Toc en début de saison : appâts ou nymphes, comment choisir ?

Pêche nymphe

Depuis une poignée d’années, sous l’influence de pêcheurs de renom, et aidées par la fluidité de circulation de l’information sur les réseaux sociaux, les nymphes ont trouvé une place de choix dans les gilets des pêcheurs traditionnels aux appâts naturels. Le format des échanges sur lesdits réseaux ne permettant cependant pas toujours d’approfondir de manière optimale les sujets, voici un tour d’horizon, dans les grandes lignes, pour permettre de répondre au mieux à cette nouvelle question : appâts ou nymphes en début de saison ?

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grosse truite
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Le concept de pêche en dérive

Si cette nouvelle corde à l’arc des pêcheurs aux appâts naturels en dérive apporte son lot de solutions pour capturer davantage de truites, elle induit également un problème de taille : celui de la sémantique. La notion de toc n’est désormais rien de plus qu’un abus de langage, progressivement remplacée dans les esprits –et les écrits- par celle de pêche aux appâts en dérive.  Les nymphes viennent renverser la table en apportant une touche d’artifice dans ce monde de naturel, et la question de la qualification des pêches modernes en dérive avec une canne -le plus souvent- anglaise se pose désormais. Malgré d’intenses débats sur le sujet, aucun terme satisfaisant n’a été trouvé à ce jour.

C’est donc de cette pêche, difficilement qualifiable en un mot, dont nous parlerons ici : une approche en dérive, où la ligne en mouvement est portée de la manière la plus naturelle possible par les veines de courant. Les pêches où la ligne est quasi inerte, ou seulement en mouvement sous l’impulsion donnée par le pêcheur, sont hors contexte dans cet article, pour la simple raison qu’elles font perdre au pêcheur son principal avantage sur la truite : la lecture visuelle du comportement de la ligne, qui permet une détection des touches instantanée et évite les ratés intempestifs, particulièrement lorsque l’appât est artificiel.

Disons-le tout de suite, les contextes d’eaux froides où l’utilisation de nymphes peut prendre le pas sur la pêche aux appâts en général, et au ver en particulier pour ce qui concerne le début de saison, sont fréquents. En réalité, tout cela est strictement décorrélé de la température de l’eau.

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grosse truite
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La couleur de l’eau

L’un des principaux facteurs qui conditionnent l’efficacité de chaque appât, naturel ou artificiel, est très simplement la couleur de l’eau, et dans le domaine, plusieurs types de teintes sont à différencier. Sans surprise, une teinte liée à des précipitations récentes et aux ruissellements qui en découlent, chargeant l’eau pour lui donner une couleur plus ou moins marron, induit quasi mécaniquement une supériorité indiscutable de la pêche au ver. Ces derniers sont charriés, et entrent de manière réelle dans l’alimentation des truites. Difficile de rivaliser autrement dans ces conditions.

A l’inverse, en l’absence de précipitations, dans des eaux glacées avant que le gros de la fonte des neiges n’ait démarré, la donne est assez radicalement différente. La situation, que tout pêcheur aux appâts a déjà rencontrée, où les vers -y compris de petite taille- ne déclenchent que des touches timides et courtes, la nymphe s’avère souvent supérieure, déclenchant des arrêts plus francs, et donnant lieu à des captures en lieu et place des ferrages dans le vide et des vers coupés sous l’hameçon.

Enfin, en cas de fonte des neiges, dans l’eau plus ou moins laiteuse et blanchâtre, la pêche en nymphe se révèle souvent supérieure tant que la teinte ne dépasse pas un seuil acceptable. Dans ce cas, comme dans toutes les situations à la croisée des cas théoriques énumérés ici, il existe une multitude de conditions mixtes, avec de légères précipitations couplées à une légère fonte par exemple, où la polyvalence du pêcheur devra s’exprimer pour trouver l’option la plus pertinente du moment, tout en gardant bien en tête que dans ces cas-là, la meilleure solution n’est pas toujours celle qui semble instinctivement la plus évidente.

