Ardèche Eyrieux

vidange Eyrieux

mjpjp

Texte

Bonjour Gaetan, PEUX TU TE présenter ?

Je suis Ardéchois et actuellement directeur adjoint de la FDAAPPMA 07. Mon parcours a débuté avec une formation technique et scientifique qui m'a permis de rejoindre cette structure en tant que technicien. À 20 ans, j'avais déjà décroché ce qui était pour moi le métier de mes rêves, et, plusieurs années plus tard, cette passion est toujours intacte !

Au fil du temps, j'ai occupé différents postes au sein de la Fédération : technicien, chargé de développement, puis responsable du développement. Aujourd'hui, en tant que directeur adjoint, je suis également responsable de la communication et du développement, avec un focus particulier sur l’animation, la sensibilisation, et les projets de développement territorial liés à la pêche.

Si mes débuts étaient axés sur le terrain, mon rôle a beaucoup évolué. Je me consacre désormais à la gestion de l’organisation, au travail de fond pour défendre les intérêts des pêcheurs et des milieux aquatiques ardéchois, ainsi qu’à des stratégies de communication que j’ai développées en autodidacte. Mon quotidien se concentre davantage sur la gestion globale et la planification à long terme, même si des événements majeurs, comme la catastrophe écologique de cet automne, me rappellent l’importance cruciale du terrain.

Cette diversité de missions et d’enjeux continue de nourrir ma passion pour ce métier et pour la protection des écosystèmes aquatiques de l’Ardèche.

Nous allons aborder dans cette interview la vidange du barrage du Cheylard survenue l’automne dernier qui a engendré une forte mortalité piscicole. Peux-tu nous présenter le coin ?

Nous nous situons dans la vallée de l’Eyrieux, l’un des plus importants bassins versants du département. Cette rivière prend sa source sur les contreforts du Massif Central, dans les zones humides et tourbeuses situées près de Saint-Agrève. En aval, l’Eyrieux plonge dans des gorges à hauteur de Saint-Martin-de-Valamas. À ce niveau, elle est classée en première catégorie avec une gestion patrimoniale, peuplée principalement de truites fario sauvages et d’espèces accompagnatrices.

Plus en aval, nous atteignons le célèbre barrage situé sur la commune du Cheylard, au milieu du bassin. Ce barrage marque la transition entre la première et la deuxième catégorie piscicole. Le débit de l’Eyrieux s’est considérablement renforcé en amont de la retenue grâce à l’apport de trois affluents majeurs : la Rimande, l’Eysse et la Salliouse. Ces affluents jouent un rôle clé, notamment dans le transport sédimentaire, un point qui revêt une importance particulière pour la suite de notre entretien.

En patois, "Salliouse" signifie "eau sale" — un nom qui illustre bien la nature de ce cours d’eau, principale source de sable pour l’Eyrieux. Ensemble, ces affluents apportent environ 40 000 m³ de sédiments dans le barrage chaque année. Résultat : la retenue s’est rapidement colmatée depuis sa mise en service. Ces dernières années, à la cote maximale du barrage, on ne mesurait souvent plus que 6 à 7 mètres d’eau, alors que le mur du barrage atteint une hauteur de 25 mètres !

Image
Eyrieux
Légende
La rivière Eyrieux (BEED)
Texte

Concernant l’ouvrage lui-même, quelle est sa raison d’être et son propriétaire ?

Le barrage de Collanges est un ouvrage emblématique, mais aussi controversé, de la vallée de l’Eyrieux. Construit entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, il illustre les ambitions et les écueils des grands projets d’aménagement de cette époque. Géré aujourd’hui par le syndicat de développement d’aménagement et d’équipement de l’Ardèche (SDEA), avec une concession hydroélectrique attribuée à la CN’aire, filiale de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), il a initialement été exploité par EDF.

Le barrage de Collanges devait répondre à plusieurs objectifs :

  • Constituer une réserve d’eau agricole pour soutenir les activités agricoles locales
  • Développer le tourisme autour du Cheylard avec des activités nautiques et un potentiel immobilier.
  • Produire de l’électricité, avec une centrale hydroélectrique.
  • Assurer un soutien d’étiage, bien que cet usage soit secondaire.

Cependant, la régulation des crues n’a pas été prise en compte dans sa conception. Entre le début des études en 1970 et la mise en œuvre dans les années 1980, un décalage d’une décennie a exacerbé des contradictions ! Par exemple la baisse des besoins en irrigation due à la maladie de la sharka. Dans les années 70, la vallée de l’Eyrieux était le berceau des pêches et des abricots en France mais suite à cette maladie sur les prunus, l’arrachage subventionné des pêchers a transformé le visage agricole de la vallée. Aujourd’hui il reste une centaine d’agriculteurs.

Ce n’est pas tout, le barrage a été construit au prix de l’expropriation de 40 hectares de terrains agricoles alluviaux, suscitant des oppositions du monde agricole dès 1978. Les études préalables, menées de 1978 à 1981, se sont contentées de présenter les bénéfices économiques de l’ouvrage, avec peu d’attention portée aux impacts environnementaux ou au transit sédimentaire.

Et le plus important, la présence d’une ancienne décharge publique dans le périmètre de la retenue posait déjà problème. Les industries locales (tanneries, bijouteries, industries textiles et chimiques) rejetaient directement leurs effluents dans l’Eyrieux.

En mai 1980, un arrêté préfectoral conditionnait la mise en eau à deux impératifs :

  • La création de 12 stations de traitement des eaux usées en amont.
  • L’évacuation et le traitement de 40 000 tonnes d’ordures domestiques et industrielles, y compris des fûts contenant des substances toxiques.

Face aux coûts élevés, le SDEA a opté pour une solution minimaliste : l’enfouissement des déchets sous un film goudronné. Cette méthode, mise en œuvre en 1982, n’a pas inclus de traitement des lixiviats ni d’assainissement des eaux usées. En avril 1983, la retenue a été mise en eau, suivie d’un arrêté préfectoral interdisant la baignade pour des raisons de sécurité et de santé publique. Ce coup de grâce a définitivement enterré la vocation touristique de l’ouvrage dès sa mise en eau !

