Test : Adams Max Series 10'2, 10'5 et 10'8 #3

Adams max

Après avoir testé la 9'6 #3 (ici), nous passons aujourd'hui en revue les trois autres modèles de cette série Adams MAX mise au point par Dani Garcia, , tous annoncés comme #3 : la 10'2, la 10'5 et la 10'8 :

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Adams Max
Texte

Test statique :

Les différents modèles de la série Adams Max possèdent des composants communs de qualité : le porte moulinet en aluminium anodisé sombre avec insert carbone est surmonté d'une poignée en liège forme cigare et de qualité AAA. Le blank est recouvert d'un verni transparent laissant apparaître les fibres de carbone sous-jacentes. Il possède des anneaux (relativement nombreux, 13 au total pour ces trois cannes) en oxyde de titane monopattes ; seul l'avant-dernier est de type serpentiforme, afin de limiter les enroulements du nylon lorsqu'on pêche au fil, et doré, afin de mieux repérer le scion en cas de contre-jour par exemple. Toutes les cannes sont livrées dans un tube en carbone avec housse de protection en polaire.

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Adams Max
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Adams Max
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Adams Max
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Adams Max
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Adams Max
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Adams Max
Texte

Mesures :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser l'action, la puissance et la réactivité des différentes longueurs de cette série Max :

En ce qui concerne la puissance, 39 cents ont été nécessaires pour plier les 3 cannes sur un tiers de leurs longueurs respectives, ce qui donne après conversion un ERN à 4.75 pour ces 3 modèles. Il les classe comme des #4/5, la valeur d'ERN se situant dans la fourchette [4.75 - 5.25]. La puissance annoncée par le fabriquant est donc largement sous estimée. L'AA à 72° est également strictement identiques pour les différentes longueurs : l'action de ces cannes est fast (AA > 66°) et même ultra-fast avec cette valeur élevée. Les fréquences quant à elles diminuent logiquement lorsque la longueur augmente : respectivement à 78 pour la 10'2, 77 pour la 10'5 et 76 pour la 10'8. Elles restent relativement élevées compte tenu de la longueur (ce qui est à mettre en relation avec la puissance et la rapidité de ces produits). Cette réactivité importante montre la polyvalence de ces cannes, qui pourront lancer une sèche sans problème avec une soie de 4 par exemple. Les PTE sont respectivement de 301, 331 et 345 gr, dans la moyenne de ce qu'on observe à longueur et puissance égales. Les premiers anneaux sont situés à faibles distances (comprises entre 19 et 23cm) des poignées, ce qui évite parfaitement la formation d'un ventre dans la soie lorsqu'on pêche au fil canne haute.

Les caractéristiques de chacune des 3 longueurs sont résumées dans les tableaux suivants :

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Adams Max
Matériel

Adams MAX 10'2 #3

Marque
Adams
Série
Max
Longueur
10'2
Longueur réelle
308
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
91.00g
Anneaux
13
Premier anneau
23cm
Poignée
25x179mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
210.00g
PTE
301.00g
IP
39
ERN
4.75
AA
72°
CCF
78cpm
Prix à la date de sortie
250.00€
Matériel

Adams MAX 10'5 #3

Marque
Adams
Série
Max
Longueur
10'5
Longueur réelle
316
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
91.00g
Anneaux
13
Premier anneau
23cm
Poignée
25x179mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
240.00g
PTE
331.00g
IP
39
ERN
4.75
AA
72°
CCF
77cpm
Prix à la date de sortie
250.00€
Matériel

Adams MAX 10'8 #3

Marque
Adams
Série
Max
Longueur
10'8
Longueur réelle
324
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
95.00g
Anneaux
13
Premier anneau
19cm
Poignée
25x179mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
250.00g
PTE
345.00g
IP
39
ERN
4.75
AA
72°
CCF
76cpm
Prix à la date de sortie
250.00€
Texte

L'avis du constructeur sur la série Adams Max :

"Après plusieurs années de réflexion et de tests, avec la volonté de créer un produit de qualité maximale au meilleur prix, nous vous présentons la série Adams Max. Elles ont toutes été conçues et fabriquées selon le même modèle et dans le même but : mettre le poisson au sec le plus vite possible tout en pêchant fin."

Et sur la 10'2 #3 en particulier :

"Avec cette longueur, nous avons créé une canne "tout terrain", à l'aise en sèche, au tandem ou en nymphe. C'est sans aucun doute la meilleure option si vous cherchez une canne polyvalente couvrant un large éventail de configurations de pêche."

Sur la 10'5 #3 : 

"Sans aucun doute notre préférée pour la pêche à la nymphe. Avec ses 10'5, cette canne est capable de faire de longs lancés avec de petites nymphes, mais aussi accessoirement de propulser une sèche ou un tandem."

Sur la 10'8 #3 : 

"En raison des nouvelles réglementations encadrant la compétition qui limitent la longueur du bas de ligne à deux longueurs de canne, nous avons décidé de créer une canne spécifique pour la nymphe. Obtenir une canne de 10'8 avec un excellent équilibre nécessite des modifications du poids du blank et du talon. Après de nombreux tests, nous avons réussi à créer un fleuret long et précis, sans vibration, qui ne fatigue pas le bras lors des longues journées de pêche. Son action pendant le combat est un pur délice pour le nympheur compétiteur."

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David Cadaba
Texte

L'avis de David Cabada, Pro team Adams :

"Pour moi, la 10'2 est la canne la plus polyvalente de la série. Elle est légère et très confortable. C'est mon modèle favori : je préfère concéder un peu de longueur pour plus de confort et tendre un peu le bras si besoin. Dans certaines circonstances, elle peut être utilisée pour pêcher en sèche.

Ces trois cannes ont une action de pointe assez puissante qui, sans poser problème lorsqu'on travaille de petits poissons, est d’une grande aide pour lutter contre les grosses truites, et en particulier en utilisant des pointes fines.

La 10'5 est une longueur très adaptée aux rivières moyennes, alors que le 10'8 est une pure nympheuse et une excellente option pour les grands cours d'eau au débit soutenu, où nous avons besoin de ses centimètres supplémentaires pour avoir une dérive correcte."

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Adams Max
Texte

L'avis de la rédaction :

Les différents modèles de cette série se différencient uniquement par leurs longueurs car leurs puissances relativement élevées (soie 4/5) et leurs actions (fast) sont strictement identiques. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que ces cannes sont très proches de la série Maxia MX4 en #3, à la fois en termes d'action, de puissance et de réactivité (les fréquences d'oscillations sont proches). Le principal avantage des Adams réside dans un prix plus abordable et un montage plus typé "pêche au fil" (le premier anneau est très proche de la poignée dans la série Adams Max). Cette série se destine plus particulièrement aux pêches fortes en nymphe au fil. Grâce à leurs excellentes réactivités, ces cannes pourront lancer sans problème de la soie pour pêcher en sèche ou en noyée (évidemment, le modèle 10'2, avec un PTE de 300 gr environ, sera le plus confortable en sèche). Elles bénéficient d'une garantie intéressante car un scion vous sera fourni pour 19,99 euros en cas de bris. 

