Continuité écologique, biodiversité et patrimoine hydraulique

Continuité écologique

Depuis plusieurs années, la continuité écologique s’est imposée au centre de nombreux débats d’idées en matière de gestion de nos milieux aquatiques. Le sujet est vaste et complexe, car il demande à être abordé à la fois sur le plan technique, scientifique et idéologique. De même, la continuité écologique n’implique pas les mêmes enjeux et les mêmes usages, lorsque l’on se trouve en entrée d’un grand bassin hydrographique ou sur un ruisseau de tête de bassin versant. De ce fait, les prises de position très tranchées que nous pouvons régulièrement lire dans les médias ou les réseaux sociaux, relèvent avant tout de visions idéologiques voire de militantisme liés à une cause bien précise (« il faut sauver nos moulins » VS « il faut tout faire péter pour retrouver nos rivières sauvages »). Lorsqu’on prend le temps de lire les arguments des défenseurs (on n’est pas loin du lobbying d’ailleurs dans certains cas…) d’une cause ou d’une autre, et qu’on essaie d’avoir un regard objectif, on trouve des idées et questionnements tout à fait pertinents dans les différents « camps ». Alors pourquoi la continuité écologique est-elle autant controversée, sur quelle(s) base(s) les critiques se sont-elles fondées et continuent d’alimenter, presque quotidiennement, les débats ?

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Une naissance aux forceps

J’ai tendance à penser que l’origine de ce phénomène vient de la construction initiale de cette politique impulsée par la Directive Cadre Européenne sur l’Eau (2000/60/CE) puis retranscrite dans nos lois avec, souvenez-vous, l’étrange objectif d’exiger l’atteinte du bon état général des eaux dès l’année 2015… J’entends par « étrange » le fait qu’une politique puisse être aussi naïve de la complexité du fonctionnement de nos hydrosystèmes, de la façon dont nos sociétés ont historiquement bouleversé et modifié « nos eaux » et d’une absence totale de définition de ce que cette politique entend par « bon état général ». Celles et ceux qui la pratique depuis plusieurs années savent que par « général », on cible à la fois l’état chimique, physique et écologique de nos hydrosystèmes. Très bien sur le papier mais en pratique, qu’est-ce que cela signifie, comment le traduire en termes de politique opérationnelle de gestion aux multiples échelles spatiales et temporelles ?

Attardons-nous sur le cas de l’état écologique, qui va rapidement nous conduire à notre fameuse « continuité écologique » puisque le bon état écologique de nos rivières a été décidé d’être en grande partie focalisé sur notre capacité à restaurer ladite continuité écologique. Il faut reconnaître ici que définir un état « référence » pour l’ensemble de nos hydrosystèmes est un exercice d’une difficulté sans nom sur notre vieux continent ultra-anthropisé et il aurait probablement fallu 10 ans de débats pour aboutir à des consensus, qui n’auraient peut-être d’ailleurs jamais été trouvés !

Alors pour simplifier l’approche, et faire avancer le Schmiblick, il a fallu trouver du concret, de la matière chiffrable, de l’opérationnel rapide à mettre en œuvre et facile à évaluer en termes d’avancement. Car, oui, il faut le reconnaître, la politique « DCE » est avant tout une politique des chiffres, friande d’indicateurs, vert lorsque c’est bon, rouge lorsque c’est mauvais. Donc go pour la continuité écologique...

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Continuité écologique
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Les heurts consécutifs lors de la mise en pratique

Et concrètement, comment cela a été mis en œuvre sur nos rivières ?

En quelques mois, pour ne pas dire quelques semaines, on a balancé aux Préfets, qui ont tout de suite délégués à leurs services compétents (DDT, OFB en première ligne), la responsabilité de sortir des listes prioritaires pour le rétablissement de la continuité écologique. Et c’est là que les choses se sont bien entendues compliquées car le premier constat a été que notre pays comptait des dizaines de milliers d’ouvrages transversaux (ou obstacles à la continuité écologique), et que nous étions loin de tous les connaître ! Mais l’agenda politique ne peut tenir compte de ce genre de nuances, les premières listes ont donc été établies essentiellement « à dire d’experts », sans avoir ni le temps de la concertation, ni le temps de bien réfléchir à ce qu’allait impliquer in fine la production de ces listes aux échelles locales.

Ainsi, des milliers d’ouvrages ont été identifiés et l’étape d’après (pour les ouvrages de la Liste 2) a consisté à devoir, dans un délai initial de 5 ans (maintes fois repoussé depuis) à « mettre en conformité » ces ouvrages au titre de la continuité écologique. Pour simplifier, mettre en conformité signifie supprimer l’ouvrage ou l’équiper d’un dispositif permettant d’assurer la continuité (i.e piscicole et/ou sédimentaire).

Il s’agit d’un descriptif très rapide et un peu caricatural, mais cela permet de montrer comment cette politique a été initiée et de mieux comprendre les débats qui ont émergé par la suite. Attention, l’idée n’est pas ici de discuter du bienfondé de la restauration de la continuité écologique en tant que telle, simplement de la manière dont la politique a été mise en place et déployée sur les territoires.

Dans de nombreuses structures de gestion locales, des voix se sont rapidement élevées pour s’insurger de la rapidité des choses, de notre manque de recul sur les problématiques en jeu, des trous dans la raquette sur le référencement des ouvrages. Les inquiétudes exprimées n’avaient pas pour objet d’empêcher « l’action », mais elles questionnaient cette volonté soudaine de passer en priorité n°1 la continuité écologique, quel que soit le contexte local.

Et c’est probablement là que le bât a blessé. Sur de nombreux territoires, la continuité écologique s’est imposée naturellement et de façon consensuelle. Il s’agit généralement des territoires liés à la présence des espèces amphihalines et sur lesquels la restauration de la continuité écologique est une priorité d’action bien identifiée depuis les années 1990 (voire 1970 sur certains bassins). Mais ailleurs, là où les enjeux étaient moins directement identifiables et intégrés dans les politiques déjà en place, le déploiement de la continuité écologique n’est pas forcément « aller de soi », et pour cause, elle se basait là sur des arguments moins implacables et surtout moins construits. En particulier, définir vers quel fonctionnement de rivière souhaitons-nous tendre et pour quel gain biologique ? Une telle réflexion ne peut être menée à une échelle nationale car elle doit tenir compte de la diversité et de la singularité des contextes locaux. Mais probablement aurions-nous gagné à construire cette réflexion en discutant des notions de « référence » et des objectifs en termes de « restauration ». Sans cela, difficile de construire une démarche globale cohérente et d’obtenir des consensus aux échelles locales. Quelle est la rivière que nous voulons ? Quelle biodiversité locale souhaitons-nous conserver ou restaurer ?