De 1983 à 1988, la retenue a reçu des effluents industriels non traités des vallées environnantes. La station d’épuration, construite en 1988, n’a pas permis de traiter efficacement tous les rejets. Des conventions signées avec les industriels ont même prolongé les déversements dans le lac, aggravant la pollution de ses sédiments.

Les années de pollution industrielle et l’accumulation de sédiments dans le lac ont laissé un héritage complexe. Avec environ 40 000 m³ de sédiments apportés chaque année par les affluents amont, le barrage de Collanges témoigne des erreurs de conception et de gestion passées. Ce "cocktail" de déchets enfouis et d’effluents chimiques continue d’impacter durablement l’écosystème de l’Eyrieux.

Le barrage, initialement perçu comme un levier de développement économique et touristique n’était peut-être qu’un mensonge déjà à l’époque ?

Image
barrage
Légende
Le barrage des Collanges sur l'Eyrieux (Dauphiné Libéré)
Texte

Le problème des sédiments ne semble pas dater d’hier, pourquoi les élus actuels ont pris le taureau par les cornes ?

Tu sais, la vidange d’un barrage comme celui des Collanges aurait dû être réalisée tous les dix ans. À l’origine, la vanne de fond devait permettre ce passage de sédiments. Problème, puisque la vanne de fond est restée fermée pendant 30 ans car colmatée dans les premières années de fonctionnement du barrage. Tu ajoutes à cela le cocktail polluant situé sous le barrage et du coup tu comprends pourquoi on n’a rien fait pendant quarante ans ! Les différentes majorités au département ont bien compris que c’était plus facile de repousser le problème. Résultat, on a accumulé 1,6 million de m³ de sédiments dans la retenue, ce qui limite aujourd’hui sa capacité de stockage (à seulement 1,55 million de m³) et la production électrique.

Dès 2001, le Syndicat Départemental d’Équipement de l’Ardèche (SDEA) se retrouve contraint de rétablir le transit sédimentaire pour respecter la législation sur l’eau. Le fonctionnement de la vanne de fond est rétabli en 2013... Depuis 2014, une série d’arrêtés préfectoraux autorise l’ouverture de cette vanne lors de crues supérieures à 100 m³/s et impose sa fermeture lorsque le débit redescend en dessous de 80 m³/s.

Cependant, ouvrir la vanne de fond ne suffit pas à compenser trois décennies d’accumulation de matériaux. Les sédiments présents dans la retenue posent des problèmes complexes : leur volume est colossal et certaines couches sont polluées, rendant leur restitution directe à la rivière impossible. Cela nécessite des études approfondies pour cartographier et caractériser ces sédiments avant toute action.

En 2016, dans le cadre du contrat de rivière "Eyrieux Clair", plusieurs scénarios sont élaborés avec les contributions des élus et techniciens de la Fédération :

  • SCÉNARIO 1 : adaptation de l’exploitation et ajout de vannes de fond,
  • SCÉNARIO 2 : curage de la retenue, réinjection dans l’Eyrieux et évacuation ou valorisation,
  • SCÉNARIO 3 : dérasement du barrage avec aménagement préalable de la retenue,
  • SCÉNARIO 4 : arasement du barrage et modification de la vanne de fond.

Nous, à la FDAAPPMA 07, nous sommes battus avec les associations environnementales pour inclure l’effacement du barrage dans les scénarios. Pour nous, c’était et c’est toujours la meilleure option, à la fois écologiquement et économiquement.
Depuis quelques années, la préfecture a intensifié la pression sur le département pour gérer ces sédiments. En 2022, mise en demeure du SDEA, par arrêté préfectoral du 15 décembre 2022, de rétablir le transit sédimentaire de la rivière. L’article 17 de l’arrêté précise que :

« Une solution partagée pour rétablir le transit sédimentaire devra être mise en œuvre en concertation nécessaire avec les acteurs du territoire ».  Partagée…. La blague !
Ils avaient trois ans pour choisir une solution et deux de plus pour la mettre en œuvre, mais en seulement 21 mois, ils ont choisi et réalisé une « vidange expérimentale ». Franchement, c’est une décision trop hâtive et avec trop peu de concertation !

En amont de la décision, le SDEA a organisé quelques réunions de concertation, mais seulement avec nous et le syndicat de rivière. D’autres acteurs majeurs, comme le Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche ou les associations environnementales, n’ont même pas été consultés, alors qu’on est en pleine zone Natura 2000 ! Nous, on a exprimé nos craintes dès le départ. On a demandé à réaliser nous-mêmes le suivi des frayères à truites et des matières en suspension, mais tout a été rejeté. Le département a commandé une étude indépendante au cabinet Antea Groupe, et leurs conclusions étaient franchement étonnantes. Pour te donner un exemple, ils identifient 100 m² de frayères potentielles sur 10 km en aval, alors que nous, on en compte 6000 m² !

Pourquoi c’est important ? Parce qu’à partir de 200 m² de frayères, le dossier passe sous un régime d’autorisation, ce qui change radicalement la demande auprès des services l’état, bien plus contraignante. Leur sous-estimation a permis de valider le protocole rapidement. On a tenté de faire modifier ce protocole directement avec le SDEA, puis fait un recours gracieux auprès de la préfecture. Tout a été refusé. Nous avons déposé un référé auprès du tribunal administratif de Lyon, mais nos arguments n’ont pas été retenus. Nous ne sommes pas experts aux yeux du juge du TA, mais la DDT !

Tu vois, on se bat tous les jours à la FD pour défendre les pêcheurs et les milieux aquatiques, mais c’est là que tu comprends qu’on a un travail énorme en FD sur ce rôle d’expertise et je pense que notre passé de fédération de pêche et de pisciculture nous dessert, on est clairement pas pris au sérieux… est ce qu’on manque de compétences techniques en FDAAPPMA ? est-ce que la qualité de nos rapports scientifiques n’est pas suffisante aujourd’hui pour être crédible en tant qu’expert ? nous sommes experts et avons en interne des spécialistes, des hydrobiologistes donc…nous devons capitaliser sur cela

Lobbying, magouille et compagnie ?

