Bien débuter le montage de mouches

montage mouche

Pour de nombreux moucheurs, l'acte de pêche est indissociable de la fabrication des artificielles. Pourtant, débuter le montage des mouches n'est pas chose aisée en 2023, tant nous croulons sur les informations et les matériaux. Pour défricher cette jungle et partir sur de bons rails, nous avons sollicité les conseils de 2 éminents spécialistes de la discipline : Cyril Bailly et Christian Guimonnet. 

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Bonjour messieurs, y-a-t-il selon vous des prérequis indispensables avant de débuter le montage de mouches ?

Cyril Bailly : La première chose, c’est l’envie ! Même en ce qui me concerne, après 40 ans de pratique, si je n’ai pas envie, ça se ressent au niveau de mes montages ! Parmi tous les gens à qui j’ai enseigné le montage, ceux qui étaient hésitant ou qui en avaient marre au bout de 10 mouches n’ont jamais abouti à quelque chose, contrairement aux autres, chez qui la motivation fait que tout coule plus ou moins de source... Clairement, il faut voir ça comme l’aboutissement du pêcheur à la mouche : pêcher avec ses propres mouches, ce n'est pas rien ! En plus, cela permet de progresser dans la pêche à plus long terme...

Je dirais aussi quand même que monter ses mouches n’est pas absolument indispensable pour bien pêcher, je me souviens en avoir discuté avec certains fabricants qui me disaient que plus de 60% des pêcheurs achètent leurs mouches  c’est beaucoup ! Moi à l’époque, on m’a dit : « si tu veux pêcher, il faut monter tes propres mouches », alors...

Deuxio, j'ajouterais quand même qu'il vaut mieux ne pas avoir des "pattes de poulet"... une certaine dextérité aide forcément ! tout le monde ne l’a pas… mais ce critère reste secondaire par rapport à l’envie ! "

Christian Guimonnet :Et bien je considère que pour devenir un bon monteur de mouches, il faut tout d‘abord être en mesure de bien situer ses besoins en fonction du pêcheur que l’on est. On évitera ainsi de s’éparpiller trop vite, l’apprentissage doit se faire crescendo, c’est très important.

Il existe 2 manières d’appréhender le montage : les monteurs pragmatiques qui font les mouches qui marchent pour eux et qui considèrent cette activité comme un mal nécessaire à leur action de pêche. Ils montent utile !... 

Et il y à les monteurs que je qualifierais davantage “d’artistes”. Ces derniers sont beaucoup plus impliqués (temps, finance,...) et s’épanouissent autant devant leur étau qu’en action de pêche. Je précise d’emblée que les "artistes", aussi doués soient-ils ne prennent pas forcément davantage de poissons que les "pragmatiques"... En gros, ils cherchent autre chose.

Ce qu’il faut sentir, c’est dans quelle catégorie on se place car selon sa sensibilité, l’investissement (surtout financier) dans le fly-tying ne sera pas du tout le même.

Ensuite, pour répondre à ta question sur un aspect plus pratique, il faut prévoir chez soi un espace tranquille, à l’abri des enfants en bas-âge et des animaux domestiques. Un espace ou l’on se sent bien et confortable avec un bon éclairage. Voilà, après on peut commencer à se lancer!"

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montage mouche
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Le coin intime de Christian... le résultat de plusieurs décennies de montage de mouches !
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Rentrons dans le vif du sujet : débuter c'est souvent se tromper... dans le cadre du montage de mouche, à quels risques de fourvoiement s'expose le non initié ?

Cyril Bailly : "Le principal risque selon moi, c'est l'utilisation d'un excès de matériaux qui ne sert à rien ou alors à monter des mouches non abouties, non pensées ! Inutile de mettre plein de matériaux, mieux vaut jouer sur leur mobilité par exemple, au niveau du choix des poils (ni trop raide ni trop mou). Le débutant a tendance à surcharger alors qu’il faut épurer un max, surtout pour les mouches en dubbing et en poil… comment donner du volume sans mettre trop de matériaux, en voilà un challenge technique ! C'est particulièrement le cas sur les oreilles de lièvres ou les colerettes en lièvre… Tout bêtement, l’œillet de la mouche doit être parfaitement dégagé, si c’est pas le cas, la mouche est ratée selon moi, c’est rédhibitoire… Ces erreurs de dosage et de compréhension des matériaux, on les a toutes faites…

Trop se compliquer la vie, multiplier les modèles, faire des combinaisons qui ne fonctionnent pas sont aussi des risques !"

Christian Guimonnet : "Si tant est que l’on veuille se mettre sérieusement au montage, il faut vraiment insister sur les bases, c’est à dire se concentrer vraiment sur les patterns classiques en sèche (araignées, palmer, oreilles de lièvre, sedges, fourmis, etc...). C’est à partir de là qu’on apprend.

Je vois trop souvent sur les réseaux sociaux des débutants faire des nymphes... c’est un très mauvais départ à mon sens. Tout comme les mouches noyées, le montage des vraies nymphes (non ou peu lestées) est un art délicat qui doit venir après, lorsque l’on a vraiment acquis les techniques et les concepts de base du montage de mouches sèches.

Plus contre-productif encore : démarrer par des perdigones et/ou des “nymphes” à billes... Premièrement parce que cela n’a rien à voir avec du montage de mouches, deuxièmement parce que c’est de toute façon à la portée du premier couillon venu, je déconseille fortement.

