Casa Vera - Pêche à la mouche dans le Haut Aragon, Espagne

Comment choisir sa canne à mouche pour la nymphe au fil ?

nymphe au fil

"Quelle est la meilleure canne à nymphe actuellement disponible ? "

Voici une question récurrente que nous recevons sur la messagerie de Truites & Cie. Notre réponse est toujours la même : "Il n'y a pas une canne meilleure qu'une autre, elles sont juste toutes différentes entre elles".

Ce n'est pas de la langue de bois, mais plutôt une réponse objective au regard de ce que nous observons depuis le début de nos tests. Certes, on remarque plusieurs niveaux de technicité au niveau du montage, de la finition ou encore des différences notables en terme de confort de pêche entre les différents modèles testés (toujours relativement au couple longueur/puissance bien sûr). Mais pour ce qui est des actions/puissances réelles, il n'y a pas vraiment de ratés. Il y a juste des produits adaptés à diverses pratiques et qui conviendront mieux à tel ou tel pratiquant selon qu'il préfère les cannes raides ou souples par exemple. Une "nouille" pour les uns, étant une action idéale pour d'autres. Ainsi, le moyen le plus sûr de bien choisir est de s'en référer aux chiffres pour comparer les références disponibles sur le marché.

L'avantage quand on fait des tests (réellement) objectifs de mesures, c'est que, contrairement à un avis pêcheur, les chiffres sont... irréfutables ! Mais encore faut-il savoir les interpréter. C'est le but de cet article : apprendre à mettre en relation les chiffres contenus dans chaque test Truites & Cie avec vos attentes personnelles de façon à effectuer le bon choix de canne nymphe.

Les réflexions s'articuleront autour des 4 caractéristiques fondamentales d'une canne à savoir  : 

  • la longueur
  • la puissance
  • l'action 
  • la réactivité (abordée dans le paragraphe sur la polyvalence)
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Le contexte d'utilisation

Avant de détailler les 4 caractéristiques d'une canne à nymphe, plantons tout d'abord le décors et définissons brièvement ce qu'est la nymphe au fil aujourd'hui : 

La pêche en nymphe au fil consiste à faire dériver un ou deux nymphes lestées dans les veines de courant qu'on suppose occupées par les truites, à la hauteur d'eau choisie.

Dans les approches modernes de cette technique (ou de la pêche au tandem sèche/nymphe), on ne fouette plus de la soie comme en sèche. La longueur importante des bas de ligne, environ 2 longueurs de canne, qui favorise les dérives propres (voir l'article sur la confection du bas de ligne) fait que la soie ne dépasse que très rarement du scion en action de pêche. Ici, le lancer consiste à effectuer un coup de poignet unique et relativement sec pour propulser le montage sans utiliser l'inertie de la soie.

Dans la majorité des situations rencontrées (courant assez rapide), on effectue des dérives "canne haute" (inclinée à 45° environ) pour pêcher creux, et l'on accompagne la dérive des nymphes vers l'aval en conservant cet angle, tout en récupérant l'excédent de bannière avec la main gauche. A noter que plus on pêche près de soi, plus l'inclinaison de la canne tend à diminuer et à se rapprocher de l'horizontale.

Une fois cette gestuelle précisée, voyons comment choisir la canne qui vous conviendra le mieux, en considérant : 

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nymphe au fil
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Un nympheur moderne : long bas de ligne, dérive à distance, la soie ne dépasse que rarement du scion
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La longueur : 

Mécaniquement, plus la canne est longue, plus il est possible d'effectuer des dérives à grande distance sans trop ouvrir l'angle formé par la canne et la bannière qui en sort, ce qui entraînerait une perte de contrôle de la dérive (voir à ce sujet l'article de Matthieu sur les angles dans la pêche en dérive naturelle). Cet angle doit toujours rester toujours autour de 90°. Le choix de la longueur de canne la plus adaptée se fait donc essentiellement selon 3 critères principaux : 

