La photographie sub-aquatique

fly fishing photography

Laissez-moi commencer par préciser que malgré ma passion pour les photos sub-aquatiques de poissons, la principale raison pour laquelle je vais au bord de l'eau est mon amour pour la pêche à la mouche elle-même. Vous ne me verrez donc pas la tête sous l'eau pour prendre une photo, parce que cela compromettrait fortement ma journée de pêche. Je me contente de mettre mon appareil sous l'eau, de viser le poisson, et de déclencher en rafale jusqu'à ce que mon doigt fatigue...

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L'avantage de cette approche, c'est que je n'ai même pas besoin de toucher le poisson, il ne sort jamais de l'eau, et quand j'ai terminé mes prises, j'utilise simplement ma pince à clamper pour décrocher l'hameçon sans ardillon et je regarde le poisson repartir. L'inconvénient, c'est que je ne sais jamais vraiment si le poisson est dans le cadre, et que 90% de mes photos sont totalement inutilisables. Mais si seulement une photo est réussie, le jeu en vaut la chandelle !

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flyfishing photography
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Aujourd'hui, vous pouvez trouver un appareil étanche correct pour 100 à 200€. Ou, si vous êtes comme moi, attendre qu'un appareil à 120€ soit en solde à 85€ pour commencer à faire des photos...

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flyfishing photography
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flyfishing photography
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Les bons réglages

Je règle toujours mon appareil sur la plus haute résolution et en priorité ouverture (AV ou A sur la molette de réglage), si le modèle le permet. J'ai découvert que sur mon appareil compact, je devais utiliser un mode "Reconnaissance automatique de scène" (SR Auto), parce que cela me permettait d'avoir une plus grande ouverture. J'ai constaté au fil du temps que ces réglages d'ouverture donnaient un meilleur résultat, mais ce n'est que quand j'ai eu mon Canon T3i que j'ai commencé à comprendre pourquoi !

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Pour simplifier, l'ouverture est la quantité de lumière que vous laissez rentrer par l'objectif. Voyons le fonctionnement physiologique de l'iris de l'oeil pour comprendre : l'iris s'ouvre pour laisser rentrer plus de lumière quand il fait sombre et se referme lorsqu'il fait clair. Même sur une journée ensoleillée, dés que vous plongez votre appareil dans l'eau, la quantité de lumière qui parvient jusqu'à l'objectif est très fortement réduite. Donc, donner la priorité à l'ouverture aidera à ouvrir l'objectif pour obtenir un meilleur cliché avec un simple compact. Les poissons autour de 25cm sont les plus simples à photographier avec ce réglage, car une aussi grande ouverture réduit la profondeur de champ autour de cette valeur. Si au contraire vous prenez en photo un poisson de 50cm, la tête pourra être nette, alors que la queue sera floue. Mais... privilégier la quantité de lumière aura aussi l'avantage de permettre une vitesse de déclenchement plus élevée. Plus le déclenchement est rapide, mieux c'est. Voici pourquoi :

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flyfishing photography
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Une vitesse de déclenchement élevée permet de prendre en photo des sujets rapides, et un poisson qui gigote au bout de votre ligne est rapide ! Avec une vitesse de déclenchement élevée, vous diminuez les chances que le poisson soit flou. Cependant, vous devez tout de même attendre le bon moment, lorsque le poisson arrête de se débattre pendant une demi-seconde, pour déclencher et obtenir une bonne photo. La lumière est primordiale en photo sub-aquatique et c'est pour cela que je n'utilise pas de filtre polarisant sur mon objectif. Il est préférable d'éviter tout ce qui va réduire la quantité de lumière qui va traverser l'objectif.

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Photographie pêche à la mouche
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Reprenons : j'ai dit utiliser un Canon T3i pour prendre des photos sous l'eau, et il va sans dire que pour utiliser ce type d'appareil, vous aurez besoin d'un étui étanche. Et cela peut coûter assez cher. Cela peut aller du simple étui, entre 90 et 200€, jusqu'au boîtier professionnel qui vous coûtera le prix de l'appareil : de 1400 à 3000€. Si vous avez un vieil appareil comme moi, un Canon T3i, vous pourrez vous en sortir sans dépense exagérée. J'ai pu trouver un boîtier étanche pour 350€, proche de ceux des Go Prod, mais qui s'adapte très bien.

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flyfishing photography
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Photographie pêche à la mouche
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Le problème avec les étuis ou boîtier bon marché, c'est qu'ils sont très limités au niveau des objectifs qu'ils peuvent accepter. Les petits objectifs portrait iront très bien, mais les plus adaptés à ce type de prise de vue sont les grands angles, même s'ils sont souvent trop encombrants. Si vous êtes comme moi, ce n'est pas un gros problème ! Je ne suis pas prêt à mettre des milliers d'euros pour prendre un poisson en photo, mais si c'est votre cas, il vous faudra chercher un dispositif plus haut de gamme.

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Les logiciels de retouche

Imaginons que vous soyez décidé à faire des photos sub-aquatiques. Vous prenez un appareil compact étanche, vous attrapez un poisson et vous prenez des très bonnes photos. Houra ! Mais il y a un problème avec les couleurs. C'est là que je vais peut être heurter certains puristes. Les couleurs les plus chaleureuses du poisson, comme le rouge, le jaune et le orange que nous apprécions tant, s'estompent très vite sous l'eau. Je vous recommande d'utiliser le logiciel Light Room pour jouer avec votre cliché, raviver les couleurs et augmenter la luminosité du poisson. Exemple de retouche :

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flyfishing photography
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flyfishing photography
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Enfin, si vous utilisez un appareil plus évolué, comme mon Canon T3i, je vous recommande d'utiliser le mode RAW avec le réglage ISO le plus faible que vous pouvez. Je règle mon boîtier en mode manuel, avec l'auto focus, et j'essaie d'obtenir la vitesse d'exposition la plus rapide possible en ouvrant le diaphragme de mon objectif au maximum. Je prends quelques photos et regarde le résultat pour éventuellement le corriger avant de recommencer à pêcher.

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flyfishing photography
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Que vous ayez un gros appareil haut de gamme ou un compact étanche, prendre une belle photo d'un poisson sous l'eau nécessite simplement de la volonté et de la patiente. Si vous sautez le pas, utilisez le hashtag underwatertrout que je puisse voir le résultat, même si il ne s'agit pas d'une truite. Vous pouvez également poster votre photo sur ma page "Erik Moncada’s Underwater Trout Photography”. J'adore voir des photos de poissons sous l'eau et je serais ravi de voir ce que vous arrivez à faire !