Une grossière erreur aussi me semble-t-il, c’est de se lancer à corps perdu vers les tutos que l’on trouve facilement via internet et en particulier sur Youtube… même si j’admets que de temps en temps on peut tomber sur une idée intéressante. Or, dans la majorité des cas, les montages y sont bien médiocres et rarement contextualisées, "n’importe qui" pouvant y faire "n’importe quoi" !

Ne parlons pas non plus des publications de certains internautes particulièrement actifs qui proposent 9 fois sur 10 des modèles non validés par l’expérience, et montent des mouches sans avoir jamais observé (et encore moins étudié !) les insectes qui sont supposés les inspirer...

Se méfier particulièrement des vidéos de monteurs étrangers, même s’ils sont bons (à moins que l’on souhaite évidement monter des modèles pour aller pêcher leurs rivières, à la limite pourquoi pas !) car il est rare que le style de montage proposé corresponde réellement aux situations que vous allez rencontrer.

Difficile donc pour un débutant de trier le bon grain de l’ivraie !

Evitons également d’acheter trop de matériel de fly-tying d’un coup, ça c’est le meilleur moyen pour s’éparpiller et de dépenser son budget dans le vide...

Pour ceux qui ont le goût du montage, prenez garde aux sirènes de la créativité, c’est votre pire écueil : NON, vous n’allez pas inventer un nouveau modèle original! "

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grise corps jaune
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La grise à corps jaune...
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peute
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... la peute...
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CDC
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... le Cul de Canard...
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palmer
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...le palmer gris...
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oreille lièvre
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... et l'oreille de lièvre, sont les 5 modèles à maîtriser au départ, selon Cyril
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Dans la jungle de matériaux disponibles, quelle sélection effectueriez-vous pour se lancer ?

Cyril Bailly : "Pour apprendre, il faut peu de matériaux pour mieux les connaître et mieux les travailler. Par contre, il faut vraiment investir dans du qualitatif car cela simplifie le montage. Personnellement, je donne la part belle aux matériaux naturels car ils font justement partie de la Nature… On trouve assez de choses dans cette catégorie de matériaux, j’utilise le synthétique avec parcimonie, et j’essaie toujours de lui trouver des alternatives ! En pratique, en plus des outils de base dont nous reparlerons, je me contenterai de débuter le montage de sèches/émergentes et nymphes légères avec :

  • 6 bobines de fil de montage 8/0 style Uni-thread pour son côté passe partout (pas trop gros pour certaines techniques comme une mouche en dubbing) en jaune, olive, rouge, orange, noir et marron. Au début on peut très bien se contenter de corps en fil de montage tout simple sans acheter des herls par exemple, ça prend plein de poissons !
  • Assortiment de cous de coq : ça coûte cher donc possible en demi-cou. Premier prix, les cous indiens qui ont des avantages et des inconvénients, le choix n’est pas facile. Moins de risque de se tromper avec les cous génétiques, même ceux de faible facture comme les Keough par exemple, qui sont un peu moins chers que les Whiting ou les Metz, avec une plume qui tient quand même la route (rachis pas trop épais, fibres pas trop longues). La base c’est 3 demi cous : un gris moyen, un roux et un grizzly,
  • Un petit carré de poil de cervidé (dos de chevreuil),
  • Un masque de lièvre ça c’est primordial,
  • Une demi peau de lièvre, en particulier celle de Stephan Florian,
  • Des plumes de queue de faisans,
  • Des yeux de paon (non ébarbé) : pour faire des corps en quill on peut les ébarber soi même,
  • Flanc et poitrail de cane,
  • Un peu cher mais une peau de perdrix hongroise : je déconseille les pochettes de plumes, elles sont trop chères par rapport au nombre de plumes utilisables, autant les prélever directement sur la peau. On peut faire beaucoup de choses avec : des colerettes de mouches noyées, des pattes, ailes de sedge…etc.
  • Des CDC naturels (gris moyen, naturel, beige et marron/kaki) de qualité ! Certaines pochettes de 3 gr ont des plumes beaucoup trop courtes, les meilleures sont européennes. Il ne faut pas qu’elles soient trop duveteuses, privilégiez les CDC d’été qui ont de longues fibres fines… (celui prélevé en hiver est trop dense, ça ne vaut rien). L’idéal, c’est d’acheter des plumes sélectionnées, par exemple chez Trout Line. J’avoue que je ne connais pas bien les marques françaises...
  • Une boite d’assortiment de dubbing Superfine si on devait n’en garder qu’un pour le corps,
  • Une boite d’assortiment de dubbing de lièvre,
  • Plomb en 4/0,
  • Fil de cuivre de 1/10 de mm,
  • Hameçon standard droit pour démarrer genre TMC 100, on peut tout faire avec, même des gammares : dans l'idéal pour commencer, optez pour des tailles de 10 au 20, montez vos premières mouches avec du 14 ! Travailler avec une seule référence permet d’avoir les proportions bien en tête.

Même après 40 ans de montage, rien qu’avec ça, je monte 90% de mes mouches et je pêche sans problème !"

