La BWO et le Sherry Spinner : théorie et pratique

Sherry Spinner

On va parler de BWO…. Quel pêcheur au fouet n’a pas entendu parler de cette mouche ? En fait la Blue Winged Olive ou “Olive aux Ailes Bleues” est le nom générique attribué aux subimagos de la famille des Ephemerillidae mais je ne me limiterai pas ici à l’évocation du seul stade subimaginal et j’essayerai d’exposer au mieux ce que je sais de cette famille d’éphéméroptères, leur implication dans le contexte de la pêche et leurs imitations.

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Cet éphémerellidae est une mouche d’importance majeure et sa période de vol classique se produit dès la fin du printemps et ce jusqu’à la fin de l’automne. Aussi commun que soit cet insecte, c’est une mouche dont la présence pose presque toujours des problèmes au pêcheur ainsi qu’au monteur de mouches. La littérature halieutique regorge d’anecdotes, de suppositions et de théories en tout genre à son propos. Le grand G.E.M Skues lui même y consacre une très grande partie de son oeuvre (Cf. le livre "La Truite et la Mouche"). Les conclusions qu’il en tire sont une mine de réflexions pour celui qui s’y penche et je ne saurais trop vous recommander la lecture de cet indispensable chef d’oeuvre.

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BWO
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Imitation de BWO classique
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Description didactique

La famille des Ephemerillidae reconnaît désormais 3 genres : Ephemerella, Serratella et Torleya.

Le genre Chitonophora, souvent cité par la littérature encore récente a été reclassé sous le genre Ephemerella (Chitonophora Kriegoffi = Ephemerella Mucronata).

Entomologiquement parlant, les genres se distinguent entre eux par le rapport de longueurs des articles des pattes et l’étude des pinces génitales des imagos mâles… et on ne parle là que du genre !

Leurs larves (taille : 5 à 9 mm), discrètes, sont de type rampantes et font corps avec le substrat. Elles ont un aspect compact et “rectangulaire”, de couleur brun-olive plutôt foncé, aux pattes finement pointillées de jaune-olive clair ainsi que les cerques .

Elles s’accommodent de la plupart des milieux même si les zones d’émergences sont souvent celles que l’on nomme arbitrairement “stations à Baetis”... Surtout si des parties moussues et immergées dans lesquelles elles prolifèrent sont présentes sur la même zone.

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BWO
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BWO
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Les individus ailés ont les ailes très finement nervurées et les ailes postérieures bien apparentes. Le thorax est très proéminent et l’envergure des ailes légèrement démesurée par rapport au corps lui valent son surnom de “bossue”. Avec leurs 3 cerques, ces quelques éléments basiques nous permettent de les distinguer à coup sur des spécimens de la famille des baetidae de volume et de coloris assez proches avec qui elles coexistent... le profane pourrait facilement s’y tromper.

Il est assez difficile de coucher sur papier une idée précise des coloris tant cette famille est polychrome : le référentiel de couleurs est extrêmement vaste et varie en fonction de l’altitude, de l’âge des individus et de leur sexe.

Essayons tout de même:

Pour les subimagos (BWO) : de vert d’eau très pâle à vert-olive très foncé... en passant par le jaune paille, le vert amande et le vert-olive rouillé, bien que l’on y discerne une touche d’orangé dans presque tous les cas... il y a de quoi se casser la tête !!

La constante réside dans l’indescriptible couleur des ailes : un genre de gris ardoise aux reflets violines avec souvent une tonalité d’olive dans la zone costale de l’aile antérieure. C’est quasiment impossible à reproduire, même si de nombreuses imitations demeurent valables fort heureusement.

Tout comme chez l’imago, les yeux des mâles sont d’un rouge-brique franc.

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BWO
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BWO femelle
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BWO
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BWO mâle
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BWO
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BWO poule
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Pour les imagos (SHERRY SPINNER), la couleur oscille de brun-jaune à orange-rouillé, rouge sang… plus l’insecte va vers la mort, plus le corps devient sombre, surtout celui des mâles.

Les ailes des imagos sont translucides comme du verre avec des reflets miellés dans la zone costale, mais très légèrement. Vous qui me connaissez maintenant, je ne surprendrai personne en affirmant que seul un magnifique hackle de coq de pêche peut rendre hommage à la cristallinité des ailes de ces imagos ! Mais il faut dresser léger ! 

