Nymphe au toc : le choix de la nymphe

nymphe toc

En matière de pêche en nymphe au toc, les sources d’interrogations des pêcheurs habitués à pratiquer aux appâts naturels sont multiples. Outre les - nombreuses - questions relatives au montage de la ligne ou à l’acte de pêche lui-même, les problématiques sur les choix de nymphes reviennent en permanence sur la table. Les points clés ne sont à mon sens pas vraiment là où les pêcheurs ont instinctivement envie de les situer. Voici un petit tour d’horizon des aspects qui doivent à mon avis être considérés pour construire une boite de nymphes optimale.

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C’est un fait, en 2021, les pêcheurs en dérive n’ont plus peur de remplacer leurs appâts naturels fétiches par des nymphes artificielles, et les rangs de ceux qui doutent encore de l’efficacité régulièrement supérieure des nymphes sur les appâts se réduisent peu à peu. Pour autant, comme dans toute chose nouvelle, il est intéressant de noter que des pêcheurs adoptent des idées qui paraissent instinctives au premier abord, mais qui peuvent s’avérer contre-productives en pratique.

Parmi ces points, la dimension imitative, le sens de présentation de la nymphe dans l’eau (sic) ou encore la dimension mystique autour de l’efficacité de certains modèles de nymphes sont autant de points sur lesquels il convient à mon sens de revenir à un peu de lucidité. Voici donc un tour d’horizon pour bien démarrer la saison de pêche à venir !

Les hameçons

Bien qu’il ne s’agisse pas de la nymphe à proprement parler, l’hameçon constitue le premier choix à faire pour construire (ou choisir) un modèle. Son rôle sera de supporter le corps de l’imitation par une forme et une longueur de hampe donnée, mais également de favoriser la tenue du poisson et sa mise à l’épuisette en limitant au maximum les taux de décrochages en cours de combat.

Concernant la forme, nous pouvons dans les grandes lignes en isoler trois communément utilisées :

Les hameçons droits : ils permettent la plupart des montages standard, en offrant une place relativement limitée sur la hampe pour les modèles qui offrent un bon ratio taille/ouverture.

Les hameçons caddis : la hampe est ici recourbée. Ils permettent de donner à l’imitation une forme elle-même courbée, qui peut correspondre dans les grandes lignes à la forme de certains invertébrés aquatiques.

Les hameçons droits jig : avec les mêmes propriétés que les hameçons droits, ils permettent à taille identique d’utiliser une plus grande longueur de hampe pour les montages dans lesquels le revêtement du corps est important, pour des raisons de signal ou de texture.

Dans mon utilisation, je privilégie l’emploi d’hameçons droits classiques pour le dressage de perdigones, dont le volume du corps se doit d’être peu important. Il s’agit de nymphes à silhouettes fines, que j’utilise principalement en tailles 14 à 18 et qui se doivent de percer facilement les couches d’eau. Le fait de minimiser la part du corps m’aide ici à obtenir au maximum l’effet mécanique recherché. En revanche, pour tous les corps texturés (nymphes ébouriffées, pheasant tails, combinaisons corps/thorax/tag, etc…), l’utilisation d’hameçons jigs permet une plus grande longueur de corps, dans laquelle chaque matériau trouve sa place. En ce qui concerne les hameçons caddis, j’en utilise pour quelques modèles particuliers sur lesquels je veux maximiser la portance de corps en dubbing raides, mais c’est une forme qui reste à la marge dans mes boites.

Dans tous les cas, deux aspects devront avant toute autre chose retenir votre attention dans le choix d’un hameçon : l’ouverture doit être importante afin de pénétrer de manière profonde, et la pointe de forme très légèrement rentrante devra être longue pour assurer l’ancrage pendant le combat. Ces deux points permettent de déchirer le moins possible les chairs sous l’effet de la pression pendant le combat, pour mener celui-ci à terme de manière heureuse.

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Le « sens » de présentation

De nombreuses théories sont évoquées par les pêcheurs, indifféremment pratiquant au fil ou au toc, sur le sens de présentation de la nymphe, qui serait conditionné par la forme de l’hameçon et l’angle du point d’attache (droit Vs jig). Ainsi, les jigs favoriseraient une présentation pointe vers le haut, qui elle-même impliquerait une limitation significative du nombre d’accrochages.

En pratique, ce concept fonctionne parfaitement dans les livres, mais beaucoup moins dans la réalité subaquatique. Les nymphes sont véhiculées dans les turbulences du fond, au sein desquelles la rugosité implique des trajectoires de courants diverses, autant sur un plan vertical qu’horizontal. Il n’y a donc aucunement un sens de passage théorique de la nymphe, mais bien des angles variés en fonction des typologies de courants, de la portance du corps de la nymphe, de celle du bas de ligne, ou encore de l’angle de la ligne à un instant T au cours de la dérive.

Aussi, il est de mon point de vue strictement inutile de se torturer pour savoir, par exemple, de quel côté un sac alaire doit être posé, ou si un jig pêche la pointe en haut. A ce titre, les considérations relatives à l’hameçon jig évoquées plus haut représentent sans doute le summum de l’approximation chez des pêcheurs. L’idée de la pointe en haut qui limiterait les accrochages alors que ceux-ci sont dans leur écrasante majorité provoqués par un blocage des nymphes (ou des plombs en ce qui concerne la pêche aux appâts naturels) entre les galets est dénuée de tout sens. De la même manière, cette figuration mentale de la pointe en haut refrène l’utilisation de cette forme d’hameçon en potence. Là encore, les dizaines de milliers de poissons capturés chaque année sur des potences armées d’hameçons de forme jig ne laissent planer aucun doute : nul besoin d’introduire dans notre réflexion des considérations inutiles, alors qu’il existe tout un tas de réels sujets importants sur lesquels il est capital de recentrer nos réflexions pour gagner en efficacité canne en main.