Christian Guimonnet : "Au risque de me répéter, gardons la tête froide et restons sobres. Apprenons dans un premier temps par bien maîtriser les matériaux de base. Les matériaux “secondaires” viendront ensuite naturellement au grès des nécessités et de sa propre implication, c’est sans fin de toute façon, donc prudence, ne nous affolons pas ! Voyons donc voir quels sont les matériaux de base vers lesquels se tourner, voici la liste des courses pour bien démarrer :

  • 1 Etau,
  • 1 ciseau fin, coupant et précis,
  • 1 Petit ciseau quelconque réservé aux tinsels,
  • 2 aiguilles à coudre (dont l’une ne sera JAMAIS en contact avec vernis, colles ou poix),
  • 1 porte-bobine,
  • 1 pince à hackle (les plus chères ne sont pas forcement les meilleures),
  • 1 outil à demi-clefs (le corps d’un vieux bic fait très bien l’affaire!),
  • 3 Boîtes d’hamecons droits standard (ex: Daiichi 1310) en 12, 14 et 16,
  • 4 Bobines de soie de montage 8/0 (noir, olive, jaune et orange),
  • 1 Flacon de vernis clair (le Devaux est très bien),
  • 3 Bobines de tinsel (cuivre fin, argent fin et or plat),
  • 1 Pochette de plumes de Cul de Canard naturel et de bonne qualité,
  • 1 Masque de lièvre,
  • Poix,
  • Substitut de condor olive,
  • Quelques plumes d’oeil de paon,
  • Quelques sabres de faisan mâle commun,
  • 2 Cous de coq (un gris, un roux), à défaut on trouve dans le commerce des combos de 2 demi-cous, ça peut très bien faire l’affaire et réduire le budget,
  • 1 Pochette de plumes de flanc de canne,
  • 1 Carré de poil de chevreuil (non teint),
  • 1 Aligneur de poils,
  • 2 Pochettes d’antron yarn (blanc et orange fluo)"
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montage mouche
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Quelques outils indispensables...
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Quelles sources d'inspiration conseillez-vous au débutant ?

Cyril Bailly : "A mon époque, la complication venait du fait qu’on avait peu d’infos (il n’y avait pas toutes ces revues, ces sites internet), donc on se débrouillait... on allait dans un magasin de pêche, on achetait quelques livres…on se contentait de ça !

Maintenant, c’est l’extrême inverse : il y a tellement d’infos qu’on ne sait plus vers quoi se tourner ! Moi je conseillerais toujours d’acheter un petit bouquin (oui ça existe encore !) du type " Montez vos premières mouches " de Didier Ducloux ou " Je monte mes mouches en 15 leçons " de Bernard Audouys et Jean Louis Pelletier, on le trouve encore d’occasion d’ailleurs.

L’intérêt de ces livres, c’est la simplicité ! Ce sont des conseils « à l’ancienne »  avec par exemple la longueur exacte de fil nécessaire au montage de telle ou telle mouche... la base !

Ensuite, les petites vidéos technique de montage sur youtube aident bien, par exemple pour savoir comment utiliser un whip finish, comment faire un nœud, comment poser des cerques…etc. Attention à utiliser l’outil de recherche à bon escient quand même ! Sur youtube, il y a du très bon comme du très mauvais ! C’est un peu le cas de toutes les sources d’informations d'ailleurs, y compris les clubs ou les revues de pêche, c’est ce qui rend le choix compliqué…

Pour ceux qui font des recherches sur Youtube, je conseille notamment de voir les vidéos montage de Rene Harrop's aux Etats-Unis et Shane Stalcup qui était assez innovant pour son époque et a beaucoup créé. Davie McPhail, ils sont assez complets… en tant que monteur en tout cas ! J’aime bien ce qu’ils font car ils maîtrisent toutes les techniques, le choix des matériaux, les proportions … ils sont très cohérents. Je ne pêcherais pas forcément avec leurs mouches dans nos rivières françaises mais en tout cas, il y a des tours de mains à voir chez ces monteurs ! "

Christian Guimonnet : "Alors là Simon, tu me poses une question difficile… A titre personnel, j’ai fait mes premières armes avec le petit livre de Bernard Audouys et de Jean-Louis Pelletier "Je monte mes mouches en 15 leçons". C’est un ouvrage pratique dans lequel j’ai appris les gestes de base, mais il est sans doute un peu dépassé aujourd’hui.

Je ne saurais trop conseiller le fabuleux "Traité Pratique de Montage des Mouches Artificielles" du Dr Henri Pethe, c’est vraiment la référence absolue pour ce qui est des livres... la bible quoi !!! Deux bémols cependant : édité en 1981, beaucoup de matériaux actuels n’y sont pas mentionnés et par la même certains concepts modernes peu ou pas abordés. La deuxième difficulté, c’est sa rareté, on ne le trouve que sur le marché de l’occasion (autour de 100 euros).

Un bon complément pour moderniser un peu le propos est de se procurer des ouvrages américains du style "Tying Dry Flies" de Randall Kaufmann (un parmi beaucoup d’autres !!!). Les amateurs de step by step seront conquis, les américains sont des gens très axés sur la technique !

Pour la technique donc, bien que je les ai descendus un peu lors de ta précédente question, les tutoriels sur internet peuvent venir compléter un peu tout ça... Les vidéos Youtube de Davie McPhail ou d’Oliver Edwards sont très intéressantes quoique à mon goût un peu trop hors de portée de quelqu’un qui débute. A vous de bien les choisir les autres...

Voilà pour la partie pratique (le "comment"), c’est la plus facile à acquérir.

