Mouche en eaux rapides : optimisez par la polyvalence

pêche mouche

Nul besoin d’avoir une âme de moucheur naturaliste, ni des capacités d’observation hors du commun pour constater que l’activité des truites présente un caractère très versatile tout au long d’une partie de pêche. La truite, salmonidé très opportuniste s'adapte au biotope qui l'accueille, son activité alimentaire dépend de ce que celui-ci produit. Certains écosystèmes de type calcaire seront nettement plus productifs que ceux acides et ainsi influenceront les courbes de croissance de ses habitants. Les poissons comme tout le reste du biotope voient les rations alimentaires reçues varier tout au long de l'année contraignant ses habitants à des périodes d'abondance ou de diète.

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pêche mouche
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Pourquoi devenir polyvalent ?

Les facteurs responsables de ces modifications sont nombreux, on trouve parmi eux la température de l'air et de l'eau, la saison, la lumière… .

Entre l’aube et le crépuscule, l’activité des truites est rythmée par des phases alimentaires d’intensité et de durée variables, elles ne s'alimentent pas d’un bout à l’autre de la journée avec la même avidité. Les truites en modifiant souvent leur comportement alimentaire perturbent les pêcheurs en augmentant leur difficulté à coller à la réalité écologique du moment, être réceptif à ces micro-changements n'est pas chose aisée. Proposer une pêche en adéquation au comportement des truites implique une réceptivité aux rythmes de la rivière et aux éléments qui nous entourent, le moucheur doit rentrer en symbiose avec le milieu !

La pêche à la mouche en eaux rapides en rivière de moyenne montagne s'impose comme une excellente école pour cultiver son « sens de l'eau ». Ces biotopes fragiles sont plus faciles à lire et à interpréter que des milieux plus vastes et profonds. La réussite ou l'échec de vos prospections se résument parfois à quelques observations négligées ou détails, soyez vigilants ! Si les créneaux de frénésie alimentaire sont relativement rares, les laps de temps où quelques poissons peuvent se saisir de vos artificielles sont plus fréquents qu’on ne l'imagine. La topographie tourmentée des secteurs montagneux façonne le profil des torrents modelant et créant au fil des ruptures de pente des zones rapides et peu profondes sectionnées par des profils plus paresseux et creusés. En se faufilant au travers de terrains géologiquement différents, les torrents de montagne voient le fil de leur cours prendre multitudes de configurations, offrant aux moucheurs un condensé de situations de pêche. Dans ces eaux vives peu perturbées par l’activité humaine et riches en caches, les densités de truites atteignent des sommets permettant de poser ses mouches devant de nombreux poissons et ainsi tester diverses méthodes. Certes les truites autochtones qui colonisent ces milieux cristallins sont de taille modeste mais la contemplation de la beauté de leur robe fera briller les yeux des plus blasés d'entre nous.

Observations visuelles de poissons en poste, repérage d'insectes sur la pellicule de surface, débit et configuration des postes font partie des nombreux indices auxquels vous devrez être attentifs. Du fruit de vos studieuses observations dépendra toute la pertinence de votre adaptation à la situation et des outils à mettre en place.

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pêche mouche clarée
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Sèche et nymphe au fil : les deux techniques reines

La pêche à la mouche en eaux rapides couvre un large panel de techniques, mais deux s'imposent à mes yeux ici : la mouche sèche et la nymphe plaquée.

De par leur complémentarité et l'infinie facilité de transition de l'une à l'autre, ces deux techniques permettent une exploitation rigoureuse et efficace de chaque veine d'eau. Elles vous permettront de vous adapter rapidement et sans trop de manipulations inutiles et coûteuses de temps. A ces deux méthodes, nous pouvons joindre une troisième chère à mon ami C. Guimonnet, la fameuse noyée amont qui certains jours fera mouche.

Les techniques citées ci-dessus permettent de s'adapter rapidement aux versatilités des salmonidés et ainsi de régulariser les prises tout au long de votre partie de pêche. En fonction des conditions du moment une technique prendra l'avantage sur l'autre, d'où l'intérêt de pouvoir varier facilement. Changer de technique de pêche et procéder aux ajustements permettant d'être en phase avec la réalité écologique du moment peut paraître contraignant et fastidieux pourtant c'est la seule façon d'optimiser votre pêche.

Choisir entre sèche ou nymphe plaquée augmente considérablement le spectre de prospection, savoir quand passer d'une technique à l'autre doit se faire après une interprétation judicieuse des informations recueillies. La justesse de vos choix sera validée par la régularité de vos prises, tâtonner et chercher pour arriver à ce résultat est passionnant. Oubliez vos affinités à une technique ou à une autre, pêchez avec celle la plus adaptée à la situation de pêche rencontrée même si vous la maîtrisez avec moins de dextérité. Pourquoi s'obstiner à lancer mécaniquement une mouche sèche quand il n'y a pas le moindre insecte dérivant sur la pellicule de surface et pas le moindre poisson le nez en l'air ? En torrents et autres eaux rapides, il est toujours possible de prendre un poisson opportuniste même en l’absence d'insectes dérivant sur l'eau mais forcement votre productivité va s'en ressentir si vous persistez.Tromper la vigilance de quelques poissons peut influencer le pêcheur et lui faire croire qu'il possède la bonne méthode alors qu'il procède aux antipodes de ce qu'il faudrait ! Le comportement des truites, le débit et les types de postes prospectés vont influencer la technique de pêche et agir aussi sur la vitesse de prospection. En nymphe comme en sèche la prospection connaîtra une vitesse variable en rapport avec l'activité du moment ; l'incidence de celle-ci s’avérera forte sur le nombre de poissons pris.

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Pêche mouche
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pêche truite mouche
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Adaptez votre vitesse de prospection

Le bon rythme de prospection ne se trouve qu’après quelques minutes de pêche dès que vous commencez à comprendre où sont les poissons, ce sont ces informations qui vous donneront le bon tempo. Lorsque les truites sont installées et actives en surface ou au fond, inutile de se précipiter car beaucoup de postes sont occupés, procédez lentement et avec application. Chaque veine d'eau devra être lue et peignée judicieusement, lentement et pas à pas afin d'exploiter le maximum de poissons prenables. Les plus petits coups susceptibles de ne contenir que des truitelles seront à éviter afin de ne pas les blesser inutilement et de ne pas perdre de temps.

Les jours de faible activité voient la vitesse de prospection exploser ainsi que les distances parcourues par le moucheur. Dès que celui-ci, par recouvrement d'informations, est capable de déterminer le type de postes où se trouvent les quelques poissons actifs, inutile de pêcher tout le linaire. Savoir ignorer de grands secteurs de parcours pour ne se consacrer qu’aux postes bien définis occupés par les truites à ce moment donné de la journée fait partie des excellents outils d’optimisation halieutique à mettre en place.

Le débit de la rivière peut aussi agir sur la vitesse de prospection : un fort débit favorise la pêche des secteurs moins rapides et avec moins de pente faisant parfois parcourir de grandes distances entre un poste et un autre. Par eau basse, c'est souvent le contraire car les postes pêchables sont plus nombreux. Les secteurs accidentés et riches en postes se pêchant plus lentement de par leur configuration, faire le choix de couvrir du terrain ou vous concentrer sur un secteur restreint conditionnera le résultat final de votre sortie.

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Quelle technique choisir ?

Toutes les observations comportementales des salmonidés mentionnées plus haut doivent, après décryptage, influencer votre choix de pêcher sur ou sous l'eau. Chacun d'entre nous a connu des séances de pêche où rien d'évident ne semblait se décider, quand le doute s'installe opter pour la nymphe.

Sur les postes d'eaux rapides, il est courant d'observer plusieurs poissons qui ne s'alimentent pas dans la même couche d'eau, si vous ne prospectez qu'en sèche vous passerez forcément à côté. Lors de ces journées où la pêche en surface ou nymphe ne s'impose pas catégoriquement n'hésitez pas à ralentir votre vitesse de prospection et à alterner sur un même poste sèche et nymphe plaquée. C'est coûteux en nylon de pointe et vecteur de nombreuses manipulations et de nœuds mais c'est un facteur indéniable d'optimisation. Les moins volontaires aux changements de pointes pourront opérer avec un tandem sèche/nymphe, la formule marche très bien en eaux rapides mais semble à mes yeux limiter la prospection des coups profonds. Par contre l'utiliser en début de partie de pêche peut être riche en enseignement sur le comportement des truites.