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Un besoin de pragmatisme et de cohérence

Je pense que c’est sur ce terreau là que ce sont développées les prises de position radicales et les revendications anti-continuité. Il faut aujourd’hui reconnaître qu’avoir voulu, indifféremment sur tous types de territoires, imposer la politique de continuité écologique était une erreur, probablement peu efficace en termes biologique/écologique et contre-productive à l’échelle socio-culturelle. Il faut sortir des positions dogmatiques, revenir au concret et redonner une place plus importante aux échelles de décision locale dans nos actions.Tenons compte des retours d’expérience et valorisons les situations pour lesquelles la restauration de la continuité écologique a fourni des résultats probants en termes de fonctionnalité globale de nos eaux.

Prenons pour exemple les fleuves côtiers normands sur lesquels la politique d’intervention a permis une restauration continue de plusieurs axes migratoires à grands migrateurs. Par l’effacement d’ouvrages, des habitats favorables à la reproduction ont pu être restaurés. Sur ces fleuves, les réponses biologiques et écologiques sont indiscutablement positives et témoignent du fait que la continuité écologique peut être un levier efficace d’action pour restaurer la fonctionnalité d’une rivière et les populations piscicoles qui lui sont liées.

A l’inverse, sachons faire preuve de recul et de critique sur d’autres retours d’expérience qui ne fonctionnent pas ou n’atteignent pas les résultats escomptés :

L’absence de résultat peut s’expliquer par de multiples facteurs et, notamment à court terme, elle ne doit pas forcément être considérée comme négative en termes d’évaluation. Mais cela doit amener à s’interroger sur ses facteurs explicatifs pour en tenir compte dans la façon de faire évoluer notre gestion. On devrait par exemple mieux tenir compte aujourd’hui de la logique aval-amont lorsqu’on travaille sur des ouvrages ciblés pour les grands migrateurs. Il est prioritaire de valider l’efficacité maximum des actions réalisées sur les premiers ouvrages depuis la mer avant de déployer sans réserve des efforts d’aménagements sur des ouvrages localisés sensiblement plus en amont sur les axes migratoires. L’effet cumulé des retards à la migration, la sélectivité des passes à poissons, même bien conçues, doivent être intégrées dans nos stratégies d’action. Sans quoi nous risquons de mobiliser d’importants efforts pour ne potentiellement jamais observer le résultat attendu (je connais certains ouvrages où l'on risque d’attendre les aloses encore quelques décennies…). Autre exemple, il faudrait lier de façon plus opérationnelle la continuité écologique et la qualité/quantité des habitats rendus disponibles. Rouvrir des dizaines de kilomètres de rivières n’est, en soi, pas forcément synonyme de réouverture d’habitats favorables pour les espèces cibles. Sur ce point, l’effacement stratégique de certains ouvrages prend tout son sens. Pour restaurer de la fonctionnalité, il ne faut pas que restaurer de la continuité, il faut aussi restaurer de l’habitat !

Sur les rivières non-concernées par les enjeux amphihalins, nous pourrions affiner les diagnostics afin de mieux évaluer les enjeux liés à la continuité écologique. Cette évaluation passe forcément par une connaissance accrue des milieux et des pressions qui s’y exercent. Nous devons être davantage capables sur nos territoires de hiérarchiser les enjeux et définir nos programmes de gestion locale pour agir en priorité sur les facteurs les plus impactants (et je ne crois pas à ce titre que nous y parviendrons grâce aux réseaux de suivis DCE…).

Dans le contexte de changement climatique qui va exacerber les effets des pressions sur nos masses d’eau, cette priorisation devient indispensable, sans quoi nos actions diminueront encore en efficacité. Citons l’exemple très actuel de la ressource en eau. La gestion quantitative de cette ressource est devenue une très grande priorité sur bon nombre de bassins versants (caricature facile : une passe à poissons sans eau pour l’alimenter n’a pas grand intérêt). Elle va nécessiter de s’attaquer à des enjeux difficiles à aborder du fait des lobbyings en place et en premier lieu nos modes de production agricole. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus agir sur les autres paramètres, mais à budget constant (voire à la baisse dans les Agences de l’eau), il faudra bien passer par cette priorisation. Si nous disposons des bons diagnostics, que nos efforts d’action sont en cohérence avec les enjeux à échelle locale, il y aura alors la légitimité et les arguments pour travailler sur la continuité écologique en réduisant les levers de bouclier.

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Continuité écologique
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Une question de bon sens

Evoquons pour terminer les questions relatives aux interprétations divergentes des notions de « biodiversité » ou de « restauration des milieux aquatiques ». Ces questions interviennent régulièrement dans le débat, notamment par la voix de M. Christian Lévêque. Elles me paraissent particulièrement intéressantes à aborder dans la définition de nos stratégies de gestion à court comme à long terme. Je pense en effet que nous échangeons trop peu sur ces questions et, là encore, cela aboutit à des positionnements radicaux, souvent caricaturaux et contre-productifs. M. Lévêque fait souvent référence à la nature anthropisée, nos écosystèmes co-construits par les activités humaines et parle de « jardiner » plutôt que de « gérer » nos milieux. Il évoque également régulièrement notre rôle en tant que « créateur » de biodiversité, et fustige ainsi les faux procès réguliers qui placent l’homme systématiquement en « destructeur ». Et de citer en exemple le delta de Camargue, le lac du Der (sur la Marne) ou encore le Marais Poitevin.

Dans cette pensée, il accuse la politique nationale de continuité écologique de vision dogmatique, construite autour d’un idéal de retour à un état sauvage de nos hydrosystèmes. Sa position est largement partagée et relayée par les défenseurs du patrimoine hydraulique français (i.e les moulins) qui voient en leur chaussée de multiples vertus, paysagères, culturelles mais également écologiques. Si j’apprécie bon nombre de questions soulevées par M. Lévêque sur ces notions de biodiversité et de restauration/conservation, je bloque en revanche sur les arguments rapidement caricaturaux qu’il avance pour réfuter d’un trait la politique nationale de continuité écologique. A le lire, et je pourrais également citer les écrits réguliers de différents membres de l’association des moulins de France, la continuité écologique se résumerait par le fait de faire sauter des barrages pour une poignée de poissons adoubés des pêcheurs sportifs dont l’avenir est de toute façon condamné par le changement climatique ! Bon, OK, là je caricature la caricature, mais on n’en n’est pas si loin...

