Les charlots à la Salmo Trek, part4 : bilan des courses

Salmo Trek

Une fois la ligne d’arrivée franchie, Simon et Pierre se dirigent directement vers la télécabine du col de Portet où les organisateurs les attendent. Nos deux compétiteurs sont passablement remontés au sujet du carton jaune dont ils viennent de prendre connaissance lors de la montée finale et qu’ils jugent injustifié. Les organisateurs parviennent à arrondir les angles et invitent les contestataires à déposer une réclamation via l’application, ce qui est fait dans la foulée. Cette dernière sera étudiée dans la soirée, juste avant la réception à Saint Lary...

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Au même moment, l'organisation demande aux compétiteurs si l’application a bien fonctionné car les premiers du classement auraient connu de gros soucis... Pierre, le désigné d’office pour gérer les nouvelles technologies devant le peu d’entrain manifesté par Simon, n’a pas connu de problème majeur. Le seul bémol serait le réseau trop faible sur le parcours, ou la mauvaise réception du smartphone, qui n’a pas permis aux photos de parvenir aux organisateurs en temps réel mais seulement le dernier jour à proximité de l’arrivée.

Aussi, le juge procède à des vérifications de certaines photos de captures sur le téléphone de Pierre, pour probablement éviter de potentielles tricheries. Nos deux compères apprendront plus tard que tricherie il y a eu, de la part de l'équipe qui invoquait justement des bugs de l’application. Au vu des questions posées et des vérifications effectuées, il semblerait que les soupçons soient déjà grands... L’équipe T&Cie ne comprendra cela que bien plus tard, lors de la remise des prix...

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Il est maintenant temps de regagner la vallée pour une douche régénératrice et de troquer les vêtements sales pour des habits propres afin d’être présentables et bien odorants lors de la réception qui suit. Ce repas conviant tous les compétiteurs, organisateurs, élus et personnalités locales, fut un agréable moment d’échange et de dégustation. Apéritif, entrée, plat et dessert, tout y était... un vrai bonheur après avoir ingurgité des plats lyophilisés pendant 3 jours. Mention spéciale pour le cassoulet qui était très réussi.

Simon et Pierre, après avoir été entendus, apprennent que leur carton jaune est logiquement annulé car aucun point du règlement ne peut le justifier. Cela ne change absolument rien au classement (un carton jaune représente 500 points de pénalité et l'écart avec l'équipe les précédant était supérieur) mais c’était une question de principe et même presque d’honneur. Surtout pour Pierre dont le nom était accolé au carton jaune sur l'écran de son téléphone... le déshonneur allait-il s’abattre sur sa famille ??? ses enfants auraient-ils compris pourquoi leur papa a été sanctionné d’un carton jaune lors d’une compétition de pêche ???

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La remise de prix s’effectue sans podium, point qui a légèrement déçu nos 2 pêcheurs. Les troisièmes sont simplement invités à se lever de table, ce que font les T&Cie boys. Il en va de même pour les seconds Morgan Favard et Mathieu Cabar, qui sont également copieusement applaudis par l’assistance.

Vient enfin le tour des premiers qui ont l’honneur d’être invités seuls sur la scène afin de recevoir le très généreux chèque de 4000€ promis aux vainqueurs. Hormis quelques lots spéciaux pour le plus gros poisson ou pour le plus jeune participant de l’épreuve, tout le monde a reçu la même chose, du second au dernier : un joli panier garni de leurres, équipements divers et de deux excellents produits locaux composés d’un fromage de brebis et d’un saucisson artisanal.

Mais l’ovation n’a pas lieu, les applaudissements se font plus discrets : le malaise est palpable, en lien avec la rumeur de tricherie qui s’est répandue au sein des compétiteurs durant la réception. Et au vu des photos postées par les vainqueurs (tous les participants qui ont téléchargé l’application ont accès à l'intégralité des poissons postées) il y a manifestement des truites qui ont été comptabilisées à plusieurs reprises... Et lorsque l’on enlève ces doublons et même triplons (quand on a honte de rien...), le classement n’est plus du tout le même.

Ces deux tricheurs seront finalement disqualifiés par l’organisation quelques jours après la remise des prix. C’est donc le duo brillant et intègre composé de Mathieu Cabar et de Morgan Favard qui remporte la compétition devant Pierre Gos et Simon Scodavolpe, vos rédacteurs préférés, qui finissent second à un peu moins de 500 points des premiers. De quoi regretter amèrement la lecture fumeuse du règlement et tout le temps perdu à la recherche de quelques ombles chevaliers rachitiques...

Si l'on en vient maintenant au bilan de cette Salmo Trek (qui n'engage que Pierre et Simon) :

Au sujet du parcours tout d'abord, ils ont un peu regretté sa longueur démesurée : officiellement 70km environ. Mais ce chiffre déjà exorbitant, ne comptabilise que la longueur théorique du parcours. Les compétiteurs l’ont largement dépassé lors des trajets intermédiaires, pour se rendre d’un spot de pêche à un autre, retourner sur ses pas pour revenir à un lac plus porteur, rejoindre une zone de bivouac, accomplir un aller-retour pour valider un point de passage...etc etc. Aussi, les 14km le long d’une route goudronnée et traversant des parkings n’étaient pas nécessaires. Finalement, les participants marchent beaucoup plus qu’ils ne pêchent (sauf s’ils ont la condition physique de Kilian Jornet, ce qui n’était pas le cas de nos deux compères).

Niveau organisation, aucune remarque désobligeante : hormis une erreur de positionnement d'un point de passage en début d'épreuve et une remise des prix "à l'américaine" pas très conviviale, l'encadrement et le règlement sont bien pensés et les moyens humains déployés sont suffisants... un immense merci à tous ceux qui de près ou de loin, font que cette épreuve existe !

En matière d'éthique et de philosophie cette fois, il est clair que la Salmo Trek ne fait pas l'unanimité : Simon en particulier, était assez circonspect au départ, tiraillé entre l'enthousiasme pour ce concept novateur hyper stimulant et l'influence de certains de ses amis que l'épreuve horripile... le grief pouvant se résumer en substance de la façon suivante : " des youtubeurs n'ont rien à foutre dans les territoires sauvages de la haute montagne"... bon, précisons aussi que la plupart de ces mêmes détracteurs se régalent d'aller secouer des saumons de fontaine héliportés à 2700m (coucou Yoyo), donc le cliché de la "high mountain wilderness"...  bof...

Ce qui a été observé durant ces 3 jours est de toute autre nature : Pierre et Simon n'ont assisté à strictement aucune incivilité, aucun déchet n'a été retrouvé sur leur chemin. Tous les pratiquants rencontrés se sont montrés très humbles et dignes du théâtre magistral de l'épreuve, l'immense majorité des compétiteurs étant même des randonneurs aguerris, ce qui est préférable vue la difficulté du parcours...

Vous l'avez compris, si les dates tombent bien en 2023, Truites & Cie sera de nouveau présent à la Salmo Trek !

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Pierre et Simon veulent remercier Nicolas Cadiou et Ultimate Fishing pour la grande qualité du matériel généreusement mis à leur disposition. Le poisson nageur Megabass Great Hunting 70 Flatside qui aura été le leurre permettant de comptabiliser toutes les farios du premier coup du soir. 

Le métal jig Duo Drag Metal Cast 15g qui s’est avéré d’une efficacité redoutable dès qu’il fallait pêcher profond et loin (il part comme un missile).

Le Sawamura One Up Shad 3 Rainbow Trout décida le plus gros omble. Le LS était monté sur une tête plombée Decoy SV 34. Un hameçon de grande qualité extrêmement piquant qui n'est ni trop fort, ni trop fin de fer. La forme de la tête lui permet d'être très polyvalente (darting, cranking verticale...).