En ce qui concerne le concept (le "pourquoi"), je reste un inconditionnel de Skues, je recommande notamment “La Truite et la Mouche”, c’est un livre déjà centenaire mais qui ne prend pas une ride quand au cheminement intellectuel qu’il nous inspire. Plus prés de nous et selon moi, les livres de Pierre Miramont ou de Leon Janssen vous guideront sur le bon chemin. Ce ne sont pas des livres pour apprendre à monter des mouches d’un point de vue technique, mais qui donnent un sens au montage. Ces livres vous amèneront à comprendre ce vers quoi la technique doit vous mener justement.

Je pense que c’est déjà presque trop pour démarrer non ? "

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fourmis
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La fourmi, une sèche indispensable pour la saison estivale !
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Quel budget approximatif prévoir ? (question pour Cyril, Christian a passé son tour sur celle-ci)

Cyril Bailly : " Je dirais comme ça à vue d'oeil qu'il faut prévoir un budget de 150/200 euros max pour débuter.

L'élément le plus cher reste l'étau. A ce niveau, un premier prix asiatique (40/50 euros) peut convenir dans la mesure où les mors serrent bien… Après, il faut aussi considérer que l’étau peut simplifier le montage, par exemple si l'on choisit un étau rotatif dans l’axe de l’hameçon (pas un Regal qui ne travaille pas dans l’axe). Si tu règles bien la hauteur, une belle rotation fluide permettra de mieux enrouler l’hackle ou le quill… A vérifier aussi le bon dégagement arrière pour poser les cerques facilement...

Pour le reste des outils, l'essentiel est d'avoir un bon ciseau (pas forcément cher, autour de 10/15 euros), une pince à hackle rotative sur laquelle il faut mettre le prix par contre et un tasse poil ni trop profond et ni trop gros. Une marque comme Stonfo propose des petits kits d’outils qui tiennent la route…

Je dirais pour terminer qu'il n'y a pas besoin d'accumuler trop d’outils, la dextérité peut en remplacer beaucoup ! "

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montage mouche
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Qu'est ce qui selon vous caractérise le monteur accompli, ce vers quoi le novice doit tendre ?

Cyril Bailly : "Pour moi, le monteur accompli doit obtenir 3 choses sur ses mouches : la simplicité, l’efficacité et la solidité.

Rester simple, ça veut dire qu'une mouche doit être montée en un temps qui varie de 3 à 7 minutes, pas plus. Il faut aller à l’essentiel et penser à ce que l’on fait pour respecter le volume et les proportions. On se met à la place du poisson, notamment à propos de ce qu’il verra de la mouche, de dessous si la mouche est bien équilibrée  (surtout pour la sèche) : inutile de compliquer un montage en ajoutant des éléments que le poisson ne verra pas ! Le débutant doit comprendre qu’il faut créer, suggérer une silhouette avant d’imiter. C’est très important. Il ne faut surtout pas tomber dans l’excès en matière d’imitation. Par contre, respecter la taille, le volume. Sur le bouquin qui m’a servi lors de mon apprentissage, les mouches étaient dessinées dans des proportions parfaites. Je me suis donc efforcé de copier, copier, copier jusqu’à obtenir la même chose. Et je peux te dire que j’ai recommencé un paquet de fois ! Ma première mouche était une grise à corps jaune et j’ai tout donné pour avoir la même chose que sur le dessin… C’est toujours presque maladif d’ailleurs, encore aujourd’hui, quand je monte une mouche, j’ai toujours envie qu’elle soit plus parfaite que la précédente !

Respecter aussi la teinte générale (camaieu). Si tu es en présence d’une éclosion avec une éphémère olive claire, si ton imitation est olive moyen, tu prendras du poisson aussi ! Il faut rester dans les tons. Je me souviens à ce propos d’une grosse éclosion de brachy sur la Loue, les truites prenaient des émergentes et des nymphes, et je n’avais pas la bonne imitation : j’étais trop gros en taille. Après avoir observé que les nymphes étaient marrons foncés… Ce qui se rapprochait le plus dans ma boîte était un gammare tout simple brun avec des pattes rousses en taille 20… rien à voir avec le menu du jour… pourtant j’ai fait ce jour là une pêche plutôt correcte ! En plus, ce jour là, il fallait animer, les poissons réagissaient bien à l’animation et le côté imitatif ne servait absolument à rien ! L’esprit d’observation prime largement sur le reste, retenez ça ! Ce jour là, on a trouvé des subterfuges pour faire mordre les poissons sans avoir les bons modèles ! 

Savoir observer dispense presque de connaître le nom des mouches, je connais de très bons pêcheurs qui ne connaissent pas le nom des insectes, ne leur parle pas de baetis, de brachys, ou de nymphe d’hydropsyche… mais par contre, ce sont de très fins observateurs et quand ils pêchent, ils savent quelle mouche mettre ! pour le débutant, il est quand même intéressant d’avoir un petit calendrier des éclosions qui surviennent sur ses lieux de pêche. Au début ça peut être pas mal mais ce n’est pas obligatoire. L’observation est le seul point indispensable... moi qui ne pêche qu’à vue, c’est la base de ma pêche. Je suis tout le temps à la recherche de la nourriture du poisson.