La pêche en sèche et la nymphe plaquée, de par leur mise en œuvre couvre parfaitement le spectre de la pêche en eaux rapides, passer de l'une à l'autre est rapide et facile, ce que nous verrons dans le prochain article. Acharnez-vous à modifier souvent votre façon de pêcher, modifiez vos pointes, vos mouches et le lestage de vos nymphes même si cela est parfois énervant. Dans les périodes où l'activité est réduite, c'est au moucheur à adapter sa pêche aux poissons peu coopératifs !!

Se placer correctement dans le lit du cours d'eau afin de réaliser un lancer dans les meilleures conditions ne fait pas prendre la truite convoitée mais peut y contribuer fortement. Placement et distance de pêche influencent aussi la pêche. Observez, profitez, chaque jour de pêche n'est que bonheur !!!

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pêche mouche pyrénées
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NOTRE DOSSIER MOUCHE EN EAUX RAPIDES : 

LE MATÉRIEL : 

Le matériel pour être polyvalent

Le choix du moulinet

LA STRATÉGIE DE PÊCHE : 

Optimisez par la polyvalence

Programme SAMARCH : de nouvelles connaissances à venir sur les migrateurs de la Manche

pêche normandie

Lancé le 16 janvier 2018, le projet SAMARCH (Salmonid Management Round the Channel - la gestion des salmonidés dans la Manche) vise à fournir de nouvelles connaissances scientifiques pour améliorer la gestion des saumons et des truites de mer (salmonidés) dans les estuaires et les zones côtières sur le littoral français et anglais de la Manche. 5 rivières feront l’objet d’investigations approfondies : la Frome (UK), le Tamar (UK), l'Oir (Manche), le Scorff (Morbihan) et la Bresle.

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Le projet doit permettre d'étudier le comportement des salmonidés dans les estuaires et les eaux côtières afin d'identifier les sources de mortalité. Les travaux consisteront à :

  • Analyser l'ADN pour cartographier les habitats essentiels de truites de mer en Manche ;
  • Fournir de nouvelles informations sur les changements à long terme dans les taux de croissance des saumons à partir de l'analyse des collections historiques d'écailles ;
  • Améliorer la compréhension de la différence dans le cycle de vie des saumons mâles et femelles, indispensable pour mieux gérer les populations.

 

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pêche normandie
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Les pêcheurs sportifs sont sollicités par les partenaires français pour participer à leur façon à ce beau projet. Les scientifiques ont en effet besoin d’écailles de truites de mer adultes, nécessaires à la réalisation de la base de données génétiques et à la caractérisation des différents stocks présents en Bretagne et en Normandie occidentale. Voir plus d’infos ici :

http://www.observatoire-poissons-migrateurs-bretagne.fr/actualites/185

Dans le cadre de ce programme, Normandie Grands Migrateurs et les autres partenaires du projet INTERREG SAMARCH va réunir du 16 au 18 mai 2018 sur le site emblématique du Mont Saint-Michel scientifiques et gestionnaires afin de faire un état des lieux des connaissances sur les salmonidés migrateurs et discuter des grands enjeux de leur gestion. Les sujets abordés sont nombreux, diversifiés et très intéressants. Voici l’accès au programme prévisionnel :

http://samarch-forum.com/fr/programme/

 

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pêche normandie

The Magic Fly

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« JACQUES DAUTY !!! » Le nom de mon ami décédé il y a quelques années résonne dans la vallée de la South Fork of the Boise River dans l’Idaho. Il est clamé à voix haute, de manière théâtrale et avec un fort accent par mon ami américain Erik Moncada. Pourtant ils ne se sont jamais rencontrés. Je crois que l’image de cette scène un peu surréaliste restera à jamais gravée dans ma mémoire.

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pêche idaho
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Nous sommes le 17/09/2016. C’est la fin d’un périple halieutique débuté 2 semaines auparavant avec Jean Paul à Great Falls Montana. Pour notre dernier jour de pêche nous sommes en compagnie d’Erik sur sa rivière favorite. Mise à part la fin de matinée où les Pink Cahills font réagir les truites, cette belle et chaude journée est peu propice aux éclosions. Nous sommes maintenant en place sur un très long pool qui devrait s’activer peu avant la nuit si, comme la veille, les Sedges sont présents. Jean-Paul pêche en nymphe le courant en tête du poste et nous sommes positionnés plus en aval avec Erik scrutant la berge opposée - maintenant ombragée - à la recherche d’un gobage. Nous localisons un poisson actif et je propose à Erik de tenter sa chance car il est mieux positionné que moi. Ne repérant pas d’autre activité de surface, j’observe mon ami américain poser délicatement différents modèles de mouches soigneusement sélectionnés sans arriver à provoquer la moindre réaction du poisson ciblé. Je finis par penser qu’il ne parviendra pas à son but et suis à nouveau à la recherche de gobages quand fuse le nom de Jacques. Je me retourne vers Erik et le vois canne haute et courbée, un énorme sourire illuminant son visage. Son cri est un hommage mais aussi un signal codé qui m’est destiné et je sais alors avec certitude quel modèle de mouche est planté dans la gueule de l’énorme Arc en ciel qui commence à vider son moulinet.

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pêche idaho
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Remontons encore un peu le temps… 24 septembre 2015. J’arrive chez Erik Moncada alors qu’il fait nuit depuis longtemps. Je viens de passer une dizaine de jours en solitaire à prospecter de nouvelles rivières, de préférence loin de toute trace de civilisation, traversant trois Etats du nord-ouest américain. Les retrouvailles avec Erik sont chaleureuses. Si nous nous sommes rencontrés brièvement un an auparavant dans son Fly Shop nous n’avons depuis cessé d’échanger par email ou téléphone et nous sommes impatients d’aller enfin pêcher ensemble. L’heure du départ est rapidement fixée à 5h30 du matin, il ne reste que peu de temps pour reprendre des forces.

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pêche idaho
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La Magic Fly montée par Jacques Dauty
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Malgré la courte nuit, pas besoin de réveil et les 90 mn de route sont avalées en parlant exclusivement de notre passion commune. Nous voilà enfin à pied d’œuvre peu après le lever du jour et quelques poissons nous signalent leur présence par des gobages très discrets. Nous partageons un long lisse et cherchons chacun de notre côté la bonne mouche. Il y a probablement sur l’eau quelques Chiros et quelques Trichos (il s’agit d’un petit éphémère que l’on ne trouve pas en France et qui ressemble sur l’eau à un Caenis ). Or, quand je ne sais pas quelle mouche exacte utiliser, j’emploie souvent un modèle que Jacques m’avait fait connaitre à mes débuts et dont quelques exemplaires sont encore dans ma boite. Il s’agit d’un montage parachute au corps gris et rouge monté sur un hameçon de 20. Lorsque j’ai commencé à utiliser cette mouche il y a bientôt 30 ans, je ne savais pas ce qu’elle était sensée imiter et ne le sais toujours pas mais j’ai en ce modèle une confiance incroyable pour séduire les poissons difficiles. Une fois encore c’est un succès et je ferre plus d’une dizaine de magnifiques Farios avant qu’Erik ne vienne me rejoindre. Il a, de son côté, touché quelques poissons mais voit bien que j’ai plus de prises et me demande sitôt arrivé à mes côtés quel modèle de mouche j’utilise. Je lui réponds sans trop réfléchir : « The Magic Fly ».

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Nous décidons alors de pêcher ensemble et d’attaquer à tour de rôle les poissons actifs repérés. C’est à Erik lorsque nous remarquons un gobage le long d’un gros caillou contre la berge. La tête de ce qui semble être une très grosse Fario sort régulièrement entièrement hors de l’au comme au ralenti pour engloutir des insectes de très petite taille que nous ne pouvons identifier. Il lui présente parfaitement plusieurs modèles de ses mouches qui sont tous ignorés et finit par me proposer d’essayer de séduire la belle. Mon petit parachute est toujours noué à la pointe de mon bas de ligne et dès le premier passage la truite s’en empare. Erik semble maintenant convaincu que cette mouche est un peu « magic » et je lui confie une de mes imitations pour poursuivre la partie de pêche mais il est maintenant trop tard. Le soleil inonde la rivière de ses rayons, la température monte en flèche et nous ne décelons plus aucune activité. Il en est ainsi jusqu’au soir mais Erik arrive à ma grande surprise à provoquer quelques attaques au plus chaud de la journée en travaillant le long d’une berge herbeuse avec une imitation de souris.

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Il ne reste que quelques dizaines de minutes avant la nuit quand les poissons recommencent à percer la surface. Nous sommes certains qu’elles se nourrissent de Chiros et je ferre rapidement 2 jolies truites. A nouveau Erik me demande quel modèle de mouche j’utilise et ma réponse est encore « the Magic Fly » et de lui rappeler qu’il en a une accrochée sur son gilet depuis le matin. La nuit est presque totale, je décide donc de quitter la rivière mais Erik de son côté essaye dans la pénombre de changer sa mouche. Il me rejoint un peu plus tard à la voiture pour m’annoncer triomphalement la prise de 2 poissons avec la mouche du jour.