Pierre utilise les poids de 3,5 à 7g et les tailles d'hameçon 1 et 1/0. La tresse YGK UPGRADE X4 en PE 0.6. Elle est un peu bruyante (c'est une 4 brins) mais sa résistance est hors du commun (et le bruit dans les anneaux, on s'en fiche un peu). Cette ligne résiste à l'abrasion de façon assez exceptionnelle. Sa coloration blanche et rose la rend très pratique lorsque l'on pêche ces vastes et profondes étendues d'eau que sont les lacs d'altitude.

En bas de ligne, c'est le fluorocarbone G-SOUL DFC en 6lb qui fût noué. Discret, résistant et conditionné dans de petites bobines de 30m, il est l'allié idéal du pêcheur randonneur qui ne peut pas trop s'encombrer.

Les anciens leurres qui avaient des hameçons au piquant émoussés ont été upgradés par les excellents Ryuki Treble Hook (après avoir écrasé les ardillons).

Ultimate

Enjeux d’avenir : la lutte entre intérêt général et intérêts privés

restauration

Quand les auteurs du dernier rapport du GIEC pissent dans des violons, les professionnels de la gestion des milieux aquatiques crient, la tête sous l’eau. Les choses avancent. Ça fait plaisir. Après l’article éclairé et éclairant de Philippe Baran, le papier non moins intéressant et plombant de Romain Gabriel, je laisse tomber les gants et sors la sulfateuse...

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Je profite de l’opportunité offerte par notre rédac’chef pour me faire l’écho du mécontentement de bon nombre de défenseurs des milieux aquatiques et tout particulièrement des gestionnaires et porteurs de projet.

Je ne vous apprends rien, l’avenir des milieux aquatiques n’est pas particulièrement reluisant et nous avons, nous pauvres ères entièrement dépendant du bon fonctionnement de cette planète, de réelles raisons de nous inquiéter des gros nuages noirs bouchant l’horizon.

Et nous serions fous de ne pas avoir peur de cette situation.

Heureusement, de cette peur et de l’amour porté aux milieux aquatiques (d’ailleurs nous pourrions élargir aux milieux naturels au sens large) naissent de belles dynamiques. Des collectifs, des mouvements émergent et se battent pour sauvegarder ou restaurer de fragiles équilibres. Les Robert Hainard, Charles Ritz et autres Terrasson n’ont d’ailleurs pas attendu l’émergence du concept d’écologie politique et bankable pour diffuser leurs idées et leurs combats. De ces précurseurs sont nés des petits qui ont repris la lutte, des associations, ANPER, FNE, LOGRAMI, ARRS, le réseau des CEN et bon nombre de FDAAAPPMA très investies sur ces sujets. Des passionnés ont fait le choix d’orienter leur vie étudiante et professionnelle de manière à devenir de vrais spécialistes. Ils apportent aujourd’hui leur sérieux, leur compétence au sein de nombreuses structures porteuses de compétences, Gemapi, assainissement, équipes de parcs nationaux ou régionaux, services de l’OFB, etc.

Tout ce petit monde œuvre dans l’intérêt général. Pour certains c’est un métier, pour d’autres une action militante et bénévole, pour tous c’est une passion.

L’intérêt général justement. Travailler pour l’intérêt général c’est mettre de côté sa petite personne et considérer qu’il y a des sujets qui méritent de dépasser nos considérations personnelles, accepter de ne pas pouvoir toujours imposer son point de vue égoïste.

Dans les métiers et le bénévolat de la protection des milieux aquatiques cela se traduit très concrètement par la mise en place d’actions qui visent à offrir aux milieux les moyens d’être plus résilients face aux agressions de notre société et aux bouleversements climatiques profonds que nous connaissons. Accessoirement c’est aussi réduire l’impact de ces changements sur les conditions de vie des quelques milliards de bipèdes qui peuplent la seule planète habitable et accessible du coin.

Les moyens sont de tout type, restauration des zones humides, lutte contre les pollutions, veille et combats juridiques, restauration de la morphologie des cours d’eau, etc.

Jusque là c’est plutôt chouette, entrainant même, pas vrai ?

D’autant plus que le quinquennat actuel sera écologique ou ne sera pas. D’autant plus que la France s’est engagée à respecter les objectifs de la DCE (voir article ici) en matière d’atteinte du bon état des masses d’eau et que globalement les gens comprennent que sans eau en quantité et qualité il n’est pas évident de mener sa petite vie tranquille.

Les objectifs sont là, les engagements, l’éveil (relatif) des conscience et en plus y a un petit nombre de braves personnes formées et motivées pour faire le boulot.

Franchement sur le papier il y a de quoi être confiant.

Ouais.

Sauf que.

Sauf que tous ces braves naïfs (dont je fais partie) ne font pas les décisions, pas plus qu’ils n’écrivent les arrêtés et décrets leur permettant de faire leur travail et de remplir les objectifs ô combien importants pour ce fameux intérêt général.

J’en arrive donc à l’événement qui a déclenché l’envie de ce billet de mauvaise humeur.

Le 31 octobre dernier, le conseil d’Etat a par arrêté, et suite à un recours contentieux des associations Hydrauxois et France Hydro-électricité, annulé l’arrêté du 30 juin 2020.

Quésaco l’arrêté du 30 juin 2020 ?

L’arrêté en question définit (ou plutôt définissait) une nomenclature de travaux de restauration des milieux aquatiques pour lesquels les porteurs des projets pouvaient simplement déclarer ces travaux auprès des services de l’état plutôt que de passer par des procédures d’autorisation longues et laborieuses.

Ce fonctionnement était attendu depuis longtemps des porteurs de projets, en effet, au regard des engagements pris par rapport à la DCE comme nous l’avons évoqué précédemment, des enjeux de luttes contre les effets délétères des changements climatiques, il apparaissait évident que des travaux visant à restaurer le fonctionnement des milieux aquatiques puissent bénéficier de conditions facilitantes pour leur mise en place et ne pas avoir à passer par les mêmes obligations que des travaux de drainage de zones humides pour la construction d’un centre commercial par exemple.

Or, ces deux chères associations, vent debout contre le concept de la continuité écologique, ont attaqué l’arrêté, considérant que les travaux de restauration pouvaient avoir des conséquences néfastes pour les milieux aquatiques. Et le conseil d’Etat dans sa grande clairvoyance, a fait sauter l’ensemble de l’arrêté.

Ainsi, au 1er mars 2023 et en l’absence d’évolution réglementaire d’ici là, un porteur de projet souhaitant restaurer plus de 100 mètres linéaires d’un cours d’eau par exemple, sera à nouveau soumis aux mêmes procédures que s’il voulait curer et enrocher ce cours d’eau. Alors, certes les porteurs de projets feront tout pour les sortir ces projets, mais les procédures seront plus longues, le travail plus important, pour au final aller moins vite et sortir moins d’actions.

Vous les voyez s’éloigner les objectifs de la DCE ?

Mais une question demeure. Pourquoi ces associations portent des combats aussi fous et insensés que celui-ci ?

La réponse se trouve à l’opposé de la notion d’intérêt général. Ces associations représentent les intérêts des petits hydroélectriciens. Sous couvert de préservation du patrimoine bâti (lutte valable au demeurant), de participation à la transition énergétique ou même…de création de biodiversité, ces associations défendent aussi et surtout des intérêts privés et l’enrichissement de bon nombre de propriétaires de microcentrales que les obligations au regard de la continuité écologique exaspèrent.