Efficacité, cela signifie passer du temps à tester ses modèles, ne pas hésiter à les faire évoluer pour les rendre plus simple ou plus vivant ! ça va de pair avec l’expérience. Attention à faire ses tests les jours où le poisson mord vraiment, pas les jours de gobages sporadiques… plutôt en cas d’éclosion massive et de poissons sélectifs et bien décidés ! C’est dans ces moments qu’il faut tester ! je le fais toujours aujourd’hui : quand j’ai un modèle qui fonctionne, j’essaie toujours de le faire évoluer en le simplifiant, pour ça je teste quand les poissons gobent. Je prends 2 ou 3 poissons avec une mouche, puis je teste ensuite l'autre version pour voir s’il y a une différence… Je reste persuadé que si tu as 10 poissons qui gobent devant toi et que tu n’en prends qu’un, c’est que tu n’as pas la bonne mouche, car au bout d’un moment, la technique, tout le monde l’a : tout le monde sait lancer, poser, pêcher fin… ça ne peut être que la mouche qui va vous faire passer un cap ! ça j’en suis convaincu… mais ça dépend aussi de tes attentes au bord de l’eau, quand certains vont se contenter d’un ou deux poissons, d’autres comme moi vont toujours chercher à en ferrer toujours d'avantage !

Enfin la solidité car une mouche doit prendre du poisson !  Il faut travailler ses montages en ce sens. Parfois, je vois des pêcheurs qui utilisent des nymphes de trichoptères très imitatives avec des yeux, des ailes naissantes, des sacs alaires travaillés, des corps tressés, des antennes, des pattes… Quand on connait la vitesse à laquelle une nymphe d’hydropsyche monte à la surface, on peut se poser la question de l’intérêt de ces détails ???"

Christian Guimonnet : "Alors à mes yeux, le monteur mature ne monte pas de mouche au hasard. Il dresse des modèles bien identifiés qu’il est capable de reproduire par série et dont il connait parfaitement l'application en action de pêche. Il n’utilise pas de matériaux superflus et maîtrise leurs associations. Il monte des mouches solides et pratiques.

S’il est dans une démarche artistique, il se pourrait bien qu’au bout d’un long cheminement il acquiert une patte, un style…même en dressant une mouche toute simple, une touche particulière qui permet d’identifier l’auteur d’un simple coup d’oeil. "... mais un style, c’est rare Monsieur ! "

Cependant attention, même si notre ego de monteur/artiste nous pousse à devenir un styliste, il ne faut jamais perdre de vue que les truites s’en foutent, de notre style !!

Le novice doit donc ne jamais perdre de vue les notions de base. Il doit se concentrer sur les rapports de taille et de volume auprès de modèles très simple à la base, trouver les bons équilibres, c’est le plus dur ça…"

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palmer
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Un palmer aux proportions parfaites de Christian Guimonnet !
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Si vous ne deviez garder qu'un message simple et clair pour le débutant ce serait ?

Cyril Bailly : " Faire simple ! Et quelque part être économe de toutes les manières… ça permet de ne pas surcharger les mouches et de ne pas stocker des quantités de matériaux inutiles !"

Christian Guimonnet : "Je vais faire court : une mouche artificielle est faite avant tout pour pêcher et prendre du poisson ! “... Une belle mouche qui ne prend pas de poisson n’est pas une belle mouche.” John Gierach."

On se quitte sur ta citation de cet auteur qu'on affectionne particulièrement, merci messieurs !

Duel 9' #5 : Guideline Stoked vs Shimano Biocraft XTC

Guideline Shimano

Dans la déferlante de matériel actuelle, nous avons trop souvent tendance à oublier les cannes à mouche entrée de gamme, à moins de 200 euros. C'est d'autant plus dommage que le rapport qualité/prix de ces modèles a littéralement bondi ces dernières années, illustration avec 2 références en 9' #5 chez Guideline (gamme Stoked) et Shimano (gamme Biocraft XTC) : 

Matériel

Guideline Stocked 9' #5

Marque
Guideline
Série
Stoked
Pays de fabrication
Chine
Longueur
9'
Longueur réelle
274cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
93.00g
Blank
brun olive
Aspect
Vernis brillant
Anneaux
11
Type
Monopatte
Premier anneau
50cm
Ligatures
brunes
Poignée
25x175mm
Forme
Full Wells
Porte moulinet
aluminium gun métal
Serrage
Uplocking
Insert
aluminium
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Non
Points d'alignement
Oui
Packaging
tube cordura + housse
PME
165.00g
PTE
258.00g
IP
42
ERN
5.20
AA
72°
Prix à la date de sortie
190.00€
Matériel

Shimano Biocraft XTC 9' #5

Marque
Shimano
Série
Biocraft XTC
Pays de fabrication
Chine
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
102.00g
Blank
gris
Aspect
Vernis mat
Anneaux
10
Premier anneau
52cm
Ligatures
noires
Poignée
25x165mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
aluminium gun métal
Serrage
Uplocking
Insert
carbone
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
Packaging
tube cordura + housse
PME
165.00g
PTE
267.00g
IP
41
ERN
5.05
AA
65°
Prix à la date de sortie
180.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance et l'action de ces 2 cannes :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 42 cents ont été nécessaires pour plier la Guideline sur un tiers de sa longueur, 41 cents pour la Shimano. Après conversion, cela donne un ERN à 5.20 pour la Guideline et 5.05 pour la Shimano : les puissances réelles sont donc identiques et légèrement inférieures à la puissance annoncée, ces 2 cannes sont des #4/5.

ACTION

Au niveau de l'action, l'AA à 72° de la Guideline la classe dans la catégorie fast (AA supérieur à 66°), alors que celui à 65° de la Shimano dénote d'une action moderate fast (AA compris entre 63 et 66°).