M. Lévêque nous parle souvent de bon sens dans ses articles, vous savez, le vieux bon sens de nos aïeuls qu’on vient opposer à la technocratie de nos ingénieurs en mocassins. Parlons « bon sens », justement, pour évoquer ce que nous pourrions entendre par « biodiversité » et « restauration écologique ». Le bon sens ne devrait-il pas nous conduire à construire nos modes de gestion en tenant simplement compte des spécificités locales naturelles de nos écosystèmes (latitude, altitude, climat, géologie,…) ? Celles mêmes qui sont à la base de l’organisation du vivant et qui conditionnent sa répartition et sa diversité ! N’est-il pas de bon sens, sur une tête de bassin versant, de chercher à privilégier la conservation des espèces inféodées à ces milieux ? Lorsqu’on travaille sur ces milieux, on va ainsi cibler les espèces affectionnant les eaux plutôt froides courantes et bien oxygénées : la truite de rivière, le chabot, la lamproie de Planer, l’écrevisse à pattes blanches ou encore la moule perlière. Et le bon sens devrait alors conduire le gestionnaire à orienter ses actions pour la conservation ou la restauration de ces espèces.

Cette vision de bon sens n’apparaît pour autant pas être partagée par M. Lévêque et les défenseurs de moulins qui militent pour une approche paysagère et intégratrice des modifications profondes de nos écosystèmes en lien avec les activités humaines. On pourrait à ce titre, voir d’un bon œil la biodiversité atypique locale apportée par une retenue associée à un ouvrage transversal. Pourquoi la perche ou la carpe n’aurait-elle pas la même valeur en termes de biodiversité que la truite de rivière ou le chabot ? D’où l’intérêt de revenir au bon sens des spécificités locales de nos écosystèmes. Préserver la biodiversité c’est justement préserver la diversité du vivant associée à la diversité des milieux. Et je ne vois pas ce qu’il y a de dogmatique à privilégier des espèces rhéophiles sur des têtes de bassins ! Sachant que la biodiversité inféodée aux retenues des chaussées trouve largement ailleurs, généralement plus en aval sur le bassin versant, de quoi se développer. A l’inverse, les espèces inféodées aux têtes de bassin n’ont d’autres habitats de vie… que les têtes de bassin !

On va alors nous servir que tout cela est une vision idéaliste (Le gang de la clé à molette sur le retour !) et figée, que les milieux évoluent, a fortiori avec le changement climatique. A l’inverse, on peut penser que ce contexte renforce la nécessité de rendre la capacité de résilience à ces milieux et ces espèces qui vont subir à court terme les effets de ces changements. C’est d’ailleurs selon moi la seule voie à suivre dans la perspective de conserver cette biodiversité aquatique.

Petite digression, je vous conseille la lecture d’un article très récent (voir ici) qui traite justement de l’effet des petites retenues sur la thermie des rivières. On y apprend ainsi que sur 30 ouvrages étudiés (de 0.4 à 15m de hauteur de chute, 5m en moyenne), près de 70% d’entre eux engendrent une augmentation de la température de l’eau en été (0.20 à 5.25°C) par rapport à l’amont. On peut lire également que ces effets peuvent être mesurés en moyenne sur 1.3 km en aval desdites retenues. Donc oui, la thermie des rivières est un enjeu crucial de demain pour la conservation de notre biodiversité aquatique et oui, dans ce cadre, l’effacement d’ouvrages (même associés à des petites retenues) peut être une action efficace. Fin de la digression.

Bien entendu, pour agir de la sorte, il nous faudra, pour cet exemple, mieux connaître le régime thermique de nos cours d’eau afin de cibler les retenues les plus impactantes, identifier les apports thermiques d’eau froide pour les protéger,… Agir en connaissance de cause, sans dogme, avec du bon sens ?

Les controverses sur la continuité écologique ne s’éteindront pas demain mais les débats qu’elle suscite ont des vertus, celles d’obliger à se poser les questions de bases avant d’agir : s’accorder sur les références, définir clairement les objectifs, se doter des moyens pour suivre et évaluer. Elles nous mettent également devant une vérité douloureuse à reconnaître, une carence d’efficacité dans les programmes de gestion/conservation des milieux aquatiques. Une vérité, un constat qui reste à partager pour tenter d’agir différemment. Concentrer les efforts (techniques/financiers) sur les paramètres les plus limitants pour les milieux (disponibilité de la ressource en eaux, contaminants chimiques...etc), évaluer les actions, avoir le courage de reconnaître lorsque les résultats ne sont pas bons et revenir sur ces actions pour en améliorer l’efficience, avant de s’engager sur de nouvelles actions. Renforcer la résilience des milieux face aux changements globaux rapides.

J’espère également qu’au travers des critiques sur la continuité écologique, nous saurons redonner une place centrale à la science comme aide à la décision et, enfin, redonner plus de liberté et plus de souveraineté à la gestion locale (le bassin versant) qui constitue LA bonne échelle pour agir en cohérence. C’est du bon sens ça mon vieux !!!

 

texte et photos de l'auteur

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Continuité écologique

Pêche d'étiage (part2) : les meilleures mouches et leurs montages

mouches d'été

L’an dernier à la même époque nous avions étudié l’approche de la pêche en fin de saison par eaux basses, dans la seconde partie de cet article, nous allons aborder la question du choix de la mouche.

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EVOLUTION DU CLIMAT ET ADAPTATION

Dans la pêche en particulier et dans la nature en général, vous l’aurez constaté, rien n’est figé ; ce qui semblait vrai il y a 30 ans, ne l’était plus forcément 15 ans plus tard et ainsi de suite…

Nos rivières, soumises à des phénomènes météorologiques et environnementaux toxiques et pernicieux sont de plus en plus perturbées. Le substrat lui même, ainsi que toute la faune aquatique sont directement impactés par ces nouvelles agressions (étiages ultra-sévères, crue hivernales dévastatrices pour l’habitat des truites et la fraie...etc, etc).

Oui, les populations de truites sont modifiées !

Oui, la biomasse décline !

Oui, les poissons sont beaucoup plus éduqués !

Oui, le comportement alimentaire des truites a beaucoup changé depuis les temps naïfs de mes débuts !

Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, il reste encore pas mal de poissons à prendre pour qui sait observer dans la plupart de nos rivières de 1ère catégorie. Nier cet état de fait et se cramponner à une pêche "à la papa" invite à une forme de dépression et de défaitisme chez ceux qui ne s’adaptent pas à cette nouvelle donne.

