqu’un a un Bass boat dans un coin dont il ne se sert pas !!!

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peche carnassier
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Ton meilleur souvenir en compétition ?

 

Je pense que je vais dissocier le meilleurs souvenir sur une compétition nationale et internationale.

En compétition nationale, mon meilleur souvenir est surement une manche en sèche sur la Basse Rivière d’Ain. Je me rappelle des ombres qui gobaient de temps en temps sur un plat, je les pêchais aval et je les voyais monter pour prendre mon cul de canard quand tout d’un coup, c’est une truite de 50 cm qui est venue gober ma sèche, un vrai régal.

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PECHE COLORADO
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Le parcours de Julien lors de la dernière manche au Colorado (2016)
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En compétition internationale, je pense que mon meilleur souvenir était lors de la dernière manche sur la rivière Colorado. Le parcours n’était pas simple, la rivière large et linéaire, j’en étais à 6 poissons à 40 minutes de la fin et je savais que ça ne suffirait pas pour gagner en individuel. Alors que j’aurais pu faire le milieu de la rivière au Streamer ou en noyée, je me suis dit que j’allais retourner au début de mon parcours car la berge opposée venait juste de passer dans l’ombre. A peine arrivé, il y avait 2 poissons qui gobaient ! J’ai réussi à finir ma manche avec 11 poissons dans les 35 dernières minutes. Mon intuition a fonctionné cette fois ci ! J’ai plein d’autres souvenirs lors des compétitions internationales, notamment en dehors des manches : par exemple, la traversé de la Blue River par Jean Benoît lors de l’entrainement (belle baignade !!!), le tournoi de Ping Pong en Slovaquie, les grosses truites et les paysages de Nouvelle Zélande, les parties de pêche en sèche avec Jean Guillaume en République Tchèque, les moustiques de Finlande,…ect.

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championnat monde peche
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Toi qui as la réputation d'être un gars vraiment cool et accessible (j'ai rarement lu autant de louanges de gentillesse au sujet d'une personnalité du monde de la pêche), tentons de salir un peu cette réputation : peux-tu nous balancer une petite saloperie sur l'un des membres de l'équipe de France (autant en stigmatiser qu'un seul) que je te laisse le soin de choisir ?

 

Ça c’est une question « dégueulasse », j’hésite à poser un joker !!

Mais, je vais quand même faire une exception !! Désolé Jean Gui, mais cette fois ci, ça va tomber sur toi, car sur les autres, ça serait largement pire ! Vous voulez faire plaisir à Jean guillaume Mathieu : mettez-le dans une cuisine ou avec un aspirateur à la main, il adore ça !!!! En fait, je ne suis pas sûr que ça soit réellement une « saloperie »... car je suis certain que de nombreuses dames adoreraient avoir un homme aux fourneaux et fanatique du ménage !

 

Merci beaucoup Julien et bonne saison 2018 !

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championnat monde colorado

ANPER, l’absolue nécessité de protéger les Milieux Aquatiques.

Tarn

Créee en 1958, l' Association Nationale de Protection des Eaux et Rivières (ANPER) fête en ce début d‘année 2018 ses 60 ans. Vieille institution issue du monde de la pêche mouche, Truite Ombre Saumon (TOS) à ses débuts, a eu ses périodes de gloire avec ses glorieux anciens et prés de 8000 adhérents. En 1985, TOS obtient le statut d’ARUP (Association Reconnue d’Intérêt Public). Plus tard, comme à l’ARC, des responsables indélicats ont confondu la caisse et leur loisir, l’association a souffert et failli disparaître. Un petit groupe d’irréductibles lui a maintenu la tête hors de l’eau, merci et bravo à eux. A ce jour une nouvelle équipe est en place, avec des objectifs clairs : la protection de l’eau, la PMA (Protection des Milieux Aquatiques), des nappes phréatiques, des zones humides, des ruisseaux, rivières, fleuves, lacs, mers et océans. 

