Éloge de la mouche sèche en ruisseaux encombrés

pêche ruisseau

Les ruisseaux encombrés de piémont ou de plaine, là où la température de l’eau permet la survie des salmonidés en été, ne font pas partie des lieux fréquentés par la plupart des moucheurs ; ceux-ci se concentrent généralement d'avantage sur les rivières plus importantes. Pour bon nombre d’entre nous, les ruisseaux sont synonymes de petites truites et de pêches compliquées en raison de l’abondance de végétation rivulaire... et pourtant, de belles émotions y attendent les plus audacieux d'entre nous !

Texte

Des milieux oubliés et une technique fruste

Les ruisseaux d'altitude basse à moyenne (en dessous de 800m) que l’on rencontre sur les parcours de l’hexagone sont généralement branchus. Ils subissent une pression de pêche essentiellement exercée par les locaux, au toc, durant les premières semaines qui succèdent à l’ouverture, pour ensuite être désertés jusqu'à la saison suivante. L’explosion de la végétation printanière en avril/mai effraye les pêcheurs craintifs pour leur stock de bas de ligne ! Pourtant sous une voûte de noisetiers ou de saules qui les isolent et les soustraient aux regards curieux, de belles fario n’hésitent pas à venir saisir dans leurs mâchoires des insectes dérivants en surface. 

Ces ruisseaux, lorsqu’ils ont la chance d’avoir été épargnés par les recalibrages sauvages des années 70/80 et par les étés de sécheresse récents, contiennent des truites peu accoutumées aux mouches sèches, ce qui n’en fait pas pour autant des poissons faciles. Les truites fario qui les habitent sont souvent d’origine autochtone, certains de ces petits rus n’ayant pas connu d’alevinage, il est donc fondamental de respecter ces milieux d’une extrême fragilité. Lorsqu’on a la chance d’avoir de tels sanctuaires à portée de main, on se doit de relâcher avec un maximum de précaution la majorité des truites qui pourraient gober votre mouche.

Afin d’éviter d'orner les arbres environnants avec ses derniers dressages, le moucheur devra allier dextérité de lancer et concentration extrême. Chaque geste doit être réfléchi, évalué avant d’être tenté... Bien se placer afin d’aborder un coup prend alors une importance capitale, nous devrons apprendre à utiliser l’espace au mieux.. Savoir utiliser l’environnement pour se cacher à la vue des truites est aussi fondamental. Pour cela, s’accroupir, se plaquer à la berge peut être indispensable. Les faux lancers doivent être proscrits, et vous devez tout miser sur le premier passage qui doit être le bon ! Le moucheur est ici un intrus, il doit se confondre afin de se faire oublier et s’intégrer au milieu. Je vous renvoie pour ces détails à mon précédent article sur le placement.

Image
pêche ruisseau
Image
pêche ruisseau
Texte

Un matériel adapté à l'encombrement

Pour mettre à profit ses talents de lanceur, le pêcheur devra posséder un matériel adapté à cette approche particulière : la canne aura une longueur comprise entre 6 et 8' (c'est le degré d'encombrement qui définit la longueur), pour soie de 3 ou 4 ; l'action sera plutôt rapide.

Dans cette pêche, la soie a aussi une grande importance, car son profil devra permettre de poser la mouche rapidement et en effectuant le moins de faux lancers possible. Pour cela, les profils WF sont parfaits : un fuseau court et décentré offre une grande précision et permet à la canne de s’armer rapidement.

Pêcher dans ces milieux particuliers avec des soies de numéro inférieur à 3 reste possible, mais demande d’excellentes qualités techniques. L’utilisation de soie naturelle n’apporte rien ici, leur légèreté ne facilitant pas vraiment les shoots tendus sous les branches.

La conception du bas de ligne est déterminante car il devra restituer les qualités de la soie : il sera donc rapide et précis, de préférence dégressif. Sa longueur n’excédera pas les 2m80 à 3m pointe comprise, voire moins en conditions extrêmes. Certains préféreront la classique chaussette tissée ou tressée, d’autres les commodités des classiques bas de ligne à nœuds, dont la formule est modifiable en fonction de la situation de pêche. La pointe du bas de ligne ne descendra pas en dessous du 12/100, car les truites de ces petits ruisseaux ont l’art de retrouver leur cache à grande vitesse après le ferrage !

Le choix de la mouche est relativement facile, car ces poissons pas ou peu éduqués ont un comportement naturel et ne sont pas traumatisés et conditionnés par la pression de pêche. Ils montent avec bravoure et confiance se saisir des mouches à l’unique condition que votre dérive soit parfaite.

Image
pêche ruisseau
Texte

Des mouches simples et efficaces

Notre boîte à mouches contiendra donc principalement des modèles simples et solides en taille 14 et 16 : des modèles type paysan (grises à corps jaune), des sedges (chevreuil) et quelques voiliers cul de canard si le ruisseau n’est pas trop rapide, feront amplement l’affaire. Nous rajouterons à cette liste des palmers, car ce sont des mouches d’ensemble par excellence qui ont aussi la particularité de moins s’accrocher aux arbres : leur dressage utilisant seulement des hackles de coqs retaillés, protège la pointe de l’hameçon et évite à celle-ci de trop s’accrocher.

La forte végétation qui entoure ces havres de paix que sont les ruisseaux permet aux truites de bénéficier de retombées d’insectes terrestres. Elles sont habituées à se saisir d'hannetons et de sauterelles, voire de mouches de cuisine et des inévitables fourmis... Ainsi, quelques imitations de terrestres peuvent compléter votre boîte. J’ai une grande affection pour les imitations de hannetons qui, dressées en mousse, donnent des gobages bruyants et rageurs fort amusants. Pour éviter de trop nombreux décrochages, il faut veiller à les monter avec des pattes pas trop rigides.

Bien qu’armé d’excellentes qualités techniques et d’un bon matériel, vous passerez forcément par des accrochages et des ratés, mais le plaisir et la qualité des moments passés au bord des rus et ruisseaux, vous feront rapidement oublier ces inconvénients !

Image
pêche ruisseau

Duel mouche : JMC Performer 10'9 #3/4 vs Thomas & Thomas Contact II 10'9 #4

JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II

Le duel mouche du mois d'avril réunit deux cannes récentes en 10'9 conçues pour la recherche spécifique des truites moyennes à grandes en nymphe au fil : la JMC Performer 10'9 #3/4 et la Thomas & Thomas Contact II 10'9 #4. 

Texte

Tests statiques et mesures

La série JMC Performer rompt avec la couleur verte des Compétition pour un revêtement brun mat. Le blank comporte un anneau de départ micro-fuji suivi de monopattes chromes. Les emmanchements sont inversés et des points facilitent l'alignement des brins. Le premier présente une graduation de mesure des truites entre 20 et 40 cm. La poignée liège pleine fleur possède un talon de combat démontable. Un kit de 3 masselottes de 10 grammes chacune permet d'équilibrer parfaitement la canne quel que soit le moulinet choisi. Cette canne 4 brins est livrée dans un tube compartimenté orange.

De son côté, cette nouvelle série Contact II est proche de la série Contact originale : elle reprend notamment le motif spiralé gris ardoise du blank et les ligatures bruns olives. Le numéro de la canne est toujours présent au niveau des premiers emmanchements de façon à faciliter l'alignement des brins. Les composants de la série Contact sont également retrouvés, notamment la poignée en liège de qualité maximale (extra flor), l'anneau de départ en titane/silicium suivi de monopattes recoil et le talon de combat en liège. Le porte-moulinet en aluminium anodisé garde son insert en loupe de frêne mais devient down-locking. Cette canne 4 brins est livrée dans une housse made in USA et un tube aluminium.

Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Image
JMC Performer vs Thomas & Thomas Contact II
Matériel

JMC Performer 10'9 #3/4

Marque
JMC
Série
Performer
Longueur
10'9
Longueur réelle
326cm
Soie
#3/4
Brins
4
Poids réel
94.00g
Anneaux
13
Premier anneau
33cm
Poignée
23x170mm
Serrage
Uplocking
Talon de combat
Oui
Accroche mouche
Non
Points d'alignement
Oui
PME
190.00g
PTE
284.00g
IP
30
ERN
3.42
AA
70°
CCF
72cpm
Prix à la date de sortie
439.00€
Matériel

Thomas & Thomas Contact II 10'9 #4

Marque
Thomas & Thomas
Série
Contact II
Longueur
10'9
Longueur réelle
327cm
Soie
#4
Brins
4
Poids annoncé
89.00g
Poids réel
92.00g
Anneaux
12
Premier anneau
35cm
Poignée
25x165mm
Serrage
Downlocking
Talon de combat
Oui
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Non
PME
170.00g
PTE
262.00g
IP
34
ERN
4.01
AA
70°
CCF
73cpm
Prix à la date de sortie
849.00€
Texte

DISCUSSION DES MESURES

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, ces deux références sont proches : les deux puissances annoncées sont sur-estimées d'1/2 numéro de soie. La JMC Performer est une vraie #3 (ERN à 3.42) et la Thomas & Thomas est une #3/4 (ERN à 4.01).

ACTION

Au niveau des actions caractérisées par l'Action Angle (AA), les deux cannes sont identiques : elles partagent le même AA à 70°, ce qui les classe dans la catégorie fast (AA supérieur à 66°).

RÉACTIVITÉ

Caractérisée par la fréquence d'oscillation en cpm, la réactivité est indicatrice de la capacité de pêche en sèche. Pas de surprise à ce niveau, la logique est respectée : les puissances réelles étant proches, les fréquences le sont également (72 cpm pour la JMC et 73 cpm pour la Thomas & Thomas). Il est donc tout à fait envisageable de pêcher en sèche avec ces 2 cannes. On choisira de préférence une soie de 3 pour la Performer et une 3 ou 4 pour la Thomas & Thomas, selon la distance de pêche et les conditions.

MONTAGE

Au niveau du montage, plusieurs paramètres ont été considérés et notamment la distance du premier anneau à la poignée. En effet, lorsqu'on pêche en nymphe au fil canne haute, la soie est susceptible de former un ventre si ce premier anneau est trop éloigné de votre main gauche. Une distance à la poignée inférieure à 40cm est généralement préconisée pour limiter ce phénomène. Avec 33cm pour la JMC et 35cm pour la T&T, ces deux cannes font jeu égal et sont parfaitement adaptées à ce pour quoi elles ont été conçues. De plus, ces distances ne sont pas trop proches, ce qui les rendent compatibles avec l'utilisation d'une soie standard pour la pêche en sèche.