Les chantres de la petite hydroélectricité se sont donc focalisés sur cet arrêté, le faire sauter c’est la solution pour mettre des bâtons dans les roues des projets d’arasement de chaussées.

Aussi, elles et leurs représentants multiplient les attaques juridiques et les sorties médiatiques à grand renfort d’arguments frauduleux.

Dans la participation à la transition énergétique par exemple, rappelons que le concours de la petite hydroélectricité joue pour environ 1% dans le mix énergétique national. Peu probable d’attendre une vraie révolution venant de ce côté-là en somme.

Des défenseurs d’intérêt privés tentent ainsi depuis des années d’actionner tous les leviers en leur possession pour gagner quelques kWh mais aussi de précieux deniers qui vont dans leur poche.

Ainsi les intérêts privés vont à l’encontre de l’intérêt général et le conseil d’Etat vient d’en faire la triste démonstration.

Ces associations se frottent les mains, se félicitent. Oui hourrah ! Gloire à vous fossoyeurs des milieux aquatiques ! Oui effectivement d’habitude je me contente de râler contre leurs actions et postures dogmatiques mais aujourd’hui il s’avère qu’ils sont capables par leur égoïsme, de s’en prendre à l’ensemble des actions de restauration des milieux aquatiques. Et avec la bénédiction de l’Etat.

Merveilleux non ?

Alors certes la production d’hydroélectricité peut avoir du sens dans certains cas et être conciliée avec la protection du milieu aquatique. Certes la défense du patrimoine bâti peut être un but louable. En revanche, aujourd’hui, face aux centaines d’études montrant les effets dramatiques que peut avoir l’hydroélectricité sur les cours d’eau, face aux enjeux et engagements qui nous attendent, face à tout ceci, il n’est pas acceptable de voir l’intérêt privé aller au-devant de l’intérêt général.

Pas plus qu’il n’est acceptable de voir l’Etat bafouer ainsi ses propres obligations. Mais alors que faire ?

Et bien faire comme ces associations. Être représenté solidement au niveau politique, à l’Assemblée Nationale par exemple (mais quand-même pas pour y raconter des inepties comme « j’invite souvent les agents des agences de l’eau à venir observer des truites franchir des cascades de 6 ou 8 mètres » comme a pu le faire une députée dans un passé proche) et représenter la voix des milieux aquatiques. Nous structurer et devenir proactifs sur les sujets juridiques. Nous représentons de nombreuses structures, des millions d’adhérents. Tout ce qu’il nous manque et de recentrer nos luttes sur de véritables sujets de fond, des sujets d’avenir, des sujets engageant pour nous, pour notre capacité à conserver des conditions de vie acceptables.

L’exemple choisi dans ce billet peut paraître bien futile, cependant il est parfaitement représentatif de la manière dont une minorité peut s’emparer d’un sujet et le tourner à son avantage, que les motivations soient fondées ou non, les arguments valables ou pas.

Aujourd’hui, Fédérations de pêche, acteurs Gemapiens, associations environnementales, écologistes de tout poil, doivent cesser leurs petites guerres intestines, mettre de côté les postures idéologiques et égoïstes et se recentrer ensemble sur leurs intérêts communs, la lutte pour une protection efficace de la fonctionnalité des milieux naturels. Pour la valeur intrinsèque de ces milieux et notre devoir moral de protection, mais aussi pour notre avenir commun à tous.

Il est plus que temps d’aller au-delà de la simple prise de conscience et de structurer les luttes.

Le terrain juridique est le champ de bataille et la cohésion l’arme.

L’étape d’après c’est la clé à molette mais l’éco-terrorisme ne semble pas Darmanin-compatible.

Soyez bons.

Truite VS climat, part1 : Apocalypse trout

truite changement climatique

Gamin j'ai débuté la pêche sur des ruisseaux en pleine dégradation, sans le savoir, dans le nord du Béarn. Maladroit dans ma pêche au toc, à mesure que je progressais, les truites se faisaient de plus en plus rares et la physionomie de mon ruisseau évoluait rapidement. Il m'a fallu plusieurs années pour comprendre ce qui s'était joué durant mes débuts à la truite. Un jour, un guide de pêche m'a dit : "tu as des chevesnes ?! C'est parce que l'eau se réchauffe !". La thermie est en effet le facteur limitant le plus important pour la majorité des espèces piscicoles, mais aujourd'hui tout s'emballe, 2022 est probablement l'année d'une prise de conscience pour de nombreux pêcheurs.

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Artificialisation des sols, drainage, irrigation, érosion des terres agricoles, pollutions et j'en passe ont un effet cocktail détonnant dans le contexte du dérèglement climatique. Notre impact global et local conduit à une réduction dramatique du linéaire de cours d'eau en capacité de maintenir la truite fario. Les pêcheurs du Jura et des rivières comtoises le savent trop bien, la Loue est déjà l'ombre d'elle-même.

Depuis 2003, le signal d'alarme du dérèglement climatique est lancé même si le processus est bien plus ancien. Ces dernières années affichent pour la plupart des records de sécheresse et de chaleur. Le problème le plus préoccupant est la fréquence de ces valeurs "d'exception", qui augmente à mesure que l'on avance dans le XXIème siècle.

L'année 2022 marque une réalité palpable pour les français, avec des situations hydrologiques dramatiques où rappelons le, nos pratiques agricoles et le business de l'eau en sont des acteurs aggravants incontournables (à lire : l'article de Philippe Baran Quand de précieux KWh s'évaporent dans les champs de maïs).

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Le réchauffement en France

En 2014, l'ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques devenu Office Français pour la Biodiversité) publiait une étude de l'impact du changement climatique sur les peuplements piscicoles. Les projections proposées sont plus que d'actualité. Cette étude nous sommes nombreux à l'avoir lu, mais l'échéance de ses projections nous paraissait naïvement lointaine…

Pourtant les chiffres étaient là, et un petit degré Celsius pour nous constitue un changement majeur pour l'écosystème aquatique, il se dérègle alors dans ses niveaux trophiques de base (algues, zooplancton, reproduction des poissons, etc…).

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Tableau extrait de l’étude de l’ONEMA « Les poissons d’eau douce à l’heure du changement climatique : état des lieux et pistes pour l’adaptation » (2014)
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Dans un registre plus général, une récente étude du CNRS annonce un réchauffement de +3,8°C sur le territoire français à l'horizon 2100. La méthodologie employée est celle utilisée par le GIEC et le CNRS est un centre de recherche on ne peut plus sérieux. Pourquoi un tel écart entre la France et le réchauffement global de +2°C du GIEC ? C'est simple, la modélisation globale prend en compte les océans qui se réchauffent moins vite et "allègent" le réchauffement. Sur la terre ferme, pas de climatisation océanique. Actuellement en France nous avons déjà atteint un réchauffement de +1,7°C par rapport au début du XXe siècle. Ce réchauffement s'est accéléré depuis les années 80 : les particules fines en suspension, issues de la pollution, faisaient office de vitre teintée pour le climat. Leur réduction importante à partir des années 80 a dissipé ce brouillard de particules du ciel de France, et le climat rattrape son retard, en quelque sorte.

Les répercussions sur nos rivières étaient déjà observables avant 2022. En effet, les pires records d'étiages enregistrés se bousculent depuis 2003. Sur les petits bassins versants sensibles comme celui que j'ai eu en gestion entre 2013 et 2020, le bassin versant du Riou Mort, les assecs étaient déjà dramatiques. Aujourd'hui, le problème s'étend à tout le territoire français.

