Partir pêcher en van ! Quoi de plus naturel comme idée ? La pêche et le trip en van, ces deux symboles de liberté et de vagabondage ne demandent qu'à fusionner pour donner naissance à des séjours intimistes au bord de l'eau.
Dès 2019, Truites & Cie va participer au développement de ce concept novateur en partenariat avec plusieurs guides de l'équipe rédactionnelle et la jeune entreprise de location WeVan, pilotée par deux Nantais, Joseph Teyssier et Augustin Bouyer. Tous deux m'ont fait l'honneur de traverser l'hexagone pour me rencontrer à domicile (raison officielle invoquée) et par la même prendre 3 jours de repos salutaires dans les montagnes haut-alpines (raison officieuse), juste avant la fermeture de la pêche en octobre dernier. Joseph a répondu à mes questions à cette occasion.
Salut Joseph, peux-tu te présenter brièvement et nous expliquer notamment comment t'est venu le goût de la pêche ?
Pourquoi brièvement, c’est l’occasion d’une petite autobiographie non ?! Je suis Joseph, cofondateur en 2010 de WeVan avec un bon copain d’enfance, Augustin. Les copains d’enfance, soit tu t’en débarasses à l’adolescence, soit tu te les coltines pour le restant de ta vie... En partant suivre les cours de botanique d’une école d’agriculture et agronomie, j’avais presque réussi le coup parfait, en mettant suffisamment de distance entre nous. Jusqu'au sortir de mes études, où il me retrouve pour me parler de sa nouvelle idée de boite (une nouvelle par jour à l’époque). J’avais un peu de temps devant moi, j’ai proposé de lui filer un coup de main pour le lancement. Ça fait maintenant presque 10 ans que nous partageons notre bureau et que je le vois tous les jours en face de moi. Là par exemple, je lève les yeux de mon écran et je vois sa tête. Quel échec !
Le goût de la pêche. Ça pourrait être le titre d’un bouquin ça non ? Ça pourrait probablement faire l’objet d’études sociologiques poussées, tellement ce “goût” peut venir de loin ! En ce qui me concerne je l’ai toujours eu en moi, depuis tout petit, sans savoir pour autant d’où il venait précisément. Probablement en parti de mon père, qui sans être un grand pêcheur a “ça” en lui également, qui le tient lui-même de son propre père ! Mais pour répondre à ta question, je vais préférer te faire part de mes premiers souvenirs de pêche. En mer d’abord, en Corse, à la palangrotte depuis les rochers près de chez ma grand-mère, et en eau douce dans le Haut-Doubs chez mes autres grands-parents avec la pêche au coup d’énormes ablettes. Et si le goût de la pêche, finalement venait des vacances chez les grands parents ?
Parle-nous de ton entreprise ainsi que de ton partenaire Augustin !
Alors vous avez déjà rencontré Augustin plus haut, mais pour compléter, je dirai qu’il a lui aussi le goût de la pêche depuis tout petit. Tout comme celui du commerce d’ailleurs : enfant, il revendait à ses petits frères les cadeaux promotionnels que lui offrait son père...
WeVan est une société de location de vans aménagés ou “campervan” comme on dit en Anglosaxonie ! Les vans ce sont des “mini camping-cars”, discrets et passe-partout et qui permettent de voir du pays tout en vivant, mangeant et dormant à bord. C’est le croisement entre un petit bateau sur terre et une petite maison sur roues. Pour nous le van est un moyen, un vecteur exceptionnel pour assouvir ses passions de pleine nature : surf, escalade, champignons… ou pêche. Nous nous sommes assez rapidement développés en réseau de franchise, et aujourd’hui WeVan compte 14 agences, ce qui offre quelques possibilités pour aborder la plupart des cours d’eau de France et de Navarre !
Aujourd'hui, tu cherches à développer le concept "partir pêcher en van" en France, décris-nous l'intérêt que constitue le couplage trip en van/pêche de la truite ?
Oui, en france comme partout en Europe d’ailleurs. Avec Augustin, tous deux passionnés de pêche et amateurs de voyages itinérants, nous avons assez vite marié les deux et mêlé vie pro et passion perso ! Par exemple, nous sommes partis pêcher le brochet en Irlande en van, et je peux t’assurer que les intérêts sont nombreux et de taille. Le premier est évidemment de pouvoir dormir sur place, au “coeur du réacteur”, de se lever aux premières lueurs du jour, d’enfiler ses wads, faire 10 mètres et commencer à pêcher. Et peu importe si le plan d’eau est reculé, loin de tout et difficilement accessible. Au contraire même. Le van constitue aussi une très bonne base arrière, avec tout le matériel nécessaire, pour rentrer casser une petite croûte, faire chauffer un café ou s’octroyer une petite sieste à l’heure où le poisson donne l’exemple. Le soir, c’est l’occasion de se raconter les aventures du jour autour d’un bon dîner chaud, dans ce huis-clos extraordinaire perdu au milieu de la nature. Et de sortir voir la rivière sous un lit d’étoiles avant d’aller se coucher, pour recommencer le lendemain.
Enfin, le van avec son petit gabarit permet d’explorer facilement une zone, même la plus tortueuse, de changer de section facilement pour, si l’envie vous en prenait, prospecter un cours d’eau de sa source à son embouchure !
Pour ceux qui se posent tout un tas de questions pratiques au sujet du voyage en Van, y'a-t-il des prérequis indispensables à connaître avant de se lancer ? indique-nous où l'on peut trouver des informations détaillées à ce sujet ?
Tous ceux qui ont l’habitude de charger une tente dans le coffre ou sur leur dos retrouveront dans le voyage en van tous les “us et coutumes” du camping sauvage, avec un calque de confort en sus : toujours un endroit (vraiment) au sec où se réfugier, de l’autonomie en énergie pour recharger son téléphone ou son appareil photo, du volume de rangement pour apporter du matos (sans le porter), tout le nécessaire pour cuisiner, etc.