Des questions se posent :

  • La préfète a-t-elle vraiment eu tous les éléments pour signer un tel arrêté ? l’a-t-elle bien signé, elle ?
  • Quel sérieux accordé au bureau d’étude auquel le SDEA a fait appel, avec son dossier loi sur l’eau ?
  • Pourquoi la DDT est-elle si laxiste ?
  • Quel crédit apporter à une vidange « expérimentale » impactant pour le milieu ? n’est-ce pas plutôt un moyen d’arriver à ses fins sans engager ses responsabilités ?

Une enquête est en cours qui déterminera les responsabilités de chacun dans cette vidange expérimentale vouée à l’échec !

Image
vidange Eyrieux
Texte

Comment le département a-t-il « vendu » cette affaire à la population ?

Pour situer le contexte, le président du département est également vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, en charge de l’agriculture. Aujourd’hui et en résumé, la marque de fabrique de la communication départementale, c’est de mettre en avant la "ruralité" et le monde agricole.

Le barrage représente une opportunité politique idéale pour valoriser l’action publique, surtout que, depuis 40 ans, toutes les majorités départementales se sont refilées cette patate chaude sans jamais vraiment agir. Cette fois, ils ont promis d’intervenir pour augmenter la capacité de stockage du barrage, prétendant que c’était indispensable pour sauver le monde agricole et éviter que les agriculteurs ne mettent la clé sous la porte. C’est comme cela que le projet a été présenté : un geste pour l’agriculture, un soutien à la ruralité.

Mais derrière cette façade, rien n’a été expliqué en détail. Il n’y a eu aucune transparence, pas même une lettre d’information adressée aux habitants ou aux communes directement concernées. Le manque de communication a été énorme, ce qui a alimenté l’incompréhension et les tensions. Une telle gestion ne fait qu’aggraver le fossé entre les citoyens et leurs élus, surtout face à un projet d’une telle envergure qui aurait mérité un vrai débat public.

Démagogie à l’état pur selon vous ?

Ce qui est drôle à ce moment-là, c’est de préciser que l’arrêté préfectoral qui encadre l’irrigation autorise un prélèvement de 1 million de m³ par an, alors que les agriculteurs n’en consomment actuellement que 300 000 m³ par an et que le plan d’eau contient aujourd’hui 1,5 million de m³ ! Doubler le stockage en eau est complètement inutile, c’est uniquement du marketing politique ! Lors de l’annonce de la vidange à la presse, ils avaient même invité de nombreux agriculteurs ardéchois. J’ai des collègues paysans qui travaillent à 100 km du barrage et qui ont été invités sur place pour soutenir le projet. On est dans le clientélisme, ça fonctionne, que veux-tu ! Tout est absurde dans cette histoire.

Attends, mais moi, naïf, je pensais que le monde agricole ardéchois, c’était surtout des baba cool producteurs de pélardons dans des exploitations miniatures… On m’aurait menti ?

On est loin des exploitations de la Beauce ! Les fermes sont encore à taille humaine chez nous ! Mais en Ardèche, comme dans beaucoup de départements, certains lobbies sont plus puissants que d’autres. Chez nous, le tourisme et l’agriculture occupent une place importante, et nous devons nous battre au quotidien pour faire entendre la voix des milieux aquatiques et des rivières, celles qui font RÉELLEMENT vivre tout le monde ! Beaucoup l’oublient, pris dans l’engrenage du productivisme…

Image
vidange Eyrieux
Texte

Revenons à notre histoire : la « vidange expérimentale » est actée, une date est prévue, VOUS FAITES quoi à la FD ?

La FD a réagi très tôt en alertant l’opinion publique à travers une double page dans le Dauphiné Libéré quelques jours avant le drame avec « une alerte lancée par les pêcheurs ». Malheureusement, la plupart des gens n’y ont pas cru : "Encore ces écolos de pêcheurs...", tu vois le genre. Consciente de l’ampleur de la catastrophe à venir et forte des leçons tirées de précédentes affaires similaires mais de moindre ampleur, la Fédération a décidé de prendre les devants. Elle s’est dotée d’une avocate spécialisée en environnement, d’un avocat lobbyiste pour gérer la communication, et d’un huissier de justice mobilisable à tout moment.

Nous avons suivi la vidange de très près, présents sur place dès le début. Les premières heures semblaient maîtrisées : rien à signaler au cours du premier jour. Le bureau d’étude missionné suivait les constantes environnementales comme l’oxygène et les matières en suspension. Mais tout a basculé dans la nuit du 2 au 3 septembre. Nous étions encore sur place, tard dans la soirée, quand nous avons observé les premières mortalités dans le barrage. À ce moment-là, seule la vanne d’oxygénation fonctionnait, et le niveau de l’eau baissait progressivement.

Au petit matin, après une nuit d’ouverture de la vanne, c’était l’hécatombe, tout était mort. Des poissons sur les berges, partout, que ce soit dans le barrage ou dans la rivière, sur plusieurs kilomètres en aval.

Face à ce désastre, nous avons immédiatement mobilisé notre réseau technique, médiatique et politique puis contacté la gendarmerie, qui a été très réactive. De son côté, l’OFB (Office Français de la Biodiversité) a été plus difficile à mobiliser : il a fallu les relancer à plusieurs reprises avant qu’un agent ne se déplace pour effectuer quelques prélèvements. 

C’est rageant de constater à quel point l’État se désengage de l’environnement en ne dotant pas l’OFB des moyens humains et matériels nécessaires. J’aurais tellement voulu voir cinq ou six agents équipés de matériel technique comme des drones pour évaluer l’ampleur de la pollution et mesurer la mortalité. Mais non, il a fallu compter quasiment que sur nous-mêmes. Nous avons fait intervenir notre huissier de justice pour attester d’une réalisation de nos prélèvements en conformité avec le protocole établi par le laboratoire. Ces données seront essentielles pour documenter la future plaidoirie. Aujourd’hui, l’enquête est menée par l’OFB en collaboration avec la gendarmerie. Nous attendons de voir les conclusions, mais ce désastre restera gravé dans nos mémoires comme un exemple de l’insuffisance des moyens alloués à la protection de nos milieux aquatiques.