La mise en place d’un réseau national prend forme. Il nous faut nous développer sur les 6 grands bassins versants français et leurs agences de l’eau. Il nous faut porter tous les recours contre les atteintes aux milieux. A ce jour beaucoup d’entre nous sommes pêcheurs, je dirais même que beaucoup d’entre nous ont connu les années 1970, nous sommes pour la plupart de vielles mains. Nous avons fait des bêtises avec nos paniers pointus et l’avons compris. La protection des milieux aquatiques devient plus importante que la pêche pour nous.

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Notre âge nous a fait comprendre qu’il existe ces équations :

PMA  =  Eau et milieu de qualité.

Eau et milieu de qualité  =  Richesse des milieux (nourriture).                                    

Eau de qualité + Gestion patrimoniale  =  Population piscicole en bonne santé.

Population piscicole en bonne santé  =  Sport et plaisir de qualité.

 

Si vous voulez vous régaler dans notre sport, il faut s'investir dans la PMA. Vouloir pêcher sans s’occuper de l’eau où vivent les poissons est un doux rêve. Tout pêcheur doit être une sentinelle de nos rivières. S'intéresser aux cannes en carbone, aux moulinets de luxe, aux jolies tenues, aux voyages à l’étranger, est une passion légitime apportant beaucoup de plaisir. Mais cela ne produit rien en termes de qualité de notre sport sur nos rivières françaises. Nous possédons un des plus beaux réseaux hydro - biologique d’Europe, pourquoi-parlons nous si souvent de notre déception ? Ayons le courage de nous regarder dans le blanc des yeux. Que faisons-nous, au sujet des équations présentées si dessus ?

Je vous le redis investissez-vous dans la PMA, à ANPER ou dans une AAPPMA !

ANPER possède tous les atouts pour devenir l’association indépendante référence en terme de PMA. Jeunes pêcheurs venez nous rejoindre !

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lac des gaves
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Lac des gaves
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Un exemple de ce qui est terriblement idiot : 

Alors que tous les traités d’hydrobiologie (cf Les hydro-systèmes fluviaux. Amoros et Petts) disent qu’il ne faut rien faire sur un lit mouillé ou mineur, les politiques et les services de l’état en ont décidé autrement. C’est à croire que ces politiques et ingénieurs sapiens ne savaient pas lire. Le bilan est lourd, 2,5 millions de m3 stoppés dans le Lac des Gaves (65) et qui manquent en aval pour la transparence des matériaux (dégradation des zones de reproduction, et incision des berges).

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Un des objectifs d’ANPER est de faire appliquer les lois qui protègent l’eau. Elles sont nombreuses, elles ont pratiquement tout prévu, mais elles sont souvent oubliées, peu appliquées ou avec beaucoup de retard. Essayons de comprendre :

Le cahier des lois existe donc, si vous avez plus de courage comme je l’ai fait, allez sur internet et prenez le temps de les lires, les comprendre. A nous d’essayer de les faire appliquer !

Avant tous les textes que vous trouverez en fin d'article* (si j’en ai oublié ne m’en tenez pas rigueur, merci), faisons un petit retour en arrière quand le 1er mars 2005 le congrès a donné une valeur constitutionnelle à la Charte de l’Environnement de 2004 au même titre que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen 1789. Cette charte prévoit en son article 2 que « toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement ». J’ajoute, même les politiques. J’avoue ma surprise, face au réalisme des sages qui ont pensé en 1789, et l’oubli que nous en avons fait, il faut nous ressaisir.

Comme nous aimons le dire, « agir en bon père de famille » nous parait la première référence simple qui peut être efficace. Il s’agit d’une formule d’articles du droit civil, présente dans une douzaine d’articles, « c’est la personne normalement prudente, diligente, soigneuse » qui se retrouve dans de nombreux codes dont l’urbanisme et l’éducation. Elle vise chaque fois des cas de conservation, d’administration ou de jouissance de biens appartenant à une autre personne (en l’occurrence, l’eau res publica), vous voyez bien que cela peut s’appliquer à nos fait (référence à Frédéric Rouvière, Docteur et agrégé des facultés de droit, janvier 2014).