Pour ce qui est des longueurs et épaisseurs des poignées, notons que celle de la JMC est relativement fine (23mm) alors que celle de la Thomas & Thomas est assez courte (165mm) ce qui permet, malgré son porte-moulinet downlocking, de conserver l'annulaire sur la gâchette du moulinet semi-auto pour les adeptes de ce type de moulinet.

Côté finition, la JMC possède des points d'alignement des brins alors que la Thomas est dotée d'un accroche-mouche et de repères d'alignement sur le premier brin grâce au numéro de série de la canne.

CONFORT

Au niveau du confort de pêche, la Thomas & Thomas prend logiquement l'avantage, grâce à son porte-moulinet down-locking qui décuple l'équilibre (cette Contact II est plus puissante que la Performer mais son PTE est une vingtaine de gramme inférieur). Un moulinet vide d'environ 140/150 gr sera parfaitement adapté. 

Toutefois, notons que la JMC s'en sort bien compte tenu de son porte-moulinet classique à vissage vers le haut et de son prix. Selon le nombre de masselotes fixées au niveau du talon, elle pourra recevoir un moulinet vide de 130 à 170 gr.

Image
Julien Daguillanes
Texte

L'avis de Julien Daguillanes, champion du monde 2016 de pêche à la mouche, sur la JMC Performer 10'9 #3/4 :

"J'ai eu l'occasion de pêcher avec plusieurs références de la gamme Performer, mais il manquait une canne assez puissante pour combattre sereinement les poissons de tailles correctes sur les rivières puissantes.

Courant 2020, une nouvelle venue est arrivée pour être testée, une 10'9 soie 3/4. Au niveau puissance, elle n'a rien à voir avec les autres modèles de la gamme. Je la classerais même dans la catégorie des cannes de puissance #4. J'ai pu tester cette canne pendant plusieurs jours dans les rivières puissantes des Pyrénées avec des poissons sur-vitaminés, et je peux dire qu'il y a du répondant. La canne plie mais la réserve de puissance est là. Une canne doit toujours être adaptée aux poissons que l'on pêche, et cette canne est clairement faite pour les poissons combatifs des grandes rivières, où elle permet d'abréger les combats.

On peut se permettre de lancer des nymphes lourdes dans de grandes veines tout en gardant le contrôle de la ligne. On peut aussi pêcher en sèche ou sèche/nymphe avec cette canne mais sa longueur fait que ce n'est pas vraiment sa vocation première. Elle permet quand même de pêcher fin sans trop de risque de casse.

Après plusieurs heures de test (en compagnie de mon ami Jean Guillaume Mathieu venu dans les Pyrénées), on peut dire que cette canne a entièrement sa place dans la gamme des Performer et la complète parfaitement."

Image
Joe Goodspeed
Texte

L'avis de Joe Goodspeed, concepteur des cannes Thomas & Thomas, sur la Contact II 10'9 #4 :

" La Contact II 10'9 #4 est une canne polyvalente possédant un certain nombre d'utilisations possibles. Elle est principalement conçue pour pratiquer la nymphe au fil moderne avec des nymphes de taille moyenne à grande et des pointes de 14/100 environ. Cette canne est un excellent choix pour les coins où les débits et la taille des poissons nécessitent plus de puissance et de répondant, ou pour les pêcheurs qui souhaitent alterner nymphe et streamer. Elle a la puissance adéquate pour ferrer efficacement avec des streamers de 2, tout en offrant la courbe progressive et la réactivité que l'on trouve avec les Contact II de puissance inférieure. Elle pourra lancer efficacement avec une soie WF4F standard, idéale pour passer en sèche, ou en sèche/nymphe. "

Image
Pêche mouche
Texte

L'avis de la rédaction

D'un point de vue purement technique, ces deux cannes sont assez proches : montages cohérents, même action, même capacité de pêche en sèche, seules de légères différences de puissance et de confort de pêche les distinguent. Leur longueur de 10'9 les destine à la pêche des rivières moyennes à grandes. Si l'on vise spécifiquement les poissons plutôt gros (au delà de 40cm), la Thomas & Thomas apparaît comme un peu mieux adaptée. De son côté, la Performer, avec sa puissance réelle #3, est un modèle de polyvalence ! Elle permet de pêcher très léger (elle est parfaitement capable de lancer un tandem sèche/nymphe avec une bille de 2.4mm en pêchant à l'espagnole) comme de mater les beaux poissons des Pyrénées Centrales (voir le commentaire de Julien Daguillanes à ce propos). 

Evidemment, au-delà des chiffres, plusieurs éléments justifient la différence de prix : pays de fabrication (Corée pour la JMC et Etats-Unis pour la Thomas), look, finitions...etc. Le caractère et le prestige du montage made in USA se retrouvent au niveau de la facture, c'est bien normal. Et comme l'importance accordée à ces paramètres dépend du pêcheur, on ne prendra évidemment pas position sur ce point !

Texte

LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Comment choisir sa canne à nymphe

Les cannes Performer accessibles en ligne chez nos partenaires :

 

easyfly

 

fusion fly fishing

 

1000mouches

Les autres tests JMC : 

Jmc Fly Fishing

 

Le site du Moulin de Gémages, importateur exclusif Thomas & Thomas :

Le Moulin de Gémages

 

Les autres tests Thomas & Thomas ici :

Thomas & Thomas

 

Leurre : variations autour des dérives aval

pêche leurre

Quand il s’agit de présenter un leurre pour espérer tromper la vigilance d’une truite vivant dans une rivière suffisamment large, le premier réflexe est généralement de le lancer en travers avant de débuter une récupération plus ou moins linéaire. Le leurre va ainsi traverser plusieurs veines de courant qui exerceront une force plus ou moins importante et inégale dont la première conséquence est de modifier son intensité vibratoire. La seconde solution consiste à projeter le leurre vers l’amont en lui faisant suivre une dérive naturelle ou 3/4 amont quand il s’agit de s’aménager une ouverture d’angle afin de lui faire traverser plusieurs courants et frôler les obstacles immergés qui jalonnent le lit du cours d’eau sur sa trajectoire. Entre les présentations amont, trois-quart amont ou trois-quart aval, le choix des dérives est généralement suffisamment varié pour espérer faire réagir une truite, même en début de saison. Une quatrième possibilité permet de pêcher avec plus d’insistance certains secteurs soumis à une forte pression de pêche, par eau froide ou présentant un profil rendant inefficace les autres prospections habituelles : la pêche aval à remonter.

Texte

Les intérêts des présentations "aval"

A dire vrai, la présentation d’un leurre vers l’aval remontant le courant ou maintenu dans une veine d’eau est assez peu répandue car elle demande des conditions bien particulières pour être véritablement efficace et intéressante à pratiquer. Face à des poissons éduqués que ce soit dans la durée (sur-pêche de certains parcours durant toute la saison) ou ponctuellement (ouverture de la pêche sur des truites surdensitaires), il peut effectivement être intéressant de sortir de son pattern afin de proposer des angles de présentation différents permettant de s'écarter des habituelles stratégies, mais surtout d’être en capacité de pêcher avec plus d’insistance.

En effet, notamment sur les poissons de "bassine", le passage répété d’un leurre, notamment d’une cuiller tournante, peut finir par les inhiber quand ce dernier est récupéré trop rapidement ; les signaux vibratoires ainsi générés s’en trouvent d’autant plus augmentés. En fonction de la température des eaux, ces truites peuvent monter dans la colonne d’eau pour intercepter un leurre ou au contraire ne pas sortir de leur zone de confort qui se situe généralement au ras du fond. Une présentation aval suivie d’une lente remontée de votre leurre dans une veine d’eau au débit régulier, voire stabilisé et maintenu à la bonne profondeur, doit être envisagé pour parvenir à provoquer une attaque, plus particulièrement quand les eaux sont froides. A contrario, un leurre ramené de l’amont vers l’aval à une vitesse supérieure à celui du courant peut remonter dans la colonne d’eau et sortir de la zone de « réactivité utile » (le fond).

Ce postulat doit nous conduire à modifier légèrement notre stratégie, quel que soit le leurre utilisé, pour déclencher l’agressivité des truites.

Image
pêche leurre
Image
pêche leurre
Texte

Option 1 : la récupération lente

Pour parvenir à ce résultat, vous devez projeter votre leurre vers l’aval au niveau de la jonction formée par le courant le plus vif et celui fortement ralenti de bordure, voire dans la zone la plus calme. Si la force de la veine d’eau le permet, notamment près des obstacles immergés et de la rive où le courant est naturellement ralenti, vous pouvez faire remonter votre leurre lentement en tournant la manivelle de votre moulinet. Il est possible de faire plusieurs passages, plus particulièrement si les poissons sont à la « fenêtre » mais encore hésitants, sous les obstacles immergés ou la rive creusée. Cette insistance fonctionne quelquefois et peut même sauver une bredouille annoncée. J’utilise fréquemment un petit crankbait ou une cuiller tournante qui génèrent de très forts signaux vibratoires. Vous pouvez jouer sur le type de poisson nageur (shallow, médium ou deep) pour être certain de prospecter à la bonne profondeur.

Les petites et moyennes rivières se prêtent bien à ce type de prospection, notamment quand il est impossible ou inutile de prospecter dans le lit de rivière en début de saison et quand les eaux sont hautes.

Image
pêche leurre
Texte

Option 2 : la présentation "arrêtée"

La seconde technique consiste à stabiliser votre leurre à un endroit précis (périphérie d’une cache identifiée ou supposée, veine d’eau dans laquelle se tiennent des poissons en phase d’alimentation, regroupement de truites surdensitaires,…) en le maintenant à la bonne profondeur.