Image
vidange Eyrieux
Image
vidange Eyrieux
Image
vidange Eyrieux
Image
vidange Eyrieux
Texte

Au-delà de la mortalité piscicole, les métaux lourds ont –ils refait surface ?

Maintenant, des dizaines de kilomètres en aval du barrage ont été lourdement impactés par les métaux lourds libérés lors de la crue qui a suivi la vidange. Ces sédiments contaminés, transportés par les eaux, posent un risque sérieux pour l’environnement et la santé publique. Prenons l’exemple du nickel, qui est présent en quantités particulièrement importantes : ce métal est connu pour son fort taux d’infiltration dans les sols acide, ce qui le rend susceptible de contaminer les nappes phréatiques. Après l’eau potable, ce n’est pas de notre ressort mais la question s’est rapidement posée, car cela représente une menace directe pour les populations locales.

Depuis cet automne, toutes les communes concernées ont été contraintes de mettre en place des prélèvements réguliers pour surveiller la qualité de leur eau potable. Malheureusement, ce type de pollution est caractérisé par une forte inertie. Les métaux lourds se déposent et restent dans les sédiments pendant de longues périodes, rendant les effets difficilement prévisibles et surtout durables... il est clair que ces métaux ne disparaîtront pas d’eux-mêmes. En attendant, les inquiétudes grandissent chez les habitants et certains agriculteurs, qui se demandent à juste titre si leur eau est toujours potable et si leurs terres ne risquent pas d’être contaminées à leur tour.

Et quel a été l’impact sur les populations locales ?

L’opinion publique, devant tous ces poissons morts visibles et puants, a forcément réagi en notre faveur. C’est un peu le même principe que lorsqu’un orque se retrouve bloqué dans la Seine, au Havre : tout le monde s’affole et s’indigne. Mais dès qu’il s’agit de phénomènes moins visibles, comme la mort quotidienne de milliers d’insectes ou la disparition progressive d’écrevisses allochtones, personne ne s’en préoccupe, parce que ça ne se voit pas. Pourtant, l’impact est bien plus dramatique.

Après la catastrophe, nous avons reçu de nombreux messages de soutien de la part des locaux. Ces élans d’émotion sont réconfortants, mais le problème, c’est qu’ils s’essoufflent vite. Quelques semaines après, l’attention est presque retombée, comme si rien ne s’était passé.

Aujourd’hui, un collectif de citoyens s’est constitué autour de l’association BEED (Biodiversité Eyrieux Environnement Développement). Cette association, qui réalise depuis de nombreuses années un travail remarquable, a redoublé d’efforts ces derniers mois pour répondre à cette catastrophe. Elle a été très active, en mobilisant des ressources et en sensibilisant la population aux enjeux liés à cet événement. Grâce à leur implication et leur ténacité, l’impact de cette tragédie reste un sujet de préoccupation pour une partie des habitants, mais il faut encore maintenir la pression pour que des mesures concrètes soient prises à long terme.

Image
vidange Eyrieux
Texte

Quel est l’enjeu halieutique au niveau local ?

Aujourd’hui, on trouve pas mal de pêcheurs au brochet en float tube, des carpistes, et des pêcheurs au coup sur ce lac. Mais à la FD, nous devons avoir une vision à plus long terme. Notre objectif est clair : « ré »-ouvrir le débat sur la raison d’être de ce barrage et son utilité réelle. Et si possible, aboutir à son effacement. C’est un défi ambitieux, car il va falloir mener un travail de sensibilisation considérable, y compris au sein de notre propre réseau de pêcheurs.

Il faut que tout le monde comprenne que l’intérêt commun est de retrouver une rivière vivante, qui s’écoule librement, plutôt qu’un barrage inerte et sans vie. Les écosystèmes aquatiques fonctionnent bien mieux dans des environnements naturels, et la biodiversité y est bien plus riche. Ce serait une victoire non seulement pour les pêcheurs, mais aussi pour toute la vallée d’un point de vue touristique et économique. Nous devons convaincre que cette transition, bien que complexe, est bénéfique pour tous à long terme.

C’est tout le paradoxe de notre loisir : on se prévaut d’être des écolos sentinelles des milieux alors qu’en réalité, certains de nos pêcheurs doivent encore prendre conscience de la nécessité de milieux aquatiques sains, naturels et non impactants pour une pêche de loisir durable... Comment travaillez-vous à faire évoluer ces mentalités à la FD ?

Le projet de mandature du conseil d’administration est très clair sur ce sujet : faire monter en compétence les AAPPMA et les soutenir financièrement pour qu’elles puissent pleinement remplir leur rôle. C’est dans cet objectif que nous avons créé, sous l’impulsion du CA de la FD, quatre emplois "Les Pieds dans l’Eau". Ces postes sont occupés par des personnes qualifiées, mises à disposition des AAPPMA pour réaliser des animations, de l’éducation à l’environnement, du soutien administratif et des opérations techniques.

Nous pensons que le modèle actuel FD/AAPPMA, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, atteint ses limites. Les milieux aquatiques et leurs habitants subissent des agressions répétées, amplifiées par les changements climatiques. Face à ces enjeux, il est essentiel de repenser notre organisation pour mieux protéger nos rivières.

Dans un monde idéal, il devrait y avoir une AAPPMA par grand ou moyen bassin versant – soit environ 15 en Ardèche – chacune dotée d’un salarié. Ces salariés assureraient un travail de terrain renforcé, et chaque AAPPMA serait représentée au conseil d’administration de la Fédération par un membre élu. Ainsi, toutes les AAPPMA disposeraient du même niveau d’information sur ce qui se passe au niveau fédéral, et chaque bassin bénéficierait d’un agent de terrain dédié, permettant une meilleure surveillance et une réactivité accrue en cas de problème.

C’est une idée qui mûrit en Ardèche depuis un certain temps déjà. Les Emplois "Les Pieds dans l’Eau" en sont les premières fondations. Si nous continuons sur cette voie, nous pourrons construire un modèle plus adapté, plus efficace, et plus résilient pour l’avenir de nos milieux aquatiques et des générations de pêcheurs à venir.

Bon, on a bien compris, ce que la FD demande, c’est de gommer ce mur en béton ?