 

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Gave pyrenees
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Jean Charles Raust
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Notre rapport avec la FNPF, les FDAAPPMA, et les AAPPMA doit être simple :

Ne nous trompons pas dans les rôles de chacun. Le partenariat doit s’établir avec respect. ANPER est une petite association (en nombre, mais un petit nombre peut être de grande qualité !) Association Reconnue Utilité Publique en 1993, elle a pour but de protéger l’eau et les milieux aquatiques, et doit s’intéresser à tout ce qui concerne la PMA et la loi. Les structures gérant la pêche en France (légitimées par leur nombre d’adhérents : 1,6 Millions) ont reçu une délégation de service public (cf : arrêté 16 janvier 2013) fixant les statuts types et leur rôle pour s’occuper de la PMA. Soyons confiants tout est prévu dans la loi : le SDVP (Schéma Départemental à Vocation Piscicole) DDT (Direction Départementale des Territoires) et FDAAPPMA. Le PGP (Plan de Gestion Piscicole) AAPPMA qui doit être conforme au PDPG (Plan Départemental de Protection des milieux aquatiques et de Gestion des populations piscicoles) FDAAPPMA. Surtout ne mélangeons pas les missions de chacun. ANPER doit montrer l’exemple et savoir rester à sa place. ANPER peut être présent dans la réflexion globale du SDVP. ANPER peut donner son avis sur les PGP et PDPG et vérifier s’ils sont conformes au SDVP ou donner son avis si les FDAAPPMA et AAPPMA veulent bien nous consulter. Un partenariat de confiance doit s’établir avec pour objectif commun la PMA, dont les structures de la pêche sont garants. La gestion patrimoniale est inscrite dans presque tous les SDVP et PDPG, tendons-y le plus rapidement possible. La gestion des paniers, des tailles, des parcours, des alevinages, sont du recours des AAPPMA et FDAAPPMA. ANPER peut également booster les SDVP au niveau des DDT.

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Anper
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Une merveille Française « le timbre halieutique » :

Soyons garants de cette richesse qui nous permet d’accéder à la majeure partie des cours d’eau et plans d’eau de France à un tarif défiant toute concurrence. Pour exemple, la région Occitanie à elle seule possède environ 180 000 km de cours d’eau, tous ses lacs de haute montagne, tous ses barrages et réservoirs, de quoi assouvir pleinement notre passion. Je me permets de dresser un carton jaune à tous ceux (même mes amis) qui n’arrêtent pas de critiquer, ne rêvent que de parcours privés et pensent que c’est mieux ailleurs. Parcours qui montrent trop souvent les dérives de la production piscicole avec leurs truites multicolores. A vous tous, gardez les pieds sur terre, l’argent ne fait pas tout, surtout en termes de conservation des espèces, de qualité des milieux et de notre sport. Si vous aimez réserver vos parcours un an à l’avance et ajouter un billet pour chaque journée de pêche et chaque parcours, libre à vous de pêcher dans ces lieux, ce n’est pas ma tasse de thé. J’aime trop ma liberté pour devoir la payer. 

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Nous avons le devoir de transmettre une eau de qualité à nos enfants et petits enfants.
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CONCLUSION

Arrêtons de râler, faisons notre auto critique, luttons contre toutes les pollutions et regardons où sont les marges de progrès. Individuellement, nous pouvons tous faire le Colibri comme le dit si bien Pierre Rabhi, attachons des hameçons sans ardillon, sachons garder quelques poissons en notre âme et conscience, et relâchons les autres dont nous n’avons pas besoin, pour qu’ils puissent transmettre leur ADN... pour nos sorties de pêche futures. La taille du panier ne fait pas la valeur du pêcheur, et n’a rien à voir avec le plaisir partagé. N’oublions pas non plus qu’il existe pour nos poissons, un indice de reproduction, un indice de recrutement, et qu’ils pratiquent le cannibalisme. Ils sont là depuis des millions d’années et savent faire sans l'intervention de l'Homme.