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Liens utiles : 

Le protocole de test des cannes à mouche : ici

Les cannes Adams sont distribuées en France par Riera Pêche à Perpignan :

riera pêche

Rien que de l'eau

Le mois de janvier marquant le passage à la nouvelle année est, selon nos conventions sociales, l'époque des voeux. En bon procrastinateur invétéré, il aura fallu attendre la deuxième quinzaine du mois avant que je ne sorte de ma léthargie hivernale pour me plier à l'exercice des voeux (oui, il paraît que maintenant que Truites & Cie est sur les rails, il va falloir rendre le truc "pro", ça rigole plus du tout cette affaire).  

Tasmanian wilderness experience - part 1

Pêche Tasmanie

Vendredi 7 décembre 2018. Le faisceau de lumière blanchâtre, intrus esseulé dans la carlingue sombre et endormie, projette son rayonnement sur la prose acerbe d'Edward Abbey dans son "Gang de la clé à molette", ouvrage conseillé par Joseph Teyssier, boss de la société Wevan, futur gros actionnaire de votre mag en ligne préféré : un périple de 4 âmes torturées qui se raccrochent à la réalité en inventant l'écosabotage, pour annihiler les premiers aménagements industriels du désert de l'Utah... Un délice de lecture, de quoi rendre un tantinet moins laborieux l'interminable trajet qui sépare Milan Italie de Melbourne Australie. 

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Evidemment, les classiques spéculations pré-séjour de pêche se bousculent également dans mon esprit. Mon pote Benji que je retrouve sur place, et dont vous avez déjà pu lire plusieurs récits dans Truites & Cie, m'a beaucoup parlé de la pêche en Tasmanie depuis son départ. Cela fait bientôt deux ans qu'il a quitté la vie occidentale pour une vie de bohème en Australie, partagée entre travaux manuels alimentaires et pêche. Il paraîtrait qu'une charmante troisième pièce, blonde aux yeux verts, soit venue s'ajouter à ce puzzle initial (qui se révèle être un peu morne dans la durée), mais je n'eus pas la chance de croiser son chemin.

Parmi tous les lieux évoqués, Central Plateau a directement atteint le rang de mythe dans mon subconscient. En effet, cette zone naturelle sauvage d'un milliers de kilomètres carrés de superficie, totalement vierge de la moindre atteinte anthropique, à la biodiversité incroyable, abrite un réseau lacustre composé de plusieurs centaines de pièces d'eau. Les tributaires qui les relient ont permis l'établissement d'une population de truites fario pérenne. A la faveur d'un écosystème relativement riche, elles atteignent la barre mythique des 20lbs dans certains plans d'eau communément appelés trophy lake par les locaux, mais leur taille moyenne se situe globalement autour de 50cm. De quoi largement faire frémir le pêcheur de "truites moyennes" que je demeure.

Le corollaire est la faible densité globale, qui conduit le moucheur à pratiquer essentiellement à vue (il y a pire comme contraintes me direz-vous). Cet ensemble s'élève à une altitude oscillant entre 1000 et 1300m et l'on y accède à la force du jarret. Les marches d'approche sont certes sans grande dénivelée (on monte sur le plateau en voiture) mais longues de plusieurs jours de marche, la plupart du temps hors sentier, lorsqu'on convoite les lacs les plus reculés. Les départs s'effectuent à partir de deux parkings principaux situés au niveau des points cardinaux nord et sud de la carte. 

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Pêche Tasmanie
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Evidemment, Homo sapiens qui s'illustre brillamment depuis des lustres dans la catégorie des espèces les plus abjectes que la terre ait jamais portées, a décidé de venir mettre son grain de sel dans cette belle harmonie originelle et un projet lucratif couplant création de lodges et héliportages est en cours à Central Plateau. De quoi éviter tout effort à un belle ribambelle de nantis hideux et octroyer un accès aisé à cette vérole, au mépris de toute forme d'éthique et d'esthétisme. Quoique l'envie de fouler ces terres avait jailli en moi dès les premières évocations de Benji, cette menace a sans doute quelque part précipité ma venue. Pour l'instant, la destination n'est pas vraiment à la mode dans le cercle des pêcheurs voyageurs modernes, ces derniers restant obnubilés par la Nouvelle Zélande voisine. Ca tombe bien, je ne me voyais pas vraiment traverser la planète pour me retrouver au bord de l'eau avec le gratin facebookien de la pêche à la mouche. 

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Pêche Tasmanie
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D'un commun accord, ce système lacustre constituera l'objectif principal de notre séjour, les rivières seront des replis en cas de mauvaises conditions climatiques (quand on part pêcher à vue en Océanie, définir ce genre de plan B prend tout son sens).

Les cours d'eau australiens sont très différents de ceux de la NZ voisine. Les populations salmonicoles sont ici beaucoup plus denses et donc modestes en tailles moyennes que chez les Kiwis (pas de miracle ici non plus !) ; elles sont finalement assez proches que celles que nous connaissons encore dans les bonnes rivières françaises... si si, il en reste ! 

La recette que j'entrevois en eaux vives à mon départ comporte de belles sessions en sèche, d'autant que j'avais d'emblée chargé mon jeune hôte de nous dégoter des secteurs où nous aurions l'assurance de pêcher tel des gentlemen, à savoir en surface ou à vue. Traverser la planète pour se faire guider a du bon et permet d'exprimer ses exigences sans trop de gêne.

Durant ce trajet aller, ces divagations spirituelles vont bon train et ne sont en réalité perturbées que par une seule mais récurrente question, qui revient encore régulièrement dans mes pensées aujourd'hui : est-il vraiment raisonnable à notre époque, alors que tous nos voyants environnementaux sont au rouge, de cramer autant de kérosène pour partir pêcher ?

Je n'ai, durant ces 23h de vol, pas réussi à me positionner franchement sur le sujet, trouvant finalement la parade avec l'alibi (pas si honteux que ça) qui consiste à conférer à ce voyage une dimension plus noble encore qu'un simple voyage de pêche. Après tout, traverser la planète pour retrouver son binôme d'antan, c'est quand même différent d'un départ coup de tête aux Seychelles avec nuitées en lodge pour remuer des carangues, ou un autre truc du genre, vous voyez ?

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Pêche Tasmanie
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Ma première nuit en Océanie se déroule dans la sinistre banlieue du tarmac de Melbourne. Pas grand chose à signaler si ce n'est qu'elle me donne l'occasion d'en découdre pour la première fois avec l'une des spécialités culinaires australiennes : la viande de boeuf boosté aux hormones, le genre de met qui transformerait Gérard Depardieu en un militant vegan jusqu'au-boutiste. 