Pour y parvenir vous pouvez tour à tour jouer sur l’inclinaison de votre canne qui permettra à votre leurre de s’enfoncer suffisamment en abaissant légèrement le scion ou au contraire de le faire remonter en relevant la pointe de la canne pour qu’il retrouve un courant offrant assez de résistance pour qu’il puisse travailler, mais aussi sur la rotation de la manivelle de votre moulinet, et enfin grâce à l’amplitude du bras tenant la canne à la manière d’un pêcheur au toc qui accompagne la dérive en fin de coulée. La force du courant est le paramètre le plus dur à maîtriser. Si la force des flots exercée sur la palette de la cuiller tournante ou la bavette du poissons nageur est insuffisante, le leurre cessera de tourner ou de vibrer suffisamment avant de s’enfoncer. Dans le cas contraire, une force trop importante accélérera le phénomène de rotation ou de vibration qui conduira à la remontée du leurre et, au-delà d’un certain seuil, à son décrochage. On peut facilement observer ce phénomène quand la palette d’une cuiller tournante, arrivant en fin de trajectoire aval lors du fameux « arc-de-cercle », s’accélère subitement. Le leurre remonte alors progressivement quand la pression devient trop forte. Au-delà d’un certain seuil, la palette peut même se plaquer contre le corps de la cuiller et cesser de tourner.

Image
pêche leurre
Texte

Option 3 : l'arc-de-cercle

La pêche vers l’aval offre d’autres possibilités quand il s’agit de prospecter une zone impraticable par une prospection amont ou quand les poissons réagissent aux stimuli provoqués par un leurre durant la formation de « l’arc-de-cercle ». Contrairement aux cas exposés supra, ce mode de prospection peut aussi s’adresser à des poissons agressifs dont il convient de provoquer l’attaque durant les périodes de frénésie.

Image
pêche leurre
Image
pêche leurre
Texte

Option 4 : la dérive naturelle

Enfin, il existe une variante de la pêche aval en débrayant l’anti-retour de votre moulinet afin de faire suivre à votre leurre (généralement une cuiller tournante, un longbill coulant ou un minnow suspending) une dérive naturelle, que cette dernière se situe en bordure ou en pleine eau. Les attaques peuvent être très violentes, aussi est-il conseillé de maintenir fermement la manivelle de votre moulinet dont le tambour est totalement débrayé et libre de tourner facilement dans un sens ou dans un autre si votre maintien n’est pas assez ferme. Cette méthode est très subtile car elle permet de connaître les limites exactes de vos leurres, en matière de vibration et de rotation, qui réagiront immédiatement à la moindre sollicitation et inclination de votre scion et de la force exercée par les flots. Il faut savoir que le courant s’accélère subitement juste sous la surface, décroît progressivement avant de devenir presque nul près du fond. Il faudra donc jouer sur l’angle de votre canne, tout en démoulinant à une vitesse permettant au leurre de se maintenir dans la bonne veine d’eau et de continuer à transmettre suffisamment de signaux vibratoires. S’agissant de l’emploi de la cuiller tournante dans ces conditions particulières, je dois à cette technique l’un de mes plus beaux poissons pour lequel j’avais du fortement insister en réalisant plusieurs dérives aval au cours desquelles mon leurre continuait à émettre assez de vibrations en suivant le courant. Il m’est également arrivé de piquer des ombres communs en présentant une cuiller tournante ultra-light dans les mêmes conditions.

Au plaisir de vous retrouver au bord de l’eau !

Image
pêche leurre

Smaranda et Liviu Neagoe, pour un tourisme pêche et de l'amadou durables

Revolution Amadou

Vous le savez, chez Truites & Cie, nous essayons aussi de vous présenter des produits artisanaux et de mettre en lumière des initiatives responsables. A ce propos, le cas de Smaranda et Liviu Neagoe est assez remarquable ! Immersion de leur territoire de pêche, la Roumanie : 

Image
Smaranda
Texte

Bonjour Smaranda, pouvez-vous vous présenter succinctement ?

"Je suis géographe et installée comme tour-opérateur dans le domaine de la pêche à la mouche depuis 2014. Pourquoi la pêche à la mouche ? Eh bien, je dois remercier mon mari, Liviu, qui est expérimenté dans ce domaine (jusque dans le montage !) et assez patient pour m'expliquer tout ce que j'ai besoin de savoir à ce sujet !"

Image
Liviu
Texte

"En plus, la géographie et la pêche à la mouche vont très bien ensemble : c'est un mélange parfait qui comble mon amour de la Nature et m'a permis de créer une entreprise vraiment censée. Censée car elle repose sur 2 piliers dont la promotion de l'immense potentiel du système hydrographique roumain pour le tourisme de pêche. Je suis fière de dire que grâce à Fly Fishing Romania, j’ai réussi à faire connaître 9 rivières à truites dans 6 destinations différentes en Roumanie, ainsi que le delta du Danube, les environs de Bucarest et d’autres grandes villes de mon pays. Egalement, il s'agit de promouvoir la pêche à la mouche en tant qu'éco-tourisme et ainsi soutenir une pêche et une gestion des eaux responsables et durables en Roumanie.

J'ai pris mon rôle au sérieux et j'ai lancé en 2016 un projet pilote basé sur la collaboration avec les principaux décideurs d'un parc naturel, où coulent l'une de nos rivières à truite et ombre préférées. De cette façon, j'ai lancé une campagne de sensibilisation tout en organisant des événements d'information avec le public, des ateliers Nature, du travail bénévole et des campagnes de financement. Je me suis également engagée dans l'éducation environnementale et j'organise une fois par an des camps de pêche à la mouche destinés aux jeunes et basés sur le travail avec des pêcheurs bénévoles et sur des dons du monde entier (sous forme d'équipement et de financement)."

Image
Revolution-Amadou
Texte

Pouvez-vous nous présenter vos rivières et techniques préférées ?

"J'adore la pêche à la mouche sèche de la truite et de l'ombre car elle me permet d'évoluer dans une Nature magnifique, de rester concentrée tout en lisant l'eau et en faisant de mon mieux pour réaliser le lancer parfait. Pour cela, je préfère généralement pêcher les petites et moyennes rivières de montagne, donc la plupart du temps, j'utilise une canne #3 à #5. Pour la pêche à la nymphe et aux streamers, je pense que j'ai encore besoin de plus de pratique et de patience... même si avec ces méthodes, il me manque le côté spectaculaire de la pêche à la mouche sèche... 

Mes rivières préférées ? Eh bien, depuis que j'ai pu pêcher la majorité des rivières que je promeus, j'en suis venue à la conclusion que j'aime la diversité... alors je les aime toutes, haha !"

Image
Revolution-Amadou
Texte

"En fonction de mon humeur et de ma forme du moment, je peux pleinement profiter de la pêche dans une rivière facilement accessible avec une grande diversité de configurations, et des poissons méfiants... comme par exemple la Somesul Cald dans les Carpates occidentales ou d'autres des Carpates moyennes, comme la Ilva... D'autres fois, j'ai envie de partir explorer les petites piscines naturelles transparentes des environs, quitte à n'attraper qu'une ou deux vraies brownies sauvages, ce qui fait quand même ma journée ! Par contre, la rivière où j’ai vraiment aimé pêcher en nymphe était la Tarnava Mare, au cœur de la Transylvanie. Dans son eau laiteuse, pêcher en nymphe est le moyen le plus efficace de mettre au sec les grosses truites brunes qui la peuplent, ainsi que des ombres."

Image
Revolution-Amadou
Texte

A propos des produits en amadou que vous proposez, quelles sont leurs caractéristiques ?

"Pour les amateurs de pêche à la mouche sèche, Liviu a développé et breveté un sèche mouche spécial en amadou appelé Revolution Amadou. C'est un accessoire de pêche à la mouche innovant d'une grande qualité, qui intègre particulièrement le principe de durabilité. Nous soutenons également l'économie et l'identité locales par notre collaboration exclusive avec quelques unes des rares familles restées en Transylvanie qui fabriquent encore de l'amadou. Ainsi, nous proposons à nos clients un produit artisanal durable et réparable.

En s'intéressant à Revolution-Amadou, le premier détail qui frappe est l'utilisation de la fibre de carbone en lieu et place du classique cuir (qui s'humidifie et reste ainsi pendant quelques heures) ou du liège. Liviu a choisi la fibre de carbone pour ses multiples avantages, sur lesquels s'appuie le système d'évaporation breveté :

  • c'est un matériau solide et durable, qui offre également un look haut de gamme ;
  • c'est un matériau noir qui a la propriété importante de conduire la chaleur (du soleil et de votre corps) vers les couches internes (amadou) ;
  • Il peut être produit dans les dimensions que nous avons choisies pour une utilisation et un port confortables (4 x 7 cm) ;
  • Il peut être sculpté, percé (de canaux et de trous) et collé sur les marges.

L'autre détail que vous remarquerez est l'épaisseur importante de la couche d'amadou, qui est un autre facteur allongeant la durée de vie de notre sèche mouche. L'épaisseur, la texture et la couleur peuvent bien sûr varier (car c'est un matériau naturel fabriqué à la main !), mais Revolution-Amadou n'aura pas de couche d'amadou d'épaisseur inférieure à 4 mm et ni aucun morceau de bois à ce niveau !"

Image
revolution amadou
Légende
Revolution-Amadou GTX
Texte

"Nous avons développé deux modèles de Revolution-Amadou, tous deux étant conçus pour intégrer le même système de drainage, qui aide les couches d'amadou à sécher beaucoup plus rapidement que celles des produits amadou traditionnels et leur offre ainsi une durée de vie plus longue.

Notre Premium Revolution-Amadou est le premier modèle de sèche mouche durable que nous avons développé et breveté. L'évaporation est favorisée par les canaux creusés à l'intérieur des plaques de fibre de carbone. Il est également laqué et pour moi, c'est un outil élégant, noble à avoir. Il est donc assez cher à produire et le prix de vente au détail est de 78 euros.

Nous avons également développé le modèle Revolution-Amadou GTX, qui incorpore, tout comme le premier modèle, des couches d'amadou de qualité supérieure. Le détail particulier de ce modèle, c'est qu'il est conçu avec une membrane respirante, que nous fixons sur les plaques en fibre de carbone avec 2 objectifs : protéger les couches d'amadou (des gouttes d'eau extérieures) et assurer une évaporation efficace de l'eau absorbée à l'intérieur. De plus, le GTX n'a ​​pas de canaux, mais des trous plus grands sur les plaques en fibre de carbone, qui, avec la membrane respirante, prennent la fonction des anciens canaux. De plus, le modèle GTX n'est pas laqué, donc dans l'ensemble, il est moins cher à produire (même si ce n'est pas plus facile car il faut toujours couper, brûler et coller les couches dont il a besoin). Je le considère comme un modèle sportif et tendance, il coûte 58 euros.