Pourquoi TOS est devenu ANPER ? Ce changement de nom est dû à l'une de nos plaintes en faveur des grenouilles. Un procureur peu environnementaliste a débouté TOS en précisant que cette association ne s’occupait pas de grenouilles, EXTRAORDINAIRE !! Finalement le choix d'ANPER précise bien son domaine d’action, est c’est sans doute mieux ainsi, tout ce qui touche à l’eau nous intéresse. Je vais plus loin, Sapiens est construit avec 90% d’H2O, et nous sommes concernés par notre avenir d’hommes libres sur notre planète.

En savoir plus : www.peche-et-riviere.org/

Citation
Je me permets de dresser un carton jaune à tous ceux (même mes amis) qui n’arrêtent pas de critiquer, ne rêvent que de parcours privés et pensent que c’est mieux ailleurs. Parcours qui montrent trop souvent les dérives de la production piscicole avec leurs truites multicolores.
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Textes réglementaires :

La législation Française. (Les principaux textes) :

LA GESTION DE L’EAU (eau res publica). Les lois sur l’eau. 1964 - 2004 (Réf : vie publique)

La loi 64 – 1245 du 16 Décembre 1964. Loi cadre. Fondement du système Français avec 6 bassins hydrographiques et comités de bassin.

La loi 92 – 3 du 3 janvier 1992. Dite loi sur l’eau « patrimoine de la nation » qui intègre les schémas directeurs SDAGE et de gestion SAGE.

La loi 93 – 122 du29 janvier 1993. (Loi Sapin) procédure de délégation et mise en concurrence.

La loi 95 – 101 du 2 février 1995. (Loi Barnier) renforcement de la protection de l’environnement

La loi 95 – 125 du 8 février 1995. (Loi Mazeaud) relative aux marchés publics.

La loi 2004 – 338 du 21 avril 2004. Portant transposition de la directive 2000/60/CE du parlement européen et du conseil du 23 octobre 2000.

La loi 2006-1772 du 30 décembre 2006. L’eau et les milieux aquatiques.

Arrêté du 16 janvier 2013. Fixant les statuts types des fédérations départementales des associations agrées de pêche et de protection des milieux aquatiques.

La loi modifications de janvier 2017. Nouvelles orientations, obligation de mentionner les prix, AFB, schéma de coopération intercommunale.

Au niveau Européen :

La directive cadre 2000/60/CE. (Incluant 53 considérations ; 25 articles ; XI annexes) Elle instaure une politique communautaire de l’eau et renforce la décentralisation.

Montage de mouches : d'où venons-nous ? Où allons-nous ?

montage mouche

1921 : "Les autorités obscurcisssent notre jugement..." 

Ainsi débute avec fracas "The Way of a trout with a fly" ("La Truite et la Mouche") de G.E.M Skues. La phrase en elle même est géniale, non?

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skues
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GEM Skues, créateur de la pêche à la nymphe
Texte

Provocation envers un ordre établi, un cri de révolte sous un ciel plombé par le dogme de l'époque qui se résumait alors à la pensée de Halford, grand contempteur de la pêche aval, des truites non-gobeuses et des mouches plus ou moins noyées. En osant penser différemment, en osant réfléchir plus loin, G.E.M Skues fit rentrer notre sport, notre art, dans l'ère du modernisme pour tracer une voie nouvelle, plus ouverte, plus universelle et finalement plus crédible. Nous devons énormément à Skues... Sans Skues, pas de Franck Sawyer... Sans Franck Sawyer, pas de pêche à la nymphe moderne, par exemple...

C'était un temps où ces grands noms de la pêche, parce qu'ils passaient leur vie le long de la rivière, qu'ils étaient fins observateurs et érudits, se sont érigés malgré eux comme références iconiques de la pêche à la mouche. A leur tour, ils devinrent "des autorités". Skues lui même était fortement critique vis à vis de ce qu 'il nommait "autorité" . En fait, il visait Halford, chacun l'aura compris ! Il considérait cela comme un problème, un plafond de verre qui l'empêchait de penser et d'agir. Mais quoique limitatif, le fait de se soumettre à une référence avait l'avantage de délimiter un cadre, promouvoir des parti-pris et d'établir une éthique...c'est d'ailleurs ainsi, je pense, et à ce moment là, que la pêche à la mouche allait revêtir son caractère culturel.