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Lors du trajet retour vers son domicile, Erik veut en savoir plus sur cette mouche. Je commence donc à lui parler de Jacques Dauty qui fut mon meilleur ami et qui guida mes premiers pas de moucheur. Je lui raconte nos nombreux voyages de pêche aux USA centrés sur le Montana, le parc du Yellowstone, l’est de l’Idaho et le nord du Wyoming.

Cette discussion commencée un soir, au retour de la pêche, alors qu’avec la fatigue mon vocabulaire anglais semble avoir quitté la carte mémoire de mon cerveau, se poursuit les 4 jours suivants. Notre amitié avec Erik se construit très vite car, en plus de notre passion commune, nous partageons beaucoup de valeurs et je suis particulièrement touché par la sensibilité de ce jeune trentenaire, bientôt papa, qui fait preuve d’un calme, d’une patience et d’une sérénité qui étaient loin d’être miennes au même âge… C’est donc en toute confiance que je poursuis le récit de ma complicité avec Jacques en lui parlant de sa maladie, de son opération, de ma promesse faite de venir répandre ses cendres dans la vallée de la Lamar dans le Parc du Yellowstone et du voyage que nous projetions de faire si la maladie lui laissait une période de répit suffisante. Un projet faisant la part belle aux rivières de l’Idaho et pour lequel Jacques avait dressé une longue liste de cours d’eaux que nous n’avions jamais pêchées auparavant. Ce voyage n’eut jamais lieu mais j’ai décidé de visiter toutes ces rivières avec la canne et le moulinet qu’il avait commandés pour ce périple et bien sûr avec certaines de ses mouches. C’est ainsi que j’atterris ou décolle régulièrement de Boise et qu’un jour, en compagnie de Christian, nous avons fait un passage dans le Fly shop d’Erik.

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Jacques Dauty, l'inventeur de la Magic Fly
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Je raconte ensuite à Erik comment la « Magic Fly » est arrivée pour la première fois dans ma boite à mouches, montée et conseillée par Jacques à mes tous débuts. Je l’appelais alors « la stadiste » en raison de ses couleurs rouge et noire et avait demandé à Jacques de m’en monter une série car j’avais en cette mouche une foi comparable à aucune autre. J’ai ensuite hérité de toutes les boîtes de Jacques ; des dizaines de boîtes dans lesquelles il y a rarement plus de 2 exemplaires d’un même modèle. La « Magic Fly » était pourtant présente dans plusieurs d’entre elles et en bien des tailles. Je les ai toutes utilisées et je crois bien avoir perdu la dernière cette année lors de ma seule journée de pêche hivernale dans un réservoir des Landes. Aujourd’hui, je ne monte plus mes mouches. Je n’étais pas très bon et surtout pas assez motivé par cette activité, préférant mille fois être au bord de l’eau que devant un étau. Et puis grâce à Jacques j’ai fait la connaissance de Christian Guimonnet, passionné d’entomologie et surtout monteur d’exception. Il est devenu mon ami et mon fournisseur exclusif. L’hiver nous pouvons passer des heures, voire un we, à conceptualiser une nouvelle boite en fonction de mes destinations futures et bien sûr chaque année je lui commande des « Magic Flies » en plusieurs tailles.

Durant notre séjour, Erik m’en demande chaque jour un peu plus, notamment sur Jacques et sur les mouches qu’il montait. Nous avons droit à une sacrée tranche de rigolade quand essayant de lui donner la liste des matériaux pour monter la fameuse mouche je me rends compte que je ne connais pas la traduction anglaise du mot taupe et essaye de lui décrire sans succès le petit mammifère sous-terrain. J’ai même essayé de m’appuyer sur certaines expressions imagées mais « myope comme une taupe » devient « aveugle comme une chauve-souris » dans la langue de Shakespeare, d’où le quiproquo…

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Notre séjour au bord des rivières du sud-ouest de l’Idaho se termine sur la South Fork of the Boise River et c’est chacun équipé d’un petit montage parachute rouge et noir que nous prenons les dernières truites alors qu’il fait nuit, ferrant les poissons au bruit des gobages, Erik citant Jacques à chaque fois qu’une truite prise avec la fameuse mouche arrive dans son épuisette. Je suis particulièrement touché par cela et c’est à cet instant que me vient une idée que je lui expose dès notre retour à la voiture : lui donner avec l’aide de Christian la formule exacte du montage de la « Magic Fly » pour qu’il la monte et la vende dans le Fly Shop de Boise sous le nom de Jacques. Il adore immédiatement l’idée et nous passons tout le trajet retour à parler de ce projet. Au final, la mouche s’appellera « Magic Fly » pour 2 raisons : l’appellation est plus accrocheuse pour la clientèle du magasin et c’est sous ce nom qu’Erik l’a découverte. Pour faire vivre la mémoire de Jacques, il racontera à chaque acquéreur l’histoire de cette mouche.

 

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Dès mon retour en France j’expédie à Erik un petit colis avec du poil de taupe introuvable aux USA mais le courrier s’égare, revient chez moi, avant de repartir outre atlantique. Notre ami américain n’a pas perdu de temps et, dès la réception d’un mail de Christian, il commence à monter ses premières imitations avec du poil de rat musqué. Finalement, et après plusieurs tests, c’est avec un dubbing pour Adams que sont montées les mouches pour le Fly Shop Erik utilisant le poil de taupe, arrivé à destination après plusieurs mois, pour sa collection personnelle.

Je reçois régulièrement des messages d’Erik me racontant les visites des clients du magasin qui viennent pour acheter des « Magic Flies » et qui prennent alors connaissance de l’histoire de la mouche de Jacques qui est vite devenue leur best-seller. Lors de mon passage au Fly shop en septembre 2016, le magasin était à court de stock dans les tailles 20 et 22 et il ne restait que quelques modèles en taille 18.

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Je ressens aujourd’hui un plaisir très particulier en pensant qu’au fin fond de l’Idaho un jeune américain monte et commercialise un modèle de mouche dans un Fly Shop en hommage à Jacques et trouve que c’est une magnifique façon de faire vivre sa mémoire….

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Magic Fly by Erik
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Magic Fly par Christian
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Formule de montage :

  • Hameçon tmc 2487 n°16 à 24 
  • Soie de montage rouge foncée 
  • Thorax et moitié du corps : poil de taupe 
  • Parachute : parapost blanc
  • Hackle : Chinchila gris

Le flyshop d'Erik Moncada :

Boise Anglers Fly Shop

7097 W Overland Rd

Boise,ID 83709 USA

http://www.boiseanglers.com/

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Exception de mars

pêche grosse truite

Le mois de mars n'est pas très réputé parmi les pêcheurs à la mouche. Nous en parlions encore la semaine dernière avec mon ami Jérome sur les berges de la Moselle, il n'est pas rare d'entendre certains pêcheurs annoncer qu'avant que les arbres ne soient en feuilles, la mouche n'a pas d'intérêt. Tout n'est pas faux dans cette idée car évidemment, l'eau froide et les niveaux souvent élevés n'ont pas tendance à activer les poissons. Les insectes sont encore peu nombreux dans les veines de courant et encore plus à la surface. Pourtant...

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Les poissons, forcément, sont aussi peu nombreux à s'activer mais c'est justement là qu'est l'intérêt de ce début de saison. Après l'ébullition de l'ouverture qui a vu s'accumuler des centaines de pêcheurs sur les rives, le calme est revenu au bord de l'eau. Beaucoup auront conclu qu'avec le froid les truites ne mordent de toute façon pas et ne reviendront à la pêche que bien plus tard.
Ils n'ont pas tort, la majorité des truites, la plupart des poissons de tailles moyennes, ne s'activent que très peu en ce moment. Impossible de scorer dans nos froides régions de l'est à cette période. Toutefois, quelques rares truites profitent de ce moment, le seul de l'année durant lequel le débit de la rivière reste élevé pendant une période suffisante pour qu'elles se sentent en sécurité et puissent regagner quelques forces... les très grosses sont dans ce cas ! Et ce n'est pas Pierre Cast qui me contredira vu l'incroyable torpille qu'il a capturée ce mois-ci !

Les rechercher est un vrai travail de masochiste, frustrant, très long mais tellement gratifiant lorsqu'enfin ça paye.

Jeudi 22, ma motivation n'était pas exceptionnelle pour aller pêcher. Il avait encore gelé durant la nuit et surtout, je n'avais presque pas vu de truites lors de ma sortie neigeuse de l'avant veille. Le ciel était bien couvert, la plaine d'Alsace sous le brouillard. J'y vais, j'y vais pas? Après une matinée à travailler sur l'ordinateur, l'appel de l'extérieur était trop fort.

