Comparatif cannes mouche 10' soie 3 (2020)

test canne mouche

De nos jours, la 10' soie 3 représente le standard de la canne à mouche destinée à la pêche en eaux rapides. Ce type de canne possède l'avantage d'offrir un contrôle efficace des dérives en nymphe au fil et une réactivité suffisante pour la pêche en sèche. Elles sont donc particulièrement polyvalentes et très prisées par les aficionados des cours d'eau petits à moyens. Voici un test comparatif réunissant 12 références 10' #3 du marché actuel : Airflo Euro Nymph, Baetis Precision 2.0, Echo Shadow X, Greys GR80, Hanak Superb XP, JMC Pure Equipe, Maxia SX4, Sage ESN HD, Soldarini Hydropsyche Elite Competition, Syndicate Pipeline, Thomas & Thomas Contact et Vision Nymphmaniac.

Texte

TESTS STATIQUES ET MESURES

Airflo Euro Nymph

Cette canne récente de la maison Airflo a été spécialement conçue pour la nymphe au fil. Le revêtement brun mat du blank et les ligatures rouges lui donnent un look original. La poignée liège est associée à un porte moulinet en aluminium noir up-locking qui surmonte un talon de combat en mousse EVA noire. Cette canne 4 brins est livrée dans une housse et un tube cordura. Le prix d'un élément en cas de casse est de 42 euros hors frais de port.

Matériel

Airflo Euro Nymph 10' #3

Marque
Airflo
Série
Euro Nymph
Longueur
10'
Longueur réelle
306cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
96.00g
Anneaux
12
Premier anneau
32cm
Poignée
24x174mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Oui
PME
149.00g
PTE
245.00g
IP
30
ERN
3.42
AA
68°
CCF
76cpm
Confort
7.0/10
Prix à la date de sortie
306.00€
Texte

Baetis Precision 2.0

Pour sa série Precision 2.0, la marque rompt avec le look criard de la première génération pour plus de sobriété et un aspect épuré : les blanks à motif spiralé sont non vernis, et les ligatures deviennent noires. Les emmanchements sont de type inversé, leur alignement est facilité par deux fins traits blancs. Les anneaux sont monopattes et l'avant dernier est de type serpentiforme afin de limiter le bouclage du nylon lorsqu'on pêche à l'espagnole (avec du nylon uniquement). Cette 10' comporte 12 anneaux + 1 fourni dans un blister, à faire monter sur le premier brin pour ceux qui pêchent essentiellement en nymphe au fil. Le porte-moulinet en aluminium s'assombrit et conserve un insert en graphite, tout en devenant down-locking. La poignée liège est toujours de forme cigare. Cette canne 4 brins est livrée dans un tube cordura compartimenté.

Matériel

Baetis Precision 2.0 10' #3

Marque
Baetis
Série
Precision 2.0
Longueur
10'
Longueur réelle
307cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
82.00g
Poids réel
86.00g
Anneaux
12
Premier anneau
56cm
Poignée
24x174mm
Serrage
Downlocking
Talon de combat
Non
PME
153.00g
PTE
239.00g
IP
32
ERN
3.72
AA
70°
CCF
77cpm
Confort
7.3/10
Prix à la date de sortie
380.00€
Texte

Echo Shadow X

A l'instar de la série Shadow II, les nouvelles Shadow X font dans la sobriété avec leur parure sombre : le blank gris ardoise est mat, les ligatures sont noires, tout comme le porte-moulinet anodisé down-locking et l'insert carbone (décoré de représentations de mouches blanches). L'anneau de départ SIC est suivi de monopattes hard chrome. Chaque modèle de la gamme possède un talon de combat en liège qui peut se dévisser et accueillir un kit de 4 masselottes (2 de 5 gr et 2 de 10 gr) permettant d'équilibrer parfaitement la canne quel que soit le moulinet choisi. Cette canne 4 brins est livrée dans une housse et un tube de transport.

Matériel

Echo Shadow X 10' #3

Marque
Echo
Série
Shadow X
Longueur
10'
Longueur réelle
305cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
85.00g
Poids réel
93.00g
Anneaux
12
Premier anneau
29cm
Poignée
24x189mm
Serrage
Downlocking
Talon de combat
Oui
PME
123.00g
PTE
216.00g
IP
30
ERN
3.42
AA
70°
CCF
77cpm
Confort
7.8/10
Prix à la date de sortie
459.00€
Texte

Greys GR80

La série GR80 conserve la couleur vert olive des GR70 au niveau du blank et des ligatures sombres. Deux liserés chartreuses sur le premier brin apportent une légère touche flashy. L'évolution notable est l'utilisation d'une nouvelle résine nommée Powerflux 1000 qui confère à ces blanks de nouvelles propriétés mécaniques en action de pêche. Le blank de cette GR80 comporte un premier anneau SIC suivi de 10 monopattes. De petits points présents au niveau des emmanchements inversés facilitent l'alignement des brins. La poignée liège grade AAA de forme cigare et dimensions standard surmonte un porte moulinet en aluminium anodisé gun métal avec insert bois et un fin talon de combat en liège. Cette canne 4 brins est livrée dans un tube rigide compartimenté.

Matériel

Greys GR80 10' #3

Marque
Greys
Série
GR80
Longueur
10'
Longueur réelle
304cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
98.00g
Poids réel
88.00g
Anneaux
12
Premier anneau
49cm
Poignée
25x181mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Oui
PME
156.00g
PTE
244.00g
IP
28
ERN
3.12
AA
65°
CCF
75cpm
Confort
7.0/10
Prix à la date de sortie
349.90€
Texte

Hanak Superb XP

Cette série Superb XP possède un look original : le blank mat est vert olive foncé, tout comme les ligatures des anneaux Recoil Titanflex à mémoire de forme. L'anneau SIC de départ est suivi de 10 monopattes. La poignée en liège présente une élégante terminaison en bois, assortie à l'insert du porte moulinet aluminium noir. L'alignement des brins est facilité par de petits points blancs. Cette canne 4 brins est vendue dans un étui cordura compartimenté (garantie sans condition avec participation de 75€).

Matériel

Hanak Superb XP 10' #3

Marque
Hanak
Série
Superb XP
Longueur
10'
Longueur réelle
307cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
77.00g
Poids réel
80.00g
Anneaux
11
Premier anneau
59cm
Poignée
24x180mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
187.00g
PTE
267.00g
IP
31
ERN
3.57
AA
68°
CCF
77cpm
Confort
6.5/10
Prix à la date de sortie
599.00€
Texte

JMC Pure Equipe

Avec son blank mat, ses ligatures noires et son porte moulinet carbone, cette canne fait résolument dans la sobriété. Comme toutes les cannes de la série Equipe, une ligature tricolore figure à la base du premier brin. Elle symbolise l'attachement de la marque et de cette série de cannes en particulier à la pratique compétitive de la pêche à la mouche. Au niveau des détails techniques marquants, on peut mentionner la présence d'une réglette de mesure des poissons sur la face interne du premier brin.

Matériel

JMC Pure Equipe 10' #3

Marque
JMC
Série
Pure Equipe
Longueur
10'
Longueur réelle
305cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
93.00g
Anneaux
13
Premier anneau
35cm
Poignée
26x176mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
193.00g
PTE
286.00g
IP
32
ERN
3.72
AA
65°
CCF
80cpm
Confort
5.9/10
Prix à la date de sortie
619.00€
Texte

Maxia SX4

Pour sa série SX, Maxia rompt avec les ligatures jaunes des MX et passe au vert ! Ces liserés sont présents au niveau des emmanchements et du premier brin. Le blank est toujours brut, non verni et doté de classieux anneaux sombres et de ligatures noires (12 anneaux dont 11 monopattes pour cette 10'). Le moulinet en alu gris présente un insert vert bouteille, la forme de la poignée ne change pas par rapport aux MX. Cette canne 4 brins made in Europe est livrée dans une housse et un tube aluminium carré verts, doté du classique filet plastique anti-rayure de la marque.