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peche toc
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Par eaux teintées, difficile de rivaliser avec le ver !
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La présence d’insectes

Les eaux froides de début de saison sont, dans un grand nombre de régions de France, le théâtre d’émergences de baetidés et de march brown, constituant un des premiers gros apports de nourriture de l’année. La présence d’insectes faisant l’objet d’un intérêt alimentaire pour les truites est le second facteur qui conditionne fortement l’efficacité et/ou la supériorité de la pêche en nymphe.

L’observation d’une truite qui gobe met en évidence le fait qu’elle ne se contente que rarement de crever la surface de l’eau. En réalité, elle effectue surtout des écarts latéraux pour intercepter des insectes émergents bien plus qu’elle ne cueille des subimagos. Cette attitude est la plus courante, et en pleine phase alimentaire, il est fréquent d’observer, pour un poisson qui se manifeste par des gobages, plusieurs congénères qui se contentent de se nourrir plus bas, focalisés sur le stade émergent des larves.

Ces contextes, jusqu’à présent terrains réservés de manière presque exclusive aux pêcheurs à la mouche, constituent désormais un moment de choix pour le pêcheur au toc (pardon…) qui peut entrer dans le jeu en proposant des imitations conformes à ce sur quoi sont concentrées les truites.

Les heures de milieu de journée correspondent donc, dans les semaines qui suivent l’ouverture, au moment le plus opportun pour se décider à remplacer ses appâts naturels pas des nymphes !

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Pêche toc
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Les choix à faire

Pour ce qui concerne les vers, les choix sont plutôt simples. De taille moyenne, voire grosse pour les conditions d’eau réellement chargées, tout un chacun entretient ses préférences en rapport avec les milieux qu’il fréquente.

Au sujet des nymphes, le choix est plus large en théorie, mais peu de modèles suffisent en réalité à couvrir l’intégralité des pêches des mois de mars et avril. Les tailles seront grandes (10, 12 et 14), les modèles seront coiffés de billes de couleurs classiques (or, argent et cuivre), et un tag orange pourra venir agrémenter le tout. Sur ce dernier point, les tests sur le moment font office de loi, et il convient d’alterner les deux options, voire de les mixer dans le cas de la pêche à deux nymphes, de manière à déterminer ce qui déclenche le mieux les touches. Le tag doit faire l’objet d’une grande attention, il revêt une importance non négligeable, et sa présence ou son absence peuvent augmenter ou au contraire inhiber le volume des touches de manière notable.

Enfin, l’aspect le plus important réside à mon sens dans le revêtement du corps : les corps lisses et vernis sont à proscrire dans l’eau froide, puisque le rapport entre leur taille et leur grande capacité d’immersion ne présente pas d’intérêt notable dans le contexte qui nous intéresse ici. Il est pertinent de leur préférer les modèles offrant une portance plus grande dans l’eau, principalement en faisan ou en dubbing ébouriffé, pour un meilleur effet planant dans les veines molles dans lesquelles les poissons s’alimentent à cette période.

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pêche toc
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En conclusion, et en dépit des croyances le plus souvent mises en avant, l’attractivité des nymphes en comparaison des appâts naturels classiques n’est que peu une affaire de saison, et il est pertinent d’analyser les couleurs d’eau et les émergences plutôt qu’un simple calendrier ou un thermomètre, tout en veillant à privilégier des modèles aux portances élevées, de manière à tirer le meilleur de ses parties de pêche.

A chaque fois que l’utilisation d’un appât naturel correspondant réellement à l’alimentation des truites est possible, il est bon d’exploiter le créneau, mais dans tous les autres cas, et en particulier lorsque les poissons se nourrissent de proies inutilisables en pêche en dérive naturelle, la pêche en nymphe apporte le meilleur d’elle-même en matière d’efficacité.

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A propos de l'auteur

Actuellement guide de pêche sur le territoire audois et ariégeois après un exil de son Gers natal, Matthieu est un pêcheur de truites avant tout, qu’il traque tout au…