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Erik Moncada

Test : Adams Max 9'6 #3

Adams Max

Adams est une jeune entreprise espagnole, créée par le fameux pêcheur catalan Dani Garcia. Son leitmotiv est de proposer du matériel de pêche à la mouche avec un excellent rapport qualité/prix. Dani est un pur produit de la pêche à la nymphe façon ibérique qu'il pratique avec du nylon uniquement (pesca al hilo). Cette influence se retrouve notamment au niveau des cannes proposées, résolument typées nymphe au fil, mais chaque gamme possède un modèle en 9'6 destiné à la sèche. La toute nouvelle série Adams Max n'échappe pas à la règle, voici la présentation de l'Adams Max 9'6 #3 :

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Adams Max
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Test statique :

Les différents modèles de la série Adams Max possèdent des composants communs de qualité : le porte moulinet en aluminium anodisé sombre avec insert carbone est surmonté d'une poignée en liège forme cigare et de qualité AAA. Le blank est recouvert d'un verni transparent laissant apparaître les fibres de carbone sous-jacentes. Il possède des anneaux (relativement nombreux, 12 au total pour cette 9'6) en oxyde de titane monopattes ; seul l'avant-dernier est de type serpentiforme, afin de limiter les enroulements du nylon lorsqu'on pêche au fil, et doré, afin de mieux repérer le scion en cas de contre-jour par exemple. Toutes les cannes sont livrées dans un tube en carbone avec housse de protection en polaire.

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Adams Max
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Adams Max
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Adams Max
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Avant-dernier anneau serpentiforme et doré
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Adams Max
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Adams 9'6
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Mesures :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité de cette canne : 

En ce qui concerne la puissance, 37 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 4.46. Cela montre donc que la puissance réelle est supérieure à la puissance annoncée et le numéro de soie idéal à 4. Avec un AA de 68°, l'action de la canne est fast mais reste assez proche de la catégorie Moderate Fast (AA entre 63 et 66°). Elle n'est donc pas ultra-rapide. La fréquence à 81 est élevée, ce qui permettra de pêcher efficacement en sèche. Nous avons pesé la canne à 81gr et le PTE est de 260gr, ce qui la situe dans la moyenne des produits similaires en termes de longueur et de puissance.

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Adams Max
Matériel

Adams MAX 9'6 #3

Marque
Adams
Série
Max
Longueur
9'6
Longueur réelle
289
Soie
#3
Brins
3
Action
Fast
Poids réel
81.00g
Anneaux
12
Premier anneau
53cm
Poignée
25x177mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
180.00g
PTE
260.00g
IP
37
ERN
4.46
AA
68°
CCF
81cpm
Prix à la date de sortie
349.95€
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L'avis du constructeur sur la série Adams Max :

"Après plusieurs années de réflexion et de tests, avec la volonté de créer un produit de qualité maximale au meilleur prix, nous vous présentons la série Adams Max. Elles ont toutes été conçues et fabriquées selon le même modèle et dans le même but : mettre le poisson au sec le plus vite possible tout en pêchant fin."

Et sur la 9'6 #3 en particulier :

"Une longueur idéale pour la pêche en sèche et au tandem sèche/nymphe, conçue en 3 brins pour optimiser l'action et le poids".

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David Cadaba
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L'avis de David Cabada, Pro team Adams :

"J'utilise majoritairement la 9'6 #3 pour la pêche en sèche et en sèche/nymphe mais également la pêche en nymphe dans les petites rivières encombrées. Cette canne possède une bonne puissance pour les lancers et pour combattre le poisson. Elle réunit puissance et sensibilité, et permet l'utilisation de fils fins. Son poids très correct la rend confortable, notamment si on l'utilise avec un moulinet semi-auto."

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Adams Max
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L'avis de la rédaction :

Une canne avec une réactivité importante très bien adaptée à la pêche en sèche dans tous types de milieux grâce à sa puissance (c'est une vraie 9'6 soie 4) et les pêches en nymphe en petits milieux nécessitant un outil puissant. Avec ses composants de qualité et quelques touches originales, la finition est soignée. Ces cannes bénéficient d'une garantie intéressante car un scion vous sera fourni pour 19,99 euros en cas de bris. 

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Liens utiles : 

Le protocole de test des cannes à mouche : ici

Comment choisir sa canne à nymphe : ici

Les cannes Adams sont distribuées en France par Riera Pêche à Perpignan :

riera pêche

 

Bella Ciao Marmorata !

pêche marmorata

Ça y est, la pêche de la truite vient de fermer. Il est l’heure de remonter dans le temps et de se souvenir des bons moments. Cet été, j’ai passé des vacances familiales en camion aménagé du côté du bassin Adriatique. Au programme : visites des très jolis lacs environnants, des monuments et retour à l’essentiel avec les enfants. Bien sûr, vous l’aurez compris, je ne pars jamais sans ma canne. Elle me suit partout. Ce voyage, c’est comme un rêve de gosse. Depuis tout petit, je visionne des reportages sur ces régions et leurs très belles rivières. J’avais pris grand soin de préparer notre road-trip quelques mois à l’avance pour visiter au maximum ces deux pays et surtout en fonction des rivières que je pouvais pêcher (je tiens d’ailleurs à remercier celui qui se reconnaîtra pour les bons plans !). Cela impliquait bien sûr de prendre le permis en amont en fonction de l’avancée de notre périple.

Je vais vous raconter une petite journée que j’ai particulièrement aimée.

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rivière adriatique
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Nous sommes arrivés le soir tranquillement dans cette vallée pour passer la nuit. Nous avons cherché l’emplacement idéal au plus près de la rivière, loin de l’agitation des vacanciers. Après un bon repas et un repos bien mérité, je décide de partir voir le profil de la rivière. Elle serpente au gré des gours et des rapides. L’eau est fraîche et cristalline : une rivière comme je les aime. Suite à cette reconnaissance rapide, je rentre au camion préparer mon matériel pour le lendemain matin.

La nuit est courte : réveil à 5h30 (pas idéal dans cet espace confiné mais bon, les enfants s’habituent vite). La lueur du matin me laisse entrevoir une belle journée. Je prends mon temps pour déjeuner en écoutant la nature qui s’éveille.. Une petite brume recouvre la rivière, créant une atmosphère onirique. J’enfile mes baskets et quelques minutes plus tard, mes pieds trempent dans une eau rafraîchissante.