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La diversité

Dès lors que l’on s’ouvre à l’infinité des possibilités qu’offrent le montage de nymphes, ou à la profusion de l’offre aujourd’hui disponible, l’envie peut être forte de partir dans tous les sens, et de se suréquiper pour palier tout manque potentiel. En pratique, il n’y a pas de nymphes miraculeuses, mais des imitations qui doivent être considérées comme des outils. Aussi, il est surtout pertinent de disposer des signaux dont on sait qu’ils pourront être efficaces, et de privilégier des séries, avec des déclinaisons de tailles et de poids qui offriront la possibilité de pêcher de manière juste dans toutes les veines de courant, et à toutes les saisons.

Lorsqu’on débute, en l’absence de pistes et de conseils, les trois principales couleurs de billes (or, argent et cuivre), déclinées avec et sans tags, constituent une base solide. Ensuite, les notions de revêtements entrent en jeu en fonction de saisons. C’est le premier pas vers une démarche d’affinage de ses sélections.

Ensuite, et uniquement dans un second temps, chaque modèle basique pourra être remplacé pour un modèle dont on s’apercevra qu’il apporte une plus-value notable. Par exemple, une simple pheasant tail sans tag et à bille argent se verra remplacée par un autre modèle, également sans tag et à bille argent, mais dont un matériau spécifique entrant dans la composition du corps apporte une touche qui fait mieux réagir les poissons.

C’est en procédant de cette manière, en partant d’une base simple et en faisant monter sa sélection en puissance par jeux de remplacements (et éventuellement quelques ajouts) qu’une boite à nymphe

fonctionnelle se construit. Ces ajustements peuvent bien évidement s’effectuer par de multiples manières : tests en pêche, échanges avec d’autres pêcheurs, prise de conseils auprès de pratiquants plus expérimentés, etc…

Plus la démarche sera rationnelle, et plus l’efficacité de la boîte à nymphes ainsi construite sera importante. La plus grande erreur est de multiplier les séries courtes et disparates, qui ouvrent la porte à trop de doutes et injectent trop d’inconnues dans la pêche pour parvenir à comprendre et isoler les signaux efficaces.

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Terne, mais…

En se concentrant sur les truites en particulier, les tonalités ternes (gris, beige, olive, marron, noir,…) constituent une base incontournable. A cette base viennent s’ajouter les signaux de la bille, des tags (les Globrite n°7 et UTC Fire Orange sont des classiques hyper efficaces) et des matériaux brillants, principalement constitués par des tinsels. Pour ces derniers, les tonalités or et peacock font elles aussi partie des grands classiques.

L’intensité de signaux peut être gérée lors du montage. Par exemple, pour une bille de couleur donnée, l’intensité de la brillance peut partiellement être cassée par un tag noir, très utilisé sur les perdigones, et bien plus utile dans la démarche d’atténuation du signal que dans une hypothétique représentation d’un sac alaire parfaitement abstrait. De la même manière, un tag d’une couleur donnée peut être réalisé en écharpe derrière la bille, auquel cas il sera massif, ou au contraire de manière minimaliste à l’arrière de la nymphe, voire encore plus furtivement sur l’œillet de l’hameçon. Dans les trois cas, l’intensité obtenue est différente et ne répond pas aux mêmes contextes d’utilisations. Enfin, un tinsel peut être intégralement vernis pour former une perdigone, ou au contraire servir à cercler une nymphe ébouriffée dans laquelle on verra le signal brillant se diluer. Le signal est le même, mais son intensité est très différente.

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L’imitation : le piégeur piégé…

Voilà un point délicat. Il y a quelques années, la lecture d’une interview de Jean-Benoît Angely a suscité chez moi un agacement certain. Il y dénigrait (le mot est peut-être un peu fort, mais c’est ainsi que je l’ai ressenti à l’époque, le ton était toutefois courtois) la corporation des pêcheurs au toc en décrivant une démarche qui consiste à chercher à se procurer ou à réaliser des imitations réalistes, ou à minima censées représenter des invertébrés réellement présents dans la rivière. C’était selon lui (et ça l’est également selon moi !) une erreur monumentale. Je trouvais l’idée de mettre la majorité des pêcheurs en dérive dans le même panier un peu trop caricaturale. Aujourd’hui, avec une démocratisation encore plus grande de l’utilisation des nymphes par les pêcheurs au toc, je réalise que Jean-Benoît avait plutôt raison. Je ne sais pas s’il s’agit d’une majorité, mais je constate que la course aux imitations de porte-bois ou de patraques est belle et bien réelle chez un grand nombre de pêcheurs, sans qu’ils ne semblent se soucier du fait que ces imitations ne sont pas loin d’être les moins efficaces qui soient.

Une bonne nymphe, c’est une combinaison de signaux visuels (couleur, niveau de brillance, tags UV, taille et silhouette) et/ou vibratoires qui déclenchent des touches pour des raisons qui dépassent très amplement une simple duperie du poisson par ressemblance avec une proie connue. Toute recherche de réalisme entraîne automatiquement des choix de matériaux et de signaux qui répondent à la volonté d’imitation, en mettant de côté les vraies combinaisons de signaux déclencheurs qui constituent une bonne nymphe.

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Les tailles et silhouettes : match the hatch !

Pour ce qui concerne les tailles et les silhouettes, beaucoup de pêcheurs aux appâts ont du mal à accorder le crédit qu’elles méritent aux petites imitations et aux silhouettes fines.

L’utilisation d’hameçons de 10 et de silhouettes ébouriffées en début de saison ne pose de problème à personne, et tout le monde intègre parfaitement l’idée que le volume des nymphes doit être réduit au fur et à mesure que la saison avance, que les eaux se réchauffent et que les débits s’amoindrissent. En revanche, un cap psychologique qui se situerait autour des hameçons de 16 semble compliqué à franchir pour encore un bon nombre de pratiquants, et peu nombreux sont ceux qui utilisent des hameçons de 18 coiffés de billes de 2mm pour les pêches en dérive. Or à mon sens, il s’agit d’une des clés des pêches d’étiage sur des poissons un peu pénibles à prendre, y compris (et peut être surtout !) en grande rivière, et y compris dans des lames puissantes. Dans ce cas, le couple de nymphes utilisé sera dépareillé, la plus lourde assumant quasi dans son intégralité le rôle du lestage, en faisant pêcher la micro-imitation qui lui est associée. Il est acquis que les micro proies font partie intégrante du régime alimentaire des poissons, et s’il est un unique point sur lequel il est d’une importance capitale de faire correspondre les nymphes aux proies du moment, c’est bien le volume ! Aussi, il ne faut en aucun cas hésiter à descendre en taille, et bien garder à l’esprit qu’aussi petite que puisse être votre imitation, elle sera détectée (et peut-être prise !) sans la moindre la difficulté par les truites.