Je passe une bonne heure à prospecter quelques postes aux leurres mais comme prévu, il n'y a pas la moindre truite active. Les doigts glissés dans l'eau confirment qu'elle est vraiment froide. Je décide d'arrêter de pêcher dans le vide et de commencer à me promener de poste en poste, plutôt dans l'idée d'observer la nature que de lancer. Je range la canne spinning dans la voiture et je prends ma JMC Tentation 10' soie 4 sans trop d'arrières pensées. Il se passe bien deux heures durant lesquelles je rejoins un poste et m'y attarde quelques dizaines de minutes sans pêcher, puis un suivant.
Sur ce virage que je connais bien car j'y ai pris la plus grosse truite sauvage de ma vie l'an dernier, le long d'une berge empierrée, je n'ai pas attendu trop longtemps pour apercevoir une masse grise énorme postée à la limite du courant, dans le seul endroit calme à des centaines de mètres à la ronde. Le plus dur a été de m'approcher suffisamment du poisson pour lui poser une nymphe à proximité. A peine posée d'ailleurs, elle la prend mais je la rate. Fini de rêver. C'est drôle comme après des heures d'attente pour ce moment ultime, l'échec n'est ressenti que comme une évidence. Je suis reparti silencieux et bizarrement calme jusqu'à ma voiture puis je suis rentré.

 

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pêche grosse truite
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Le lendemain matin par contre, je n'ai pas attendu longtemps avant de retourner pêcher. Le calme avait disparu et je me sentais vraiment excité tout en sachant que, peut être, je ne la reverrai plus.
Evidemment, elle n'était pas là et après une bonne demi-heure d'attente sur le poste je suis reparti essayer d'autres secteurs en nymphe, sans trop de résultats jusqu'en début d'après midi. Quelques truites se sont activées, très sporadiquement mais suffisamment pour me décider à retourner voir "le" spot. Le sentiment est indescriptible lorsqu'en arrivant, je la revois postée de la même manière qu'hier. Après m'être positionné et avoir essayé quelques passages avec des nymphes différentes, je dois me faire une raison... Elle n'est pas active du tout. Elle est pourtant là, accessible mais refuse mes imitations. C'est vraiment très frustrant mais il n'y a malheureusement pas grand chose à espérer dans ces cas là. La seule chance est qu'elle ne m'a pas repéré du tout, sinon il y a bien longtemps qu'elle aurait disparu. Je n'ai pas vu d'autre solution que d'attendre sans bouger, une minute, quelques unes en plus, vingt peut être. Une éternité à l'observer immobile à quelques mètres de moi. Puis elle a bougé, s'est postée 50 cm en aval, sous un mètre d'eau et en plein courant. Elle était presque sous ma canne à ce moment là et j'ai lancé sans réfléchir. Sa tête a basculé de quelques centimètres sur la droite et j'ai ferré. Le reste est un florilège de rushs et d'éclaboussures, de doutes et d'espoirs, puis le bonheur de l'avoir et de la voir dans l'épuisette.

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pêche grosse truite
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Je suis en extase à cet instant, de pouvoir admirer cette truite mais surtout de constater qu'il s'agit bien de la même que j'avais capturé l'an dernier à la même époque ! Elle est facilement reconnaissable, déjà par sa taille mais aussi par ses nageoires caudales et anales abîmées par l'âge et sans doute les reproductions répétées au fil des années. De l'avoir prise une première fois en 2017 avait futilement flatté mon égo  mais cette fois-ci je suis heureux de voir qu'elle s'était parfaitement remise de la capture précédente, qu'elle a continué de vivre sa vie de truite géante.

Je n'avais pas revu cette truite de toute la saison estivale 2017 et je doutais de sa survie. Finalement, elle confirme peut être simplement qu'elle ne se laisse apercevoir qu'en début de saison. La libérer une seconde fois faisait aussi partie du plaisir.

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pêche grosse truite

Mars en nymphe au toc

pêche toc

Ce début de saison dans les Pyrénées semblait devoir se résumer à des pêches incertaines dans des conditions d’eaux peu adaptées à notre pratique. Contrairement aux deux dernières années, de grandes quantités de neige en altitude nous promettaient des débits trop élevés et de l’eau un peu trop sale pour que les nymphes puissent donner le meilleur. En réalité, un coup de froid inespéré aura eu raison de la fonte massive redoutée, et nous aura permis de trouver, en cherchant un peu et en changeant de cible d’une sortie à l’autre, des conditions d’eaux claires acceptables pour mouiller quelques nymphes et faire des touches.

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Pour présenter les imitations, la largeur des rivières et la hauteur d’eau aidant, ce sont des cannes anglaises adaptées qui auront eu notre préférence, et concernant les approches, les grandes lignes sont décrites dans ce billet récent http://www.truites-et-cie.fr/article/technique/toc/appats-vs-nymphes-les-bons-choix.

L’idée n’étant pas de se faire mal dans une eau glacée, mais plutôt de se faire plaisir en essayant de rendre la moins aléatoire possible l’histoire du bon endroit au bon moment, nous avons choisi de ne pas pêcher des journées entières, mais au contraire quelques heures ciblées, au moment des éclosions de baetidés de et march brown, en prenant avant tout le soin de choisir des veines théâtres d’émergences. La besogne n’est plus de notre âge !

La journée type, y compris celle de l’ouverture, s’est donc résumée à avaler des cafés bien chauds devant l’étau et à vaquer à nos occupations jusqu’en fin de matinée, pour ensuite nous rendre sur les lieux de pêche de manière à être opérationnels entre midi et le début d’après-midi, en fonction de l’éloignement, frais et dispos, sans atteintes ni au moral ni aux orteils.

Une fois en pêche, en partant du principe qu’en dépit de l’eau froide les mouches font entrer les poissons dans les veines porteuses, il ne nous restait plus qu’à pêcher, proprement, en tâtonnant un peu sur les lestages de nymphes pour trouver les couples vitesse/profondeur occupés par des poissons actifs à l’instant T.

Le jour de l’ouverture, les truites sont bien installées dans les veines, les mouches abondantes, et les touches présentes. C’est Lenka qui prendra le plus beau poisson de la journée, sur une nymphe ébouriffée.

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De mon côté, en plus de la poignée de poissons de tailles moyennes mis à l’épuisette, je ferai l’effort de sortir la 9’ de son tube fixé au sac à dos pour faire visiter le filet à une truite de taille correcte qui aspirait goulûment les imagos de march brown à sa portée.

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pêche toc
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Le lendemain, malgré une forte hausse des niveaux dans la nuit, nous tentons de remettre le couvert dans le même secteur. Un excès de gourmandise qui nous vaudra la déception de nous trouver face à de l’eau de couleur vraiment peu engageante.

Lenka insiste pour pêcher tout de même, juste pour voir. Elle parvient, dans ces conditions pourries, à provoquer une touche timide, qui se solde par la prise d’un poisson d’un peu plus de 40cm. C’est mieux que rien, mais ça ne nous engage pas à poursuivre.

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S’ensuivront deux nouvelles rivières, pour prendre un poisson modeste et un poisson qui frôle de peu la barre des 50cm à chaque fois, sans pour autant avoir le sentiment d’avoir brillé. Ce sont des poissons pris au mental plus qu’autre chose.

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Ce dimanche aura été le premier et le dernier jour de pêche au ver pour ce mois de mars. La couleur de l’eau dictait l’appât à utiliser, et il aurait été inutile de s’enfermer dans la réussite relative de la veille.

Les sorties suivantes se ressemblent : échaudés par ce dimanche d’ouverture, nous avons fait l’effort de trouver de l’eau à peu près claire à chaque fois, et de nous donner les moyens de pêcher en nymphe en suivant notre ligne de conduite : bon endroit et bon moment autour des éclosions.

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Globalement, la cadence des touches n’a rien d’exceptionnel. En revanche, les tailles moyennes sont bonnes, les poissons dont la taille est supérieure à 40 centimètres sont fréquents, et une capture suffit généralement à nous insuffler la motivation nécessaire à l’attente de la suivante…

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Et puis parfois, à la cadence moyenne d’une fois par sortie, le ferrage porte dans quelque chose de plus lourd :

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Des dents à vous dissuader de vous réincarner en larve aquatique :

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Pour la dernière journée de pêche du mois, alors que les prochaines sorties libres seront consacrées à des occupations éloignées de toute considération halieutique - et surtout, même si nous ne le savons pas encore, avant que les niveaux n’explosent - je me réveille avec le dos complètement bloqué. Il est rare que l’envie de pêcher soit atteinte par ce genre de choses, mais sur ce coup, c’est réellement après une longue hésitation que nous nous décidons finalement à prendre la route.