Mes premiers lancers ne sont pas terribles : ils atterrissent dans les branches ! Allez Mickaël, réveille toi ! Je ratisse méticuleusement le courant au D-Incite pour commencer. Mes leurres varieront au fur et à mesure de ma progression dans le courant tant les profils différents s’enchaînent. Je me rends vite compte que les poissons ne sont pas de sortie. Ces dames se font désirer… C’est très frustrant de ne pas voir le bout d’une nageoire dans ces piscines naturelles.

Le soleil continue sa course et la rivière sort de l’ombre.. Quelques silhouettes de salmonidés se profilent enfin. J’adopte une nouvelle stratégie : je propulse mes leurres au maximum de mes limites, en léchant chaque pierre au plus près. Le résultat ne se fait pas attendre : enfin mes premières touches. Une , deux, trois, quatre, cinq… c’est l’effervescence dans la rivière ! Les robes de ces dames sont remarquables : elles sont complètement "camouflage". D’ailleurs, j’aperçois en premier l’ombre avant le poisson lui-même.

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marmorata
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marmorata
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Il est bientôt l’heure de regagner le campement. Ciao bella !! Ci vediamo!

A mon retour au camion, la famille au complet vient de se lever. J’en profite pour prendre une petite collation avec mes loulous. Mon grand trépigne d’impatience : « Papa, tu as pris quoi ? Montre nous ! » Je lui montre mes prises du jour, non sans une certaine émotion. Le partage d’une passion est là.

A cet instant, nous nous sentons tous les quatre en harmonie avec ce lieu si paisible et passerons la journée au bord de l’eau afin de nous ressourcer un maximum. Les enfants construisent un bassin avec les galets pendant que je sirote ma bière dans mon hamac, les doigts de pieds en éventail.

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Mickael Ponchon
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Allez, encore quelques ricochets avant de faire le coup du soir.

Le soir venu, j’approche la rivière sous un autre angle. Mon objectif : essayer de prendre une Marmo un peu plus grosse. Vu le profil de la rivière, je sais pertinemment qu’elle ne pourra pas m’offrir un très gros spécimen.

Je scrute chaque courant, chaque trou, chaque caillou. J’avance à pas de loup, en essayant au maximum de ne pas faire rouler les galets sous mes pieds. J’ai l’impression d’être un Sioux…

Je veux mettre toutes les chances de mon côté. Je force mon ombre à rester derrière moi tout au long de ma quête. Tout à coup, je repère ce fish dans la veine d’eau principale. Il se décale sous cet arbuste. Je pense être repéré alors je m’assois et j’attends.

Au bout de quelques minutes, Madame regagne ses pénates. J’envoie mon leurre le plus loin possible en haut de ce courant pour faire un arc de cercle au dessus d’elle. La stratégie s’avère payante : la Magical Trout est mise à rude épreuve. La gaillarde a du punch ! J’ai du contrer son rush à plusieurs reprises pour l’empêcher de se planquer à nouveau. Je la filoche, prends quelques photos puis la remets à l’eau.

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marmorata
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Je reste sur cette petite victoire car j’ai déjà bien crapahuté. Une journée de vacances comme on les aime !

Objectif cristivomer

cristivomer

Tout a commencé la veille de l’ouverture de la pêche en lac d’altitude. Je cherchais un lac dégelé, assez difficile d'accès pour éviter la foule que suscite l’ouverture. On m’avait parlé à plusieurs reprises d’un lac dans lequel se trouveraient de gros cristivomers. N’ayant jamais pêché ce poisson, je jette mon dévolu sur ce fameux plan d'eau, plus par curiosité que réellement dans le but d’attraper un gros individu...

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Samedi matin 4h, j’attaque la montée pédestre avec pour objectif d’arriver avant le lever du jour. Durant l’ascension, je garde à l'esprit que ma cible est nouvelle et tente d’établir une stratégie de pêche selon la description qu'on m'en a faite. Seuls les yeux brillants du gibier effrayé par ma frontale me tirent de mes pensées...

Comme prévu, j’arrive au bord du lac dans la pénombre, non sans être essoufflé par les centaines de mètres de dénivelé abbatues. Je monte rapidement mon matériel et commence à pêcher avec un gros leurre souple, un Ripple Shad 9 cm, dans le but de cibler ces fameux poissons. Après une grosse heure de pêche, je n’ai eu aucune touche et pas vu la queue d’un cristi. Je me déplace sur la berge et lance en bordure dans un endroit qui semble un peu plus profond. Je commence à animer et prend une bonne cartouche, ça semble joli. Je crois d’abord à un cristi mais c’est finalement une magnifique fario qui a pris mon gros souple. Quelques photos avec cette truite qui dépasse les 40 cm et elle retourne dans son élément. Cette prise me redonne confiance pour la suite.

Les premiers rayons de soleil font leur apparition, voilà maintenant 2 heures que je pêche. Le meilleur moment pour le cristi étant en théorie passé, je décide de changer de stratégie et passe sur un poisson nageur plus petit, un classique D Contact 63, pour élargir mon panel de cibles potentielles. Une bonne moitié du lac est maintenant au soleil, sur un lancer au large, en laissant couler mon leurre, je fais suivre un premier cristi jusqu’au bord mais il ne semble pas agressif. C’est déjà un beau sujet qui doit avoisiner les 50 centimètres...

J’effectue exactement le même lancer mais cette fois, lorsque je commence à animer mon leurre au ras du fond, je sens une touche lourde. Je ferre, et bizarrement le poisson se laisse ramener assez facilement, comportement typique du cristivomer selon mes informateurs. Ce n’est que lorsque je l’aperçois près du bord que le combat commence vraiment, le poisson fait quelques rushs puissants. J’arrive à le ramener à un mètre du bord mais sans épuisette et vue sa taille, cela me semble compliqué de le sortir. Sans réfléchir, je saute à l’eau et me retrouve immergé jusqu’aux genoux...

J’essaye une première fois de l’attraper sur le côté mais il est trop large... la deuxième fois est la bonne. Je sors rapidement de l’eau et fait quelques photos... Ce poisson est exceptionnel par sa beauté, c’est le premier cristi que je rencontre et reste sans voix devant ce splendide sujet qui frôle les 60 centimètres.

Après l’avoir relâché, je reste 5 minutes, peut-être 10, assis sur un caillou repensant à ce spécimen. Difficile de se reconcentrer sur la pêche mais je retente le coup. Même leurre même lancer. Je vois mon PN arriver au bord suivi d'une énorme masse noire... Je stoppe l’animation, le poisson s’arrête, je le vois maintenant bien et il est encore plus gros que le précèdent ! Malheureusement impossible de le décider à morde et il repart nonchalamment vers les profondeurs.