Matériel

Maxia SX4 10' #3

Marque
Maxia
Série
SX4
Longueur
10'
Longueur réelle
303cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
93.00g
Anneaux
12
Premier anneau
23cm
Poignée
25x184mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
154.00g
PTE
247.00g
IP
30
ERN
3.42
AA
65°
CCF
78cpm
Confort
6.9/10
Prix à la date de sortie
640.00€
Texte

Sage ESN HD

Le blank noir finition gloss bénéficie de la technologie Konnectic HD également présente dans la série LL. Les ligatures bordeaux arborent de discrets liserés métalliques au niveau du premier brin et des emmanchements. L'anneau de départ Fuji céramique est suivi de 11 monopattes chromés durs. Le porte-moulinet en aluminium anodisé noir mat de type down-locking surmonte une poignée en liège Half Wells de première qualité (grade flor) typique de la marque. Cette canne 4 brins made in USA est livrée dans une housse en tissu noir et un tube alu de protection. Elle possède une garantie à vie Sage.

Matériel

Sage ESN 10' #3

Marque
Sage
Série
ESN HD
Longueur
10'
Longueur réelle
304cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
73.00g
Poids réel
73.00g
Anneaux
12
Premier anneau
52cm
Poignée
24x164mm
Serrage
Downlocking
Talon de combat
Non
PME
135.00g
PTE
208.00g
IP
28
ERN
3.12
AA
68°
CCF
75cpm
Confort
8.0/10
Prix à la date de sortie
919.00€
Texte

Soldarini Hydropsyche Elite Compétition

La série Hydropsyche Elite Competition conçue par l'ex-compétiteur français Thibault Guilpain possède un blank fin au revêtement bleu nuit finition gloss. Les ligatures bleu foncé fixent 12 anneaux dont 11 monopattes recoil. Le porte moulinet gris gun metal avec insert carbone bleu est associé à une poignée liège fine. Cette canne 4 brins est livrée dans une housse et un tube rigide. 

Matériel

Soldarini Hydropsyche Elite competition 10' #3

Marque
Soldarini
Série
Hydropsyche Elite Competition
Longueur
10'
Longueur réelle
311cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
88.00g
Poids réel
86.00g
Anneaux
12
Premier anneau
52cm
Poignée
25x176mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
155.00g
PTE
241.00g
IP
27
ERN
2.97
AA
65°
CCF
73cpm
Confort
7.3/10
Prix à la date de sortie
539.00€
Texte

Syndicate Pipeline P2

La marque Syndicate s'est imposée comme le fabricant le plus populaire aux Etas-Unis dans le monde de la pêche à la nymphe. Côté look, la série Pipeline est caractérisée par un blank olive mat, dotée de deux anneaux SIC de départ suivi de 10 monopattes tiCH, d'une poignée liège 4A et d'un porte moulinet aluminium aéronautique avec insert bois. Cette canne 4 brins est livrée dans un tube compartimenté et possède une garantie à vie (chose plutôt rare dans cette gamme de prix).

Matériel

Syndicate Pipeline Pro 10' #3

Marque
Syndicate
Série
Pipeline Pro
Longueur
10'
Longueur réelle
305cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
87.00g
Anneaux
12
Premier anneau
50cm
Poignée
26x180mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
165.00g
PTE
252.00g
IP
28
ERN
3.12
AA
65°
CCF
74cpm
Confort
6.8/10
Prix à la date de sortie
379.00€
Texte

Thomas & Thomas Contact

Cette série Contact possède un blank gris armure. Les ligatures et liserés bruns olives sont sobres et changent de l'habituelle couleur noire. Le numéro de la canne est présent au niveau des emmanchements de façon à faciliter l'alignement des brins. Les composants haut de gamme comprennent une poignée en liège de qualité maximale (extra-flor), un porte-moulinet en aluminium anodisé gris gunmétal avec insert en loupe de frêne et un anneau de départ en titane/silicium suivi de 11 autres anneaux recoil monopattes. Enfin, le talon se termine par un fin pommeau de combat en liège. Cette canne 4 brins made in USA est livrée dans une housse et un tube aluminium.

Matériel

Thomas & Thomas Contact 10' #3

Marque
Thomas & Thomas
Série
Contact
Longueur
10'
Longueur réelle
305cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
86.00g
Anneaux
12
Premier anneau
49cm
Poignée
25x164mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Oui
PME
156.00g
PTE
242.00g
IP
30
ERN
3.42
AA
65°
CCF
78cpm
Confort
7.1/10
Prix à la date de sortie
849.00€
Texte

Vision Nymphmaniac

Cette canne Vision possède un blank brut non verni. Le porte moulinet mêle aluminium anodisé noir et insert en liège. Des touches de vert, signatures de la gamme Nymphmaniac, viennent singulariser le produit, notamment au niveau des inscriptions sur le talon et des ligatures des emmanchements. Sur la poignée liège forme cigare figure un cerclage vert qui est un repère marquant les 20 premiers centimètres depuis la base du talon (la graduation se poursuit de 10 en 10 avec des ligatures vertes jusqu'à 50 cm). Ce modèle possède un nombre d'anneaux relativement important pour une 10' (13 anneaux avec des ligatures olives) dont l'avant-dernier est serpentiforme, de façon à limiter les enroulements du nylon autour du scion lorsqu'on pêche en nymphe "à l'espagnole" (avec du monofilament uniquement).

Matériel

Vision Nymphmaniac 10' #3

Marque
Vision
Série
Nymphmaniac
Longueur
10'
Longueur réelle
304cm
Soie
#3
Brins
4
Poids annoncé
76.00g
Poids réel
73.00g
Anneaux
13
Premier anneau
54cm
Poignée
22x170mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
PME
165.00g
PTE
238.00g
IP
25
ERN
2.67
AA
71°
CCF
76cpm
Confort
7.3/10
Prix à la date de sortie
345.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES

  • PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, les cannes de ce test peuvent être classées en 2 catégories :

- celles dont la puissance est sur-évaluée (la puissance mesurée est inférieure à celle annoncée par le constructeur) : c'est le cas de la Vision Nymphmaniac 10' #3 qui est en réalité une #2, de la Soldarini Hydropsyche Elite Competition, la Greys GR80, la Sage ESN HD et la Syndicate Pipeline Pro qui sont des #2/3. Ces modèles permettront de propulser des nymphes plus légères que ceux de la catégorie suivante.

- celles dont la puissance est parfaitement conforme : c'est le cas de la majorité des cannes de ce test, à savoir les Airflo Euro Nymph, Baetis Precision 2.0, Echo Shadow X, Hanak Superb XP, JMC Pure Equipe, Maxia SX4 et la Thomas & Thomas Contact qui sont de vraies #3.

  • ACTION 

Au niveau des actions caractérisées par l'Action Angle (AA), deux catégories sont représentées :

- les actions fast dont la majorité des valeurs est comprise entre 68 et 70° : c'est le cas de la Airflo Euro Nymph, Baetis Precision 2.0, Echo Shadow X, Hanak Superb XP, Sage ESN HD et de la Vision Nymphmaniac. Pas de cannes ultra-fast donc dans ce comparatif, ce qui est logique compte tenu de l'utilisation envisagée (sèche et nymphe en eaux rapides), où la douceur permet de charger la canne avec peu de soie sortie et/ou des nymphes légères.

- les cannes d'action moderate fast : plusieurs références de ce test possèdent un AA à 65°, typique des cannes nymphe modernes, à savoir la Greys GR80, la JMC Pure Equipe, la Maxia SX, la Soldarini Hydropsyche Competition, la Syndicate Pipeline et la Thomas & Thomas Contact.

  • RÉACTIVITÉ

Caractérisée par la fréquence d'oscillation en cpm, la réactivité est indicatrice de la capacité de pêche en sèche (plus la fréquence est élevée, plus la canne fouettera efficacement). Pas de surprise à ce niveau, la logique est respectée :

- Les cannes dont l'ERN est situé en milieu de la plage de puissance 3 ont des fréquences proches : 76cpm pour la Airflo Euro-nymph, 77 cpm pour la Baetis Precision 2.0, la Echo Shadow X et la Hanak Superb XP, 78 cpm pour la Thomas & Thomas Contact et la Maxia SX4 ; la palme revenant à la JMC Pure Equipe avec 80 pm (il faut dire que son ERN à 3.72 est proche de la plage de puissance #3/4 ce qui explique son bon classement). Le CFF de la Vision Nymphmaniac dont la puissance est situéE en milieu de la plage #2 est de 77 cpm.