MONTAGE ET CONFORT

Niveau montage, pas grand chose à signaler : notons la poignée relativement courte de la Shimano (165mm) et la forme full wells de celle de la Guideline.

Côté finitions, on retrouve des points d'alignement des brins mais pas d'accroche mouche sur la Guideline et les caractéristiques inverses sur la Shimano (accroche-mouche présent mais pas de points d'alignement des brins).

Pour ce qui est du confort de pêche, ces 2 références sont proches, les PTE n'étant séparés que par une petite dizaine de grammes, ce qui relève de l'ordre de grandeur de l'erreur de mesure. Les PME sont strictement identiques, ces 2 cannes seront équilibrées par un moulinet vide d'environ 130/140gr, un moulinet manuel entrée de gamme standard en taille 4/5 conviendra parfaitement.

Image
guideline shimano
Texte

L'avis de la rédaction :

Nous sommes en présence de 2 cannes proches au niveau des utilisations potentielles. Elles permettront d'accompagner efficacement le débutant dans la recherche des belles truites en sèche ou en nymphe à vue, que ce soit en rivière ou en lac de montagne, en France ou à l'étranger. Si la pêche s'effectue majoritairement à moins de 10m, on préférera utiliser une soie de 5 (une 4 si la distance est supérieure).

Le choix entre les 2 références pourra s'opérer selon des critères d'esthétisme (les looks de ces 2 modèles sont assez différents) et d'un point de vue technique, sur le critère de l'action : ceux qui privilégient une mise en place minimaliste et un tempo de lancer assez rapide opteront plutôt pour la Guideline, tandis que les adeptes de la douceur, à la fois au lancer et durant les combats, choisiront la Shimano !

Bon choix !

Texte

LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Bien choisir sa canne sèche / nymphe à vue

Les cannes Guideline en ligne ou sur commandez chez nos partenaires :

as de pêche

 

aspe

 

brittany

 

fusion fly fishing

 

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La science de l’ardillon

ardillon truite

Il y a quelques jours à peine, notre rédacteur en chef se fendait d’un billet d’humeur sur les nouvelles réglementations de la Fédération de Pêche de l’Ardèche qui a, semble-t-il, agité les réseaux sociaux. Absent de ce petit monde, je n’avais pas spécialement dans l’idée de participer aux polémiques mais à la réception d’une célèbre revue de pêche dont j’apprécie mensuellement la lecture, je découvrais un très beau fascicule vantant les mérites de la Fédération susnommée et parmi les arguments « de vente », un article sur les nouvelles réglementations et plus particulièrement sur l’interdiction des hameçons à ardillon. C’est avec beaucoup d’intérêt que je découvrais une référence scientifique de 1992 utilisée pour justifier cette mesure avec des chiffres choc :

« 4.8% c’est le taux de mortalité de la truite fario après une remise à l’eau en utilisant des hameçons sans ardillon sur des appâts artificiels, contre 33.5% avec l’utilisation d’ardillons (source : Taylor, Matthew J.; White, Karl R. (1992). A Meta-Analysis of Hooking Mortality of Nonanadromous Trout) » (extrait de l’encart du dépliant de la FDAAPPMA de l’Ardèche).

Cette citation me donnait à la fois satisfaction (pour une fois qu’une mesure réglementaire s’appuyait sur de véritables données scientifiques et par sur des croyances ou des avis de coin de table) mais, dans le même temps, elle m’intriguait...

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Une truite sur 3 relâchée par un pêcheur pratiquant avec un ardillon meurt !

Même s’il n’y a pas des centaines de milliers de pratiquants au bord des rivières, on peut facilement estimer à plusieurs milliers de poissons cette mortalité notamment pour les juvéniles... Etudiant des résultats de pêches électriques depuis des dizaines d’années en tentant de comprendre pourquoi on comptabilisait tel ou tel nombre de poissons dans un endroit donné et à un instant donné, publiant parfois les résultats de ces études dans des revues scientifiques avec des comités de lecture, jamais nous (j’ai toujours travaillé avec d’autres collègues très souvent des chercheurs/ses) n’avions intégré un facteur de mortalité aussi important et aucun référé scientifique des revues ne nous l’avait fait remonter...

Je décidais donc de me replonger dans cette littérature scientifique quasi exclusivement anglo-saxonne (et oui, en France nous débattons beaucoup de réglementation mais le sujet passionne peu les chercheurs en écologie des poissons...) :

En premier lieu, je décryptais l’article de Taylor et White de 1992 paru dans la très sérieuse revue North American Journal of Fisheries Management. Première surprise : les chiffres dans le tableau de la publication ne sont pas ceux du dépliant de l’Ardèche. La publication mentionne bien un taux de mortalité de 33.5% pour des hameçons avec ardillons et des appâts mais le chiffre exact pour la mortalité sans ardillon aux appâts est de 8.4%. Le chiffre de 4.8% concerne des salmonidés pêchés aux leurres et/ou à la mouche avec des hameçons avec ardillons.

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Extrait de la publication de Taylor et White (1992)
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Bon, vous me direz, ça change quoi ?

Les chiffres restent très parlants, la mortalité est quand même 4 fois plus forte avec ardillon lorsqu'on pêche aux appâts !

C’est bien la raison pour laquelle, je décidais d’aller plus loin dans ce travail. Un point m’intriguait dans le tableau. Le chiffre de 8.4% de mortalité des poissons avec des hameçons sans ardillon était issu d’une seule étude et 2 échantillons de poissons alors que celui de 33.5% provenait de de 7 études et 23 échantillons. Très bizarre… Dans mon cursus scientifique, on m’avait toujours appris à faire des comparaisons « toutes choses étant égales par ailleurs ».