Je pêche une heure de plus sans résultat et décide de rentrer. Sur le chemin du retour, je me pose une multitude de questions sur ce poisson. Pourquoi a-t-il pris un leurre si petit ? Pourquoi a-t-il mordu alors que la luminosité était déjà forte ? Peut-être que c’est son comportement lunatique qui rend sa pêche si difficile mais à la fois tellement palpitante ! Retour à la voiture, retour dans le morne océan du conformisme suburbain. Impossible de chasser l’image de ce salmonidé de rêve de ma tête. Subsiste une seule envie, y retourner...

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cristivomer

DES INSECTES ET DES PLUMES - LA CROISADE DU PRINCE ROUGE (PART2)

ecdyo

Et voici la saison qui s'achève. Ce temps de latence, qui semble ralentir même, avant de réaccelerer aux alentours de mars prochain me donne enfin l'occasion d'écrire la suite de cet article sur les ecdyos que notre rédac' chef impatient se désespère de voir enfin le jour. Le voilà Simon! ...le voici!!!...Il arrive...!!! Tout frais émoulu de mon esprit habité par les plumes, les mouches, les truites véloces et le souvenir tout frais de parcours de pêche grandioses.

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Comme nous l'avons souligné dans la première partie, les ecdyonuridaes et plus largement encore les mouches de courant sont d'une importance capitale durant notre saison de pêche. Après avoir un petit peu parlé d'entomologie, évoqué la stratégie de pêche et discuté des relations qu'entretiennent les truites avec ces fabuleux insectes il est désormais l'heure de nous attaquer au montage.

Un bref retour dans le temps.

L'histoire du montage nous révèle que les représentations des ecdyonuridaes ont assez peu droit au chapitre dans la littérature halieutique, la plupart du temps, le sujet est balayé en quelques lignes... en tout cas selon moi de façon très approximative comparativement à leur importance sur le champ de bataille. Insectes fort peu représentés outre-manche, les anglos saxons, n'ont pas vraiment abordé la question, se référant aux vieux modèles de March Brown lors des rares évocations d'"Ecdyonurus Venosus"... En France, la prestigieuse collection Gallica se pose en précurseur à ce sujet et nous offre plusieurs modèles destinés à la représentation des ecdyonurus. Ces modèles, conçus entre les deux guerres par Léonce de Boisset et Gérard de Chamberet sont très innovants si on les replace dans le contexte de l'époque. L'adjonction de fibres de grands hackles divisés en "V" pour simuler les ailes témoigne d'un modernisme inspiré.

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Mouche JL Poirot
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Mouche JL Poirot SE8
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C'était déja un grand pas vers cette quête de légereté recherchée et dont toutes les anciennes mouches traditionnelles étaient absolument dépourvues. Néanmoins ils sont encore trop lourds et trop opaques pour constituer à mes yeux des solutions crédibles vers cette hyalinité impossible à obtenir mais vers laquelle on doit tendre...

Bien plus tard, Jean-Louis Poirot en Lozère et Guy Plas en Haute Vienne conçurent eux aussi des modèles plus aboutis encore et remarquablement adaptés à leurs eaux (!!). Fait marquant pour ces deux grandes figures de la pêche et du montage des mouches : la grande exigence qui était la leur dans le choix des hackles... un hasard croyez-vous??

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Philosophie et montage, quelle "école" choisir?

Alors, quels sont les principes qui doivent nous guider pour obtenir une imitation qui tienne la route? Pour aller à l'essentiel, je dois dire qu'une bonne imitation d'ecdyo est avant tout une représentation de l'imago...et plutôt femelle. Gardons cela à l'esprit.

Je ne suis pas partisan des imitations strictement imitatives, celles pour lesquelles on s'attache à reproduire les moindres détails de l'insecte. Tout passionné de montage est un jour ou l'autre happé par cette tentation mais arrivé à maturité on revient tous vers des modèles plus "terre à terre" si j'ose dire. Ceci dit, le montage "ultra-réaliste" est une discipline à part entière et certains surdoués réalisent d'ailleurs de formidables créations dignes de grands artistes. Mais en ce qui me concerne, moi qui ne cherche en définitive qu'à impressionner les poissons plus que les hommes, le montage "réaliste" est un cap que j'ai dépassé depuis plusieurs décennies. Il y a d'ailleurs dans un livre de John Gierach une phrase que j'aime beaucoup et qui illustre merveilleusement ce propos, je cite de mémoire : "...une belle mouche qui ne prend pas de poissons n'est pas une belle mouche..."

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Red spinner
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Red Spinner
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A l'opposé, si l'on veut être efficace et que l'on est flemmard niveau montage, une Red Spinner de 12 ou 14 montée comme simple araignée est une arme basique et indémodable. Je pourrais donc m'en tenir là, mais je dois écrire ici des articles un peu plus aboutis destinés parait-il à la frange dure des irréductibles amoureux des belles mouches et autres coupeurs de cheveux en quatre... et comme j'assume en faire parti depuis longtemps, je me fais ici le porte voix...porte plume plutôt, de cette catégorie supposée sectaire de pêcheurs à la mouche. Que les autres m'excusent, j'ai cessé depuis des lustres de tenter de les convaincre.

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Hommage à Pierre Miramont vrai visionnaire et faux rustique.

"...Impressionnisme donc"... laissons nous "impressionner" par l'insecte. Quelle "impression" (vous voyez, j'insiste!!!) nous donne-t-il?

Une silhouette allongée. Un corps rougeoyant. Une impression (!!!) de force...une énergie. Des ailes d'une éblouissante cristallinité, hyalinité.

C'est la synthèse de ces quatre éléments que doit intégrer notre montage. Cela s'appelle du concept, ce que Jean-Louis Sanson et Pierre Miramont appellent "un montage raisonné".

Vous l'imaginez, j'ai un peu tout essayé, travaillé sur des dizaines de modèles, et si j'aime encore nouer à la pointe de mon bas de ligne une mouche de Jean-Louis Poirot... elles sont si belles, si justes (bon sang mais quel charme!!), l'expérience me fait conclure que celui qui nous donne le meilleur concept de montage des mouches de courant est encore Pierre Miramont. Je cite une fois de plus dans un de mes papiers ce personnage culte, mais nier l'influence qu'il a eu sur moi serait d'une hypocrisie sans égale...je lui dois tant!! Alors autant lui rendre quelques hommages, bien mérités.