- Pour les modèles de puissance réelle #2/3, deux fréquences ont été calculées (correspondant à une soie de 2 et de 3). Logiquement, les fréquences sont plus élevées avec le poids correspondant à une soie de 2 : 81 cpm avec un poids correspondant à une soie de 2, contre 75 avec un poids correspondant à une soie de 3 pour la Greys GR80 et la Sage ESN HD ; 80 cpm contre 74 cpm pour la Syndicate. La Soldarini n'ayant été testée qu'avec un poids correspondant à une soie de 3, son CCF est de 73.

  • MONTAGE

Au niveau du montage, si l'on prend la distance du premier anneau à la poignée, les cannes qui permettent une utilisation optimale en nymphe (premier anneau situé à moins de 40cm de la poignée) sont seulement au nombre de 4 : il s'agit de la Airflo Euro Nymph, la Echo Shadow X, la JMC Pure Equipe et la Maxia SX. Avec ces 4 là, pas de risque de formation d'un ventre dans la soie lorsqu'on pêche canne haute.

Au niveau des porte-moulinets, la Echo Shadow X, la Baetis Precision 2.0 et la Sage ESN HD possèdent un modèle de type down-locking (vissage vers le bas), ce qui décale le moulinet vers le talon et favorise donc l'équilibre de l'ensemble. Toutefois, cela pénalise l'utilisation de moulinets semi-automatiques dans la mesure où l'annulaire ne se trouve plus en contact direct avec la gâchette (surtout si la poignée est relativement longue, c'est-à-dire plus de 170 mm). C'est le cas de la Echo Shadow X dont la poignée très longue (189mm) couplée au porte moulinet down-locking empêchent carrément d'y fixer un Vivarelli. Un moulinet manuel sera à privilégier pour cette référence.

Au contraire, la poignée de la Sage est suffisamment courte pour positionner l'annulaire sur la gâchette d'un semi-auto, malgré la configuration down-locking.

Toutes les autres cannes de ce comparatif ont des porte-moulinets à vissage classique vers le haut (up-locking).

Pour ce qui est de la poignée, celle de la Vision est particulièrement fine (22 mm). Les autres épaisseurs sont standard (entre 24 et 26 mm). Côté longueur, celles de la Thomas & Thomas et la Sage ESN sont les plus courtes (165 mm). Le record de longueur revient à la Echo Shadow X avec 189 mm. 

  • CONFORT 

Niveau confort de pêche, notre système de notation attribue la meilleure note (8/10) à la Sage ESN HD : ses 73 gr ainsi que le porte-moulinet down-locking qui favorise l'équilibre lui permettent de prendre la tête du classement ! Elle est talonnée par la Echo Shadow X (7.8/10) dont l'équilibre est impressionnant en raison de l'important décalage entre le moulinet et la main qui tient la poignée (porte-moulinet down-locking + très longue poignée). Nous avons vu précédemment que ce n'était pas forcément un avantage, sauf pour ceux qui utilisent un moulinet manuel.

La Baetis Precision 2.0, dont le porte-moulinet est également en configuration down-locking, complète le podium.

Pour les autres cannes du test qui possèdent toutes des porte-moulinets de type up-locking, voici le classement : 

Les cannes à porte-moulinet classique les plus confortables de ce test sont la Airflo Euro-Nymph, la Vision Nymphmaniac et la Soldarini Hydropsyche Elite Competition (ex aequo à 7.3/10). Mention spéciale pour la Airflo et la Nymphmaniac dont les prix sont largement inférieurs à ceux des autres références et qui squattent néanmoins les premières places du podium de la catégorie "canne avec porte-moulinet up-locking".

Les autres modèles testés sont très proches au niveau du confort de pêche (notes entre 6.5 et 7.1/10).

Enfin, la dernière place revient à la JMC Pure Equipe (5.9/10) qui pêche un peu ici par une légère tendance à piquer du nez.

Image
pêche nymphe
Texte

L'AVIS DE LA RÉDACTION

Comme à notre habitude, nous ne discuterons pas le look des différents modèles, ce critère étant totalement subjectif. Les photos parlent d'elles-mêmes et chacun se fera son propre avis selon sa sensibilité.

D'un point de vue technique, le choix entre ces différents modèles se fera essentiellement selon la part respective accordée à la pêche en nymphe et en sèche. En effet, les différences techniques notables existant entre ces différents modèles les prédestinent plutôt à l'une ou l'autre des deux approches. Voici les choix optimaux selon votre profil d'utilisateur (évidemment ces remarques sont données à titre indicatif et nous vous encourageons à bien étudier les différents tableaux pour faire votre choix car vos goûts personnels pour tel ou tel type de puissance et/ou action rentrent aussi en jeu).

- Ceux qui plébiscitent le rapport qualité/prix : la Airflo Euro Nymph est la canne la moins chère de ce test mais pas la moins réussie. Les chiffres sont parlant : son montage est cohérent pour la pêche en nymphe (premier anneau à 32cm de la poignée, porte-moulinet pouvant accueillir un semi-auto), son confort excellent et elle séduira les adeptes des look vintage ! On pourra également l'utiliser en sèche avec une soie de 3.

- Ceux qui veulent une canne typée nymphe au fil pour pêcher très léger (billes à partir de 2mm) ou en sèche à courte distance, avec une soie naturelle parallèle par exemple : la Greys GR80, la Soldarini Hydropsyche Elite Competition, la Sage ESN HD et la Syndicate Pipeline sont les mieux adaptées avec leur puissance réelle #2/3. Le choix se fera avant tout selon des critères assez subjectifs (look) et surtout votre budget. Pour ceux qui voudraient un modèle encore moins puissant, la Vision Nymphmaniac possède une puissance réelle #2.

- Ceux qui cherchent une vraie 10' #3 haut de gamme pour la nymphe au fil : les cannes les plus cohérentes pour la nymphe sont la Maxia SX4 et la JMC Pure Equipe qui réalisent un sans faute au niveau du montage et de la conformité de la puissance annoncée (la Maxia étant légèrement moins puissante) ; leurs actions sont similaires, de type moderate fast, idéales pour la pêche en nymphe au fil. Avantage à la Maxia niveau confort de pêche. De son côté, la Echo Shadow X est plus rapide que les deux premières et son montage particulier "à l'américaine" (poignée très longue et porte-moulinet down-locking) pénalise l'utilisation d'un moulinet semi-auto. Il ne posera pas de problème avec un moulinet manuel. Si l'anneau de départ assez proche de la poignée ne vous rebute pas pour la pêche en sèche, sachez que ces cannes lanceront parfaitement une soie de 3 si le besoin s'en fait sentir.

- Ceux qui cherchent une canne poylvalente 10' #3, avec un montage non spécifique "nymphe au fil" orienteront leur choix vers la Baetis Precision 2.0, la Hanak Superb XP ou la Thomas & Thomas Contact. La décision dépendra de votre budget, du look et du type d'action que vous recherchez. Evidemment, niveau technique, la Thomas & Thomas est la plus aboutie de cette catégorie : elle est très confortable compte tenu de son porte moulinet classique, c'est la plus réactive des 3, et elle possède la délicieuse action moderate fast sans point dur, marque de fabrique de cette série Contact.

A noter enfin la similitude parfaite des valeurs de puissance/action/réactivité de la Thomas & Thomas Contact et de la Maxia SX4. Ces deux blanks possèdent un comportement quasiment identiques en action de pêche, seul le montage change : celui de la Maxia plus typé nymphe au fil, tandis que celui de la Contact est plus typé pêche en sèche.

Bon choix ! 

Texte

LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Comment choisir sa canne à nymphe

Les cannes Airflo et Greys en ligne :

Easyfly

 

Les cannes Baetis Precision 2.0 :

Rhodani Pesca

 

Les cannes Echo et Thomas & Thomas en ligne :

Le Moulin de Gémages

 

Les cannes Hanak et Vision en ligne :

Mouche Shop

 

Les cannes Maxia en ligne :

Caleri flyfishing

 

Les cannes Soldarini et JMC en ligne :

1000mouches

 

Les cannes Sage en ligne : 

Ardent Pêche

 

Pour les cannes Syndicate, contactez le Petit Bouchon 09 à Pamiers au 05 81 30 67 29 ou via leur page facebook.