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Classement des étiages du Riou Mort de 1968 à 2019 en fonction de leur débit (source : http://www.hydro.eaufrance.fr)
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Le recul de la truite fario

Cette rapide évolution de nos cours d'eau s'effectue par paliers successifs d'événements extrêmes comme cette année. Tous les pêcheurs et le public constatent l'ampleur de la catastrophe. Et nous, pêcheurs de salmonidés, sommes aux premières loges et observons impuissants la régression de l'aire de répartition de la truite.

L'étude de l'ONEMA citée plus haut jette un froid au passionné de pêche en rivière : la réduction de l’aire de répartition de la truite fario en France est très sévère.

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Figure extraite de l’étude de l’ONEMA « Les poissons d’eau douce à l’heure du changement climatique : état des lieux et pistes pour l’adaptation » (2014)
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Ces modélisations résultent de données enregistrées sur plusieurs décennies et sont issues de différentes études scientifiques. La tendance observée est systématiquement la même. L'ONEMA a synthétisé ces résultats et présente dans son rapport une moyenne où la plupart des espèces piscicoles sont remontées de 13,7m d'altitude par décennie. Cette valeur étant une moyenne, elle cache des disparités entre espèces.

Certaines espèces tolérantes colonisent les cours d'eau vers l'amont sans être repoussées par les températures chaudes à l'aval. En revanche, l'aire de répartition de la truite fario, exigeante en eau fraîche oxygénée, se contracte. Les truites remontent à la recherche d'eau plus fraîche mais se retrouvent coincées dans un étau : l'aval lui est invivable et l'amont s'assèche et ces deux limites se rapprochent d'année en année.

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Figure extraite de l’étude de l’ONEMA « Les poissons d’eau douce à l’heure du changement climatique : état des lieux et pistes pour l’adaptation » (2014)
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La truite commence à subir cette pression à l'image de ce qu'a vécu l'écrevisse à pattes blanches, endémique en France. Celle-ci s'est raréfiée suite à une dégradation de la qualité des cours d'eau et à l'arrivée d'espèces d'écrevisses exotiques, porteuses saines d'une maladie que l'on appelle "peste de l'écrevisse" et qui est capable de décimer une population de pattes blanches en quelques semaines. Notre écrevisse a souvent trouvé refuge sur des secteurs très localisés en amont des ruisseaux où l'écoulement reste permanent mais se déconnecte de l'aval durant l'été, la protégeant à cette période de l'écrasante colonisation depuis l'aval de sa cousine américaine envahissante, l'écrevisse signal.

Ainsi, la truite fario va devoir trouver ses refuges naturels sur des cours d'eau permanents, induisant généralement une montée en altitude dans la mesure du possible, accusant une disparition de l'espèce là où la température et le taux d'oxygène tomberont en dessous de son seuil de tolérance.

Cette tolérance est dépendante de la saturation en oxygène et de la température de l’eau. Les habitats fournis par l’environnement de la truite conditionnent aussi sa capacité à survivre durant les périodes critiques : caches, ombrage, présence de zones profondes, zones courantes oxygénantes. Ses besoins en oxygène dissous sont supérieurs à 5,5mg/L et la température létale observée se situe généralement autour de 25°C.

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Tolérance thermique de la truite fario :

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Figure extraite du livre de référence Biologie des poissons d’eau douce européens

Les études réalisées en laboratoire ayant conduit à établir ce graphique permettent d’analyser une température d’acclimatation et une température critique.

  • La température d’acclimatation correspond à la température de l’eau sur un temps long sans mortalité.
  • La température critique correspond à une montée rapide en température qui permet de simuler une montée en température induite par une journée caniculaire.
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La truite fario s'en tiendra alors aux secteurs lui permettant d'accomplir l'ensemble de son cycle de vie : reproduction, survie et maturation des œufs, croissance et survie des truitelles, maturation sexuelle. Les rivières de piémont seront sans surprise désertés, mais le Massif Central et le nord-ouest comprenant Bretagne et Normandie va être largement impacté.

Tout ce qui va perturber le cycle de vie de la truite va restreindre l'espèce. Or, la physico-chimie d'un cours d'eau, qui inclut la thermie, influence l'ensemble des êtres vivants de l'écosystème et notamment ceux qui nous sont invisibles, dont certains s'avèrent bien plus meurtriers pour nos poissons que le silure et le fameux "viandard" si cher à certains.

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Le silure avec son délit de sale gueule est bien moins dangereux pour les espèces piscicoles que les agents pathogènes microscopiques qui se développent aujourd’hui en réponse à la dégradation de la qualité de l’eau et à son réchauffement.
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Le danger invisible du réchauffement, les maladies

Pour exemple, j'ai nommé la PKD, maladie prolifératrice rénale, qui sévit particulièrement sur les secteurs à la limite entre la 1ère et la 2ème catégorie piscicole, où la température de l'eau la rend virulente. Cette maladie parasitaire qui s'est avérée dévastatrice sur certains cours d'eau préoccupe les gestionnaires et les pêcheurs. Elle accentue l'effet négatif d'une thermie en hausse qui lui est favorable en provoquant une mortalité importante parfois presque totale des truitelles de l'année. Les années critiques se succédant, la truite se raréfie par le bas des classes d'âges sur ces secteurs sensibles. Les belles truites souvent bien présentes sur ces zones intermédiaires deviennent de moins en moins nombreuses car trop peu remplacées.

La PKD n'est pourtant que l'une des conséquences des effets du dérèglement sur nos cours d'eau. L'ensemble de l'écosystème évolue, des diatomées aux macroinvertébrés, de nouvelles espèces colonisent nos cours d'eau.

Nouvelle menace pour la truite, le goujon asiatique ou pseudorasbora, en pleine expansion en France, est quant à lui porteur sain d'une maladie qui affecte un grand nombre d'espèces piscicoles : l'Agent Rosette. Les dégâts de cet agent pathogène sont dramatiques : sur un bassin versant en Turquie les espèces piscicoles endémiques accusent un déclin de 80 à 90% en 3 ans. Aux Etats-Unis, la maladie est connue pour décimer les populations de saumons. La menace est réelle pour de nombreuses espèces de nos eaux douces car l'effet sur les peuplements piscicoles est sournois. L'inquiétude monte car le pseudorasbora tolère les eaux fraîches et sa présence est déjà avérée à la limite de la zone salmonicole. Un risque de plus pour la truite.

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Le pseudorasbora, porteur sain de l’Agent Rosette, pathogène à l’origine d’une maladie sournoise et dévastatrice qui touche un large éventail d’espèces piscicoles (© FDAAPPMA12)
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Conscience et pragmatisme

Devant une telle complexité des écosystèmes aquatiques nous restons relativement désemparés, plutôt enclins à nous émouvoir des événements climatiques inhabituels et peu déterminés à puiser dans l'important vivier de connaissances scientifiques (dont une part importante est en libre accès).

Une prise de conscience apparaît nécessaire de la part des pêcheurs. La pêche associative est un système hérité qui a ses défauts mais qui héberge des compétences scientifiques précieuses. Halieutisme et protection des milieux aquatiques sont deux choses distinctes mais dépendantes l'une de l'autre dans l'intérêt des pêcheurs.

Nous vivons un contexte défavorable au futur de la pêche en France : hydrologie des cours d’eau fortement impactée par le réchauffement climatique, progression politique des « animalistes », faible portée politique de la FNPF (Fédération Nationale de la Pêche en France) que le sujet de la régulation des cormorans a révélé etc…

L’année 2022 n’est pas vraiment une surprise climatique mais son impact à court terme sur la truite fario sauvage devrait provoquer des réactions très divergentes au sein des pêcheurs. Certaines fédérations de pêche ou AAPPMA disposent des retours d’expérience scientifiquement argumentés pour mettre tout le monde d'accord. La réaction traditionnelle du pêcheur qui consiste à s'infliger de nouvelles restrictions ne protégera en rien les poissons des agents pathogènes, bien plus impactants que la pêche elle-même.

