Truite au leurre souple : choix des leurres et têtes plombées

pêche truite leurre souple

Si l’usage des leurres souples (LS) est particulièrement adapté à la recherche de la truite (cf première partie de cet article), il faut malgré tout faire attention à bien les employer, à connaître les principes fondamentaux de cette pratique. Cette deuxième partie sera donc essentiellement axée sur les aspects techniques et matériels. Je tiens à préciser tout d’abord qu’elle ne traitera que de la pêche avec un LS placé sur une tête plombée et nouée directement en bout de ligne. Le drop shot, le split shot ou autres... ne seront pas développés ici. Leurs champs d’action sont plus limités et je les trouve beaucoup moins funs à utiliser. Que voulez-vous, nous sommes des hédonistes chez Truite & Cie.

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Présentation des grandes familles de LS et leurs applications

L’offre de leurres souples est pléthorique. Si bien souvent ces derniers ont été développés pour la recherche d’autres carnassiers, ils se révèlent très efficaces sur la truite. D’autant plus que l’utilisateur de softs n’attend d’eux qu’une seule chose : qu’ils nagent sur une tête plombée, ce que tous les leurres souples doivent faire, même les moins haut de gamme, car cela est un besoin premier de leur cahier des charges. Nous allons essentiellement traiter de deux types de formes :

  • Les shads :

Ces leurres souples pisciformes se terminent par un « paddle » plus ou moins rond placé perpendiculairement à l'axe du corps. Lorsque ce battoir caudal ce met en action, il imprime des mouvements à l’ensemble du leurre. Celui-ci peut osciller verticalement autour d’un axe traversant de la queue à la tête : les flancs vont monter puis descendre en alternance. Les anglophones emploient le terme « rolling » pour qualifier ce mouvement. Le leurre peut aussi onduler sur un plan horizontal. Vu de dessus, cela s’apparente à la nage d’un serpent (avec moins d’amplitude ici). C’est le « wobbling ». Selon les caractéristiques des modèles (silhouette, souplesse de la matière, forme du paddle…), les actions de rolling et de wobbling vont être plus ou moins présentes.

En fonction de l’intensité des vibrations émises, il est possible de distinguer deux types de shads :

Les plus corpulents sont généralement associés à une caudale très développée. Ils engendrent de puissantes pulsations. Pour accentuer encore plus l’effet vibratoire, le corps est souvent jalonné d’anneaux, de stries ou de lamelles. Ces softs offrent une grosse résistance et brassent donc beaucoup d’eau. Ils sont indispensables lors des crues car les poissons les identifient plus facilement. Ils ont aussi ma faveur pour évoluer dans les calmes où ils ont réussi à décider plus d’une jolie truite, que ce soit en récupération linéaire ou en dents de scie.

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pêche truite leurre souple
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Ce spécimen de plus de 65cm était posté derrière un gros bloc qui barrait le courant. Il a pris le leurre (de 10cm de long) à la descente selon la modalité décrite ci-dessous.
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Aussi, ces shads « fats » sont peut-être les leurres les plus redoutables pour pêcher à la descente. En effet, la grande taille du paddle crée un effet parachute et ralentit considérablement la pénétration dans l’élément liquide. Cette combinaison entre de puissantes vibrations et une évolution lente en fait l’outil idéal pour pêcher les berges abruptes, ces dernières étant souvent des zones de tenues pour les truites. Cela se traduit ainsi sur le terrain : Il suffit de lancer son leurre près de la rive, le laisser descendre jusqu’au fond et, si la touche ne s’est pas produite, le ramener en dent de scie en suivant la bordure. Une sorte de fusion entre le vairon manié et la pêche en traction. Lorsqu’une jolie fario sort de sous la berge pour se saisir du leurre, la montée d’adrénaline est garantie. Par contre, ces softs relativement épais ne sont pas des plus indiqués pour les courants très soutenus car ils ne parviennent pas à s’y maintenir. Le paddle engendre des pulsations trop fortes et ils décrochent.

C’est alors qu’entrent en jeu les shads effilés. Leur paddle est réduit et leur corps fin. La matière qui les compose est parfois plus dure. Ils tiennent mieux dans les écoulements intenses. La nage est plus discrète, le rolling presque absent. Les signaux envoyés sont donc plus doux. Certains jours, les truites refusent les shads les plus corpulents. Ce sont ces shads « slims » qu’il faut accrocher au bout de sa ligne. De par leurs propriétés, ils sont très précieux pour les prospections aval et permettent de battre beaucoup de terrain. Il suffit de lancer vers la rive opposée pour prospecter toute la largeur du chenal d’écoulement de la rivière. Le courant donne vie au soft et porte naturellement le montage en direction de la berge où se situe le pêcheur. Varier l’inclinaison de la canne permet de passer à la profondeur désirée.