La plainte déposée contre X a permis de déclencher une enquête et de commencer à établir les responsabilités de chacun. On sait que ce processus va prendre du temps, probablement 3 ou 4 ans avant d’arriver au jugement. Notre système d’archivage est parfaitement au point, et tous les chiffres, toutes les données collectées sont soigneusement conservées pour soutenir le dossier au pénal. C’est un prérequis indispensable si nous voulons obtenir gain de cause dans les années à venir.

Nous avons monté un dossier technique solide et faisons tout pour communiquer de manière dépassionnée sur le sujet. C’est essentiel pour garder de la crédibilité face aux élus, aux décideurs et au public.

En pratique, nous demandons clairement l’arasement de l’ouvrage. Quand on regarde les faits, le barrage n’est pas rentable en matière de production énergétique. Il n’y a aucune raison valable de le conserver : ni l’hydroélectricité, ni l’agriculture, ni le tourisme ne justifient son maintien. Même Gilbert Cochet, célèbre naturaliste et grand amoureux de la vallée de l’Eyrieux, le dit lui-même : ce barrage est l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire en matière d’infrastructure. Pour lui, c’est une "verrue insensée" dans le paysage.

Nous continuons donc à défendre l’idée de son effacement, avec des arguments clairs et fondés. L’objectif est d’agir dans l’intérêt des milieux aquatiques et des générations futures, en rendant à la vallée de l’Eyrieux son caractère naturel et sa vitalité

Image
vidange Eyrieux
Texte

Encadré : Travaux soumis à autorisation / soumis à déclaration : nomenclature avec critères précis. Quand tu es en autorisation, l’étude préalable doit être plus conséquente, comme les mesures compensatoires. Là, à notre grande surprise, tous les seuils concernés par ces travaux sont inférieurs aux seuils d’autorisation… une vidange qui s’annonçait des plus périlleuses est passé seulement en « autorisation » devant la préfecture ! A titre de comparaison, nous avons été récemment appelés par un agriculteur pour sauver les poissons dans son plan d’eau avant vidange… lui a été soumis à autorisation !

Test : Vision Nymphmaniac Twintip 10'9 #2, 10'9 #3 et 10'9 #4

Vision Nymphmaniac

Parmi les nouveautés phare de ce début d'année dans la catégorie nymphe au fil, les Vision Nymphmaniac Twintip occupent une place de choix. Elles complètent la gamme Nymphmaniac historique en apportant des nouveaux couples action/longueur ainsi qu'un concept novateur : comme leur nom l'indique, elles sont livrées avec 2 scions de puissances différentes de façon à adapter au mieux votre outil aux poids des nymphes propulsées. Nous débutons une série de tests avec les 3 nouvelles 10'9 en #2, #3 et #4 :

Matériel

Vision Nymphmaniac Twintip 10'9 #2

Marque
Vision
Série
Nymphmaniac TwinTip
Longueur
10'9
Longueur réelle
327cm
Soie
#2
Brins
4
Poids réel
84.00g
Blank
Gris
Aspect
Spiralé
Anneaux
16
Type
Monopatte
Premier anneau
26cm
Ligatures
Grises
Poignée
22x180mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Aluminium noir
Serrage
Downlocking
Insert
Carbone
Talon de combat
Mousse EVA
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
Packaging
Tube cordura compartimenté
PME
145.00g
PTE
229.00g
IP
27
ERN
2.97
AA
70°
Prix à la date de sortie
499.00€
Matériel

Vision Nymphmaniac TwinTip 10'9 #3

Marque
Vision
Série
Nymphmaniac TwinTip
Longueur
10'9
Longueur réelle
327cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
88.00g
Blank
Gris
Aspect
Spiralé
Anneaux
16
Type
Monopatte
Premier anneau
26cm
Ligatures
Grises
Poignée
22x180mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Aluminium noir
Serrage
Downlocking
Insert
Carbone
Talon de combat
Mousse EVA
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
Packaging
Tube cordura compartimenté
PME
150.00g
PTE
238.00g
IP
31
ERN
3.57
AA
70°
Prix à la date de sortie
499.00€
Matériel

Vision Nymphmaniac TwinTip 10'9 #4

Marque
Vision
Série
Nymphmaniac TwinTip
Longueur
10'9
Longueur réelle
327cm
Soie
#4
Brins
4
Poids réel
93.00g
Blank
Gris
Aspect
Spiralé
Anneaux
16
Type
Monopatte
Premier anneau
26cm
Ligatures
Grises
Poignée
22x180mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Aluminium noir
Serrage
Downlocking
Insert
Carbone
Talon de combat
Mousse EVA
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
Packaging
Tube cordura compartimenté
PME
165.00g
PTE
258.00g
IP
38
ERN
4.60
AA
70°
Prix à la date de sortie
499.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance et l'action de ces 3 cannes :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 27, 31 et 38 cents ont été nécessaires pour plier ces 10'9 sur un tiers de leur longueur. Après conversion, cela donne un ERN à 2.97 pour la #2, seule canne de ce test légèrement sous-estimée niveau puissance, c'est en réalité une #2/3. Les puissance des 2 autres sont conformes à celles annoncées, à savoir #3 (ERN à 3.57) et #4 (ERN à 4.60).

ACTION

Avec un AA identique de 70°, ces 3 cannes ont une action fast (AA supérieur à 66°). 

MONTAGE

Au niveau du montage, toutes les caractéristiques des cannes nymphe au fil modernes sont présentes : porte-moulinet down-locking, anneau de départ proche de la poignée (parfaitement situé à 26cm), talon de combat...ect. Chacune d'elles est livrée avec 2 scions de puissances différentes (le plus faible est dénommé "sensi" et se distingue par une ligature verte, l'autre "power"). Les mesures successives effectuées avec les 2 éléments n'ont pas montré de modification de la puissance de la canne (cette dernière dépend aussi et surtout des 3 brins inférieurs...). Le changement de scion ne métamorphose donc pas les caractéristiques dynamiques de la canne, il s'agit juste d'un ajustement subtil de son comportement au lancer.