Depuis la fin des années 90, j’ai constaté une difficulté croissante à leurrer les truites saison après saison... surtout lors de cette période estivale dont on parle. Les enseignements positifs d’un été se révélant quasi obsolètes deux saisons après. Ma stratégie de pêche fut remise en cause chaque été, mais surtout, il a fallu affiner toujours un peu plus la conception et le choix de mes modèles de mouches. Lors de discussions entre pêcheurs je me plais souvent à dire que si je devais partir pêcher en 2020 avec ma boîte à mouche de 1986 je ne prendrais plus grand chose en plein été... voire rien du tout !

Il a fallu s’adapter !

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pêche truite étiage
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LA NOURRITURE DES TRUITES

Considérant qu’il était désormais indispensable de comprendre ce dont se nourrissaient véritablement "mes" truites l’étude du bol stomacal de mes captures allait devenir l’alpha et l’omega de ma démarche. Cet inventaire systématique, grâce à l’acquisition d’une pompe stomacale (Fusion flyfishing - 7 euros), auprès des poissons les plus intéressants et dans les situations les plus variées devint alors une vraie base d’informations qui me conduisit, bon an mal an, à la conception de modèles plus pertinents.

Or, je suis toujours surpris par le manque de connaissances (d’intérêt??!!!) de la plupart des pêcheurs à la mouche (souvent aussi passionnés de montage, un comble !) quant à la nourriture réelle des truites. Bien peu ont un propos avisé au sujet de "leurs" truites sur "leurs" rivières…

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pêche mouche été
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METHODOLOGIE

Le contenu du bol alimentaire, recueilli via la pompe stomacale en situation va nous nous renseigner sous bien des aspects. Voici comment l’appréhender efficacement et par ordre de priorité :

1. Observation de la taille des taxons

De manière générale, la nourriture des truites en cette période est constituée de proies de petite et même parfois de très petite taille. A nous de bien observer ça, nous saurons dés lors quelle taille d’hameçon nous ne devrons pas dépasser.

2. Proportion entre les taxons ailés et ceux à l’état larvaire ou nymphal

Cela nous donnera une idée assez précise de la stratégie de pêche à adopter. Si par exemple on ne rencontre aucun insecte ailé dans le bol alimentaire (et ce de façon récurrente après quelques prises), on en déduira aisément que la pêche en sèche n’est pas la bonne option… scénario très courant mais qui mérite d’être confirmé. Le contraire arrive aussi, heureusement.

3. Présence d’un type de taxon majoritaire et déterminant voire exclusif

Petits imagos ??? ... fourmis ????… Nymphes d’ignitas ???... d’autres cas encore ? La liste peut s’étendre ! Voilà qui nous éclairera de façon plus formelle sur le choix de la mouche lorsque la pêche se complique… et pour les monteurs c’est une source d’inspiration formidable !

4. Bol alimentaire minimaliste voire absence d’alimentation

Ecoutons ce que nous dit Skues :

"La truite monte pour deux raisons combinées :

A/ Parce qu’elle à faim.

B/ Parce qu’il y a de la nourriture."

... j’adore cet axiome.

De plus en plus fréquemment, il arrive que l’"autopsie" ne révèle rien de notoire. Ce genre de situation survient la plupart du temps quand la pêche est mauvaise et que l’on ne prend que quelques rares et difficiles poissons… situation que j’ai particulièrement rencontré ces 2 derniers mois. Les truites n’ont peut-être pas faim dans ces moments là… Ou est-ce l’absence de nourriture qui ne produit donc pas la stimulation suffisante pour les mettre en appétit ? Je vous laisse juge.

La synthèse de ces observations nous amènera naturellement à deux choses fondamentales et selon moi fortement liées :

1. Mieux comprendre le fonctionnement de sa rivière et le comportement des truites qui vivent dedans. D’un bassin versant à l’autre les différences peuvent être notables... D’une région à une autre n’en parlons même pas !

2. Savoir quels sont les insectes les plus prisés et à quel stade les imiter. On observera à l’usage que certains insectes (et/ou certains stades de leur développement) peuvent s’avérer déterminants.

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fourmis
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Exemple de contenu stomacal avec fourmis en taille 22...
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simulies
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... larves de simulies...
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...petits imagos estivaux...
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nymphe ignita
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... nymphes et émergentes d'ignita majoritaires...
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pêche été
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...et nymphes de Pale Watery...
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ANALYSE PERSONNELLE

Depuis une vingtaine de saisons je retrouve principalement deux types d’éphéméroptères et toute la panoplie des fourmis.

Les éphéméroptères les plus récurrents dans les contenus stomacaux sont représentés par 2 groupes :

  • Les BWO /SHERRY SPINNER (Serratella Ignita)

Ils nécessitent d’être imités à tous les stades (cf. l’article sur les BWO)

  • Les PALE WATERY (Baetis Fuscatus, Centroptilum spec, Procloeon spec.).

Sont représentées sous cette appellation générique plusieurs petites espèces d’éphémères toutes issues de différents genres de la famille des Baetidae. On observe plus facilement les subimagos dont les émergences se produisent dés la fin de matinée, ils apparaissent comme très clairs en vol.

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mouches d'été
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BWO (à gauche) et Pale Watery (à droite) sont les principaux éphéméroptères rencontrés en été
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A mes yeux la meilleure mouche sèche pour cette catégorie d’insecte reste la fameuse "Tupp’s Indispensable". Elle est facile à monter, bien visible malgré la petite taille dans laquelle on doit la dresser et vraiment très prenante. Selon la qualité de hackle que l’on choisira pour la monter, on représentera à l’envie le subimago ou bien l’imago. C’est la mouche sèche qui me rapporte le plus de truites à partir de fin juillet jusqu’à la fermeture... loin devant le spinner d’Ignita depuis plusieurs saisons.. Notons que c’était l’inverse au siècle dernier.

L’autre grande partie des insectes ailés massivement présente dans les contenus stomacaux sont bien sûr les fourmis.

Entomologiquement parlant, je ne suis pas un expert de ces bestioles. Je note cependant qu’il en existe de toutes tailles (14 à 24), des brunes, des noires et des brunes-orangées. Il faut monter beaucoup de modèles différents pour faire face aux caprices des truites. Les tailles les plus utiles pour moi sont le 18 et le 20. Selon les saisons, leur présence est plus ou moins marquée. Lors des retombées massives, en fin de chauds après-midi ou au moment du coup du soir les truites y réagissent très positivement et deviennent exclusives dans la plupart des cas. Le niveau de flottaison ainsi que le volume du modèle sont bien plus à considérer que la couleur il me semble... Une bonne imitation de fourmi ne se voit pas ou alors très mal, soit dit en passant !