Aux origines du peuplement piscicole des lacs d'altitude des Pyrénées

lac pyrénées

Le mois de juin marque le début du dégel et l’ouverture de la pêche dans les lacs d’altitude pyrénéens et nombreux seront ceux qui iront traquer la fario et d’autres espèces de salmonidés au prix d’efforts salutaires et tant espérés après deux mois de confinement. Il est vrai que cette période est particulièrement propice aux belles prises, avec des poissons affamés après plus de six mois de disette dans des eaux dont la température n’a pas excédé les 4°C dans les zones les plus profondes. Cette ouverture des lacs qui a aujourd’hui pris valeur de tradition doit énormément aux efforts entrepris depuis plusieurs décennies par différents acteurs qui ont, à grands renforts d’alevinages et de déversements de truitelles, peuplé ou maintenu le peuplement de la très grande majorité des lacs d’altitude des Pyrénées pour satisfaire nos plaisirs halieutiques. On peut sans doute s’en réjouir - et je me range dans cette catégorie- sauf que ces lacs oligotrophes de haute montagne étaient pour l’essentiel à l’origine naturellement apiscicoles. Face à ce constat indiscutable, nous devons être conscients que nous trouvons notre plaisir dans le résultat d’une véritable invasion biologique dont l’origine humaine est ancienne... Petit rappel : 

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En effet, seuls quelques lacs situés dans des contextes topographiques favorables avaient été colonisés naturellement par la truite lors du retrait des glaciers, mais ils étaient peu nombreux. Pierre Chimits, alors ingénieur des Eaux et Forêts et infatigable artisan du (re)peuplement piscicole faisait en 1951, un point sur le peuplement des lacs des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-occidentales : sur 264 lacs inventoriés par les services forestiers, seulement 82 étaient peuplés et sur ce nombre, 32 l’avaient été par des introductions réalisées à partir du milieu des années 30 (1936-1938). Cela laissait donc « 48 lacs qui semblent peuplés sans origine connue et qu'on peut supposer naturelle, peut-être y en a-t-il quelques-uns qui auraient été alevinés en truite commune dans des circonstances inconnues » (Chimits, 1952).

Sans pour autant disposer d’inventaires aussi précis que celui dressé par Chimits, il est possible d’estimer ce nombre pour les autres départements pyrénéens et même de remonter le temps à partir des documents d’archives des Services forestiers et des Ponts & Chaussées, des piscicultures, des sociétés de pêches ou de l’abondante littérature pyrénéiste. Les recherches engagées ces dernières années sur l’ensemble du versant nord ont permis de reconstituer avec une relative précision l’état et l’évolution du peuplement piscicole des lacs de haute montagne depuis le début du XIX° siècle.

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lacs Pyrénées
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Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur plus de 660 lacs pris en compte et documentés sur l’ensemble du versant nord, moins de 10% détenaient du poisson dans les années 1820-1825. Un peu plus d’un siècle plus tard, à la fin des années 40, ce nombre dépasse à peine les 20% et il augmente d’une manière brutale et constante à partir des années 60, avec la mise en place d’une politique massive d’alevinage et l’utilisation systématique de l’hélicoptère. En 1970, le même Chimits, qui avait pris les fonctions de directeur du Parc National des Pyrénées, se satisfait du travail accompli et proclame que « Maintenant que tous ces lacs pyrénéens sont peuplés artificiellement […] il semble inutile de continuer les opérations d'alevinage artificiel, sauf cas constatés de dépeuplement. Mieux vaut laisser la reproduction et la sélection naturelles des espèces adaptées aux conditions de chaque lac » (Chimits, 1970).

Son message ne fut pas entendu et le peuplement de nouveaux lacs, toujours plus éloignés ou plus haut en altitude, s’est poursuivi sous l’impulsion des sociétés de pêches jusqu’à la fin des années 90. En moins d’un siècle les proportions se sont donc inversées. En 2015, au moment où l’on commence localement à s’interroger sur les conséquences écologiques de ces introductions et à envisager des politiques de restauration des milieux aquatiques d’altitude, ce recensement indique que plus de 86% des lacs d’altitude avaient été ou étaient peuplés en salmonidés. Et ce chiffre est probablement en dessous de la réalité.

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pêche lac pyrénées
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Le lac de Gaube (65), l'un des premiers lacs exploités de la chaîne des Pyrénées
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Des lacs exploités dès le Moyen-Âge

Ainsi que l’avait pointé P. Chimits, il existait bien des lacs dans lesquels on avait introduit des truites, et ce bien avant les premières campagnes officielles d’alevinage. La littérature et les archives indiquent que dès la fin du XVIII° siècles plusieurs lacs sont peuplés et qu’ils font pour la majorité d’entres eux l’objet d’une pêche artisanale, ou au moins régulière. Faute de sources documentaires, les mentions concernant l’existence de lacs poissonneux antérieures à cette époque sont rares. Pour la période médiévale, elles se limitent à la concession de droits d’usages ou à l’évocation de réglementations particulières de la part des autorités. Communautés valléennes, Abbayes ou lignages seigneuriaux possédaient des droits sur quelques lacs de montagne dont ils concédaient la pêche à des fermiers moyennant un loyer ainsi qu’un tribut en truites. C’est le cas du lac de Gaube, dont les droits de pêche sont donnés en 945 par le Comte de Bigorre à l’Abbaye de Saint-Savin qui devait lui reverser annuellement 50 kg de truite (Lafond, 1886). Dans le même secteur, l’Abbaye de Saint-Orens se réservait la pêche sur le lac d’Isaby et ce, très vraisemblablement, dès sa fondation au X° siècle. D’autres lacs apparaissent dans la documentation médiévale : celui d’Estaing dont les droits d’exploitation étaient concédés aux communautés du Lavedan (Meillon, 1933) ; ou bien encore en Ariège avec les étangs d’Appy et du Cruzous, ainsi que dans les Pyrénées orientales avec les lacs d’Evol (Gorg Nègre), du Lanoux et du Carlit pour lesquels, en 1151, les autorités de Llivia qui en détenaient les droits de pêche reversaient 1100 truites aux officiers du Roi (Bille, 2008).

Les quelques lacs évoqués par ces sources anciennes ne représentent sans doute qu’une faible partie des lacs qui devaient être peuplés en salmonidés et pêchés dès le Moyen-Âge. Dans la grande majorité des cas, les truites y avaient été probablement introduites au moins dès cette époque car c’était une pratique courante. Elle est attestée dès le XI° siècle en Norvège (Aas et al, 2018) mais elle est surtout bien documentée quelques siècles plus tard, à la fin du XV° siècle, par les descriptions relatives au peuplement en ombles chevalier des lacs d’altitude tyroliens par l’Empereur Maximilien 1er (Pechlaner, 1984).

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filet gorg nègre 1899
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Pêche au filet au Gorg Nègre (66) en 1899 (photo extraite de J. Calas, 1900)
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Il faut attendre la fin du XVIII° siècle et l’apparition des premiers récits de voyages des explorateurs pyrénéistes pour avoir une idée un peu plus précise sur la densité de lacs poissonneux des Pyrénées. Quel que soit le secteur concerné, la plupart des mentions évoquent des lacs aux truites renommées et souvent énormes.  Dans les Pyrénées centrales, les observations de Ramond de Carbonnières, de Pasumot ou bien encore de Dusaulx réalisées autour de 1790 sont explicites. Plusieurs lacs concentrés dans les hautes vallées de Barèges, de Luz, de Cauteret, d’Aure et du Louron (lac de Gaube et d’Isaby, lacs d’Aumar, Aubert, Orédon, Cap-de-Long, Port-Bielh, Aygue-cluse, Escoubous, lacs Noir et Blanc, Caillauas, Cestrède), dans le bassin de la Garonne (lacs d’Espingo, Oô), ou dans les Pyrénées-Orientales (lacs du Carlit et des Camporells) font l’objet d’une pêche artisanale et commerciale, et comme nous le décrit Ramond au sujet d’Escoubous « Il abonde en truites presque toutes consommées par la population parasite de Barèges ». Ce dernier s’étonnait par ailleurs que d’autres lacs pourtant proches (lacs de La Glère, Mounicot, Astazou, Coume Escure), soient dépourvus de poisson et il fera quelques années plus tard une note adressée à Humboldt concernant la faune piscicole des lacs des Pyrénées (Ramond de Carbonnières, 1823).