Plusieurs particularités sont à signaler sur le montage de ces Nymphmaniac :

  • au niveau des anneaux tout d'abord, on note comme d'habitude dans cette série un nombre relativement important (16 anneaux pour ces 10'9) et un avant-dernier de type serpentiforme pour limiter les emmêlages au niveau du scion,
  • la poignée de son côté, présente des dimensions originales : elle est fine (22mm) et plutôt longue (180mm), ce qui empêchera les utilisateurs de moulinet semi-auto de maintenir l'annulaire sur la gâchette en action de pêche. Pour y parvenir, il faudra prendre l'habitude de positionner sa main sur la partie basse de la poignée ou de la replacer pour atteindre la gâchette. A noter qu'il est possible de choisir le matériau qui la constitue à l'achat (mousse EVA ou liège).

Côté finitions, on note la présence d'un accroche-mouche mais pas de point d'alignement des brins. Ces Nymphmaniac sont dotées de marques de mesure des poissons à 20, 30, 40 et 50cm.

CONFORT

Grace à leur poignée longue couplée au porte-moulinet down-locking, l'équilibre de ces cannes est excellent. A titre d'exemple :

  • le PTE de la Nymphmaniac 10'9 #2 est identique à celui de la Thomas & Thomas 10'9 #2 pour une puissance voisine,
  • le PTE de la Nymphmaniac 10'9 #3 est une quinzaine de grammes inférieur à celui de la Thomas & Thomas 10'9 #3 alors que la Vision est légèrement plus puissante,
  • le PTE de la Nymphmaniac 10'9 #4 est identique à celui de la Thomas & Thomas 10'9 #4 alors que la Vision est plus puissante d'1/2 numéro de soie.

Ces Nymphmaniac seront équilibrées de manière optimale avec un moulinet vide d'environ 130/140gr.

Image
Vision Nymphmaniac
Texte

L'avis de la rédaction

Les cannes Vision Nymphmaniac ont été plébiscitées à de nombreuses reprises dans nos colonnes, tant pour la rigueur de leur conception que pour leur rapport qualité/prix. Vous pouvez retrouver les tests de la 11' #2, 11' #3, 11' #4, 10'6 #3 et 9'6 #3.

Pour 2025, une longueur intermédiaire entre la 10'6 et la 11' apparaît : si certains considèrent des variations de longueur de plus ou moins 5cm comme du marketing, elles confèrent pourtant à votre ensemble canne/moulinet un comportement différent et donc des potentialités différentes.

En pratique, la longueur 10'9 est intéressante car elle offre un meilleur contrôle de dérive que celui d'une 10'6 de 320cm environ (longueur qui présente surtout un intérêt en petits milieux) tout en restant plus réactive et polyvalente qu'une 11' de 336cm environ. Il est par exemple tout à fait possible de fouetter efficacement une soie avec cette longueur de 326cm environ. De plus, cette longueur intermédiaire est adaptée à une grande variété de milieux : si vous ne deviez en choisir qu'une pour aborder des rivières moyennes d'une dizaine de mètres de large et de temps à autres quelques milieux plus exigus ou à l'opposé plus vastes, ce serait un excellent choix!

Une fois ces rappels effectués, passons au décryptage de nos mesures : 

Dans la lignée des précédents modèles, ces nouvelles Nymphmaniac ont en commun une action rapide. Les habitués de la gamme ne seront donc pas dépaysés. Le choix entre l'une ou l'autre des 3 puissances disponibles dépendra surtout de la polyvalence que vous recherchez et de la taille des truites auxquelles vous vous frottez. 

Comme d'habitude la #2/3 est la plus typée "nymphe au fil moderne". Elle possède le même couple action/puissance que la 11' #2 de la gamme (seuls 9cm les séparent). Si votre pratique est constituée majoritairement de la pêche au fil de poissons petits à moyens (jusqu'à une quarantaine de centimètres), avec une prédilection pour les poids de nymphes inférieurs à 3.5mm, alors ce modèle vous conviendra bien. Il vient concurrencer la Marryat Tactical Graphen 10'9 #2/3 (l'action est la principale différence entre ces 2 références).

La #3 est un modèle de polyvalence : elle permettra d'utiliser tous les poids de nymphe et de poser une sèche si l'occasion se présente (prévoir une soie de 3, voire une 4 pour les pêches à courtes distances). Elle vient directement concurrencer la JMC Performer 10'9 #3/4 avec qui elle partage la même triade longueur/action/puissance.

Enfin, la #4, avec son action fast, se montre la plus autoritaire des 3 : elle se destine aux pêches fortes et à ceux qui souhaitent une canne musclée, avec un talon costaud. Pêches lourdes et gros poissons constituent son domaine de prédilection.

Texte

LIENS UTILES :

Le protocole de test des cannes à mouche

Comment choisir sa canne à nymphe au fil

Les cannes Vision accessibles en ligne ou sur commande chez nos partenaires :

as de pêche

 

fusion fly fishing1000mouches

 

Les autres tests Vision :

Vision flyfishing

Mieux pêcher en nymphe au fil (1/4) : le placement

nymphe au fil

Que cela plaise ou non, la mise en oeuvre de la pêche en nymphe au fil est similaire à celle de la pêche au toc. Seule la gestuelle du lancer diffère, en raison du matériel utilisé notamment. Comprendre les mécaniques de dérive, que l'on pêche avec une canne anglaise ou une canne à mouche, est un prérecquis indispensable pour qui souhaite parfaire son acte de pêche et obtenir plus de touches. Nous aborderons dans cette nouvelle série d'articles les points névralgiques à soigner pour améliorer vos dérives, en commençant par le placement. Trop souvent occulté, le placement doit pourtant être au centre de toutes les attentions. Notre auteur Lionel Ainard a déjà publié un article consacré à cette notion qui lui est chère. Détaillons les spécificités du placement dans la pratique de la nymphe au fil ; se placer c'est choisir :

  • la distance de pêche : distance qui sépare le pêcheur du courant qu'il aborde,
  • l'angle de pêche : angle formé par la veine de courant et la position du pêcheur.
Texte

Choix de la distance de pêche

Le choix de la distance de pêche dépend en premier lieu du degré de discrétion imposé par les conditions (niveau d'eau, méfiance des poissons, luminosité...etc). Cette règle de base est universelle et immuable : si le pêcheur effarouche sa cible en se positionnant, inutile de poursuivre l'acte de pêche...