Nous finissons de planifier le début du séjour avec Benji, alors qu'il peine à trouver le sommeil sur le ferry qui le conduit en Tasmanie le lendemain matin : les prévisions météo des jours précédents semblent se confirmer et annoncent un créneau de trois jours de temps clair, événement pas si fréquent en ces lieux à cette période de l'année (début décembre en Australie est l'équivalent de début juin chez nous mais la météo y est beaucoup plus instable, proximité du cercle polaire oblige). On va donc démarrer par le bush âpre et les lacs mystérieux du Central Plateau Conservation Area. L'excitation monte. Une de ses connaissances locales (du genre plutôt associable et énervée de la poignée en liège) étant partie la veille pour un trip de plusieurs jours sur son secteur préféré, Benji propose donc d'explorer une autre série de plans d'eau. 6h de marche sont prévues avant l'arrivée au bivouac. 

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Pêche Tasmanie
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Benji me récupère à l'aéroport de Launceston le lendemain matin et une fois les formalités effectuées (achat des bonbonnes de gaz et victuailles pour 3 jours d'autonomie dans la taïga), nous entamons les 2h de route qui nous séparent de Central Plateau. La conduite de Benji est crispée, ce dernier étant visiblement plus à son aise dans l'habitacle rustique et poussiéreux de son vieux Patrol que dans le SUV moderne bourré d'électronique loué pour l'occasion (on le rendra un peu plus rustique après avoir écrasé 2 wallabies - au cas où Aymeric Caron et sa secte nous lisent, je précise que c'était évidemment involontaire -, passé une paire de nuits et effectué une bonne cinquantaine de trajets en wad' à l'intérieur). 

Nous débutons la marche en milieu de journée et les premiers pas plantent immédiatement le décor en termes de richesse faunistique : les premiers hectomètres longent les berges d'un plan d'eau qui grouillent de wallabies, et dont la surface est littéralement couverte de scarabées chatoyants. A ce moment là, je suis stupéfait de la désaffection incroyable que subit ce territoire de la part des locaux. En réalité, les terres de Central Plateau sont foulées uniquement par de valeureux disciples de Saint Pierre, plutôt du genre bourrus et taiseux (une espèce en voie de disparition en France). Les Australiens préférant, je cite Ben "se pavaner en famille dans le gros 4x4 à Sidney la semaine, et y accrocher une caravane le week-end". 

Après 3h de marche, le sentier s'évanouit progressivement dans le bush et nous sommes plongés dans une jungle dense et austère. La végétation est coriace sous ses latitudes, les personnes qui ont tracé ces minces sentes n'étaient pas des fainéants. Pantalons longs, chaussures étanches et montantes obligatoires (voire des guêtres pour les plus chochottes de mon espèce).

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Pêche Tasmanie
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pêche tasmanie
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pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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pêche Tasmanie
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D'entrée, nous abordons les questions de sécurité basique et définissons une conduite à tenir en cas de morsures de serpent. En effet, les serpents tigres pullulent sur le plateau et quoique non agressifs et assez peureux, leur morsure vous laisse seulement environ 24h (délai non vérifié) avant d'entrevoir le trépas. Vous avez donc intérêt à être organisés lorsque la bagnole se trouve à 12h de marche.

Quelques raccourcis fumeux plus tard (qui me confirment que ces deux années d’éloignement n'ont pas réussi à changer mon compagnon de pêche), après avoir laissé 2 paires de tongues mal attachées au sac et déchiré une chemise dans le bush, nous parvenons enfin au lieu de bivouac.

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Tasmania
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Les critères de réussite dans ces lacs sont assez similaires à ceux que connaissent les pêcheurs à vue en lac de montagne sous nos latitudes : il convient d'avoir une vision affûtée, d'être rapide et précis dans les lancers à courtes et moyennes distances. Comme évoqué précédemment, les densités étant relativement faibles, il n'est donc pas très rentable de pêcher l'eau en aveugle au streamer ou en noyée par exemple. Evidemment, l'option pêche aux leurres est envisageable de par sa capacité de ratissage inégalée, mais inutile de préciser qu'en bons puristes, il ne nous est même pas venu à l'esprit de proposer du plastique vibrant à ces salmonidés régulièrement gobeurs.

Les truites évoluent entre 0 et 3m du bord pour l'immense majorité d'entre elles. Il convient ainsi d'ouvrir les yeux, de sonder l'onde à la recherche d'une ombre passante tout en vérifiant (très) régulièrement la nature du terrain où vous mettez les pieds, histoire de ne pas réveiller un reptile affalé au soleil, qui vous sanctionnerait sans doute d'une petite morsure fatale, ou de stationner dans un nid de Jumpin' Jack (Myrmecia pilosula pour les intimes, une fourmi endémique qui n'a de sympathique que le nom évocateur du riff de ce bon vieux Keith Richards). Un programme assez complexe en somme.

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Pêche Tasmania
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Cette première excursion à Central Plateau pourrait se résumer assez simplement de la façon suivante : une météo très changeante (du gel matinal et des percées de soleil brûlantes l'après-midi), beaucoup de kilomètres parcourus, une vingtaine par jour et une bonne dizaine de lacs visités pour n'attaquer que très, très peu de poissons et n'en mettre qu'un seul au sec. Lors de chacune de ses excursions, Ben prend le parti de parcourir un grand linéaire de berge de lacs différents afin de couvrir un max de terrain et ainsi décupler ses chances de croiser une nageoire digne d'intérêt. Cette stratégie de pêche me laisse assez perplexe mais c'est celle que nous avons suivi lors de ce premier séjour. De là à dire qu'il y avait mieux à faire avec une pêche d'insistance, il n'y a qu'un pas que je ne franchirais pas.

Benji sauvera l'honneur la veille de notre départ, avec un poisson correct pris sur le dernier lac de la journée alors que ma tentative capotait sur un poisson similaire à quelques mètres de là. C'est finalement sur la route du retour que nous avons déniché, au hasard d'une brève halte restauration, une berge chaude où croisAIent deux gros poissons. Malheureusement la ripisylve dense ne nous donna qu'une chance à chacun soldée par un beau refus. Pas de jaloux. Attaquer un si faible nombre de poissons ne facilite pas la sélection des imitations idoines. 

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Pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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pêche tasmanie
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Pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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Malgré ce premier échec en lac, le moral reste au beau fixe car nous n'avons pas grand chose à regretter au vu des conditions. Pas d'alignement de planètes, c'est la pêche. La météo se dégradant pour la semaine à venir, nous enchaînons avec l'eau vive. Le plan est d'explorer un maximum de rivières différentes (3 ou 4 sur la semaine) histoire de profiter de la diversité de l'île, en ne se privant pas d'un peu d'insistance le cas échéant.