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Lac du Lanoux (1900)
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Pêcheurs au lac du Lanoux (66) en 1900
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Tourisme, thermalisme, pêche artisanale et peuplement des lacs d’altitude

Il ressort de l’examen des sources disponibles que l’abolition des privilèges et des droits seigneuriaux et ecclésiastiques, ainsi que le développement du tourisme thermal ont certainement joué, dès la fin du XVIII° siècle, un rôle important dans le peuplement piscicole des lacs de haute montagne.

Si les truites étaient fréquemment consommées sur place par quelques élites, au bord des lacs et directement préparées par des bergers ou des pêcheurs professionnels (Malesherbes (1767) in Lamicq, 1990), la plupart des prises servaient à alimenter un commerce vers les marchés et les auberges des villes thermales qui accueillaient durant la période estivale une importante population de touristes. Ce commerce a apparemment poussé les propriétaires et les pêcheurs eux-mêmes à accroître une ressource piscicole particulièrement recherchée. De nombreuses personnalités ou autorités publiques incitaient d’ailleurs très clairement au développement d’une « industrie » de la pêche, à l’image de ce qui se pratiquait déjà dans les Alpes. C’est le cas de Ramond de Carbonnières qui déplore en 1787 que « S’il y avoit, dans les Pyrénées, un peu de cette industrie qui fertilise toutes les parties des Alpes, le poisson des lacs d’Espingo et de Seculéjo [Oô], seroit, pour les pauvres habitants de la contrée, un objet de consommation ou de commerce » (Ramond de Carbonnières, 1789), mais surtout du secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées, Pierre-Toussaint de La Boulinière, qui en 1825 entrevoit l’énorme potentiel économique que pourrait générer l’installation : « […] de grandes pêcheries, dont le domaine public, ou les communes, percevraient un bon prix de ferme, tandis que toute la population profiterait du produit de ces pêches régulières, dont jouiraient aussi, dans la saison des eaux, les étrangers qui les fréquentent : débouché assuré pour les spéculateurs qui voudraient exploiter cette féconde source d’industrie. » (La Boulinière, 1825).

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Pêche au lac bleu de Lesponne
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Scène de pêche au lac Bleu de Lesponne (lithographie d'E. Lejeune vers 1855)
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Une véritable exploitation halieutique des lacs était lancée. Elle ne cessera de s’accroitre durant tout le XIX° siècle proportionnellement à l’essor du tourisme thermal qui s’amorce dès les années 1820-1830. Durant cette période, la truite devient une denrée de luxe extrêmement prisée et dont les prix de vente doublent lors de la période estivale. Consommée sur place à la sortie de l’eau et préparée par les pêcheurs (les truites au sucre du lac d’Oô étaient particulièrement savoureuses selon La Boulinière), elle est vendue « au prix de l’or » dans les sites les plus fréquentés tels que le lac de Gaube ou le lac d’Oô (Boubée, 1843 ; Joudou 1820), tandis que sur les étals des marchés des villes thermales le prix du kilo de truite atteignait le double de celui du kilo de bœuf. La truite saumonée restait la plus recherchée et comme pour le vin certains « crus » étaient plus appréciés que d’autres. Les truites des lacs de Font-vives, de Bassiès, d’Espingo, de Bethmale, ou du lac d’Aude avaient leur renommée ; tandis que d’autres, celles du lac d’Oô ou de Port-Bielh par exemples, étaient jugées d’une qualité culinaire bien inférieure (Lacoste et Verdun, 1901).

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pêche Ayous 1907 Gaurier
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Pêche au filet dans le lac Gentau (64) en 1907 (© L. Gaurier)
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Dans un contexte où la pêche dans les lacs de montagne était devenue une activité lucrative, augmenter le nombre de lacs piscicoles représentait la garantie de profits économiques non négligeables pour les pêcheurs, mais aussi pour les communes qui affermaient les lacs situés sur leurs territoires moyennant des prix parfois élevés. Une enquête du Ministère de l’agriculture concernant les ressources piscicoles des Hautes-Pyrénées réalisée en 1851 indique qu’une dizaine de lacs exploités fournissait plus de deux tonnes de truites aux villes thermales de Barèges, Cauteret, Argelès et Bagnères. Vingt ans plus tard, les lacs d’Aure fourniront à eux seuls plus d’une tonne de truites, ce qui témoigne clairement d’une intensification de la pression de pêche. Cette enquête prouve également que certains avaient fait l’objet d’introduction récentes. C’était notamment le cas du lac vert de Peyrelade et du lac Bleu qui avaient été peuplés vers 1840-45, mais n’avaient pas encore été pêchés (Arch. Départ. 65, 4M110).

Si les tentatives d’introductions de truites sont nombreuses un peu partout sur le massif, les échecs le sont tout autant. Dans le lac du Laurenti « on a essayé d’y en jeter plusieurs fois avec précaution : au bout de deux jours, on a vu les poissons surnager et jetés sur le rivages » (Jeanbernat, sd). Même résultat au Lac d’Anglas en Ossau (de Bouillé, 1873), ou encore dans le lac d’Oncet. Dans bien des cas ce sont les pêcheurs qui procédaient à ces introductions. On retrouve ainsi la mention de « deux pêcheurs de Barèges, Philippe et Bastien Teinturier, [qui] ont déposé à l'automne vingt-huit truites dans ce lac [Oncet] » (Soubeiran, 1871) ou plus fameux encore, le cas du lac de Roumassot en vallée d’Ossau au bord duquel on peut encore lire gravée sur un rocher l’inscription suivante : « Peuplé par Blaise avec 27 truites le 27 octobre 1860, assisté de Philippe Ducoussot et Pierre Laroque ». Ce même Blaise, pêcheur de Laruns, avait également introduit des truites dans le lac Gentau, tandis que deux autres pêcheurs des Eaux-Chaudes avaient tenté sans succès l’expérience dans le Bersau (Bouillé, 1889).

La technique était simple et reposait sur la translocation de truites adultes provenant d’un autre lac ou d’un torrent proche. Ainsi que nous le précise Géza Darsuzy à la fin du XIX° siècle : « Comme ce poisson vit très bien dans les lacs, on a songé à le parquer dans certains d'entre eux pour qu'il s'y développe et y soit péché plus facilement. C'est ainsi que le lac Bleu, près de Barèges, est devenu une sorte de réservoir naturel où l'on porte des truites qui y croissent et qu'on repêche quand on en a besoin » (Darsuzy, 1899). Les lacs d’altitude étaient donc de simples viviers dans lesquels on mettait des truites dans l’espoir qu’elles y grossissent et s’y reproduisent. Lorsque ce n’était pas le cas, la ressource s’épuisait rapidement sous l’effet d’une pêche régulière. 

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Le lac Gentau dans le 64 (photo de l'auteur)
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Surexploitation et appauvrissement de la ressource piscicole

Les signes d’une diminution de la ressource piscicole lacustre commencent à se manifester à partir de la deuxième moitié du XIX° siècle. Plusieurs facteurs peuvent être évoqués avec, au premier rang, une forte augmentation de la demande en truites associée à la croissance exponentielle de la population fréquentant les villes thermales. Augmentation grandement facilitée par la construction de nombreuses lignes de chemin de fer.

Durant l’année 1875, ce n’est rien de moins que 12 tonnes de truites qui sont vendues sur les marchés et dans les hôtelleries des villes thermales et touristiques des Hautes-Pyrénées dont le quart provenait des lacs qui environnent Luz et Cauteret (Gaube, lac Bleu, Escoubous, Estaing, Port-Bielh, etc…) (Arch. Départ. 65, 4M112).

Sicre-Tarride, un des pionniers de la pisciculture en Ariège, relate en 1894 cette rupture de l’équilibre entre la production piscicole et la demande survenu dans années 1880-1885 : « […] la truite était très recherchée ; son prix monta à 2 fr. le kilo, puis à 3 fr., et quelque fois même on ne pouvait guère sans procurer au prix de 4 fr. le kilo. Ce fut le point de départ d’une guerre atroce dirigée contre notre pauvre poisson ». Il évoquait la surexploitation de l’étang de Comte où en 1884 « on fit venir un pêcheur émérite des Pyrénées-Orientales [il évoque très certainement Barnolle, le célèbre pêcheur du Lanoux] qui, dans une nuit captura au Comte 110 kg de truites, qui furent vendues, la veille d’une fête, à Mérens et à Ax » (Sicre-Tarride, 1894). La demande est telle qu’elle alimente un intense commerce transfrontalier en particulier avec le Val d’Aran (Capdella, Colomers, Incantats) où « Tous les lacs de ces régions fourmillent de truites ; les pêcheurs de la vallée d'Aran font flotter des troncs de sapins secs, se mettent dessus et lancent leurs filets, se laissant aller au gré des eaux sur ces bateaux primitifs. Le produit de la pêche […] est descendu tous les soirs à Salardù, et de là porté à Luchon pendant la saison. » (Fontan de Negrin, 1901).