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En résumé

Pour démarrer cette nouvelle saison pleine de promesses, mes conseils se résument donc aux points suivants : soignez vos choix d’hameçons, c’est eux qui permettent l’aboutissement de vos captures, et perdre une part significative des prises - voire un gros poisson - en cours de route n’est agréable pour personne. Effectuez ces choix en fonction de caractéristiques mécaniques précises plutôt qu’en fonction de propriétés supposées qui relèvent du fantasme, et construisez vos boites sur des bases simples, avec des billes de couleurs classiques, des bases de corps ternes, et l’ajout de signaux efficaces. C’est sur ces bases là que l’on peut raisonner pour construire les logiques qui au fil du temps nous deviennent propres. De la même manière, évitez les imitations trop attrayantes visuellement pour préférer des vraies combinaisons de signaux efficaces. Enfin, n’hésitez pas à vous projeter dans la suite de la saison en prévoyant de petites imitations. Pour peu que vous ayez la foi de bien vouloir leur donner une chance en les nouant à votre bas de ligne, les truites vous le rendront au centuple !

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Retrouvez les activités de guidage de Matthieu : 

Matthieu

 

Ses articles nymphe au toc :

Les bases

LE MATÉRIEL

Le matériel (canne et moulinet)

La construction de la ligne

L'ACTION DE PÊCHE

La tenue de canne

La nymphe au toc en début de saison

1981 - 2021 : entre nostalgie et révolte

Pêche truite

Tout petit dejà les vieux me disaient que les truites avaient disparu ! “... si tu avais pu voir ce qu’il y avait il y a 10 ans !! ”

Sur tous les terroirs depuis 45 ans et plusieurs fois par saison, pour peu que je croise un type n’ayant que quelques années de plus que moi je dois me fader cette sentence ! Même si je suis un peu vacciné je dois avouer que ça m’impressionnait fort au début !!! Je m’inquiétais pour ces truites à propos desquelles je commençais à peine à percer les mystères. En resterait-il en l’an 2000 ??

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En me retournant sur plusieurs décennies de pratique intensive, que dois-je retenir ?

J’ai vu le climat, la Nature et nos rivières changer, évoluer... pas en bien.

J’ai vu les truites s’adapter, devenir de plus en plus difficiles à prendre.

J’ai vu les populations d’insectes s’étioler.

J’ai vu les pêcheurs changer surtout. Il sont devenus des spécialistes pour beaucoup.

Ironie du sort : leurs performances semblaient augmenter à mesure qu’ils semblaient perdre le lien avec l’essentiel, la mystique des traditions et de la Nature. Performants et déconnectés, triste constat.

J’ai vu évoluer la réglementation aussi.

Absence de quota à mes débuts et maille à 18cm (et beaucoup ne se gênaient pas pour les garder à 15 cm…). Je n’ai pas connu la pêche à l’épervier dont me parlait mon grand-père, ça c’était déjà obsolète à la fin des 60’s. En revanche la pêche à la main, en groupe l’été, faisait des ravages, c’était pas beau à voir ! Des “cordes” placées de nuit, 25 centièmes et hameçon de 8 avec un gros vers de terre ou un chabot - un cabillatttt (!) comme on dit chez moi - le tout bien arrimé à une racine, tel était le quotidien de nombreux riverains de l’époque. C’était la norme dans les contreforts de l’Ariège, mais je pense qu’il devait en être de même en Comminges, en Béarn, au Pays Basque, en Margeride, sur les Plateaux de l’Aubrac et partout où les truites prospéraient, dans chaque montagne, dans chaque campagne...

Chaque été, des “étrangers” (venus de l’Hérault !!!) passaient au javel des tronçons de petits affluents mettant au sec toutes les truites, ça nous faisait enrager.

Chez le marchand d’articles de pêche, des photos d’évier remplis de truites étaient exposées, mettant en valeur le héro (le plus souvent moustachu) de ces mirifiques exploits… Neuf fois sur dix, la taille moyenne de ces truites était très basse. A faire s’évanouir d’effroi n’importe quel chantre du No-Kill biberonné au son des nouvelles sirènes !

Un peu plus tard, un quota de 20 truites fut appliqué. Les vieux ont commencé à faire la gueule.

De véritables cartons étaient encore faits à l’asticot, la plupart des aficionados amorçaient largement. Les Commingeois étaient les meilleurs spécialistes de “l’astinfle”, certains sont d’ailleurs devenus célèbres ! C’était le temps des héritiers des Foch, des Terrade, des Lamoure...La préhistoire pour certains.

Puis on interdit l’asticot. Certains me confessèrent que les truites (on est en 1985) étaient désormais rares et petites car “on ne les nourrissait plus” en appâtant depuis que l’asticot était proscrit !!! Comme quoi, l’incompétence sans frontière n’est pas une histoire de génération.

La maille passa de 18 à 20 cm. Emotion imprescriptible chez les vieux, on a cru qu’ils allaient crever de faim.

Ces nouvelles mesures étaient assez mal acceptées. Sous couvert de contraintes qui bouleversaient leurs habitudes, leur vision du monde, peut être qu’implicitement, ces gars là sentaient bien qu’ils étaient les derniers représentants d’une lignée d’hommes libres…

Malgré les trépignements, la réglementation était plutôt respectée, c’était un premier pas vers une évolution souhaitable. Le mot n’étant pas encore entré dans le vocabulaire, personne ne faisait du No-Kill.

Les pêcheurs au fouet étaient rarissimes. À peine l’orage venait teinter l’onde, les pêcheurs locaux accourraient à la rivière. Noir et lourd pardessus sur les épaules, longue canne, lombrics et parapluie, même les moins finauds d’entre-eux remplissaient leur panier.