L’histoire se répète, et une paire de poissons corrects rejoignent la filoche de Lenka.

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Globalement, sur ces premières sorties, elle aura été légèrement plus régulière que moi, ne passant pas à travers la pêche comme je suis en train de le faire ce jour-là, et comme je l’ai déjà fait sur une sortie précédente. Sur ce dernier coup, j’ai une excuse et je me résigne à l’idée qu’il faudra se contenter des deux petits poissons pris tant bien que mal, quand ma nymphe se fait stopper net sur une grande dérive…

Peu mobile et ayant mal évalué la taille du poisson pris loin dans pas mal d’eau, le combat est expédié en force, et sans faire un pas vers l’aval.

Une paire de reproches fusent quant à ma gestion assez peu prudente de la confrontation, mais la réussite est de mon côté, le poisson est assez rapidement filoché, et nous réalisons alors que nous tenons déjà une des truites de cette année 2018…

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Une grande truite splendide, de celles qui marquent une saison, et qui avait déjà fait notre bonheur en 2017 avec quelques tout petits centimètres de moins. Elle clôture superbement ce mois de mars.

Pour ceux qui souhaitent un détail plus poussé sur les nymphes utilisées, un billet plus détaillé est en ligne sur notre blog : https://www.mattetlenka.com/2018/04/09/eaux-froides-s%C3%A9lection-et-premiers-r%C3%A9sultats/

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Qui craint de se mouiller ne prendra pas de truites...

Pêche leurre

Je ne crois pas avoir connu un début de saison comme celui-là depuis des années.

A l'heure à laquelle j'écris ces quelques lignes, je suis toujours perché sur mon petit nuage . Cette passion dévorante nous fait vivre des instants tout simplement inoubliables. Ces moments pour lesquels nous mettons tout en oeuvre et qui restent en même temps si difficiles à concrétiser si la chance ne se présente pas.

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Jour J, une matinée comme je les aime : un niveau d'eau correct, une eau un peu piquée, un ciel bien chargé, menaçant. Là, tout au fond de cette vallée, la nature s'écoute. Le chant du merle annonce l'arrivée imminente du printemps. Les circonstances sont idéales pour pratiquer une pêche à la cuillère. Cette technique me donne toujours autant de plaisir pour l'ouverture.

Après une pêche plus qu'honorable, j'arrive sur un poste bien différent : une cascade, infranchissable pour les poissons et moi. C'est là que va s'arrêter ma matinée... ou presque...

J'étais bien loin de me douter de ce qu'allait me réserver cette chute d'eau. Et pourtant, j'en ai déjà passé des heures à arpenter ce cours d'eau.

Je commence par bien râtisser la couche supérieure avec ma petite AR-S. Mais rien, pas un mouvement d'écaille... Je pêche bien trop haut : il faut que je descende bien plus profond dans cette fosse.

Changement de tactique : je monte un petit Flash-J Grub bien flashy. Je continue méticuleusement à gratter chaque pierre pendant plusieurs minutes. Encore un dernier passage... Quand soudain... Ma ligne s'arrête d'un coup, ferrage immédiat ! C'est lourd, très lourd ! Impossible à contrôler avec ma petite canne. Je parviens enfin à la saisir par la queue !

Explosion de joie dans la montagne ! J'ai certainement dû faire fuir tous les loups du coin !

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pêche leurre
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« Attendre sa chance est vain, la tenter ne suffit pas, il faut la forcer »
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La semaine suivante, encouragé par cette belle prise, je repars à l'aventure mais équipé plus gros car je change de rivière. Je suis motivé pour de la 'BIG' !

Pour corser le tout, j'improvise : je vais silloner une bordure que j'avais eu l'occasion de lorgner quelques fois. Pêcher un jour de semaine favorise la tranquilité .

Je pêcherai soigneusement tous les postes et les poissons commencent à se montrer. J'arrive sur la fin de radier. Je lance mon D-Contact et mets un grand coup de scion. Ça va très vite... J'aperçois une ombre au fond de l'eau... Je ne perds pas de temps, je relance bien plus haut. Toujours de grands coups de scion... Enfin, elle se décale pour saisir mon leurre quasiment en surface. Pas le choix, je saute à l'eau ! Attention Mick, ne fais pas l'andouille... Incroyable la puissance qu'elle a ! Après avoir galéré un moment pour éviter qu'elle ne se faufile sous ce tas de bois, j'arrive finalement à la filocher. Hourra ! Madame est en surpoids et d'une taille hors norme, je ne m'y attendais pas.

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« J'ai les mains qui tremblent... Je la décroche délicatement et contemple ses formes... »
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Bon attention : pour ceux qui se sont déjà spoilés sur les réseaux sociaux , vous la reconnaitrez certainement...

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pêche leurre
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Et voilà comment finir en toute beauté cette première semaine de reprise !

Je n'aurais jamais imaginé être aussi chanceux pour ce début de saison. Si on ne fait rien et que l'on reste assis, il ne peut pas y avoir de moments magiques !

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@+ pour d'autres moments de partage

Mick la Truite

Alevinages et truites sauvages : Quand la science permet de comprendre l’après crue 2013

Pêche pyrénées

Les  bassins de la Pique et de la Garonne amont ont connu en juin 2013 une crue historique. Ce flot brutal a produit une quasi « remise à zéro » des populations de truites. Cette occasion rare de suivre la recolonisation et le rôle des alevinages n’a pas été manquée par la fédération 31 pour comprendre le fonctionnement de ces cours d’eau. Elle a donc fait appel à Gilles Bareille, géochimiste de l’université de Pau, et à Simon Blanchet, généticien au CNRS.

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Dans son squelette, la truite intègre des minéraux de son milieu de croissance et les conserve au cours du temps. Ainsi une truite née en pisciculture ou dans tel ruisseau, en garde la marque même si elle a été déversée ailleurs ou a migré. Gilles Bareille, en analysant leurs otolithes (petit os de l’oreille interne) a pu montrer d’où proviennent, où sont nées et où ont grandi, les truites échantillonnées dans le bassin de la Pique et de la Garonne. En analysant leur ADN, Simon Blanchet a pu détecter de quelles lignées génétiques ces truites étaient issues. Croiser la somme de ces informations à l’échelle de ce bassin de Garonne amont a révélé des processus dont la compréhension sera très utile pour assurer la gestion piscicole du secteur.

Une recolonisation très inégale

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Pêche Pyrénées
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Les échantillonnages ont été effectués en 2016, afin d’observer les effets des premières reproductions après la crue. Sur le bassin de la Pique, la remontée des effectifs a été très rapide. Dès 2015, on retrouvait déjà des densités comparables à celle d’avant la crue.

Sur la Garonne tout en amont, dans le secteur de Fos et Saint-Béat, le curage du plan d’Arem en 2014 a fait descendre la population à un niveau encore plus bas que la crue l’année précédente, mais depuis, la recolonisation suit une dynamique , confirmée en 2017, qui se rapproche de celle de la Pique.

Sur l’aval de la Garonne : de Montréjeau à Saint-Martory, les densités demeurent relativement faibles et ne progressent pas autant depuis la crue. Toutes ces données démographiques récoltées lors des pêches électriques des agents de la Fédération 31 ne répondent toutefois pas à une question cruciale : d’où proviennent ces truites ?

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Des alevinages utiles à certains endroits…pas du tout à d’autres

Après la crue comme avant, les alevinages en œufs, alevins et truitelles ont été très importants, presque deux millions d’individus annuellement, de haut en bas des cours d’eau, tous stades confondus répartis entre Pique et Garonne. Dans des milieux où les truites sauvages étaient très peu nombreuses puisque décimées par les flots de 2013, on aurait pu penser que les truites d’alevinage allaient bien profiter de cette absence de concurrence.

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Pêche Pyrénées
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Or, comme le révèle l’étude des otolithes, dans le cas de la partie la plus en amont de la Garonne et plus rapidement encore de la Pique, il n’a pas fallu bien longtemps pour que les truites sauvages recolonisent leur territoire et fassent quasiment disparaitre toute trace de truite d’alevinage. Plus bas sur la Garonne, le regonflement des effectifs, beaucoup plus poussif, doit cependant beaucoup aux alevinages.

Des enseignements intéressants à tirer pour la gestion piscicole

Clairement, l’intérêt de l’alevinage apparaît comme très différent suivant les secteurs. Décisif pour l’aval, sa nécessité et son efficacité n’apparaissent pas significatives sur la Pique et l’amont de la Garonne. Une première conséquence importante a été tirée par l’AAPPMA de Luchon, gestionnaire du bassin de la Pique, qui a décidé de cesser définitivement les apports en œufs et alevins dès cette année. Un changement à saluer mais  qui s’impose devant des résultats aussi nets…qui ne font que confirmer les nombreuses observations et diagnostics des années précédentes.