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Pêcheur au lac d'Espingo (31) vers 1900 (coll. de l'auteur)
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Un autre facteur à l’origine de cette surexploitation des lacs réside sans aucun doute dans l’absence totale de réglementation concernant la pêche en lac (Millet, 1856). Contrairement aux cours d’eau où la pêche était réglementée et où le braconnage était sévèrement réprimé, les bassins lacustres ne faisaient l’objet d’aucune surveillance, ni d’aucune réglementation à l’exception de celles concernant la taille des poissons fixées par quelques communautés dans les cahiers des charges des contrats de location. On pouvait donc pêcher en toute saison, y compris en période de frai, et l’enquête de 1851 indique au sujet des lacs du Néouvielle que « les trois lacs affermés pourraient devenir très poissonneux si les lois sur la pêche étaient sévèrement exécutées mais malheureusement il n’en est pas ainsi ; et non seulement on y pêche en toute saison même avec des filets prohibés mais encore on empoisonne les poissons ; des mesures rigoureuses devraient être prises pour l’empêcher » (Arch. Départ. 65, 4M110)

Dans le dernier quart du XIX° siècle de nombreux lacs arrivent à épuisement, victimes d’une exploitation parfois excessive, y compris ceux dans lesquels les truites s’y étaient naturalisées. Quelques voix s’élèvent pour déplorer la situation et le discours est d’abord porté par les autorités publiques qui souhaitent agir en faveur du maintien ou du développement de l’économie de la pêche en rivière ou en lac, en s’appuyant sur les directives nationales pour le repeuplement des cours d’eau et sur l’essor de la pisciculture dont les méthodes avaient commencé à se diffuser à partir de 1850 (Arch. Nat. F10/1762 voir Milne-Edwards, 1850).

Dans un rapport adressé en 1875 au Conseil Général des Hautes-Pyrénées, l’ingénieur des Ponts et Chaussées Duportal proposait comme première solution, avant même d’envisager le repeuplement, d’accroître la productivité piscicole des lacs en augmentant la ressource alimentaire des poissons. Selon lui : « On n’aurait donc à s’occuper pour augmenter la richesse des lacs que de rechercher les moyens de leur faire contenir une plus grande quantité d’aliments pour les poissons. A ce point de vue l’acclimatation de certaines larves d’insectes pourrait être plus avantageuse que l’emploi de tous les procédés en usage dans la pisciculture», et pour ce faire il proposait de « faire des expériences peu coûteuses au lac Bleu ou au Lac d’Orédon dans de petits bassins faciles à construire et à mettre à l’abri de la malveillance et dans lesquels on expérimenterait sur place les résultats obtenus dans le laboratoire de Tarbes pour l’acclimatation ou la multiplication des petits animaux que mangent les truites.»  (Arch. Dép. 65, 4M112).

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pêcheur vers 1900
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Un bivouac de pêcheurs vers 1900 (Coll. de l'auteur) : on remarquera la note manuscrite manifestant sans doute l’intérêt gastronomique sur les fameuse “truites saumonées” porté par l’expéditeur de cette carte postale
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Développer la « culture des lacs »

La dernière décennie du XIX° siècle va marquer un tournant important avec l’entrée en scène des scientifiques, du service des Eaux et Forêt à qui sera confié en 1897 la gestion et la surveillance des cours d’eau, mais surtout des pêcheurs à la ligne qui se regroupent en sociétés de pêche et vont être particulièrement actifs dans le domaine de la pisciculture et du repeuplement. Si les premiers projets de création de piscicultures déposés dès les années 1869 avaient été jugés trop couteux et pas assez rentables, les années 1890 voient fleurir ou se développer de nombreux établissements privés ou détenus par des sociétés de pêche. Pour certains l’objectif principal restait la commercialisation du poisson, mais ils affichaient tous une volonté de participer activement au repeuplement des cours d’eau, ne serait-ce que pour pouvoir bénéficier des subventions publiques. Ainsi, Edouard Bordenave qui installe une première pisciculture à Cauterets en 1880 élève des « truites du pays » et prévoit de tester l’acclimatation de l’arc-en-ciel et du saumon de fontaine dans les cours d’eau de la vallée tout en précisant que son « projet d’établissement de pisciculture qui sera le premier du genre dans les Pyrénées, constituera un véritable progrès, au double point de vue de l’alimentation et du sport. » (Arch. Dép. 65, 7M526). Son succès sera cependant mitigé ce qui n’est pas le cas des établissements créés par les sociétés de pêche de Tarbes et de Luchon qui, fortement soutenus par les pouvoir publics procéderont à partir de 1896 à de très nombreux déversements d’alevins de fario, de truites de lacs, d’arc-en-ciel et de saumons de fontaine dans les cours d’eau pyrénéens. L’Ariège et les autres départements pyrénéens suivront rapidement ce mouvement avec l’appui des Eaux et Forêt dès les années 1900 (Arch. Dép. 09, 7S36), mais il faudra encore quelques années pour que les initiatives de (re)peuplement concernent les lacs d’altitude.

Si l’idée de développer le peuplement piscicole, et la « mise en culture » des lacs, en s’appuyant sur les progrès techniques apportés par la pisciculture est évoquée par quelques scientifiques dès la fin du XIX° siècle (Belloc, 1893), pour la plupart des observateurs l’appauvrissement des lacs reposait avant tout sur l’absence de règles et de surveillance des pratiques de pêche. Julien Calas des services de la RTM est le premier à faire en 1900 une analyse très détaillée sur la pêche de la truite dans les lacs des Pyrénées-Orientales dans laquelle il constate la « ruine » de nombreux lacs (y compris ceux du Carlit). Il décrit les abus ayant conduit à cette situation et envisage des actions concrètes pour la protection de la ressource piscicole en proposant l’instauration d’une taille minimale de 20 cm. pour les prises ; une réglementation concernant la dimension des mailles des filets ; l’interdiction de barrer les exutoires avec des filets ou des nasses ; des mises en réserve tournante et enfin de repeupler certains lacs appauvris par une translocation de poissons provenant de lacs encore suffisamment peuplés (Calas, 1900). Plusieurs de ses recommandations seront reprises des années plus tard.

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Les premiers alevinages

Il faudra en effet attendre quelques années après la première guerre mondiale pour assister à la mise en place d’une véritable politique visant à introduire des salmonidés, à repeupler des lacs ruinés par une pêche excessive et à peupler des lacs vierges.

Certes, quelques initiatives pionnières mais isolées eurent lieu avec par exemples l’introduction de farios dans les lacs d’Arius et d’Isabe (Joinville, 1908), ou bien de truites arc-en-ciel adultes dans les lacs de Barroude en 1906 (Descombes, 1911), ainsi que dans les lacs Noir et des Bouillouses entre 1911 et 1913. Des projets plus ambitieux de peuplement piscicoles avaient également germés : ils étaient portés par des pêcheurs sportifs qui, jouissant d’une notoriété publique et politique, faisaient la promotion des plaisirs de la pêche et cherchaient à développer cette activité touristique. Pour cela, ils bénéficiaient de l’appui de nombreuses et puissantes associations telles que le Club Alpin Français, le Touring Club de France, le Saint Hubert Club de France, mais également de la Compagnie des chemins de Fer du Midi. Le projet le plus intéressant était sans aucun doute celui d’Albert 1er de Monaco et de P. Cénac (directeur des thermes de Beaucens) qui, en 1917, envisageaient la création des Parc Nationaux des Pyrénées sur le modèle des grands parcs nord-américains et incluait un véritable programme de (re)peuplement des lacs d’altitudes (Meillon 1918 ; Archives du Palais de Monaco). Pêcheur émérite et hygiéniste convaincu, Albert 1er voyait dans la pêche sportive une activité bénéfique pour la santé et pour l’économie touristique des vallées pyrénéennes. Il amorcera son projet par la location de l’ensemble du massif des Camporells en 1921 pour y créer une réserve de chasse et de pêche. Ce projet sera stoppé avec le décès d’Albert 1er en 1922.