Il est fréquent de capturer en soirée des femelles avec leur oeufs sous la pointe de l’abdomen. Contrairement aux Heptageneiidae qui déposent leurs oeufs à la surface de l’eau, les Ephemereliidae les laissent choir en plein vol. Ces oeufs forment une grosse boule vert-olive foncé avec une touche de bleu et ne peuvent passer inaperçus, pas plus du pêcheur observateur que des truites d’ailleurs... me semble-t-il.

Concrètement en saison, deux espèces prédominent réellement : Serratella Ignita (anciennement Ephemerella Ignita) et Torleya major. Dans les deux cas, on peut assister à des émergences (et donc à des retombées !!!) plutôt massives.

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BWO
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Imago femelle au moment de la ponte (@Alexis Dupuis)
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Spinner BWO
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Imitations de Sherry Spinner
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Torleya Major
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Torleya ayant perdu 1 cerque
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TORLEYA MAJOR

Bien plus grande que sa cousine (taille d’hameçon 15/16), c’est un espèce précoce que je rencontre rituellement après Pâques sur les rivières précoces des Pyrénées centrales ainsi qu’en Aveyron et en Lozère. Il me semble avoir remarqué que les rivières issues de résurgences lui correspondent plus particulièrement. Par rapport à S. Ignita, le subimago est plus clair, plus terne. Les pattes notamment sont d’un aspect plus robuste et sont de couleur jaune-pale mât.

Les émergences les plus conséquentes ont lieu par temps de pluie et souvent synchronisées avec celle de Rhithrogena Semicolorata (OLIVE UPRIGHT)… Attention, à 10m et dérivant sous la pluie on pourrait les confondre !!! Les truites, elles, font la distinction et préfèrent cette grosse BWO à l’OLIVE UPRIGHT, je l’ai toujours remarqué. Bien évidement, loin de moi l’idée d’être péremptoire, des contre-exemples doivent bien exister.

Pour cette espèce et pour cette période (printanière), je privilégie le montage des subimagos car tant que les coups du soir n’ont pas démarré, l’imitation de l’imago peut être utile mais reste toutefois très à la marge. Je concède que l’activité des truites, parfois spectaculaire, sur cette émergence m’a toujours posé des problèmes (refus, nombreuses décroches etc..)

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Torleya
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Torleya Major Subimago femelle
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't't't
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Torleya Major imago mâle
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Stillborn
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Stillborn
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SERRATELLA IGNITA

Très commune dès le mois de juin, les purs entomologistes présupposent une espèce bivoltine avec une génération distinctement automnale, génération qui serait légèrement plus petite… Pour nous, pêcheurs et monteurs de mouches, on se concentrera sur la confection de modèles de taille 18/20. Les émergences donnent lieu à beaucoup de “stillborn” que les truites semblent préférer, le monteur de mouche devra aussi en tenir compte. En ce qui me concerne, je monte surtout des imagos, que ce soit pour la pêche de l’eau en journée et bien sûr pour le coup du soir.

Une tendance qui est la mienne : j’utilise des spinners très simples, taille 16/18 corps plutôt orangé en début d’été (juillet) et plus la saison avance et plus je réduis la taille (18/20) en passant sur des corps de plus en plus rougeâtres (août / septembre).

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BWO
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BWO femelle (@Alexis Dupuis)
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nymphe BWO
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La pêche à la nymphe

S’il est un fait systématiquement observé et rapporté par la littérature c’est que notre insecte à tendance à rendre les truites sélectives à tous les stades. Je considère néanmoins que ce sont les truites qui sont fixées sur les nymphes qui posent le plus de problèmes.

Les truites semblent excitées par la présence de cette nymphe et font souvent de gros déplacements pour s’en emparer. Je ne donnerai pas ici une formule de montage car je n’ai hélas pas trouvé la mouche permettant de répondre de façon définitive et absolue à ce cas de figure. Il faut encore essayer, tester, imaginer…

Pierre Miramont s’est rendu célèbre par son imitation de “nymphe qui saigne”, mais après bien des essais, et avec tout le respect dû à son rang, je dois bien concéder que je n’ai pas trouvé de valeur ajoutée à ce modèle avec lequel je suis resté un peu sur ma faim.

Des nymphes types “Skues” non plombées et plutôt sombres semblent donner les meilleurs résultats, encore faut il parvenir à trouver les bons matériaux et marier les “bonnes couleurs”.