Dès la mi-mai, les plus fins pêcheurs toulousains (entre-autres !) occupaient les meilleurs parcours, pour traquer les truites “à la mouche naturelle”, la plus belle et la plus excitante des pêches au toc...Souvenirs...

On trouvait difficilement un endroit pour se garer, les truites étaient vraiment sollicitées.

Tout était simple et normal dans cette France de mon enfance et la pêche était à l’image du pays ! Vague parfum de nostalgie.

Un peu plus tard, le quota passa de 20 à 10 truites. Choc émotionnel à l’origine de nombreux cancers de la prostate.

Nous sommes au début des 90’s, l’amorce d’une nouvelle ère pour la pêche. Petit à petit, tous ces pêcheurs traditionalistes laissèrent la place à un nouveau type de pratiquants, de moins en moins ruraux.

Les clubs se développèrent et la pêche à la mouche désormais accessible à tous devint une pratique courante. Les populations de truites semblaient commencer à décliner, la pêche, elle, incontestablement plus difficile de saison en saison.

On commença à parler de limiter volontairement son nombre de prises, la notion de No-Kill choquait de moins en moins.

Peu à peu, la situation devint celle que nous connaissons aujourd’hui. On peut donc mesurer l’énorme changement de notre environnement pêche sur ces 4 dernières décennies.

Quel est véritablement l’état des lieux ?

Les populations de truites sont-elles aussi en déclin qu’on le dit ?

Comment appréhendons-nous les changements aussi bien climatiques et situationnels ainsi que celui des mentalités ?

Voici, pèle-mêle, les questions que nous nous posons tous.

Seulement attention, en amour comme à la pêche, parfois la passion aveugle…

Les nouvelles tendances nous éloignent de l’essentiel, à ce propos, le sujet du “catch and release” est un cas d’école. Ce No-Kill que je pratique (à de trés rares exceptions près certes mais que j’encourage, ne vous méprenez pas !) est devenu une forme de religion, un thème tabou et intouchable. Quotidiennement sur la toile, sous la forme d’interjections incantatoires, de nouveaux hydrobiologistes auto-proclamés nous offrent la solution miracle : augmenter la maille, diminuer drastiquement les quotas…ou même imposer le No-Kill intégral sur tout le territoire pour les plus illuminés d’entre-eux.

Seul remède selon eux pour retrouver nos truites d’antan. Car il va de soi que l’on est hydrobiologiste comme l’on est épidémiologiste, climatologue ou sélectionneur du XV de France… Plus que jamais l’ultracrépidarianisme fait rage (coucou Etienne Klein).

Evidemment, point de discussion possible… Ils ont forcément raison puisqu’ils sont dans le camp du bien !!! Le fameux “Empire du bien” cher à Philippe Muray ! On y est en plein ! Sans le savoir ils usent de la même dialectique que les plus virulents des anti-spécistes, nos plus farouches ennemis.

Je pêche avec assiduité et je côtoie de fait beaucoup de mes semblables.

Je viens de faire mes 50 ans et je ne connais aucun pêcheur plus jeune que moi qui prélève réellement beaucoup de truites... pas même Simon Scodavolpe, qui sous ses faux airs de rustre, ne doit pas manger de truites plus de 3 fois par an ! Pas de quoi décimer la Clarée n’en déplaise aux esprits chagrins ! Pas plus que je ne rencontre à la pêche des papys piscivores aux paniers pleins, ceux qui étaient si fiers de me faire admirer leur pêche quand je les croisais naguère !!

Bien qu’il subsiste forcément des exceptions, ceux qui ont encore des velléités de “gros panier” sont bien souvent désormais trop limités techniquement pour atteindre régulièrement le fameux quota légal. Les enquêtes panier effectuées par les différentes fédés sont par ailleurs édifiantes à cet égard.

La réglementation associée à une prise de conscience éthique a donc bel et bien fonctionné car de façon collective, nous prélevons infiniment moins que du temps de ma jeunesse. Le delta n’est pas facile à déterminer, mais selon mes sources il serait de 5 à 10, peut-être plus... C’est à dire que sur une une rivière ou il se prélevait en 1980 1000 truites à l’année, il ne se prélèverait “que” 100, voire 200 truites en 2020. Preuve s’il en est que les réglementations en vigueur ainsi que l’auto-régulation fonctionnent très bien : ON TUE BEAUCOUP MOINS DE TRUITES.

Vociférer contre les “viandards”, c’est pisser contre le vent, on y perd son énergie et sa crédibilité.

Pour revenir au lien avec la Nature et la pêche, la truite en tant que proie symbolise ce lien. C’est un très bon poisson à manger, il est aussi sacré à cause de ça, c’est lié au fait qu’il soit précieux, respecté et protégé. Pour ces différentes raisons il ne faut pas se sentir coupable de prélever une truite ou deux de temps en temps. Je crois aussi qu’il est même un devoir de cuisiner une truite, au moins une fois surtout si on a des enfants, pour ne pas oublier et transmettre…

Une truite de montagne (25/28cm le top !) pêchée dans des eaux pures, saisie avec un filet d’huile d’olive, sel et poivre...des amandes effilées à peine revenues dans un beurre noisette, c’est quand même une belle association si on l’accompagne d’un verre de Gaillac Perlé par exemple !

C’est aussi ça le lien.

Et non, le poisson n’est pas un partenaire de jeu. Toujours pas.

Ici, pour 100 euros nous avons la chance de bénéficier du “timbre halieutique”, véritable privilège qui nous permet une large réciprocité auprès de 91 départements. Ce qui signifie que nous pouvons pratiquer notre sport sur des milliers de rivières et de plans d’eau pour moins de 30 centimes par jour. Je ne crois pas qu’il existe un loisir moins cher d’accès au monde.

Chaque pêcheur possède en son fort intérieur une forme d’idéal, je n’échappe pas à cela moi non plus… Mais vouloir imposer son idéal, c’est aussi remettre en cause l’aspect universel et populaire de notre passion. Même si nous sommes de moins en moins nombreux, il faut je crois accepter (je sais, c’est dur !) que d’autres confrères aient des attentes différentes... voire opposées ! Nous devons donc tous faire preuve d’un peu de solidarité intellectuelle au risque de voir un jour s’écrouler l’édifice.