Comment pouvait-on comparer un chiffre issu d’une seule étude avec des chiffres venant de 7 études ?

Je me suis donc intéressé à la méthode de travail des auteurs :

En fait, les deux auteurs n’ont pas conduit d’expériences avec des poissons en testant les effets de différents modes de pêche (de fait, ces auteurs sont plutôt d'imminents spécialistes en psychologie / apprentissage et pour l’un d’entre eux du traitement des pertes auditives chez l'enfant...), ils ont repris les résultats de 18 études et les ont retraités statistiquement. Pour la question des ardillons, ils ne disposaient que de 4 études testant réellement la mortalité de salmonidés induite par des hameçons avec et sans ardillons.

Parmi ces 4 études, 3 indiquaient qu’il n’y avait aucune différence de mortalité entre les deux types d’hameçons (Falk et al., 1974 ; Doston, 1982 ; Hunsaker et al., 1970) et une seule mentionnait une différence significative de mortalité, celle de Westerman en 1932 même si le titre de l’étude pouvait induire un doute :

« Expérience montrant une perte insignifiante des truites immatures après avoir été décrochées d’un hameçon et remises à l'eau ».

Westerman a mené son étude sur des ombles de fontaine immatures. Je n’ai pas pu accéder à ce rapport technique du Département de la conservation de la nature du Michigan. Les seuls éléments dont je dispose sont ceux repris dans les différentes publications citant cette référence :

Dans son expérience Westerman a fourni un taux de mortalité de 8,4 % pour l'hameçon sans ardillon et de 7 à 10,5 % pour les hameçons avec ardillons. Il a indiqué que la différence était statistiquement significative.

Mais alors, comment Taylor et White ont-ils pu obtenir le chiffre de 33.5% de mortalité ?

Très simple, ce chiffre correspond à la « mortalité moyenne » issue de toutes les expériences de remise à l’eau des poissons après capture avec des appâts.

Et que regroupe alors toutes ces expériences ?

Eh bien par exemple, le 33.5% mélange de la mortalité des saumons de fontaine, des truites arc-en-ciel et des truites fario, avec des hameçons n°4, 6, 8 et 10. Et les chiffres varient beaucoup selon ces caractéristiques : par exemple, la mortalité est de 42.7% avec des hameçons n°4 et de 12.9% avec des hameçons n°10. Elle est de 50% chez les truites fardées, 30.3% chez les saumons de fontaines et 14.5% chez la truite commune. Bref, cela me donnait une impression que l’on avait un peu mélangé « les torchons et les serviettes » dans cette histoire.

Contacté grâce au réseau international de chercheurs Research Gate auquel j’appartiens, le professeur White me précisait très gentiment que ce travail avait été conduit par un étudiant en psychologie passionné de pêche dans le cadre d’un module d’enseignement statistique... L’approche statistique lui avait paru pertinente et c’est pour cela qu’il avait proposé une publication des résultats.

Comme dans tout travail scientifique, en général, il ne faut pas s’arrêter à une seule publication et une seule analyse. Dès le début des formations scientifiques, lorsque l’on s’intéresse à un sujet, on nous apprend à conduire une analyse bibliographique complète...

J’ai donc poursuivi mes recherches et très vite je suis tombé sur une critique de l’article de Taylor et White publiée en 1997 dans la même revue scientifique. Les 2 auteurs de cette critique, Stephen Turek du Fish and Game de Californie et Michaël Brett de la Division des études environnementales à l’Université de Davis en Californie, remettent en cause l’analyse de Taylor et White en pointant les mêmes éléments que ceux que j’ai relevés, à savoir le caractère unique de l'étude analysant réellement les effets des ardillons. Les auteurs indiquent que le seul résultat qu’il faudrait retenir de l’étude est une absence de différence de mortalité dans la pêche aux appâts avec ou sans ardillon. Taylor et White répondaient d'ailleurs à cette critique dans le même numéro. Le plus simple est de vous livrer une partie de leur réponse, à mon sens assez éclairante :

"Comme le notent Turek et Brett, les comparaisons de Westerman différaient peu en termes de mortalité des poissons capturés sur des hameçons avec et sans ardillon. Nous avons inclus ses échantillons dans le groupe de comparaison de notre méta-analyse, mais ils étaient peut-être mieux adaptés à la comparaison en tant que tels. Nous n'avons aucun argument contre la logique de Turek et Brett ».

Il s’en suit une tentative d’argumentation statistique peu convaincante à mon goût.

Je n’étais donc pas le seul à m’être interrogé.

Je poursuivais ma recherche bibliographique et je tombais sur une synthèse de 5 études en 1995 de George Schisler et Eric Bergersen du Colorado Cooperative Fish and Wildlife Research Unit. Les résultats étaient bien éloignés de ceux de Taylor et White avec des mortalités toujours inférieures à 7% et aucune différence statistiquement significative entre les deux modes de captures.