Ne l'oublions pas, l'Homme influence son environnement mais reste un maillon éphémère dans la frise de l'évolution. Les espèces sauvages peuvent nous surprendre. Dans le cas de la truite, ses capacités à recoloniser le milieu sont exceptionnelles, en témoigne son étonnante "densité - dépendance" (cf. l'article Effets densité-dépendants et implication dans la gestion des populations de truites de Jonathan Filé).

Elles remettent en question nos certitudes de pêcheurs...

Suite dans le prochain article !

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Bibliographie :

Baptist F., Poulet N., Séon-Massin N., 2014. Les poissons d’eau douce à l’heure du changement climatique : état des lieux et pistes pour l’adaptation. Etude ONEMA, et Biotope. https://professionnels.ofb.fr/fr/doc-comprendre-agir/poissons-deau-douce-lheure-changement-climatique-etat-lieux-pistes-ladaptation

Escalón S., 2022. Le réchauffement climatique en France s’annonce pire que prévu. Article du journal web du CNRS. https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-rechauffement-climatique-en-france-sannonce-pire-que-prevu

Bruslé J., Quignard J-P., 2001. Biologie des poissons d’eau douce européens. Collection Aquaculture – Pisciculture dirigée par Jacques Arrignan, Editions Technique & Documentation.

Test longue durée : l'étau Cottarelli Travel Deluxe

Cottarelli

Lors de l'achat d'un étau de montage de mouches, les critères de choix sont très variables suivant le profil du pêcheur : rapport qualité/prix pour les uns, fonctionnalité, encombrement pour les autres...etc la liste est infinie ! En la matière, Cyril Bailly est un esthète : pour lui, pas de concession sur la fiabilité ni sur la qualité des finitions ! C'était donc la personne idéale pour tester sur 2 ans l'étau haut de gamme Cottarelli Travel Deluxe, un produit artisanal Made in Italy, disposant de nombreux accessoires disponibles séparément : 

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Toute la gamme d'étaux et accessoires Cottarelli : 

1000mouches

Les charlots à la Salmo Trek, part 3 : marche à l'omble

Salmo Trek

Pour ce dernier jour de la Salmo Trek 2022, l’objectif est simple : boucler le quota omble si laborieusement débuté la veille pour empocher 500 points de bonus et rentrer dans les délais... L’heure limite étant fixée à 17h30 par l’organisation, nous devons étudier la carte pour évaluer le temps de marche nécessaire pour rallier l’arrivée depuis le lac de Port Bielh, théâtre de notre tâche du jour…

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Le frugal petit déjeuner est vite avalé en ce dimanche matin de juillet. La journée s’annonce brûlante, il fait presque chaud lorsque nous quittons le bivouac à la pointe du jour. Pierre entre en piste, c’est sur ses solides épaules que repose notre entreprise du jour. Simon lui, sera là pour le soutenir, lui remplir sa gourde, et éventuellement racler à la mouche une ou deux truites sur les bordures des postes de Pierre.

A l’heure légale du début de pêche, le poste de la veille au soir est libre. Pierre y effectuera son coup du matin et rentrera 2 ombles supplémentaires, portant le score à 6. Nous sommes encore loin du quota à 10 mais chaque poisson compte sacrément vue la difficulté pour les acquérir... Il semblerait qu'aucun autre compétiteur sur la zone ne fit un omble en ce dimanche matin...

De fait, c'est le troisième jour que ce lac est pêché et les 130 compétiteurs de la Salmo Trek s'y sont arrêtés. C'est un endroit stratégique car les ombles y sont en grande densité et peuvent donc en théorie rapporter des points facilement. Le plan d'eau fut littéralement bombardé les deux premiers jours. Il fallait voir et entendre les escadrilles de leurres métalliques fendre l'air avant de s'abattre dans l'eau. On se serait cru sur un champ de bataille (ou en Ukraine). Certains pêcheurs ont très rapidement bouclé le quota entre vendredi et samedi matin. Il semblerait que nos cibles à écailles aient compris la musique et soient devenues bien plus méfiantes vis-à-vis des leurres.

Au bout de presque 2h de pêche sur la zone, Pierre trépigne et commence à s’agacer face au non-intérêt de son labeur… il choisit de changer de zone. Pendant ce temps, Simon étudie la situation : selon la carte, le temps de marche ne devrait pas excéder 4h. En prenant un peu de marge, il faudrait raisonnablement quitter les lieux vers 13h.

Une brève tentative hasardeuse sur une fosse indiquée par un concurrent et nous nous retrouvons sur la rive opposée parsemée d'éboulis. Arrivés sur la zone, nous saluons un confrère non compétiteur entrain de cartonner les ombles avec un vairon habilement manié…

« C’est la pisciculture ce lac. J'ai dû en faire une centaine ce matin... »

(regards désappointés de nos 2 pêcheurs)

Parfois, rien ne vaut le naturel, surtout après le déluge de métal en tout genre (ondulante et métal jig pour l'essentiel) qu'a connu le lac la veille et l'avant-veille.

Un peu interloqué, Pierre ne s’avoue pas vaincu pour autant et s’inspire de notre compère en présentant ce qui peut se rapprocher le plus possible de son morceau de viande : un leurre souple animé en dent de scie (un Sawamura One Up Shad 3 - 061 Rainbow Trout sur tête plombée Decoy SV 34 - H - 5 G).

Quelques minutes plus tard, la tentative est couronnée de succès… Après une tape timide, le salmonidé se décide à engamer plus franchement le montage proposé. Un septième omble, toujours aussi maigre et apathique, vient rejoindre ses collègues sur l’appli. C'est le plus long de ceux capturés par les T&Cie boys puisqu'il s’étire sur 26,5cm.

Simon, dont vous entendez peu parler depuis le lever du jour, ne s’est pas pour autant endormi sur un bloc et incite son camarade à se décaler progressivement vers l’arrivée d’eau toute proche (les joies de la pêche « à une distance maximale de 20 m de son binôme »). Il y expédie un petit terrestre sombre et rentre une nouvelle fario de 25 cm. Un petit moment de quiétude au cœur d'une matinée terrible pour les nerfs...

Tous les pêcheurs ont quitté les lieux depuis belle lurette. Les commissaires font de même, les laissant seuls sur les berges du lac. La pression ne cesse de croître d'autant plus que de nombreux compétiteurs ont affirmé que "tous les binômes du top ten ont fait le quota omble."

Depuis le début de la matinée, 3 prises maillées se sont décrochées alors que jusqu'à présent, Pierre connaissait un 100% de réussite. S'il avait eu les cheveux de l'hirsute Simon…

Un nouveau salmonidé au ventre rouge rejoint péniblement la boite à pixels vers 13h, heure correspondant à l'échéance que Simon avait fixée pour rentrer, et il manque encore 2 ombles pour boucler le quota...

La décision est prise de repousser l'heure du départ à 14h et de pêcher à la despérado en retournant sur le spot de la matinée. Les deux camarades ne savent pas précisément le temps qui sera nécessaire pour regagner le col de Portet via le refuge de Bastan, le lac de l'Oule, puis le ruisseau de Marans. Cela représente plus de 12 km de marche, des dénivelés conséquents pour les deux compétiteurs qui sont bien usés physiquement. Le risque d'une disqualification liée à une arrivée trop tardive est pris. Il ne faudra pas traîner sur le chemin du retour.