Dans son premier livre (1), il nous donne tous les détails techniques du montage des mouches de courant et en particulier du fameux enroulement du hackle en "X". Le montage d'un ecdyo selon cette méthode donne une mouche d'aspect très rustique. D'apparence cela paraît simple, mais il faut avoir le "tour de main", ce n'est absolument pas facile de bien réussir cette mouche.

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imago en X
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Montage en X pour un imago de rhithrogena
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Une des premières difficultés est de trouver la bonne tonalité de rouge pour habiller l'abdomen de notre imitation. Un dubbing très léger de type "superfine" autour d'une soie rouge foncée ou même un simple dubbing de lapin teint dans la bonne tonalité fait l'affaire. Il faut en mettre très, très peu. Le tout cerclé par un fin fil de cuivre. La couleur de ce dubbing?... De orange cramoisi à rouge carmin, jamais brillant, la luminosité est assurée par le cerclage qui "illumine la mouche de l'intérieur" (dixit le maître).

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imago en x
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Montage en x avec la pointe d'un grand hackle
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Comme il s'agit de conserver cet aspect rustique qui sied si bien à ce modèle, je reste fidèle à la marque Mustad en ce qui concerne le choix de l'hameçon. La référence 94840 en taille 12 ou 14 est celle que je préfère.

Les cerques ne posent pas de vrai problème, il faut les choisir parmi les fibres de pelles de vieux coq gris foncé ou brun, plus mat que brillant si on a le choix, assez raides quand même. Evitez les fibres de pardo, c'est joli mais ça n'amène rien pour ce montage, cela augmenterait de façon dramatique l'impression de volume et bien souvent elles sont trop souples pour supporter des mouches de cette taille. On pourrait être tenté de proportionner les cerques selon la réalité (elles sont très longues chez les ecdyos), mais des cerques trop longues sont une cause de refus et de décrochages prématurés. N'oublions pas que l'on monte une mouche qui a pour but premier de prendre du poisson.

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gallica 26
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Gallica n°26
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Le principe du montage en "X" est capital, il s'agit d'enrouler le hackle en le croisant au niveau du thorax avec un nombre de tours restreints. Le but étant là de capter et diffuser la lumière grâce à un hackle particulièrement bien choisi. Hackle dont les fibres cristallines et raides diffuseront une lumière imprégnée de la couleur du thorax (dans la tonalité de l'abdomen mais en plus foncé) et aussi de la couleur du hackle de soutien, qui est roux le plus souvent, mais qui peut être aussi rose foncé, violine, etc...

Il y a un autre avantage : en croisant le hackle sur peu de tours, on obtient une mouche peu fournie au niveau de la collerette, mais dont la répartition particulière des fibres multiplie les points d'appuis sur l'eau pour une meilleure flottaison. La même mouche montée avec le même hackle, mais en enroulement classique, c'est à dire parallèle et scolaire, flotte beaucoup moins bien, c'est évident.

Ces imagos montés de la main de Pierre Miramont ont un caractère inimitable, un équilibre particulier, dû au fait qu'il les montait à la main, sans étau, et en fixant le noeud de finition à l'arrière de la collerette. Le montage en "X" s'en trouve considérablement amélioré c'est incontestable. Ne possédant pas ce talent, j'ai légèrement adapté mes montages en terminant de façon classique devant l'oeillet et en renforçant le volume au niveau du thorax pour compenser l'équilibre.

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ecdyo
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plume de coq limousin
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Le choix de la plume ou "Cinquante Nuances de Gris".

Si l'on est pas très exigeant, je pense qu'on peut monter des mouches à peu près valables avec bien des matériaux. Ne sachant plus quoi inventer pour nous éberluer, le marché du fly-tying propose autant de produits sympathiques et alternatifs que de pures inutilités dont je ne ferai pas ici la liste afin de ménager toutes les sensibilités. Mais moi qui suis raffiné, si je veux rendre grâce à l'infinie hyalinité des ailes des imagos des mouches de courant, j'oserai affirmer ici de façon péremptoire : SEULE la belle et grande plume de coq limousin (ou corrézien, c'est pareil) permet de s'approcher au plus près de l'effet escompté.

Le montage de base nécessite deux plumes : un hackle de soutien qui sera petit et roux, très brillant et une pointe de grand hackle gris naturel (ou mieux : une pointe de lancette!) que nous retaillerons AVANT le dressage.

Je sais que beaucoup parmi les monteurs, même confirmés, rebutent à tailler les hackles, certains puristes de la vieille époque trouvaient même cela complètement hérétique. Nous avons donc hérité de vieilles rumeurs qui ont fait long feu à propos de l'inefficacité des mouches montées de cette manière. Mes amis, je vous le dis, n'hésitez plus, laissez tomber cet affreux complexe, abattez ce vieux tabou stupide! Travailler la plume (la belle plume!!!), retailler ce diamant brut, fait autant couler la mouche que la masturbation rend sourd.

Cet anathème est le fruit d'une époque où la pêche à la mouche était très élitiste et entretenue comme telle. Or, les pêcheurs rustiques de nos terroirs, peu érudits, professionnels souvent, ne se privaient sans doute pas pour tailler les plumes de leurs mouches à tout va... pour les aristocrates de la pêche à la mouche de ce temps, tailler les plumes les auraient ramené à des considérations trop plébéiennes, aurait entaché leur image. J'ai l'intime conviction que cette abhoration vient de là.

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ecdyo en x
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Il m'est toujours difficile de donner des conseils précis dans le domaine du choix de la plume de coq de pêche. Il y a les goûts personnels, son propre style de montage, beaucoup de plumes sont bonnes, tout est dans la nuance. Des éleveurs amateurs et passionnés produisent chaque année de la volaille de qualité et celui qui veut vraiment se procurer de bonnes plumes trouvera facilement son bonheur. Il faut partir de l'idée que tous les coqs sont différents et possèdent des plumes qui ont des qualités (et défauts!) qui leur sont propres...et qui peuvent varier selon le moment de la plumée.

Une plume d'été n'ayant pas les mêmes caractéristiques qu'une plume d'hiver par exemple. Voilà qui nous ouvre la porte vers un choix infini de possibilités, mais il faut fouiner, discuter avec les éleveurs, être curieux...on tombe sur des trésors parfois. Pour les mouches de courant telles que je les ai décrites plus haut, il faut des grands hackles, raides et lumineux dont on ne travaille que les pointes, il en va de même pour les lancettes.