La Tyenna River au sud est la première sur la liste. Rivière longue de près de 50km, elle présente une largeur moyenne d'une quinzaine de mètres et un profil caillouteux mais assez plat (seulement 700m de dénivelée entre sa source et son embouchure), ce qui décuple les profils rencontrés et donc les techniques envisageables. Nous débutons par 2 journées sur la moyenne Tyenna, histoire de prendre la température. 

J'ai alors le privilège de retrouver la pêche en binôme avec Benji, telle que nous la pratiquions quelques années en arrière, ainsi que les règles immuables qui la régissent : à savoir une pêche côte à côte d'alternance, "un poisson chacun", toute faute (décroche, accroc ou casse) donne la main à l'autre. Assurément pas la meilleure manière d'optimiser la prospection, mais sans égale pour décupler la délicieuse émulation de la pêche à deux.

Comme attendu, les techniques seront alternées au gré des faciès, partagés à parts égales entre têtes rapides et plats assagis. La pêche est plaisamment variée et fine. Durant notre séjour, nous avons très peu eu recours aux enclumes en tungstène. Les truites sont de taille moyenne (30/35cm) et de qualité. La Tasmanie est en patrimonial depuis des lustres et ça se voit à la trombine des poissons. Ne pas trouver ces piètres ersatz de salmonidés au nez rouge clignotant qui pullulent dans bon nombre de destinations à la mode, est la meilleure façon d'épargner ma santé mentale lors d'un séjour de pêche, où qu'il se passe (c'est la principale raison pour laquelle je fuis l'Italie ainsi que l'Europe de l'Est). 

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Pêche Tasmanie
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Durant ces 10 jours de pêche en rivière, nous avons beaucoup pêché en sèche bien que nous n'ayons pas réellement assisté à des éclosions massives et facilement identifiables comme peuvent l'être chez nous celles des March Brown ou des ignita. Nous avons plutôt constaté une présence continue et discrète d'insectes variés, plutôt de petites tailles, tout au long de la journée. Ce qui fut vraiment frappant par contre, c'est la capacité qu'ont ces truites australiennes à se mettre à gober à la moindre apparition vivante en surface. Une des conséquences de la faible pression de pêche sans doute. Le genre de comportement qui nous laisse rêveur et qui selon moi, justifie pleinement les expatriations ponctuelles loin de l'hexagone et de ses truites névrosées. 

Dans ces conditions, des modèles génériques d'olive et d'ORL en taille 16 et 18 ont bien fonctionné. Les australiens eux, utilisent pour la plupart des sèches énormes surchargées de fibres (des terrestres ou des modèles anglo-saxons type Red Tag ou Royal Wulff) qui prennent sans doute des truites en plein été, lorsque ces dernières se focalisent sur les terrestres, mais nous n'avons jamais vraiment exploré cette voie. Pour la pêche en sèche/nymphe, nous avons essentiellement utilisé en porteur des parachutes Adams, même si Benji a osé nouer en potence des Royal Wulff horribles sur H12, histoire de me prouver que certaines truites australiennes mangent vraiment ces oiseaux.  

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Pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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pêche Tasmanie
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Le lendemain, nous tombons d'accord sur l'idée d'explorer un autre secteur du cours moyen de la Tyenna.

La pêche est assez similaire à celle de la veille, si ce n'est que la météo plus fraîche et humide nous offre le privilège d'attaquer des poissons sur gobages tout au long de la journée.

Benji, qui n'avait pas tenu une 10' digne de ce nom depuis belle lurette, prend sacrément goût à la pêche à la bille. Je le surprends à peigner avec insistance les belles têtes de courant qui se présentent et il s'adapte très très bien, gérant la tension de sa bannière à merveille... sans doute les vieux réflexes de son passé de tocqueur pyrénéen. La pêche au ver au Nistos, ça vous marque à vie. 

Ces deux premières journées sont en fait très représentatives de la pêche en Tasmanie, tant au niveau des techniques mises en oeuvre que des poissons capturés : en somme, une pêche de truites moyennes dans des rivières moyennes comme dirait l'autre. La pêche à vue, quoique régulièrement possible, est tout de même assez limitée par la couleur thé des eaux.

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Pêche Tasmanie
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Tyenna river
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Pêche Tasmanie
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En début de semaine, nous avons établi notre QG vespéral dans un petit bar miteux servant de revigorants burgers pour la modique somme de 10 dollars pièce. Sur le trajet, nous croisons depuis plusieurs jours la route de la Derwent river, une imposante tailwater monotone et profonde, pas forcément très sexy pour la pêche à la mouche. Toutefois, certaines courtes sections plus marquées nous faisant de l'oeil à chaque passage, nous succombons finalement et décidons d'y consacrer une journée de pêche. 

Pour optimiser notre tentative et ne pas perdre trop de temps dans ce vaste milieu chronophage, nous repérons sur photo aérienne une section plus maigre et resserrée. Comme par enchantement, l'accès est presque facile. Juste quelques centaines de mètres dans un paturage accueillant, 2 barbelés et 20m de végétation dense. Une bagatelle pour l'Australie. Je retrouve alors mon train-train briançonnais en ce début de journée, et noue une enclume d'1/2 gr en pointe couplée à une faisant tail des plus classiques en potence. Dès les premiers coups de ligne, nos doutes sur la nature des habitants de la Derwent sont vite envolés :

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Derwent River
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Derwent river
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Derwent River
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Derwent river
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3 beaux poissons en moins de cent mètres de berge, dans un cours d'eau qui ne respire pas les rangs serrés, ça donne envie de poursuivre et dans l'immédiat, de traverser pour voir si l'herbe est aussi verte en face. Toutefois, les cannelles du substrat et les traces de marnage sur les bordures nous en dissuadent rapidement et préférons chercher un secteur similaire en amont. Cette tentative se résumera à une recherche erratique et vaine d'un accès, la rypisilve dense et les nombreuses clotures de riverains anéantiront toutes nos tentatives : ici comme aux Etats Unis, on ne badine pas avec la propriété privée, inutile de risquer votre vie pour accéder à la rivière. Se faire plomber vous empêcherait de profiter des parcours syndicats d'initiatives dont la plupart sont excellents pour la pêche.

Le lendemain, nous prévoyons donc de tester la partie basse de la Tyenna.

Dans son cours aval, la Tyenna coule dans un vallon un peu plus resserré. Le goulet formé par le relief tourmenté accélère globalement le flot mais pour des pêcheurs montagnards que nous sommes, cela reste très raisonnable. L'avantage que procure cette portion encaissée et boisée est la possibilité de s'abriter efficacement du vent, ce qui est intéressant en Tasmanie. Nous débutons la pêche en début de matinée, l'ambiance est excellente : temps frais, humide, fine brise, le top pour cartonner en sèche. On démarre quand même à la bille, histoire de faire quelques photos pour le plus grand Nymph Shop du monde....

