Test : Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3

Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3

La marque Hotfly a été mise au point par Markus Heiss, gérant de la boutique italienne en ligne 1000mouches. Sa gamme se compose de matériaux de flytying, de waders (dont un modèle est actuellement testé par l'un des rédacteurs de Truites & Cie !), de moulinets ainsi que de trois cannes : une 9' #4/5 et deux modèles assez spécifiques que nous allons vous présenter successivement. Commençons avec celui destiné à la pêche à la nymphe : la NymphMaster V2 10' #2/3.

Matériel

Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3

Marque
Hotfly
Série
NymphMaster V2
Longueur
10'
Longueur réelle
305cm
Soie
#2/3
Brins
4
Poids annoncé
80.00g
Poids réel
83.00g
Anneaux
11
Premier anneau
59cm
Poignée
24x173mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
228.00g
PTE
311.00g
IP
31
ERN
3.57
AA
77°
CCF
73cpm
Prix à la date de sortie
279.00€
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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
Légende
L'action durant le combat
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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
Texte

Mesures  : 

Bien qu'annoncée pour soie 2/3, la NymphMaster V2 se révèle plus à même de lancer une soie de 3 au vu de son ERN : 31 cents sont nécessaires pour plier la canne sur une distance verticale de 102 cm, ce qui donne après conversion, un numéro de soie idéal à 3.57. L'AA important (supérieur à 66°) la classe parmi les cannes d'action "rapide". Au sein de cette catégorie, elle figure d'ailleurs parmi les actions les plus rapides du marché avec sa valeur de 77°. La canne est assez légère, vérifiée à 83 gr, mais nécessite tout de même un moulinet de 228 gr pour parvenir à l'équilibre (c'est à dire lorsque l'ensemble canne/moulinet est mis en équilibre sur l'index, là où il se pose naturellement en action de pêche, soit 3 cm en dessous de la fin de la poignée). 

 

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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
Texte

Design, composant, finition :

Les éléments marquants des composants incluent un porte moulinet avec insert en liège, une peinture mate pour éviter les reflets, et des anneaux en titane monopates. La distance relativement importante entre la poignée et le premier anneau (59 cm) nécessitera l'utilisation d'un anneau amovible pour les pêches en nymphe au fil. Chose assez rare pour les cannes de cette catégorie : les emmanchements spigot, qui assurent un assemblage ferme des différentes sections. La canne est livrée avec un tube cordura équipé d'une poignée et d'une bandoulière.

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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3
Texte

L'avis de la rédaction :

Une canne au bon rapport qualité/prix (279 euros) qui se présente comme polyvalente pour la pêche en eaux rapides (soie de 3 et action rapide). Elle sera par exemple idéale dans les pêches d'alternance.

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Liens utiles : 

Le protocole de test Truites & Cie : ici

Comment choisir sa canne à nymphe : ici

La boutique en ligne 1000mouches : 

1000mouches

 

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Hotfly NymphMaster V2 10' #2/3

Tasmania - L'homme des hautes plaines - part 2

pêche tasmanie

Durant le mois de janvier, l'été bat son plein dans l'hémisphère Sud. En Tasmanie, la nature est enfin sortie de son hibernation. C'est comme s'il n'y avait pas eu de printemps. La météo est passée du froid et de ses chutes de neiges, à des journées ensoleillées et douces soirées d'été. Contrairement à l'île principale, la chaleur n'y est pas étouffante, le vent est toujours présent pour vous rappeler que vous vous trouvez à seulement 4000km du pole Sud !

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Outre le fait qu'il s'agisse d'une excellente période pour la pêche, c'est aussi la pleine période de récolte des cerises. Fruit très facile à ramasser et payé au rendement, une opportunité de bien renflouer un compte en banque aux abois, sur une courte période de temps. C'est dans une assez grande exploitation agricole du Nord que je passerai la saison. Assez loin des Western Lakes et des belles rivières mais je n'aurai de toute manière que très peu de journées disponibles puisqu'il faut ramasser tous les fruits avant qu'ils ne pourrissent. C'est sur cette ferme que j'ai rencontré Ania, avec qui je poursuis le voyage. Une jolie blonde aux yeux clairs, parfois bleus, parfois verts suivant l'intensité lumineuse du moment. A 24 ans, elle a quitté son boulot d'architecte parisienne pour partir à l'aventure en Australie, et c'est après 6 mois en tant que jeune fille au pair dans le Sud Ouest du pays qu'elle a pris la direction de la Tasmanie. Elle aime la nature et tout ce qui touche au grand air, ce qui fait déjà un bon point commun. Un peu sauvage et aussi peu sociable que moi, nous parvenons tout de même à tisser des liens d'amitié avec quelques uns des autres voyageurs avec qui nous travaillons. La plupart étant d'ailleurs français, c'était assez bizarre de se retrouver à autant dans une même ferme après avoir passé plusieurs mois sans trop parler ma langue natale.

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Pêche Tasmanie
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Nous entrions donc dans une phase de boulot assez intense, de 6h à 15h sans prendre le temps de déjeuner afin de ne pas perdre de temps. Les pauses clopes étaient tout de même nécessaires à ma bonne santé mentale, déjà bien soumise à diverses pressions. Mais globalement, cela se déroulait sans encombre et nous gagnions très bien notre croute. De quoi mettre de coté pour tenir un bon bout de temps sans bosser et profiter pleinement de ce que cette île a à offrir. A l'issu de la saison des cerises, nous mettions les voiles avec un couple d'amis pour faire un tour de Tasmanie. On commençait avec l'extrême Sud de l'île avant de rentrer dans les terres puis partir sur la cote Est.

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pêche tasmanie
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Pêche Tasmanie
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La pêche faisait partie intégrante du séjour, que ce soit en mer ou rivières et lacs. J'avais d'ailleurs initié mes amis et Ania à ce fabuleux loisir qui m'anime tant, et cela eut plutôt pas mal de succès. Alors que nous campions sur les berges de la Tyenna River, connue pour abriter la plus grande densité de truites d'Australie (et peut être d'Océanie au passage), Ania prenait ses premières truites, à la mouche et en sèche s'il vous plait ! Bon, il faudra repasser pour la précision des lancers et le geste, mais l'important n'est pas là. Et puis, malgré un sombre passé dans l'éducation nationale, je ne suis peut être pas un très bon pédagogue. Le sourire sur son visage en dit suffisamment long tout de même. La sensation de liberté durant cette période était ultime. Nous voguions d'un campement à un autre, mangions des truites grillées au feu de bois agrémentées de tout type de légumes frais, et faisions le plein de nature, d'air pur et de paysages tous plus époustouflants les uns que les autres. Cette itinérance durera un bon mois, nous avons parcouru plus de 2000km (sur une île qui en fait 300 de long) et sillonné une bonne partie des parcs nationaux les plus connus. Quelques laissés pour compte mais pas d'inquiétude, on reviendra !

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La ferme dans laquelle nous avions travaillé précédemment cultive aussi des pommes et ils nous reprennent pour la saison qui démarre fin février. Il nous restait encore un peu de temps avant la date butoir, et avec une fenêtre météo plus que correcte, il n'en fallait pas plus pour me diriger à nouveau vers le Plateau qui me hante tant. Faire découvrir cet univers à Ania me tenait aussi beaucoup à cœur, avec tous les récits que j'avais pu lui faire sur cet endroit, elle commençait à s'impatienter.

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Pêche tasmanie
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Nous nous équipions donc d'une tente (premier prix), de polaires et bonnes chaussures de marche pour Madame, achetions de quoi manger pour 4 jours et prenions la direction du départ de la rando. J'avais récolté quelques infos datant de 2 semaines. Jimmy, rencontré via un groupe Facebook de pêcheurs à la mouche en Tasmanie, avec 2 amis, rencontra pas mal de succès avec de gros insectes terrestres en pêche à vue. J'étais cependant peu confiant dans l'utilisation de ces grosses imitations ! C'est sous la pluie, en fin d'après midi, que nous avalions les premiers 6km de sentier avant de bifurquer loin des chemins de promeneurs. Un premier bivouac au bord d'un lac assez facile d'accès et probablement très fréquenté s'imposait. La luminosité n'était déjà pas beaucoup élevée pendant la journée à cause des nuages bas et du crachin, il était inutile de pousser jusqu'à la nuit noire. Cette première nuit fut froide et humide.