Et pour ceux qui ne sont pas habitués à dormir à l’extérieur, le van apporte un sentiment de “sécurité” supplémentaire. Notre petit conseil est éventuellement de prévoir de passer la première nuit dans un camping, pour apprivoiser le van et appréhender sereinement cette première expérience sans avoir en plus le “stress” de devoir trouver un spot propice. Puis opter pour le camping sauvage les nuits suivantes, en essayant au début de se mettre en quête du parfait “nightspot” avant le crépuscule. Pour rentrer dans le détail, nous avons écrit un petit guide pratique à destination de nos clients avec pleins de bons conseils pour préparer son voyage en van : www.we-van.com/conseils-voyage-van-amenage.php
Evidemment, toutes les équipes de WeVan sont aussi là pour vous aider à préparer votre voyage. Quoiqu’il en soit le voyage en van est une expérience facile, accessible à tous, et qui mêle confort et aventure dans des proportions tout à fait intéressantes !
Est-ce que vous faites plutôt dans le vintage ou dans le tout confort lors choix de vos véhicules ?
Question intéressante qui va me permettre de retracer l’ensemble de l’histoire de WeVan. Le concept initial de WeVan était effectivement de louer des vieux combis VW, ce qui s’est avéré être la pire idée de la décennie. Sauf si votre passion est de passer vos week ends à aller dépanner ou tracter des vans sur des centaines de bornes. Bref, nous avons eu une lueur de lucidité pour ne louer désormais plus que des véhicules neufs, tout équipés, de marques référentes du marché. On aime ça le cambouis hein, mais bon quand même on préfère la pêche :)
Est-ce que cette offre s'adresse aux plus rustiques des pêcheurs de truite ou est ce que tout pratiquant pourra bénéficier d'un bon confort même en début de saison (mars/avril) ?
Le confort est au rendez-vous pour tous car les vans sont des petits concentrés d'habitabilité et de technologie au service du bien être à bord (instant publicitaire). Pour le début de saison par exemple (et la fin aussi d’ailleurs, je te rappelle qu’il ne faisait pas chaud, début octobre, dans ta vallée Simon) le chauffage stationnaire est un petit bonbon sucré. Il s’agit d’un petit moteur extérieur, indépendant et silencieux, qui est alimenté par le carburant du van et qui vient pulser de l’air chaud à l’intérieur (toute la nuit si vous le voulez, moteur du véhicule éteint évidemment). Lors de l’une de mes premières utilisations, par une fraîche nuit aux températures négatives, j’ai commis la grossière erreur de le programmer au max avant de me coucher… pour me réveiller 2 heures plus tard en nage et en caleçon. Le luxe ! La cuisine équipée, avec feux gaz, réfrigérateur et réservoirs d’eaux intégrés participe au confort du concept. Et nos plus gros modèles peuvent aussi être dotés d’une salle de bain avec douche, eau chaude et toilettes. Le Ritz quoi...
Alors “toutes choses étant égales par ailleurs” comme dirait Augustin (ne me demandez pas pourquoi), nous parlons ici de petits volumes. Donc tous ceux pour qui le bien-être passe nécessairement par l’espace risquent de se sentir un peu inconfortables. Aussi, il faut aimer voyager assez léger, ne pas se laver tous les jours, creuser un trou dans les bois pour ce que vous devez faire seuls, etc. Mais je pense que ce “rapprochement “ avec la nature n’est pas pour déplaire à la plupart des pêcheurs, bien au contraire. Surtout en début de saison après avoir rongé son frein tout l’hiver (monter des mouches c’est sympa mais les perdre dans les branches c’est mieux). Encore une fois, pour nous, le van c’est un mode de voyage où le rapport entre confort et aventure est particulièrement bien équilibré.
Je crois savoir que tes lectures son composées d'un grand nombre d’œuvres de Nature Writting, doit-on y voir un indice sur la philosophie du parfait pêcheur vanlifer ?
Probablement. Elle pourrait être d’interrompre volontairement sa journée de pêche, alors que les farios mordent encore, pour simplement contempler une belle lumière crépusculaire sur les montagnes, et d’aller s'asseoir sur le marchepied de son van avec une bonne bière fraîche. Et d’en avoir le palpitant tout vivant.
J’ai lu hier qu’un nouvel essai de ”big” Jim Harrison, Un sacré gueuleton, venait d’être traduit en français : “Quand la vie décide de m'accabler, je sais que je peux faire confiance à un Bandol, à quelques gousses d'ail et à Mozart”. Lecture d’hiver obligatoire pour tous !
Est-ce que le van ne serait pas un moyen de concilier voyage en famille et pêche ?
A titre personnel je n’en suis pas convaincu, enfin sauf si toute la famille est pêchante bien sur ! Mais ça n’a rien à voir avec le van : comme pour tout “voyage à thème”, pour que ça se passe bien, il vaut mieux avoir les même centres d'intérêts ! Après si tu parles de faire un voyage en van en famille, avec une ou deux cannes à pêche oubliées par hasard dans le coffre, là c’est très différent...
Est ce que la fonctionnalité de vos véhicules est suffisante pour ranger tout le barda du pêcheur moderne ? par exemple, les waders et chaussures mouillées peuvent-ils être stockés correctement sans ruiner l'intérieur en moins de deux?
L’une des cartes maîtresse de la vie en van c’est la caisse plastique. Le plastique c’est pas bien mais là, tout de suite j’ai pas l’alternative… Et l’autre carte maîtresse c’est l’organisation. Avec cette paire de carte dans votre jeux, vous êtes sereins. Après, pour aller plus loin, il y a d’autres cartes à jouer : par exemple lors de notre voyage de pêche en Irlande dont je vous parlais (nous étions 4 grands gaillards dans 1 petit van) nous avions pris l’habitude de faire sécher nos waders pendues sous le store extérieur et les ranger dans un petit coffre de toit pour rouler. Une autre bonne astuce à considérer est d’emporter une tente type 2”, à déployer dehors quand on vit à l’intérieur du van, pour stocker du matériel et libérer de l’espace à bord. Je pense que le mieux est que je vous projette cette excellente vidéo vintage et amateur de “pêche n’ van” en Irlande (du test matériel comme nous aimons à dire) pour que vous vous rendiez compte de la chose : https://vimeo.com/52533131 . Collector.