  • la distance de pêche :  évidemment, plus le cours d'eau est large, plus nous serons amenés à pêcher loin et plus la canne devra être longue pour pêcher creux et assurer un bon contrôle de la dérive. Il serait très présomptueux de donner des chiffres précis qui mettraient en relation une longueur de canne et une distance de pêche maximale, tant le nombre de paramètres qui entrent en jeu est élevé ; notamment la profondeur des postes et la force du courant : à ce propos, à distance de pêche égale, plus le couple vitesse/profondeur des postes est important, plus le bras de levier doit être long pour contrôler les dérives efficacement. Toutefois, à titre indicatif, voici ce qui s'utilise majoritairement :

9'6 : ruisseaux et torrents encombrés (de 5m et moins) 

10'  : rivières de moins de 7/8m de large

10'6 : rivières moyennes de moins de 15m

11'  :  rivières de plus de 15m de large

Evidemment, ces chiffres sont donnés à titre indicatif et vous pouvez par exemple très bien faire partie de ces aficionados des cannes (très) longues de 11' dans tous types de milieux. L'essentiel étant d'être à l'aise, précis avec l'outil utilisé et de ne pas trop ouvrir l'angle entre la canne et la bannière (donc d'éviter de vouloir pêcher loin avec un modèle "trop court").

  • la taille du pêcheur : paramètre trop souvent oublié, il est d'une importance capitale sur la dérive. En effet, la capacité de contrôle de la ligne produite par un grand pratiquant d'1m90 n'a rien à voir avec celle d'un confrère de moins d'1m70 par exemple. Plus la taille du pêcheur est faible, plus on aura tendance à se munir de canne relativement longue par rapport au milieu considéré pour compenser un peu.
  • la nécessité de polyvalence (voir encadré) : plus la canne est longue, plus sa réactivité (évaluée dans notre protocole par la fréquence d'oscillation en cpm) diminue et plus elle perd en précision et en confort lorsqu'on pêche en sèche. Ainsi, celui qui souhaite passer de la nymphe au fil à la sèche en un clin d’œil (sans trimbaler deux cannes avec lui en action de pêche) a intérêt à toujours choisir une canne relativement courte par rapport au milieu considéré.
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Rivière large et profonde : canne longue (11') recommandée...
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nymphe
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... alors que pour une pêche courte et précise en ruisseau encombré, une 9'6 peut suffire
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La puissance :  

Comme évoqué précédemment, la puissance est une donnée indicative sur une canne à nymphe, plus qu'une réelle information sur le numéro de soie à utiliser. En effet, dans la mesure où l'on ne fouette pas pour lancer, la soie ne sert quasiment... à rien ! Certains vont même jusqu'à s'en passer totalement en remplissant leur moulinet de nylon fluo (cas de la pêche dite "à l'espagnole"). 

Toutefois, la puissance réelle d'une canne à nymphe (souvent différente de la puissance annoncée par le fabricant c'est pourquoi nous la vérifions systématiquement) permet de connaître les poids de nymphe optimaux qu'elle pourra lancer. Cette valeur de puissance influence surtout les poids minimum utilisables : en effet, les lancers deviennent laborieux dès que l'on passe en dessous d'une certaine taille de bille pour chaque gamme de puissance.

Pour résumer et guider vos choix, dans le cas de la pêche à une seule nymphe avec une bille tungstène, voici les tailles de bille minimum en fonction des puissances les plus courantes :

#2 : bille à partir de 2 mm

#3: bille à partir de 2.4 mm

#4 : bille à partir de 2.8 mm

Là encore, ce sont des donnés indicatives et un bon technicien pourra lancer efficacement avec une canne supposée "trop puissante" par rapport à la taille de la bille utilisée.

Globalement, il faut choisir la puissance de sa canne nymphe en fonction du caractère plus ou moins fin de la pêche pratiquée : par exemple, pour des pêches fortes en nymphe à l'étranger type "gros fil/nymphes lourdes/poissons puissants", une canne en #4 ou #5 ne sera pas superflue. A l'extrême inverse, des pêches d'ombre très fines à l'étiage vous orienteront plutôt vers des #2.