Heureusement, la pluie avait cessé au petit matin et nous pouvions prendre notre café devant le somptueux levé de soleil en toute sérénité. A peine avalé, je me décidais à un timide tour de lac avant de décoller pendant que Madame restait au chaud dans son duvet avant la réelle arrivée du soleil. La visibilité n'était pas optimale, mais je ne tardais tout de même pas à repérer le premier poisson du périple. Elle longeait la bordure en picorant quelques nymphes et spents de la veille. J'ai attendu d'avoir un créneau de tir opportun pour envoyer mon imitation de spent d'éphémère, mais au premier faux lancer j'étais repéré. Ces poissons ont des yeux dans le dos. Elle a du voir un paquet d'ombres de blanks courbés depuis le début de la saison et ce n'est pas moi qui vais réussir à lui faire à l'envers.

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Ce sera tout pour ce coup du matin, nous avons une longue route qui nous attend et nous ne tardons pas à nous y atteler. L'itinéraire prévoit de longer 3 lacs avant d'arriver au prochain campement. Le soleil ne se montre que très peu et le vent violent n'arrange pas vraiment la situation, je ne verrai aucun autre poisson sur toute la durée de l'ascension. Vers midi, nous sommes arrivés, sur un magnifique petit patch d'herbe, plat et dégagé au bord du lac. Quelques vieux feux de camps qui témoignent de l'appréciation générale du spot. C'est, il faut l'avouer, l'unique endroit où il est possible de s'installer dignement sur plusieurs kilomètres à la ronde. Je ne perds pas une minute et dresse le campement en un temps record. Ania profitera de l'après midi pour dessiner et se détendre autour du lac. Vous l'aurez deviné, en ce qui me concerne, je repars barouder du coté des points d'eau environnants. J'explorerai les berges de 4 lagons et ne serai de retour qu'une fois le soleil couché. Tous ces kilomètres pour ne pas voir une seule truite.

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La bruine ne se décide pas à se déloger, et le vent glacial nous frigorifie. Il me faudra deux bonnes heures pour faire partir un timide feu avec le bois mouillé, mais il fut plus que grandement apprécié. Nul besoin d'alarme pour me lever aux premières lueurs, rempli d'espoir pour que la météo se soit améliorée comme initialement prévu. Mais un regard par la fenêtre de la tente suffira à refroidir mes ardeurs. Nous faisons face à un dilemme de taille : renoncer ? Ou continuer dans la douleur ? Ania est frigorifiée mais je ne l'ai pas entendu se plaindre une seule fois, le fait d'être ici, dans cet environnement préservé et sans personne la comble. On se laisse jusqu'à 9h pour prendre une décision. Mais le crachin revient et nous préférons ranger et se remettre en route vers la voiture. Alors que nos sacs sont sur nos dos et que nous marchons en sens inverse depuis une bonne heure, le soleil fait son apparition. Petit à petit, les nuages se dissipent et c'est maintenant un ciel bleu splendide qui a pris la place de la bruine. Si seulement on s'était donné une heure de plus. Enième changement de plan, on rebrousse chemin, il faut profiter de cette météo pour ce qui est peut être mon dernier périple ici cette année.

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Beaucoup de temps perdu déjà, mais les journées sont longues. Une fois le camp ré-établi, nous repartons léger pour une après midi de pêche. Cette fois-ci, Ania se joint à moi. Elle ne savait pas encore que je l'embarquais pour une quinzaine de km supplémentaires, à travers les buissons épineux du bush, les parois de roche où chaque faille abrite un serpent, mais aussi, à la découverte des truites dinosaures du grand Ouest ! Avec le soleil, je pouvais enfin recroiser des poissons. Quelques tentatives qui se soldent par des refus malgré une bonne présentation et une grande discrétion. Parfois, je me mets à courir et demande à Ania de suivre la truite des yeux et de m'indiquer sa direction. Elle se plut au jeu et s'avéra être une équipière de qualité. Malgré tous nos efforts, impossible de concrétiser une seule occasion. Il se fait tard et nous terminons le chemin du retour au campement à la lampe frontale.

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Des dizaines de wallabies sont dérangés par notre présence. Il est impossible de se lasser de la grâce dont ils font preuves lors de leurs déplacements, même après en avoir croisé des centaines. En dépit d'être à la période la plus chaude de l'année, le froid de la nuit est glacial. Le duvet à température de confort 0 degré est de rigueur. Probablement ma meilleure acquisition avant de partir, car malgré les clichés, il ne fait pas tout le temps beau et chaud en Australie ! Pour la dernière journée de ce périple, le soleil est toujours là. Nous sommes réveillés tôt car nous avons une grosse journée devant nous. J'ai concocté un petit itinéraire de retour d'un peu plus de 20km, nous faisant passer par le plus de lacs possible et cette fois, ce sera sacs sur le dos. Les truites sont bien timides comparé à ma précédente expédition. Je passerai deux heures sur deux poissons dans la même petite mare. Des sujets de plus de 60cm qui effectuent leur circuit parfois à moins d'1m50 de ma position. Impossible de ne pas trembler dans ces conditions. Ania est postée en hauteur, me guide et prend quelques clichés sublimes à l'occasion. La magie dégagée par cet endroit est unique. 6 mois après, je suis toujours hanté par ces moments. Tous mes efforts seront vains, je ne parviendrai pas à les leurrer et après 5 présentations, elles s'en sont allées. Les derniers kilomètres nous parurent durer une éternité tant nos organismes sont fatigués. J'aurai droit à une ultime tentative avant d'arriver au parking, mais la réussite, chance ou talent, appelez cela comme vous le voudrez, ne sont vraiment pas de mon coté.

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Une arrivée au coucher du soleil nous contraindra à rouler de nuit pour retourner vers la civilisation. Nous n'avons plus de provisions et devons trouver un endroit pour dormir. La conduite de nuit, sur les routes de montagne de Tasmanie, s'effectue une main sur le klaxon pour dissuader les centaines de wallabies au bord de la route de traverser. Quelques-uns ne pourront s'empêcher de se jeter sous les roues du 4x4 et heureusement, pas de dégâts collatéraux.

La météo se gâte à nouveau et ce sont 3 jours de pluies torrentielles qui suivront. A leur issue, il nous restera 4 jours avant de reprendre le travail, et tous les voyants sont au vert pour une autre virée à l'Ouest ! Changement de secteur, et nouveau début d'ascension en milieu de matinée. 7 heures nous seront nécessaires pour parvenir au campement, incluant un peu de pêche, mais surtout beaucoup de difficultés pour suivre le petit sentier à cause des précipitations importantes des jours précédents. Tout est inondé sur le plateau. Les rivières sont compliquées à traverser et cela nous contraint à des détours. L'aventure. Pas une seule truite de distinguée pour cette première journée totalement à l'image du trip précédent. Pour commencer, j'irai en solitaire explorer les nombreux lacs environnants. Il fait déjà chaud avec les premiers rayons du soleil, ma gourde et quelques barres dans mon chestpack seront mes plus fidèles alliés du jour. Les trois premiers lacs paraissent vides. Aucune nageoire à l'horizon.

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Je redouble d'effort pour accéder à un lac un peu isolé au dessus d'un gros éboulis. Il est splendide et des rumeurs de comptoir d'un pub de la vallée en chantent les louanges. Il abriterait uniquement quelques truites, mais dont la plus petite connue pèserait 10lbs. Après une cinquantaine de mètres de bordure, j'arrive au déversoir. Mes yeux s'arrêtent sur ce qui ressemble à une caudale. Je me les frotte parce que cela semble irréel, me rapproche doucement pour avoir confirmation. Il s'agit bien de la queue d'une truite. Elle est énorme. Je ne pouvais être mieux placé. La berge creusée par l'érosion lui empêchait d'avoir la vision sur la périphérie. Je prends quelques cliché de cette géante avant de me préparer psychologiquement à tenter de l'attraper. Ma première idée fut de monter une grosse sauterelle verte et de la faire tomber des hautes herbes. Sans succès. Je passe une petite éphémère locale qui ne semble pas l'intéresser non plus. Mon troisième choix sera celui de la petite pheasant tail tête orange, non plombée, envoyée par notre cher rédac' chef quelques mois plus tôt. Je ne pouvais pas voir la tête de la truite, mais je savais où était ma nymphe et ai pu distinguer un tremblement au niveau de sa queue. L'instinct a voulu que je ferre. S'en suit un scénario pour le moins inédit. Au lieu de prendre le large, la truite s'est dirigée vers l'aval du petit ruisseau qui alimente le lac du dessous. Elle s'est vite retrouvée piégée pas le manque de profondeur et a bondit entièrement au dessus de la surface. Elle a échoué sur la terre ferme, ce qui aurait été une occasion rêvée pour y poser un coup d'épuisette. Mais j'étais littéralement tétanisé. Je ne parvenais à effectuer aucun mouvement. Cette paralysie d'une demi-seconde laissera sa chance à la truite, qui est, et c'est rien de le dire, massive. Elle se dirige maintenant vers le milieu du lac, et je me retrouve sur le backing en un rien de temps. Je vois l'épaisseur de ma réserve diminuer très vite. Essayer de la stopper serait suicidaire. L'idée de sauter à l'eau pour la suivre me traverse l'esprit mais elle en décidera autrement. Un arrêt qui me donnera l'occasion de rembobiner jusqu'au début de la soie. Voilà qu'elle repart et que tout est à refaire. Les gouttes de sueurs qui tombent de mon front me masquent presque la vue. Mon cœur n'est pas loin de sortir de sa cage thoracique. Je reprenais un peu de terrain, mais la tension exercée par le poids de la soie ne présageait rien de bon. D'un seul coup, sans raison particulière, c'est le vide. Je suis envahi d'une vague de peur. A laquelle s'ajoutent ensuite tristesse et déception. Elle s'est décrochée. C'est ainsi que se solde ma première rencontre avec une vraie géante. Celle de plus de 80cm. Assis dans l'herbe, encore sous le choc, je me console avec une clope. Puis m'allonge et contemple. Certes, j'aurais adoré sortir ce trophée et l'immortaliser avant de la voir repartir dans les profondeurs. Mais au final, ce souvenir restera gravé dans ma mémoire à jamais, la dose d'émotion procurée cet après midi là était la plus intense que je n'ai jamais connu. Il est déjà tard et je suis très loin du camp. Je me remets en route, le film repassant en boucle dans ma tête. Impossible de m'en défaire.