Bien sûr, il existe tout un tas de modèles intermédiaires qui s’intercalent entre ces deux genres.

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Un shad slim pour cette méditerranéenne, le Crazy Shad de MRcraft en 7cm.
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  • Les finesses et les slugs :

Ces softs sont allongés, fins et se terminent par une queue en V pour les finesses alors qu’elle est droite et pointue sur les slugs. Je les regroupe dans la même catégorie car ils ont des applications similaires lorsqu’ils sont employés pour la truite. Les vibrations provoquées sont fines. Dépourvus de paddle, ils n’offrent pas d’appui. De ce fait, ils font preuve d’une excellente stabilité dans les courants les plus forts, là où tous les autres leurres sont en difficultés et inefficaces. Voilà un moyen simple et prenant pour atteindre les plus gros sujets se tenant dans les flux les plus violents et les plus profonds. Il suffit de laisser le leurre se faire porter par le débit, quel que soit son importance. Le pêcheur n’a qu’à choisir la bonne veine, lancer en amont et accompagner son soft en donnant de temps en temps un petit coup de poignet avant qu’il ne touche le fond. Ce procédé est donc très proche des dérives naturelles qui sont pratiquées au toc ou en nymphe.

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leurre souple
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Les 4 types de leurres décrits (de haut en bas) : slug, finesse, shad slim, shad fat
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Pour votre culture personnelle :

Ces leurres souples à battoir caudal sont appelés « swimbaits » aux USA, patrie qui a vu la naissance et qui a donc baptisée à peu près tous les types de leurres. Là-bas, un shad est un leurre étroit haut sur flancs, qu’il soit dur, souple, avec ou sans paddle... L’excellent David Dubreuil en parle ici. « Swimbaits » devrait donc être le nom de ce que la quasi-totalité des pêcheurs européens appelle shad... Mais cet article étant destiné aux lecteurs du vieux continent, j’ai décidé d’employer le terme de shad afin qu’il soit facilement compris par le plus grand nombre.

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Changeons totalement de registre et passons sur une démarche beaucoup plus dynamique, le jerking. Ces softs décrivent d’amples écarts latéraux très soudains lorsqu’ils sont animés par de francs coups de scion vers le haut. Ces « darts » sont d’autant plus importants que le dos du leurre est plat et la tête plombée adaptée (TP dite « darting »). Cette animation saccadée combine l’agressivité propre à certaines pêches au poisson nageur avec le côté silencieux et discret du leurre souple. Ou comment concilier deux approches apparemment opposées dans la même pêche. Et c’est souvent ce style d’originalité qui décide les vieux poissons expérimentés. Il n’y a pas vraiment de postes à privilégier pour cette façon de procéder. Elle est praticable en prospection amont, aval, de travers, dans les pools, les radiers… Son emploi est plus lié à l’humeur des poissons qu’au profil du cours d’eau.

Précédemment, j’ai insisté sur le fait que les LS étaient peu utilisés pour la truite. Nous sommes, avec les finesses et les slugs, en présence de softs dont l’usage est des plus confidentiels, surtout par rapport aux populaires shads… et pourtant, ils sont d’une efficacité redoutable. C’est avec eux que j’ai attrapé le plus de farios l’an dernier.

Je n’évoque pas les autres imitations dans ce chapitre et notamment les écrevisses. La singularité de cette approche justifie qu’elle soit l’objet d’un chapitre complémentaire qui sera publiée ultérieurement.

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Truc & astuce :

Si votre leurre a tendance à descendre sur la hampe de l’hameçon et à se faire déchirer par cette dernière, appliquez un point de colle derrière la tête plombée. La durée de vie de votre soft n’en sera que plus grande.

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Les têtes plombées

L’efficacité du leurre souple est liée à une condition primordiale : le bon choix de la tête plombée. Ces morceaux de plastique ne sont rien sans un armement adapté. La taille de l’hameçon, la forme et le poids de la tête plombée sont aussi importants que le soft sélectionné.