Les chironomes et les simulidés, selon les années et surtout selon les parcours, peuvent aussi jouer un rôle déterminant, il faut y être attentif et ne surtout pas les négliger. Contrairement au début de saison, ce sont les stades larvaires et les pupes qui me semblent les plus intéressants, les imagos passent au second plan.

Contrairement au mois de juin (jusqu’au 15 juillet même), je ne rencontre que fort peu de trichoptères dans ma zone durant cette période d’étiage dans les contenus stomacaux bien qu’à l’occasion un spécimen puisse s’y retrouver par-ci par-là, très rarement à l’état imaginal.

Il ne faudra pas non plus négliger les terrestres (coléoptères), notamment par temps chaud et sous certains arbres. Un palmer roux feu en 16 peut nous sauver de certaines situations... à la marge quand même.

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ssss
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fourmi brune
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Les mouches sèches

Pour résumer, et si on ne devait investir qu’une petite liste de mouches sèches voici vers quoi se tournerait mon choix :

FOURMI BRUNE

  • Hameçon Caleri 123 BL n°18
  • Soie de montage noire Veevus 14/0
  • Abdomen renflé et verni en fil Mettler acajou mixé à la soie de montage, ce qui lui donnera de la nuance et consolidera le dressage.
  • Ailes : portion de zing ambré et découpée à façon. A défaut zing incolore, plus facile à se procurer et très bon aussi pour les modèles plus petits et entièrement noirs, montés selon le même principe.
  • Collerette : petit hackle furnace ... ou noir si on décide de monter plus petit (h20 et moins).

Il me paraît important de marquer une forte démarcation de volume entre le renflement de l’abdomen et le thorax (comme les vraies fourmis !) car je pense que les truites sont très sensibles à la silhouette pour ce genre de modèle.

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fourmis
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SPINNER D’IGNITA

Voici 2 variantes qui ont ma préférence :

  • Hameçon Caleri C 405 BL n°16
  • Soie de montage Veevus 14/0 Fire Orange
  • Abdomen : très léger dubbing orange-brûlé cerclé par un très fin fil de cuivre.
  • Cerques : quelques fibres de pelle de coq de pêche gris-rouillé. Attention de ne pas surcharger !
  • Collerette : hackle gris-rouillé (pas trop foncé) monté très léger ...3 tours maximum ! Il faut rendre un effet dépouillé et lumineux.

La 2nde variante :

  • Hameçon Caleri C 405 BL n°18
  • Soie de montage Veevus 14/0 rouge sang.
  • Abdomen : soie de montage. Je renforce un peu les enroulements au niveau du thorax pour donner l’illusion la plus proche de l’imago de Serratella Ignita aussi appellée "la bossue".
  • Cerques : 3 fibres de pelle de coq Pardo Corzuno montées "à plat".
  • Collerette : hackle gris-acier clair très lumineux. Plus encore que pour le modèle précédent il faudra être très subtil dans le dosage...
  • Pour ce modèle il m’arrive de figurer les oeufs. Pour ce faire je fais un petit tag en fil de couleur bleu-vert (Singer n°707) que je coupe à ras avant de poser les cerques.

Ces mouches sont simples, mais trouver les bons rapports volume/équilibre demeure un exercice délicat. L’ami Jean-François Laval (Du coq à la rivière) possède des coqs sublimes qui produisent chaque année des hackles parfaits pour dresser ces petits imagos estivaux. Je me sers chez lui depuis presque 10 ans et je n’ai pas à le regretter.

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spent d'ignita
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TUPP’S INDISPENSABLE

Il s’agit d’un vieux classique anglais que j’ai un peu simplifié en l’adaptant à mes rivières... sans trahir l’esprit initial je le crois.

  • Je tiens pour cette mouche à un hameçon plutôt court de hampe : Caleri C124 BL n°16/18/20.
  • Abdomen court, très légèrement conique, en soie Gossamer “Pearsall’s Silk” jaune primevère.
  • Thorax renflé juste derrière la collerette, en dubbing sur soie poissée (dubbing mix perso : une part de rosâtre, une part de ocre et une toute petite touche de brun-rougeâtre).
  • Cerques : très légers, en fibre de grand hackle de couleur miel.
  • Collerette : hackle Honey Dun… pas évident à trouver. A défaut, un petit hackle gris clair ou même crème peut dépanner, mais on sort légèrement du thème.

Au risque de me répéter, au mois d’août, la “Tupp’s” est une mouche vraiment ... Indispensable !!

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Tupp's indispensable
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MICRO OREILLE DE LIEVRE (Hameçon n°18 /20 /22)

Utile en toute circonstance, un montage minimaliste et aéré sur de tout petits hameçon séduira les truites les plus difficiles. Il ne me semble pas nécéssaire de donner une formule de montage, c’est une mouche connue de tous.

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ORL
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Micro ORL claires et foncées
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spent gallica
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SPENT

Je le monte de façon classique en m’inspirant de la mythique collection Gallica.

  • Hameçon Caleri C405 BL n°16/18.
  • Soie de montage rouille ou noir.
  • Abdomen en quill (Polishquill “ginger”, “soft pink”, “orange”... je bannis le “red” que je ne trouve pas du tout naturel dans cette gamme).
  • Cerques : 3 à 5 fibres de pelle de coq roux foncé, bien à plat.
  • Ailes : pointes de hackles de coq indien miel, blue dun ou blae. Choisissons-les légèrement arrondis et pas trop raides. Il faut les positionner à 180°, et doivent dépasser en longueur très légèrement les fibres du hackle qui constituent la collerette (+/- 1mm pour le modèle en 16).
  • Collerette : hackle roux clair, de bonne qualité, plutôt court... 2 tours et demi, pas plus.
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pêche mouche
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Les nymphes

MICRO PHEASANT TAIL (tête jaune, orange ou cuivre)

Légèrement lestées par un fil de plomb préalablement enroulé sur la hampe de l’hameçon pour avoir une bonne entrée dans l’eau, ces petites nymphes me rapportent 80% des truites que je prend en nymphe à vue l’été. J’ai une faiblesse particulière pour la variante à tête jaune. Je les monte sur de hameçons plutôt courts de hampe car je tiens à ce que ce modèle ait un aspect compact.

NYMPHE DE CHIRONOME (à corps lisse)

En deux versions :

  • Hameçon TMC 2487 n°14/16.
  • Soie noire ou olive.
  • Quill olive ou naturel (Polishquill)

Le tout vernis, non lesté.