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C'était le seul poisson croisé en plus de 24h au bord des lacs. Mais quel poisson. A mon retour, difficile d'expliquer à Ania mon état d'esprit du moment. C'est pas facile de faire passer cela pour un sentiment normal à un non initié. Mais elle comprendra quand même. Le lendemain sera notre dernier jour dans les Western Lakes avant l'année prochaine. J'ai vraiment à cœur de mettre fin à cette série noire. Une longue marche nous attend, nous prendrons un itinéraire différent de l'aller, pour découvrir de nouveau lacs. Leur accès fut rude mais valait amplement le coup. Une cascade pour une pause rafraîchissante, des lacs connectés par des ruisseaux splendides et même quelques opportunités supplémentaires d'ouvrir le compteur et peut être finir en beauté. Le destin en voudra autrement.

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Une décroche et 3 refus supplémentaires s'ajoutent à la déjà très longue liste. Frustrés mais pas désespérés pour autant, nous arrivons une fois de plus la nuit tombée à la voiture. Difficile d'imaginer que le lendemain nous recommençons à travailler à 200km de là. Nouveau trajet de nuit pour se rapprocher au plus près de notre bien aimée ferme, retrouvaille avec les copains, c'est reparti pour une saison, avec en tête, les images de ces hautes plaines qui ne s'en vont jamais vraiment. La nostalgie est toujours présente à l'heure actuelle, je me languis d'y être à nouveau. Sortir de sa zone de confort et dépasser ses limites pour défier la nature profonde est ce qui me maintient en vie dans ce monde si sombre et triste. Pour preuve, un projet est en cours pour autoriser les hélicoptères à accéder à ce sanctuaire sacré. Les politiques locaux ne semblent pas trop inquiets de l'impact et du blasphème qu'ils instaurent. La bêtise humaine ne s'arrête donc jamais.

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Nous avons donc quitté la Tasmanie fin Mars, quand les températures et la météo devenaient vraiment plus agréables du tout en vivant dans une voiture. S'en suivirent 3 longs mois de travail intensif histoire de faire le plein d'argent pendant la période de fermeture. Un changement de véhicule plus que nécessaire, mon bon vieux Cherokee a fait son temps et rejoint une casse après avoir manqué plusieurs fois de nous claquer dans les doigts. Nous avons fait l'acquisition d'un Nissan Patrol que l'on aménage doucement et avons regagné la moitié Nord à la recherche de températures plus chaudes et pour découvrir une partie du pays qui nous est encore inconnue. Le rendez vous est pris début décembre pour le retour sur cette île magique. Le Plateau sera l'endroit où je passerai le plus de temps, et je compte bien continuer à partager avec les lecteurs de T&Cie !

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A+ Ben

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Protocole de test des cannes à mouche

Common Cents System

L’action d’une canne est toujours source de discussions au vocabulaire riche, mais trop souvent incompris ou mal utilisé. Si on ajoute à cela une bonne dose de marketing, le pêcheur est perdu. Pourtant, il existe des systèmes de mesures qui permettent de caractériser une canne ou un blank et qui peuvent être d’une aide précieuse lors d’un projet d’achat. Pour Truites & Cie, il était impensable d’effectuer des tests de cannes sans s’appuyer sur un protocole précis et reproductible.

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Les informations fournies par les fabricants étant souvent peu parlantes (action rapide, progressive, parabolique, rapide progressive, fast mais souple, extra-fast,...etc), il semble opportun de mettre en œuvre des tests scientifiques de façon à obtenir des informations chiffrées objectives.

La méthode Common Cents System (CCS) a été mise au point dans ce but par le Dr William « Bill » Hanneman et publiée dans le magazine américain RodMaker Magazine au début des années 2000. C’est ce protocole qui sera utilisé pour les tests de cannes à mouche effectués par Truites & Cie.

L’approche du CCS permet de caractériser simplement et objectivement l’action, la puissance et la réactivité d’une canne et ainsi d’effectuer des comparaisons informatives entre différents modèles. Nous n’allons pas ici décrire le protocole en détail, car ce serait extrêmement long, mais nous allons tout de même en expliquer les grands principes et surtout définir le vocabulaire utilisé.

Principe général

Une canne à pêche se caractérise par 5 paramètres principaux mesurables :

  • Sa longueur

  • Son poids

  • Son action

  • Sa puissance

  • Sa réactivité

Les deux premiers sont facilement mesurables moyennant un modeste équipement (un mètre et une balance) mais pour les trois derniers, c’est un peu plus compliqué…

D’autres paramètres, comme la sensibilité, sont difficilement quantifiables et paraissent donc souvent subjectifs.

Le postulat de départ du CCS stipule qu’une canne est chargée lorsque, fixée par sa poignée sur un support horizontal, son scion s’est déplacé verticalement vers le bas d’un tiers de la longueur totale.

La puissance de la canne (Intrinsic Power) correspond alors à la masse nécessaire pour effectuer ce déplacement.

De plus, la canne étant chargée de la sorte, l’angle formé par le scion et l’axe horizontal (Action Angle) permettra d’en déterminer l’action.

La réactivité, appelée fréquence (Frequency) dans le système CCS, est la faculté de la canne à osciller plus ou moins vite lorsqu’elle est en charge. Par exemple, lorsqu’on lui fait exécuter le fameux « 10h - 13h » pour dérouler une soie dans les airs.

Mais au fait… Pourquoi diable cette méthode s’appelle donc Common Cents System ? Et bien tout simplement parce que le Dr Hanneman a trouvé pratique d’utiliser des pièces de un Cents américain comme unité de poids pour charger les cannes.

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Pour en savoir plus sur le Common Cents System : 

Common Cents System

 

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Vocabulaire et unités

La puissance :

La puissance d’une canne à mouche est exprimée habituellement par le numéro de soie AFTMA capable de charger totalement la canne (plus la soie est lourde, plus son numéro augmente) : dans le CCS, la puissance est déterminée en chargeant la canne à l’aide de Cents, puis une table de conversion permet de convertir le nombre de pièces utilisées en une valeur appelée Effective Rod Number (ENR). L’ERN sera considéré comme le numéro de soie AFTMA moyen idéal pour cette canne.

Mais contrairement à ce que peut écrire un fabriquant sur une canne pour indiquer sa puissance (un numéro de soie), l’ERN n’est pas une valeur entière. Une canne ayant un ERN de 5.8 sera considérée comme une « soie de 5 », tout en sachant qu’elle sera très proche d’une « soie de 6 » d’ERN 6,2 par exemple.

L’action :

L’action d’une canne à mouche dépend de sa méthode de conception et ainsi des capacités de flexion relatives de ses différentes sections (talon, intermédiaire, scion). On rencontre généralement 3 types d’actions pour les cannes mouches :

  • Si la flexion s’exerce sur toute la longueur, l’action est considérée lente (Slow en anglais).

  • Si la flexion s’exerce principalement sur la moitié supérieure de la canne, l’action est considérée comme modérée (Moderate en anglais).