La tendance aujourd'hui chez nos meilleurs éleveurs est de sélectionner des coqs aux hackles effilés et de plus en plus longs, c'est la loi de l'offre et de la demande me direz vous...et vous aurez raison! Tendance qui pousse vers l'excellence de ce standard tant recherché au niveaux des hackles, mais qui, revers de la médaille, donne des coqs aux lancettes de qualité moyenne et des pelles le plus souvent médiocres. Je trouve ça dommage.

Le public souhaite sans doute obtenir des plumes qui ont la structure des hackles de style Whiting Farms tout en ayant la finesse des hackles de coqs de nos chers terroirs...c'est un mauvais calcul. Les cous de coqs américains ont leur qualités et nous sont très utiles. Mais leur uniformisation autant en terme de structure qu'en nuances de couleurs nous limite énormément. Si on veut parler de finesse, de souplesse, de transparence et de diversité de tons, nos coqs corréziens et limousins sont imbattables!

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 Jean-François Laval
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Un des meilleurs éleveurs du moment, mon ami Jean-François Laval (Du Coq A La Rivière)
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Les coqs de pêche corréziens permettent toutes les nuances de gris et de structure de plume, c'est leur grand avantage!!! Gris souris, gris rouillé, gris cendré, gris miellé, gris bleuté, gris tabac... nous n'avons que l'embarras du choix, ne nous privons pas!

Tout comme pour la couleur exacte du corps, vous aurez remarqué que je ne donne pas de consigne stricte pour ce qui concerne la couleur des plumes. Il y a plusieurs raisons à cela : il est nécessaire de monter des variations de ce modèle de base. On travaillera sur plusieurs axes: la couleur du corps (on peut imaginer deux tonalités, une pour l'abdomen l'autre pour le thorax), la couleur du petit hackle de soutien, la taille et le volume de la mouche...et bien sûr les différentes nuances possibles de couleur et de structure du hackle de tête qui permettent de jouer avec la lumière. Quand je parle de structure, je sous entend forme, raideur des fibres, propension à diffuser ou à retenir la lumière,etc...

Il appartient donc à chacun d'expérimenter et de trouver "ses" bonnes combinaisons de couleur.

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ducoq alariviere lancetttes
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Lancettes Du Coq A La Rivière
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La mouche exacte, une question de contexte : 

Par ailleurs, pour un même insecte que nous souhaitons imiter, devons nous demander les mêmes caractéristiques aux matériaux et aux plumes que nous utiliserons selon que nous poserons notre mouche sur les courants d'un gave pyrénéen au fond clair et aux eaux cristallines ou sur ceux d'une petite rivière granitique du Massif Central aux fonds insondables et eaux couleur de thé?... La réponse est non, bien sûr !

Selon l'état des eaux et la lumière ambiante, la couleur du fond surtout, la mouche sera plus ou moins visible du pêcheur et différemment perçue par le poisson .Voilà pourquoi il nous faudra monter des mouches aux tonalités de plumes différentes, plus ou moins volumineuses, plus ou moins fournies et ainsi de suite pour pouvoir répondre aux conditions les plus fréquemment rencontrées. 

La mouche exacte n'étant pas la reproduction exacte des détails de l'insecte mais l'exacte retranscription de l'impression que donne celui-ci dans son milieu.... Vous me suivez?

C'est une question que devrait se poser tout monteur de mouche bien avant de se plonger dans l'entomologie ça.

N'ayant pas le goût des recettes clefs en main à respecter à la lettre, des "step by step" redondants et inutiles, cet article, ne constitue pas un vade mecum à l'usage du montage des mouches de courant. Pas plus que je n'invente quoi que ce soit d'ailleurs. Par esprit de transmission, j'ai essayé de donner ici quelques pistes et idées qui sembleront peut-être nouvelles pour certains mais qui sont en fait l'héritage que nos anciens nous ont légué... et aussi pour moi une façon de faire perdurer leur souvenir.

Et si par ce biais, certains jeunes (ou moins jeunes d'ailleurs!) entrouvrent des portes vers un monde nouveau, de nouvelles façons de voir le montage et indirectement de donner une autre dimension à leur sport, alors j'y gagnerai une certaine fierté. Vous avez maintenant tout l'hiver pour aller à la rencontre des éleveurs de coqs et vous procurer la fameuse matière première.

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(1) "La pêche aux nymphes, mouches et plumes" – Pierre Miramont – Editions Ouest-France-1984

NDLR : montages de l'auteur

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L'article précédent : 

La croisade du Prince Rouge Part 1

Le retour au lac secret aux bœufs qui gobent

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Les randos-pêche en lac d'altitude ont suscité un intérêt majeur durant ma jeunesse de pêcheur de truite. A 14 ans à peine, j'écumais déjà les vallées des Pyrénées centrales avec mon plus vieil ami pêcheur, l'immense (au sens propre comme au sens figuré) Alexandre Miette. Nos sorties consistaient alors à lancer et relancer un vairon mort manié, du matin au soir, dans une prospection stakhanoviste de type "un lancer trois pas".  Nous étions déjà des esthètes de la discipline, suivant fidèlement les préceptes de notre maître (un certain pêcheur hydrobiologiste répondant aux initiales OP et dont la tête a été mise à prix dans le cercle des moucheurs) : 18/100 max, plombée interne de 2gr pour une action planante à souhait, 2 triples fins de fer de 18, et prospection méthodique de bordures en toute discrétion. 

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Puis, la fainéantise et le purisme grandissant avec les années, nous sommes rapidement passés à la mouche artificielle, plus pratique à mettre en oeuvre et pas tellement moins productive pour la truite et le saumon de fontaine. Les grandes possibilités de pêche à vue qu'offre l'eau cristalline des lacs d'altitude nous ont fait basculer. Nous étions devenus, sans nous en rendre compte, des moucheurs... 

Mon engouement pour ces biotopes a persisté durant de longues années, où mon leitmotiv aurait pu se résumer de la façon suivante : "marcher toujours plus longtemps pour fuir les touristes des plaines et trouver des poissons toujours plus idiots".  
Puis au début des années 2010, avec mon départ forcé pour les Alpes du sud, ma motivation s'est brutalement émoussée. Serait-ce ma nouvelle et grandissante passion pour les différentes déclinaisons de la mouche en eaux vives, ou le piètre intérêt halieutique des lacs de la région par rapport à leurs homologues pyrénéens (sans aucun chauvinisme évidemment), toujours est-il que la fréquence de mes excursions en milieux lacustres d'altitude a inéluctablement diminué à partir de ce moment là.