Vous êtes récemment venu faire la connaissance du rédac' chef de Truites & Cie dans la vallée de la Clarée, parle nous de l'ambiance de ce séjour en van "au bord de l'eau"
̶S̶i̶m̶o̶n̶ La Vallée de Clarée est magnifique. Les cordonniers étant souvent les moins bien chaussés, ça faisait longtemps que nous n’étions pas partis (i) en van (ii) pêcher à la mouche (oui vous savez, le travail, la famille, tout ça, tout ça). Un “tout ça, tout ça” qui n’empêche apparemment pas Simon de tremper ses billes à loisir. Fraîchement papa d’un nouveau-né et en pleine semaine de boulot, Maître S. est donc tout disposé à passer du temps avec nous au bord de l’eau et à nous faire découvrir sa rivière. Un peu de “temps de semaine”, au calme juste avant les foules du week-end de fermeture, sous un ciel bleu magnifique le jour et abondamment étoilé la nuit. Nous profitons du silence des poissons en début et fin de journées pour faire des photos “fish and vans” (celles que vous découvrez ici et que nous envisageons d’utiliser comme support de communication pour nos futurs voyages de pêche WeVan). J’en profite pour saluer et remercier Anto (@charbs__adventurer_), photographe du grand nord, qui n’a pas peur des gelées matinales haut-alpines pour travailler pieds nus dans l’eau ! Après un petit casse-croûte à bord du van, nous troquons vite nos costumes de modèles pour ceux d’apprentis de Maître S. (ce qui s’avère assez rapide car ce sont littéralement les mêmes) afin d’être à l’heure pour le réveil des truites, ces feignasses ! Et là, nous simples moucheurs d’eaux calmes à la mouche sèche, avons l’honneur de découvrir et apprendre une nouvelle technique : la “pêche de l’eau à la bille”. Un truc de montagnard. Ça pourrait se résumer à un geste qui n’a rien à voir et à nous qui ne voyons rien des touches. Car selon Maître S. il y a des touches. Première nouvelle. Ah oui, peut-être là effectivement, je ferre. Avec un wagon de retard sous les insultes de Maître S. (NDLR : petite rectification du rédac' chef qui souhaite redorer son blason en précisant que Joseph a pris sa première belle truite de Clarée tel un gentleman, en sèche sur une Adams h16, lors d'une éclosion d'olives).
Puis on troque le wagon pour un bus, puis un van, puis un vélo, une trottinette et les premières farios, superbes avec leur marbrure “méridionale”, finissent par tendre la soie. Souvent plusieurs par trou, mais ma parole cette Clarée est infestée ! Et puis cinq minutes passent, plus un poisson, la fin de la récréation a sonné. On remballe et monte en van en haut de la vallée, au bout de la route qui va pas tarder à fermer pour l’hiver, pour faire quelques photos. Il fait nuit il est temps de redescendre trouver un endroit paisible où passer la nuit, allumer un feu et préparer l’apéro !
Peux tu nous faire un bref rappel réglementaire sur le stationnement des van en pleine nature ?
Chaque pays possède sa propre réglementation sur le camping sauvage. Il est par exemple strictement interdit en Slovénie où vous devrez passer la nuit dans des aires dédiées (mais bien faites), là où en Norvège l’Allemannsretten (littéralement « le droit de tous »), comprenez le droit d’accès à la nature, est une valeur maîtresse qui vous autorise à camper (presque) partout. Le premier réflexe est donc de se renseigner sur la législation du pays avant de partir. En France, la réglementation est peu plus flou (on est en Gaule), mais en gros le camping sauvage sur le domaine public est autorisé partout où il n’existe pas d’interdictions. Il est par exemple interdit sur les sites classés, les réserves naturelles, les voies publiques ou encore les rivages de la mer. Localement, il peut également être interdit par arrêtés municipaux ou préfectoraux locaux, souvent en période estivale sur des zones touristiques de forte affluence. Hors restrictions le camping sauvage sur le domaine public est donc autorisé, comprenons par là toléré. Ainsi il ne s’agit pas de “prendre racine” 10 jours au même endroit en installant un fil à linge pour faire sécher ses caleçons tout le jour durant ! L’idée est en effet de rester discret, de minimiser l’installation, de la déployer tardivement le soir et de la replier tôt le matin. Il ne s’agit pas de se cacher non plus, mais simplement de limiter l’impact éventuel de votre installation sur autrui. Evidemment tout cela est laissé au bon sens de chacun sur la situation : la Creuse en octobre n’est pas le Pays Basque en août… Il est aussi possible de bivouaquer sur des terrains privés, soit en demandant l’autorisation au gré de vos pérégrinations, en allant frapper aux portes (des agriculteurs notamment) soit via des plateformes de mise en relation entre propriétaires et voyageurs (type Airbnb mais pour des terrains, avec ou sans facilités, à l’instar de Homecamper ou Gamping). L’application collaborative Park4night qui recense campings, “nightspots” sauvages, aires d’entretien, etc. est également un incontournable.
Quoiqu’il en soit, où que vous passiez la nuit, la règle de base est évidemment de respecter l'environnement qui vous accueille (rapportez vos détritus, enterrez ou brûlez votre papier toilette selon le lieu, etc.). Il est impératif de laisser le spot au moins aussi propre que quand vous vous êtes installés.
Toi qui as déjà pas mal bourlingué en van, quelles sont les destinations qui te viennent spontanément à l'esprit lorsqu'on évoque le concept "partir pêcher en van" ?
