Texte de Guillaume Le Garrec, photos de Guillaume Le Garrec sauf mention contraire
Il peut parfois être parfois compliqué de bien choisir sa canne à mouche, ce d’autant plus lorsqu’il s’agit de pratiquer une pêche puissante.
Lorsque l’on pêche le brochet, le degré d’exigence augmente, notamment en raison de la taille des mouches employées : on utilise, selon la saison, des streamers montés ou équipés (dans le cas des tubes) d’hameçons de taille 2 à 10/0 et plutôt forts de fer mesurant de 8 à plus de 30cm… Cela représente un poids non négligeable à lancer, qui augmente encore une fois la mouche mouillée… Même fabriqué avec des matériaux qui sèchent bien pendant le lancer, un streamer reste un OVNI parfois difficile à propulser et à poser, surtout lorsque l’on débute.
Le lancer peut rapidement devenir fatigant si on ne maîtrise pas un peu la technique. Alors, si votre canne n’est pas adaptée à votre style ou à votre morphologie, l’usage devient vite laborieux voire douloureux…
Vous n’allez pas utiliser la même canne pour pêcher en ruisseau et en réservoir ou pour pêcher les ombres à grande distance sur la Dordogne, il en sera de même pour la recherche du brochet : il faudra ajuster les caractéristiques de la canne (longueur, action, puissance) au contexte de la pêche.
Après avoir testé pas mal de cannes différentes en 9’#8-9 et 10, je suis arrivé à certaines réflexions pour conseiller mes amis et mes clients. Voici, point par point, quelques éléments pour bien choisir sa canne à mouche pour la pêche du brochet :
Pour les pêches en bateau et du bord, 9’ est la norme. C’est la taille idéale pour faire de la distance ou pour tout simplement avoir un angle parfait en strippant canne basse entre la soie et la pointe de la canne, pour assurer un bon ferrage.
Pour les pêches en float-tube, j’aime les modèles plus courts (jusqu’à 8’), mais il n’existe que très peu de références désormais. En attendant que des cannes spécifiques de qualité sortent, mes 9’ font très bien le travail !
Comme pour les autres pêches à la mouche, nous avons le choix entre cannes rapides (ou fast) ou plus progressives (de type moderate fast). Pour choisir, faudra prendre en considération :
Je préconise ce genre de cannes pour toutes les pêches en profondeur avec des soies plongeantes : le point dur du blank étant rapidement atteint à la traction, elles vous permettent un ferrage plus puissant et vous aident à rentrer le fer. Pour pêcher rapidement en surface avec des streamers petits à moyens en mode power fishing, ce genre de cannes est aussi pratique pour une autre raison : elle vous permet d’arracher la soie de l’eau plus vite et de relancer instantanément ! Ce type d’action est idéal/parfait pour pêcher les chasses (attention, plus la taille du streamer augmente, plus il sera compliqué de le faire).
De fait, les cannes fast se chargent rapidement, surtout si vous utilisez une soie de type shooting, à tête courte. On entre tout de suite en pêche et c’est assez grisant. Si vous maîtrisez la double traction, vos streamers partiront comme des balles vers l’endroit voulu.
Petit bémol : il peut être fatigant de pêcher toute une journée avec ce genre de canne qui demande une gestuelle presque parfaitement réglée et beaucoup de mouvements de corps.
Ces cannes, se chargent plus en profondeur (elles plient sur une plus grande longueur de blank que les précédentes) et un peu moins vite que les cannes fast.
Un pêcheur débutant aura de meilleures sensations avec elles. Il pourra ainsi travailler sa gestuelle et mieux intégrer le phénomène « soie qui charge la canne – canne qui se détend et propulse » car c’est là tout le secret lorsque l’on veut/quand on souhaite lancer des streamers volumineux à bonne distance.
Lorsque l’on pêche le brochet à la mouche, on n’effectue que peu de faux lancers une fois la distance réglée et la soie sortie. Que vous soyez du bord, en float tube ou en bateau, il ne vous faut en moyenne que 3-4 faux lancers pour ressortir vos 20m de soies si vous utilisez une soie parfaitement adaptée avec une tête très courte (moins de 10m).
Globalement, ces cannes sont parfaites pour l’utilisation de très grosses mouches (dont l’inertie en l’air est importante) et sont aussi beaucoup moins fatigantes que les modèles fast à niveau de gamme égal.