Les deux produits sont livrés avec une garantie de 2 ans et un morceau d’amadou supplémentaire comme patch de réserve à conserver.. ils sont disponibles sur notre site Web."

Image
Revolution Amadou Premium
Légende
Revolution Amadou Premium
Texte

Vous avez récemment débuté une collaboration avec un artisan français que nous connaissons bien, Gabatx Fly Fishing, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

"En effet, vous verrez sur notre boutique en ligne que nous proposons également de très beaux colliers de pêche à la mouche ! Certains d’entre vous les reconnaîtront certainement, car ils sont fabriqués dans votre pays, par l’un de vos pêcheurs passionnés, Benoit Moreno, connu pour sa marque Gabatx flyfishing.

Nous avons contacté Benoit pour la première fois en 2019 alors que nous cherchions des colliers personnalisés aux couleurs de Fly Fishing Romania ! Nous avons été évidemment très satisfaits de ce qu'il nous a envoyé, alors l’idée d’une collaboration est née ! Mon objectif était de valoriser mon entreprise et de pouvoir offrir à nos clients des accessoires de pêche à la mouche de haute qualité et de belle apparence, qu'ils peuvent également acheter sous forme de kit amadou + collier à un très bon prix. Je suis très reconnaissante envers Benoit pour cette opportunité et j'ai hâte de recevoir nos nouvelles commandes de colliers spéciaux ! "

Image
Revolution amadou
Légende
La rencontre de l'artisanat français et roumain : le collier Gabatx portant le patch Revolution Amadou !
Texte

Que pouvons-nous vous souhaiter pour le futur ?

"La santé, de nombreux clients et quelques bons distributeurs ! Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez accordé et votre intérêt... prenez soin de vous ! Si vous souhaitez nous contacter, vous pouvez m'écrire à info@revolution-amadou.com. Je serai heureuse d'être là pour chacun d'entre vous !"

Image
Revolution-Amadou
Texte

Liens utiles

flyfishingromania

 

La page facebook ici

 

https://www.revolution-amadou.com/

 

La page facebook ici

Halieutisme et dév. durable (3/3) : des actions dans un monde en mouvance !

fario

Cette série de 3 articles sur le thème « écologie et halieutisme » arrive à son terme. Ce n’est pas sans difficulté que ce dernier article voit le jour. Les actualités de l’année 2020 et de ce début 2021 ont amené leurs flots de questions quant à la représentativité nationale de la pêche. Nous avons tous été touchés par la crise sanitaire, de près ou de loin, dans nos vies personnelles ou professionnelles, dans nos engagements associatifs. Par où commencer sans s’éparpiller dans milles directions, car cette crise brutale a révélé le décalage monumental qui existe entre les pêcheurs et un mode de fonctionnement de la pêche associative lié au passé. Dans ce dernier article, essayons de prendre du recul. Observons les tendances qui dessinent la pêche de demain, les nouveaux acteurs de notre loisir, et les évolutions récentes induites par la science et une nouvelle forme d’agriculture non antagoniste des écosystèmes aquatiques.

Texte

Pêche et gestion, un mariage garde-fou pour nos milieux aquatiques

Je visualise ma rivière, l’eau qui s’écoule, les turbulences… dans l’invisible se trouve un poisson, dans un environnement vivant et mystérieux, fait d’eau et d’élémentaire, source de l’extase du pêcheur. Notre passion a quelque chose d’unique lié au milieu aquatique. Elle sollicite nos sens, nous pousse dans la technique, mais surtout développe notre imaginaire. C’est dans ce coin de nos têtes qu’une grande part de notre loisir se joue. Mais ce qui est sous l’eau est invisible pour le non initié. Ainsi, le grand public et la plupart des pêcheurs ont une connaissance dérisoire des milieux aquatiques et de leur fonctionnement.

Les croyances vont de ces faits bon train et le sort de ces écosystèmes oscille au gré des affirmations que l’on peut lire dans la presse, entendre de la bouche des politiques ou encore pour ne pas s’oublier, du pêcheur qui sait tout et qui a tout vu (« parce que depuis le temps qu’il pêche « sa » rivière il sait mieux que personne »…). Avec les enjeux climatiques, de relance économique par l’hydroélectricité (notamment de micro ou pico électricité), et le lobby animaliste en guise de cerise, la pêche associative est bien seule dans le débat public à s’appuyer sur des faits scientifiques de terrain. Il est difficile de défendre un monde qui ne se manifeste que lorsque les poissons meurent ou que l’eau devient un poison de cyanobactéries. L’hydrobiologie ou l’hydromorphologie apparaissent comme des pans de science obscurs dont le discours, trop peu vulgarisé reste incompris. Trop nombreux sont les techniciens de rivière dont la connaissance des écosystèmes aquatiques et en particulier des poissons, pourtant excellents bioindicateurs, est tout aussi dramatique. Plus intensément encore que les autres milieux « naturels », les eaux douces de surface, extrêmement sensibles aux activités humaines et aux évolutions du climat, ont besoin qu’on les mette en lumière (Cf. l'article de Nicolas Meynard et Quentin Ducreux)

Le pêcheur aujourd’hui se situe malgré lui à la confluence de ces discours, entre public et scientifiques, public et gestionnaires, entre nature et société, témoin privilégié, d’une certaine manière, des évolutions climatiques en cours et premier martyr éreinté par le manque d’eau dans les rivières. Ce lien inéluctable au milieu naturel fait de la pêche une activité qui ne peut se résoudre en un simple produit de consommation. L’organisation de notre loisir en France renforce d’autant plus ce statut d’écologiste, au sens propre du terme, de premier ordre. Restons en fiers. Nous sommes fédérés autour de l’activité pêche ET de la gestion des milieux aquatiques. Au-delà de la complexité que procure ce rapprochement entre loisir et gestion, les ressources humaines et scientifiques hébergées dans nos fédérations départementales sont précieuses pour l’avenir. Elles sont une ressource pour les syndicats de rivière, un relais pour l’Office National de la Biodiversité, et constituent un garde-fou pour nos écosystèmes aquatiques notamment par la présence quasi-quotidienne de pêcheurs au bord de l’eau, premiers observateurs des milieux aquatiques, premier relais en cas d’atteinte à l’environnement aquatique.

Image
rivière
Texte

Un problème de fond sur la représentativité nationale des pêcheurs

La crise sanitaire révèle comme toute crise les dysfonctionnements et accentue les tensions. Cela fait des années que la pêche associative est en difficulté au niveau de ses petites structures. Les AAPPMA (Association Agréé pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques) sont le premier échelon touché par la perte d’effectif, mais la perte de bénévoles est encore plus alarmante. Une part importante des AAPPMA n’arrive plus à mobiliser les jeunes. Avec les années l’érosion est persistante et le fossé entre les jeunes pêcheurs et la plupart des AAPPMA est profond.

Faut-il incriminer les bénévoles ? La réponse est bel et bien dans la question : « bénévoles ». Tout bénévole fait au mieux avec le temps qu’il peut consacrer à l’associatif.

La société a évolué à une vitesse folle en ce début de siècle. L’aspect récréatif passe aujourd’hui avant la mobilisation bénévole. L’avènement d’Internet n’est pas si vieux et les smartphones se sont généralisés en quelques années seulement. Les relations sociales et surtout le rapport que nous avons au monde en est modifié. Le rapport du pêcheur au local a explosé vers une forme d’hyper-mobilité, chez les passionnés en particulier. Ce constat social rend de plus en plus vague le sentiment d’appartenance à un territoire halieutique. Pourtant, nos AAPPMA représentent un relais local incontournable vis-à-vis des élus locaux. Elles dépérissent mais constituent LA base relationnelle et d’action locale.

En remontant l’organisation pyramidale du tissu associatif de la pêche de loisir, on prend rapidement conscience qu’elle est calquée sur l’organisation administrative de l’Etat. Malheureusement, au-delà de l’échelon départemental, la pêche semble se perdre, le pêcheur aussi... Les pêcheurs font référence à leur fédération départementale, puis à la FNPF (Fédération Nationale de la Pêche en France). La crise sanitaire a révélé en 2020 un important défaut de représentativité au niveau national. La communication déplorable et les interventions des élus nationaux ont flirté avec le ridicule au moment des confinements du printemps et de l’automne dernier. Au regard des divers articles publiés sur le web à ce sujet : la mobilisation des élus de la FNPF a été d’une inefficacité monumentale et provoque un mécontentement intense des pêcheurs.

La FNPF censée représenter les fédérations départementales est très clairement désignée aujourd’hui pour défendre, porter la voix des pêcheurs et agir. Trois choses que nos élus nationaux n’ont pas su faire depuis 2 ans, notamment lors de la crise sanitaire et lors des attaques de la pêche de loisir par les associations animalistes.

Notons néanmoins une once d’espoir, un réveil de nos élus de la FNPF ? Notons quoiqu’il en soit que la pêche peut enfin se pratiquer durant cette « dernière » (espérons-le pour tout le monde) période de confinement. La FNPF a obtenu gain de cause, c’est ce que l’on attendait d’elle, depuis 2020...

Texte

Le bénévole n’est pas un professionnel. Il œuvre, comme en témoigne l’étymologie du mot, de sa « bonne volonté ». Son engagement, sa responsabilité, ne doit pas être une contrainte. Pour autant, ses lacunes ou ses erreurs ne peuvent être systématiquement excusées dans un cadre associatif où l’intérêt général légitime l’action. L’agrément dont nous disposons et profitons ne nous autorise pas au laxisme et à faire n’importe quoi d’autant plus qu’il nous offre la possibilité d’intervenir auprès d’enfants (animations) ou sous l’égide de la protection des milieux aquatiques.