Pas de miracle sur le spot du matin. La pêche est très dure. Mais en flirtant avec la végétation aquatique un omble maillé se saisit du Duo Drag Metal Cast Shot 15g colori Ayu. Il est 14h00.

Simon annonce à Pierre que c'est son dernier lancer car il faut impérativement partir. C'est maintenant ou jamais.

Pierre, concentré, pense tenir la pêche. Il sent que la touche est proche...

"Attends, je m'applique."

Il n'a pas le temps de finir sa phrase qu'un coup de fusil se fait sentir dans le blank. C'est le dernier omble, celui synonyme de quota bouclé. Il est épuiseté, mesuré et envoyé dans l'appli. Pierre hurle de joie. Les deux pêcheurs se tapent dans la main. Les sourires sont larges sur leurs visages burinés par la fatigue.

Le seul bémol à ce moment de fierté incommensurable, réside dans le fait que tout cela est, d'un point de vue comptable… du flan : il n'y a en réalité pas de bonus de 500 points en cas de 10 ombles maillés capturés... Pour cette édition 2022, l'organisation a mis en place un quota sur cette espèce très densément présente sur Port-Bielh, probablement afin que les compétiteurs ne se focalisent pas sur elle et que les captures de truites soient valorisées. Le binôme s'en tiendra donc à un total de dix captures d'ombles comptabilisées, sans bonus… ils ont mal lu le règlement à ce niveau...

Cette approximation leur aura coûté très cher. Car passer plus d'une journée et demie à essayer de boucler un quota d'ombles alors qu'ils avaient de bons résultats sur les farios d'un lac voisin représente une erreur tactique majeure qui leur fera probablement perdre la première place...

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omble chevalier
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Revenons sur les bords du lac.

Nos deux compères, toujours dans l'incertitude au sujet de leur possible exclusion par les commissaires lors de l'incident de la truite volante, ont le sentiment du devoir accompli concernant la pêche. Maintenant, ils disposent de moins de 3h30 pour relever leur dernier challenge : atteindre l'arrivée avant 17h30 et valider les points de passage 2 et 8, ce dernier étant situé au début de la dernière spéciale chronométrée (entre l'Oule et l'arrivée au col de Portet).

Les organismes sont très fatigués et les dernières difficultés paraissent infranchissables alors qu'elles sont minimes. Mais il faut y aller, l'horloge tourne et les deux collègues n'ont pas le temps de tergiverser.

Arrivés sur les bords du lac de Bastan Supérieur, ils cherchent mais ne trouvent pas le point de passage n°2. Ils perdent facilement un quart d'heure alors même qu'ils savent pertinemment qu'ils n'ont aucune marge de manœuvre au niveau du temps imparti... La panique n'est pas loin...

C'est finalement au niveau du refuge de Bastan que des randonneurs leur indiquent qu'ils ont vu passer les commissaires une dizaine de minutes plus tôt en direction du Col de Portet… les mêmes commissaires qui voulaient expulser le binôme la veille ont déserté leur poste de Port-Bielh en laissant des compétiteurs sur place sans surveillance et ont donc enlevé un point de passage 3h avant la fin de la compétition !

Après un petit sprint non désiré, les commissaires sont rattrapés peu avant la bifurcation vers le Col de Portet, au niveau du Bastan Inférieur. Une chance car à ce niveau, ils auraient tiré à gauche vers l'arrivée alors que les compétiteurs étaient priés de descendre au lac de l'Oule avant de remonter au col par la piste de ski. Le point de passage 2 est enfin validé...

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Salmo trek
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La descente vers le Lac de l'Oule fait très mal aux jambes. Mais les commissaires du point 8, toujours fidèles à leur poste, sont très pro et sympathiques. Ils tiennent des propos rassurants soutenant que le binôme ralliera l'arrivée dans les délais.

Pierre et Simon seront finalement les derniers à franchir la ligne avec un petit quart d'heure de battement, à 17h15, sous l'orage, alors que les organisateurs étaient en train de plier le décor. Précédemment, lors de la montée le long des pistes de la station de ski de Saint Lary, le téléphone de Pierre avait enfin capté suffisamment de réseau pour que les différentes photos de prises soient envoyées automatiquement par l'application. Les notifications de validation de prises se succèdent.

La télécabine du Portet en vue, les deux participants ont pu prendre connaissance du classement provisoire et du dénouement au sujet de la sanction promise : l'équipe n'est pas disqualifiée mais elle a un carton jaune et atteint finalement le podium à la troisième place…

A bientôt pour la conclusion !

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Test : Angefly Stratège 10' #6, #6/7 et #7/8

Angefly Stratege

Deux ans après sa sortie, la gamme Angefly Stratège comporte désormais 7 modèles rivière et s'enrichit cet automne de 3 cannes 10' destinées à la pêche en réservoir (une #6, une #6/7 et une #7/8), toujours au prix de 490 euros. En voici les caractéristiques techniques : 

Matériel

Angefly Stratege 10' #6

Marque
Angefly
Série
Stratège
Longueur
10'
Longueur réelle
306cm
Soie
#6
Brins
4
Poids réel
95.00g
Blank
gris
Aspect
Poncé
Anneaux
1 + 11
Type
Monopatte
Marque
REC
Premier anneau
48cm
Ligatures
grises
Poignée
26x177mm
Forme
Full Wells
Porte moulinet
aluminium gun métal
Serrage
Uplocking
Insert
carbone
Talon de combat
Oui
Talon de combat
Liège
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
Packaging
tube cordura compartimenté
PME
180.00g
PTE
275.00g
IP
47
ERN
5.94
AA
66°
Prix à la date de sortie
490.00€
Matériel

Angefly Stratège 10' #6/7

Marque
Angefly
Série
Stratège
Longueur
10'
Longueur réelle
306cm
Soie
#6/7
Brins
4
Poids réel
95.00g
Blank
gris
Aspect
Poncé
Anneaux
1 + 11
Type
Monopatte
Marque
REC
Premier anneau
48cm
Ligatures
grises
Poignée
26x177mm
Forme
Full Wells
Porte moulinet
gun metal aluminium
Serrage
Uplocking
Insert
carbone
Talon de combat
Oui
Talon de combat
Liège
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
Packaging
tube cordura compartimenté
PME
200.00g
PTE
295.00g
IP
53
ERN
6.76
AA
66°
Prix à la date de sortie
490.00€
Matériel

Angefly Stratège 10' #7/8

Marque
Angefly
Série
Stratège
Longueur
10'
Longueur réelle
306cm
Soie
#7/8
Brins
4
Poids réel
97.00g
Blank
gris
Aspect
Poncé
Anneaux
1 + 11
Type
Monopatte
Marque
REC
Premier anneau
48cm
Ligatures
grises
Poignée
26x177mm
Forme
Full Wells
Porte moulinet
aluminium gun métal
Serrage
Uplocking
Insert
carbone
Talon de combat
Oui
Talon de combat
Liège
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
Packaging
tube cordura compartimenté
PME
215.00g
PTE
312.00g
IP
61
ERN
7.78
AA
66°
Prix à la date de sortie
490.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance et l'action de ces 3 cannes :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance : 

  • 47 cents ont été nécessaires pour plier la 10' #6 sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 5,94 et donc une puissance réelle #5/6.
  • 53 cents ont été nécessaires pour plier la 10' #6/7 sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 6,76 et donc une puissance réelle conforme #6/7,
  • enfin, 61 cents ont été nécessaires pour plier la 10' #7/8 sur un tiers de sa longueur, ce qui donne après conversion un ERN à 7,78 et une puissance réelle conforme #7/8.