Les instances fédérales ne sont pas les ennemies des pêcheurs, même si je pense qu’elles gagneraient à communiquer mieux. Leur tâche est difficile et ressemble au jeu des assiettes chinoises que l’on fait tourner à l’aide de baguettes : maintenir en constant équilibre divers éléments qui ne sont pas destinés à l’être.

En nous comportant par des revendications mal fondées comme de vulgaires consommateurs nous prenons le risque de voir le droit de pêche revenir à terme aux mains de capitaux privés. Nous savons tous où cela mène…

Certains parmi vous souhaitent cette libéralisation de la pêche ? ...pas moi !

C’est grave, c’est le pire des dangers, l’abîme dont nous ne reviendrons pas.

Une fois désunis nous serions en prime des proies faciles pour ce mouvement anti-spéciste et pseudo-écolo qui grandit dans l’ombre...Le lobby de nos vrais nouveaux ennemis.

Bien que rien ne soit parfait, n’oublions pas que le mieux est l’ennemi du bien et mobilisons nos énergies sur les vraies problématiques qui tournent essentiellement autour de l’état de nos rivières et de leurs intéractions avec l’agriculture, de la perte de la bio-diversité, le climat, l’hydro-électricité et de la gestion de la ressource en eau.

Débutant exalté ou pêcheur contemplatif, occasionnel ou acharné, compétiteur ou détaché du résultat, jeune plein d’ardeur ou vieux sage décati, nous avons tous comme plus petit dénominateur commun cet amour de la Nature, cette passion au fond de nous, ce feu qui nous consume.

Le temps de l’union sacrée est venu.

Chacun doit faire sa propre introspection car nous avons besoin d’un sursaut intellectuel et collectif, je n’en connais pas le modus operandi mais, au moins dans nos têtes, nous devons agir vite, avant que les cieux nous vomissent.

Duel mouche : Loomis NRX + LP vs Orvis Helios 3F 9' #5

Loomis Orvis

Pour ce premier duel de cannes mouche, nous avons choisi deux modèles en 9' #5 haut de gamme et made in USA : la Loomis NRX + LP et la ORVIS Helios 3F. Autre point commun partagé par ces deux cannes, elles ont été mises au point pour les présentations "délicates" en #5. Voyons si nos mesures corroborent ce cahier des charges :

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TEST STATIQUE ET MESURES

La gamme NRX + sortie en 2020 est une évolution de la gamme NRX et se pare d'une toute nouvelle décoration : si le blank vert olive reste d'actualité, elle intègre désormais des ligatures bordeaux et un nouveau porte moulinet en aluminium argenté avec insert en bois de noyer. Contrairement à ceux de la Helios, les anneaux de cette Loomis sont des monopattes recoil. A noter la présence d'un accroche mouche. Cette canne faite main à Woodland, Washington est livrée dans une housse et un tube aluminium.

De son côté, la gamme Orvis Helios 3F (« F » pour Finesse ou Feel) se caractérise par un blank au revêtement bleuté et des inscriptions vertes sur le premier brin. Les ligatures noires fixent des anneaux serpentiformes recoil après un premier SiC/titane. Le porte-moulinet est en aluminium anodisé noir avec insert carbone. A noter la présence de points d'alignement des brins. Cette canne fabriquée dans les ateliers Orvis à Manchester, Vermont est vendue dans une housse et un tube en aluminium.

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Loomis Orvis
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Loomis Orvis
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Loomis Orvis
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Loomis Orvis
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Loomis Orvis
Matériel

Loomis NRX + LP 9' #5

Marque
Loomis
Série
NRX + LP
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
82.00g
Anneaux
11
Premier anneau
50cm
Poignée
25x172mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
PME
135.00g
PTE
217.00g
IP
43
ERN
5.35
AA
65°
CCF
83cpm
Prix à la date de sortie
795.00€
Matériel

Orvis Helios 3F 9' #5

Marque
Orvis
Série
Helios 3F
Longueur
9'
Longueur réelle
275cm
Soie
#5
Brins
4
Poids réel
83.00g
Anneaux
11
Premier anneau
55cm
Poignée
24x175mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Non
Accroche mouche
Non
Points d'alignement
Oui
PME
135.00g
PTE
218.00g
IP
42
ERN
5.20
AA
67°
CCF
82cpm
Prix à la date de sortie
1035.00€
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DISCUSSION DES MESURES

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, ces deux références sont proches : la puissance réelle de la Loomis est bien #5 (ERN à 5.35) alors que celle de la Orvis est légèrement inférieure (ERN à 5.20), c'est en réalité une #4/5. Toutefois, l'unique cents d'écart n'étant pas une différence significative, on peut considérer que ces deux cannes ont la même puissance et qu'elles pourront lancer efficacement une soie de 4 comme une 5.

ACTION

Au niveau des actions caractérisées par l'Action Angle (AA), ces deux références sont également très proches (AA à 67° pour la Orvis et 65° pour la Loomis). L'application stricte de l'échelle du protocole CCS classe donc la Loomis dans la catégorie moderate fast (AA compris entre 63 et 66°) alors que la Orvis rentre dans la catégorie d'action fast (AA supérieur à 66°). Toutefois, là encore, les 2° d'écart ne suffisent pas à conférer un comportement très différent à ces deux modèles.

RÉACTIVITÉ

Caractérisée par la fréquence d'oscillation en cpm, la réactivité est indicatrice du rythme de lancer à adopter. Pas de surprise à ce niveau, la logique est respectée : les puissances réelles étant très proches, les fréquences le sont également. Le CCF de la Loomis dépasse d'1 cpm celui de la Orvis, à corréler à la légère différence de puissance entre ces deux cannes.

Montage

L'influence du montage sur la pratique de la pêche en sèche ou en nymphe à vue est moins importante que lorsqu'on opère en nymphe au fil. Attardons-nous quand même sur les finitions et les caractéristiques des poignées de ces 2 modèles.

Pour ce qui est des longueurs et épaisseurs des poignées, en dehors de formes différentes (half wells pour la Loomis et full wells pour la Orvis), les dimensions sont très proches et tout à fait standard.