Partout où il y a de l’eau, douce ou salée !
Merci Joseph pour l'intérêt que tu portes à Truites & Cie, plein de réussite pour ce nouveau projet et à bientôt pour de nouvelles aventures :)
Après avoir présenté le grand classique de la gamme MX4 il y a quelques semaines, la 10' #2 (voir le test ici), nous enchaînons aujourd'hui avec un modèle plus long de cette série, plus spécifiquement destiné à la pêche en nymphe au fil : la Maxia MX410'5 #3.
La série MX de Maxia présente un look assez singulier en arborant notamment les fameux liserés jaunes, symboles de la marque, au niveau des emmanchements et des inscriptions du premier brin. Les autres ligatures sont noires et les anneaux Recoil au nombre de 12. Le porte-moulinet est en métal gris foncé avec insert carbone, ce qui donne une touche d'originalité au produit. Cette canne en 4 brins est livrée dans un tube de protection noir sur lequel figure un filet anti-rayure en plastique bleu.
Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité de cette canne :
En ce qui concerne la puissance, 40 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 4.90. Il classe donc la puissance de la canne comme une soie 4/5, la valeur d'ERN se situant dans la fourchette [4.75 - 5.25]. La puissance annoncée par le fabriquant est donc largement sous estimée. Avec un AA de 73°, l'action de la canne est fast (AA > 66°). La fréquence à 79 est élevée compte tenu de la longueur (et corrélée à la puissance et à la rapidité du produit). Elle montre la polyvalence de la canne, qui pourra lancer une sèche sans problème avec une soie de 4 par exemple. Avec un PTE à 309 gr, l'équilibre du produit est correct si l'on considère la puissance et la longueur importantes. Veillez à choisir un moulinet de plus de 180 gr de façon à ce qu'il approche le PME de 210 gr une fois rempli. Le premier anneau situé à 56cm de la poignée nécessitera l'utilisation d'un anneau amovible pour pêcher au fil de façon optimale.
L'avis de Alejandro Viñuales, concepteur des blanks Maxia, sur la gamme MX :
"La particularité des blanks MX (MX3, MX4 et MX5, le numéro indiquant uniquement le nombre de brins de la canne) réside dans la combinaison de divers matériaux en proportions variables selon le modèle et la section, repartis en couches, selon un procédé de fabrication spécifique que nous avons développé. Nous utilisons différentes fibres de plusieurs fabricants, principalement de Toray, Mitshubishi et Tenax, combinées avec plusieurs types de résines et de nanorésines. Chaque blank est conçu quasiment de A à Z, nous ne procédons pas par ajout de petites modifications à un modèle de base.... tous nos blanks MX ont ainsi la même action ! A partir de ce système de construction, chaque blank est fabriqué selon le type d'action que nous voulons et le type de pêche à laquelle il est destiné."
... et sur le modèle MX4 10'5 #3 en particulier :
"La MX1053 a été créée pour la pêche de la truite de mer en nymphe à l'espagnole (sans soie), dans les rivières des Asturies et de Galice. Nous avions besoin d’une canne maniable, capable de lancer à bonne distance et avec précision des nymphes à billes tungstènes de taille comprise entre 2 et 4 mm, tout en ayant une longueur suffisante pour bien contrôler les dérives dans des rivières de tailles moyennes à grandes, et enfin qui possède assez de puissance pour combattre sans problème des truites puissantes dépassant souvent le kilo.
C'est donc une canne avec un scion très sensible, mais pas molle, et un talon doté d'une bonne réserve de puissance, capable d'affronter des saumons de l'année (grilses). Son action est différente de celle des cannes nymphe précédentes (qui sont souvent presque paraboliques), et cela surprend encore certains pêcheurs. Bien que le scion plie facilement à son extrémité, un peu de technique est nécessaire pour lancer efficacement des nymphes légères, en respectant notamment un bon alignement de la ligne étendue sur l'eau et une impulsion ferme et progressive si nous utilisons la technique de pêche à l’espagnole, telle que la pratique l'inventeur de cette technique, le grand pêcheur Pablo Castro Pinos.
Si vous pêchez en sèche, la canne permet de fouetter efficacement et de sortir une grande distance de soie grâce à sa réactivité. C’est pourquoi certains pêcheurs l’utilisent aussi pour la pêche en sèche à grandes distances dans de larges rivières, en utilisant une soie #4. Bien que je ne pense pas que ce soit la canne la mieux adaptée pour cela, il est vrai que sa longueur facilite le ferrage du poisson lorsque le gobage se produit au loin. De plus, elle permet également de lancer à grande distance si vous avez une bonne technique et suffisamment de force pour produire la cadence de lancer (accélération/blocage) comme il est aisé de faire avec une canne légèrement plus courte."
Eduardo Lunas Manchado, Pro Staff Maxia Rods, 2 fois vice champion de pêche à la mouche d'Andalousie (2009 et 2012) :
"Une fois en main, la première chose qui frappe est la couleur noire mate sans brillance de cette MX4 10'5" #3. Ceci est appréciable lorsque l'on veut éviter les reflets inutiles en présence de truites difficiles. Elle très légère et étonnamment équilibrée vu la longueur. Cette canne est idéale pour la pêche à la nymphe, avec ou sans soie. En action de pêche, elle se montre rapide, inégalée pour la nymphe, mais elle peut aussi lancer une sèche sans effort, car il est aisé de sortir de la soie. Toutefois, c’est en nymphe et au tandem que nous en tirerons le meilleur parti. L'autre grand avantage, c'est que même en étant rapide, elle protège bien les fines pointes utilisées en compétition lors des luttes avec de grosses truites en grandes rivières par exemple".