Dans les contextes fonctionnels du bassin de la Pique, ou dans celui plus ou moins temporairement régénéré (l’avenir le dira) par la crue de 2013 de la Garonne amont, la reproduction naturelle reprend rapidement sa dynamique.  Mais plus loin vers l’aval, où les fonds demeurent colmatés et les truites peu mobiles entre les barrages, les alevinages compensent en partie seulement cette dégradation du milieu naturel par l’hydroélectricité. Quant au stade d’alevinage (le graphique ne distingue pas l’œuf de l’alevin à résorption de vésicule. D’autre part, les truites déversées au stade portions surdensitaires sont exclues de l’analyse), il semble que les variations observées reflètent plus la pratique localement utilisée pour repeupler qu’une différence d’efficacité entre les stades d’apport, tous représentés, mais ce point méritera d’être affiné ultérieurement.

(Source : « JE PECHE » brochure téléchargeable de la FDAAPPMA31)

Tasmania – Far West Anglers - Part 1

Tasmanie pêche

C'est par une nuit agitée de début décembre que j'ai rejoint la Tasmanie par l'intermédiaire du ferry « Spirit of Tasmania ». Lors du contrôle de mon véhicule à l'embarquement, je me souviens de la mine déconfite du policier lorsqu'il m'a vu passer par l'intérieur de la voiture – accessoirement par mon lit – pour ouvrir le coffre. Tout le désespoir du monde pouvait se lire sur son visage.

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Je bataillais entre une poche de linge sale et mon matériel de camping pour accéder au verrou interne. Une fois ouvert, il a eu une vue imprenable sur le capharnaum qui régnait en maître dans ma modeste demeure. D'habitude, quand ces types là vous font ouvrir votre voiture, c'est pour vérifier dans les moindres détails l'absence de toute denrée alimentaire de type fruit/légume ou produits frais, dont l'importation sur l'île est formellement interdite. Or, dans mon cas, probablement pas si particulier que ça parce que, des backpackers à la voiture de manouche, il a dû en voir défiler un paquet, l'homme s'est contenté de me demander si je ne transportais rien d'interdit. J'ai répondu par la négative et pouvais enfin embarquer. La nuit fut interminable. Chaque fois que j'entreprenais une sortie pour fumer une clope, je me retrouvais à m'accrocher aux murs pour garder l'équilibre. Je n'avais pas réservé de cabine, trop onéreux pour les gens de mon espèce, mais avais droit à un siège à moitié inclinable dans un grand dortoir commun. Je m'asseyais donc dans un coin, celui le plus dépourvu d'autres passagers. A quelques sièges du mien, des affaires. Je ne serai donc pas seul dans ma rangée.

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ferry Tasmanie
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Je me suis plongé dans la lecture pour un moment, avant de me rendre compte que ce n'était pas forcément l'idée du siècle étant donné les conditions de mer exécrables. Ma voisine reprit sa place, une charmante jeune femme d'environ mon âge, peut être un peu plus. Nous échangions un bonjour, sourires, quelques banalités et je me replongeais dans mon livre. Elle fit de même, j'étais pris d'une envie de conversation mais ne voulais pas briser sa concentration. J'avais, de plus, pas vraiment d'inspiration pour une entrée en matière fracassante. A force de réfléchir, je finis par rater le coche et elle s'endormait paisiblement. Pour moi, impossible de trouver le sommeil, les mouvements du bateau avec la houle me retournaient l'estomac. Je savais que j'aurais dû éviter le buffet à volonté. Vers 2h du matin, alors qu'il ne restait que 3h avant le lever du soleil sur la Tasmanie, je prenais ce qu'il me restait de courage à deux mains et me lançais dans l'écriture d'un mot, sur un bout de papier arraché à mon carnet, à destination de la jeune femme. Je le posais discrètement sur son sac à main, bien en vue et avais disparu avant qu'elle ne se réveille.

Me voici en Tasmanie, après une nuit presque blanche, qu'importe. Je respire l'air pur de la liberté, bien que la ville d'arrivée soit en fait très industrielle et triste, peu à l'image de l'île elle même. Je prenais tout de suite la route en direction de la ville suivante qui abritait le plus grand magasin de pêche à la mouche de l'état. « Essential Fly Fisher » où je fus très bien accueilli par les propriétaires. On me donnait déjà le contact de James, un jeune guide local d'à peine 21 ans, qui se ferait un plaisir d'aller pêcher à mes cotés. Mais c'est en solo que je voulais faire mes premières expériences tasmanes.

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Le gérant du flyshop me conseillait un des premiers lacs de la fameuse région des Western Lakes. Il était accessible partiellement en voiture, mais très grand et certaines baies reculées me paraissaient propices à une première rencontre avec les truites locales. Je m'enfonçais donc vers les célèbres Western Lakes, sur une gravel road qui me paraissait interminable tant j'étais pris d'impatience. J'arrivais au Lake Ada sur les coups de midi, le vent était assez violent, mais il fallait m'y habituer parce qu'en Tasmanie, un jour sans vent c'est comme un prof en fin de carrière qui n'a jamais touché de Xanax, ça n'existe pas. Je commençais à faire les bordures, scrutant chaque caillou dans l'espoir d'entrevoir une nageoire. Mais sur les premiers hectomètres de berge, je ne vis rien. Par contre, des dizaines de wallabies naviguaient dans la végétation mêlée à des restes de neige.

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Wallabies
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Wallabies, la faune locale dans son élément.
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Un wombat traverse le chemin devant moi, cette vie sauvage est extraordinaire. Je me sens transporté. Loin de tout, en pleine nature, au milieu de dizaines de kilomètres carrés de parc national. Quelques mouches percent alors la surface du lac lorsque j'atteins la berge battue par le vent et j'aperçois les premiers museaux engloutir les insectes luttant pour s'envoler. Je ne tarde pas à épuiseter ma première truite tasmane ! Je suis alors aux anges, malgré qu'il ne s'agisse que d'un sujet d'une quarantaine de centimètres, ce poisson me comble de joie. La robe est splendide, des nageoires proéminentes, un bec de mâle bien dessiné malgré le jeune âge. Je poursuis mon tour et me casse les dents sur des truites difficiles et en mouvement permanent. Le vent violent ne rend pas la tâche facile. Il se fait tard, j'ai beaucoup marché et je dois me trouver un campement pour la nuit. Mission accomplie donc, on reviendra.

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wombat
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On se laisse volontiers plonger dans cette atmosphère sauvage. Chaque seconde passée là bas me donne un peu plus envie d'y rester
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Dans les jours qui ont suivi, je décide de prendre contact avec James. Malheureusement, ou heureusement pour mon temps de pêche, aucune réponse de la jeune femme du ferry. J'avais pourtant fait un effort de rédaction. Tant pis, ça ne peut pas mordre à chaque fois. Après quelques jours en rivière à explorer en solitaire et une expédition ratée dans les lacs, raccourcie pour des soucis météorologiques et matériels, James me donne rendez-vous chez lui, afin de partir en treck sur 3 jours. Ma tente m'a lâché la première nuit de la mission précédente, à cause d'un vent à décorner un élevage tout entier de bœufs gavés d'hormones, couplé à une pluie torrentielle au milieu de la nuit. Je me suis retrouvé trempé ainsi que toutes mes affaires, à devoir plier, aux aurores après une journée entière de marche. Retour à la voiture, frustré, mais pas démotivé pour autant. James m'explique que nous n'avons pas besoin de tente, les australiens utilisent un « swag », sorte de sac en caoutchouc assez ample qui vous recouvre de la tête aux pieds. Couplé à un bon duvet, on peut dormir sereinement, protégé du froid ou de la pluie, à peu près n'importe où et dans toutes les conditions. Je lui fais confiance, nous partirons le lendemain matin, après une bonne soirée de montage de mouches, préparation des sacs à dos, trucidage d'un poulet entier à deux pour le dîner, le tout en échangeant nos différentes histoires au bord de l'eau. Je suis remonté à bloc. Après deux heures de route, nous arrivons au départ.