Côté finition, la Loomis possède un accroche-mouche mais pas de point d'alignement des brins alors que la Orvis présente des caractéristiques inverses (pas d'accroche-mouche mais des points d'alignement des brins).

CONFORT

Au niveau du confort de pêche, ces cannes font jeu égal ! Dans la mesure où leurs puissances réelles sont quasiment identiques, il était logique d'avoir des PTE proches et c'est bien le cas. Impossible donc de départager ces deux modèles sur ce point là !

Comparativement aux autres 9' #4/5 du marché, leur confort est tout simplement excellent et inégalé dans cette catégorie. Leur PTE est par exemple 20gr plus faible que celui de la Winston Air 9' #5 pourtant moins puissante (ERN de la Winston à 4.31) et identique à celui de la Sage LL 9' #5 également moins puissante (ERN de la Sage à 4.46). Ainsi, elles s'équilibreront parfaitement avec un moulinet vide de moins de 100 gr... impressionnant !

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Lionel Ainard
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L'avis de Lionel Ainard, auteur chez Truites & Cie, sur la Loomis NRX+ LP 9' #5 :

" Il y a quelques années quand les premières NRX ont vu le jour, je m’en suis offert une afin de remplacer ma Redington NTI 9' #5 que j’adorais mais qui, par sa fragilité, ne me sécurisait pas notamment en montagne. Les 9' #5 sont mes cannes de prédilection afin d’aller à la rencontre des beaux poissons en grande rivière et en lac de montagne. Remplacer les fameuses NTI n’était pas facile tant ces cannes étaient en avance technologiquement pour leur époque. Il me fallait une canne avec pas mal d’explosivité, relativement rapide tout en gardant une certaine douceur lors des ferrages avec des pointes fines notamment en lac de montagne.

Ma première NRX avec ses fameuses ligatures bleues s’imposa longtemps comme ma canne de prédilection sur mon sac à dos ou entre mes mains au fond d’un grand pool. Cette 9' #5 était très agréable bien que manquant de douceur lors des ferrages. Cette canne était plus une #5/6 qu’une vraie 5 et fonctionnait donc très bien avec des soies Long Belly qui la chargeaient rapidement. Le porte moulinet en carbone et des ligatures trop chargées en vernis n’étaient pas digne d’une canne si onéreuse, les finitions n’étaient pas folichonnes. Quand Loomis a sorti la NRX LP, la canne idéale n’était pas loin, en effet la LP avait gagné en douceur tout en correspondant à la puissance annoncée. A mon grand regret les ligatures bleues avaient cédé la place à des vertes et le porte moulinet en carbone vert comme le blank n’offraient pas le look attendu... je trouvais les ligatures bleues originales et très rock-en-roll !

Alors qu’en j’ai reçu ma nouvelle NRX+ LP en 2019, ce qui m’a surpris dès le déballage c’est sa finition ! le retour d’un porte moulinet en bois précieux et des ligatures soignées... L’action reste très proche de celle des NRX LP verte avec peut- être une progressivité accrue mais cela reste à démontrer par des tests tant la nuance me semble légère. Je charge cette canne avec une soie WF5 de type Airflo Superflo, qui surcharge légèrement la canne pour une utilisation en lac de montagne et une WF classique pour une utilisation en grande rivière. Cette canne justifie totalement son prix onéreux tant la qualité de fabrication est au rendez-vous. Loomis est de retour, avec une canne qui, à mes yeux, est d’exception !"

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Gregory Dolet
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L'avis de Grégory Dolet, pro-staff Orvis, sur la série Helios 3f :

"Suite à l’intégration de l’équipe Orvis, l’une des premières chose à faire fut de choisir une canne pour pêcher la truite sur les gaves. Cette pêche est en effet ma pêche de prédilection avec celle du thon rouge. Mais elle représente encore de loin le plus grand nombre de mes sorties au bord de l’eau.

Une canne truite ne se choisit pas au hasard, en tout cas pas pour moi, et je me suis naturellement dirigé vers les cannes les plus performantes de la gamme en choisissant de pêcher avec une Hélios 3. Mais il restait encore à choisir entre la 3D et la 3F...

Le critère le plus essentiel qui m'a aidé à choisir, c'est évidemment l’action de la canne : dans un premier temps, l’Hélios 3D tomba comme une évidence tellement ses qualités de lanceuse à toutes distances sont exceptionnelles. J’avoue même avoir eu un coup de cœur au premier abord. Mais la délicatesse de l’action et la sensibilité du scion sur la 3F me faisait hésiter. Notamment car nous approchons beaucoup les poissons ici pour les pêcher à vue, et que nous sortons donc peu de soie en action de pêche. Les qualités de lanceuse intrinsèques de la 3D sont donc peu utiles dans mes pêches de tous les jours. L’autres point important pour moi est que j’aime sentir la soie charger la canne très vite. Cela m’aide à être plus précis. Et de ce côté-là, le scion sensible de la 3F m’apporte cette sensation et donc plus de contrôle et de précison à courte distance. Du côté de l’action, même si la 3D est une lanceuse hors pair, le choix de la raison et l’utilisation au quotidien me portent finalement plus vers la 3F."

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Loomis Orvis
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L'avis de la réaction

Rarement dans l'histoire des tests de Truites & Cie, nous avons eu à faire à 2 modèles aux caractéristiques techniques si proches : ces 2 américaines possèdent la même puissance réelle, la même réactivité, le même confort de pêche et presque la même action ! 

Les chiffres trouvés sont en conformité avec l'usage prévu par les 2 fabricants, à savoir des présentations plutôt fines en sèche ou en nymphe à vue pour des truites moyennes à grosses. On peut les utiliser avec une soie de 4 ou de 5 selon le degré de discrétion imposé par les poissons, les conditions de pêche (présence de vent par exemple), votre style de lancer (certains pratiquants préférant fouetter avec une canne légèrement "sous chargée" ou "sur-chargée") et la distance de pêche (pour les pêches à courtes et moyennes distances, une soie de 5 chargera plus rapidement la canne).