En règle générale, on pêche le brochet avec des cannes en soie de 8 à 10. Le choix de la puissance va se faire sur 3 critères principaux :
Si vous avez besoin de maîtrise et de puissance pendant le combat, que vous pêchez des milieux très encombrés et que vous avez besoin de brider votre poisson, une canne autoritaire de #10 est mieux adaptée. Il en est de même si vous pêchez avec de gros tube flies, de lourds streamers de plus de 25cm, la plupart du temps articulés ou équipés d’appendices caudales de type jumbo wiggle tails ou dragon tails. Il vous faut dans ce cas/en effet une canne capable de « tenir » votre streamer en l’air pendant le lancer et de le propulser, ce qui nécessite de la puissance.
Si à l’inverse, vous pêchez des zones plutôt « propres », des poissons de taille modeste (entre 50 et 75 cm) et que, dans votre biotope, les brochets se nourrissent d’ablettes, de perches et de gardons, vous pouvez largement vous amuser à les pêcher avec une soie de 8. L’avantage que procure la canne en #8 est la possibilité de l’utiliser en réservoir, en mer, pour viser du mulet ou du bar, de la perche ou du sandre. Dans ce cas-là, mon choix s’oriente clairement vers une canne fast, les streamers étant plus petits, j’aime son côté shooteuse.
Au total, il faut garder à l’esprit que si votre ensemble est relativement peu puissant, il sera plus léger et agréable à utiliser.
La fameuse 9’#9
La 9’ 9 est la puissance la plus répandue chez les pêcheurs de brochets. En effet, avec une #9 on peut tout aussi bien pêcher avec de petites mouches, prendre plaisir avec des petits poissons et brider une big mama si la puissance réelle de la canne le permet. En cas de pêche dans le vent, les lancers seront plus aisés avec une #9.
Au niveau du montage, en dehors du type d’anneau qui autorise ou non l’utilisation potentielle de votre canne en eaux salées, c’est l’adéquation entre diamètre de la poignée et des dimensions de votre main qui importe. Cela peut paraitre anodin, mais avoir une canne qui tient parfaitement dans sa main est primordiale : une main trop petite pour une poignée trop grosse et c’est la crispation assurée et une tendinite à suivre. Pensez à vérifier l’épaisseur de la poignée dans les mesures Truites & Cie.
Dernier point abordé, mais tout de même important/non le moindre : le prix. Ce critère va peut-être, malheureusement, vous faire choisir le mauvais modèle, surtout sur les modèles d’entrée de gamme. Il faudra se méfier des cannes pas chères de 9’#9 ou des ensembles complets. Bien souvent la soie ne sera pas adaptée pour des grosses mouches ou la canne ne sera pas assez puissante pour du brochet !
"J'ai commencé à m'intéresser à la pêche du brochet à la mouche au début des années 2000.
J'étais alors moniteur-guide dans le département de l'Eure et je dois avouer qu'il était compliqué de bien s'équiper pour la recherche de ce poisson.
Lorsque je suis arrivé chez Eeasyfly en 2010, la première chose que j'ai mise en place est la création d'une véritable gamme brochet. On peut dire que nous étions alors précurseurs en France.
Je suis parti ensuite guider en Irlande de 2014 à 2018 chez mon ami Jean-Philippe Carnet lorsqu'il a créé son camp dénommé Pêche Irlande Connemara. Une aventure incroyable. J'y ai appris énormément et j'ai pu réellement vivre aux côtés des brochets quotidiennement, étudier leur comportement et réfléchir à ma façon de les pêcher. Le seul problème, c'est que là-bas il n'y avait pas grand chose disponible pour le montage des streamers (c'était pareil en France d'ailleurs).
Alors lorsque je suis revenu dans notre beau pays et que j'ai repris à mon compte le site Easyfly (que je viens de changer pour as-de-peche.fr) mon objectif était de proposer aux pêcheurs une véritable gamme complète de fibres et matériaux naturels pour le montage des streamers à brochet afin de ne plus être obligé de commander à l'étranger. Je pense pouvoir dire aujourd'hui que le pari est gagné !"
Une fois n'est pas coutume, ce sont des cannes leurre qui sont à l'honneur dans notre duel du mois ! Nous comparons aujourd'hui 2 séries sorties en 2021 aux prix proches : les Delacoste Loxus PN et les Shimano Trout Native.