La flamme s'est ravivée de manière totalement fortuite l'an dernier, en juillet précisément, lorsque mon ami Quentin et moi avons découvert, au cours d'une banale errance estivale, un plan d'eau absolument extraordinaire. Les plus curieux pourront toujours consulter le récit de cette mirifique rencontre en tapant "lac secret aux bœufs qui gobent" dans google. Une fois chassé la culpabilité d'avoir balancé pour ce faire 7gr de CO2 dans une atmosphère qui n'en manquait déjà pas, vous aurez le loisir de lire des élucubrations de ce type sur le blog moribond d'une célèbre marque anglaise de pêche à la mouche qui eut, il y a quelques années, la bonté de me sponsoriser. Bref, trêve de discours égocentrique, revenons au bord de l'eau.

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fario lac
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Je disais donc un lac extraordinaire. Extraordinaire pour les poissons qu'il abrite en premier lieu, des truites farios de souche méditerranéenne, plutôt grosses (je le précise d'emblée puisque c'est le critère désormais consacré) mais également (et surtout dans ma grille personnelle), sauvages et belles... En effet, nous avions déniché une forme de vie salmonicole naturelle presque miraculeuse, dans un milieu d'ordinaire plutôt caractérisé par des alevinages héliportés de poissons importés d'Outre Atlantique. J'ajouterai enfin "mystérieuses", dans la mesure où elles subsistent dans ce biotope grâce à je ne sais quel miracle de la nature. Pour le repro-septique qui m'habite, cela reste toujours l'objet d'un questionnement intime. Comment diable font ces truites pour pérenniser leur population dans un habitat si peu compatible avec leurs exigences écologiques ? quel subterfuge utilisent-elles pour subsister là, depuis sans doute plusieurs décennies ? Bon, au final, une fois là-haut, ces questions frivoles disparaissent vite... Les truites sont là, elles gobent, ça suffit non ?

En réfléchissant bien, ce lac concentre tous les ingrédients imaginables qui sont susceptibles de vous transcender dans l'approche lacustre montagnarde : une offre mêlant pêche à vue, majoritairement en surface (s'il vous plaît !), avec tout de même, histoire de valoriser chaque ferrage, une réelle nécessité de stratégie de pêche. Ce degré d'exigence est liée à une relative sélectivité et sournoiserie des poissons. Je trouve cette recette parfaite : ni trop facile à réaliser, ni totalement hermétique. L'écosystème dont il est question est en effet relativement riche, ce qui calme vite les ardeurs alimentaires de nos farios locales et fait sacrément pencher la balance du côté de la sélectivité, au détriment de l'opportunisme.

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fario lac
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En ce mois d’août 2018, la sortie planifiée depuis l'hiver se concrétise enfin. Quentin, qui a passé plus de temps sur des skis ou le cul sur une selle que dans ses waders depuis le début de la saison (on n'a que les amis qu'on mérite...) , est aussi euphorique que son idole Kylian Jornet lorsqu'il est torse poil au sommet du Mont Blanc. Je constate sa motivation à mes dépends durant la montée pédestre, le voyant sautiller de cailloux en cailloux, alors que j'ahane laborieusement plusieurs lacets en dessous. La tendance est alors grande de me replonger avec nostalgie dans un passé pas si lointain où je parvenais à dompter de la sorte les sentiers les plus pentus. Mais je réalise que mon nouveau rang social, couplé à mon inquiétante avancée en âge, ne risquent surement pas d'améliorer mon endurance déclinante...

Je ne vais pas me lancer dans une description détaillée de notre séjour. Ce serait trop laborieux, autant pour vous que pour moi, surtout quand on sait l'avidité avec laquelle les lecteurs se ruent sur les photos lors de la publication d'un article comme celui-ci, négligeant souvent totalement le texte, surtout quand il s'agit de la prose barbante d'un rédac' chef déprimé à l'approche de l'automne. 

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Bon, pour faire simple, ce séjour a confirmé plusieurs choses entrevues l'an dernier et notamment l'une de mes théories personnelles totalement empirique (et très certainement fumeuse, j'en conviens) selon laquelle les truites de souche méditerranéenne de lac d’altitude s'alimentent d'avantage en présence de hautes pressions et de fortes chaleurs. Il fallut attendre les moments de ce type pour revivre l'état de grâce de l'été dernier. Toutefois, nous prîmes réellement conscience que la population de ce lac n'est pas démesurée et la densité de poissons probablement faible. Ainsi, promener ses mouches au petit bonheur la chance dans ce type de pièce d'eau risque de vous conduire d'avantage à la tendinite qu'à la photo souvenir. Nous avons donc rapidement pris le parti de ne pas perdre trop d'énergie dans les pêches de vagues au sedge dragué ou en noyée (techniques se révélant porteuses lorsque les rangs de truites sont suffisamment serrés) pour se concentrer sur les pêches à vue. Evidemment, ceux qui pratiquent cette techniques savent à quel point elle vous rend vulnérable aux conditions climatiques... alors quand on opère en altitude, où la météo change en l'espace d'une poignée de minutes, je vous explique pas la galère. La galère, il en fut question cette année. Rassurez vous, je ne vais pas tomber dans le poncif évoquant une pêche "dure" (notion chère à ce cher Pierre Pommeret) mais durant laquelle nous avons tiré notre épingle du jeu grâce à notre science de la pêche en lac, à un choix parfait de mouches...etc etc. Non, d'autant que la réalité est toute autre : en vrai, on en a chié grave face à ces maudites truites, alternant frustration intense à cause de la furtivité de leurs phases d'alimentation et impuissance au moment du choix de la mouche. Dès qu'un semblant de logique pointait le bout de son nez au niveau de la taille, de la couleur ou de la hauteur de flottaison prenante, 2 ou 3 poissons plus tard, tout était remis en question. Je pense pouvoir affirmer que j'ai pris lors de ce séjour plus de refus que durant toute ma carrière de moucheur réunie. Si la juxtaposition de photos dans un tel report peut faire frémir plus d'un lecteur, il faut bien garder à l'esprit que le ratio poisson attaqué / poisson pris confine au ridicule dans notre cas. Toutefois, notre ténacité (on retiendra un mythique aller/retour à la voiture en plein cagnard pour aller chercher l'étau et quelques herls de condor, quand nous avions encore la naïveté de croire à l'existence potentielle d'une mouche miracle en début de séjour) nous permit d'être présents dans les moments fastes, lorsque les poissons baissaient un peu la garde, pour notre plus grand bonheur :