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Matt & Lenka
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...avant de voir apparaître les premiers gobages sur le premier (et dernier) joli plat du parcours.

Benji attaque à l'extrême aval, à la limite de la rupture de pente et fait croquer un poisson de 30. Cartouche cramée. Je remonte très légèrement, passe une série de branches pendantes ; j'aperçois un poisson solide gobant berge opposée, qui engloutira mon olive dun avec la bravoure de celui qui n'en voit pas souvent :

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grosse truite Tasmanie
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Après avoir repris un autre poisson gobeur de 35cm (qui aurait du lui valoir un passage de main d'après notre règlement interne), Benji pêche la tête en nymphe, grâce à ma grande générosité. Il saute alors sur l'occasion pour me montrer un exemple authentique d'alignement net et sans bavure : ferrage sous la canne, reflet monstrueux au fond de l'eau, démarrage en trombe dans les racines d'en face, pétat'...terminé bonsoir. Un modèle du genre, j'en rigole encore.

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grosse truite Tasmanie
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On reprend donc la pêche à tour de rôle classique et alors que j'éclaircis les rangs de pin's à chaque tentative, Benji lui, trouve les belles et s'offre une petite série bien sympathique (agrémentée de quelques casses des familles sur les plus grosses, sans lesquelles Benji ne serait plus véritablement Benji) : 

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grosse truite Tasmanie
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grosse truite Tasmanie
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grosse truite Tasmanie
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grosse truite Tasmanie
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Je clôture le bal en sèche toujours à l'orl : 

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tasmanie
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Au delà de ce très attendu pliage de carbone, ces quelques jours sur la Tyenna nous auront permis de recharger les batteries pour le reste du séjour, et nous donner l'envie d'explorer les rivières voisines, en commençant par la Florentine River, affluent de la Derwent qu'elle rejoint dans le Lake Catagunya.

Nous choisissons pour notre unique après midi de pêche sur cette rivière, une section isolée assez difficile d'accès (les vieux réflexes français dont on ne connait pas trop l'incidence dans ces contrées sauvages peu fréquentées, mais qu'on garde quand même, au cas où...) et nous remontons rapidement les premières centaines de mètres pour s'éloigner du point d'accès avant de démarrer : la pêche se fera au tandem, les poissons gobant d'ailleurs régulièrement les Adams parachute que nous utilisons en porteur. Quelques arcs en ciel viennent se mêler à la fête, nous montrant qu'en Océanie aussi, elles ont une frite démoniaque. Les poissons sont dehors en cette douce après midi et nous gratifient de nombreuses touches. La pêche est très ludique, et très similaire à celle que nous connaissons sur de nombreuses rivières moyennes des Pyrénées Centrales (avec une bonne dose de bonté supplémentaire des poissons ici).Nous pêcherons 3h sur ce secteur, jusqu'à ce que les blocs glissants comme des savonnettes nous tapent un peu trop sur le système :

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Pêche Tasmanie
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Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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Pêche Tasmanie
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rivière Tasmanie
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Après cette découverte intéressante, nous poursuivons notre route dans l'idée d'effectuer une boucle qui passerait par le cours moyen de la Styx river, autre affluent de la Derwent, avant de tester la haute Tyenna. Nous consacrerons une demi-journée à chacune d'elles.

La Styx, avec sa végétation rivulaire dense, chatoyante, ses immenses fougères, ses nombreux arbres immergés est sans aucun doute la rivière la plus originale du pays. Les forêts primaires de cette vallée sont uniques et possèdent les plus grands feuillus du monde (Eucalyptus regnans), que les exploitants du bois locaux s'emploient à massacrer (était-il besoin de le préciser ?).

La configuration de la rivière n'a rien à voir avec celle des autres cours d'eau. Le profil est très plat, maigre et l'eau beaucoup plus claire qu'ailleurs. Quoique certains locaux annoncent des truites de taille mirobolante, nous n'avons pris que des petits poissons, dont la morphologie n'était pas évocatrice d'une croissance très rapide. 

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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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Styx river
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La matinée se déroule paisiblement, au rythme d'une progression lente, inspirée par l'ambiance feutrée et vaporeuse du jour, plus propice à la contemplation qu'aux considérations techniques et aux stratégies de pêche. Le genre de moment qu'on ne vit réellement qu'en voyage de pêche et qui fait sacrément du bien de temps à autres (oui car on reste foncièrement des énervés au fond de nous même).

En début d'après-midi, nous coupons dans le bush par une gravel road pour retrouver la vallée de la Tyenna dans sa partie supérieure. Benji a déjà pêché cette section et prévoit une pêche en sèche façon eaux rapides, avec des poissons de taille moyenne.

A notre arrivée sur les lieux, les gros bourgeonnements nuageux produit par la chaleur lourde matinale font baisser la luminosité et l'on s'active avant l'orage :

Après une première truite trompée par une Adams à ailes des plus classiques, nous galérons rapidement en sèche, enchaînant les refus, jusqu'au moment où l'idée me vient de nouer une panorpe qui débloquera totalement la situation. Après plus amples renseignements pris auprès de Monsieur Christian Guimonnet - oui car je monte souvent des mouches en écoutant naïvement (bêtement ?) les conseils de ceux en qui j'ai confiance - il s'agit d'un petit mécoptère, que l'on peut aisément rencontrer dans les orties au bord des rivières à truites (il ne m'en voudra pas si je précise que le ton employé au moment de la petite explication suggérait que nous étions d'authentiques branleurs si nous n'en avions jamais observés auparavant, fin de la parenthèse).  Bref, toujours est-il que c'est la mouche à avoir aujourd'hui, Dieu sait pour quelle raison, serait-ce parce qu'elle passerait presque pour une imitation générique de terrestre dont raffolent les truites locales ?

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Tyenna river
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truite tyenna
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Benji le néo-nympheur en action. Le mec qui se la jouait puriste avant son départ, rechignant toujours de pêcher sous l'eau, ne supporte désormais plus tellement de passer devant une veine marquée sans balancer un coup d'enclumes, un véritable scandale :

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Tyenna river
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Après une nouvelle nuitée dans notre désormais fétiche campement en bord de Tyenna, nous planifions une traversée de l'île en vue d'explorer les rivières du Nord, théâtre des futurs championnats du monde de pêche à la mouche. Je parviens tout de même à négocier un dernier petit coup du matin rapide, juste histoire de vérifier que le relatif succès obtenu sur les gros poissons n'était pas qu'un heureux hasard.

Nous nous retrouvons donc sur les berges de la Tyenna aval et nous concentrons sur la recherche de beaux poissons sans peigner les courants au fil. On scrute les plats marqués en quête de nageoires ou de gobages.