  • Si la flexion s’exerce principalement dans le tiers supérieur, l’action est considérée comme rapide (Fast en anglais)

Cependant, le CCS classe les actions de cannes en 4 catégories qui sont déterminées par la valeur de l’angle que forme l’extrémité du scion chargé par rapport à sa position initiale au repos (non chargé). Plus l’angle sera important et plus l’action sera dite « rapide » ou « fast ». Au contraire, plus cet angle sera faible et plus l’action sera dite « lente » ou « slow ».

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action canne mouche
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Cette valeur est nommée Action Angle (AA) et les tranches retenues sont :

  • Moins de 59° : Slow

  • Entre 59 et 63° : Moderate

  • Entre 64 et 66° : Mod-Fast

  • Plus de 66° : Fast

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La fréquence :

La fréquence (CCF, pour Common Cents Frequency) d’une canne correspond au nombre d’oscillations par minute que le scion effectue lorsqu’il est chargé d’une certaine masse prévue par le protocole. Elle dépend étroitement de la longueur de la canne et du poids de la masse fixée à son extrémité, mais aussi des matériaux utilisés dans la fabrication de la canne.

On serait ici tenté de dire qu’une canne qui effectue en grand nombre d’oscillations par minute sera « rapide ». Surtout pas ! Car les termes « rapide » ou « lent » sont réservés à la caractérisation de l’Action. On devra se contenter de considérer la valeur du CCF et de parler de fréquence élevée ou basse.

Une valeur de CCF élevée correspond à une canne très réactive, qui demandera un tempo rapide lors des mouvements de fouet. A l’inverse, une canne de fréquence faible demandera un tempo plus lent.

Et le poids alors ?

En effet, le CCS ne tient pas compte du poids. Du moins pas directement. Le poids de la canne va en partie influencer la valeur du CCF (un scion plus lourd va diminuer la fréquence), mais un surplus de poids du côté de la poignée n’aura aucune influence notable sur les indicateurs du CCS.

Pourtant, le poids d’une canne et l’équilibre d’un ensemble canne/moulinet qui en découle sont considérés par beaucoup comme des critères de choix majeurs au moment de l’achat. Au bout d’une longue journée de pêche, que ce soit canne haute en nymphe au fil ou en fouettant en sèche, la fatigue ressentie par le pêcheur sera directement dépendante du poids et de l’équilibre de l’ensemble.

Pour chaque canne testée, nous préciserons bien évidemment son poids réel, mais nous avons également choisi d’introduire deux indicateurs supplémentaires :

- le Poids du Moulinet à l’Équilibre (PME) : il s’agit du poids du moulinet rempli qui permet de mettre l’ensemble à l’équilibre tout en haut du liège de la poignée, là où théoriquement va venir se poser l’index du pêcheur.

- le Poids Total à l’Equilibre (PTE) : c’est tout simplement l’addition du poids de la canne et du PME. Ce poids est donc celui d’un ensemble que nous considérons comme « équilibré ».

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Le PTE est particulièrement informatif pour les cannes nymphes supérieures à 10' car cette notion d'équilibre devient critique pour ces longueurs importantes et impacte particulièrement le confort de pêche. Ce paramètre est beaucoup plus informatif que le poids de la canne seule. En effet, les différences de poids entre deux cannes sont généralement de l'ordre de quelques grammes... alors que les différences de poids de PTE atteignent plusieurs dizaines de grammes !

Évidemment, ces mesures conditionnent le choix du moulinet que requiert votre canne pour être équilibrée.

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Common cents system
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Protocole de test :

  1. Chargement de la canne :

La canne est fixée horizontalement par la poignée (environ 30cm) sur un support fixe. L’horizontalité de la canne est vérifiée à l’aide d’un niveau à bulle et un sachet plastique est suspendu au niveau de l’anneau de tête grâce à un trombone (le poids de l’ensemble sera négligé).

Le sachet plastique est alors rempli avec des pièces de 1 Cent de façon à faire descendre l’extrémité du scion d’un tiers de la longueur totale de la canne.

Exemple : pour une canne de 9 pieds (274cm), ajouter un poids dans le sachet de telle sorte que l’extrémité du scion parcourt 91cm (274/3) verticalement. La canne sera alors considérée « chargée ».

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Common Cents System
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2. Détermination de la puissance (ERN) :

Le nombre de pièces de 1 Cents présent alors dans le sac est appelé Intrinsic Power (IP). Grâce à la de Rosetta Stone, cette valeur est convertie en ERN, c’est à dire le numéro de soie idéal. Vous pourrez consulter cette table de conversion ici

Exemple : si le sachet contient 31 pièces, l’ERN a une valeur de 3,57. Le numéro de soie idéal pour la canne est donc 3.

3. Détermination de l’action (AA) :

Avant de mettre la canne en charge, une longue tige ultra-légère est fixée à l’extrémité du scion (un demi spaghetti non cuit est l’outil idéal pour cela). L’angle AA est lu grâce au rapporteur spécifique « analyseur d’action » placé derrière la canne de telle sorte que la ligne de base soit horizontale (vérification par un niveau à bulle) et que l’extrémité de la tige fixée à la canne passe par l’origine du rapporteur. Nous avons fait le choix de lire l’angle en ajoutant informatiquement une tangente au scion, comme sur la photo suivante :

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Action Angle
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Common cents frequency
Légende
Le poids fixé est exprimé en grains, 1 grain = 0,0647989 gramme
Texte

4. Détermination de la fréquence (CCF) :

La canne étant fixée fermement par la poignée à l’horizontale, on fixe un poids à l’extrémité du scion, juste avant l’anneau de tête,. Ce poids est défini par le CCS en fonction de l’ERN calculé précédemment. Le poids du ruban adhésif nécessaire à la fixation est négligé. La canne est alors de nouveau mise en charge manuellement et le scion est brusquement libéré de la contrainte. Il se met alors à osciller verticalement de haut en bas. La scène est filmée, ce qui permet à posteriori de déterminer avec une très grande précision le temps T (en secondes) nécessaire pour effectuer 20 oscillations.

Le CCF est alors calculé grâce à la formule suivante :

CCF = 1200 / T

Vidéo
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5. Détermination du poids du moulinet à l’équilibre (PME) et du poids total à l’équilibre (PTE) :

Un moulinet très léger est monté sur la canne et un sachet plastique y est fixé. Le sachet est rempli progressivement jusqu’à ce que l’ensemble tienne en équilibre en dessous de l’extrémité du liège de la poignée, là où le pêcheur tient normalement la canne en action de pêche.

Le PME correspond au poids du sachet additionné à celui du moulinet et le PTE correspond à la somme du poids de la canne et du PME.

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test équilibre canne mouche
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Note « confort de pêche » :

Elle est basée sur le PTE. Chaque canne se verra attribuer une note sur 10. Cette note est basée sur l’écart entre le PTE mesuré et un PTE optimal calculé à partir d’un modèle mathématique. Plus le PTE mesuré est proche du PTE optimal, meilleure sera la note. Plus le PTE mesuré est éloigné du PTE optimal, plus la note sera faible.

Romain Chetaneau, Ingénieur en aéronautique, nous décrit le modèle qu’il a mis au point pour Truites & Cie :

« La modélisation mathématique a été permise par l’étude du jeu de données composé d’un ensemble de cannes définies par trois caractéristiques propres que sont la longueur, l’Intrinsic Power (IP) et le poids total à l’équilibre (PTE). Ce système à 3 dimensions, une par caractéristique, fait apparaître deux tendances d’évolutions du PTE suivant les augmentations de la longueur et de l'IP. Ces deux courbes d’évolutions, tracées en deux dimensions dans des plans orthogonaux, permettent de définir une surface tridimensionnelle. La surface ainsi générée donne une représentation « de l’évolution idéale » du PTE. Cette représentation est amenée à évoluer et à s’affiner à chaque fois qu’une nouvelle canne sera ajoutée au jeu de données, mais également en faisant évoluer la méthode de calcul et les hypothèses pour rechercher sans cesse la représentation la plus réaliste possible. »

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protocole CCS
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En plus de ces indicateurs « calculés », nous fournirons des indicateurs simples tels que le poids réel de la canne, son nombre d’anneaux, le type de porte moulinet, la distance du premier anneau ou encore le nombre de brins.

Distance du premier anneau :

Mesurée à partir de l’extrémité de la poignée, la distance séparant la poignée du premier anneau influence grandement la formation d'un ventre dans la soie, notamment lorsqu'on pêche canne haute à la nymphe. Évidemment, plus cette distance est importante, plus la soie a tendance à redescendre dans les anneaux. Au contraire, une faible distance est beaucoup plus confortable en action de pêche car elle facilite la récupération de l'excédent de bannière, en nymphe au fil par exemple.