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Albert 1er Marcadau
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Albert 1er en 1917 dans la vallée du Marcadau (65) lors de sa visite d’étude en prévision de la création des Parcs Nationaux des Pyrénées et du repeuplement des lacs de la vallée (© Archives du palais de Monaco)
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Au sortir de la grande guerre, la question du peuplement des lacs d’altitudes devient un sujet de préoccupation pour les services forestiers qui étudiaient les chances de réussites des introductions et du repeuplement avec l’appui d’hydrobiologistes toulousains et grenoblois (Pr. L. Jammes et Pr. L. Léger) et d’un réseau de piscicultures réparties sur l’ensemble du territoire.

Les nombreux échecs connus lors des tentatives de repeuplement des cours d’eau avaient jeté un discrédit sur une pratique jugée trop couteuse et peu rentable et il convenait désormais d’en rationaliser la mise en œuvre : il fallait « améliorer le rendement par la connaissance ». Ainsi, en 1921, le Directeur Général des Eaux et Forêts adressait à l’ensemble des Conservateurs une note concernant la propagation des salmonidés dans laquelle il précisait : « que les déversements d’alevins de salmonidés n’ont de base rationnelle que s’ils ont été précédés d’une reconnaissance approfondie des fonds submergés où on les entreprend » et les invitait « à établir des programmes d’ensemble en s’inspirant pour l’aménagement aquicole, des principes régissant l’aménagement sylvicoles » (Arch. Nat. 19890468/11). Cette circulaire suggérait d’une part, de cesser sauf situation exceptionnelle l’introduction d’espèces allochtones (arc-en-ciel, saumon de fontaine) dans les rivières et de privilégier la production et l’utilisation de souches locales en prélevant des géniteurs sauvages et d’autre part, d’améliorer les connaissances sur les capacités biogéniques des milieux aquatiques afin d’optimiser le repeuplement. Cette reprise en main des méthodes d’alevinages et de repeuplement s’accompagne d’une série d’enquêtes réalisées par les services forestiers et les hydrobiologistes dans le but d’accroître les connaissances sur les milieux aquatiques, leurs peuplements piscicoles et dans certains cas sur les pratiques de pêche qui s’y exercent. Les lacs d’altitude étaient concernés et les premiers déversements institutionnels d’alevins de truites fario dans des lacs vierges eurent lieu en Ariège à partir de 1921 dans l’étang d’Araing à l’initiative des services forestiers et de la société de pêche de Saint-Girons. Ils se poursuivirent en 1925-1926 avec de nouvelles introductions dans l’étang d’Ayes, dans l’étang rond et dans celui de Lers, puis enfin dans l’étang d’Areau en 1929. Les campagnes d’alevinages diligentées par les Eaux et Forêts s’intensifieront au milieu des années 30 dans les Pyrénées orientales (Lac d’Aude, Vives et Long), mais surtout dans les Pyrénées centrales et occidentales à partir des piscicultures fédérales d’Oloron, Bagnères et Cauterets. Ces opérations ont été suffisamment diffusées par P. Chimits pour que nous n’en refassions pas le détail ici (Chimits 1952, 1960).

Les services de l’état n’ont pas été les seuls à œuvrer et il faut mentionner le rôle important des sociétés de pêche qui de plus en plus nombreuses, cherchent dès les années 20 à acquérir les droits de pêche sur certains lacs de montagne pour favoriser la pêche sportive et empêcher les abus commis par les pêcheurs professionnels. C’est le cas en Ariège comme nous l’avons vu, mais également à Barèges et à Cauterest, où la société de pêche locale tentera le peuplement des lac d’Arratille et d’Ilhéou avec 200 truites adultes prélevées dans le gave. Leur rôle est encore plus net dans les Pyrénées-orientales, où la société de pisciculture de Perpignan et les sociétés locales procèdent dès la fin des années 30 à l’alevinage des lacs du Carlit aux coté des services forestiers.

La dynamique était lancée, mais elle restait encore limitée en raison de l’éloignement des lacs et des problèmes de transport et de survie des alevins. Au final, entre le milieu des années 20 et le coup d’arrêt provoqué par la seconde guerre mondiale, on peut estimer qu’à peine plus d’une quarantaine de lacs vierges avaient fait l’objet d’introductions de salmonidés.

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Alevinage Quérigut 1957
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Alevinage héliporté à Quérigut (09) en 1957 © Archives Départementales de l'Ariège
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A la recherche d’espèces adaptées

L’aquarium du Trocadéro dirigé par Jousset de Bellesme, mais aussi l’établissement de la Huningue ont joué un rôle important dans la diffusion des œufs de salmonidés nord-américains sur l’ensemble des piscicultures des Pyrénées et dès l’extrême fin du XIX° siècle, saumons de fontaine mais surtout truites arcs-en-ciel étaient élevées et déversées massivement dans les cours d’eau. En proposant de mettre un terme à l’introduction d’espèces allochtones dans les cours d’eau et en privilégiant les souches locales de truites, les directives de 1921 revenaient sur un débat amorcé dès la fin du XIX° siècle. Dès cette époque certains, tel le Pr. Belloc s’élevaient déjà contre l’introduction d’espèces exotiques et en particulier contre celle de l’arc-en-ciel (Belloc, 1899) et s’opposaient au puissant courant de l’acclimatation qui permettait d’envisager sans retenue toutes les expérimentations, telles que celle de l’introduction d’espèces lacustres comme l’omble chevalier dans les torrents pyrénéens (La Lladure, Arch. Pyr-Or., 7M731), ou bien encore celle du saumon chinook dans l’Aude (Jousset de Bellesme, 1909) ; tentatives dont on peut sans difficulté imaginer la réussite.

Mais ne nous y trompons pas, ces oppositions et en particulier les préconisations de 1921 n’avaient rien à voir avec une quelconque volonté de conservation ou de protection du patrimoine piscicole. Il s’agissait avant tout d’assurer la rentabilité des opérations d’alevinages en privilégiant des espèces susceptibles de se reproduire ou de se naturaliser, mais aussi de réduire les coûts et de maintenir une production régulière d’alevins en évitant l’achat et la recherche d’œufs de salmonidés. En théorie l’utilisation de géniteurs sauvages locaux réunissait tous ces avantages…en théorie seulement, car il faudra un long moment avant que cela ne devienne une réalité. 

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Alevinage Quérigut 1957
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Alevinage à Quérigut (09) en 1957 © Archives Départementales de l'Ariège
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C’est un même souci de rentabilité qui prévalait pour l’alevinage des lacs : il fallait non seulement accroître la ressource piscicole et le potentiel halieutique du territoire pour en augmenter l’attractivité touristique, mais aussi en assurer la pérennisation.

Dans cette perspective l’influence des scientifiques auprès des services forestiers sera déterminante. En particulier celle du Pr. L. Léger qui, à la tête du laboratoire d’hydrobiologie et de pisciculture de Grenoble avait acquis un grande expérience en étudiant le comportement et le « rendement » de plusieurs espèces introduites dans des lacs d’altitude du massif du Taillefer et de la Belledone afin de déterminer « s’il y avait parmi des espèces une forme susceptible de s’acclimater réellement. C’est à dire de croître et de se multiplier dans des eaux sans affluent permanent défini et couvertes de glace une grande partie de l’année » (Arch. Dép. 66, 7M731). Les conclusions de ses études largement diffusées auprès des Conservateurs et des agents des Eaux et Forêts, montraient que la truite fario et le saumon de fontaine pouvaient s’adapter aux lacs oligotrophes d’altitude mais qu’ils ne pouvaient que difficilement s’y reproduire et que leur croissance restait lente ; l’arc-en-ciel n’avait quant à elle que l’avantage d’une croissance plus rapide. Au final, selon L. Léger, l’omble chevalier était la seule espèce qui puisse s’acclimater dans les lacs d’altitude où « sa multiplication certaine et sa pêche fructueuse en font une précieuse ressource économique. […] il nous paraît tout désigné pour la mise en valeur piscicole de nombreux petits lacs dormants encore déserts. » (Arch. Dép. 66, 7M731).