Nous ne retrouvons donc pas le décalage entre puissance annoncée et puissance réelle habituellement mesuré sur les cannes réservoir. Dans le cas de l'utilisation d'une soie plongeante, il conviendra donc de choisir un numéro de soie correspondant au plus petit numéro de la puissance annoncée (ex : une soie S3 de 6 pour la 10' #6/7 et de 7 pour la 10' #7/8).

ACTION

Au niveau des actions caractérisées par l'Action Angle (AA), l'homogénéité règne puisque les AA sont tous de 66°. Les actions sont donc moderate fast.

MONTAGE

En ce qui concerne le montage, on retrouve les composants haut de gamme des autres cannes de la gamme, à savoir des anneaux monopattes Recoil et une poignée full wells (de dimensions standard) en liège de qualité maximale (super flor).

Côté finitions, on note à la fois un accroche-mouche, des points d'alignement des brins ainsi que de plusieurs marques de mesure des poissons tous les 10cm de 30 à 50cm.

CONFORT

En matière de confort de pêche, les chiffres sont excellents et établissent tout simplement les records de notre base de données dans leurs catégories respectives de longueur/puissance (sans toutefois écraser la concurrence sur ce critère). A titre de comparaison avec des références de longueurs/puissances réelles proches sur le marché :

La 10' #6 s'équilibre avec un moulinet vide d'environ 140/150gr, la 10' #6/7 avec un moulinet vide d'environ 160/170gr et la 10' #7/8 avec un moulinet vide d'environ 170/180gr.

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Angely
Texte

L'avis Jean-Benoît Angely, concepteur des Angefly Stratège, Champion d’Europe par équipe 2017, vice champion du monde par équipe 2016, 3ème au championnat d’Europe en individuel en 2018, Champion de France Rivière en 2015 et 2019, Champion de France réservoir en 2017, Champion du monde par équipe en 2019 :

"La 10’ #6 a été conçue pour pratiquer les pêches ultra-fines de surface en réservoir (sèche, chiro, corde à linge...). Elle s’adapte parfaitement avec une flottante ou inter n°6.

La 10’ #6/7 a été conçue pour pratiquer les pêche fines en réservoir (chiro, corde à linge, petit streamer...), elle s’adapte parfaitement avec une flottante ou inter n°7 ainsi qu’avec une plongeante n°6.

La 10’ #7/8 a été conçue pour pratiquer les pêches de distance en réservoir (streamer, bobby). Grande lanceuse, elle s’adapte parfaitement avec des soies plongeantes n°7 ainsi qu’avec une flottante ou inter n°8.

Les grandes réserves de puissance de ces cannes, leur réactivité et leur maniabilité due à à leurs poids extrêmement légers vous permettront de réaliser des lancers à grande distance."

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Angefly
Texte

L'AVIS DE LA RÉDACTION :

Ces nouveautés réservoir sont dans la lignée des modèles rivière déjà présentés dans nos colonnes : nous sommes en présence de matériel très qualitatif et cohérent dans la conception.

Ces 3 cannes offrent un agrément de pêche bluffant et l'on retrouve l'action moderate fast particulièrement intéressante en réservoir, à la fois pour le confort de lancer et la nécessité de combattre des poissons assez gros relativement au diamètre des pointes utilisées. Cette action progressive limite grandement casses et décroches.

Ainsi, cette série représente aujourd'hui le haut de gamme des cannes réservoir du marché actuel et vient directement concurrencer les JMC Performer XD déjà plébiscitées dans nos colonnes, qui coûtent désormais le même prix que les Stratège.

A ce propos, l'investissement à débourser pour acquérir ces Stratège est incontestablement à la hauteur de leur rang... mais il s'explique entre autres par la qualité des composants choisis (en particulier les anneaux Rec et le liège super flor) et le niveau de finition (présence concomitante d'un accroche-mouche, de points d'alignement des brins et de marques de mesure des poissons).

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LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Bien choisir sa canne réservoir

Les cannes Stratège en ligne sur Angefly :

Angefly

Championnat du monde mouche 2022 : le retour gagnant de Julien Daguillanes

Julien Daguillanes

En février 2018 au lancement de Truites & Cie, nous inaugurions l'exercice de l'interview avec Julien Daguillanes, fameux compétiteur de pêche à la mouche pyrénéen, qui annonçait alors sa retraite internationale... près de 5 ans plus tard, Julien est de retour en équipe nationale avec une nouvelle médaille de champion du monde individuel gagnée il y a quelques semaines dans les Asturies, en Espagne. Il revient sur cet événement pour les lecteurs de Truites & Cie : 

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Salut Julien, nous ne pensions pas te retrouver dans ce contexte ! Qu'est ce qui t'a poussé à rempiler pour ce championnat du monde ?

"En 2017, j’avais saturé, trop de sorties pêche pour uniquement « m’entraîner », tester des nouveautés...etc. Du coup, j’avais pris la décision d’arrêter pour reprendre du plaisir à la pêche et profiter de ma famille. C’est ce que j’ai fait pendant plusieurs années, avec des sorties en lac de montagne, de la pêche du carnassier aux leurres,...etc. Mais ce championnat du monde espagnol était, sur le papier, annoncé comme très difficile, avec des pêches fines en sèche, nymphe légère, sur du poisson sauvage, bref, des pêches que j’affectionne...

Après en avoir discuté avec ma famille, et ayant leur aval, je me suis dit que j’allais participer aux sélections pour voir si je n’avais pas trop perdu la main... et c’était reparti pour un championnat international !"

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Julien Daguillanes
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Comment as-tu vécu ce retour ? Qu'est ce qui t'avait manqué (ou pas d'ailleurs) ?

"Le retour s’est fait tout en douceur avec une semaine d’entrainement avec des membres de l’équipe en juillet sur les secteurs de compétition. L’équipe actuelle m’a bien remis dans le bain.

Ce qui m’a le plus manqué, c’est l’ambiance de l’équipe, le travail de groupe, et le partage qu’il peut y avoir. C’était la première fois que je participais avec Pierre (Kuntz) et Emilio (Saint Aman) à un championnat, ils sont dans la lignée des autres membres, entièrement axés sur le partage et l’entraide.

Par contre les réveils à 6h du matin, avec des nuits entières où tu cogites et tu dors mal, ça ne m’avait pas manqué du tout !"

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Julien Daguillanes
Texte

Comment as-tu préparé ce championnat du monde espagnol ?

"Comme je l'ai dit au-dessus, nous sommes allés une semaine en juillet sur les parcours de compétition avec un guide local, Carlos Bobela, pour nous familiariser avec les truites asturiennes.

Le début n’a pas été très simple pour tout le monde mais avec les conseils du guide et la mise en commun de nos découvertes pendant l’entrainement, une stratégie a commencé à s’établir. Nous savions quoi travailler avant notre arrivée en septembre et la liste des mouches à monter.

En rentrant, j’ai essayé de trouver des conditions similaires autour de chez moi afin de pratiquer les pêches que l’on avait rencontrées lors de l’entrainement."

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Julien Daguillanes
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Parle-nous de la pêche dans les rivières des Asturies et des particularités des truites locales ? Qu'est ce qui t'a particulièrement séduit ?

"C’est quand même quelque chose la pêche dans les Asturies !!! Tout le monde nous avait dit, « vous allez voir, les truites sont difficiles, faut pêcher fin, faut avoir la bonne mouche...etc » et bien c’était vrai !!! Un truc de dingue, les truites savent vraiment ce qu’elles veulent, et la présentation doit être parfaite, une vraie école de pêche, où l'on a dû s’appliquer pour arriver à leurrer chaque poisson.