Alejandro Viñuales, grand technicien ibérique de la pêche à la mouche, a très bien décrit les utilisations potentielles de cette canne très singulière : en effet, nous avons à faire à un modèle long (10'5), puissant (soie 4/5) et (très) rapide. Il est évident que le light nymphing (nymphe à bille en dessous de 2.8 mm) ainsi que la sèche en eaux rapides façon pyrénéenne (avec une soie naturelle fine) ne seront pas ses applications de prédilection. On le réservera plutôt aux pêches assez fortes en nymphe au fil et en sèche en grand cours d'eau où il faut sortir de la soie pour charger efficacement la canne. De même, elle sera également très à l'aise pour la pêche en noyée en grande rivière, où le bras de levier qu'elle confère, ainsi que son excellente aptitude à lancer de la soie seront des atouts majeurs. A noter que cette canne made in Europe possède une poignée de 27 mm d'épaisseur qui sera appréciée des grandes mains.
Liens utiles :
Le protocole de test Truites & Cie : ici
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Les autres tests Maxia :

Quand les intérêts de sauvegarde d’un petit mammifère endémique des Pyrénées, le desman, rejoignent ceux des autres « locataires » des rivières de montagne et notamment la truite, cela donne une jo
C'est fait, la boucle est bouclée. Début octobre, nous achevions notre tour d'Australie après un peu plus de 4 mois sur la route. De la célèbre et prisée cote Est en passant par les terres aborigènes du Grand Nord et le Golf de Carpentria, puis l'Ouest magique et sauvage avant de finir par le Sud et son désert humain de plus de 2000km de long. Un total de 25 000km, 2500 de piste et de poussière, quelques problèmes mécaniques et énormément de souvenirs gravés à jamais. Nous avons passé l'hiver au chaud et il fallait redescendre avant le « build up » et la saison des pluies.
Nous voilà de retour dans les hautes plaines du Victoria, dans le ranch où je passais le printemps dernier à pêcher et monter à cheval. Helen, la propriétaire, devenue comme une grand mère australienne pour moi, devait s'absenter pour une durée indéterminée et nous laissait en charge du business. Tache fort plaisante je dois l'avouer, avec l'aide de quelques locaux, nous étions aux commandes de la petite entreprise de tourisme (ballades à cheval et cottage rustique en bord de rivière).
Les dernières couches de neige des hauteurs terminaient de fondre et la nature s'éveillait à mesure que les températures remontaient. La magie des insectes qui éclosent, les oiseaux qui reviennent après un hiver rigoureux, l'herbe qui pousse à vue d'oeil... Tous les indices que le pecheur de truite attend avec impatience chaque année. Ce petit trésor de vallée si chère à mon cœur m'avait manqué.
J'aime l'appeler « ma maison loin de ma maison » et c'est bien le seul endroit que j'ai fréquenté ces 20 derniers mois dans lequel je me suis senti de la sorte. Il était inévitable de ne pas revenir ici avant de quitter le pays et faire découvrir cela à Ania était tout autant important. Nous jonglions donc entre l'entretien de la propriété ici et quelques créneaux au pub local où nous faisions cuisine, service et bar. De quoi nous tenir bien occupé mais sans pour autant délaisser les truites.
La pêche fut relativement bonne et ces deux derniers mois m'auront offerts quelques bijoux de plus à la liste, déjà longue pour ma jeune carrière, des moments exceptionnels au bord de l'eau. L'occasion revée pour Ania d'améliorer son maniement de la canne à mouche, et pour moi de me remettre en confiance avant de retourner en Tasmanie. L'occasion aussi, de repêcher des parcours découvert l'an dernier que j'avais adoré et d'en explorer de nouveaux.
Ces rivières des Alpes australiennes n'ont vraiment rien à envier à nos cours d'eau européens. La quantité de vie aquatique y est vraiment incroyable et la présence des ornitorynques en bon nombre témoigne de la qualité de cette dernière. Parmi toutes ces semaines ici, s'il y a une qui devait vraiment être racontée, c'est bien la dernière.
Dimanche 25 novembre donc, j'effectuais mes dernières heures pour le pub afin de consacrer les jours à venir à la pêche quasi exclusivement. Derrière le bar, par une après midi peu mouvementée, je me prenais à rêver de truites. Il ne restait qu'une dizaine de jours seulement avant que Simon me rejoigne en Tasmanie. Des mois que l'on prépare ce voyage et nous voilà si proche du but. Les souvenirs de l'été dernier m'envahissent, ces grosses truites nageant presque nonchalamment le long des berges creuses des lacs de l'Ouest. Ces museaux aux mâchoires d'acier qui se referment sur les éphémères erratiques en surface. Soudain, un client, il me faut quelques secondes pour reprendre mes esprits et je suis contraint de lui faire répéter sa requête. Il sourit et dans un anglais approximatif, couramment parlé dans le bush, grommela quelque chose du style « à quoi tu pensais p'tit gars ? ». S'il savait... Je lui servis sa pinte de bière et nous entamions la discussion habituelle, le pourquoi du comment je m'étais retrouvé derrière ce bar. C'est assez amusant, la même question revenait très régulièrement « comment est ce qu'un français a pu atterrir ici ? ». A la débauche, je me sentais libre comme jamais. Une dernière semaine de pêche ici, pour laquelle je serai accompagné d'un groupe d'amis australiens, avant un mois en Tasmanie.
En effet, chaque année, Noel, grâce à qui j'ai atterri ici l'an dernier, son fils Sam et ses amis d'enfance, ont pour coutume de venir passer quelques jours entre hommes et pêcher tous les cours d'eau du coin. Tous les ans depuis une quinzaine d'année maintenant, ils louent une cabane et se retrouvent à partager du bon temps en pleine nature. Il s'agit d'une délivrance pour certains d'entre eux, vivant en ville, aspirés par le cercle vicieux de la vie de famille et de la semaine de 60h. Une bouffée d'air frais sans laquelle je ne donne pas cher de leur peau.