Pour savoir "jusqu'où il est possible de s'approcher", pas de recette miracle, seule la pratique et l'expérience peuvent vous aider. Choisir cette distance minimale d'attaque comme distance de pêche est une solution pertinente dans l'immense majorité des cas.

En effet, lorsqu'on pêche au fil, la longueur de canne relativement faible (par rapport à la pêche au toc avec une 3.90m par exemple) limite l'amplitude de pêche et empêche le zèle : "mettre de la distance" plus que nécessaire ne sert à rien... au contraire, plus on pêche près, mieux on pêche! De fait, pêcher à courte distance va verticaliser la dérive (c'est à dire amener l'angle bannière/surface proche de 90°), réduire la longueur de bannière immergée et donc l'effet voile du courant de surface (voir figure 1). Pour un même couple vitesse/profondeur, on va donc pouvoir pêcher plus léger et favoriser la préhension des truites.

Exception à la règle générale : il peut être intéressant d'augmenter la distance de pêche pour augmenter l'effet voile dans des postes mous et profonds où le courant porte peu.

Image
nymphe au fil
Légende
Pour les prospections de radiers maigres, il est impératif de mettre de la distance pour rester discret!
Image
nymphe fil
Légende
Fig 1 : verticalisation de la dérive = limitation de l'effet voile (diminution de la longueur bleue)
Image
nymphe au fil
Légende
Dans les gros volumes d'eau, plus on verticalise, mieux on pêche !
Texte

Choix de l'angle de pêche

Une fois la distance minimale déterminée, il va falloir choisir l'angle de pêche qui conditionne le type de dérive à venir (essentiellement 3/4 amont ou 3/4 aval, on ne pêche quasiment jamais plein amont au fil car ce type de présentation induit beaucoup de loupés). Là encore, il arrive que le degré de discrétion imposé détermine l'orientation de la dérive à venir. 2 cas de figure se présentent : 

  • si les conditions évoquées au paragraphe précédent vous imposent de rester "en aval" du poisson, la dérive s'effectue automatiquement 3/4 amont,
  • au contraire s'il est possible d'ouvrir l'angle d'attaque ("pêche en travers"), vous avez le choix d'effectuer la dérive 3/4 amont ou 3/4 aval. C'est le type de courant qui va orienter le choix.
Image
nymphe au fil
Légende
Poste maigre et peu rapide nécessitant de la discrétion = angle fermé avec dérive 3/4 amont
Texte

Si la pêche "en travers" est possible, l'orientation de la dérive dépend du degré de stratification de la veine de courant prospectée, c'est à dire de la différence de vitesse entre le courant de fond et celui de surface :

  • Si la veine est très stratifiée (delta de vitesse important, coïncidant avec un couple élevé), il va falloir pêcher suffisamment lourd pour percer le haut de la colonne d'eau et utiliser l'effet voile du courant pour le reste de la dérive, ceci n'est possible qu'en optant pour une dérive 3/4 aval (voir figure 2), sans quoi le montage se "planterait" au fond (voir figure 3). Le lancer s'effectue en face de soi ou légèrement amont, le scion reste en amont de la position des nymphes durant la dérive.
  • Au contraire, si la veine n'est pas très stratifiée (faible différentiel de vitesse courant de fond/courant de surface), le lestage, s'il est bien choisi, convient pour l'intégralité de la colonne d'eau. La dérive doit être orientée 3/4 amont, le lancer s'effectue franchement vers l'amont, la canne suit la descente des nymphes, l'extrémité du scion étant maintenue légèrement en aval de la position du montage (voir figure 4).
Image
nymphe au fil
Légende
Fig 2 : dérive aval dans les veines très stratifiées (utilisation de l'effet voile pour une longue dérive)
Image
nymphe au fil
Légende
Fig 3 : dérive amont dans les veines très stratifiées = accrochages fréquents si pêche au bon poids
Image
nymphe au fil
Légende
Couple vitesse/profondeur important avec stratification = angle ouvert avec dérive 3/4 aval
Image
nymphe au fil
Légende
Fig 4 : dérive 3/4 amont dans les veines peu stratifiées
Image
nymphe au fil
Légende
Couple vitesse/profondeur moyen, veine peu stratifiée = angle ouvert avec dérive 3/4 amont
Image
nymphe au fil

Test : LMG Epicure 9' #4/5 Versatile et Sport

LM2G

Nous avions introduit les nouvelles cannes à mouche Epicure du Moulin de Gémages dans une interview d'Ivan Iannaccone en fin d'année dernière. Le concept est simple mais néanmoins ambitieux : proposer une série de produits haut de gamme 100% franco-européens (chaque composant a fait l'objet d'un véritable choix d'esthète!) et adaptés à tous les besoins du pêcheur à la mouche moderne. Place maintenant aux tests techniques des différents modèles en commençant par les classiques 9' #4/5 gamme Versatile et Sport.

Matériel

LMG Epicure Versatile 9' #4/5

Marque
LMG
Série
Epicure Versatile
Pays de fabrication
Europe
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#4/5
Brins
4
Poids réel
86.00g
Blank
Pinot noir
Aspect
Vernis brillant
Anneaux
11
Type
Serpentiforme
Premier anneau
41cm
Ligatures
Bordeaux
Poignée
26x175mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Titane
Serrage
Uplocking
Insert
Bois précieux français
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
Packaging
Tube carbone + housse
PME
140.00g
PTE
226.00g
IP
39
ERN
4.75
AA
68°
Prix à la date de sortie
1795.00€
Matériel

LMG Epicure Sport 9' #4/5

Marque
LMG
Série
Epicure Sport
Pays de fabrication
Europe
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#4/5
Brins
4
Poids réel
86.00g
Blank
Pinot noir
Aspect
Vernis brillant
Anneaux
11
Type
Serpentiforme
Premier anneau
41cm
Ligatures
Bordeaux
Poignée
26x175mm
Forme
Half Wells
Porte moulinet
Titane
Serrage
Uplocking
Insert
Bois précieux français
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
Packaging
Tube carbone + housse
PME
150.00g
PTE
236.00g
IP
47
ERN
5.94
AA
72°
Prix à la date de sortie
1795.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES :

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance et l'action de ces 2 cannes :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 39 et 47 cents ont été nécessaires pour plier ces deux 9' sur un tiers de leur longueur. Après conversion, cela donne des ERN à 4.75 pour la Versatile et 5.94 pour la Sport. La puissance de la Versatile est donc conforme à celle annoncée (#4/5), alors que la Sport est un peu sous-estimée.