La série Loxus PN fait appel au carbone TORAY 30T pour son blank mat. Il est orné d'anneaux SeaGuide de type micro-guide, fixés par des ligatures noires à liserés argents. Les cannes sont équipées d’une poignée liège en 2 parties et d’un porte moulinet avec insert bois. Elles possèdent un accroche-leurre et des points d'alignement des brins. Nous avons étudié les 4 modèles suivants :
Ces cannes 2 brins sont vendues dans une housse tissu.
Cette série Shimano arbore une parure vert forêt et des anneaux Fuji Alconite fixés par des ligatures vertes à liserés dorés. La poignée plein liège possède un porte-moulinet ergonomique Seaguide XVS gun métal. On retrouve un accroche-leurre décalé sur le côté et un alignement des brins facilité par la présence de la référence de la canne au niveau de l'emmanchement spigot. La gamme comprend 9 modèles répartis en 5 longueurs différentes. Nous présenterons les suivants :
Ces cannes 2 brins sont vendues dans une housse tissu.
Les puissances réelles des cannes de ce test ont été évaluées par la mesure de l'Effective Rod Number (ERN). Se référer à notre protocole pour en savoir plus à ce sujet. A ce propos, la logique est globalement respectée, l'ERN est corrélé à la plage de puissance annoncée. Exceptions à la règle, les 2 cannes Delacoste annoncées comme extra-fast en matière d'action, à savoir :
Au niveau des actions caractérisées par l'Action Angle (AA), la série Delacoste est parfaitement homogène (contrairement à ce qu'avancent les données catalogue) : les AA sont tous de 75°, les actions sont donc (très) fast. Les actions des Shimano Trout Native sont plus éclectiques : la plupart des références sont fast (AA entre 68 et 70°) sauf la 8', malgré qu'elle soit annoncée comme telle : avec son angle à 66°, c'est la seule canne d'action moderate fast de ce test.
L'élément majeur qui distingue ces 2 séries se situe au niveau de la poignée liège : celle des Delacoste est en 2 parties alors que celle des Trout Native est d'un seul tenant.
Ces cannes possèdent le même niveau de finition avec la présence concomitante d'un accroche-leurre et de repères d'alignement des brins.
Comme à notre habitude, nous ne discuterons pas le look des différents modèles, ce critère étant totalement subjectif. Les photos parlent d'elles-mêmes et chacun se fera un avis selon sa propre sensibilité. De même, nous ne débattrons pas des détails de finition, tant les pratiquants accordent des importances très variables à chacun d'eux (d'ailleurs les niveaux sont proches pour ces 2 gammes).
Attardons-nous plutôt sur les chiffres obtenus car les discordances sont nombreuses entre les données fournisseurs et nos mesures :
Dans le cas des Delacoste, le fabricant annonce plusieurs types d'action alors que les différences entre les modèles ne se situent qu'au niveau de la puissance réelle ! Les Loxus PN 200 et 220 annoncées comme "extra fast" sont en fait simplement très sous-estimées niveau puissance... mais en aucun cas elles ne sont plus rapides que les autres : toutes les actions des Delacoste sont strictement identiques (de type ultra-fast).
Cette caractéristique est à considérer à l'achat : les applications privilégiées de la gamme Loxus sont celles des cannes rapides, à savoir toutes les pêches à gratter, les pêches d'animation précises (leurre souple, jerkbait) ou les prospections lointaines et/ou profondes (en lac d'altitude par exemple). Le choix entre les 4 cannes dépendra de la distance de pêche et du poids des leurres utilisés, sachant que chacun de ces modèles sera plus à l'aise pour propulser les poids situés dans le haut des fourchettes de puissance annoncées.
Globalement, cette série ravira les adeptes des cannes leurre très sèches et autoritaires (on pourra "tempérer" ce caractère en utilisant du nylon qui apportera plus d'élasticité que de la tresse).
De son côté, la série Shimano Trout Native présente un caractère moins trempé en matière d'action : ses modèles restent rapides mais possèdent des AA inférieurs de plus de 5° à ceux des Delacoste et situés autour de 70°. Seule la plus puissante de la gamme (8' puissance 5 - 25 gr) est d'action moderate fast (contrairement à ce qui est annoncé par le fabricant).
Leur champ d'application sera donc un peu plus large (pêche en linéaire, cranking...etc) : pour ce qui est du choix du modèle au sein de la gamme, il dépendra, comme dans le cas des Delacoste, de la distance de pêche moyenne et du poids des leurres à propulser.
Bon choix !