Citation
Les truites d'une certaine rivière se nourrissent de certains insectes à certains stades de leur développement. L'étude de ce principe simple doit être la base de réflexion dans laquelle tout pêcheur-monteur cohérent devrait s'engager.
Texte

Nous sommes un siècle plus tard, le problème est inverse aujourd'hui... Quid des autorités? youtube? facebook? internet en général? où le premier débutant passionné et hyper-actif (parlant de tout, ne comprenant rien!), peut devenir en quelques mois un référent possible ? La question se pose. C'est la mort des autorités, mais finalement, je ne sais pas si Skues s'en réjouirait.

Revenons à 2018. La pêche dite classique en a pris un sacré coup. Le matériel, les pêcheurs, l'état d'esprit - et la nature aussi un peu - ont beaucoup changé. Le schisme dans l'église vient, j'ose le prétendre, de la survenance chez le commun de la technique de pêche dite "de la nymphe au fil". Je fais là un simple constat, en aucun cas je ne dénigre une technique que je pratique moi même avec beaucoup de joie et en de nombreuses occasions. Cette méthode ultra-efficace et polyvalente, parfaitement maîtrisée par l'élite de nos compétiteurs, est sortie de sa confidentialité pour devenir la norme nouvelle... Si elle permet plus de prises et surtout la possibilité de pouvoir s'exprimer dans presque toutes les conditions, elle induit de façon irrémédiable une nouvelle vision de la pêche à la mouche chez les nouveaux adeptes, autant qu'elle sème le chaos dans l'esprit des anciens.

La nymphe au fil n'est pas critiquable en tant que méthode, elle est d'ailleurs passionnante à pratiquer et doit demeurer une corde supplémentaire à l'arc du pêcheur accompli. Je considère toutefois qu'elle doit être abordée avec un certain recul par ceux d'entre nous qui se préoccupent plus d'une quête de sens que du simple fait de rajouter quelques truites au compteur. En fait de schisme, cette méthode rompt avec le coté naturaliste de la vraie pêche à la mouche, celle déterminée par le rythme de la nature, le temps, les moments, et l'activité du monde aquatique. Et cet aspect, le naturalisme , est consubstantiel à notre art... Le rapport aux insectes notamment, ce lien direct à la nature s'étiole au grès de l'extension de ces nouvelles techniques. Victoire du résultat sur la connaissance, de la technique au détriment de l'observation, oubli progressif des gestes impliquant une certaine retenue, un désintéressement "quantitatif"...

Péché véniel certes mais petit drame dans le coeur des puristes. La perception générale de la mouche sèche en particulier, s'en trouve considérablement impactée. J'en veux pour preuve la composition contemporaine de la plupart des boîtes à mouches. Dans de trop nombreux cas, l'incohérence et "l' à peu près", des montages inadaptés (pour ne pas dire vulgaires...) prédominent. Les objections à cela sont toujours les mêmes, je les entends d'ici ! Il faut dire que je les ai toujours entendus ces arguments insipides, systématiquement décontextualisés et assénés avec une confortable assurance : "...de toutes façons, ça gobe plus!" , "...la mouche n'a pas d'importance, quand elles sont décidées, elles prennent n'importe quoi!"... j'en passe et des meilleures!!! Les truites gobent encore, pas tout le temps certes. Parfois même, elle prennent presque n'importe quelle mouche, oui c'est vrai...une ou deux fois par an. Je le concède, les truites gobent un peu moins, les éclosions se raréfient, c'est vrai aussi. Petite parenthèse à cet égard : Léonce De Boisset faisait le même constat en 1962 ...(L'Evolution De La Pêche à La Truite -Librairie Des Champs-Elysées- Paris 1962). 60 ans plus tard, ceci devrait nous inviter à la modestie et la méditation.