Noel devant arriver le mercredi en milieu de journée, il me fallait passer un peu de temps au bord de l'eau pour prendre la température. J'opte pour un secteur de la Bundara River que je ne connaissais pas encore. Je choisissais un parcours qui démarrait là où la dernière route longeant la rivière se sépare des berges et irais le plus loin possible. Les premiers hectomètres sont bien dégagés et accessibles, mais au fur et à mesure que je progresse, je m'enfonce dans une vallée qui rétrécit et une végétation qui s'intensifie. Les truites sont là, quelques-unes daignent regarder vers la surface et le tandem sèche/nymphe s'avère redoutable, surtout parce que le profil s'y prête très bien. Les efforts d'approche et de marche seront récompensés par un très beau poisson pour un cours d'eau de cette envergure. De quoi motiver les troupes qui attendent ce séjour depuis plusieurs mois pour certains.
Le programme de ces quelques jours était simple, chaque journée se ferait sur une rivière différente en variant les équipes. La multitude de cours d'eau à disposition permettait de satisfaire tout le monde. Du ruisseau encombré aux gorges d'une grande rivière, en passant par la rivière moyenne de plaine, il y en a pour tous les goûts. J'étais vraiment impatient de revoir Noël, notre dernière rencontre datant de l'occasion de ce même week-end il y a pile poil un an. Mes cheveux ont pas mal poussés depuis. A peine avait-il franchit la porte de la propriété qu'il se mettait en quête de son matériel de pêche. Il n 'avait qu'une hâte, rejoindre les berges de la rivière, après 6h de route (trajet normal pour quelques jours hors de la maison familiale en Australie), c'était assez compréhensible. Un rapide coup du soir, peu d'insectes mais quelques truites nous feront quand même l'honneur de venir chercher nos mouches en surface. Un bon repas agrémenté d'un bon cru de vin rouge local et une bonne nuit de sommeil étaient de rigueur pour ouvrir les hostilités. Les trois journées suivantes ne furent pas brillantes en terme d'halieutisme. L'une sur la Cobungra River, de taille moyenne, affluent de la Mitta mitta River, elle n'a que peu d'accès faciles et serpente dans une foret dense. Une piste 4x4 très accidentée d'une vingtaine de kilomètres nous conduira sur un secteur délaissé et qui s'était avéré bon l'année dernière.
Le profil de cette portion se prête une nouvelle fois parfaitement à l'utilisation du sèche/nymphe et Noel, en fervant partisan de cette technique, s'en sortira plutôt bien avec deux poissons très correct au compteur. Dure journée pour moi, alternant pêche au fil, sèche et sèche/nymphe sans jamais vraiment tomber dans le juste. Nous ne nous sommes pas éternisés. Je ferai paire avec Ed le jour suivant.Il est un ami d'enfance de Sam et un féru de surf, de nature et de voyage, moins passionné de peche que le reste du groupe, mais d'excellente compagnie. Ania nous suivra de loin avec l'appareil photo et son carnet de dessin. Nous prendrons une dizaine de petites arc en ciel chacun mais tout présageait que nous pêchions derrière quelqu'un qui s'était fait déposer par une voiture un peu avant notre arrivée. A la fin du parcours, quelques poissons qui gobent dans le pool en dessous de la voiture, parfait pour tester les progrès de ma chère et tendre. Trois lancés de chauffe dans le décors, le quatrième est le bon, dérive parfaite et son petit parachute adam's se fait aspirer. Le ferrage est un peu appuyé, trop pour la pauvre truitelle de 15cm qui termine son vol plané dans ses pieds. On la libère et on passe à la suivante, même scénario sans passer par la case accroche dans l'arbre. Un lancé sera suffisant ! La truite se décroche toute seule après quelques problèmes de gestion de la soie. Je me souviens être passé par cette étape et me revois conserver le contact avec le poisson en passant la soie dans ma bouche pour récupérer l'excès traînant dans mes pieds. Doux souvenirs des débuts de pêche à la mouche. Tous ces petits détails vont s'arranger rapidement, l'essentiel du lancer est plutôt bien maîtrisé et les progrès qui commencent à se voir lui font du bien au moral.
Enfin, une journée en grande rivière avec Sam et son ami Hugh. Une grosse demi heure de marche en descendant par un chemin de kangourous à travers des buissons plus hauts que nous. De quoi nous occuper une bonne partie de la journée. La nymphe au fil étant le plus adapté pour ces grands pools profonds, je passerai la majeure partie de mon temps à lancer des enclumes. La 9'#5 n'est pas du tout adapté mais on fait avec les moyens du bord. Les prises sont assez régulières mais la taille moyenne est en dessous de nos espérances. Les efforts du groupe sont cependant récompensés par un superbe poisson en sèche pour Hugh. Il pêchait en sèche/nymphe avec une sauterelle mutante sur hameçon de 8 et la truite est montée des profondeurs pour venir engloutir son indicateur...
Je compatis avec ceux qui sont en train de s'arracher les cheveux en ce moment même. J'étais a deux doigts de crier au scandale et lui dire « tu sais que ça ne compte pas comme ça ? » mais le bonhomme était tellement heureux... Impossible de lui gâcher ce moment et c'était même plutôt chouette à voir. Qu'importe la boisson, pourvu qu'il y ait l'ivresse comme dirait l'autre.