Entre les années 1922-1925, des enquêtes furent par conséquent réalisées dans de nombreux lacs pyrénéens afin de d’étudier les possibilités d’acclimatation de Salvelinus alpinus, mais aucune tentative ne sera réalisée à l’exception du lac d’Esparbes (66) en 1928. Il en sera de même vers 1930 avec le saumon « blège » norvégien (landlocked salmon) que souhaitait introduire le Pr. Jammes de Toulouse et pour lequel il déclarait qu’« Il y aurait intérêt à chercher à l’acclimater dans les lacs des Pyrénées et la Compagnie du Midi aiderait à cette opération afin d’augmenter le mouvement touristique et sportif de son réseau » (Jammes et Penic, 1931).

Jusqu’au milieu des années 30, la fario restera donc l’espèce privilégiée. Mais elle était rarement de souche locale et provenait dans bien des cas de l’élevage d’œufs embryonnés d’origines diverses achetés dans le commerce. Ainsi, les premières truites déversées dans les lacs ariégeois étaient issues d’œufs provenant de l’établissement de pisciculture de la Huningue qui élevait des souches suisses et rhénanes (Arch. Dép. 09, 7P473).

Le véritable démarrage de l’introduction d’espèces allochtones dans les Pyrénées ne s’effectuera en définitive qu’avec les alevinages réalisés dans plusieurs lacs privés des Pyrénées Orientales (lacs d’Aude, Vives, Long) dans lesquels ont été introduites des truites arc-en-ciel ; mais surtout par le tandem Larrieu et Chimits qui, en suivant les préconisations de L. Léger, entreprirent dès 1936 d’introduire préférentiellement des espèces allochtones dans les Pyrénées centrales et occidentales en alevinant de nombreux lacs en ombles chevalier, truites arcs-en-ciel et plus rarement en saumons de fontaine, dont les premières introductions ont été faites en 1936-1937 dans les vallées de Barège et de Campan (Chimits, 1960).

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pisciculture du Lampy
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Démonstration de fécondation à la pisciculture du Lampy dans les années 30 © ENSAT Toulouse
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Toujours plus loin, toujours plus haut

Après la seconde guerre mondiale, le peuplement piscicole des lacs d’altitude va rentrer dans une nouvelle ère placée sous le signe de la frénésie de l’alevinage, et le terme ne parait pas exagéré.

Les motivations affichées depuis le début du XX° siècle s’étaient affirmées et l’objectif principal était dès lors de renforcer et d’accroître le potentiel halieutique des Pyrénées dans un but touristique. Dans un article consacré au poids de la pêche et de la pisciculture dans les Pyrénées orientales à la fin des années 50, l’ingénieur forestier M. Delmas résume parfaitement cette évolution : « Il est en effet certain que le rôle essentiel de la pêche dans l’économie montagnarde est d’attirer et de retenir le touriste — non pas le touriste gourmet, mais le touriste pêcheur. Il y a quelques années la truite de rivière apportait un élément de poids à la renommée culinaire de certaines régions de montagne. Ce moment est passé ou presque : la truite d’élevage remplace la fario et c’est très bien. Le pêcheur professionnel qui ravitaille les hôtels devrait disparaître. Seul devrait rester le pêcheur amateur […] Que faire donc pour satisfaire au mieux ce touriste-pêcheur ? Il faut à l’évidence, obtenir en quantité et en qualité le meilleur rendement de nos eaux. Il faut ensuite retirer de cette production le meilleur bénéfice, c’est à dire en fait le plus grand nombre possible de « journées de pêche » placées en périodes favorables. » (Delmas, 1960-1961).

Ses propos reflètent parfaitement la dynamique qui s’était amorcée dès la fin des années 40 avec la reprise et l’accélération des introductions de salmonidés dans les lacs d’altitude. Au milieu des années 60 et en moins de vingt ans le nombre de lacs peuplés en salmonidés aura plus que doublé sur l’ensemble du versant nord des Pyrénées. Plusieurs facteurs concomitants et interdépendants doivent être évoqués pour expliquer cette explosion avec comme cadre général le développement de la fréquentation touristique et de la pêche sportive. La pêche dans les torrents et lacs de montagne était une source de profit non négligeable pour l’économie montagnarde et il fallait la renforcer, ce à quoi s’attacheront les services de l’Etat, mais surtout les sociétés de pêches locales et les fédérations départementales qui, progressivement et en bénéficiant de la diminution de la pêche professionnelle (loi de 1961 interdisant la vente de salmonidés sauvage), vont acquérir les droits de pêche sur l’ensemble des lacs. Partageant des intérêts communs, c’est donc en toute logique que l’on voit dès les années 50, plusieurs acteurs concernés par le développement du territoire ou du tourisme apporter un soutien financier aux sociétés de pêche pour l’acquisition d’alevins et en faciliter les déversements. Cette augmentation des moyens financiers jouera un rôle dans l’essor des alevinages héliportés qui seront expérimentés à partir de 1957-1959, puis rapidement adoptés sur l’ensemble des départements pyrénéens. En 1967, la création du Parc National des Pyrénées (PNP) dont la direction sera confiée à P. Chimits, a donné un coup accélérateur et le nombre de lacs alevinés dans la zone cœur du PNP passera de 31 à 123 en moins de vingt ans. Ce nombre augmentera sur l’ensemble du massif jusqu’aux années 2000 et les quantités d’alevins déversées ne seront plus limitées par la question du transport, mais seulement par la taille des lacs et l’obligation d’y maintenir une population de salmonidés. Si l’espèce privilégiée reste la fario, un nouveau venu, le cristivomer, sera rajouté à la faune ichtyologique au milieu des années 50 et la propagation du saumon de fontaine qui restait encore très limitée jusqu’aux années 60 s’accentuera rapidement. D’abord en Ariège, puis de manière générale sur l’ensemble des Pyrénées, à l’exception des Pyrénées-orientales. Emblématique de cette frénésie du peuplement, il sera largement utilisé pour peupler des lacs de très haute altitude où aucune autre espèce ne peut survivre.

Aujourd’hui les choses changent peu à peu et cette prise de conscience récente semblent donner raison aux propos prémonitoires de d’ingénieur Delmas qui en 1960 déclarait que le « virus de l’alevinage est un mal sérieux » (Delmas, 1960-61). Depuis plus d’une décennie, la politique des alevinages massifs cède peu à peu la place à une gestion raisonnée et plus économe, que nous pourrions qualifier de durable. Elle vise à réduire nombre de lacs alevinés dans les aires protégées, à favoriser l’introduction d’espèces mieux adaptées et en capacité de se reproduire naturellement, à mettre en place des gestions patrimoniales pour sauvegarder ou favoriser les populations naturalisées ou encore à protéger la ressource dans les milieux les moins productifs, en instaurant par exemple de nouvelles réglementations avec la réduction du nombre de captures ou la pratique du no-kill.

Mais l’objectif reste le même : assurer le maintien d’une ressource halieutique qui reste encore importante pour l’activité et l’économie touristique des vallées pyrénéennes. C’est pour la même raison qu’il aura fallu moins d’un siècle, pour que la quasi-totalité des lacs d’altitude pyrénéens ait été concernée par des introductions de salmonidés y compris de manière « sauvage » en dehors de toute planification (comme ce fut le cas dans la réserve intégrale d’Estibère par exemple). Des générations de pêcheurs, de forestiers, de pisciculteurs mais aussi de scientifiques se sont succédées pour construire ce que certains considèrent comme un « patrimoine » piscicole qui, replacé à la lumière de l’histoire, ne s’avère être qu’un artéfact. Pêcher dans un lac d’altitude, c’est bien souvent pêcher dans un vivier historique dans lequel ont été bassinés des milliers d’alevins. Il ne faut pas l’oublier, pas plus que nous ne devons occulter les conséquences écologiques, parfois insoupçonnées et désastreuses, de ces introductions. Vaste sujet sur lequel nous reviendrons.    

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pêche lac de montagne
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L'hérésie nymphe au toc

A en croire le succès des articles qui lui sont consacrés, la nymphe au toc fait de plus en plus d'émules. Cette technique à la démocratisation récente est le fruit détonant de la rencontre entre deux modes de pêche que tout opposait initialement : la mouche et le toc. Opposition conceptuelle et surtout culturelle, bien entretenue par leurs aficionados les plus esthètes.

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