Le grand pêcheur en nymphe à vue Jean-Marc Somaré, qui rencontre sur sa rivière de coeur la Loue, une présence massive et régulière de Serratella Ignita connaît parfaitement la problématique que pose cette espèce. Il a à son propos une théorie fort séduisante mais dont la solution est hors de portée du monteur de mouche le plus pertinent. En effet selon lui, lorsque les truites sont fixées sur les nymphes d’Ignita les poissons les plus sélectifs ne s’intéresseraient qu’aux nymphes en mouvement dans le film de l’eau. Et comme il n’est pas rare d’observer ces nymphes se contorsionner de façon plus ou moins frénétique à quelques millimètres de la surface, c’est une idée qui tient la route.

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CONTENU STOMACAL
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Contenu stomacal d'une truite fixée sur des nymphes de BWO (@Jean-Marc Somaré)
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Nymphes de BWO
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Quelles mouches ?

Pour les subimagos, et contrairement aux Olives (Cf. l’article Olives & Cie), une imitation classique en hackle, ne me donne pas des résultats probants. Peut être que l’évocation de ce type de modèle est trop “scolaire”, trop parfaite... Lorsque les conditions se durcissent, des modèles mal-éclos, flottant bas en plumes molles (CDC ou autres) et autre “Stillborn” se révèlent beaucoup plus efficaces.

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Le modèle Gallica 17 : un très bon imago mort !
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La Gallica n°17 : un très bon Sherry Spinner !
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Je n’en dirais pas de même en ce qui concerne les imagos, comme je l’ai évoqué plus haut, je dresse de petits spinners (montage tout simple type araignée) mais je porte une attention toute particulière à la qualité du hackle, que je souhaite naturel et très translucide (crystal ou gris miellé clair). Je varie beaucoup les tonalités du corps que je compose en fils ou en léger dubbing cerclé de fil de cuivre très fin. Dans mes boîtes se trouve une quantité suffisante du même modèle, décliné de 16 à 20 avec des nuances en ce qui concerne la couleur des corps et les différentes qualités de plumes.

J’ai poussé la fantaisie jusqu’à représenter les oeufs sur un modèle à l’aide d’un très court tag de fil vert effiloché (Singer n°707 ), peut-être est-ce psychologique, mais il me semble que ce type de montage est régulièrement supérieur aux autres, surtout au début du coup du soir, mais c’est difficile à prouver. Il est toujours possible que cette différence supposée n’ait lieu que dans mon esprit, mais tout de même…

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Spinner BWO
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Ce qui me paraît certain en revanche, c’est que les truites semblent très sensibles à l’imago et au spent et ce, même en dehors du contexte du coup du soir. En journée au mois de juillet, même par beau temps, les rares et paresseux poissons en poste se laissent plutôt tenter par un spent bien présenté. La “Sherry Spinner” (qui doit son nom à la couleur de son corps qui se rapproche des subtiles nuances d’un vin de Xéres) sera donc pour moi une mouche de base lorsque arrive l’étiage même si il me semble qu’au fil des saisons elle perde un peu de sa prééminence au profit des fourmis et autres “Tupp’s Indispensable”, nous reparlerons de tout ça dans la suite de l’article spécifique pêche d'été (Cf. l'article pêche d’étiage).

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Spinner BWO
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Autres imitations de Sherry Spinner
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Sur mon territoire de pêche estival (toutes les rivières moyennes du 09 pour faire court), je constate une très forte baisse des émergences depuis plus d’une dizaine d’années. Après en avoir discuté avec le très compétent Jean-Louis Sanson qui constate amèrement cette régression, je crains bien ne point avoir rêvé. Il est difficile de livrer une explication tant ces espèces ne sont pas très polluo-sensibles, une légère pollution organique serait même plutôt un argument pour dynamiser leur pérennité… mystère donc.

Je profite de l’occasion d’avoir cité ce très élégant pêcheur à la mouche qu’est Jean-Louis Sanson pour vous recommander vivement la lecture de son livre (“Pêche à la mouche – La part du rêve au rythme de la météo” - Edition Le Trieux 2013). Un ouvrage en rupture avec les tendances du moment mais qui offrira de nouveaux horizons à ceux qui souhaitent approfondir leur art.

 

Texte et montages de l'auteur, photos de l'auteur sauf mention contraire, photo d'accroche Pierre Souyri

Marryat Tactical Pro

A propos de l'auteur

A 47 ans, Christian fait partie de ce que l'on pourrait appeler les "pêcheurs-naturalistes ". A une époque où le culte du nombre et de la taille des…