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baetis
Citation
Pêcher à la mouche , ce n'est pas simplement prendre des truites...C'est je crois une acquisition lente et progressive d'une forme de philosophie naturaliste, un appel à la transcendance pour rester en lien avec ce quelque chose que nous sommes nombreux à ressentir et qui nous dépasse.
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Mises bout à bout, ces dérives successives influencent bien sur aussi les monteurs de mouches. Il y a ceux qui pensent que la mouche n’a pas grande importance, et il y a les autres. Aujourd’hui, les défenseurs de la mouche exacte à tout prix, cette chimère illusoire, se font rares et à vrai dire, on n’en rencontre guère, le principe de réalité ayant eu raison de leur entêtement. Pour ma part, je défends l'idée de la "mouche juste" corrélée à une grosse dose d'impressionnisme...J'y reviendrai. Dans les faits, je remarque que les nouveaux venus au montage ne font que se copier les uns les autres dans des imitations se voulant modernes mais surtout consanguines. Dans l'art du montage des mouches, le "comment" à remplacé le "pourquoi " on monte tel ou tel modèle. Le sens fait défaut. Beaucoup oublient que la conception des modèles et leur réalisation sont le véhicule de la pensée des anciens, des grands pêcheurs et monteurs « historiques». Le fil conducteur d’une culture, la quintessence de l’art à la pointe du bas de ligne.

Vous l’aurez compris, pour moi, c’est important. Une fois que l’on connait un peu les mouches et leur histoire (chaque artificielle digne de ce nom possède sa propre histoire), leur usage, les différents concepts de montage si on les monte soi-même, on avance plus vite. Je crois que le reste n’est que question de cohérence. Hélas, ou heureusement (c’est selon), cette aptitude à la cohérence requiert de nombreuses saisons passées au bord de l’eau. C’est donc très long, subjectif, et lié a un nombre toujours renouvelé de paramètres. Voilà pourquoi le même sujet fait autant parler (et écrire !) depuis l’aube des temps de notre sport, c’est sans fin.

Pour conclure je dirais en substance que les truites d'une certaine rivière se nourrissent de certains insectes à certains stades de leur développement. L'étude de ce principe simple doit être la base de réflexion dans laquelle tout pêcheur-monteur cohérent devrait s'engager. C'est à partir de cette approche que les articles qui suivront ici s'inspireront. Pêcher à la mouche , ce n'est pas simplement prendre des truites... C'est je crois, une acquisition lente et progressive d'une forme de philosophie naturaliste, un appel à la transcendance pour rester en lien avec ce quelque chose que nous sommes nombreux à ressentir et qui nous dépasse.

Le premier jour du reste de ma vie

Clouds

Lorsque Simon m'a parlé de son projet, j'ai de suite été très enthousiaste et partant pour cette aventure ! J'aime écrire et l'idée de tenir une sorte de carnet de route avec tous les grands noms de la pêche de la truite en France me fascinait. Je vous embarque donc avec moi à travers l'Océanie, en commençant par l'Australie.

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C'était il y a presque un an, déjà. Je ne me rends pas bien compte si le temps qui s'est écoulé depuis mon départ fut long, ou s'íl est passé très vite. A vrai dire je n'ai plus vraiment de notion du temps. Plus de montre, la question « Quel jour on est déjà ? » revient inlassablement. Je m'appelle Benjamin Kerthe, j'ai 24 ans, et 322 jours (nous sommes le 8 février lorsque je termine la rédaction de cet article) se sont écoulés depuis que j'ai changé de vie. Ou plutôt, depuis que je vis.