Finalement, une retourne se présente et une grosse truite y effectue des gobages réguliers selon un circuit précis. La berge étant encombrée de bois morts, on choisit l'option arbalète en surplomb et après plusieurs refus en surface, le poisson succombera finalement sous l'eau à une Somaré sur h16 :

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Tyenna river
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Tyenna river
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La deuxième semaine du voyage étant déjà bien entamée, cap vers de nouveaux horizons au nord. Evidemment, j'ai oublié de préciser que nous consultions quotidiennement la météo à Central Plateau mais les prévisions restant désespérément maussades, nous avons préféré assurer le coup en rivière, et nous avons plutôt bien fait :)

A bientôt pour la suite du périple....

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Petite description du matériel utilisé :

Pour les lacs : la canne doit être capable de se charger rapidement et de lancer dans le vent. Nous avions donc des modèles rapides pour #6 (Sage TCX 9' #5 sous-évaluée niveau puissance et une JMC PURE 9' #6) couplés à des moulinets manuels.

Pour la rivière : nous sommes restés fidèles à des ensembles polyvalents 10' #4 (Marryat Tactical LX 10' #4 et Silerstone Blackbone 10' #3/4) permettant de passer de la nymphe à la sèche sans changer de canne. Pour ce faire, Benji a utilisé un seul moulinet manuel (un Peux Speedline testé pour l'occasion) une soie Long Belly n°4 un bas de ligne à noeud dégressif standard auquel il rajoutait 10m de 18/100 fluo pour la pêche à l'espagnole. De mon côté, j'ai utilisé un vivarelli avec un kit Peux revival et deux bobines : la première garnie d'une soie 4 et l'autre d'une soie fine pour la pêche au fil.

Veste Field and Fish Expert Pro Sonic

Field and fish

L'entreprise Field and Fish est basée en Haute Savoie. Elle commercialise des produits testés sur le terrain et s'est fait un nom dans les équipementiers de pêche de la truite grâce à des prestations de qualité et une haute exigence environnementale sur leurs produits. Nous vous présentons la veste Expert Pro Sonic, un modèle haut de gamme, très bien fini et très fonctionnel que notre auteur Christian Guimonnet a testé en 2018 :

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Field and Fish
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Test statique

Cette veste est constituée de composants qui inspirent confiance, à savoir des zip étanches YKK, et surtout un tissu imperméable et respirant japonais, assemblé selon un procédé sans couture (par ultrason), déjà utilisé pour les waders Field and Fish. Elle possède 6 poches de rangement :

  • deux poches internes en stretch ; 
  • deux poches réglables de poitrine à fermeture scratch (idéales pour les boîtes à mouches) ; 
  • deux autres poches de poitrine étanches YKK dont la profondeur permettra de loger les boîtes les plus larges.

A noter la présence d'un accroche mouche sur la poche de poitrine de droite et d'un accroche épuisette au niveau du dos.

Plusieurs détails de finition démarquent ce modèle de la concurrence :

  • Une doublure interne sur la base de la veste produit un effet coupe vent qui permet de limiter les flux d'air froid et humide et donc de mieux isoler le pêcheur ; 
  • La capuche à visière protège très correctement le visage ; 
  • Le velcro du double poignet permet un réglage ferme et de mettre les mains dans l'eau sans mouiller ses manches ; 
  • Deux poches repose-mains avec revêtement douillet en polaire offrent un confort appréciable par temps froids.
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Christian Guimonnet
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Notre auteur Christian Guimonnet a testé cette veste durant le très arrosé début de saison 2018, voici son avis :

"Mes vestes de pluie étaient poreuses depuis longtemps, j'ai investi dans une veste Field and Fish. Je souhaitais quelque chose d'un peu plus haut de gamme que mes vieilles vestes, et bien, je suis satisfait en tout point, c'est du très solide, bien taillé...et surtout du très, très étanche! C'est exactement ce qu'il me fallait. Des poches judicieusement placées et bien finies, c'est aussi un excellent coupe-vent. Une remarque tout de même qui ne peut pas tenir lieu de critique : on ne peut pas vraiment s'en servir comme d'une veste "d'appoint", il est en effet difficile de la rouler et la prendre avec soi dans une des poches du gilet, elle est un peu trop imposante pour justifier un "au cas ou". A réserver donc pour les sorties de début de saison et/ou les journées où la pluie est vraiment prévue."

Pour information, Christian (1m76, 72 kg) a porté cette veste en taille L. Nous vous conseillons une taille M pour des mensurations inférieures. 

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Lien utile

Le site Field and Fish : 

Field and fish

 

Les autres tests Field and Fish :

Field and Fish

Technique sèche : le lancer italien ou technique de lancer total (TLT)

lancer tlt

Il y a quelques années de cela, je suis tombé sur un film des Mouches De Charette dans lequel Jean Marc Chignard présentait avec brio une façon atypique d'aborder la pêche en eaux rapides, équipé d'une canne courte, d'un (très) long bas de ligne et d'une soie artificielle fine (en quelque sorte l'antipode de ce que mes pairs pyrénéens utilisaient). Je fus immédiatement frappé par la technicité et l'esthétisme de l'approche. J'ai encore en mémoire les posés extrêmement détendus qui permettaient à l'auteur de présenter à distance et très proprement une mouche sèche dans d'étroites poches d'eau calme entourées d'écume.

Après renseignements pris auprès de JMC et suite aux conseils de ce dernier, je me retrouvai au printemps dernier, sur les berges d'un plan d'eau de Thoiry (01), effectuant un stage de TLT (technique de lancer total) avec les plus grands spécialistes de cette discipline : les instructeurs de l'école de pêche suisse, la SIM. L'occasion m'était donnée de vous en parler, par le biais de Marcel et Malik, les deux francophones de l'équipe :

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Bonjour messieurs et merci de nous présenter cette technique de lancer, ainsi que son origine ?

Marcel et Malik : C'est une très longue histoire... Les origines de la TLT remontent au moins aux années 1970. Un homme joue ici un rôle tout à fait central, le regretté Roberto Pragliola, décédé en mars 2018, auquel nous voulons rendre hommage. Sans lui, il est très probable que personne ne parlerait aujourd'hui de technique italienne de lancer ou de TLT (TLT signifie « technique de lancer total »), pour la simple et bonne raison qu'une telle technique n'aurait sans doute jamais vu le jour.

Cela dit, l'émergence de la TLT comme technique de lancer est la résultante de plusieurs facteurs. D'une part, il y a l'évolution des matériaux, en particulier l'arrivée sur le marché européen des premières cannes en graphite, plus rigides ou plus rapides, au cours des années 1970. Pragliola les appelait les cannes d'"action américaine" et il aura l'idée de les « sous-charger », c'est-à-dire de les utiliser avec des soies plus légères que celles recommandées par le fabricant. Le but est d'imprimer son propre rythme à la canne, pour gagner en vitesse de soie, et non plus de suivre le tempo dicté au lanceur par l'action de la canne qui se plie et se déplie sous l'effet combiné de sa propre inertie et du poids de la soie. Mine de rien, il y avait là une rupture complète avec les conceptions classiques du lancer, telles qu'elles dominaient alors (et qu'elles dominent encore).