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nymphe d'été
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NYMPHE D'IGNITA

Voici une nymphe qui pose problème… Je vous livre ici un modèle qui a fonctionné moins mal que les autres lorsque les truites étaient exclusives sur ces insectes cet été. C’est une nymphe de conception récente dans ma boîte, il faudra encore quelques essais sur les prochaines saisons et sur des rivières variées pour confirmer son statut…

Voilà la formule :

  • Hameçon TMC 900BL n° 16/18 lesté par 4 tours de plomb au niveau du thorax.
  • Soie de montage Uni-Thread vert bouteille 14/0.
  • Abdomen : herl de héron teinté à l’acide picrique. Je fixe ensuite 2 brins de fil que j’ai finement torsadé (un brin Mettler olive très foncé et un Gutermann jaune chartreuse) latéralement le long des deux cotés de l’abdomen. Le tout est cercle d’un fil de cuivre noir (Hends CWS 30). Cela semble un peu compliqué mais restitue très bien l’aspect visuel de la nymphe d’Ignita, en forme et en coloris.
  • Thorax : dubbing Olive franc ( Beaver Wapsi).
  • Sac alaire : fibres de pelle de coq pardo, prise dans la partie duveteuse et sombre de la plume.
  • Cerques et pattes : fibres de plume de pintade teintes à l’acide picrique.
  • Tête apparente, en soie de montage.

Comme pour toute mouche ou nymphe, le respect des proportions est primordial.

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nymphe BWO
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Les nymphes d'ignita de l'auteur
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Evidemment il s’agit d’une base de travail pour le monteur de mouches, il faudra décliner tout ceci en nuance et en volume, surtout pour les sèches. Cette petite liste de mouches m’est tout à fait personnelle et ne tient compte que de mes observations, elle est mentionnée à titre d’exemple et n’est pas exhaustive.

Voici pour ma part, ce que j’ai pu en conclure dans le département de l’Ariège et ses environs immédiats. A chacun maintenant s’il le souhaite d’établir son petit inventaire sur son terroir. C’est le cheminement qui compte et peut-être que cela en inspirera quelques-uns.

 

Texte, montages et photos de l'auteur.

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pêche été

Le bilan de l'été en Lozère

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Thibaut DUPUY

La fin du mois d’août nous emmène inéluctablement, nous autres pêcheurs de première catégorie piscicole, vers l’espoir de voir arriver des pluies suffisamment abondantes pour regonfler un peu les n

La pêche en Durance, rivière mythique des Alpes du Sud

Durance

Rivière provençale emblématique, la Durance est aussi connue pour ses aloses que ses grosses truites lacustres ! Les farios ne sont pas non plus en reste, comme en atteste la galerie photo de la fédération de pêche du 05, son département d'origine. Pour nous parler de la pêche en Durance, il était logique de faire intervenir un guide de pêche local (et membre de l’équipe rédactionnelle de Truites & Cie !) : Jean Michel Brunet. Cette description « au fil de l’eau » sera donc ponctuée des conseils de Jean-Michel, qui sont d’autant plus précieux qu’il fréquente cette rivière depuis sa plus tendre enfance.

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SITUATION CLIMATO-GÉOGRAPHIQUE

La Durance née sur les pentes du Chenaillet, au dessus de la commune de Montgenèvre (Hautes-Alpes), à plus de 2500m d'altitude. Elle dévale en direction de la vallée de la Clarée, qu’elle rejoint au bucolique Pont des Amoureux à 1360m. Bien qu’à cet endroit, la Durance ne soit qu’un mince filet d’eau comparativement à la Clarée qui mesure plus de 5m de large, elle lui fait perdre son nom et poursuit sa route vers Briançon.

Avant d'être domptée par d'importants barrages, la Durance présente un régime nival typique des rivières de montagne alpines avec des étiages automnaux et hivernaux marqués, et une fonte des neiges souvent longue, s'étendant de mai à juillet. Le climat est sec, l'immense majorité des précipitations survient sous forme de neige en hiver. Plusieurs affluents de son court amont (dont la Guisane et la Gyronde notamment) sont sous influence glaciaire. Ainsi, durant les mois les plus chauds, la fonte des glaciers teinte la Durance en aval de leurs confluences. La pêche n'est pas forcément mauvaise dans ces conditions mais ceux qui préfèrent pratiquer leur loisir dans des eaux transparentes auront intérêt à cibler les périodes hors fonte des neiges et hors fonte des glaciers. Deux créneaux à retenir : de l'ouverture à mi-avril et de la fin août/début septembre à la fermeture début octobre, sous réserve d'un certain rafraîchissement nocturne à la fin de l'été (ce que le changement climatique tend à remettre en cause de plus en plus). Le régime de la Durance change en aval du lac de Serre Ponçon où elle perd sa liberté originelle.

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truite Durance
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Une truite de la Vachette, premier village après la confluence avec la Clarée
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Durance
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La Durance entre La Vachette et Briançon
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La Haute Durance, de sa source à l’Argentière la Bessée

L'intérêt halieutique de la Durance débute véritablement lorsqu'elle reçoit les eaux de la Clarée. Jusqu’à la confluence avec la Guisane, la Durance présente une largeur de 5 à 8m avec un profil caillouteux assez rapide et pentu, typique des rivières moyennes de montagne. Plusieurs tronçons court-circuités sont à signaler, notamment en amont du Fontenil et dans les splendides gorges du Pont d'Asfeld, en amont du No-Kill de Briançon, juste sous la cité Vauban. Ces parties captées sont bien sur idéales à fréquenter en période d'eaux fortes, mais restent très intéressantes même à l'étiage. De belles pêches en sèche y sont possibles, même en l'absence d'éclosions massives, ce qui est plutôt rare sur la Durance. Juste en aval, le parcours No-Kill dans Briançon (plein débit) offre de très belles zébrées actives dès l'ouverture si la neige ne fond pas. La taille moyenne de la majorité des prises est comprise entre 20 et 35 cm. 

Le calibre de la Durance augmente considérablement lorsqu'elle reçoit les eaux glacières de la Guisane puis celles de la Cerveyrette juste en aval, qui viennent tripler son débit à la sortie de Briançon. Les eaux à l'aval immédiat de la ville sont ainsi souvent fortes et teintées et l’on privilégiera les périodes d’étiage (soit les extrémités de la saison) pour y trouver des conditions de pêche agréables.