Merci à Clément Jouvet pour ce rappel issu de propos de Philippe Laggabe

Texte

De nouveaux acteurs en mouvement auxquels les pêcheurs s’identifient

L’intervention du président de la FNPF dans un épisode du Fishing Club témoigne du décalage important entre les élus de la pêche et la réalité perçue par le monde de la pêche de loisir. Que dire alors de la campagne de publicités du printemps 2020 commandée par la FNPF... Espaces clôts et jeu d’acteurs peu incarnés, cette recette fait-elle rêver le public ? Alors que nos élus nationaux sont dans une forme de lenteur qui s’apparente à de l’immobilité, le monde de la pêche change autour d’eux et s’organise. De nouveaux acteurs émergent et s’expriment sur le Web et les réseaux sociaux. Ainsi, le Fishing Club, bien connu aujourd’hui, rassemble régulièrement des personnalités et des professionnels de la pêche de loisir pour aborder des sujets de fond comme la pêche professionnelle, discutent de la gestion halieutique, de la compétition et des techniques de pêche. Le dynamisme et le sérieux de cette émission font partie du paysage halieutique moderne et touche un large spectre de pêcheurs.

En dehors du milieu associatif, se produit une émulation depuis quelques années. Ainsi, plusieurs marques et professionnels commerciaux alimentent la passion des pêcheurs aux leurres dans un foisonnement vidéo de conseils, défis, reportages, interviews, débats, etc. Elles sont aujourd’hui la vitrine d’une pêche moderne adepte d’une haute technicité matérielle. En accord avec la société actuelle, elle touche les jeunes et les pêcheurs en recherche de progression constante. Elle affiche une personnalité complémentaire à celle développée en parallèle par les pêcheurs à la mouche où la technicité est associée à la contemplation de la nature, à des films de haute qualité, et où la protection de l’environnement est affiché comme essentiel.

Cette émulation contemporaine fait circuler de nouvelles idées, démocratise la pêche « passion » et intéresse les jeunes. A l’inverse, les activités proposées par les AAPPMA sont dépassées, les lotos et lâchers de truites n’attirent plus le public comme auparavant. Le choix des loisirs de plein air est vaste et propose à profusion le dépassement de soi, diverses formes d’immersion dans la nature, ou des sensations fortes. Les possibilités de s’amuser sont nombreuses. L’imagination qui précède le choix de son activité est d’abord alimentée par des vidéos généralement visionnées sur Internet, en lisant les récits de pêche, en admirant les poissons trophées, en suivant des pêcheurs sur leur blog ou leur chaîne Youtube. Certains youtubers ont ainsi percé la toile. Le meilleur exemple est celui de Scarna Fishing qui compte plus de 100 000 abonnés !

Aujourd’hui, les jeunes et les moins jeunes ont tous accès à l’immensité du Web et ouvrent leur propre fenêtre sur la pêche. Sur ce point, de plus en plus de fédérations départementales de pêche proposent une communication efficace et des images de haute qualité, directement destinée à ses pêcheurs et aux futurs pêcheurs. Pour s’insérer dans ce monde en mouvement, il n’y a pas vraiment de secret : la présence d’une personne chargée de communication, professionnelle dans ce domaine, permet de proposer une véritable valorisation des territoires halieutiques, d’informer rapidement la plupart des pêcheurs sur les actualités de gestion et sur la pêche, et d’alimenter un discours permanent sur les activités de la fédération et de son école de pêche. Site web, blog, réseaux sociaux, journaux papiers, tous les outils sont permis ! Chaque média est une des facettes d’une communication qui ne demande qu’à être professionnalisée au sein de la pêche associative pour être optimisée.

Image
pêche fario
Texte

La défense des milieux aquatiques se professionnalise

Du côté de la protection des milieux aquatiques, la problématique est similaire. Les ONG écologistes ont probablement beaucoup à nous apprendre. La valeur inestimable de nos écosystèmes aquatiques en France n’apparaît pas tellement aujourd’hui comme un élément urgent à défendre sur la place publique. Ils sont pourtant le résultat du comportement d’une société vis-à-vis de son environnement : réceptacle des pollutions et témoignage de nos comportements historiques et contemporains vis-à-vis de la Nature. La bonne surprise en 2020, aura été de voir apparaître une association uniquement portée sur la protection des ressources et milieux aquatiques. Il s’agit de l’ONG DMA (Défense des Milieux Aquatiques). Cette association travaille sur la défense des ressources marines, et s’attaque depuis peu aux eaux douces par le biais des poissons migrateurs. Une évolution de l’association en 2020 a élargi son champ d’actions vers les eaux intérieures. Elle montre un réel professionnalisme dans la défense de l’environnement en utilisant les voies juridiques et la communication comme moyens de lutte. Elle appuie actuellement le combat mené depuis des années par les fédérations de pêche de la côte atlantique pour la défense du saumon sauvage dans le sud-ouest de la France. A la manière d’un « mediapart » des milieux aquatiques, elle se positionne sur les leviers potentiels, dénonçant entre autres les manquements et la responsabilité de l’Etat.

DMA agit en complémentarité avec la pêche associative sans y être affiliée. Cette indépendance de statut revêt un intérêt majeur vis-à-vis de la pertinence de ses actions. L’origine de DMA se trouve sous la surface de l’eau, auprès de plongeurs. Or dans le domaine purement subaquatique, nous manquons profondément d’ONG. Il s’agit donc d’une très bonne nouvelle pour l’écologie des milieux aquatiques et en particulier pour nos rivières salmonicoles. A suivre donc…

Image
pêche fario
Texte

Tous au ver (de terre) !

Il reste un point environnemental crucial extrêmement difficile à faire évoluer, celui des pratiques agricoles. ONG ou pas pour défendre nos milieux aquatiques, le lobby agricole est très puissant. Il enlise les agriculteurs dans un système aliénant, trop souvent peu rémunérateur et contraire à l’écologie. Pourtant l’agriculture peut aussi être source de biodiversité.

A l’occasion d’une conférence organisée par un syndicat de rivière voisin, j’ai découvert il y a 2 ans la technique agricole du semi direct sous couvert végétal. Enfin l’agriculture avait mis le doigt sur une technique rentable qui limitait voire empêchait l’érosion des sols ! Le semi direct sous couvert végétal consiste à réaliser ses cultures en travaillant de manière permanente avec une couverture végétale vivante ou morte. Un semi succède à une autre culture SANS LABOUR. Les avantages sont très nombreux pour l’agriculteur et pour la vie du sol : réduction du travail au tracteur, réduction de l’utilisation des pesticides, préservation de la vie du sol (mycélium, vers de terre, microfaune), réduction des besoins en eau grâce à un taux de matière organique et d’humus en augmentation… La liste est longue.

Je me suis intéressé au sujet par la suite. Cette technique est apparentée au maraîchage sur sol vivant et à l’agroforesterie, en somme il s’agit d’agroécologie aussi appelée agriculture du vivant : une agriculture qui favorise la vie des sols et en agrade la fertilité continuellement. Tout gestionnaire lié aux milieux aquatiques et à l’eau devraient sérieusement s’y intéresser : indirectement, les bénéfices pour la qualité de l’eau sont nombreux. Or, la clé de voûte de ce système agricole est tout simplement le ver de terre, presqu’un symbole pour le pêcheur !

Les vers de terre constituent 70% de la biomasse terrestre ! Une prairie naturelle permanente accueille environ 1,5 tonne de vers à l’hectare. En conventionnel, le labour, les pesticides et les engrais chimiques ont parfois réduit cette biomasse à 150kg/ha. Face à ce constat, l’agriculture du vivant a montré qu’elle pouvait dépasser les 2 tonnes à l’hectare au bout de plusieurs années de pratique. La fertilité est augmentée et la productivité des terres est accrue.

En quoi est-ce intéressant pour les cours d’eau ? Ce petit animal est un véritable architecte du sol : il crée une porosité importante capable d’absorber jusqu’à 160mm de pluie. Le ver de terre limite tout simplement les inondations. De plus, lorsque le sol est riche en vers de terre, l’eau qui s’écoule en aval du champ ou du pré est systématiquement claire. Les galeries des vers constituent un réseau complexe assurant une infiltration et une filtration de la pluie vers la nappe phréatique, une réserve utile pour les plantes, et la restitution progressive d’eau au cours d’eau, notamment durant les périodes sèches. Le ver de terre est un pilier totalement occulté de la préservation et de la gestion de nos cours d’eau.

Il s’agit d’une piste majeure à explorer dans les politiques de gestion de l’eau et des cours d’eau. L’agriculture du vivant constitue le lien manquant pouvant enfin unir les agriculteurs et les autres acteurs des milieux aquatiques autour d’objectifs compatibles. Elle permettrait de retrouver progressivement une physionomie de nos cours d’eau beaucoup plus favorable à la vie aquatique et piscicole : moins de sable, plus d’habitats piscicoles, plus de vie dans les substrats décolmatés et des vers de terre régulièrement au menu des truites et autres poissons.

L’écologie du ver de terre est donc intimement liée à celle de nos milieux aquatiques. Il devrait avoir la part belle dans les animations pêche et nature. Les fédérations de pêche auraient tout intérêt à mettre en avant cette agriculture du vivant.

Image
ver de terre
Texte

Conclusion

La pêche est en pleine mutation et le monde en général subit de grands changements autour de l’écologie. Les professionnels de la pêche de loisir s’expriment de plus en plus sous une forme promotionnelle nouvelle où le conseil, la transmission de connaissances et l’échange avec les pêcheurs ont une large place. La protection des milieux aquatiques dispose d’une nouvelle ONG déjà pleinement active et dont l’action s’avère aujourd’hui en adéquation avec celle des fédérations départementales de pêche. La professionnalisation de la pêche apporte à notre loisir de nouvelles perspectives et au-delà de l’aspect politique, l’image de la pêche est en train de changer. N’oublions pas que le réseau associatif est le garant de nos droits de pêche. Vouloir s’en passer - je pense ici au boycott de la carte de pêche par certains cette année - c’est aussi bloquer la veille écologique que l’on exerce via ce réseau. C’est grâce à lui que nous pouvons pratiquer notre loisir dans de très nombreux départements en ne détenant qu’une seule et même carte de pêche. Pourquoi ne pas donner un coup de main localement cette année ? Les élections des AAPPMA doivent se produire en fin d’année, c’est l’occasion de s’exprimer et de presser le citron à ceux qui se sont endormis à leur tête depuis de trop nombreuses années.

Pour en terminer sur ce thème complexe « halieutisme et écologie », je reviens volontiers sur le ver de terre pour en faire un symbole d’avenir, une sorte de totem. Il symbolise les débuts de tout pêcheur. Des souvenirs impérissables depuis la recherche de vers au jardin à la prise des premières truites dans les ruisseaux, à la progression qui s’en suit et à la passion qui naît.