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Pragliola
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Roberto Pragliola, inventeur de la TLT
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D'autre part, il faut rappeler que nous sommes à cette époque dans une phase de réélaboration des conceptions du lancer, conduite par des auteurs et lanceurs d'outre-Atlantique, mais aussi européens (Ritz, bien sûr, en pionnier, et Gebetsroither pour n'en citer que deux), qui remettent en question la traditionnelle technique anglaise du lancer 13h-11h, bottin mondain coincé sous l'aisselle. Il est difficile de savoir jusqu'à quel point le monde mouche italien, plutôt isolé, avait alors connaissance de ces évolutions, mais c'est bien dans ce contexte de renouvellement général que les débuts de la TLT sont à resituer. On peut aussi faire l'hypothèse que l'intérêt de Pragliola pour le lancer de distance et la double traction ait joué un certain rôle dans les débuts de son évolution technique durant les années 1970-1980. A tout cela il faut ajouter le type de rivières sur lesquelles le maître florentin et ses amis évoluaient, cours d'eau du Centre de l'Italie, en général clairs et encombrés, où les longues cannes et les soies lourdes n'étaient pas l'équipement idoine ! S'adapter à des cannes plus courtes et à des soies plus légères implique là encore de remettre en cause certaines des certitudes techniques du moment.

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Sim
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Comment cette technique de lancer s'est-elle diffusée et quand votre école, la SIM Suisse, a-t-elle été fondée ?

Dès 1976, Pragliola publie ses premiers articles sur la TLT, non sans susciter de vives polémiques dans le monde des pêcheurs à la mouche italiens ; la France est le premier pays hors Italie à accueillir un de ses articles. Toutefois, malgré plusieurs livres publiés et un certain intérêt manifesté à l'étranger, la TLT reste longtemps méconnue hors d'Italie où, comme ailleurs, circulent du bon et du moins bon, du fondé et du moins fondé à propos de cette technique. Par exemple, beaucoup de gens, y compris chez nos amis italiens croient, comme ils disent, « lancer en TLT» — simplement parce qu'ils pratiquent avec une soie légère et une canne courte et rigide qu'ils agitent frénétiquement.

Il faut savoir que, malgré plusieurs tentatives de la faire connaître à l'étranger, notamment en France au début des années 2000, la diffusion de la TLT s'est heurtée à certaines difficultés : la barrière linguistique, les conflits de clochers, et last but not least une didactique parfois approximative. Une étape fondamentale dans la diffusion et l'enseignement de la technique en Italie a été la création, en 1987, de la SIM (Scuola Italiana di Pesca a Mosca), dont Pragliola a été le directeur technique durant une dizaine d'années. S'agissant de sa diffusion en Suisse et de la création de notre propre école, il faut citer le nom de

Sergio Rizzoli, du Tessin, qui a découvert cette technique alors peu connue dans notre pays et, qui en 2001, avec une série d'amis et en collaboration avec la SIM Italie, a fondé notre école, la SIM Suisse.

Les premiers développements de la SIM Suisse doivent beaucoup aux instructeurs italiens qui sont venus enseigner en Suisse avec grande générosité. Dès les années 2006, la SIM Suisse pouvait disposer d'un corps d'instructeurs formés en Italie et en Suisse, parlant plusieurs langues et compétents sur la technique, au point que — juste retour des choses — nous avons à notre tour contribué, dès 2010, à la formation des instructeurs en Italie ainsi qu'à la codification de la didactique et à l'approfondissement de la technique. Aujourd'hui nous sommes une dizaine d'instructeurs, et enseignons en Suisse et à l'étranger, aussi bien en français, qu'en italien, en allemand et en anglais. Et pour éviter toute équivoque : nous enseignons sans but lucratif, pour le seul plaisir de transmettre collectivement une technique passionnante, belle et... efficace.

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Marcel FormicaMarcel Formica est né en 1957 et pêche à la mouche depuis de nombreuses années. On le croise sur les rivières du Jura, d'Autriche et d'Italie, qu'il pratique en mouche sèche de préférence.

Il a pris son premier cours SIM en 2003 et est devenu élève instructeur SIM Italie en 2006. En 2014, il a atteint le niveau le plus élevé des instructeurs SIM en Italie. Pilier de la SIM Suisse, il anime l'école de pêche de l'AAPPMA de Thoiry dans l'Ain. En hiver, il reçoit les élèves membres de la SIM Suisse pour des entraînements conviviaux.

Marcel est membre de la commission didactique et technique de la SIM Suisse

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Sim
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La SIM Suisse à Thoiry (01)
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En quoi cette technique est originale et se différencie des méthodes classiques ?

Vaste question ! On a combien de volumes ?

Il y a une réponse superficielle à cette question, qui intéressera les marchands d'articles de pêche : la différence tiendrait dans le matériel. Ce n'est pas faux. On utilise des cannes courtes, entre 7.6 et 8 pieds et des soies légères, en général des DT 2 à 4. Souviens-toi que la technique, à l'origine, est née pour répondre aux défis particuliers que posent des cours d'eaux petits à moyens, souvent très encombrés : dans ces conditions, une longue canne, à moins de se contenter de pêcher sous le scion, n'est pas l'outil idéal. Par ailleurs, pour une technique où des petits effets imprimés à la canne au bon moment permettent d'obtenir toute une gamme de lancers particuliers, l'utilisation d'une canne courte, réactive et légère, est certainement un avantage, surtout en période d'apprentissage. Mais c'est évidemment moins dans le matériel utilisé que dans la façon de s'en servir que résident les différences essentielles avec les techniques classiques. Les lois de la physique sont les mêmes pour tout le monde, de ce côté-ci des Alpes comme en Italie.

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MalikMalik Mazbouri est né en 1963 et pêche depuis toujours.

Passionné de lancer mouche, il fréquente les rivières alpines, jurassiennes et argentines, ainsi que les flats tropicaux où il traque les espèces locales, avec un faible prononcé pour le permit et la GT. Entré à la SIM Italie en 2003, il est passé élève-instructeur en 2006.

En 2011 il atteint le niveau le plus élevé des instructeurs SIM en Italie et est le premier non-italien à avoir accédé à la commission technique de cette école, dont il a été membre de 2012 à 2016.

Malik est membre de la commission didactique et technique de la SIM Suisse.

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Jmc compétition
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Un ensemble TLT classique : une 7'6 rapide, un moulinet manuel, une soie DT2 ou 3 et un bas de ligne de 5m
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Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Bien sûr !