Bien choisir sa canne truite aux leurres
Le site de Marc Delacoste :
Les cannes Shimano en ligne :

Intro par Jérôme Savril-Maillard, texte par le Fly Casting Lab (Laurent Keiff, Eric Arbogast et Jérôme Savril-Maillard)
Il avait passé l’après-midi dessus. Le plus dur n’était pas de la faire prendre, il fallait juste l’atteindre. Faire dériver proprement un petit parachute bien classique suffirait. Mais il manquait bien deux mètres, un dans le meilleur des cas, pour atteindre ce gobage microscopique le long de la bordure, qui se produisait systématiquement derrière une petite veine de courant, dans une petite retourne.
C’était pourtant un moucheur expérimenté. Mais il n’y avait pas suffisamment de place à cet endroit pour effectuer un lancer arrière suffisamment long qui lui permettrait d’expédier sa mouche sèche dans la veine où gobait si discrètement ce poisson. Il avait essayé, en changeant d’angle, en revers… mais ses tentatives s’étaient soldées par la perte de cinq mouches dans les arbres.
Après plusieurs heures de lutte, c’est l’épaule vidée de toute substance qu’il avait laissé le poste, sous le regard compatissant des copains qui connaissaient bien ces poissons quasi-inatteignables...
Cela faisait quelques années que je m’étais enthousiasmé pour les lancers « spey », que je réalisais avec ma 9’#5, faute d’avoir une canne à deux mains. A l’origine, c’était parce que c’était nouveau pour moi, et que je trouvais ça incroyablement stylé et fun. J’ai donc pratiqué et expérimenté, essentiellement par amour du lancer.
Mais dans cette configuration encombrée, le spey s’est révélé être beaucoup plus qu’une fantaisie de lanceur. Car après seulement quelques ajustements et un peu d’application, c’est à l’aide d’un lancer spey que j’ai pu déposer ma mouche en amont du gobage, et faire monter ce poisson. Là où les faux lancers classiques avaient échoué.
Cette configuration s’est répétée plusieurs fois cette saison, et j’ai fini par me rendre compte que le potentiel du spey à une main pour la pêche de la truite et de l’ombre sur nos rivières, en sèche comme en nymphe, était bien plus grand que ce que j’avais pensé: cette technique de lancer permettait d’atteindre des poissons que l’on ne pouvait pas atteindre avec les faux lancers classiques, pour cause de recul insuffisant, ni avec les roulés académiques, plus limités en distance. Tout comme, à son époque, l’apparition de la double traction a permis de gagner de précieux mètres que l’on n’aurait pas gagné autrement.
Il va sans dire que mon partenaire s’est mis très vite au spey. Il ne faut pas très longtemps à un lanceur compétent, et désormais avide, pour maîtriser les bases de cette famille de lancers. Et, bien entendu, ces nouveaux outils furent rapidement mis à profit dans les semaines qui suivirent, étendant le registre des configurations pêchables.
C’est cette histoire qui a déclenché cet article, car c’est vraiment la technique de lancer qui a été la solution dans cette situation. Et bien que fréquemment utilisé en noyée (sachant également que la noyée est assez peu utilisée en France), le spey est pratiqué de manière plus confidentielle en sèche et en nymphe sur nos rivières françaises.
Cet article introductif est le début d’une série d’articles sur l’utilisation du spey à une main, et plus généralement de l’utilisation des lancers ancrés (dont font partie les speys), dans nos pratiques de pêche. Au-delà de l’aspect purement casting, nous espérons que le lecteur trouvera dans ces articles des clés, des réflexions, aussi bien sur la technique que le matériel, qui lui permettront d’élargir l’horizon de sa pratique de la pêche à la mouche.
Vous trouverez ci-dessous une illustration vidéo accompagnant l’article, pour expliquer les notions à l’aide d’exemples plus dynamiques, à voir avant et après la lecture de l’article :
Commençons par un exercice de définition: qu’entend-on par « spey à une main » ?