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Comparaison des mortalités de salmonidés capturés par des hameçons avec et sans ardillons dans différentes études (extrait de Schisler et Bergersen, 1995)
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En 2007, Dubois et Pleski publiaient dans la même revue américaine que Taylor et White, les résultats d’une expérimentation de capture et remise à l’eau de saumons de fontaine de pisciculture par des hameçons avec et sans ardillon. Leur expérience se basait sur des conditions assez extrêmes, jugez-en plutôt :  hameçons n°6, vers de terre, 10 secondes minimum d’attente avant le ferrage, ligne coupée avec maintien des hameçons dans la gueule des poissons... La mortalité après 5 jours n’était pas différente en fonction des deux modes de capture (19% pour les hameçons avec ardillons et de 21% pour les hameçons sans ardillons). Bien que les poissons aient été conservés 60 jours, les auteurs ont jugé que seule la mortalité à 5 jours était représentative des effets des hameçons et de leur maintien dans la gueule des poissons.

En 1982, Doston ne trouvait aucune différence de mortalité chez la truite fardée entre des hameçons avec et sans ardillons.

Dans une synthèse de différentes études sur les effets des ardillons dans la pêche aux leurres et à la mouche, Schill et Scarpella (1997) ingénieurs à l’Idaho Fish and Game indiquent que les hameçons avec ardillon ont conduit à une mortalité inférieure à celle des hameçons avec ardillon dans 2 cas sur 4 avec les leurres et dans 3 cas sur 5 avec des mouches. Seule 1 étude sur 11 indiquait une mortalité supérieure pour les hameçons sans ardillon. Globalement, les chercheurs arrivaient à des taux de mortalités de 4.2 et 4.5% pour les deux types d’hameçons. Je vous livre leur conclusion :

« Parce que les taux de mortalité naturelle des truites sauvages dans les cours d'eau varient généralement de 30 % à 65 % par an, une différence moyenne de 0,3 % dans la mortalité par hameçon pour les deux types d'hameçons n'est pas pertinente au niveau de la population, même lorsque les poissons sont soumis à une forte pression de pêche. Sur la base des études de mortalité existantes, il n'y a pas de base biologique pour les restrictions sur les hameçons à ardillon dans les pêches artificielles à la mouche et aux leurres pour la truite résidente ».

Je terminais donc là ma recherche car les données scientifiques existantes me paraissaient très claires et parfaitement résumées par les deux ingénieurs du Fish and Game de l’Idaho.

La présence d’ardillons sur les hameçons n’est pas un facteur de mortalité supplémentaire dans le cas de la remise à l’eau des poissons. Ce type de mesure réglementaire n’a donc aucune efficacité sur la survie des poissons.

Mes dernières interrogations portaient donc sur le comportement de la FDAAPPMA de l’Ardèche et sur celui de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) ? Pourquoi la Fédération a-t-elle proposé au Préfet une mesure en l’argumentant sur la base de données scientifiques pour le moins mal interprétées. Pourquoi n’avoir utilisé qu’une seule publication scientifique critiquée par d’autres chercheurs alors que de nombreuses autres existaient ? Pourquoi l’OFB a accepté cette mesure alors que les données scientifiques en démontraient son inefficacité ?

Il est bien du devoir des autorités de la pêche de trouver le juste équilibre entre l’exercice du loisir et la préservation des populations de poissons et cela peut éventuellement passer par des propositions de mesures réglementaires, mais il est indispensable que celles-ci se basent sur des données scientifiques validées démontrant leur réelle efficacité car jusqu’à maintenant, les poissons ne réagissent pas plus à nos désirs qu’à nos croyances...

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Bibliographie :

Dotson, T. 1982. Mortalities in trout caused by gear type and angler-induced stress. North American Journal of Fisheries Management 2:60-65.

DuBois, Robert B.; Pleski, Julie M. (2007). Hook Shedding and Mortality of Deeply Hooked Brook Trout Caught with Bait on Barbed and Barbless Hooks. North American Journal of Fisheries Management, 27(4), 1203–1207.

Falk, M. R., D. V. Gillman, and L. W. Dahlke. 1974. Comparison of mortality between barbed and barbless hooked lake trout. Canada Fisheries and Marine Service Technical Report CEN/T-74-1.

Hulbert, P. J., and R. Engstrom-Heg. 1980. Hooking mortality of worm-caught hatchery brown trout. New York Fish and Game Journal 27:1–10.

Hunsaker, D., II, L. F. Marnell, and F. P. Sharpe. 1970. Hooking mortality of Yellowstone cutthroat trout. Progressive Fish-Culturist 32:231-235

Schisler G,  Bergersen E., 1995. Comparisons of Hook Types: A Summary of Past Studies. Colorado Cooperative Fish and Wildlife Research Unit.

Schill  D. J.,. Scarpella R. L, 1997. Barbed Hook Restrictions in Catch-and-Release Trout Fisheries: A Social Issue. North American Journal uf Fisheries Management 17:873-881.

Taylor, Matthew J.; White, Karl R. (1992). A Meta-Analysis of Hooking Mortality of Nonanadromous Trout. North American Journal of Fisheries Management, 12(4), 760–767.

Taylor, Matthew J.; White, Karl R. (1997). Response: Trout Mortality from Baited Barbed and Barbless Hooks. North American Journal of Fisheries Management, 17(3), 808–809.

Turek, Stephen M.; Brett, Michael T. (1997). Comment: Trout Mortality from Baited Barbed and Barbless hooks. North American Journal of Fisheries Management, 17(3), 807–807. doi:10.1577/1548-8675-17.3.807 

Weslerman, F. A. 1932. Experiments show insignificant loss of hook immature trout when they are
returned to water. Michigan Department of Conservation Monthly Bulletin, 2(12): 1-6.

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