Première observation : la technique italienne cherche plus que les autres à tirer les conséquences d'une vérité que beaucoup de pratiquants méconnaissent, à savoir que la canne ne « travaille » pas toute seule et, en particulier, que ce n'est pas parce qu'elle se « charge » et se « décharge » qu'on parvient à projeter une soie. La canne est avant tout un levier, grâce auquel on met en mouvement une masse : la soie. Cela entraîne certaines conséquences sur lesquelles on reviendra dans un prochain article si vous êtes intéressés.

Deuxième observation : l'usage d'une soie légère comporte toute une série d'avantages, notamment en terme de discrétion de poser. Là où les autres techniques vont se reposer sur le poids de la soie pour obtenir la distance voulue, la technique italienne va, elle, plutôt miser sur la production de la vitesse de soie et son contrôle. La vitesse n'est pas le but, mais le moyen.

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Marcel formica
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Et puisqu'on aborde la question du contrôle, troisième observation : en lancer italien, on cherche à obtenir le contrôle de l'ensemble du système soie, bas de ligne et mouche et non pas seulement celui de la boucle, qui est certes essentiel, mais pas suffisant. Cela signifie, par exemple, et c'est une autre différence avec les techniques classiques, qu'on cherche à contrôler complètement la conformation du poser de la soie, mais aussi du bas de ligne, qu'il soit tendu ou regroupé, et évidemment de la mouche. Dans cet esprit, des présentations du type mouche qui se pose sur l'eau comme une fleur de pissenlit — en réalité : sans grand contrôle et à la merci du moindre souffle d'air, quand la soie n'est pas déjà emportée par le courant — sont remplacées par des présentations tout aussi délicates mais où le contrôle est étendu au posé lui-même, en cherchant à poser la mouche et le bas de ligne avant la soie.

Enfin, quatrième observation, il découle de tout cela que là où les techniques classiques privilégient des plans de lancer verticaux et des trajectoires parallèles, le style italien préconise des plans de lancers inclinés, plus adaptés aux conditions concrètes de pêche ainsi que des trajectoires inclinées, qui permettent de diriger la mouche et le bas de ligne directement sur les cibles visées (et non pas au-dessus de celles-ci).

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Torrent tlt
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A quels types de cours d'eau est-elle adaptée ?

La technique est en partie née sur les bords des rivières apennines : les eaux rapides voire torrentueuses sont le terrain de jeux favori des pêcheurs pratiquant le style Italien. Cela dit, les compétences de lancer développées sur ce genre de rivières sont à notre avis applicables sur tous les cours d'eau. Pour citer une petite anecdote, un groupe d'entre nous était allé prendre un cours de nymphe au fil (formidable) chez Marcel Roncari, sur le Doubs. Bien entendu, nous n'avons pas résisté à lancer aussi quelques sèches : Marcel, qui n'avait nul besoin de nous flatter, s'est dit très impressionné par la longueur des dérives que nous arrivions à obtenir. Nous étions en canne de 9 pieds soie de 4 par jour de vent. Autre exemple : la pêche en mer tropicale en soie de 8 à 12, où un lancer adapté de notre lancer sous-scion, qui permet de faire évoluer la mouche très près de la surface, fait merveille s'agissant de la pêche du bonefish ou de Caranx Ignobilis

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La fameuse boucle serrée du lancer italien
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Pouvez-vous détailler les concepts de linéarité et d'angularité qui sont à la base de cette technique ?

Volontiers !

Le respect de la linéarité, c'est-à-dire le soin que l'on met à faire effectuer au scion de la canne une trajectoire qui soit la plus rectiligne possible durant l'application de la force (mise en mouvement de la soie grâce à l'action exercée sur la canne) lors du lancer arrière ou avant, est un classique du lancer mouche. Plus la trajectoire du scion s'éloignera de cette droite ou, pour le dire autrement plus elle sera convexe, plus vous obtiendrez une boucle large. A l'inverse, une trajectoire concave de la pointe de la canne, en général due à une application erratique de la force en cours de lancer, produira une boucle croisée (tailing loop).

Pour obtenir de la précision et une boucle serrée, la trajectoire linéaire du scion et, par conséquent, celle de la soie est donc un élément fondamental et cela dans toutes les techniques.

L'angularité n'est rien d'autre que la linéarité exprimée sur une trajectoire angulaire, c'est-à-dire « anglée » de bas en haut sur le lancer arrière et de haut en bas sur lancer avant, et non pas, comme il est en général d'usage dans les autres techniques, sur une trajectoire parallèle. Une fois encore on cherche à diriger le système soie, bas de ligne, mouche vers la cible, qui se trouve en direction de la surface de l'eau et non pas à plusieurs mètres au dessus-de celle-ci. Evidemment plus la distance à atteindre est grande, plus la trajectoire à donner au système se rapproche de la parallèle. Rappelons que le gros des lancers sur une petite rivière s'effectue à des distances qui n'excèdent que rarement les 8-12 mètres. Dans ce contexte, des trajectoires angulaires qui permettent de poser le bas de ligne voir la mouche avant la soie constituent, en termes de discrétion et de lutte contre le dragage, un avantage apprécié. 

Voici une vidéo qui illustre le propos de Malik et Marcel :

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Quels sont les pré-requis pour le pêcheur qui désire se lancer ?

Il faut distinguer selon qu'il s'agit d'un pêcheur débutant ou d'un pêcheur confirmé. En général, nos débutants n'ont pas plus de difficultés à s'initier au lancer mouche à l'italienne qu'au lancer mouche classique : les mêmes principes généraux de base s'appliquent à toutes les techniques. Quant au pêcheur confirmé, il lui faudra trois qualités essentielles : l'ouverture d'esprit, la capacité de se remettre en jeu et la patience. Le reste découle de ces prémisses.

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Enseignement sur l'eau
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Les enseignements sur l'eau
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Comment doit il procéder en pratique ?

Si l'objectif est de se perfectionner sur le lancer mouche en général, nous disons volontiers : plutôt que de dépenser 700 euros pour une canne magique qui fait des belles boucles serrées toute seule, mieux vaut investir une partie de cet argent dans un cours de lancer, auprès d'un club ou auprès d'un instructeur agréé qualifié en France. Cette personne n'aura pas besoin de nos services ! Si l'objectif est de découvrir et d'approfondir la technique italienne, alors on leur recommandera de s'inscrire à un de nos cours (www.simfly.ch).

Merci beaucoup pour vos réponses, je vous dis à très bientôt pour la suite de notre série d'articles et surtout rendez-vous au printemps à Thoiry car la maîtrise de ce lancer est un travail de longue haleine qui s'acquiert rarement en un seul stage !

En attendant, quittons-nous avec quelques images de Roberto Pragliola, la classe :

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Liens utiles : 

Le site de la SIM : ici

La page facebook de la SIM : ici

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