Le “spey à une main” est un cas particulier de ce qu’on peut appeler en général les lancers ancrés, ou waterborne cast en anglais. On les différencie des lancers aériens (airborne cast en anglais), basés sur les faux lancers que nous pratiquons tous. En réalité, la plupart des présentations en français du lancer à la mouche décrivent le lancer aérien et le roulé comme les deux formes fondamentales de lancer, et c’est parfaitement exact si par “roulé” on veut dire “lancer ancré”. De manière synthétique :
un lancer aérien consiste à lancer vers l’avant (vers l’arrière) la masse de la soie qu’on a tendu dans l’air en arrière (en avant), sans qu’elle ne touche le sol ; on a donc une succession de lancer arrière - lancer avant, que tout le monde connaît sous le nom des faux lancers ;
un lancer ancré (le plus connu est le roulé) est basé sur l’ancre et la D-loop : la pointe de la soie (et le bas de ligne) est posée sur l’eau pour créer une ancre, et la soie en l’air entre la pointe de la canne et l’ancre constitue la D-loop (ou boucle en D); c’est la masse de la D-loop que l’on va lancer vers l’avant; les lancers ancrés ne comprennent qu’un seul lancer à proprement parler; un lancer ancré est donc toujours composé d’une phase préparatoire (positionnement de l’ancre et formation de la D-loop à l’aide d’un mouvement vers l’arrière), suivie d’un envoi (lancer avant, delivery en anglais).
On peut voir le spey comme une évolution, une extension de ce bon vieux roulé que nous avons tous eu l’occasion de pratiquer au moins une fois. De ce fait, la frontière entre spey et roulé est parfois floue. Nous nous appuierons sur des définitions couramment employées dans des méthodes d’enseignement du spey, et qui feront la différence entre le spey et ce que l’on appellera le roulé académique. Chacun pourra replacer sa propre expérience et ses propres définitions dans ce cadre, notre but étant avant tout d’amener les éléments qui nous paraissent intéressants dans ce que nous définissons comme le spey à une main.
Les trois éléments fondamentaux que nous offrent le spey sont :
formation d'une D-loop qui s’étend sur l’arrière pour avoir un maximum de masse à propulser sur l’avant et donc un lancer plus efficace,
formation d'une D-loop dynamique opposée à la direction du lancer pour exploiter l’élasticité de la canne,
placer son ancre où on le souhaite pour changer la direction de son lancer à volonté.
De manière simplifiée, on peut considérer que plus la D-loop s’étend vers l’arrière (comme sur la Figure 3), et plus on a de masse que l’on va pouvoir propulser (lancer) vers l’avant. Et plus on a de masse à lancer (dans la limite de ce qu’on est capable de lancer), plus le lancer est efficace (plus on va loin, plus on est précis, et plus on le fait facilement).
C’est très facile à expérimenter en prenant deux cas opposés : il est beaucoup plus difficile de lancer à une douzaine de mètres avec un roulé académique basé sur une D-loop qui ne va pas plus loin que la pointe de la canne (comme sur la Figure 2), qu’avec un faux lancer arrière complet avec toute la soie étendue en l’air en arrière (Figure 1).
Le spey permet d’explorer les possibilités entre ces deux extrêmes, en composant avec leurs avantages et inconvénients respectifs:
plus on a de place à l’arrière, et plus on peut allonger la D-loop sur l’arrière
plus l’endroit est encombré, et moins on peut allonger la D-loop (jusqu’au cas extrême du roulé académique avec la D-loop devant le pêcheur)
Former la D-loop implique de mettre la soie en mouvement, et de la positionner vers l’arrière avec un mouvement de “balayage”. Au moment du lancer avant, la D-loop “tire” vers l’arrière, offrant ainsi deux avantages:
le mouvement qui l’anime optimise la tension dans la soie juste avant le shoot, ce qui élimine les possibilités d’avoir du mou dans la soie (qui est un facteur pénalisant au lancer)
ce mouvement s’oppose à la direction du lancer, ce qui va donc augmenter la tension dans la soie (facteur favorable au lancer) et la contrainte qui va s’exercer sur la canne au moment du lancer, et ainsi mieux exploiter l’énergie élastique de la canne (qui peut apporter un petit bonus de confort au lancer)
Une contrainte importante des lancers ancrés est qu’on ne peut lancer que du côté intérieur de l’ancre, et pas à l’extérieur.
Expliquons-nous sur cette notion d’intérieur/extérieur.
Si on trace un axe qui part du lanceur et qui passe par l’ancre, il sépare la zone que l’on appelle l’intérieur de l’ancre, de la zone qu’on appelle l’extérieur de l’ancre. Par rapport à l’axe, l’extérieur se trouve du côté du bras qui tient la canne, et l’intérieur se trouve de l’autre côté (note: si on fait du revers, c’est comme si on changeait de bras).