Le lestage dépend naturellement de plusieurs facteurs : la profondeur d’évolution désirée, la force du courant, la forme et l’action du leurre, le niveau d’expérience du pêcheur (débutant ou confirmé), la vitesse du vent… Le montage ne doit pas être trop lourd sous peine d’obtenir une présentation peu naturelle. Mais il doit l’être suffisamment pour évoluer dans la colonne d’eau au niveau voulu et pour que le pêcheur maîtrise son leurre, sente lorsqu’il touche le fond, perçoive les tapes même fugaces, distingue les défauts de nage de son soft... Il faut trouver le bon équilibre, le juste milieu entre trop et pas assez de poids.

Pour vous donner quelques valeurs chiffrées (c’est bien sûr critiquable car très simplifié), en conditions hydrologiques « normales » (peut-on encore parler de « norme » à la vue de l’enchaînement des derniers événements météorologiques ?) et pour les rivières moyennes de 10 à 20m de large ; c’est bien souvent autour de 3,5 à 5g que se trouve la vérité. Il faut logiquement alourdir pour les cours d’eau plus puissants (environ 7g ou plus) et diminuer pour les ruisseaux plus modestes (approximativement 2 à 3g pour 5m de largeur).

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pêche truite leurre
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Choisir une tête plombée dont le poids s’adapte au cours d’eau et au leurre.
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L’hameçon doit avoir un piquant irréprochable et être suffisamment fort si le parcours fréquenté abrite de jolis poissons. La taille de la hampe a aussi son importance. Pour les shads, celle-ci doit être assez courte pour ne pas brider la nage du leurre. Il faut qu’elle ressorte du corps vers le premier tiers du soft afin que le mouvement de ce dernier, ici le wobbling, soit plus libre. Pour les finesses et les slugs animés en darting, la tige peut être plus longue et l’hameçon s’extraire à la moitié du LS. En effet, cette longueur plus importante contribue à rigidifier le leurre et ainsi faciliter les écarts latéraux.

La courbure doit suffisamment se dégager de la silhouette du leurre pour assurer un bon ferrage. Mais sans excès, il faut que l’ensemble leurre plus tête plombée puisse rentrer facilement dans la gueule de la truite. Les proportions doivent rester harmonieuses.

La position de l’œillet agit sur l’action et la présentation du leurre. Je préfère n’utiliser que des TP avec une boucle d’attache située au centre de la tête. Ce placement garantit une plus grande polyvalence par rapport à celles situées sur l’avant ou l’arrière.

La tête plombée peut grandement influencer la nage du leurre. J’en utilise essentiellement deux sortes :

  • Les rondes

Certainement la première à avoir été créée. Elle est toujours très employée car d’une grande polyvalence. Elle parvient à réaliser à peu près toutes les animations demandées (récupérations linéaires ou en dents de scie) et cela dans de nombreuses situations (courants, contre-courants, plats, tombants…). Avec cet armement et si la hampe de l’hameçon n’est pas trop longue, le leurre souple conserve sa nage originelle, celle pour laquelle il a été conçu. C’est une forme qui fait référence, un basique à posséder.

  • La darting

Ici, ce n’est pas la forme qui qualifie la tête plombée mais bien l’action qu’elle confère au leurre. Elles peuvent être triangulaires, plates sur le dessus ou plus ou moins coniques… Toutes font partir les finesses et les slugs dans de belles embardées lors de francs coups de scion. Mais il serait dommageable de les limiter à cette seule nage erratique car elles sont aussi tout à fait indiquées pour les récupérations au moulinet et pour les shads. En pêche aval, la face supérieure, souvent aplatie ou biseautée, oppose une résistance à l’écoulement et sert en quelque sorte de bavette pour le soft. Ce dernier a ainsi tendance à prospecter un peu plus creux. En pêche amont leur profil assez effilé et la partie inférieure arrondie permettent de bien fendre le courant pour atteindre plus rapidement la zone voulue sans connaître de dérive excessive. La prospection en dents de scie s’en trouve facilitée. Un côté pour le darting et la pêche aval, un autre pour la pêche amont : encore une TP vraiment polyvalente et très efficace en de nombreuses conditions.

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têtes plombées
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2 TP rondes à gauche et 2 TP qui dartent à droite.
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Prochainement la suite de cet article. Y seront évoqués le choix de la ligne, de la canne et du moulinet, l’action de pêche, la gestion des touches et des combats…

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A propos de l'auteur

Comme ses aïeux, Pierre pêche depuis tout petit. A ses débuts, suivant la tradition locale pyrénéenne, il procède au toc. Mais dès le premier contact avec un lancer, il…