Design, composants, finition :

Le look (finition, type de déco), les composants (anneaux, porte moulinet, liège,...) et diverses caractéristiques (dimensions de la poignée, talon de combat) de chaque modèle seront décrits de façon concrète et objective. Une attention particulière sera accordée au porte moulinet : ceux dont l'écrou de serrage se situe au dessus du moulinet confère un meilleur équilibre à la canne une fois montée.

Présentation des résultats

Pour chaque canne passée au banc de test de Truites & Cie, les résultats seront présentés sous forme d’un tableau contenant les données suivantes :

  • Marque

  • Modèle

  • Longueur annoncée

  • Longueur réelle

  • Nombre de brins

  • Nombre d’anneaux

  • Distance du premier anneau

  • Type de porte moulinet

  • Talon de combat

  • Dimensions de la poignée

  • Poids annoncé

  • Poids mesuré

  • PME : le Poids du Moulinet à l’Equilibre

  • PTE : le Poids Total à l’Equilibre

  • IP : la puissance mesurée, abréviation de Intrinsic Power, exprimée en nombre de Cents

  • ERN : l’Effective Rod Number

  • AA : Action Angle, l’action mesurée

  • CCF : la fréquence mesurée

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Pour en savoir plus sur le Common Cents System :

Le site officiel (en anglais) qui présente l'intégralité du protocole :

http://www.common-cents.info

Un article complémentaire du Dr William Hanneman :

http://www.sexyloops.co.uk/iB_html/uploads/post-13-97034-CommonCents_Oct07.doc

Lance Egan, la compétition au service de la passion

Lance Egan

Lance Egan a organisé sa vie autour de la pêche à la mouche : à côté de son travail chez Fly Fish Food, il propose une activité de guidage sur les rivières de l'Utah qui lui sont chères et pratique la compétition au niveau international, en utilisant les techniques modernes de la nymphe à la française. Rencontre avec l'un des compétiteurs américains les plus doués de sa génération : 

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Bonjour Lance et merci de nous avoir accordé un peu de temps ! Pour commencer, peux-tu nous décrire ton parcours de pêcheur à la mouche, ainsi que ton palmarès de compétiteur ?

J'ai commencé à pêcher à la mouche au début de mon adolescence (j'ai maintenant 40 ans), bien que je ne sois pas issu d'une famille de pêcheurs : parmi mes parents et mes 5 frères et sœurs, je suis le seul à pêcher. Mes premières années ont été assez limitées, mais dès l'age de 16 ans, je me suis efforcé à passer autant de temps que possible dans l'eau. J'ai couplé ma vie professionnelle à la pêche en travaillant dans des magasins de vente de matériel depuis le milieu des années 90 et actuellement pour Fly Fish Food, une entreprise de vente de matériel de pêche à la mouche en ligne. Notre spécialité est le montage de mouches et nous expédions tous les jours des colis en Amérique et à l'étranger.

Je fais également un peu de guidage et essaie toujours de pêcher en loisir autant que possible. Je pratique également la compétition à diverses occasions : aux ESPN Great Outdoor Games, aux Masters de pêche à la mouche Versus / Outdoor Channel, aux Teva Mountain Games, à Green River Single Fly entre autres. Toutefois, je me suis particulièrement concentré sur les événements Fips mouche de Fly Fishing Team USA et World Fly Fishing Championships. J'ai eu la chance d'avoir un succès constant dans la plupart de ces événements. Mes résultats marquants incluent une médaille d'argent et de bronze par équipe et une médaille de bronze en individuel aux championnats du monde de pêche à la mouche. Je suis également triple Champion national de pêche à la mouche, une fois médaillé d'argent, deux fois médaillé d'or aux ESPN Great Outdoor Games, trois fois vainqueur de la Green River Single Fly, Champion par équipe aux Versus Fly Fishing Masters et champion des Teva Mountain Games. J'ai beaucoup appris sur la pêche lors de chacun de ces événements et ils me motivent à m'améliorer continuellement ! 

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Lance Egan
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L'équipe des USA lors du championnat du monde en Bosnie en 2015
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Quelle est la place de la compétition dans ta vie de pêcheur et qu'est ce qu'elle t'apporte ?

Je fais de la compétition pour devenir un meilleur pêcheur. La pêche est ma passion, et la compétition me pousse continuellement à m'améliorer dans cette passion. Cet apprentissage constant rend chaque partie de pêche plus efficace et plus amusante. Avec plus d'expérience, connaissance et efficacité augmentent ; la technique devient plus raffinée. J'apprécie chaque jour sur l'eau et j'essaye toujours de trouver quelques nouvelles informations à emporter en fin de session pour continuer mon évolution en tant que pêcheur à la ligne.

 

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Lance Egan
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La pêche à la nymphe au fil moderne (euronymphing) est l'une de tes techniques de prédilection et je sais que tu participes activement à son enseignement aux Etats-unis. A-t-elle été bien reçue par les pêcheurs traditionnels et où en est son développement aujourd'hui ? 

L'Euro-nymphing a finalement pris racine aux Etats-Unis et ne cesse de croître ! Cela dit, il reste encore globalement très peu utilisé par les pêcheurs dans notre pays. Comme lors de l'arrivée de toute nouvelle technique, elle se heurte à de la méfiance, à des malentendus et des dédains. Gilbert Rowley, Devin Olsen et moi-même avons fait équipe pour créer des vidéos éducatives et divertissantes visant à dissiper certains mythes inhérents à cette pêche aux États-Unis et pour présenter l'efficacité de la technique à nos collègues moucheurs, bien que notre but ne soit pas de convertir tous les pêcheurs à la mouche des États-Unis. L'euronymphing devient de plus en plus populaire et gagne du terrain. Les vidéos sont "Modern Nymphing - European Inspired Techniques" et Modern "Nymphing Elevated - Au-delà des bases". 

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En France, les pêcheurs à la nymphe sont généralement très pointilleux sur le matériel et ils testent de nombreuses références de canne. Quels sont les modèles les plus utilisés chez vous ?

Je ne suis pas sûr de connaître les cannes nymphing les plus utilisées aux USA, mais je vois beaucoup de Sage ESN parmi mes pairs. Cortland a également fourni de très bons modèles spécialisés dans la nymphe en entrée et moyenne gamme, ils sont aussi très populaires ! On trouve aussi des Orvis, Echo et beaucoup d'autres fabricants. Mes modèles favoris incluent la Sage ESN HD 10 ' soie 3, la Cortland MK II 10,5' soie 3, et l'Orvis Recon 10 ' soie 3.

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Lance Egan
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Peux-tu nous décrire en quelques mots le mode de fonctionnement des compétitions nationales aux Etats-Unis ?

Fly Fishing Team USA organise des compétitions régionales et nationales au cours desquelles les pêcheurs accumulent des points en fonction de leurs classement individuel. Notre équipe nationale se compose de 15 membres et pour en faire partie, il faut simplement être l'un des 15 meilleurs classés à la fin de chaque cycle de compétition. La durée des cycles a varié de 1 à 2 ans. Pour voir le document de sélection de l'équipe : http://www.flyfishingteamusa.com/assets/fftusa_2016-2017_selection_process.pdf

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Peux-tu nous présenter quelques mouches "Egan's special" ?

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Rainbow warrior lance egan
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Bien sûr, voici 4 modèles que j'ai mis au point : 

Le Rainbow Warrior fut mon premier modèle de mouche disponible dans le commerce et c’est toujours mon best-seller. En dépit de son apparence flashy, il fonctionne bien sur les truites sélectives. Cette mouche est facile à monter et très efficace. Le corps flashy et le hot spot rouge n'imitent rien en particulier, mais c'est le but. Le poisson peut ainsi la confondre avec de nombreuses proies !

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Tungsten surveyor Lance Egan
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La Tungsten Surveyvor est l'un de mes modèles les moins connus, mais un des plus productifs ! Le Surveyvor est le produit de mon amour pour le dubbing Wapsi sow scud couleur rainbow et pour l'oreille de lièvre. Quand j'ai observé l'efficacité du Rainbow Warrior, mon autre mouche de confiance était une oreille de lièvre. Je ne pus alors m'empêcher de me demander comment le poisson réagirait à une oreille de lièvre couplée à du scud dubbing rainbow. Naturellement, j'ai commencé à bricoler une nouvelle nymphe. Quelques versions plus tard, j'avais changé la couleurs de la bille (passant de or à argent), adapté les matériaux de cerclage (passant du tinsel d'or au fil d'argent) et ajouté un tag. Le résultat est le Tungsten Surveyor !