ACTION

Au niveau de l'action, ces cannes sont également différentes, même si notre protocole les classe dans la catégorie fast toutes les deux. Avec un AA de 68°, la Versatile est proche de la catégorie moderate fast (AA entre 63 et 66°) alors que la Sport peut être qualifiée d'ultra-fast avec son AA de 72°.

MONTAGE ET CONFORT

A produit extra-ordinaire, rédaction singulière : nous avons ainsi pris le parti de ne pas nous appesantir sur les chiffres du confort de pêche. Non pas qu'ils soient mauvais (au contraire, ces 2 cannes pèsent 86gr et seront équilibrées par un moulinet vide d'une centaine de gramme seulement), non, mais l'esthétisme et le raffinement ont clairement été priorisés, sans recherche de légèreté à tout prix. Pour faire simple, Ivan Iannaccone a sélectionné les matériaux les plus nobles pour chacun des éléments des cannes Epicure, on retrouve ainsi :

  • du titane au niveau du porte-moulinet, des enjoliveurs et des anneaux serpentiformes. A propos du porte-moulinet justement, ce dernier est issu d'un design spécifique (tout comme les enjoliveurs!). Les propriétés physiques du titane autorisent un pas de vis beaucoup plus fin que ceux usinés en aluminium, ce qui confère aux bagues un vissage précis et un maintien ultra-fiable.
  • un insert en bois loupe de bruyère française.
  • un anneau de départ en agate (variété de quartz) : les agates sont sélectionnées une par une pour garantir leur qualité (sur le critère de la densité notamment) et une harmonie esthétique parfaite avec le blank.
  • du liège portugais de qualité maximale (le top du top flor).

Pour terminer ce paragraphe en abordant quand même des considérations pratico-pratiques, notons la présence de points d'alignement des brins et d'un accroche-mouche sur chaque canne. La poignée possède des dimensions standard et adaptées à toutes tailles de main. Sa largeur de 26mm est vraiment passe partout. Le premier anneau est aussi idéalement placé, sur la ligature de l'emmanchement du brin (soit à 41cm de la poignée), un choix judicieux et trop rare sur le marché.

Image
LMG
Légende
Des nuances jusque dans l'insert en loupe de bruyère...
Image
agate
Légende
Un beau travail de recherche sur le premier anneau
Texte

L'avis de la rédaction

Le premier point que nous souhaitons saluer dans notre commentaire est la volonté de concevoir un produit en Europe, avec un accent particulier mis sur l'originalité. La parure de ces cannes, que chacun jugera avec sa sensibilité, est totalement inédite, presque bluffante tant les nuances de rouge évoluent au gré des variations de luminosité. Lorsque vous avez un tel objet entre les mains, vous percevez immédiatement la minutie dont Ivan a fait preuve dans la sélection des matériaux, le tout formant un ensemble des plus harmonieux. Nous ne sommes pas coutumier de ce genre de digression (nous mettons un point d'honneur à rester objectifs et factuels en toute circonstance) mais dans le cadre de ce test, nous ne pouvions passer sous silence le travail accompli par le Moulin de Gémages. Cela permet également d'expliquer le prix de ces cannes, d'aucuns jugeront excessif, mais nous sortons ici des critères classiques de jugement : ce sont des produits de luxe fabriqués en Europe après de longues années de recherche, loin des standard asiatiques formatés (même le porte-moulinet a été dessiné par Ivan!).

A ce stade, on en oublierait presque d'aborder l'utilisation... gardons quand même à l'esprit que ce matériel est avant tout fait pour se rendre au bord de l'eau et fouetter de la soie! A ce propos, les noms choisis pour chacun des modèles sont très révélateurs de leurs caractères respectifs :

  • Avec sa puissance réelle #4/5 et son action "fast mais pas trop", la Versatile est un parangon de canne sèche/nymphe à vue à tout faire dans nos eaux françaises. Avec ce combo action/puissance, vous pourrez à la fois descendre en diamètre de pointe si les conditions l'exigent (pêche des ombres en 9 ou 10/100 par exemple) et vous frotter d'autres jours à des truites d'une cinquantaine de centimètres. Selon le style de lanceur, on conseillera une soie de 4 (pour qui aime donner de la vitesse à la soie) ou une 5 pour un lancer plus classique et une pêche à courtes et moyennes distances (également si vous débutez, une 5 sera plus adaptée).
  • De son côté, le modèle Sport est totalement inédit sur le marché (une inspection minutieuse de notre banque de données n'a pas trouvé d'équivalent!), de par son couple action/puissance : avec une telle action ultra-fast et une puissance relativement importante, vous êtes en présence (comme son nom l'indique!) d'une machine à lancer. On ne parle pas ici d'atteindre des distances record, mais plutôt de la possibilité de serrer la boucle et d'obtenir une grande vitesse de soie (cette remarque sera valable avec une soie de 5, et encore plus avec une 4). Avis aux amateurs de réactivité et de pêche de frondaisons!

A noter que le moulin de Gémages propose également une troisième 9' #4/5 baptisée Puriste, moins puissante et plus douce que les 2 autres.

Pour l'ensemble de ces modèles existe une option de gravure du porte-moulinet.

Evidemment, chaque canne Epicure est numérotée et dispose d'une garantie à vie, avec un service de révision et de réparation inclus. Connaissant le sérieux de la maison, ceci offre la perspective d'une histoire à long terme, ce qui n'est pas pour nous déplaire!

Vidéo
Texte

LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Comment choisir sa canne à mouche sèche

Les cannes à mouche Epicure sur le site internet du Moulin de Gémages (ou sur place à l'essai!) :

Le Moulin de Gémages
S'abonner à S'abonner à S'abonner à S'abonner à S'abonner à S'abonner à