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sunset australia
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La plage d'Adélaide, au coucher du soleil. Je ne pouvais rédiger d'article sur l'Australie sans l'illustrer d'au moins une photo type carte postale.
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bundara river
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La fameuse Bundara River, son profil est de loin celui que je préfère, avec une succession de magnifiques veines laminaires.
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La pêche de la truite rassemble quelques passionnés mais est loin d'être celle la plus pratiquée dans le pays. Ici, on aime la pêche au gros en pleine mer, la traque du barramundi en estuaires et celle des différentes « perch » et cods en eau douce. J'avais tout de même pris contact avec des locaux passionnés de pêche à la mouche. Les échanges se faisant de plus en plus réguliers et intéressants, après 6 mois à sillonner le pays, je rencontrais Noel qui me faisait le topo. Peu de pression de pêche, croissance rapide, taille moyenne supérieure à 30cm et des centaines de rivières différentes contenant de belles populations de truites farios. Impossible de ne pas parler de la Tasmanie où la gestion est patrimoniale dans les cours d'eau et la majorité des lacs d'altitude depuis plus de 20 ans ! Mais ce serait pour plus tard, Noel me montrerait en premier lieu un échantillon des rivières du Victoria, l'état australien à prédominance montagneuse. Il m'introduira aussi auprès d'Helen, une femme extraordinaire chez qui je passerai 2 mois, logé, très bien nourri et blanchi en échange de coups de main en tout genre (cuisine, jardinage, soin des chevaux...). En effet, cette charmante dame vit reculée, dans les Alpines, près du hameau d'Anglers Rest, à 45 minutes d'Omeo, « ville » avec supermarché la plus proche. Elle tient depuis une vingtaine d'années un ranch et totalise environ 70 chevaux, une dizaine de Guineafowls (sorte de dindes qui ont pour seules occupations de manger, se courir après en hurlant de façon stridente et de temps à autres pondre des œufs) et un chien. Tout ce gentil petit monde se partage 300 acres (121 hectares) le long de la Bundara River, qui est bien entendu pleine de truites. A mon arrivée, je ne pensais rester que deux semaines histoire de faire le tour des rivières du coin et recharger un peu les batteries après presque 3 mois de boulot intensif. Sauf que lorsque vous franchissez les portes de « The Willows », il est impossible de repartir. La chaleur humaine qui se dégage de la batisse, l'ambiance rythmée par les nombreux arrivées/départs d'amis rendant visite ou sur la route, les milliers d'odeurs émanant de la cuisine et la bonne compagnie d'Helen narrant ses histoires de voyages au coin du feu vous tiennent en haleine et vous font prolonger votre séjour.

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creek
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Une belle gobeuse d'une "creek"
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Il ne m'aura pas fallu très longtemps avant de ferrer mes premières truites locales. Les jolies robes, la taille moyenne correcte et la forte activité alimentaire en surface rendent la pêche très plaisante. J'y allais presque tous les jours, explorant des parcours différents à chaque sortie. Cinq cours d'eau dans un rayon de 20km, aux profils différents, ce qui laisse place à des choix d'approches infinies, il y en a pour tous les goûts ! Côté nature, il y a de quoi en prendre plein les yeux. Souvent, alors que je suis concentré sur un poisson en train de gober, je me sens comme observé. Je lève alors la tête et une famille de kangourous se prélasse au soleil. D'autres fois, je crois distinguer un gobage au loin, quoique gros pour un gobage, je me rapproche. C'est en fait un ornithorynque qui vient reprendre sa respiration en surface. Il m'a repéré et se laisse descendre doucement dans le courant. Ces bestioles sont fascinantes et je ne me lasse pas de les observer. Ce sont des bioindicateurs, très sensibles à la qualité de l'eau. Peu d'anthropisation à déclarer dans la vallée d'Helen. La trentaine d'habitants sur les 20km carrés pompent l'eau des rivières pour leur utilisation personnelle, mais pas de grande culture et d'utilisation abusive. Pas non plus d'hydroélectricité dans le secteur, ni d'élevage intensif. Ils vivent tous en harmonie avec la nature, utilisent des panneaux solaires et se chauffent au bois, tous bien conscients de l'intérêt à préserver une nature déjà bien trop perturbée. Ce qui n'est au passage pas du tout le cas de l'australien moyen, qui n'en a que faire de jeter sa canette de Coca par la fenêtre de son 4x4, se chauffe à l'électrique via la combustion du charbon, vide son huile de vidange dans le fossé du coin...j'en passe et des meilleures.