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GTI Caddis Lance Egan
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Le GTi Caddis est le plus imitatif de mes modèles. Il représente une larve d'hydropsyche. Bien qu'un peu ringard, le nom GTi est synonyme de Go-To imitation. Les couleurs du GTi ne correspondent pas nécessairement aux combinaisons de couleurs du vrai insecte, et ce n'est pas par hasard. J'ai passé pas mal de temps à essayer différentes imitations de larves de sedge et j'ai observé des choses intéressantes. Pour des raisons que j’ignore, les truites préfèrent toujours la mouche montée avec une couleur de carapace qui contraste avec le dessous du corps. J'ai essayé d’autres imitations plus fidèles mais les poissons ne les prennent pas aussi bien. Il y a quelque chose de magique dans les couleurs contrastantes. Une autre chose à propos de cette mouche : gardez le corps mince. Le corps lesté avec du fil de plomb a tendance à s’épaissir. Utilisez des matériaux qui vous permettent de créer un doublage très fin !

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Iron Lotus Lnace Egan
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L'Iron Lotus est une imitation dense d'une nymphe d'éphémère. Son aspect lisse et verni favorise l’immersion, son corps subtilement segmenté et sa silhouette épurée aux couleurs naturelles ajoutent du réalisme, et sa bille tungstène dorée couplée au subtil tag rouge donnent juste assez de contrastes et de couleurs pour intéresser les truites. Si vous êtes un fan de films d'humour (comme moi), alors vous savez probablement d’où provient son nom. Peu de temps après avoir conçu cette mouche, le film "Les rois du patin" est sorti (NDLR : comédie américaine de Josh Gordon et Will Speck sortie en 2007). Mon équipe l’a regardé pendant plusieurs soirées tout en montant des mouches avant un championnat national de pêche à la mouche. Dans le film apparaissait une figure de patinage périlleuse, mais très efficace (si exécutée correctement) appelée le "lotus de fer légendaire". J’ai pensé que le nom était accrocheur, donc je l'ai emprunté pour cette mouche !

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Votre pays offre des possibilités incroyables à celui qui s'intéresse à la pêche en sèche et à l'entomologie, est-ce ton cas ?

J'apprécie énormément la pêche à la mouche sèche ainsi que de nombreuses autres déclinaisons de la pêche à la mouche. Je trouve que la compréhension de l'entomologie est très utile, que ce soit pour la nymphe, la sèche ou même la pêche aux streamers. Bien que je ne sois pas très pointu en entomologie, j'en connais assez pour identifier les espèces d'insectes aquatiques de base et j'ai appris la plupart de leurs caractéristiques car elles m'aident à déchiffrer ce qu'il faut pêcher et comment le pêcher. Cela dit, il m'est assez courant d'attraper un grand nombre de poissons sur des nymphes incitatives et des mouches sèches qui n'imitent pas directement quoi que ce soit dans l'environnement de la truite ! Le plus souvent, les mouches incitatives sont les meilleures !

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Lance Egan
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Lance Egan
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Je t'ai déjà vu poser avec un poisson que j'adore personnellement : le cristivomer. En France, il reste très mystérieux et les gros sujets sont assez rares. Parle-nous un peu de la façon dont tu l'abordes dans les lacs de l'Utah ?

Le touladi (Salvelinus Namaycush) est l'un de mes intérêts récents. Nous avons trois lacs dans ma région qui abritent de grands "lakers". Ils sont très difficiles à capturer en pleine eau, car ils passent la plus grande partie de l'année dans des eaux très profondes, ce qui les rend difficiles à atteindre avec des mouches. Je les apprécie parce qu'ils représentent un défi, et parce qu'on ne maîtrise pas encore leur pêche à la mouche. Apprendre leurs habitudes et les meilleures stratégies prend du temps puisqu'il n'y a pas de livres ou de vidéos instructives à leur sujet ! Nous en attrapons la plupart du temps sur de grosses mouches qui imitent des truites arc-en-ciel. Nous pêchons en bateau et effectuons des dérives, souvent avec une ancre attachée au bateau pour les ralentir. C'est beaucoup d'investissement, et cela nécessite de longues journées de pêche avec très peu de captures, mais quand cela arrive, vous pouvez mettre au sec le plus grand salmonidé de votre vie !

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Lance Egan
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Lance, que peut-on te souhaiter pour la suite ? 

Mes objectifs dans la pêche à la mouche sont d'apprendre encore et toujours, partager ma passion pour la pêche avec les autres, profiter d'un maximum de temps sur l'eau et attraper de nouvelles espèces dans de nouvelles eaux !

Merci et à bientôt j'espère ! 

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Liens utiles :

Vers les vidéos de Lance :

https://vimeo.com/ondemand/modernnymphing

https://vimeo.com/ondemand/modernnymphingelevated

Le flyshop de Lance où vous trouverez les mouches Egan's Special :

http://store.flyfishfood.com/

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Lance Egan

La pêche bat son plein en Lozère !

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truite du Bes

Amis pêcheurs, après un début de saison parfois compliqué, ce mois de juin aura été un grand mois pour la pêche en Lozère, avec des niveaux excellents et des poissons très c

La Dordogne en Drift Boat

Pêche Dordogne

N’étant plus depuis bien des années un inconditionnel de la pêche de la truite pour différentes raisons, je dois reconnaître que la perspective de croiser le fer avec des poissons de plus de 50 cm est plutôt alléchante. Les possibilités d’arpenter les bassins versants sur lesquels on trouve ces gros poissons sont nombreuses dans un rayon de 150 km autour de l’endroit où j’ai posé mes valises depuis bientôt un an. Il aurait été idiot de refuser la proposition de Matthieu Gentilhomme, à l’origine du lancement de riverwild, de venir essayer son drift boat, unique exemplaire en Europe. C’était en novembre 2017 mais les débits de la Dordogne nous ont coincé. Il fallait reporter et la je devais revenir…c’était très clair. Ce fût le cas le week-end du 26 et 27 mai dernier sur le secteur d’Argentat.

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Je dois admettre que je consacre que très peu de temps à la truite pour des raisons que je ne m’explique pas moi-même et si je veux donc dépasser la barre des 50 cm rapidement, il n’y a pas 10 000 approches : une rivière avec une bonne densité de poissons de 50 et +, un moyen de dériver efficace pour pêcher un maximum de linéaire et une technique permettant aussi de couvrir du terrain : à ce petit jeu-là, la pêche aux leurres est sans aucun doute le meilleur compromis mais qui n’est pas sans poser d’autres soucis et peut-être même de cas de conscience vis-à-vis d’autres pratiquants et/ou techniques. Le jeudi précédent ce déplacement en Corrèze, je reçois un SMS de Matthieu qui annonce : « Le chiffre du jour : 142…2 poissons ». Voilà qui pose les bases d’un week-end de fantasmes ! Il continue d’alimenter les échanges de SMS en précisant qu’un des poissons est une truite de 62 cm…Je comprends assez vite que l’autre poisson est possiblement un saumon pour justifier plus aisément une toise de 80 cm ! J’ai d’ailleurs entendu parler de plusieurs captures depuis l’ouverture. Matthieu le confirme vite et ajoute que les éléments semblent réunis pour faire de mon objectif initial une réalité. J’avoue même m’être pris à rêver de faire un saumon...

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pêche Dordogne
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Le poisson d'une vie...
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pêche Dordogne
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...et une truite de 62 cm prise lors d'un guidage le jeudi précédent notre descente
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Le type n’avait jamais touché une canne de toute sa vie et personne ne l’avait vu encore sourire. La magie de la pêche. Promis, c’est mon dernier mensonge. Sur la Dordogne il est possible de naviguer entre 9h00 et 18h00 ce qui permet notamment aux pêcheurs de pouvoir pratiquer en dehors des créneaux horaires utilisés pour les descentes des embarcations diverses. A 9h00 nous sommes prêts après une mise à l’eau déconcertante de facilité et c’est une dérive sur près de 9 kilomètres depuis l’amont immédiat d’Argentat jusqu’en aval de Vergnolles qui nous attend.

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pêche Dordogne
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Le Drift Boat Rover Wild
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Matthieu est allé chercher ce bateau en Norvège et apparemment c’est le seul exemplaire présent en Europe à l’heure actuelle. De conception américaine, ce bateau est à la base élaboré pour les pêcheurs à la mouche et ça se voit : deux emplacements sont prévus pour ranger rapidement une canne montée pour le pêcheur de devant et l’autre pour le pêcheur de derrière. Je n’ai pas pu tester ce rangement ayant fait le choix de tirer un trait sur la mouche pour cette descente. Deux « consoles » permettent de se caler au niveau de l’avant des cuisses et de pêcher stable et en sécurité. Avec un très faible tirant d’eau, l’intérêt de ce type de bateau est flagrant sur les premières centaines de mètres de dérive. La glisse est surprenante pour un bateau de cette taille et de ce poids.