En refocalisant sur le ver de terre, on se recentre sur l’essence de la pêche, sur la relation entre le pêcheur et son environnement. On rétablit le lien entre une pêche qui se détache de plus en plus des esches naturelles et l’Ecologie, entre un halieutisme moderne dont les moteurs sont la recherche de sensations, de technicité et de reconnaissance sociale, et un pragmatisme écologique qui se développe chez de plus en plus de pêcheurs. Si le ver de terre s’épanouit, il y a de fortes chances pour que l’on retrouve un foisonnement de vie dans nos ruisseaux, sous les pierres notamment. Ne l’oublions donc pas dans cette évolution vers les leurres artificiels (mouches, nymphes, poissons nageurs, etc.), car il nous rappelle que nous ne faisons qu’imiter, et qu’avant cela il nous faut observer. C’est là notre ancrage dans l’écosystème et dans la chaîne alimentaire, notre ancrage à la terre qui nous différencie de certains militants de la cause animale totalement détachés des réalités du vivant.

Notre conscience écologique ne se résume plus à introduire du poisson pour imaginer faire vivre une rivière. Le ver de terre, protagoniste singulier de la vie du pêcheur, est porteur d’espoir pour nos rivières, nos poissons et pour la pêche. Ne faisons pas sentiments, allons à la pêche avec le ver(t) dans la tête !

Test : Vision Nymph Hero 10' #3

Vision Hero

Après avoir présenté la très surprenante 9' #5, l'envie de poursuivre l'exploration de la nouvelle gamme Vision Hero était trop forte ! Logiquement, après la "pure canne sèche", nous nous sommes orientés vers la classique "canne nymphe au fil" en 10' #3. En voici les détails : 

Image
Vision Hero
Texte

TEST STATIQUE

Cette nouvelle série Vision possède un look détonant avec un blank et des ligatures jaunes orangés. Les anneaux sont des monopattes, seul l'avant-dernier est de type serpentiforme, de façon à limiter les enroulements du nylon autour du scion lorsqu'on pêche en nymphe "à l'espagnole" (avec du monofilament uniquement). La poignée forme cigare surmonte un porte-moulinet alu black down-locking avec insert bois. Un fin talon de combat en mousse EVA se trouve à l'extrémité du talon. A noter également la présence de plusieurs graduations de mesure des poissons de 20 à 50 cm (tous les 10 cm) sur le premier brin. Côté finition, sont présents un accroche-mouche et des traits d'alignement des brins. Cette canne 4 brins est vendue dans un tube cordura compartimenté.

Image
Vision Hero
Image
Vision Hero
Image
Vision Hero
Image
Vision Hero
Image
Vision Hero
Image
Vision Hero
Image
Vision Hero
Texte

MESURES

Le protocole Common Cents System a permis de caractériser la puissance, l'action et la réactivité de cette canne :

PUISSANCE

En ce qui concerne la puissance, 26 cents ont été nécessaires pour plier la canne sur un tiers de sa longueur. Après conversion, cela donne un ERN à 2.82 et une puissance réelle #2/3. La puissance annoncée est donc légèrement sur-estimée.

ACTION

Au niveau de l'action, l'angle à 69° classe ce modèle dans la catégorie fast (AA supérieur à 66°).

RÉACTIVITÉ 

La CCF de cette canne à 77 cpm est proche de celle des autres références du marché de même longueur/puissance.

CONFORT ET MONTAGE

Au niveau du montage, plusieurs paramètres ont été considérés et notamment la distance du premier anneau à la poignée. En effet, lorsqu'on pêche en nymphe au fil canne haute, la soie est susceptible de former un ventre si ce premier anneau est trop éloigné de la main qui contrôle la soie. Une distance inférieure à 40 cm est préconisée pour limiter ce phénomène. Avec ses 42 cm entre la poignée et le premier anneau, le montage de cette Nymph Hero reste correct et plus judicieux que celui de la Nymphmaniac 10' #3 qui accuse 54 cm.

Le confort de pêche est excellent compte tenu du prix. A titre de comparaison, le PTE de cette Nymph Hero est meilleur que ceux de la plupart des autres références du marché de longueurs/puissances voisines dont la Soldarini Hydropsyche Elite 10' #3 (IP 27, PTE 241 gr) ainsi que sa grande soeur Vision Nymphmaniac 10' #3 (IP 25, PTE 238 gr). La Nymph Hero 10' #3 est également plus puissante et aussi confortable que la JMC Performer 10' #2/3 (IP 23, PTE 224 gr). Une sacré performance pour cette nouveauté Vision ! Un moulinet vide d'environ 110/120 gr l'équilibrera parfaitement.

Ce confort de pêche est lié à son poids très contenu (80 gr) et au porte-moulinet down-locking qui décuple l'équilibre. A noter que le caractère relativement fin (22 mm) et court (170 mm) de la poignée. Cette dernière caractéristique permet à ceux qui utilisent un moulinet semi-auto de maintenir l'annulaire de la main qui tient la canne sur la gâchette.

Côté finition, notons la présence d'un accroche-mouche et de points d'alignement des brins.

Matériel

Vision Nymph Hero 10' #3

Marque
Vision
Série
Hero
Longueur
10'
Longueur réelle
306cm
Soie
#3
Brins
4
Poids réel
80.00g
Anneaux
12
Premier anneau
42cm
Poignée
22x170mm
Serrage
Downlocking
Talon de combat
Oui
Accroche mouche
Oui
Points d'alignement
Oui
PME
145.00g
PTE
225.00g
IP
26
ERN
2.82
AA
69°
CCF
77cpm
Prix à la date de sortie
210.00€
Image
Vision Hero
Texte

L'AVIS DE LA RÉDACTION

Au-delà de l'esthétique original de cette série qui ne laissera pas indifférent (dans un sens comme dans l'autre), attardons-nous sur les mesures de cette nouveauté 2021 :

A l'image de la 9' #5, cette Vision Nymph Hero se prévaut d'une conception tout à fait cohérente : avec sa longueur 10' et sa puissance réelle #2/3, elle se destine comme son nom l'indique à une pêche en nymphe au fil légère voire ultra-légère (bille à partir de 2 mm) en petits et moyens cours d'eau, abritant des truites jusqu'à une quarantaine de centimètres (l'action fast, dans cette gamme de puissance, n'est pas du tout synonyme de rigidité).

Son montage est également bien pensé pour mettre en oeuvre cette technique (premier anneau judicieusement placé pour limiter la descente de la soie dans les anneaux, porte-moulinet down-locking limitant la fatigue du bras tout en restant compatible avec l'utilisation optimale d'un moulinet semi-auto) et les finitions de qualité bien présentes.

En bref, une vraie réussite dans le domaine des cannes nymphe modernes, difficile de lui trouver un équivalent dans cette gamme de prix !

Texte

LIENS UTILES

Le protocole de test des cannes à mouche

Comment choisir sa canne à nymphe

Les cannes Vision accessibles en ligne chez nos partenaires :

 

Caleri flyfishing

 

easyfly

 

Mouche Shop

 

Les autres tests Vision :

Vision flyfishing

Culture toc, oui mais…

pêche toc Lenka

En matière de pêche, et peut-être encore bien plus lorsqu’il s’agit de pêche en dérive aux appâts naturels ou de pêche en nymphe au toc, les héritages de passés plus ou moins éloignés empreignent encore de manière - trop ? - importante les approches des pêcheurs, qui se refusent à mettre sur la table le questionnement de certains acquis. D’une certaine manière, cela pénalise l’efficience de l’acte de pêche. Tour d’horizon (non exhaustif)...

Texte

Nous l’avons déjà souligné, le concept en soi de pêche au toc est éculé, puisque la pratique ne demande plus qu’à la marge une détection tactile des touches. Si cette dénomination ne posait pas un problème de renvoi à une pratique potentiellement blessante pour les poissons, la conservation du terme ne poserait pas de problème. Il serait pertinent de trouver une appellation simple et mieux adaptée à la pratique actuelle, mais faute de proposition trouvant sa place dans le langage commun, nous sommes encore et toujours condamnés à utiliser la notion de toc, souvent du bout des lèvres, avec un soupçon de regrets dès le mot lancé. Il en va ainsi, et l’appellation a encore quelques beaux jours devant elle.

Image
pêche toc
Texte

Retour en arrière

La pêche au toc, donc, telle que théorisée il y a près d’un siècle avec l’intégration de notion de dérive naturelle de l’appât, est une approche plutôt récente qui trouve ses sources dans les Pyrénées centrales. Loin de moi l’idée de heurter tel ou tel chauvinisme qui ne manquera pas de m’opposer des traces de pêche de la truite aux appâts naturels antérieures et en d’autres lieux, ça n’est pas le but et il est évident que des truites ont été pêchées de cette manière depuis que la pêche existe partout où elles sont présentes. L’idée est simplement de poser pour la suite le contexte de la culture toc « moderne », dont le berceau se situe bel et bien dans les Pyrénées et dont les acteurs sont les grands noms connus de tous, chronologiquement de Foch à Sempé, en passant par les illustres participants du championnat des Pyrénées dans les années 70. Disons que la période de bouillonnement s’étale sur la seconde moitié du XXème siècle, jusqu’au début des années 2000.

Les mythes d’âges d’or passés ayant par essence la peau dure, il est courant de considérer qu’il s’agit d’un temps où les rivières regorgeaient de truites. C’est en réalité parfaitement exact, mais nous devons bien tenir compte pour la suite du fait qu’il s’agissait bien plus que maintenant de poissons issus d’alevinages, sous des formes aussi diverses que l’inventivité de l’époque le permettait. L’alevinage, y compris lorsqu’il était effectué à l’aide de boîtes Vibert (encore considérées ici et là comme un must en la matière malgré leur quasi-abandon), présente l’énorme inconvénient d’apporter à la rivière des juvéniles dont les caractères propres à l’élevage ont été sélectionnés chez les géniteurs par plusieurs générations de pisciculture. Ces caractères génétiques, plutôt contradictoires avec ceux sélectionnés pendant des millénaires par les contraintes du milieu, impliquent des comportements différents, dont la dimension grégaire et l’importance des rythmes alimentaires, qui sont principalement celles qui nous intéressent ici. Je n’évoque même pas les apports de poissons nés hors milieu naturels, chez lesquels s’opère une nouvelle couche de sélection dans les stades pré-introduction.