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Pêche Tasmanie
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L'accès aux coins les plus reculés des Western Lakes nécessite la traversée de rivières, des heures de marche loin des chemins, à travers cette végétation épaisse.
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Pour des raisons que vous comprendrez, je ne citerai aucun nom, de lac, ville, ou autre qui puisse permettre de vous rendre sur la zone exacte des événements qui vont suivre. Cet endroit est magique, les lacs où nous sommes allés sont pêchés par une dizaine de personnes chaque année tant ils sont difficiles d'accès, ce qui en fait de véritables trésors. Cependant, si vous prévoyez de vous rendre dans ce coin, n'hésitez pas à me contacter, je vous donnerai volontiers des infos et contacts. Les Western Lakes, ce sont plus de 2000 lacs situés sur un plateau au centre de la Tasmanie. Une zone hostile, avec peu de chemins balisés, où carte, boussole et une bonne paire de jambes sont vos meilleurs alliés. L'impact humain dans cette partie du territoire se limite à quelques chemins et vieilles cabanes. Je crois que j'en suis tombé amoureux. Au re-visionnage des photos, je me suis souvenu à quel point je me sentais loin de cette société du profit et du paraître social dans laquelle nous vivons. Cet endroit est dangereux, dans le sens où il est très simple de tout plaquer pour y vivre en autarcie.

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Pêche Tasmanie
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Un des nombreux serpents croisés lors de mes expéditions. Je n'ai jamais eu le temps d'en photographier un entièrement, ils sont sacrément rapides et craintifs.
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Pêche Tasmanie
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Nous avons marché longtemps avant de commencer à chercher des poissons. Pour la première journée, nous pêcherons sac sur le dos car nous ne pouvons pas nous permettre de faire un tour complet des lacs que nous passons. Pour optimiser, nous longeons la berge sur laquelle nous avons le soleil dans le dos. Les précautions sont prises pour limiter nos ombres portées sur l'eau et nous convenons d'attaquer un poisson chacun, en pêchant en équipe. C'est à dire qu'on ne se sépare pas, mais s'entraide et se guide mutuellement. Mais dès le début, James se montre très entreprenant et ne me laisse pas trop le temps de réagir lorsque l'on croise des truites. Il totalise 3 poissons (3, 3.5 et 7.5 lbs) alors que je n'ai toujours pas propulsé ma mouche. La dernière est un mâle splendide, la plus grosse et belle truite que j'ai pu voir dans ma carrière de pêcheur et qui fut un réel plaisir à photographier.

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Pêche Tasmanie
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Dynosaure
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Elle s'est laissée tenter par un « black spinner » qui fut, LA mouche du séjour puisque ces éphémères ont éclos de manière régulière durant les 3 journées. Sa lente montée, four grand ouvert, en direction de l'imitation de mon coéquipier est gravée dans ma mémoire. La lente et discrète aspiration laissa échapper un « ploc » sourd. La belle livrera une longue lutte acharnée avant que je puisse la mettre à l'épuisette. Après cela, James était fou de joie. Il venait de battre son record, et cela annonçait un trip prometteur. La suite de la journée sera calme, j'essuyais quelques refus et James décrocha un beau poisson. Le coup du soir fut infructueux par manque d'insectes. Sur les coups de 22h, nous dressons notre campement et dinons en vitesse. Les jambes sont fatiguées et il n'y a rien de plus reposant que boire un café bien chaud avant de s'endormir les yeux rivés sur la voie lactée.

4h, les alarmes sonnent, les premiers rayons du soleil s'apprêtent à percer la pénombre. Nous ne prenons pas le temps d'avaler quoi que ce soit, le plan est de revenir déjeuner vers 9h, une fois le coup du matin terminé. Cette journée prenait les allures de la veille. James marchait très vite le long des berges. Trop à mon goût. Il effrayait quelques poissons, pour être le premier à attaquer les suivants. Je prenais mon mal en patience et ne pouvais pas vraiment me plaindre, il m'amenait dans son jardin secret après tout. Il mit au sec un nouveau poisson trophée de 6.5lbs et quelques autres, qualifiées un peu présomptueusement de petites, de 3 et 4lbs.

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Pêche Tasmanie
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Encore un trophée pour James, la robe de ces poissons et leurs proportions sont juste parfaites.
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Il faut savoir que la densité de truites dans ces lacs est très faible. Par contre, la croissance y est très rapide, ce qui donne une taille moyenne ahurissante. Nous n'avons pas vu ou pris de truite de moins de 50cm. Je n'avais toujours pas pris la moindre truite du séjour après ce coup du matin et commençais à douter, le cumul de la fatigue des déplacements permanents et des maigres tentatives avortées me montaient à la tête. Mon guide avait dans l'idée de faire le coup du soir sur un « trophy lake » dont les seules captures connues sont 5 poissons de plus de 12lbs. Je n'avais pas vraiment envie de m'y rendre, connaissant déjà le scénario si l'une d'elles se montrerait. Surtout qu'il voulait y rester jusqu'à la nuit et traverser 5km de bush dense pour rentrer au campement ensuite. Je le laissais donc aller sur son lac et faisais le tour d'un autre aux poissons plus modestes. Rapidement, je prenais ma première truite du séjour. Un poisson de 3.5lbs, qui me combla de bonheur. Me retrouver seul me permit de prendre mon temps et d'être concentré. La pêche se fait uniquement à vue, dans la bande des 5 premiers mètres de bordure où les truites viennent s'alimenter. Elles se déplacent constamment. Celle-ci succomba à un scarabée noir, les terrestres étant très abondants le longs des berges herbeuses de ces biotopes de moyenne montagne. James renonça à son trophy lake après seulement une heure et l'ambiance fut meilleure avec ma capture. Nous rejoignions le lac où était établi notre camp de base pour le coup du soir. Nous fûmes gratifiés d'une éclosion massive de black spinners et le vent concentrait les mouches sur les bordures. Tour à tour, nous prenions une 5lbs pour James, et une 6 pour moi ! Je battais à mon tour mon record, avec ce trésor qui me permit de tester la solidité de mon nœud de backing à deux reprises. Cela sonnait le glas d'une bonne journée en somme. Je ne crois pas m'être endormi si vite que ce soir là depuis l'ère de mes premières soirées étudiantes.

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Pêche Tasmanie
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La récompense. Fruit d'efforts intenses, qui rendent le moment encore plus magique.
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La dernière journée attaquait calmement à la pointe du jour. Aucune activité matinale et notre pause petit déjeuner remonta le moral des troupes. Nous finissions au passage nos derniers vivres, afin d'alléger les sacs et rendre les 25 kilomètres nous séparant de la voiture plus agréables. Nous repassions sur nos pas du premier jour et repêchions les mêmes lacs. Une très grosse éclosion en début d'après midi nous permit de prendre quelques poissons, mais les truites étaient extrêmement mobiles, à longue distance, et leurs trajectoires imprévisibles. Nous passions donc pas mal de temps à lancer sur des poissons presque fantomatiques, dont le nez perçait la surface par-ci par là. L'arrivage d'insectes massif terminé rendit le reste du retour bien calme. Je me revois, durant les 2 dernières heures de marche, vidé de toutes mes forces, mes jambes avançant machinalement, mon cerveau divagant au plus profond de ses recoins.

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Pêche Tasmanie
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J'ai pu rester chez James quelques jours le temps de trouver un job et de me remettre de mes émotions. C'est la dernière partie qui fut la plus complexe à vrai dire. Je me suis essayé au ramassage des fraises. C'est payé au rendement, ce qui en général me permet de gagner pas mal d'argent. Mais pour les fraises, c'était une autre histoire. Les fermes revendent à la grande distribution qui impose des critères de forme et de couleur des fruits très précis, et tout ce qui n'entre pas dans leurs dits critères, est tout simplement jeté à la poubelle. Le plus glauque, c'est que les autres travailleurs et superviseurs sont issus de communautés du Sud Est asiatique, majoritairement des Philippines. Des gens qui viennent donc de milieux très pauvres et qui travaillent pour envoyer de l'argent à leurs familles. Or, cela ne les choque absolument pas de devoir jeter des tonnes et des tonnes de fruits parce que, nous autres, consommateurs occidentaux ne connaissant pas la faim, n'achetons pas de fruits imparfaits. J'ai tenu 3 jours. Ils ont été suffisants à me faire culpabiliser encore aujourd'hui. J'ai donc rendu les armes et trouvé un autre job dans la plantation de myrtilles, en attendant impatiemment la saison de la cueillette des cerises, connue comme étant un excellent moyen de renflouer son compte en banque. La suite, au prochain épisode de l'épopée tasmane !

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Pêche Tasmanie

Le Grand Livre des Mouches à Truites de Léon Janssen

Pêche truite

J'étais dans la confidence avant que le livre soit enfin édité... mes relations épistolaires avec Léon, que je ne connaissais pas encore aussi bien à l'époque, me laissaient augurer du meilleur. C'est donc d'un pas alerte que je me rendis à la librairie du coin de ma rue pour commander l'ouvrage. Au passage, soyez rebelle, si vous pouvez faire travailler votre libraire de proximité plutôt que de commander le même livre sur une plateforme en ligne, il ne vous en coûtera pas plus cher. Ainsi donc, pour 39 petits euros, je me donnais à peu de frais des airs de résistant.