Si je lance vers l’extérieur de l’ancre, la pointe de la soie va croiser le trajet de la canne ou de la soie, entraînée vers le haut par la partie “propulseur”, ce qui va immanquablement provoquer des emmêlements (voire planter une mouche dans le pêcheur dans le pire des cas). Si je lance à l’intérieur, la pointe ne croise pas la canne sur son trajet et la soie peut se dérouler tranquillement.
Les lancers spey sont basés sur un placement aérien de l’ancre, qui permet de la déposer là où on souhaite, pour pouvoir toujours lancer à l’intérieur de l’ancre. Notez que les fameux Single Spey, Double Spey, Snap T et autre Snake Roll sont avant tout des manières de déposer l’ancre où on le souhaite (en fonction du vent et du courant). Ces lancers seront décrits dans un prochain article.
A l’extrême, le lancer roulé académique qui consiste à faire glisser la soie sur l’eau vers le pêcheur limite grandement les possibilités de positionner l’ancre ailleurs que devant le pêcheur. Dans ce cas, il sera difficile de relancer ailleurs que dans l’axe du lancer précédent.
Les lancers spey, eux, autorisent de relancer à 90° (voire plus) de l’axe de la soie à l’arraché.
Le spey est un lancer très efficace, très agréable à réaliser, qui permet de lancer confortablement à des distances intéressantes (entre 15 et 20m avec de la pratique), inférieures à ce qu’on peut faire avec des faux lancers, mais supérieures aux performances d’un roulé académique, devant soi. Il offre la possibilité de relancer en changeant d’angle à volonté, comme relancer en travers du courant une soie qui était plein aval en fin de dérive.
On comprend donc rapidement son immense intérêt sur les rivières ou la ripisylve est un critère que le pêcheur doit prendre en compte. Les poissons, eux, ont bien compris qu’ils étaient plus tranquilles dans les secteurs où ils voyaient très rarement des mouches. Avec le spey, ils pourraient bien voir la vôtre plus souvent.
Au-delà de la solution technique qui nous permettra de prendre des poissons auparavant inaccessibles, le spey à une main est vraiment un lancer différent des faux lancers auxquels nous sommes habitués. Le rythme et la gestuelle ne sont pas un héritage direct des faux lancers: il faut reprendre des bases, sortir de ses habitudes, repenser sa façon de lancer, pour évoluer. Ce renouveau, vous pourrez l’aborder avec votre ensemble habituel, dès la prochaine fois que vous aurez votre canne à mouche en mains. N’hésitez pas à utiliser une soie plus lourde d’un numéro ou deux sur votre canne pour vous exercer et trouver des sensations. Par la suite, l’emploi d’une soie adaptée vous ouvrira, toujours avec la même canne, des horizons insoupçonnés.
Le spey à une main n’est pas une révolution en soi, cette technique n’est pas nouvelle dans le monde de la pêche à la mouche. Mais elle peut être une vraie révélation pour ceux qui la découvrent avec leurs ensembles “rivière” classiques, notamment pour pêcher en sèche et en nymphe. Méconnue car traitée de manière trop confidentielle en France dans les médias, elle a un potentiel énorme pour renouveler notre approche du lancer mouche, de la pêche à la mouche, et ce, de nos rivières à truites et ombres jusqu’aux lacs et réservoirs, en passant par la pêche en mer sur nos côtes.
Les prochains articles développeront successivement les points spécifiques liés que nous ne pouvions traiter dans cet article, par souci de brièveté du propos. L’heure est venue de s’approprier le sujet.
Laurent Keiff du Fly Casting Lab
Quiconque a déjà fait un parcours sur une rivière courant entre les arbres sait qu’il y a des moments où les faux lancers ne sont d’aucun secours. Un copain me guidait sur une petite rivière de terroir. Deux cents mètres peut-être, sinuant entre les saules, les aubépines, les noisetiers, avec de grands arbres surplombants. Il y avait un peu d’activité. De ravissantes petites farios gobaient discrètement sous les frondaisons. Dans l’eau jusqu’à mi-cuisses, face à l’éclaboussure régulière à ras de la berge d’en face, je peinais à faire un roulé correct. Déjà parce que le roulé m’avait toujours semblé être courtaud et maladroit à côté des délices de la soie en l’air, si bien que, jusque-là, je l’avais plutôt négligé. Mais aussi parce que le courant, venant de ma droite, ramenait vers moi l’ancre de mon roulé. Très vite, elle était très mal placée pour produire un lancer propre. Mon ami, natif de ces rivières, produisait avec une belle régularité de longs roulés qui faisaient mouche sur les gobages. Je ne savais pas trop à quoi tenait l’efficacité du geste, mais la leçon du jour était claire : j’allais devoir prendre le roulé très au sérieux, désormais.