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Pêche Dordogne
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Matthieu me met dans les meilleures dispositions pour attaquer des zones qui nous semblent favorables. Quelques coups de rames permettent de ralentir les dérives afin d’insister sur une veine, un plat ou de gratter une fosse. Lorsque le spot semble plus difficile à lire, alors Matthieu appui sur une pédale qui libère un sac en toile de jute rempli de sable. Le tout pèse 21 kilos et suffit à stopper le bateau. On peut alors pêcher depuis le bateau ou descendre dans l’eau en fonction des approches et des envies. De grands coffres étanches permettent de mettre au sec les nombreuses boites et tout ce dont on a besoin sur une descente de 9h00.

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Il est environ 9h30, pas de vent, il fait bon et un brochet est venu ouvrir le compteur, pris sur un pied de berge au poisson nageur. Je suis concentré sur la complexité des milieux offerts, par la diversité des écoulements d’un point de vue des couples vitesse/profondeur et de la diversité des substrats. J’essaye de diversifier mes approches et mes techniques en fonction de la variation de ces milieux. Une canne est montée pour propulser des poissons nageurs et une autre pour des leurres souples afin d’atteindre des profondeurs plus importantes et d’évoluer près du fond. Alors que je finis l’une de mes récupérations, mes yeux sont attirés par une masse qui arrive en surface et se retourne dans un gros remous au pied du bateau. Je viens de voir un saumon ! Le type est venu presque sous le bateau sur une section de rivière de plus de 100 mètres de large à cet endroit ! Un clin d’œil d’environ 70 cm que j’apprécie à sa juste valeur.

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Pêche Dordogne
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Vers 10h00 – 10h15, le vent se lève d’un coup et on prend très vite des rafales d’anthologie dans la tête ce qui ne manque pas de décrocher très vite et bien tout ce qui n’est pas solidement fixé à son support et notamment les pétales des fleurs d’acacias. Il neige ! C’est super joli jusqu’à ce que ces pétales viennent littéralement pourrir la récupération des leurres dans la colonne d’eau et tout un tas de flottants interdisant presque toute tentative. Je pêche mal et peine à trouver des solutions miracles. J’ai désormais quelques arguments impropres à mon approche à avancer en cas de mauvais résultat. La pause déjeuner au niveau de la confluence avec la Maronne permet de dresser un premier maigre bilan. Trois heures de pêche et deux poissons à bord : un brochet et une truite de 30 et des conditions météo très changeantes…ces fluctuations ne nous rendent guère optimistes mais je suis sur l’eau pour lancer des leurres et c’est ce que je vais m’évertuer à faire jusqu’à 18h00. Le vent semble faiblir. Nous espérons un ressuyage de ces éléments tombés en aval du barrage d’Argentat.

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pêche Dordogne
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Poisson capturé lors d'un arrêt du bateau...
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On reprend la pêche vers 15h30. De grands tapis de pétales se sont formés sur les contre courants. Ils n’ont aucun intérêt pour la pêche hormis le fait d’être jolis dans le paysage. Même si le total des poissons ne décolle pas, je me sens quand même sacrément privilégié d’évoluer au sein de ces paysages qui s’offrent à nous. Matthieu décide de poser le bateau sur un grand plat courant. Ceci va nous permettre de peigner les berges depuis l’eau et la tête du radier. Je fais assez vite un poisson et je prends une touche courte sur le même type de poste, décalé d’une dizaine de mètres. C’est le 3ème poisson que je déclenche sur cette configuration de poste mais la taille n’excède pas les 30-35 cm.

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Nous avons testé plusieurs pistes, différentes approches mais impossible d’augmenter la taille moyenne des poissons qui viennent nous rendre visite. Au gré de la descente, nous croisons quelques pêcheurs à la mouche qui attaquent des gobages. A chaque fois qu’il nous est possible de le faire, nous nous décalons le plus possible des zones qu’ils pêchent et arrêtons notre pêche le temps de passer en aval des postes sur lesquels ils se trouvent.

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Pêche Dorogne
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La Dordogne en aval d'Argentat
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Pendant que nous discutons de choses et d’autres, deux gardes pêches particuliers nous invitent à les rejoindre sur le bord de la rivière juste en amont du pont de Laygues. Je suis toujours content d’être contrôlé et pour cause, c’est la deuxième fois seulement dans ma mémoire. Après quelques échanges courtois, l’un deux nous apprend que son téléphone sonne dès que Matthieu est sur l’eau ! La cohabitation de certaines techniques sur certains secteurs questionne. Des questions passionnantes à résoudre pour les « gestionnaires de la pêche et des milieux » et peut-être des arbitrages à trouver. Avec ce dénominateur commun si fort qui est notre passion pour la pêche, il ne fait aucun doute que le consensus est possible.

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Pêche Dordogne
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Des moucheurs en poste
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Nous reprenons la pêche en peignant d’hypothétiques zones de tenue de poissons plus jolis. Nous en faisons venir quelques-uns de plus au bateau mais la taille ne décolle pas. Nous terminons cette première descente avec un total d’une dizaine de poissons de 25 à 40 cm. Compte tenu des variations météorologiques nombreuses sur une courte durée, nous nous convainquons assez vite qu’il aurait sans doute été utopique d’espérer mieux !

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Pêche Dordogne
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Le lendemain, nous refaisons la même descente en ajoutant 3.5 kilomètres supplémentaires. Les conditions météo sont très changeantes comme la veille, à la différence près que deux ou trois orages sympas s’invitent à la table de jeu. Nous ne ferons guère mieux que la veille avec une dizaine de poissons de 30-35 cm.

Ces deux journées passées sur la Dordogne confirment encore un peu plus que rien n’est jamais « joué » d’avance et que ce sont les poissons qui décident. La question de savoir si nous avons bien fait les choses en fonction de notre perception des éléments reste ouverte. Quoi qu’il en soit, j’ai découvert grâce à Matthieu une rivière au potentiel indiscutable sur un bateau au potentiel tout aussi indiscutable. Gérer une telle rivière n’est pas une mince affaire surtout au vu des nombreuses techniques présentes sur ce secteur. C’est un défi majeur qui appartient à tous les pêcheurs au sein du réseau associatif de la pêche de loisir…

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Le lien vers la vidéo : ici

Pour faire une descente en Drift Boat, contactez Matthieu Gentilhomme !

Portable : 07 76 69 86 94

Adresse mail : info@riverwild.fr

http://riverwild.fr/notre-drift-boat/

Lacs d’altitude : comment les aborder aux leurres ?

pêche lac de montagne

Les lacs d’altitude représentent le dernier Eden du pêcheur de truites. Contrairement aux vallées où l’emprise humaine est grande, près des sommets, la nature est encore relativement préservée et les salmonidés sont bien représentés. La pratique de la pêche aux leurres y est ludique et techniquement simple. Contrairement aux cours d’eaux où il est nécessaire de savoir éviter les nombreux obstacles et dompter les courants, en plan d’eau, la difficulté majeure est de savoir lancer. Cette pratique est donc idéale pour les débutants voulant s’initier à la truite. Bien entendu, la pêche n’y est pas toujours facile et même des pratiquants confirmés peuvent certains jours y être en difficulté. Mais les capots sont presque inexistants en lacs de montagne si l’on fait preuve d’un minimum d’application et d’un choix de parcours pertinent. Par les précieux conseils que Simon énumère dans son article (ici), la sélection des plans d’eaux à prospecter a été judicieuse. Il reste maintenant à détailler la marche à suivre une fois sur les lieux...

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Une approche et une prospection méthodique

Trop de pêcheurs arrivent tambour battant sur le lac, font 2 ou 3 lancés droit devant avant de s’en aller quelques mètres plus loin pour réitérer la manœuvre. L’appel du grand large est tentant, mais en procédant ainsi ils font fuir les poissons présents à proximité ou dans les bordures, c’est-à-dire les plus simples à attraper !

En effet, si des salmonidés se sont rapprochés si près du bord c’est pour une bonne raison : s’alimenter. Les truites sont très opportunistes et recherchent tout ce qui peut tomber de la berge (insectes, batraciens…) ainsi que les petits poissons et les invertébrés aquatiques vivants près de la rive. Il est donc important de ne pas négliger les bordures et de les approcher discrètement pour ne pas être remarqué des prédateurs éventuellement présents.