Côté action, nous retrouvons pour les 2 références les caractéristiques des cannes moderate fast : ceux qui combattent de beaux poissons sur des fils fins et/ou souhaitent limiter au maximum le risque de décroche apprécieront la courbe harmonieuse et progressive de ces deux modèles.

Le confort de pêche de ces deux modèles est record... logique compte tenu de leur standing ! Quoique cette qualité ne soit pas systématiquement retrouvée pour les cannes haut de gamme made in USA donc cela mérite d'être souligné !

Ainsi, le choix entre ces 2 références fera appel à des paramètres subjectifs tel que le look ou encore l'attachement à la marque... et là, comme d'habitude, on ne peut rien pour vous !

La Orvis bénéficie d'une garantie à vie alors que les cannes Loomis possèdent une garantie 2 ans suivie d'un remplacement de scion en cas de constat avéré d’un défaut technique.

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Liens utiles

Le protocole de test des cannes à mouche

Bien choisir sa canne sèche / nymphe à vue

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Grosse truite de montagne en nymphe : gare aux veines secondaires !

pêche nymphe

Les truites doivent faire preuve d’une adaptabilité sans faille aux conditions fluctuantes du milieu où elles évoluent tout au long de leur vie afin de perdurer le plus sereinement possible. Cette particularité est exacerbée chez les gros spécimens et influe sur leur espérance de vie et leur courbe de croissance. Comme chez beaucoup d’espèces, tous les salmonidés ne deviennent pas des « spécimens », cela dépend de leur génétique et de nombreux autres critères liés au milieu. Chaque salmonidé devra s’adapter aux conditions naturelles (débit, température de l’eau, prédation des oiseaux piscivores, etc...) mais aussi à un facteur humain majeur : la pression de pêche. Voyons le cas de la pêche des grosses truites sur les grandes rivières de montagne :

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Un positionnement particulier en grande rivière de montagne

Si vous observez les poissons qui évoluent dans une réserve de pêche ou que vous avez la chance de prospecter des parcours à faible fréquentation, vous vous rendrez vite compte que leur comportement est assez stéréotypé : les plus grosses truites occupent les veines d’eau et les postes les plus marqués où la nourriture arrive en abondance, laissant les postes secondaires aux plus petites. Comme chez d’autres espèces animales, une hiérarchie avec des dominants et des dominés impose ses règles.

Sur nos parcours publics où toutes sortes de leurres et appâts passent inlassablement devant leur gueule d’un bout à l’autre de la saison, le tableau est moins idyllique et seuls les poissons qui s’adaptent à ces contraintes atteignent de belles tailles. Tout au long de ma saison, lors de la recherche des gros poissons, cette problématique détermine ma stratégie de pêche, en particulier lors des prospections en aveugle en nymphe au fil. En effet, savoir identifier les veines discrètes et souvent atypiques s’avère déterminant dans l’opportunité d’une rencontre.

Pour beaucoup d’entre nous, les postes profonds arrosés par une belle veine porteuse et à proximité d’une grosse cache sont synonymes de postes à gros poissons ce qui, dans l’absolu, est vrai mais les veines occupées au sein de ce type de zone ne sont pas toujours celles auxquelles l’on pense. La veine principale, malgré le fait qu'elle soit la plus alléchante, se révèle souvent comme la plus mauvaise... car elle n’accueille que des poissons de taille lambda qui profitent d’un apport régulier de nourriture mais subissent aussi une insécurité persistante et malheureusement parfois fatale... « Pour vivre heureux, vivons cachés » ce proverbe prend tout son sens dans l’esprit de nos grosses truites ! Ainsi, elles sont souvent décalées en dehors des courants marqués, et positionnées au niveau de veines dites secondaires.

Au-delà de l'adaptation à la pression de pêche, ces grands individus privilégient les secteurs de radiers lors des émergences de milieu de journée en début de saison ; ils y trouvent des conditions d'alimentation confortables. Ces poissons aiment les faibles lames d'eau lorsqu'ils se nourrissent par eau froide ! 

Ainsi, dans ces vastes milieux que sont les grandes rivières de montagne, la pertinence de votre action de pêche sera totalement dépendante de votre capacité à exercer une lecture de l’eau juste. Ici, les veines à grosses truites sont souvent des veines secondaires, peu évidentes à distinguer et souvent oubliés. En effet pour nombre d’entre nous, les gros courants bien marqués sont aussi captivants que le chant des sirènes !

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pêche nymphe
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Si la veine principale en vert est très attirante, le long radier rouge est beaucoup plus intéressant en mars !
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L'adaptation en nymphe au fil

Les veines secondaires en marge des veines marquées, peuvent être variées en matière de vitesse de courant et de profondeur. Toutefois elles réunissent généralement plusieurs caractéristiques : les gros poissons ont toujours besoin d’une cache avec une zone de repos relativement profonde qui leur servira de repli en cas de danger (pour plus de détails, je vous invite à relire mon article « trouver les grosses truites sur les portions aval »). Pour cette recherche spécifique en nymphe, j’utilise les 3 méthodes classiques :

  • Nymphe au fil plaqué,
  • Nymphe au fil canne haute méthode espagnole,
  • Nymphe à vue (quand c’est possible !).

Je choisis de pêcher canne haute ou au fil plaqué selon la profondeur de la veine secondaire considérée.

Au moment du choix du matériel à emporter, je garde toujours en tête l'éventualité de pêcher en sèche, c’est d’ailleurs pour cette raison que je fais le choix de partir avec deux cannes : une 9' #5 qui me permet de pêcher à la fois en nymphe au fil plaqué, en nymphe à vue ou en sèche, et une plus longue pour la recherche spécifique en nymphe au fil canne haute. L’encombrement de cette seconde canne montée est désagréable mais permet une adaptation de chaque instant. Ce désagrément est atténué par une recherche spécifique de postes type en oubliant les secteurs moins propices. Ainsi, les zones de prospection seront courtes et ciblées, la seconde canne peut rester sur la berge en aval de vous le cas échéant.