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Avant de parler du contenu, qui est excellent, parlons de l'homme. L'ami Léon Janssen est un jeune (j'insiste!) sexagénaire hollandais qui vit en Belgique. Son parcours en tant que pêcheur l'a amené à plus particulièrement explorer les rivières Franc-Comtoises ainsi que d'autres nombreuses rivières françaises. Mais aussi des cours d'eau allemands, ardennais ainsi que de prestigieux chalk-streams anglais.Grosse expérience donc.

Ce premier livre édité en France n'est pas son premier : "Wonderfliegen" 1&2 sont 2 ouvrages antérieurs disponibles aux Pays-Bas.

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pêche mouche
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Dès les premières lectures une chose frappe, bien avant les idées développées et le plan du livre... c'est le style! On sent le style du bonhomme, le gros caractère de Léon à travers la moindre phrase... un écorché vif... un poète désabusé !

Je subodore que ce livre, inconsciemment ou pas, ait été écrit par réaction... Léon vit très mal les dérives de notre sport qu'il attribue aux réseaux sociaux notamment. Le cap des années 2010/2020 semble difficile à passer pour cet admirateur de Skues au coeur de puriste.

Mobilisant toute son énergie, notre hollandais favori, se lance donc dans une forme de croisade afin de mettre une nouvelle fois l'église au milieu du village pour les anciens égarés... et une mise en perspective pour les nouveaux qui se cherchent.

Bon... le livre ?

Autant le dire d'emblée ce n'est pas un livre pour débuter, ici aucune trace d'initiation ! Bienvenue au coeur de la machine !

Tout est en sous-titre en couverture du livre: Entomologie/Mouches Efficaces/ Montage/ Technique et Tactique. Ces domaines là sont disséqués avec brio. De sympathiques récits de pêche, des anecdotes, viennent émailler le cours du livre, subtilement placés pour illustrer le propos.

L'intérêt de cet ouvrage, sa très grande singularité, c'est de proposer une démarche basée sur de fortes connaissances entomologiques, sans jamais tomber dans le piège de la complexité scientifique. Je pense que c'est la première fois que je constate un tel équilibre dans un livre de pêche : suffisamment d'entomologie pour rester enrichissant sur le sujet sans jamais faire ce fameux pas de trop qui brouille les pistes. Jamais confusant, on apprend ce que nous devons savoir sur les insectes et leurs implications à la pêche, sur le terrain... pas de blabla, pas de microscope, juste l'essentiel.

Le plan du livre est simple, logique, chronologique. Les situations de pêche s'égrainent au rythme des éclosions importantes qui ponctuent nos saisons, ceci est aussi pragmatique qu'agréable.

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Pêche mouche
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La façon dont les mouches sont dressées surprendra sans doute les novices car fort peu "photogéniques", les matériaux utilisés pas du tout sophistiqués...les finitions à l'emporte-pièce ! Léon préfère que les humains admirent ses tableaux (et oui, Léon est aussi artiste peintre et vit de son art)... pour ce qui est de ses mouches, il préfère le jugement des truites!

Mais il est étonnant de voir avec quelle justesse il répercute les stimuli essentiels des duns et autres sedges au travers de ses modèles... Ceci est le fruit de plusieurs dizaines d'années de travail qui fait plus de Léon qu'un simple monteur de mouche : un concepteur qui ne tourne pas autour du sujet... droit au nerf des choses ! A l'instar d'un Romilly Fedden, il possède ce regard d'artiste, l'art de "comprendre" la lumière et les bons rapports de volume, un oeil qui perçoit ce qui est invisible aux autres "regards".

Je ne vais pas ici réécrire le livre et en dévoiler tous les trésors qu'il contient, mais je tenais quand même à saluer le travail conséquent que Léon a abattu au sujet des sedges, passage qui m'a particulièrement impressionné. Il nous détaille notamment une modèle de GREY FLAG d 'une efficacité extrême. Cette mouche a fait mon printemps la saison dernière et, tout comme son livre, n'est pas prête d'être oubliée.

Merci Léon.

Nota : Pour les curieux qui voudraient en savoir plus sur les oeuvres de Léon Janssen : http://leonjanssenart.com/

Ses oeuvres se trouvent dans des collections muséales, entre autre au Musée National de l'Art (Rijkmuseum) à Amsterdam.

En exclu, la pêche selon Léon :

Image
Leon Janssen
Légende
L'auteur, Léon Janssen, en action
Texte

C’était sur le Dessoubre. J'étais un habitué de l'hôtel Morice Maisons. Cinq cent mètres en aval de l'hôtel, sous une corniche dans un méandre profond de la rivière, une très grande truite a été repérée. Le plupart des habitués connaissaient l'existence de ce poisson. Certains ont prétendu qu'il avait déjà été piqué et bien sûr perdu. Un jour, Patrick Talbot, le propriétaire de Morice Maisons, se tenait sur la couverture du magazine Plaisirs de la Pêche, alors qu'il soulevait une énorme truite de l'eau. Une belle photo faite par Victor Borlandelli. L'article d'accompagnement concerne la capture de ce spécimen. Finalement, le poisson que tout le monde connaissait avait été capturé.

J'étais choqué. Avec la disparition de ce poisson, un peu de magie avait disparu de cet endroit. J'ai demandé à Patrick comment il avait attrapé le poisson. Il sourit : « Ne t’ inquiète pas, le poisson est toujours là, le poisson de l'image a été attrapé avec une cuillère sur le Doubs, aux Echelles de Mort » (pour les pêcheurs de Franche-Comté un lieu familier), Patrick était hors de l’eau, le Dessoubre en contre-champ, soulevant l’énorme truite dans cette mise en scène...et la photo placée en couverture du magazine. Vous comprendrez cela, cette fameuse année , le Dessoubre devint beaucoup plus fréquenté. En été,il valait mieux rester à l'écart.

C'était avant qu'Internet n'existe…

La pêche à la mouche est une industrie qui est conduite par l'empressement et l'ignorance des débutants. Nous voulons tous la même chose. Nous sommes un groupe cible.

Sur Facebook, la pêche à la mouche est une identité, un mode de vie. Vous pouvez devenir quelqu'un comme pêcheur à la mouche. Vous pouvez vous « profiler ». Vous pouvez faire caresser votre ego en l'exposant. C'est la puissance de Facebook. Les débutants admirent chaque photo de mouche placée sur Facebook, que cette mouche ait attrapé du poisson ou non…

Ensuite, il y a la culture de montage de mouches. De nouveau une nymphe de mouche de pierre incroyablement réaliste sur Facebook... Dois-je gâcher la fête de tous les « likes » et signaler que dans la pratique les imitations de mouches de pierre sont rarement prises par la truite? Un débutant le sait-il?

Bien sûr, il est vrai que ceux qui ont peu de temps pour pêcher, peuvent bien s'amuser avec le montage des mouches. C'est aussi un beau passe-temps avec lequel vous pouvez vous faire remarquer. Mais je vois beaucoup trop de ce genre de publications… Des mouches beaucoup trop piratées, des mouches en mousse naissent de la peur du novice qui craint que sa mouche ne flotte pas bien. Ignorant qui n'a jamais entendu parler de la tension de surface et ne sait pas avec quelle facilité un Oreille de Lièvre non lestée flotte sur une paire de fibres. Qui a besoin d’un pompon rose comme aide visuelle sinon il ne peut pas voir la mouche assez bien? Je suis fatigué d'aimer (« liker ») tous ces essais…

Devrais-je être celui qui doit dire que la couleur de la bille et du corps sont peu importants si vous pêchez à la bonne profondeur ? Hank Patterson, dont j'ai récemment publié une vidéo hilarante sur Facebook, rigolait : la pêche à la nymphe lourde est tout simplement une pêche au ver ! Mois je dis : c’est une pêche, comme la pêche au toc. Mais pas une pêche a la mouche.

Le plupart des pêcheurs que je rencontre maintenant ne pêchent plus à vue. Nymphe lourde, indicateur de touche, mouche sèche comme indicateur...nymphe en dessous. La plupart n’apprennent jamais les techniques classiques. La pêche de compétition est la pêche de résultat, pêche à haute efficacité .

Les pêcheurs novices veulent la même chose : beaucoup de gros poissons, et hop sur Facebook, se « profiler » !

Ainsi, le stress et la pression de la performance dans notre société est de retour dans ce qui était autrefois un jeu relaxant ....

Leon Janssen 14/01/18

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