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Durance
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La Durance au niveau du Camping des Iscles de Prelles, à l'approche de la fermeture début octobre
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Durance
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Spécimen de 53 cm capturé au niveau du Villaret
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Pêche Durance
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La Durance en aval de Briançon, en période d'étiage : les meilleures conditions
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Durance
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Truite fario de fin de saison
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En descendant la vallée, à partir de la retenue hydroélectrique de Prelles débute un parcours sportif capté : les gorges de la Durance. En dehors des 2 kilomètres situés à l'aval immédiat de la retenue (accès par l'école Les Prés Verts de Saint Martin de Queyrières), l'accès à la rivière nécessite une marche d'approche assez ardue. Les principaux sentiers qui descendent la centaine de mètres de dénivelée se situent autour Villard Meyer (consulter une carte IGN au 1/25 000 pour les dénicher). Une autre option intéressante pour explorer ces gorges consiste à y accéder par l'aval, au niveau du pont de la D104a à l'Argentière la Bessée, point de départ d'une via ferrata très connue.

Dans les gorges, la rivière est captée mais le débit est stable. Toutefois, ce parcours à blocs présente un volume d'eau et un brassage relativement importants. La configuration alterne fosses et portions rapides. Il se révèle assez escarpé et nécessite donc une bonne condition physique. Toutes les techniques sont praticables mais le trio nymphe au fil/toc/leurre s'en tire le mieux. Dans les gorges, la taille des poissons ne change pas beaucoup par rapport à l'amont, les truites mesurent majoritairement entre 20 et 35cm, les poissons de 40cm étant relativement fréquents.

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Pêche Durance
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La Durance dans le débit réservé, 1km en aval de la retenue de Prelles
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Durance
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La Durance dans les gorges au mois d'août
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Pêche Durance
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Jean-Michel avec une zébrée des gorges
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Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche :

"En amont de Prelles, la rivière mesure environ une quinzaine de mètres de largeur, les plus gros poissons se concentrent dans les postes bien marqués et assez profonds. En nymphe au fil, ne pas hésiter à pêcher avec de grosses nymphes bien plombées. S'en suit une partie court-circuitée sur presque 10 kilomètres avec des gorges bien profondes. Ce secteur est assez escarpé et ne s'adresse qu'aux pêcheurs en bonne forme physique."

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Durance
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Les gorges de la Durance dans une partie assagie, au lieu dit "les troglodytes"
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Truite Durance
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La Durance moyenne, de l’Argentière la Bessée à Serre Ponçon

Cette portion longue d'une quarantaine de kilomètres est très prisée par les traqueurs de grosses truites. A la sortie des gorges, la Durance retrouve l'intégralité de son eau et s'enrichit même de nouveaux affluents (la Gyronde et le Biaisse notamment), également intéressants pour la pêche. Ainsi, elle devient une rivière de montagne large de 15 à 20m, toujours rapide, mais dont le profil devient plus homogène en raison du substrat caillouteux plus régulier. Quelques bancs de sable apparaissent même sur les bordures. On rencontre ici à la fois des farios méditerranéennes jusqu’à 60cm, et des lacustres qui dépassent parfois allègrement cette taille !  Cette portion peut être divisée en deux sous-sections :

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Baetis
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  • De l'Argentière la Bessée à l'embouchure du Guil (Mont-Dauphin) :

Sur cette portion de Durance se produisent en début de saison d’importantes éclosions de March Brown et de Baetis Rhodani qui mettent les grosses truites en appétit. Si les gobages sont rares dans ces flots rapides, les poissons sont capturables en nymphe au fil et même à vue sur les bordures, lorsque l’étiage est vraiment important en début de saison (il est conditionné par le degré de froideur de la météo). A ce niveau, la densité de truites reste encore importante et le moment clé pour prendre une toute grosse (plus de 50 cm) se situe indiscutablement avant la fonte des neiges (de l'ouverture à la mi-avril). En fin d'été et jusqu'à la fermeture, l'ensemble de la pyramide des âges devient capturable et les individus de 25/35cm seront les mieux représentés au fond de votre épuisette. Toutes les techniques de pêche type "grande rivière" sont praticables et efficaces, sans aucune exception.

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Pêche Durance
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La Durance à la Roche de Rame en mars
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Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche : 

"Rivière très physique, le volume d'eau ainsi que le débit sont assez conséquents. Les truites y sont très puissantes et se trouvent généralement sur les postes marqués, ou à proximité immédiate de ceux-ci. On peut à de rares occasions y pêcher en sèche mais 90 % du temps un duo de deux nymphes assez lourdes en tungstène avec une pointe en 18/100 seront nécessaires pour réaliser une belle pêche."

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pêche Durance
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La Durance à Saint Crépin et sa configuration typique : longs radiers et méandres
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Pêche Durance
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  • De l'embouchure du Guil à Serre Ponçon :

Après avoir reçu les eaux du Guil, le calibre de la rivière augmente encore considérablement. Le débit atteint environ 40m3/s lorsque les eaux sont en place. Les accès se raréfient (citons ceux au niveau de Saint Clément et à l'embouchure du Rabioux en aval), la rivière flirte avec d'importantes falaises et ses eaux tumultueuses font la joie des amateurs de sport d'eaux vives en période de fonte des neiges. La profondeur dépasse plusieurs mètres à certains endroits. Hors situation d'étiage extrême, le profil s'accommode mieux de techniques possédant une bonne amplitude de pêche et une capacité de ratissage importante, comme la pêche aux leurres, ou les pêches en dérives avec un moulinet spinning (toc aux appâts ou nymphe au toc). Un mode de pêche assez extensif favorisera le nombre de touches dans cette zone où les densités de truites diminuent par rapport à l'amont. A noter que la probabilité de toucher une grosse lacustre augmente à mesure qu’on se rapproche de Serre-Ponçon. Les truites farios elles, sont plus métissés qu'en amont et les robes se diversifient. 

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Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche : 

"C'est certainement la portion la plus compliquée à pêcher à la mouche, les postes sont très vastes et il faut passer du temps à peigner toutes les veines et les différentes couches d'eau. C'est en revanche un parcours très sympa à faire en noyée en fin de saison."

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pêche Durance
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Fario de morphotype atlantique capturée par Jean-Michel en aval de Saint-Clément
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La Basse Durance salmonicole, de Serre Ponçon jusqu’à Curbans

Cette ultime portion de première catégorie présente une configuration très différente de celle de l'amont du lac. Les eaux présentent une teinte assez marquée et constante tout au long de l'année, notamment en raison de la charge sédimentaire à l'aval de cet ouvrage. Les fonds sont ici constitués de galets et surtout de sédiments. La situation est identique en aval du barrage suivant (le lac de Curbans) qui marque la limite 1ère/2nde catégorie. Le débit et la température sont relativement constants en raison de l'effet tampon du barrage, le marnage reste discret. La ripisylve est également plus dense qu'en amont. Les premières espèces réophiles apparaissent et la pyramide des âges des salmo est logiquement différente : en effet, la taille moyenne augmente considérablement par rapport à l'amont, tout comme la proportion d'individus de plus de 50 cm. Le caractère assez monotone de la configuration et la faible granulométrie compliquent la lecture d'eau. Il sera judicieux de rechercher les portions les moins linéaires, c'est à dire les zones de méandres et les nombreuses îles qui jalonnent son cours (le repérage préalable sur carte IGN est important). Toutes les techniques sont ici praticables. A noter que les truites sont plus régulièrement gobeuses sur cette portion qu'en amont de Serre Ponçon.