Bien plus tard, je réaliserais que ce geste si efficace n’était pas vraiment un roulé, mais plutôt un Snap T. La clef, dans cette affaire, c’était l’enchaînement fluide de la séquence complète. La mise en mouvement de la ligne aval, son replacement amont d’un coup de fouet délicat, suivi d’un arc au tempo délibéré, tendant la soie en un beau ventre arrière, fin prête pour l’envoi final. Boucle fine, posé en douceur juste au-dessus de cette branche sous laquelle la truite gobait.
Dérive, dérive, éclaboussure, ferrage...
Une douzaine de fois, cet après-midi lointain, le copain avait enfoncé le clou en allant chercher ces gobages qui me semblaient à la fois si proches et si désespérément hors de portée.
Des années plus tard, je devais retrouver une configuration étrangement similaire dans les Ardennes, avec des chevesnes joueurs sous les branches de la berge d’en face, dans la tiédeur d’un après-midi d’été. Mais cette fois, j’étais prêt. Et il faut dire que mes boucles filant droit vers les gobages avaient un léger parfum de revanche…
Les leçons de cette histoire : (1) on manque souvent de place pour faire voler sa soie, et c’est pourquoi on a besoin de faire des roulés ; (2) mais on a aussi besoin de distance ; (3) et il nous faut un moyen de préparer le lancer, de façon à tenir compte des paramètres d’environnement : les obstacles, le vent et le courant. Le spey, c’est le nom collectif des techniques qui permettent de répondre à ces attentes.
Après le succès commercial très mérité obtenu par les premiers modèles de cannes Angefly Stratège (présentés dans nos colonnes ici), Jean-Benoît Angely complète sa gamme avec une canne à nymphe de puissance supérieure : une 11' #3/4. En voici les caractéristiques techniques :
Cette série Stratège possède un look épuré et des composants qui tendent à minimiser le poids : le blank de couleur gris carbone est brut, sans revêtement, et orné d'anneaux monopattes Recoil aux ligatures gris ardoises. A l'instar des Vision XO, la résine de ces blanks Stratège inclut du graphène. Les liserés bleus et rouges couplés aux écritures blanches du premier brin rappellent le drapeau tricolore, clin d'oeil à l'équipe de France de pêche à la mouche. La poignée liège première qualité surmonte un porte moulinet (PM) up-locking gun métal avec insert carbone. Cette 11' possède un fin talon de combat en liège. Côté finition, on retrouve un accroche-mouche, des points d'alignement des brins et des ligatures de mesure des poissons (de 20 à 50cm avec une graduation tous les 10cm). Cette canne 4 brins est vendue dans un tube cordura compartimenté.
Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance, l'action et la réactivité de cette canne :
En ce qui concerne la puissance, 33 cents ont été nécessaires pour plier cette 11' sur un tiers de sa longueur. Après conversion, cela donne un ERN à 3.86 et donc une puissance réelle conforme à la puissance annoncée #3/4.
Au niveau de l'action, cette canne s'inscrit dans la lignée des autres Stratèges : l'AA est de 70°, son action rentre donc dans la catégorie fast.
La réactivité de cette 11' à 75 cpm est proche de celle des autres références du marché de même longueur/puissance.
Le montage est identique à celui des autres références de la gamme Stratège dont nous avons déjà souligné la cohérence : le premier anneau est situé à une distance idéale de la poignée (32 cm) pour éviter la formation d'un ventre dans la soie lorsqu'on pêche en nymphe canne haute. Le porte moulinet à vissage vers le haut favorise l'utilisation du moulinet semi-automatique lorsque la longueur de poignée est supérieure à 170 mm comme c'est le cas ici.
La poignée possède des dimensions tout à fait standard (25 mm d'épaisseur x 175 mm de long), elle n'est ni très fine, ni très épaisse.
Le confort de pêche est bon (évidemment, le parti pris d'utiliser un porte moulinet up-locking ne permet pas l'obtention de chiffres record en la matière) : son PTE reste en dessous des 300 gr, notamment grâce à un poids mesuré de seulement 83 gr.
Enfin, niveau finition, on retrouve à la fois un accroche-mouche et des points d'alignement des brins.