Le second point qui m’intéresse dans ce retour en arrière est celui de l’apport non pas de poissons en préalable à des parties de pêche prolifiques, mais celui de larves de diptères pendant l’acte de pêche. Ce sujet est non seulement sensible dans la sphère globale de la pêche de la truite, mais il l’est également à l’intérieur même de la corporation des pêcheurs au toc, autant chez ceux qui ont frondé des asticots pendant des décennies sans bien l’assumer aujourd’hui que chez ceux qui le font encore à l’heure actuelle. Si jeter des asticots dans l’eau à ce jour constitue un aveu de faiblesse quant à la propre efficacité du pêcheur contemporain, je ne porte aucun jugement sur ceux qui l’on fait à la grande époque. Je suis né un peu tard et les hasards de mon parcours m’ont épargné ce genre de pratique, mais il y a fort à parier qu’avec 15 ou 20 ans de plus, j’aurais usé et abusé de la fronde comme les copains, dans un contexte où bien qu’illégale, elle n’en était pas moins un outil quasi-indispensable. J’insiste donc bien sur le fait qu’il n’y a aucun procès dans mon propos, mais uniquement une photo concrète de ce qu’a pu être la situation à une époque, pour en tirer les analyses qui me semblent ici pertinentes.

Là où le sujet de l’amorçage m’intéresse, c’est en réalité sur sa capacité à dénaturer le placement des truites, pour les mettre en activité là où l’on souhaite les pêcher plutôt que de faire l’effort de comprendre l’activité alimentaire et le placement parfois extrêmement précis qui en découle, pour les pêcher là où elles mordent, sur la base d’un comportement naturel.

Image
pêche toc
Texte

Sélection et cadence

Si les truites aux caractéristiques domestiques adoptent des comportements plutôt moyens, les poissons rustiques ont quant à eux des positionnements parfaitement adaptés aux sources de nourritures et aux conditions de vie du milieu, qui a induit depuis toujours une sélection des caractères les mieux adaptés.

Une rivière peuplée de poissons plutôt rustiques peut être bouillonnante de vie à un instant donné, mais l’activité peut se concentrer sur moins de 5% de la surface pêchable.

Si le pêcheur, adepte de poissons alignés sur des plages par un apport artificiel de nourriture, se contente de dérouler une pêche classique, plutôt intensive dans la démarche, simplement parce que l’ensemble des paramètres qui se présentent à lui (vitesse, profondeur, rugosité) semblent satisfaisants, il risque de ne croiser que très peu de poissons actifs. A l’inverse, celui qui aura identifié le placement précis des poissons mettra moins de coups de ligne, marchera plus, et verra son taux d’efficacité augmenter de manière très significative.

« Là c’est beau, et puis avec tous ces blocs qui font des caches, elles ont le gîte et le couvert. S’il n’y a pas de poisson à prendre là, il n’y en a nulle part… »

Ce type de phrase est insensé. Il est parfaitement envisageable que la plus « belle » partie du poste n’abrite des individus actifs qu’à la marge, provocant pas ou peu de touches, alors qu’une espèce d’invertébrés est en train d’émerger en tête, voire spécifiquement très haut dans la tête, et rassemble des poissons faciles à capturer. De la même manière, pour des questions de prévisibilité des trajectoires, il est parfaitement envisageable qu’à un instant donné, l’ensemble des poissons actifs ne soient que dans des parties parfaitement lisses, qui représentent le niveau zéro de la turbulence, afin d’exercer une prédation un tant soit peu efficace sur des émergences d’espèces aux trajectoires peu anticipables.

L’héritage de la pêche au toc moderne nous a fait nous détourner de la dimension entomologique de la pêche de la truite, qui conditionne pourtant très grandement le placement et le comportement alimentaire, pour en laisser le monopole aux pêcheurs à la mouche. C’est à mon sens une vraie erreur. Ce ne sont pas les vers, les teignes, les mouches naturelles ou encore les nymphes qui conditionnent le positionnement des truites mais bien la nourriture naturelle, hyper majoritairement composée d’invertébrés à des stades divers. Nos appâts, naturels où artificiels, ne sont saisis dans l’écrasante majorité des cas que par un mécanisme d’erreur de tri, que nous parvenons à obtenir grâce à la vraisemblance plus ou moins grande de nos présentations.

Image
pêche toc
Texte

Que l’on ne se méprenne pas. Je ne suis pas en train d’expliquer qu’il faut pêcher avec LA larve (ou à défaut, la nymphe correspondante) sur laquelle la prédation est exercée à l’instant T. La pêche, qu’elle s’exerce à l’aide d’appâts naturels ou de nymphes, présente une infinité de possibilités qui permettent de capturer des truites en nombre pour peu que les tailles et les densités des pièges présentés soient cohérents. Je soutiens en revanche l’idée (simple lapalissade en fait !) qu’il est nécessaire de pêcher là où les poissons se trouvent et mangent. Lorsque les postes propices représentent une grande part du linéaire pêché, ne pas se poser de question n’empêche pas de multiplier les captures. En revanche, lorsque le placement des poissons s’effectue sur des parts plus négligeables, parfois de l’ordre de quelques pourcents, le fait de ne pas analyser la situation nous fait mettre un nombre considérable de coups de ligne dans le vide, capturant ici et là une truite au comportement à la marge, ici et là un poisson dans la cible sans même s’en rendre compte et sans forcément intensifier l’effort de pêche au bon endroit, pour finalement un résultat insatisfaisant.

En revanche, lorsque le pêcheur parvient - autant par une connaissance du fonctionnement des poissons que par une démarche analytique en cours de pêche - à isoler un placement des truites et qu’il se fait confiance en prenant le parti d’éliminer au fil de l’eau tous les postes insatisfaisants, il monte en puissance sur le côté efficace de sa pêche. Les postes non occupés du jour ou de la période, aussi beaux soient-ils, doivent être délaissés afin de ne pas perdre un temps précieux. Les journées de pêche sont courtes, et il n’est pas rare de mettre parfois plusieurs heures avant de trouver une clé sur le placement, qui permet ensuite de pérenniser la fin de la partie de pêche en plus de préparer les suivantes.

Il est important de considérer que les truites d’un même milieu, à un instant donné, ont un comportement semblable, et exercent mécaniquement leur prédation sur une source de nourriture dont le rapport apport/dépense est satisfaisant. Aussi, tout est reproductible. Un ensemble vitesse / profondeur / rugosité vide n’a aucune raison d’être habité s’il se représente à nouveau 100 mètres plus loin. Y mettre à nouveau un coup de ligne « pour vérifier », c’est ne pas faire confiance en sa propre lecture de la situation, et c’est ne pas se donner les moyens d’améliorer l’efficacité de son acte de pêche.

Bien entendu, pour revenir à l’état des lieux établi en début d’article, tout ceci n’est valable qu’à la condition de pêcher des poissons non domestiques, dont les comportements grégaires et la faible adaptation au milieu modifient le placement en les poussant à se concentrer sur les belles veines, porteuses d’a minima un peu de nourriture sans être ni trop puissantes, ni trop turbulentes. Les milieux de plage en somme (et en exagérant !), terrains de la théorisation des pêches en dérive aux appâts naturels. De la même manière, la validité du propos est strictement dépendante de l’absence d’apport artificiel de nourriture par un amorçage, qui là encore concentre les poissons là où le pêcheur veut les concentrer, et bien souvent sur des contextes moyens. Ni trop rapide ni trop lent, ni trop turbulent ni trop lisse, ni trop profond ni trop maigre. En somme, là où une grande partie des pêcheurs au toc effectuent inlassablement de belles dérives parallèles, parce que « quand même, avec tous ces blocs qui font des caches, elles ont le gîte et le couvert. S’il n’y a pas de poisson à prendre là, il n’y en a nulle part… ».

Image
pêche toc
Texte

Identifier et comprendre les placements

Le placement des truites à l’échelle de la rivière varie rarement d’une journée à l’autre. Il est conditionné par les meilleurs rapports apports / dépenses que propose le milieu sur la période, et ce rapport change rarement du tout au tout toutes les 24 heures. Il se peut que des variations d’intensité se produisent dans la journée, mais rarement que des niches opposées soient exploitées alternativement pendant une partie de pêche.

En revanche, lorsque qu’un changement se produit, il peut être extrême. Des grands paramètres peuvent donner des pistes sur l’anticipation du placement des poissons.

La turbidité de l’eau et/ou l’abondance de lumière

Ces deux facteurs sont quasi identiques. Ils conditionnement tous les deux la quantité de lumière qui pénètre dans l’eau. Aussi, quelles qu’en soient les causes (fonte, teinte de pluie, grosse couverture nuageuse, …), une faible quantité de lumière qui pénètre dans l’eau induit un placement des poissons dans des couches d’eau plutôt faibles. Par exemple, en début de saison lorsqu’un début de fonte apparait et trouble légèrement l’eau, alors qu’il est communément admis que les postes à prioriser sont les plages un peu molles avec un certain volume d’eau, des pêches bien plus fructueuses peuvent au contraire s’opérer dans des veines extrêmement maigres, surtout si des éclosions de baetidés se produisent en parallèle. De la même manière, à la belle saison lors d’épisodes pluvieux qui marquent le cours d’eau, il n’est pas rare que l’essentiel de la vie salmonicole soit concentrée dans 20 ou 30 centimètres d’eau, et que tout coup de ligne dans des lames de hauteurs supérieures soient vouées à l’échec. Les nuances peuvent être fines et difficilement mesurables à l’œil, mais ce paramètre est d’une grande importance.

La prévisibilité des trajectoires

La nourriture sur laquelle des truites exercent leur prédation est majoritairement composée d’invertébrés. En fonction de leur nature, ils peuvent présenter des trajectoires de dérives très différentes. Certains ne sont dotés de capacités de nage qui ne sont que faibles, voire nulles. D’autres nagent au contraire plutôt bien, et parfois de manière très vive. Ces différences ont une incidence directe sur la prévisibilité des trajectoires, et peuvent grandement conditionner le placement des truites. En effet, dans le cas d’une prédation exercée sur des proies vives, notamment dans des stades émergents, il n’est pas rare que les poissons se positionnent dans des zones d’absence totale de turbulences, de manière à ne pas combiner deux difficultés qui rendraient l’exercice de prédation peu efficace. Aussi, à certains moments, les touches ne se produisent quasi que dans des veines parfaitement lisses. Dans ce cas, les plus belles dérives du monde dans des belles plages laminaires au clapot moyens ne suffiront pas à capturer des poissons, qui ne sont tout simplement pas là, au moins pour ceux qui sont réellement en activité.