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Durance pêche
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La Durance en début de saison vers Remollon
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Le conseil de Jean-Michel pour le pêcheur à la mouche :

"Rivière au profil totalement différent, la configuration est bien plus lente avec des bordures de joncs. Elle est idéale pour tenter sa chance au coup du soir en sèche l'été, il y a également une bonne population de truites arcs-en-ciel qui font le bonheur des pratiquants occasionnels".

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pêche Durance
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Jean-Michel avec une fario prise à vue en début d'été, un bon moment sur cette portion
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… Et pour prolonger la saison : la Durance en seconde catégorie !

A l'aval du barrage de Curban la Durance passe en deuxième catégorie piscicole en même temps que son débit diminue avec la prise d'eau du canal usinier. Si les eaux se réchauffent considérablement en continuant leur route vers le sud et le département du 04, quelques truites subsistent, comme nous l'explique Vincent Duru, chargé de mission de la FAAPPMA des Alpes-de-Haute-Provence (04) :

"La Moyenne Durance dans les Alpes de Haute Provence est naturellement un cours d’eau atypique car il s’agit de la plus grosse rivière de piémont en tresse de la région PACA et forcément la plus grosse rivière de piémont en milieu méditerranéen où beaucoup d’espèces se côtoient. Son module (ou débit moyen interannuel), de l’ordre de 80 m³/s à son entrée dans le 04 et 180 m³/s à sa sortie, n‘est plus qu’un lointain souvenir puisque la très grande majorité du débit transite dans les canaux EDF à partir de la retenue de Serre-Ponçon qui est à cheval sur les départements 04 et 05. Seul le 1/20ème du débit transite encore dans le lit de la Durance, ce qui occasionne quelques désagréments (perte progressive du style fluvial en tresse au profit d’un lit unichenalisé, réchauffement plus important de la masse d’eau en été, transit sédimentaire altéré par l’ensemble des barrages EDF).

Ainsi, la Durance est un long tronçon court-circuité à partir de la retenue de Serre-Ponçon, elle a donc progressivement changé de gamme typologique. Autrefois à cheval sur la zone à truite et la zone à ombre dans la zonation de Huet, elle est désormais à cheval sur la zone à ombre et la zone à barbeau. Cela représente de grands changements sur le plan piscicole :

Dans les Alpes de Haute Provence, on distingue la Durance située à l’amont du barrage de l’Escale (confluence avec la Bléone) de la Durance à l’aval de ce même barrage puisque ces deux tronçons diffèrent légèrement de biotypologie : A la fin des années 2000, l’ONEMA (désormais OFB) a classé le tronçon de Durance à l’amont du barrage en B5+ (entre B5 et B6) de la typologie de Verneaux et le tronçon aval, en B6+ (entre B6 et B7). Cela fait de la Durance un cours d’eau techniquement à cheval entre la 1ère et la 2nde catégorie alors qu’elle est en 2nde catégorie piscicole d’un point de vue réglementaire sous le barrage de Curbans/la Saulce. 

En termes de population piscicole, les deux tronçons sont majoritairement peuplés de cyprinidés rhéophiles (amateurs de courant). Cependant, d’un point de vue salmonicole, la Durance a encore de beaux restes pour les amateurs de belles truites.

Dans ces nouvelles conditions imposées par les barrages, la Durance a vu sa population de truite commune diminuer globalement en nombre. Sur les 4 cohortes d’âge naturellement présentes (les 0+ ou truitelles de l’année, les 1+ ou truitelles de 1 an ou plus, les 2+ ou truites subadultes et enfin les 3+ ou truites adultes), seules les truites adultes subsistent. L’absence ou quasi-absence des autres cohortes indiquent que la truite ne se reproduit pas directement dans le cours d’eau principal mais bien dans les affluents.

En revanche, la Durance constitue une zone de grossissement importante, raison pour laquelle, la population de truite de grande taille y est très bien représentée. Elle a, par ailleurs, été boostée récemment par l’augmentation du débit réservé au début des années 2010 qui a été multiplié par deux.

L’installation des ouvrages hydroélectriques et les pollutions chroniques à l’aval du barrage de l’Escale ont provoqués une certaine désaffection pour la Durance à partir des années 80 et qui a été exacerbée par la mise en place d’un tronçon en no-kill allant dudit barrage jusqu’au barrage de Cadarache, 36 km plus en aval à la limite du département. Pour autant, depuis l’augmentation du débit réservé, de plus en plus de pêcheurs s’aventurent de nouveau dans le lit de la Moyenne Durance car elle s’avère abritée une belle population de grosses truites dont la taille moyenne se situent autour de 45 cm, les beaux chevesnes et barbeaux fluviatiles viennent compléter des opportunités de réaliser de belles pêches."

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Durance en seconde
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La Durance en seconde catégorie, à l'automne
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Informations utiles

Fédération de pêche des Hautes-Alpes : http://peche-hautes-alpes.com/

Fédération de pêche des Alpes de Haute Provence : http://www.peche04.fr/

Un hôtel d'excellent rapport qualité/prix à Briançon :

Mont Brison

 

Guides de pêche locaux :

Jean Michel Brunet : https://www.guidepeche05.net/

Sébastien Cartairade : https://www.guide-peche.com/

Cyril Espinasse : https://www.guidepechehautesalpeserrechevalier.com/

Détaillants locaux : 

Boutique Thib'eau Pêche à Briançon

http://harvey-fly.com/fr/

La Pêche Soleil à Embrun

http://www.peche-soleil.com/

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pêche Durance
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Le bilan de Jean-Michel : 

"Pour résumer, la Durance est ma rivière fétiche, compliquée certains jours mais tellement généreuse d'autres. C'est une vraie belle rivière d'eau rapide avec des truites de 20 à 70 cm en super forme. Il n'est toutefois pas recommandé de s'y atteler tout de suite, il y a des paliers à franchir avant. Je vous conseille si vous venez découvrir les Hautes-Alpes de faire vos gammes sur des rivières plus petites type Clarée et Guisane, puis de passer sur le Guil et le Drac et une fois ces cap franchis alors vous serez prêt à venir vous frotter aux « Duranciennes »."

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