Dernière soirée avec le groupe entier, soldée par un bon festin et les boissons qui vont avec. La guitare sur la terrasse du chalet sous un ciel étoilé, on n'était pas mal quand même ! Ils reprirent tous la route le lendemain matin sauf Noel a qui il restait un jour de permission. Nous le passerons sur la partie amont de la Mitta mitta, loin au dessus des gorges. Une vallée plutôt ouverte, verdoyante, où le cours d'eau serpente paisiblement. J'aime beaucoup la configuration et cela semble prometteur. Et pour cause, après seulement quelques dérives, mon petit sedge indicateur s'arrête net. Je ferre et hésite entre l'accroc et la grosse truite. J'aurais ma réponse dans les secondes qui suivirent quand les premiers coups de tête lourds, caractéristiques, vinrent cintrer le blank de ma canne. Très rapidement, le poisson prend l'aval et je suis forcé de suivre. Les berges escarpées et la profondeur ne me rendent pas la tache facile mais je m'en sors tant bien que mal. Je n'ai toujours pas vu le poisson alors que je me trouve déjà plus de 50m en aval. La lutte est longue mais je suis serein, ma pointe est en 16/100 et l'ère des nœuds en mousse est révolue. Je tache juste d'essayer de fatiguer la truite en maintenant ma canne en opposition, cintrée. La voilà enfin qui perce la surface et après deux tentatives, elle termine dans l'épuisette. Je m'attendais à plus gros vu la violence du combat, mais il s'agit d'un poisson splendide, et qui plus est, vraiment solide pour un cours d'eau à presque 1000m d'altitude. L'église est sur la plage du village. Les déroutes des jours précédents sont oubliées. Le reste de la journée fut calme, quelques truites par ci par là, mais, à l'image de la semaine, aucune activité alimentaire régulière
Le temps est maintenant aux derniers préparatifs pour la Tasmanie. Ania rentre passer les fêtes en France. J'ai donc 25 jours de pêche sur l'île magique au programme, dont 15 en compagnie de mon binôme favori que je n'ai pas vu depuis des lustres. Je trépigne d'impatience de le récupérer à l'aéroport et de partager mes découvertes de cette contrée féerique avec lui. Je vous donne rendez vous en 2019 pour vous raconter ces aventures.
A+ Ben
Tout au long de mon périple en Australie, j'ai pu rencontrer de nombreux pêcheurs locaux. Echanger avec eux m'a permis de créer des liens d'amitié mais aussi de mieux connaître le territoire qui s'offrait à moi. Les réseaux sociaux, et particulièrement les groupes Facebook, ont été d'une grande aide. Je me souviens d'un article sur « la pêche à la mouche en Australie et en Nouvelle-Zélande» qui m'avait offert tant de perspectives d'exploration. Je peux dire que cela a complètement changé mon voyage. L'année dernière, en novembre, alors que j'explorais le Victoria, Scott McPherson a été l'une de ces rencontres. Il m'a ouvert la porte de sa maison, m'a amené à la pêche et a accepté de répondre à quelques questions pour Truites & Cie. Simon tient absolument à publier des interviews de pêcheurs de truite du monde entier. Permettez-moi de vous présenter Scott :
Ben Kerthe pour T & Cie: Bonjour Scott, pourriez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs de Truites & Cie?
Scott McPherson : Bonjour à tous, je suis cuisinier de métier, un pêcheur à la mouche par passion. Je suis devenu guide de pêche il y a 18 ans de cela et j'ai créé mon entreprise Indulgence Fly Fishing l'année suivante. Il ne s’agit pas que de pêche, mais plus généralement de passer du bon temps avec mes clients, le long des rivières ou à table. Je leur prépare un bon casse-croûte, leur offre une bouteille de vin, (ou plusieurs...), les gens prennent du bon temps ici. Il y a 20 ans, je pêchais avec un petit groupe d'amis et j'étais déjà en charge de la nourriture !
J'habite à Eskdale depuis 5 ans. Ma femme a trouvé cet endroit pendant que je travaillais à Broome. Nous avons tous deux beaucoup travaillé durant notre jeunesse, et c'est aujourd'hui très agréable de bénéficier d'un lieu relaxant et proche des rivières ! Vous pouvez entendre le chant de nombreuses espèces d'oiseaux différentes depuis notre terrasse, et surtout aucun bruit de circulation...
B: La pêche à la mouche est-elle populaire en Australie? Avant de venir ici, j'avais entendu parler de la Tasmanie, et j’ai découvert la possibilité d’attraper des truites sur le continent australien une fois sur place seulement.
S MP : Oui, la pêche à la truite a toujours été populaire, mais ces 10 à 15 dernières années, cet engouement a explosé avec le tourisme de masse, les émissions télé et, surtout, ce loisir est devenu abordable. Ainsi, les enfants ont tendance à s'équiper dès le plus jeune âge. Partir pêcher est une très bonne alternative aux jeux vidéos. Internet et les réseaux sociaux aident en fournissant beaucoup d'informations, les vidéos YouTube enseignent tout ce que vous voulez savoir. Si vous avez une question, posez la simplement sur un groupe facebook ! Le tourisme pêche australien a définitivement décollé mais la pêche est toujours accessible, je veux dire en termes de coût, au niveau des accès aux rivières par exemple... nous n'avons pas encore de zones privées nécessitant une licence journalière par exemple.
B: Comment se passe la pêche à la truite en Australie? Y a-t-il beaucoup d'activités touristiques autour de cela ?
S MP : Pas autant qu'en Nouvelle-Zélande, mais le Victoria et la Tasmanie y travaillent ; la Nouvelle-Galles du sud également, ce sont les meilleurs endroits pour la pêche à la truite en Australie. On y trouve de bons hébergements près des rivières, de jolis villages, à quelques minutes en voiture des grandes villes. La plupart des guides organisent l'hébergement et viendraient presque vous chercher à l'aéroport ! Les pays étrangers s'intéressent à la pêche en Australie. Par exemple, un de mes amis de Singapour a voulu initier son fils à la pêche à la mouche. Je lui ai montré son premier ornithorynque il y a quelque temps et nous sommes restés en contact depuis. J'ai eu beaucoup de clients du Japon, du Royaume-Uni, d'Amérique ... et récemment un jeune français fou ! Je me souviens d'un Japonais qui m'a trouvé sur internet alors qu'il était à Melbourne, il a pris le train, puis est resté 2 jours ici. Malgré un anglais très basique, la langue des signes a facilité la communication. Je me souviens de lui debout entre 2 serpents noirs, pêchant une truite gobeuse ! « Je les surveille ! vous, attrapez la truite !», dis-je. Il l'a fait.