Chaque poisson se mérite, l’erreur est interdite. Un mauvais positionnement, un posé au mauvais endroit, un dragage, et la sanction est immédiate...

Après ce qui est bien, c’est qu’il est possible de faire du poisson en sèche sans pour autant qu’il y ait des gobages, notamment grâce à la très bonne densité de truites, uniquement sauvages. On peut même tomber sur des poissons de belles tailles, y compris dans des petites rivières."

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Julien Daguillanes
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"Pour ce qui est de la pêche en nymphe, on a dû pêcher très fin. Pour ma part, j’ai pêché 2 rivières en 8/100 (Pilona et Trubia), et les deux autres rivières en 9/100 (Caudal et Narcea). Au niveau des dérives, la précision dans les poids était vraiment importante, il fallait vraiment tous les poids, le 2mm, le 2,3mm, le 2,5mm et le 2,8mm. Plus lourd, c’était vraiment anecdotique.

Pareil pour les nymphes, il fallait avoir des petites mouches, hameçons de 18 essentiellement. Les 2 principaux types de mouches (perdigones et poilues) fonctionnaient sur toutes les rivières. J’avais même souvent une de chaque pour les pêches à 2 mouches. On est resté assez classiques sur nos mouches, avec l’utilisation d’une noire à cul rouge bille argent ou cuivre mais en petite taille (h18) et d’une ORL bille cuivre sans aucun tag orange.

Les postes les plus productifs étaient toujours les petits radiers plutôt que les courants marqués. Avec souvent des poissons qui se ne tenaient pas en plein courant, mais dans le calme en bordure.

Un point assez surprenant sur ces rivières, les poissons ne semblaient pas farouches (du moins dans les courants), pas besoin d’approcher à genoux. En gardant une distance d’approche assez normale, les poissons ne fuyaient pas.

Je pense au final que c’est la difficulté de ce championnat qui m’a séduit."

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Julien Daguillanes
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Pendant le déroulement de la compétition, est-ce que la pêche a été conforme à ce que tu viens de nous décrire ?

"Au niveau de la difficulté oui : des rivières à l’étiage, des poissons difficiles à capturer, des pêches très fines (8 ou 9/100)...

Malheureusement on n’a pas eu une grosse quantité de pêche en sèche, même si elle nous a permis de prendre des poissons sur pas mal de secteurs.

Le dernier jour, la pêche a changé à cause des pluies de la veille qui ont fait monter les rivières, voire les ont rendues marron pour certaines... Il a fallu être solide mentalement pour arriver à faire au moins un poisson dans de l’eau haute et teintée pendant une manche de championnat du monde.. Bravo à Pierre et Bambino (Seb Vidal) qui ont dû subir ça en dernière manche...

Notre entrainement de juillet nous a beaucoup aidé, on avait bien compris le positionnement des poissons et leurs habitudes. On a pu s’entraîner à pêcher fin systématiquement. Le Narcea est la rivière sur laquelle nos résultats n’ont pas été les plus réguliers. On est surement passés à côté d’une pêche, peut-être la pêche en tandem avec le recul...

Par contre notre semaine d’entrainement juste avant le championnat n’a pas été simple du fait du grand nombre d’équipes présentes et du peu de linéaire de rivière disponible pour l’entrainement. Nous avons même dû aller dans le Leon afin de pouvoir pêcher dans de bonnes conditions."

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Julien Daguillanes
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Pour les séquences de pêche en sèche, peux-tu nous décrire le matériel que tu as utilisé, les principales mouches, ainsi que l'action de pêche à proprement parler ?

" Pour la pêche en sèche, je suis parti sur une JMC Performer 9’9 soie 3/4 couplée avec un Yoto et une soie de 2 ou 3 suivant les rivières.

Jusque-là, cette canne ne me servait pas pour cette utilisation chez moi, je l'utilisais plus pour pêcher les petites rivières en nymphe au fil que pour de la sèche pure. Finalement une soie de 3 et même de 2 passent très bien sur cette canne. Elle était assez douce pour pêcher en 8/100.

Au niveau de l'action de pêche, j’ai plus pêché l’eau qu'attaqué des gobages à proprement dit... En général, je passais en sèche sur tous les beaux coups avec pas trop d’eau avant de passer en sèche/nymphe ou en nymphe. Et très régulièrement, j’arrivais à faire monter des poissons que je n’aurais jamais pris en nymphe, ou qui aurait même fuit du fait de les pêcher de trop près. Il fallait être très précis sur le posé, un bas de ligne trop détendu sur l’eau et je loupais tous les poissons au ferrage, un posé trop droit contraignait la dérive et aucun poisson ne montait...

Pour les mouches, j’ai principalement utilisé des éphémères avec les ailes en CDC sur hameçons de 19 à 22. Durant notre entrainement de juillet, les sedges étaient beaucoup plus efficaces, il a fallu revoir nos mouches durant la semaine d’entrainement juste avant le championnat."

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Julien Daguillanes
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Qu'est ce qui a fait la force de cette équipe de France médaille d'argent et pour toi, ce qui t'a permis d'accéder à la plus haute marche du podium ?

" La force de l’équipe de France, c'est que c’est une « vraie équipe », tout est partagé, rien n’est caché. Quand quelqu'un a une difficulté sur un point, il y a toujours une personne de l’équipe pour l’aider. On a tous nos points forts et nos points faibles, notre façon de pêcher, mais au final, quand on prend le meilleur de chacun, l’équipe est vraiment forte.

Pour ma part, je ne vais pas dire que j’ai eu de la chaaaaate, mais un peu quand même. Pour être plus sérieux, tout s’est bien goupillé pour moi. Commencer au lac où les pêches du début de semaine me correspondaient plus, ne pas tomber sur des cimetières en rivière, tomber sur un parcours que j’avais déjà pêché en juillet à l'entraînement, et avec l’expérience, tout a roulé tout seul...

J’ai bien sûr eu quelques moments de doutes, par exemple lorsque j’ai loupé 7 poissons d’affilé au début de ma manche sur le Pilona, mais je suis en règle générale une personne calme et posée, donc j’ai soufflé un moment, je me suis reconcentré, et ensuite j’ai enchaîné 6 poissons dans le même courant..."

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Julien Daguillanes
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Pour la suite, as-tu déjà songé aux prochaines échéances internationales ? Est-ce que ce retour gagnant t'a laissé un goût de "reviens-y" ?

"J’étais parti pour ce championnat du Monde en Espagne sans penser à l’avenir, en me disant « on verra bien comment ça se passe, si je prends du plaisir à refaire une compétition internationale et bien sûr si j’ai encore le niveau »...

Au final, je pense vraiment que j’ai pris beaucoup de plaisir durant ce championnat avec les copains de l’équipe. Le plus dur en 2017 n’avait pas été d’arrêter les championnats internationaux, mais plus de quitter cette ambiance d’équipe.

Ce titre remet pas mal de chose en question, avec normalement l’attribution du statut de sportif de haut niveau pour 2023. D'autre part, tous les championnats sont différents, avec des pêches qui me correspondent plus ou moins...

Je prends les années les unes après les autres, sans trop me projeter sur l’avenir."

Merci Julien et à bientôt !

 

Toutes les photos de l'article sont la propriété de Carlos bobela www.asturiasamosca.com

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équipe de France
Légende
L'équipe de France médaille d'argent avec de gauche à droite : Sébastien Delcor capitaine, Thierry Lelièvre manager, Sébastien Vidal, Julien Daguillanes, Pierre Kuntz, Grégoire Juglaret et Emilio Saint Aman
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