L'avis Jean-Benoît Angely, concepteur des Angefly Stratège, Champion d’Europe par équipe 2017, vice champion du monde par équipe 2016, 3ème au championnat d’Europe en individuel en 2018, Champion de France Rivière en 2015 et 2019, Champion de France réservoir en 2017, Champion du monde par équipe en 2019 :
"La 11’ #3/4 est la dernière sortie de la série Stratège : un peu plus puissante que la 11’ #2/3, elle répondra aux attentes de pêcheurs pratiquant la nymphe en grande rivière et touchant régulièrement de beaux poissons de 40 et plus ! En effet, le blank offre une réserve de puissance supplémentaire tout en gardant le même angle d’action que les autres cannes de la gamme !
Personnellement, je l’utilise avec tous types de nymphes (de 2.5 à 3.8mm), mon critère de choix entre cette #3/4 et la #2/3 se faisant plus sur le diamètre de fil utilisé en pointe :
La 11’ #2/3 est adaptée pour les pêches fines (de 8 à 12/100), même sur un gros poisson la canne va plier sans rompre le fil !
La 11’ #3/4 quant à elle est à mon sens efficace dès qu’il va falloir pêcher un peu mois fin (de 11 à 16/100). En effet, sa réserve de puissance supplémentaire permettra de fatiguer plus rapidement les poissons de belle taille !
Lors du dernier championnat du monde en Finlande (août 2021) j’ai utilisé principalement cette canne. La puissance des rivières et la densité des poissons nécessitaient l’utilisation d’une canne puissante. Il fallait fatiguer les poissons souvent ferrés en aval, leur faire remonter le courant et les épuiser rapidement ! L’absence de point dur et l’action permettaient d’amener les poissons à l’épuisette sans avoir besoin de dévaler tout en minimisant le risque de décrochage ou de casse.
Depuis que les cannes Stratèges sont sorties, beaucoup de pêcheurs osent passer le cap de l’utilisation d’une longue canne (10’6 et 11’) alors que les cannes de 11’ étaient jusqu’ici peu utilisées pour plusieurs raisons :
Les cannes Stratège ont pu résoudre ces problèmes grâce à l’utilisation des résines graphène ! On obtient des cannes plus légères (cette 11’ est plus légère que la plupart des 10’ du commerce !) et surtout avec une réactivité inégalable, la canne se remet vite en place après le lancer, ce qui permet de gagner en précision et en confort de pêche. La Stratège 11’ semble rapide à l’utilisation mais se courbe rapidement en tension, ce qui évite bien entendu la casse au ferrage et permet l’utilisation de fils fins !"
Cette nouvelle Stratège s'inscrit dans la lignée des précédentes avec une puissance réelle conforme à celle annoncée, une action rapide et un montage idéal pour la pratique de la nymphe au fil.
Avec sa longueur de 11', elle se destine majoritairement aux cours d'eau moyens à larges. Sa puissance réelle #3/4 la rend particulièrement polyvalente tant au niveau du poids des nymphes utilisées que de la taille des poissons capturables (voir le commentaire technique de Jean-Benoît à ce propos). Son surplus de puissance par rapport à sa petite soeur 11' #2/3 la destine évidemment au compétiteur qui se frotte régulièrement à des poissons autour de 40 cm mais également au pêcheur loisir, souvent peu enclin à utiliser des cannes de puissances inférieures à #3 qu'il juge "trop molle".
Pour la petite histoire, nous avons pu tester cette Stratège 11' #3/4 en sèche avec une soie de 3 et elle s'en est tirée très honorablement. Evidemment, ce n'est pas sa vocation première, mais si votre pratique est de type 80% nymphe au fil/20% sèche et que vous n'aimez pas vous encombrer de 2 cannes, elle fera parfaitement le job !
A l'instar du reste de la gamme, le niveau technique est excellent compte tenu du prix (490 euros), d'autant que ces cannes sont garantie à vie (remplacement gratuit d'un brin défectueux la première année puis forfait à 70 euros).
Le protocole de test des cannes à mouche
Comment choisir sa canne à nymphe
Les cannes Stratège en ligne sur Angefly :

Alors que l'été vient de toucher à sa fin, le soulagement se fait ressentir dans l'esprit de bon nombre de pratiquants. La plupart des régions françaises abonnées aux tensions hydriques ont été non seulement épargnées des désormais classiques vagues de chaleur, en plus d'avoir été copieusement arrosées dans une atmosphère durablement fraîche... on n'en demandait (presque) pas tant !
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