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Cette sortie était la session incontournable de ma saison 2018 et plusieurs semaines après, je frissonne encore en repensant à ces poissons qui peuplent ce lieu béni.
Le lac secret offrira encore une qualité de pêche exceptionnelle tant qu'il restera confidentiel. Mettez-y une poignée de gugus supplémentaires chaque année et vous anéantissez tout l'intérêt halieutique du coin (je n'imagine même pas l'effet produit par du prélèvement dans un tel plan d'eau). Il m'a d'autant plus ravi cette année que j'ai pu constater, non sans une certaine jouissance interne, la totale inefficacité du poisson nageur à cette période de la saison. Il va sans dire que mon inflexible déontologie m'interdit de balancer du plastique vibrant pour leurrer ces beautés naturelles, et que c'est mon jeune et hérétique compagnon qui fut chargé de cette veule besogne...  Pas de doutes, on reviendra l'année prochaine :)

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lac secret

Protocole de test de moulinet

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Le choix du moulinet revêt une importance capitale pour de nombreuses techniques de pêche de la truite. Dans la mesure où les nylons utilisés sont souvent fins relativement à la taille des poissons recherchés, la présence d’un frein efficace est d’une grande aide lors des combats. De plus, les caractéristiques de la bobine influencent grandement le type de ligne qu’il est possible d’y enrouler ainsi que leur durabilité. Au moment du choix du moulinet, plusieurs critères découlant de ces postulats sont pris en considération. Voici ceux que nous avons sélectionnés pour nos analyses.

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Les caractéristiques générales du moulinet :

  • La masse (en grammes) : elle est obtenue grâce à une balance de précision (au dixième de grammes). L’objectif n’est pas la légèreté à tout prix, mais plutôt l’adéquation avec la canne choisie. En effet, il est bon de rappeler que c’est l’équilibre de l’ensemble canne/moulinet qui impacte le plus le confort de pêche.

  • La masse du moulinet rempli (en grammes, moulinets mouche uniquement) : le moulinet est rempli avec la quantité optimale de backing (en utilisant un backing de 20lbs) et une soie de numéro adapté (selon la préconisation du constructeur) puis l’ensemble est pesé avec la même balance de précision.

  • La longueur de la manivelle (moulinets spinning uniquement) : elle influence le ressenti au moulinage. 

  • Le ratio : nous fournirons les informations constructeur et, le cas échéant, nous signalerons si elles sont incorrectes.

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  • La contenance réelle (en mètres, moulinets mouche uniquement) : de grosses différences sont parfois observées entre les informations fournies par le constructeur et les valeurs mesurées. La contenance réelle est obtenue en enroulant en premier lieu la soie puis en ajoutant une quantité de backing suffisante pour que l’ensemble affleure à environ 2/3mm en dessous du bâti (les deux composants sont enroulés en tension de façon à ce que l’enroulement soit serré, sans excès, dans le moulinet). Nous mesurons alors la longueur de backing ajouté.
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Les caractéristiques de la bobine :

Elles sont toutes mesurées grâce à un pied à coulisse.

  • Le diamètre du moyeu de bobine (en millimètres) : un diamètre important confère de nombreux avantages, il limite la mémoire de la ligne et procure une récupération plus rapide.

  • La profondeur de la bobine (en millimètres) : elle est indicative de la contenance.

  • Le diamètre extérieur de la bobine (en millimètres) : il est parfois fourni par le constructeur, nous le mesurerons dans tous les cas.

  • La largeur de bobine (en millimètres) : à la mouche, une bobine étroite ne nécessite pas de guider la soie à la récupération. Le risque avec les bobines larges est de voir la soie s'enrouler au même endroit, ce qui provoque un bourrage.  Pour les moulinets spinning, il s’agira en fait de la hauteur.

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Les caractéristiques du frein :

Parmi tous les paramètres mesurables au niveau du système de freinage, tous ne présentent pas le même intérêt. Les tests Truites & Cie écartent volontairement :

  • La puissance maximale du frein :  dans la mesure où la puissance maximale des freins des moulinets modernes est démesurée par rapport à la puissance d’une truite fario, ce paramètre n’est pas très informatif (personne ne pêche la truite avec le frein totalement serré). La majeure partie du temps, le frein du moulinet du pêcheur de truite, quelque-soit la technique utilisée, est réglé entre 0.5 lbs (225 gr) et 1 lbs (550 gr).
  • L’inertie au démarrage : c'est la force nécessaire à initier le déroulement de la ligne (elle peut être supérieure à la force présente en cours de déroulage). Il est aujourd’hui communément admis que pour l’immense majorité des références modernes, cette inertie est négligeable dans les plages d’utilisation classiques du pêcheur de truite. 

Les paramètres retenus pour juger la qualité du frein sont évalués grâce à un testeur de frein made in Japan capable de mesurer la pression en sortie de moulinet. Il est gradué de 0 à 1 kg. Ces paramètres sont :

  • La progressivité du frein : elle désigne le degré de finesse du réglage, c’est-à-dire l’écart de puissance existant entre les crans successifs du système de serrage. Moins il y a d’écart de puissance entre les crans, plus le frein est progressif. Pour l’évaluer, nous avons mesuré le nombre de crans et l’angle correspondant (exprimé en degrés) nécessaires pour passer d’une puissance 225 gr (0.5 lbs) à une puissance de 550 gr (1 lbs), c'est à dire  d'une extrémité à l'autre de la plage de puissance classique du pêcheur de truite. Plus le nombre de crans et l’angle sont importants, plus le frein est progressif. Une grande progressivité permet d’ajuster le frein très finement à la puissance voulue (en fonction du diamètre de votre pointe, de la taille des poissons, etc). C'est d'autant plus nécessaire lorsqu'on pêche de gros poissons sur des lignes fines : il y a alors un risque d'emballement de la bobine quand le frein est desserré. 
  •  La fluidité du frein : la fluidité du frein désigne sa capacité à fournir un même valeur de puissance pour une même position, sans à-coups : elle est évaluée à la valeur 550 gr (1 lbs), en observant attentivement l’aiguille du testeur : si l’aiguille oscille légèrement autour de la valeur centrale, la fluidité n’est pas parfaite. Nous attribuons une note de 1 (excellent) à 3 (médiocre) selon la fluidité observée. La valeur de puissance choisie est assez importante car la fluidité a tendance à se dégrader à partir de cet ordre de puissance. En dessous, les variations sont négligeables.
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test moulinet
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