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Pêche en eaux fortes printanières : une puissance #3/4 ou #4 est envisageable
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Pour lancer efficacement une bille de 2.4mm dans les radiers estivaux, une canne #2 ou #2/3 est préférable
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L'action : 

Nous mesurons l'action réelle d'une canne grâce à l'Action Angle (AA) en degré : plus une canne est rapide (plus l'AA est grand), plus elle plie sur une faible distance à partir du scion. Inversement, plus une canne est lente, plus elle va plier progressivement et sur une grande partie du blank à mesure que la traction s'exerce. 

Aujourd'hui, la plupart des modèles que nous testons ont des actions fast (AA supérieur à 66°) et moderate fast (AA compris entre 63 et 66°), avec un large panel de valeurs mesurées au sein de ces catégories. Ces différences fines sur le papier se ressentent vraiment en action de pêche. Ainsi, une canne d'AA 72° (que nous pourrions qualifier d'ultra-fast) aura une action très différente d'une autre d'AA 68° (pourtant classées toutes les deux comme fast selon les critères officiels du protocole CCS). Considérez donc ces différences au moment de faire le choix !

Nous mettons souvent l'accent dans nos commentaire sur les avantages des cannes moderate fast. Quelle que soit la technique de pêche considérée, ils résident dans leur capacité à plier progressivement lors des combats : cela permet de limiter les casses en pêchant fin et dans la mesure où il n'y a pas de point dur dans la courbure du blank, elles limitent également le nombre de décroches.

Toutefois, un modèle trop souple va peiner à enchaîner rapidement les coups de ligne, notamment avec des nymphes lourdes, et à lancer correctement dans certaines conditions (en présence de vent par exemple). De même, pour les modèles les moins hauts de gamme, en plus d'être souvent un peu plus lourds, les actions progressives se traduisent souvent par une perte notable de réactivité, ce qui rend compliquée la pêche en sèche (globalement, la réactivité caractérisée par la fréquence d'oscillation diminue à mesure que la progressivité augmente).

De manière générale, il est important de retenir qu'un modèle fast est plus directionnel et donc plus facile à manier qu'un modèle moderate fast. Ce dernier nécessite en effet des gestes plus rythmés, plus amples au moment du lancer pour acquérir de la précision. 

Au delà de ces considérations mécaniques, le goût naturel de chaque pêcheur intervient là aussi grandement dans le choix de l'action : certains détestant les actions trop "molles" alors que d'autres ne jurent que par les actions moderate fast pour les raisons précédemment évoquées... question de goût !

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Combat avec un gros poisson sur une canne d'action moderate fast
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La place de la polyvalence dans le choix de la canne nymphe :

Alterner efficacement les différentes techniques de pêche à la mouche avec une seule canne passe par la recherche d'un compromis au niveau de critères souvent antinomiques. En effet, pour bien pêcher à la nymphe, la canne devra avoir : 

  • un longueur suffisante pour bien contrôler les dérives.
  • une puissance corrélée aux poids de nymphes utilisées.

Pour la pêche en sèche, la canne devra avoir  :

  • un PTE assez faible (pour rester assez maniable et ne pas trop fatiguer le bras en fouettant)
  • une puissance suffisante pour fouetter efficacement une soie (surtout s'il y a du vent) 
  • une réactivité importante pour garantir un rythme de lancer pas trop faible (en pratique, une fréquence supérieure à 72/73 cpm environ est nécessaire pour espérer pouvoir pêcher correctement en sèche). 

Globalement plus une canne à nymphe est "courte" et "assez puissante", disons à partir de #3, plus elle sera à l'aise en sèche En effet, plus la longueur diminue, plus le confort de pêche et la réactivité augmentent, ce qui aide bien pour fouetter.

Ainsi, nous vous encourageons si vous souhaitez alterner sèche et nymphe avec la même canne, à toujours choisir la canne la plus courte possible par rapport au milieu considéré (sans toutefois trop pénaliser la qualité de vos dérives en nymphe). A titre indicatif, pour bien pêcher en sèche (hors cas particulier de la pêche en eaux rapides "sous la canne" qui ne nécessite quasiment pas de faux lancers), veillez à ne pas choisir une longueur supérieure à 10'6 et une réactivité inférieure à 72 cpm.