BK: Vous pouvez pêcher 9 mois par an. Cela vous permet-il de vivre grâce à votre passion?
S MP: Certaines années sont plus remplies que d’autres. Je peux toujours faire mieux mais je garde du temps pour pêcher en loisir. C'est important pour continuer à progresser. Je vais souvent à Broome l'hiver pour y guider. Les lacs sont ouverts toute l'année ici, y compris l'hiver, et certaines personnes réservent des journées de guidage pendant cette période. Dans le même temps, je monte des mouches pour mes propres boîtes et les clients aussi qui les apprécient souvent... et veulent m'en acheter. J'ai posté des mouches partout dans le monde ! Cela me fait un complément de revenu. Mon père était ouvrier forestier et fabriquait mes établis de montage. Je confectionne aussi mes bas de ligne, car en Australie, on ne peut pas acheter de bas de ligne spécial nymphe tout prêts, par exemple. La plupart de mes mouches sont mes propres versions d'insectes aperçus sur l'eau, cette démarche fonctionne bien. Tout cela me tient occupé toute l'année. Un homme qui s'ennuie est un homme dangereux.
BK: Que diriez-vous aux gens du monde entier qui décident de venir pêcher à la mouche en Australie?
S MP: Nous avons tellement de possibilités de pêche ici, la campagne et les cours d'eau sont renversants. La diversité de la faune est incroyable, mais fragile et en danger: ornithorynque, kangourous, wallabies, koalas, de nombreuses espèces d'oiseaux... Nous avons aussi beaucoup de serpents, mais nous ne sommes pas leur proie de prédilection ! Tant que vous ne les dérangez pas, ils ne sont pas ennuyeux. Vous pouvez vous asseoir sur la berge et regarder des ornithorynques pendant des lustres, ce sont des animaux fantastiques. Vous trouverez également des établissements vinicoles et de bons restaurants dans tout le pays. « Cette sérénité, vous allez l'adorer ».
BK: Un peu d'écologie maintenant, pensez-vous que les cours d'eau sont en danger dans le pays?
S MP: Dans une moindre mesure, oui. Les grandes entreprises veulent gagner toujours plus d'argent et ne se soucient pas vraiment de ce qu'elles font pour y parvenir. Les rivières sont malheureusement régies par de grands barrages, même si certaines en ont besoin pour survivre. Les constructions se sont développées le long des rivières grâce à des ponts toujours plus nombreux. La salinité croissante est un autre problème, avec les métaux lourds. L'eau est salée à cause des produits chimiques agricoles, de la production de papier et des produits du bois Tous ces procédés utilisent du sable salé qui est rejeté dans l'écosystème. Mère Nature fait au mieux pour s'en sortir, mais elle ne peut pas tout encaisser.
BK: Le gouvernement a-t-il beaucoup de projets pour protéger ces milieux naturels incroyables?
S MP: Il y en a, espérons-le. Les écosystèmes et les poissons ne sont pas assez importants, alors les gens paient et s'octroient le droit de polluer quand même. Poursuivre une personne ou une entreprise nécessite beaucoup de temps et d’argent. J'imagine que c'est la même chose partout dans le monde. Si les gens se rendaient compte de l'impact à plus grande échelle, il serait plus facile de changer les choses. Je me souviens avoir eu un client fumeur qui portait une boîte de conserve pour ses mégots. Depuis cette découverte, j’ai toujours en ma possession une petite boîte lors de mes guidages. Les petites choses produisent de grandes différences. Les gens ont juste besoin d’être éduqués et quand vous passez du temps dans la brousse, vous appréciez de trouver votre camp propre. Beaucoup de gens jettent leurs ordures alors qu'il est si facile de les ramener à la maison...
BK : Comment voyez-vous la pêche à la mouche en Australie dans 20 ans?
S MP: C'est une question difficile ! Je vais plutôt te dire comment j'aimerais la voir. De plus en plus de gens quittent la ville et laissent leur vie stressante pour s'installer dans la nature. Dans l'eau, vous êtes concentré sur le courant, les poissons, le monde pourrait disparaître que vous ne vous en apercevriez pas. Vous respirez, dans l'eau. De plus en plus de gens apprécient la beauté de la nature et comprennent la nécessité de prendre soin de leur environnement. Il ne s’agit pas que de pêche, c’est un bon moyen de les éduquer en ce sens. Espérons que cela sensibilisera davantage de gens à la pollution, aux pratiques agricoles, et plus généralement,que cela véhiculera des valeurs de responsabilisation et de respect mutuel. Laissez les gens tranquilles si vous souhaitez l'être vous aussi.
Le nombre de licences augmente et le no-kill devient de plus en plus populaire. Comme je le dis au poisson, ne vous inquiétez pas, je vous reprendrai bientôt en prenant juste une photo afin de vous rendre célèbre. Attraper la même truite plusieurs fois et la regarder grandir est fabuleux. Je crois vraiment dans le catch & release. Tant que le gouvernement maintiendra les limites de prélèvement, il sera possible de pêcher pour nos enfants et petits enfants. La pêche est une école de la vie et un bon moyen d’apprendre. Physiquement, émotionnellement et mentalement lessivé après une journée de pêche, vous vous détendez, prenez une bière bien fraîche ou un verre de vin et dormez paisiblement...
BK: Merci beaucoup pour vos réponses, mais aussi pour la leçon de vie épicurienne, qui est, à mon avis, la chose la plus importante de la vie. Ces jours à vos côtés ont été vraiment délicieux et cette très belle truite fario prise à vue à vos côtés restera un souvenir magique pendant un moment.
Pour tous ceux qui souhaitent découvrir les Alpes australiennes, je ne peux que vous encourager à entrer en contact avec Scott, il connaît très bien sa région et sera très heureux de vous recevoir. N'hésitez pas à visiter le site Web / la page Facebook d'Indulgence Fly Fishing !
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