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rainbow trout
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Une rainbow d'un petit cours d'eau tenu secret. Leur reproduction est incroyablement productive ici et certains sujets comme celui-ci sont dotés d'une robe à tomber.
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J'ai profité de ce séjour pour faire un road trip axé 100% pêche dans l'état. Mille kilomètres sur une semaine en pêchant pas moins de huit rivieres différentes. Mon coup de cœur sera pour la Goulburn River. Une tailwater (régulée par un barrage pour la fabrique d'hydroélectricité) dont le profil me rappelle énormément la Basse Rivière d'Ain en France. La pêche y est très similaire. Les poissons effectuent des circuits d'alimentation sur les bordures et il n'y a presque que des gros. La plus petite truite que j'ai capturée sur les trois journées que j'y ai consacré mesurait 40cm. J'ai eu des occasions d'attaquer à plusieurs reprises des poissons passant les 60cm mais les mécaniques rouillées par manque de pratique et quelques négligeances techniques ne me permettront pas d'en mettre une seule au sec. Mais quelques beaux sujets se laisseront tout de même tenter.

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brown trout
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Un très beau poisson pris dans un ruisseau de piémont, en sèche à vue : le pied.
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nymph fishing
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Portrait d'une camarade de la Goulburn River, dans la bouche une « Pheasant tail Vieilhescazes ».
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J'avais emporté dans mon gros sac à dos en partant, une petite boite faite de mouches passe partout, certaines montées par mes soins, d'autres par mon ami Matthieu. Notamment des nymphes pour la pêche à vue qu'il réalise avec brio. Ces dernières me permirent de prendre des poissons que je n'aurais probablement pas attrapés avec les mouches locales. Disons que le montage n'est pas trop dans les gènes du moucheur australien. Il préfère les acheter $3 pièce au magasin, qui lui les a achetées en Chine ou je ne sais où. Quelques passionnés les montent eux même, et quelques magasins en vendent des artisanales. Mais cela reste minime contrairement à la France. Du coup je me suis très vite retrouvé en rupture de mouches. J'ai passé une commande à un flyshop de Tasmanie mais les délais de la poste, ici, sont interminables. Heureusement, Simon m'a envoyé de quoi tenir un bout de temps. Bien que ce fut aussi une sacrée galère pour récupérer le colis. N'ayant pas d'adresse fixe, je lui avais fait expédier tout cela chez mon ami Noel. Or je suis parti pour les montagnes avant de recevoir le paquet. Il m'a donc fallu attendre que Sam, le fils de Noel, lui ausssi fou furieux de pêche à la mouche, vienne passer quelques jours là-haut pour récupérer mes précieuses imitations !

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creek
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Les petites rivières de plaine sont souvent délaissées par les locaux à cause de la difficulté d'accès. Elles recèlent bien des poissons et leurs habitantes ont toujours le nez en l'air !
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Après ces deux mois en dilettante, il était temps de reprendre la route, poursuivre mes aventures. Nul doute, j'aurais pu rester toute ma vie dans ce petit coin de paradis. Mais j'ai tellement de choses à voir, de rivières et de lacs à pêcher, de territoires à explorer, ici et ailleurs. Le plus dur était de dire au revoir à Helen. Son état de santé est assez instable et malgré le puissant désir de revenir, j'avais un problème de timing pour mon visa. En effet, je dois effectuer 88 jours de travail en zone rurale, dans des secteurs d'activité définis afin de pouvoir prolonger d'un an. Le Woofing n'étant pas comptabilisé, il me fallait reprendre la route pour me mettre en quête de travail. Et j'avais décidé de terminer mon visa en Tasmanie, île regorgeant de vie sauvage, lacs, rivières, où se mélangent océan et montagne. Hostilité et grands espaces sont les maîtres mots de ces lieux sacrés.

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uluru
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Je suis donc désormais en terre promise, depuis un peu plus de deux mois, et vous ferai découvrir cette île splendide à travers mon prochain article. Il reste un mois et demi sur mon visa. Le plan initial était d'enchaîner avec la Nouvelle Zélande pour un an, mais la vie de voyage ne vous permet jamais de suivre vos plans. J'ai rencontré quelqu'un et repars pour une année de plus ici ! Je vous en dirai davantage la prochaine fois, j'ai peur d'avoir déjà franchi la limite de caractères pour un seul article alors qu'il me reste tellement à dire !

 

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