Une astuce pour décupler légèrement les capacités de pêche en sèche de votre longue canne à nymphe : tentez de "sous lester" la canne en utilisant une soie d'un numéro inférieur à ce que la puissance réelle préconise en théorie. ex : une 10'6 puissance réelle #3/4 sera plus à l'aise en sèche avec une soie de 3 par exemple.

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Pour pêcher efficacement en sèche quand un plat se dessine, une 10' est d'une grande aide
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Savoir critiquer les descriptions des fabricants avec les chiffres du CCS et notamment les :

"action de pointe progressive" : ou encore les "action rapide et douce à la fois", ce sont les dadas de nos chers constructeurs ! Ce genre de descriptif, purement marketing, vise sans doute à séduire ceux qui redoutent les queues de vache, avec la notion d' "action de pointe" aussi bien que ceux "qui n'aiment pas les bâtons" avec la notion de progressivité. Or, ce genre de description un non sens scientifique absolu. Comme expliqué au dessus, l'action d'une canne à pêche mesurée grâce à l'AA est caractérisée par la survenue d'un point dur plus ou moins près du scion lorsqu'on la plie. Ainsi, nous vous encourageons donc à rechercher l'AA° qui vous convient le mieux pour une longueur donnée, en testant différents modèles.

"bonne réserve de puissance sur le bas du blank" : à en croire les fabricants, cette caractéristique semble indispensable pour mettre au sec des gros poissons. A puissance réelle égale, plus une canne est fast, plus le point dur survient près du scion lorsqu'on la plie et plus la réserve de puissance est importante. La présence d'un point dur rapidement atteint permettrait donc en théorie de faciliter les combats...

Toutefois, on peut considérer au contraire que l'absence totale de point dur dans la courbure grâce à l'action moderate (qui confère en pratique moins de réserve de puissance à numéro de soie identique) permettrait de fatiguer la truite plus efficacement car la canne travaille alors sur une plus grande longueur de blank (effet ressort décuplé)... et l'argument constructeur tombe à l'eau. 

"capacité de combattre des gros poissons sur des fils fins" : comme évoqué précédemment, la capacité d'une canne à combattre efficacement des gros poissons sur des fils fins est décuplée par la progressivité de l'action et la diminution de la puissance réelle. A puissance égale, plus une canne est moderate, plus elle préserve les bas de ligne fins en pliant progressivement lors des combats. Ainsi, si l'on vous vend une "10' #3 capable de combattre de gros poissons sur des fils fins" et que nos chiffres CCS annoncent une puissance réelle en #4/5 et un AA à 72°, c'est à dire une canne assez puissante et ultra-fast... on est en droit de se poser de sérieuses questions.

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canne nymphe au fil
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Fario de 58cm prise en 10/100 avec la Thomas & Thomas Contact 10'8 #3 (action moderate fast)
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En résumé, l'avis de la rédaction (les puissances annoncées sont les puissances réelles calculées par notre protocole) :

Celui qui veut une canne à tout faire : une 10' #3 ou #4 d'action fast

Celui qui veut pêcher très fin à l'étiage : une canne #2 ou #2/3 d'action moderate fast ou "légèrement" fast (longueur choisie suivant le type de milieu)

Celui qui veut pêcher avec des fils fins et des poids standards : une #3 moderate fast ou "légèrement" fast (longueur choisie suivant le type de milieu)

Celui qui cherche un modèle pour les pêches fortes d'alternance ou une canne polyvalente spéciale "voyage de pêche" apte à faire face à toutes circonstances : une 10' #5 d'action fast

Celui qui veut cibler les gros poissons avec des poids standards : une #4 d'action moderate fast ou "légèrement" fast (longueur choisie suivant le type de milieu)

Celui qui veut une canne polyvalente pour réaliser de longues dérives en grands cours d'eau : une 11' #3 d'action fast

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Liens utiles :

Construction de la ligne en nymphe au fil : soie et bas de ligne

Le protocole de test des cannes à mouche : ici

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