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Les veines secondaires préférées de l'auteur : une mince bande ralentie contre une berge inaccessible
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Les radiers en nymphe au fil plaqué

Avec mes deux cannes en main, j’opte pour une méthode de prospection bien définie : je débute toujours par des dérives dans les veines peu profondes au courant ralenti qui coulent sur des galets, là où souvent des confrères posent lourdement leurs pieds... Ici et surtout dans les grandes rivières de montagne en début de saison, faible profondeur n’est pas synonyme de petit poisson ! Les meilleures sont situées près d’une zone assez profonde comportant une cache et sont à explorer durant les phases d'alimentation intenses des poissons, de 12 à 15h en moyenne.

Ces zones de radiers s’attaquent au fil plaqué (ou parfois à vue lorsque vous arrivez à distinguer un poisson) avec des nymphes légères à la dérive planante. Oubliez ici vos perdigones et autres nymphes en tungstène pour privilégier les classiques pheasant tail et les billes laiton, laissez tomber l’incitatif au profit du naturel. Les truites qui sont là s'alimentent, les tons neutres sont souvent les meilleurs !

Pour cette approche, j’utilise une canne en 9' #5 avec un bas de ligne dégressif classique. Je modifie juste la longueur de la pointe pour changer d'approche. Une petit morceau de soie enfilé sur l'avant pointe me sert d'indicateur lorsque je pêche au fil plaqué. C'est discret, léger et bien visible. Je peux en outre passer en mouche sèche si un poisson vient à s’activer en surface en milieu de journée. Sur les secteurs que je fréquente et en particulier en début de saison, les eaux souvent tendues ne favorisent pas la pêche à vue.

Au fil plaqué, je pose donc ma nymphe un peu à la manière d’un pêcheur en sèche en eau rapide, en peignant méthodiquement le radier du plus près de ma position au plus loin. Cette façon de procéder n’est toutefois pas systématique, car il est aussi possible de poser directement la nymphe sur la coulée où vous avez la certitude que le salmonidé se tient, sans peigner tout le poste intensément, par souci de discrétion : un petit bloc cassant la veine secondaire, une petite avancée de berge créant une accélération, une partie s’engouffrant sous une arche de végétation, toutes ces particularités sont des aimants à truites et souvent à grosses. Elles favorisent la fixation d'un poisson et les effets entonnoirs pour la nourriture.

Attention, pêcher en nymphe au fil plaqué n’est pas synonyme de prospection répétitive, cette technique requiert une adaptation permanente notamment dans le choix du lestage. Personnellement, je préfère toujours une nymphe légèrement sous-lestée par rapport au débit de la coulée, quitte à allonger le lancer vers l’amont afin de laisser le temps à l’imitation de s’immerger dans la couche d’eau. Je passe aussi beaucoup de temps à rallonger ou à raccourcir ma pointe (qui mesure quasiment deux fois la profondeur du coup).

Lors de la dérive sur ces zones relativement lentes, votre nymphe doit planer au-dessus du fond et non pas s'y planter directement. Les poissons positionnés aiment se saisir des nymphes entre deux eaux. Soignez votre dérive car ici le moindre dragage est un signe d’alerte et fera fuir le poisson. Votre gestuelle doit permettre d’accompagner votre nymphe sans jamais la contraindre, elle doit paraître libre et naturelle.

En début de saison dans des eaux parfois tendues, cette méthode ne permet de prospecter qu’une minorité des veines d’eau situées sur les extérieurs des pools (les moins profondes)...

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Prospection d'un radier maigre au fil plaqué avec une nymphe légère
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Les veines secondaires profondes à 2 nymphes

En opérant en nymphe au fil plaqué, il est incontestable que l’on ne pêche qu’une partie infime du coup, c’est pour cette raison que je prospecte ensuite les abords plus profonds de la veine marquée à 2 nymphes. La recherche des poissons se tenant plus profondément nécessite un plus fort lestage et une tenue de canne haute pour pêcher plus creux.

Si les jours où il y a du vent j’utilise une soie parallèle très fine avec un bas de ligne dégressif afin d’atténuer l'effet des bourrasques en étant plus directionnel (notamment au lancer), en général je choisis de pêcher uniquement avec du fil dans le moulinet (à l'espagnole). A mes yeux les dérives sans l’inertie de la soie sont beaucoup plus harmonieuses et faciles, même si les lancers peuvent paraître compliqués aux yeux des non-initiés. En opérant ainsi, je n'ai plus peur d'effrayer un salmonidé placé sur le maigre de la bordure, et surtout je me positionne plus intelligemment pour produire de bonnes dérives dans la partie profonde. En effet, la prospection en nymphe à l’espagnole impose un positionnement avancé dans le lit de la rivière afin de réaliser des dérives parfois éloignées, berge d'en face. Cette technique de prospection va nous permettre d’aller chercher des poissons ayant adopté des positions où ils se sentent en sécurité : l'archétype de la veine secondaire profonde à grosse truite est une fine bande de courant de vitesse modérée, très étroite et comprise entre une berge inaccessible et une veine très puissante qui sécurise notre vieux poisson.

La pêche en nymphe à l’espagnole et l’utilisation de nymphes en tungstène parfois lourdes permet d’immerger rapidement ses mouches à proximité de lames d’eau puissantes et d'effectuer des dérives courtes et creuses. Elle permet, en outre, d’aller peigner des veines d’eau éloignées impossibles à atteindre en nymphe au fil plaqué...

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Veine secondaire plus profonde, à pêcher à deux nymphes canne haute !
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Prendre deux cannes au bord de l’eau pour rechercher les gros poissons est un parti pris qui me permet d’être toujours en harmonie avec le poste rencontré, de pouvoir m’adapter rapidement à toutes les conditions sans jamais rien sacrifier. C'est à mes yeux un critère indispensable de réussite. Prospecter avec une seule canne est tout à fait possible et évite bien des désagréments mais personnellement je trouve qu’en pêchant à l’espagnole avec une longue canne (plus de 10'6) on pêche moins bien les veines lentes et peu profondes car la canne est moins maniable qu'une 9', et surtout il est difficile de passer en sèche en un clin d'oeil. Au contraire, dans les veines profondes, je ne saurais me passer d'une longueur suffisante pour mieux contrôler la dérive. A vous de vous faire votre propre idée !

Bonne pêche des grosses truites en nymphe !

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pêche nymphe fil
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