Ce souci de discrétion conditionne la façon de procéder autour du plan d’eau : Il s’agit de faire nager son leurre au plus près de la berge avant de l’en éloigner progressivement pour finalement pêcher plein large. En prospectant ainsi, le pêcheur décrit un « éventail » lors de ses lancers successifs. Puis il se déplace le long de la rive pour atteindre la zone qui était hors de portée et renouvelle l’opération. Cela semble évident mais il faut d’abord pêcher à proximité de là où l’on va marcher… Pourtant sur le terrain peu le font. En procédant de la sorte, le pratiquant pêche efficacement toutes les parties du lac situées à portée de canne. Les poissons pouvant être en activité n’importe où, il ne délaisse aucune capture potentielle.

Ce « plan de déplacement » est à adapter en fonction des hots spots. Ainsi, après avoir réalisé les lancers en arc de cercle, il faut se concentrer sur les zones qui paraissent les plus intéressantes au sein de l’éventail et diriger son leurre en fonction. De ce fait, si par exemple une cassure est présente, le pêcheur doit se positionner de façon à pouvoir bien la longer.

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pêche lac de montagne
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a : Le pêcheur arrive discrètement sur les berges du lac. Il pêche les bordures (1 et 2) avant de lancer plus vers le large (3 et 4) et finalement plein large (5 et 6). Il choisit de faire le tour du plan d’eau par la gauche et se rend en b.

b : Il lance au bord puis progressivement vers la pleine eau (de 1 à 6).

c : Il renouvelle l’opération comme en b. Une cassure est présente au sein de sa zone de pêche. Il se rend en d pour la prospecter plus efficacement.

d : Il lance en longeant la cassure.

Le pêcheur continue ainsi tout autour du lac.

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Des leurres adaptés aux postes

Le choix du leurre est aussi très logique : l’artifice doit évoluer à la profondeur dictée par la topographie et les poissons.

Sur les plages peu profondes, les minnows à bavette courte sont à juste titre les plus employés. Les salmonidés se tiennent dans parfois à peine 10 cm d’eau. Dans ce cas, seul un poisson nageur flottant peut opérer. D’ailleurs, il ne faut pas hésiter à employer un leurre de surface sur ces zones hyper shallows. Les attaques sont spectaculaires et l’on entend parfois les mâchoires claquer...

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pêche lac de montagne
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Le jeune Thomas avec sa première truite prise au stickbait. Les saumons de fontaine répondent très bien au leurre de surface.
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Après avoir prospecté la bordure et en absence de postes marqués, il ne reste que le choix de « pêcher l’eau », c’est-à-dire vers le large. Les poissons nageurs de densités neutres (suspendings) ou qui coulent lentement (sinkings) permettent de bien passer dans la zone d’évolution des truites maraudant près de la surface ou à faible profondeur (disons jusqu’à 4m) et peuvent pêcher à toutes les vitesses (très rapidement comme très lentement). Ainsi, lorsque la bonne animation est trouvée, ils décident généralement ces poissons « cruisings » que l’on voit parfois gober en surface.

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pêche lac de montagne
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Truite prise à vue. Elle gobait en pleine eau. Un poisson nageur suspending l’a décidée.
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Les cassures sont des postes privilégiés qui méritent toute l’attention du pêcheur. Elles sont facilement distinguables lorsque l’on surplombe le lac. D’ailleurs, quand cela est possible, il est très instructif d’observer le spot d’un point de vue élevé. Les variations topographiques se distinguent très nettement par temps ensoleillé. Les cassures doivent être prospectées méticuleusement car elles abritent souvent de jolis poissons. Quand cela est possible, le leurre doit évoluer en longeant celle-ci. Mais si la rupture de pente est parallèle à la berge le pêcheur n’aura d’autre choix que de la traverser perpendiculairement. Il est alors conseillé de faire une pause ou de ralentir la cadence au passage du hot spot, cela pourrait bien décider un salmonidé.

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pêche lac des pyrénées
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C’est en prospectant une cassure avec un poisson nageur coulant rapidement que Nicolas a touché cette fario.
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Pour les cassures les plus éloignées et les plus profondes, un poisson nageur très dense, coulant rapidement, ou un leurre souple monté sur une tête plombée, peuvent être noués au bout de la ligne. Ils permettent au pêcheur d’effectuer une animation en dent de scie au plus près du fond. Leur utilité pour bien prospecter toutes les zones encaissées du lac est indéniable. D’ailleurs, c’est parfois dans la couche d’eau la plus profonde, ou tout du moins, dans une couche d’eau non située à proximité de la surface, que les poissons sont regroupés quand l’activité est nulle ailleurs. Cela mérite donc quelques lancés lorsque cette strate est atteignable de la rive.

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pêche lac de montagne
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Cette fario était postée sous l’arrivée d’eau.
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Les pointes sont des secteurs de passage mais aussi des zones d’affut. Il faut prospecter la colonne d’eau en commençant par la surface et en terminant par le fond. Il est intéressant d’essayer de deviner la trajectoire que réalise la pointe une fois sous l’eau et de suivre la ligne de crête avec un leurre coulant.

Les bordures d’herbiers sont des zones de chasse. Les prédateurs y patrouillent fréquemment pour se nourrir des organismes qui quittent le refuge que représente la végétation. Les arrivées d’eau sont aussi régulièrement fréquentées par des poissons actifs. Ces deux derniers postes sont à pêcher avec des animations agressives.

Les gros blocs rocheux servent de repaire aux salmonidés. Essayez de passer au plus près du bloc et du fond avec un poisson nageur coulant ou un leurre souple. C’est technique et risqué mais ça peut rapporter gros.

En règle générale et pour résumer, tous les accidents topographiques constituent des postes de choix. Ils méritent de s’y attarder en respectant cette méthode de prospection qui permet de pêcher efficacement toutes les parties du plan d’eau à distance de lancé. Pour bien répondre aux différents faciès rencontrés en lac d’altitude sans s’alourdir inutilement avec du matériel faisant double emploi, les boîtes doivent être composées d’une sélection de leurres complémentaires.

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Une sélection de leurres épurée 

Pour les poissons nageurs à bavette, il est essentiel de posséder les modèles suivants : un ou deux coulants rapidement, un ou deux coulants plus lentement, deux suspendings (un nageant près de la surface et l’autre plus profondément) et un flottant (voire un stickbait évoluant en surface). Choisissez des longueurs d’au moins 5,5 cm. Les dimensions comprises entre 6 et 9 cm sont un bon compromis pour nos lacs d’altitude. Il est judicieux d’avoir chaque poisson nageur en 2 coloris, un naturel et un plus flashy. Les leurres souples sont représentés presque exclusivement par les shads. Leurs dimensions peuvent être comparables aux leurres durs et le poids des têtes plombées se situe généralement entre 2 et 10 grammes.

La ligne, en tresse, est terminée par environ 2 m de fluorocarbone de 18 à 22 centièmes de diamètre. La canne doit être assez souple lors du combat, pour éviter de décrocher trop de prises, tout en étant suffisamment nerveuse pour bien animer les leurres. Les spécialistes appellent cela une action progressive. Une longueur de 2 à 2,4 m semble être judicieuse. Les modèles courts décuplent le plaisir sur les petits laquets, les plus longs sont gages d’efficacité sur les lacs les plus grands et les plus profonds. Bien évidemment, la puissance de lancer du blank doit dépendre des leurres utilisés. A titre indicatif, jusqu’à 12 g convient bien pour les plus petites étendues d’eau, mais il est possible de dépasser les 20 g pour les plus grandes. Concernant le moulinet, il est souhaitable que son poids équilibre la canne et que son frein de combat soit progressif. Ses autres caractéristiques importent peu.

Ajoutez à cela un sac à dos, une bonne paire de chaussures de randonnée et il est possible de réaliser de superbes sorties sans s’encombrer de trop de matériel… A vous la découverte ou redécouverte de différentes espèces de salmonidés et d’un milieu de haute montagne encore préservé.

Je n’ai pas utilisé tous les leurres du marché… mais une bonne partie ! Voici quels sont ceux que je préfère pour les lacs d’altitude :

Suspendings :

Jackson Athlete SP7

ZipBaits Orbit 65 et 80SP

Imakatsu Riprizer 60SP

Lucky Craft B’Freeze 65 et 78SP

Coulants :

Tiemco Sumari 67S

Tiemco Sumari 80FS

Jackson Kanade 60

Les leurres souples remplissant leur rôle sont tellement nombreux que je ne vais pas les énumérer ici.

 

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