Les émergences

Une émergence de mouches exploitées par les truites demande au pêcheur de se caler sur le positionnement des poissons et des stades sur lesquels les poissons se focalisent. Le schéma peut être simplissime, comme par exemple dans le cas de prédation exercée sur les baetidés dans l’eau froide des débuts de saison : les mouches sortent en milieu de journée, les poissons se calent dessus, gobent pour certains d’entre eux, mais sont surtout largement capturables aux appâts naturels ou en nymphe. Les zones d’activité soutenue, parfois bien éloignées des couples mous et profonds que l’on nous conseille de pêcher en mars, sont visuellement identifiables. Les quelques nez qui percent la surface donnent une bonne indication sur le placement des poissons, et il peut même être pertinent de pêcher des courants plus soutenus à proximité. Les gobages y sont nettement plus difficiles à y déceler n’en sont pas pour autant moins nombreux.

En revanche, l’exercice se complique dès lors que des mouvements larvaires, qui constituent un apport de nourriture conséquent (sans passer par l’étape de la fronde), sont décorrélés dans le temps du moment où les imagos sont visibles. Lorsque nous observons des vols d’imagos à un moment précis de la journée (crépuscule par exemple), il se peut que le mouvement larvaire associé ait eu lieu de manière important tout au long de la journée, engendrant une activité alimentaire soutenue des poissons. Pour bénéficier de l’aubaine, il est nécessaire de connaitre les zones de tenues des larves concernées (vitesse, profondeur, oxygénation, substrat) et d’y concentrer l’effort de pêche. Il s’agit typiquement de contextes dans lesquels il est possible de capturer plusieurs truites sans se déplacer, et en parallèle de ne déclencher que peu de touches sur de grands linéaires à proximité.

Oxygénation et thermie

Ce point n’est une surprise pour personne. Les truites étant des animaux à sang froid, leur rythme alimentaire est directement conditionné par la température de l’eau. Le ratio alimentation/repos est variable en fonction de la température, et s’il est trop en la défaveur du pêcheur en cas d’eau glacée, il est nécessaire de cibler les postes d’alimentation pendant les courtes périodes d’activité (souvent très liées à des émergences), tout comme il est pertinent de cibler des positionnements de repos le reste du temps, en nourrissant l’espoir de tromper quelques poissons qui auraient vaguement un œil à la fenêtre, sans toutefois pouvoir réaliser de miracles.

En cas de thermie élevée, ce ne sont plus les sources d’alimentations elles-mêmes qui permettent de déterminer où se placent les poissons actifs, mais le taux d’oxygène dissous qui favorise une activité correcte là où il est le plus important.

Il ne s’agit là que de pistes, et la liste est loin d’être complète. Chaque rivière est en soi une combinaison de paramètres avec une vie propre et des sources de nourriture différentes. Certains éléments se recoupent d’un cours d’eau à l’autre, certaines espèces d’invertébrés produisent les mêmes placements très ciblés des truites aux mêmes moments de la saison sur des rivières aux deux bouts de la France. A l’inverse, d’autres paramètres plus spécifiques font de certains milieux de véritables cas à la marge, durs à comprendre au premier abord pour le pêcheur qui se déplace.

Image
pêche toc
Texte

En résumé

Mon sentiment est que les pêcheurs en dérive accordent une importance bien trop grande à des notions d’ordre purement technique, qui sont d’une importance capitale pour obtenir des résultats satisfaisants, mais qui pour cela négligent la compréhension de tout ce qui conditionne le placement des truites en cherchant toujours à pêcher dans une sorte de moyenne. Le fameux « lent du rapide, et le rapide du lent » cher à Duborgel et encore fréquemment cité entraîne à mon sens des réelles erreurs d’appréciation, en faisant oublier que c’est régulièrement le rapide du rapide ou le lent du lent qui sont le théâtre d’une alimentation intensive (et spécifique !) des truites sauvages.

Le comportement alimentaire des poissons alevinés couplé à des apports artificiels de nourriture par amorçage ont fait perdre de vue l’idée qu’une rivière est plus que vivante, et qu’un poste ou une veine d’eau n’ont aucune espèce de valeur dans l’absolu. La valeur de l’endroit dans lequel on jette sa ligne est purement relative à un contexte global, de débit, de pente, de rugosité, de température, et source majoritaire de nourriture sur la période. Pour illustration, les pratiquants aux leurres, affranchis de la notion de dérive naturelle (et parfois peu imprégnés de la culture populaire liée à la pêche de la truite) sont beaucoup moins encombrés par les barrières que l’on se fixe, et les résultats sont parfois surprenants.

En réalité, les combinaisons qui se succèdent sont infinies, tous les placements sont possibles et répondent à une logique à un instant T. Vouloir les identifier tous est illusoire, une vie entière ne suffirait probablement pas à voir le bout de cette grande entreprise de répertoriage. En revanche, ce qui est possible, c’est de chercher à mieux construite sa pêche, à trouver un placement spécifique et la cause qui y est associée pour voir qu’il se reproduit immanquablement pendant une paire de semaines à la même saison l’année suivante. Certains sont faciles à trouver grâce à des indices flagrants, d’autres sont plus complexes, d’autres encore certainement des impossibles dans le lot… Tout ça ne restera à jamais qu’un brouillon inachevé dans notre esprit, mais petit à petit, notre cartographie mentale de la pêche de la truite s’enrichit d’associations d’idées entre un insecte et un type de coup, entre une période où la rivière semble vide et l’idée d’aller jeter sa ligne dans ce couple vitesse/profondeur particulier, et mille autres choses encore, qui font que le puzzle prend forme et que notre efficacité canne en main s’améliore réellement d’année en année. C’est une démarche assez empirique, où le plus souvent on découvre un positionnement par hasard dans un premier temps, et on cherche l’explication (la bonne de préférence !) ensuite. Il est grisant de comprendre, de faire de la pêche une activité cérébrale comme certains jouent aux échecs, tout comme il est grisant de manière beaucoup plus primaire de capturer encore un peu plus de poissons. C’est en tout cas bien dans tout ça que je vois le sens de la pêche de la truite…

Image
pêche toc
Texte

RETROUVEZ LES ACTIVITÉS DE GUIDAGE DE MATTHIEU : 

Matthieu

 

SES ARTICLES NYMPHE AU TOC :

Les bases

LE MATÉRIEL

Le matériel (canne et moulinet)

La construction de la ligne

L'ACTION DE PÊCHE

La tenue de canne

La nymphe au toc en début de saison

Le début de l'histoire

grosse fario

Il faut un début à chaque histoire. Pour les saisons de pêche, c’est l’ouverture de la truite qui constitue cette entrée en matière. L’échéance est attendue avec impatience tout en étant crainte de tous. Les derniers jours de fermeture défilent et se mêlent aux rêves de nombreux poissons l’angoisse du redouté capot… Mais l’espoir est toujours plus fort. Alors, nous nous retrouvons inexorablement le second samedi du mois de mars au bord d’une rivière de première catégorie. En ce 13/03/2021, le ciel de l’extrême Sud de la France est d’un bleu immaculé et les températures s’élèvent rapidement. Les maximales seront au-dessus des normales de saison. A cette période de l’année, cela est souvent annonciateur d’activité chez les truites, d’autant plus que les pressions atmosphériques chutent à l’approche d’une dépression. Aussi, confort ultime pour le pêcheur et phénomène assez rare par chez moi, le vent est quasiment absent. A cette météorologie optimale s’ajoute des conditions hydrologiques idoines car les débits sont contenus. J’en suis persuadé, les mouchetées tant convoitées vont être présentes au rendez-vous. Aux pêcheurs de faire preuve de suffisamment d’habilité pour les leurrer.

Texte

Je me présente au bord de l’eau vers 11h00. Le début de matinée a été frais, je préfère donc attendre que le soleil réchauffe plus franchement l’atmosphère en espérant que les degrés gagnés mettent en activité les poissons. C’est généralement autour de la mi-journée que le pic d’activité a lieu à cette saison. Je sais que je vais passer derrière la foule des pêcheurs de l’ouverture mais j’espère pouvoir intercepter les poissons au moment où ils vont sortir de leurs caches pendant que la majorité des pratiquants se restaurera. J’ai donc pris cette décision oh combien délicate de ne pas participer à l’apéro de l’ouverture. Un véritable crève-cœur qui s’avérera finalement être un choix judicieux.

Un poisson timide suit mon leurre sur le premier poste. Je peigne ce radier en pêchant vers l’amont, vers l’aval, en travers, à mi-hauteur, au ras du fond… rien de plus que cette ombre fugace. Juste au-dessus l’écoulement se concentre et prend de la vitesse. Un poste de choix pour une fario qui y trouve le gîte et le couvert. Au premier passage du poisson nageur coulant c’est l’attaque. La touche est très violente. La truite dévale immédiatement en tenant le fond. C’est certainement un gros poisson. Elle passe à ma hauteur sans faiblir. Elle m’oblige à courir le long de la berge car elle essaye à plusieurs reprises de passer sous celle-ci pour rompre la ligne. Ces vieux spécimens qui ne veulent jamais se rendre et qui connaissent parfaitement tous les pièges du cours d'eau sont des adversaires hors pairs. Après une tentative de mise au sec trop précoce, la valeureuse remet un coup de pagaie et repart vers l’aval… Le combat fut incertain jusqu'au bout. Je l'ai finalement épuisetée 75m plus bas que l’endroit de la touche !

Cette truite n’a pas beaucoup de points par rapport aux poissons que je prends habituellement dans ce cours d’eau qui débouche dans la méditerranée. S’agit-il d’un vieux poisson méditerranéen qui a perdu l’acné de son adolescence (les truites natives du bassin méditerranéen peuvent perdre leurs points en vieillissant) ? Sommes-nous en présence du fruit de la liaison illégitime d’une pure souche locale avec une pièce rapportée de l’Atlantique ? Elle a regagné sa liberté en emportant son secret…

Image
grosse fario
S'abonner à S'abonner à S'abonner à S'abonner à S'abonner à S'abonner à